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tème de Schelling ; et elles ont exercé sur la pensée de Hegel une influence considérable. Mais, à la différence de Fanimisme hylozoïste des anciens, qui fut surtout une théorie de l'univers physique, cette métaphysique vitaliste influa par-dessus tout sur l'étude de l'activité sociale et spirituelle ; elle contribua sans doute pendant quelque temps à la multiplication des entités mystérieuses, poétiques et mythologiques, mais elle contribua aussi puissamment à renouveler l'esthétique, la linguistique, l'histoire des religions, le droit, la sociologie, en apercevant des actions collectives et des évolutions inconscientes là où les penseurs du xviii® siècle voyaient des calculs réfléchis d'esprits individuels.
Bien que les progrès de la science expérimentale, comme nous allons le montrer, aient battu en brèche depuis un demi-siècle la biologie vitaliste, la métaphysique vitaliste des romantiques conserve aujourd'hui encore une grande influence sur la philosophie générale. La doctrine de Spencer (V. ce nom) consiste à étendre à l'univers matériel et aux sociétés les idées de vie et d'organisme ; tout en empruntant aux biologistes modernes leur théorie physicochimique de la vie, il est resté sans le vouloir profondément imprégné d'idées romantiques et a laissé subsister par là une contradiction au cœur même de son système. Cette influence du vitalisme romantique est également très marquée chez Guyau, qui s'inspire dans une large mesure de Spencer ; chez Nietzsche (V. ce nom), qui a subi l'action de Spencer et celle du romantisme allemand ; enfin chez Bergson, gui s'inspire de Ravaisson, disciple de Schelling et des vitalistes français. Chez tous les trois, et malgré les différences qui les séparent, le principe des choses, c'est la vie, et la vie est entendue comme une force mystérieuse, supérieure à la conscience réfléchie, qui se développe spontanément le plus complètement possible du dedans au dehors.
Dès la fin du xviu^ siècle, cependant, Lavoisier, en même temps qu'il transformait la chimie, avait, par ses recherches sur la respiration, indiqué aux biologistes modernes la méthode qui devait renouveler leur science : la méthode expérimentale appliquée à déterminer des rapports quantitatifs. Les progrès de l'analyse chimique (V. l'art. Chimie) enseignaient bientôt que les êtres vivants sont composés de quatre éléments, le carbone, l'oxygène, l'hydrogène et l'azote, qui se retrouvent aussi dans la matière brute et dont les combinaisons sont soumises aux mêmes lois dans les corps inorganiques et dans les organismes vivants. Les progrès de la physique, la découverte de la loi de la conservation de l'énergie, l'application de cette loi à la matière vivante, démontraient que la vie ne crée aucune force spéciale et que les organismes sont des sortes de machines thermiques où la force calorifique se transforme en force mécanique. Les principes immédiats des êtres vivants pourtant, dont l'analyse expérimentale avait rigoureusement défini la composition chimique, ne purent pendant longtemps être reproduits par voie de synthèse à partir des éléments ; à la science chimique qui analyse et qui détruit, un chimiste comme Berzélius opposait encore en 4849 la force créatrice de la vie, seule capable de synthèse ; les travaux de Berthelot sur la synthèse des matières organiques firent tomber cette dernière barrière entre la chimie minérale et la chimie organique. Et on put dire que les êtres vivants étaient faits des mêmes éléments que la matière brute, se transformant par le jeu des mêmes forces et obéissant aux mêmes lois physico-chimiques.
C'est leur croyance au déterminisme physico-chimique qui a permis aux fondateurs de la physiologie contemporaine, aux Claude Bernard en France, aux Briicke, aux Helmholtz, aux Ludwig en Allemagne, d'assurer dans leur science le triomphe de la méthode expérimentale. U Introduction à la médecine expérimentale, publiée en 4864 par Claude Bernard, est l'exposé le plus complet de leurs idées sur la méthode ; elle marque la déroute
définitive du vitalisme régnant au commencement du XIX® siècle. La force vitale de l'école de Montpellier était plus nuisible aux progrès de la science que les fluides des physiciens newtoniens du xviii® siècle, parce que ces fluides étaient doués au moins de propriétés fixes, tandis que la spontanéité capricieuse de la force vitale apportait l'indétermination dans les phénomènes biologiques, et parce que le vitafisme, suivant les traces de l'aristotélisme scolastique, substituait à la recherche des causes celles des fins en vue desquelles les phénomènes étaient censés se produire. D'après Claude Bernard, un déterminisme rigoureux règne en physiologie comme en physique ou en chimie; tout phénomène a des conditions d'existence fixes et déterminées, qu'on peut découvrir par l'exploi de l'expérimentation comparative ; il ne faut plus parler de l'action indéterminée et variable d'une force spontanée, mais de l'action invariable des lois naturelles, et ces lois ne sont pas des lois de finalité, mais de causalité. Partout où s'étend le domaine de la physiologie, c.-à-d. partout où il est question des phénomènes qui s'accomplissent dans un organisme vivant une fois construit, les savants sont aujourd'hui d'accord pour ne plus avoir recours dans leurs explications à d'autres forces qu'à celles de la physique et de la chimie.
Lorsqu'il ne s'agit plus du fonctionnement de l'organisme une fois constitué, qu'étudie la physiologie, mais de la structure des êtres vivants, qu'étudie la morphologie, lorsqu'il s'agit du développement de l'organisme individuel, de l'évolution des espèces, de l'origine de la vie, il est vrai que la théorie physico-chimique de la vie n'est pas encore universellement acceptée par les savants; mais elle n'en a pas moins gagné continuellement du terrain depuis un demi-siècle, et ses progrès sont liés avec l'emploi de plus en plus général de la méthode expérimentale. Il est vrai par exemple que Claude Bernard, pour expliquer la structure et la formation des organismes individuels, parlait encore d'une « idée directrice », qu'aujourd'hui même un botaniste comme Reinke parle de « dominantes » et qu'on doit voir là le reste d'un vitalisme très atténué d'ailleurs et où le domaine de la force vitale demeure strictement déUmité; mais les expériences de mérotomie ont établi que des cellules coupées en morceaux régénèrent dans certaines conditions leur forme primitive et que cette forme, invariable pour une même espèce de cellules, variable d'une espèce à l'autre, paraît liée à leur composition chimique ; dès lors on peut admettre que la structure des organismes représente la forme d'équilibre propre aux composés chimiques qui les constituent. Il est vrai également que les expériences de Pasteur sur les fermentations ont prouvé que dans les fermentations il ne se forme pas d'êtres vivants par voie de génération spontanée à partir de la matière inorganique ; mais la vie des organismes élémentaires, unicellulaires, n'en a pas moins été définie avec la même précision que le phénomène de la cristallisation par exemple, et on a mis en lumière les nombreuses analogies que présentent le phénomène de la vie et celui de la cristallisation. Il est vrai enfin que sur la formation des espèces vivantes, nous ne possédons aujourd'hui encore que des hypothèses contradictoires en bien des points les unes avec les autres et que l'emploi d'expressions vagues comme celle d' « adaptation » semble autoriser encore un certain nombre de naturalistes à voir dans le développement des espèces vivantes l'action de forces internes agissant en vue d'une fin ; mais du moins les naturalistes admettent en général aujourd'hui que les espèces vivantes se sont formées par évolution et ne constituent pas autant de types organiques irréductibles et discontinus, autant de fins distinctes à la réalisation desquelles tendrait la force vitale ; et les transformistes (Voir l'art. Transformisme), malgré leurs divergences, qu'ils soient darwiniens, néolamarckiens ou néodarwiniens, qu'ils attribuent les variations des espèces aux changements des milieux extérieurs ou aux conditions de
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la fécondation, s'efiorcent, pour la plupart, de les concevoir comme des successions de causes et d'effets explicables par les seules lois de la mécanique, de la physique et delachimie.
C'est à Le Dantec que l'on doit l'exposé le plus systématique et le plus précis de la doctrine qui explique par des causes chimiques tous les phénomènes vitaux, et c'est à lui que nous allons en emprunter les traits principaux. Il distingue la vie et ce qu'il appelle l2i vie élémentaire ; la vie élémentaire pour lui, c'est celle des organismes unicellulaires ; la vie proprement dite, c.-à-d. celle des organismes pluricellulaires, est une simple résultante de la vie élémentaire des cellules qui les constituent. Il faut aller du simple au composé et étudier d'abord la vie élémentaire des organismes unicellulaires. Ce qui la définit, et ce qui distingue ces organismes de la matière brute, c'esiV assimilation ; quand un corps inanimé, d'une composition déterminée, est le siège de réactions chimiques, sa quantité diminue et il finit par disparaître ; au contraire, les réactions chimiques dont un organisme vivant est le siège ont pour effet, quand il se trouve dans un milieu physico-chimique favorable, de maintenir sa composition et d'accroître graduellement son volume ; c'est cette propriété qui constitue l'assimilation ; elle est nécessaire et suffisante pour caractériser la vie élémentaire. Quand un corps unicellulaire a atteint une certaine grandeur, il se divise et ses deux moitiés continuent à se développer chacune de son côté, jusqu'au moment oU ayant atteint la même grandeur, elles se divisent à leur tour ; et ainsi de suite. C'est ce qui constitue la reproduction j la seconde propriété caractéristique des êtres vivants.
La forme et la grandeur-limite des corps unicellulaires est liée à leur composition chimique, et par là la morphologie dépend de la physiologie. Les nouveaux organismes qui résultent de la reproduction des cellules primitives ont la même composition chimique et, par suite, prennent la même forme et atteignent la même grandeur ; par là s'explique l'hérédité, qui dans les organismes les plus simples est une conséquence nécessaire de l'assimilation. La mort, c'est la destruction de la matière vivante, c.-à-d. sa transformation en matière inorganique, incapable d'assimilation ; elle ne paraît résulter pour les organismes unicellulaires que des transformations physicochimiques du milieu extérieur et non de changements internes ; c'est ce qui a permis à Weissmann de dire que les corps unicellulaires sont « virtuellement immortels ». Il semble pourtant que certains corps unicellulaires au moins, après s'être divisés un certain nombre de fois, cessent de se reproduire, c.-à-d. sont atteints de sénescence ; peut-être si on les observait assez longtemps constaterait- on qu'ils finissent par se détruire, alors même que le milieu où ils sont plongés ne se modifie pas; dans ce cas, la nature même des réactions qui constituent la vie entraînerait déjà la vieillesse et la mort au bout d'un temps plus ou moins long chez les êtres unicellulaires; mais ce n'est qu'une hypothèse. Ajoutons enfin qu'un corps unicellulaire peut se conserver plus ou moins longtemps sans être le siège d'aucune réaction chimique et sans se détruire ; c'est ce qu'on appelle ordinairement l'état de vie latente; c'est celui de beaucoup de germes. Si maintenant nous passons des corps unicellulaires à ces agrégats de cellules qui constituent les organismes pluricellulaires, les vivants supérieurs, animaux ou plantes, leur formation peut s'expliquer de la manière suivante : les cellules isolées ne régénèrent pas seulement leur substance par l'assimilation, elles engendrent encore des matières inorganiques, qu'on nomme ordinairement, d'un nom d'ailleurs impropre, produits de désassimilation, et qui restent parfois adhérents à la cellule vivante. Quand une cellule se divise, ses deux moitiés, au lieu de se séparer, restent parfois adhérentes par l'intermédiaire des produits de désassimilation ; et le même fait se reproduit à chacune des divisions successives. De là résulte un organisme pluricellulaire, dont les diverses cellules sont
homogènes les unes aux autres. S'il arrive que, certaines cellules restant en contact avec le miHeu inorganique extérieur, d'autres cellules ne sont plus en contact qu'avec la matière vivante qui les entoure et avec des produits de désassimilation, les différentes cellules de l'organisme, se trouvant en rapport avec des milieux différents, deviendront le siège de réactions chimiques différentes ; il résultera de là une différenciation physiologique et morphologique des diverses parties du corps, et, par suite, un organisme, composé de parties hétérogènes qui agissent et réagissent sans cesse les unes sur les autres. Cet ensemble complexe de réactions, résultante nécessaire de la vie élémentaire de chacune des cellules, voilà ce qui constitue la vie des organismes pluricellulaires différenciés, c.-à-d., pour Le Dantec, la vie proprement dite. Les organismes supérieurs, comme les corps unicellaires, grandissent jusqu'à ce qu'ils aient atteint une certaine dimension et pris une certaine forme extérieure, à laquelle correspond une certaine structure interne et qui est liée avec leur composition chimique. Leur croissance, et c'est ce qui la distingue de celle des êtres unicellulaires, est accompagnée d'une différenciation interne. Comme les organismes inférieurs, ils sont susceptibles, au bout d'un certain temps et pendant une certaine période de leur vie, de se reproduire ; ils transmettent par hérédité à leurs descendants la plupart de leurs propriétés physiologiques et morphologiques, bien que le mécanisme de l'hérédité devienne chez eux beaucoup plus complexe et demeure encore très obscur. Enfin, au bout d'un temps plus ou moins long, dont la limite extrême est à peu près déterminée pour chaque espèce, ils vieillissent et meurent, soit que ces propriétés appartiennent déjà aux cellules isolées dont ils sont composés, soit plutôt qu'elles résultent de l'accumulation croissante dans l'organisme de produits de désassimilation, constituant un milieu intérieur de plus en plus défavorable à la continuation de l'assimilation, c.-à-d. de la vie élémentaire des cellules. Si nous ajoutons que les conditions variables de la fécondation et les changements, plus ou moins étendus, plus ou moins durables, du milieu extérieur peuvent entraîner chez les êtres vivants des modifications soit congénitales, soit acquises, soit faibles et continues, soit brusques et durables, et que ces modifications peuvent être héréditairement transmissibles, on comprendra comment on peut concevoir une explication physico-chimique de l'évolution des espèces, aussi bien que de la formation des organismes, de leur structure et de leur fonctionnement. Kené Berthelot. IL Statistique (V. Mortalité).
III. Finances. — Assurances sur la vie (V. Assurance, t. IV, pp. 308, 327 et 332).