‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 461 sur 633 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

la force vitale dans les différents organes ; il n*y a pas une seule force vitale, il y en a plusieurs, dont une directrice et prépondérante ; c'est ce qu'on appellera plus tard ïorganicisme. Deseartes, au xvji® siècle, rejette toute l'interprétation qualitative et finaliste que les scolastiques, après Aristote, donnaient de la nature et lui oppose une physique mathématique et mécaniste ; pour ce qui est en particulier de la vie, il n'y voit pas une qualité inexplicable, une force qui a comme fin de construire l'organisme, de le conserver et d'en coordonner les actions ; les phénomènes vitaux comme les autres faits physiques se ramènent à des combinaisons de mouvements et s'expliquent par les lois de la mécanique. La doctrine physiologique et biologique de Descartes a reçu le nom àHatromécanicisme. Pour les iatromécanicistes, le corps est une machine toute composée de rouages mécaniques, ressorts, leviers, cribles, tuyaux, soupapes, etc. Cette théorie semblant trop simple pour rendre compte des faits et les recherches chimiques se développant, d'autres médecins expliquèrent la vie non plus par le jeu des forces purement mécaniques, mais par celui des forces chimiques ; c'est Vialrochimisme ou chimiâtrie. Pour les chimiâtres comme Sylvius le Boë, le corps était en quelque sorte un ensemble de cornues et d'alambics, où se réalisaient des fermentations, des acidités, des effervescences, etc. D'autres médecins encore s'écartèrent bientôt davantage du cartésianisme : de même que la physique mécanique de Descartes fut rejetée par Newton et l'école newtonienne, qui lui reprochèrent son goût exagéré pour la clarté et là simplicité des raisonnements mathématiques et son impuissance à expliquer les données comfdexes de l'observation réelle, et qui fondèrent leur physique sur les idées d'action à distance et de fluides irréductibles, de même Stahl, dans le premier tiers du xviii^ siècle, reprocha aux iatromécanicistes et aux iatrochimistes de négliger les caractères spécifiques des faits vitaux et restaura l'animisme scolastique. Sa doctrine ne survécut guère aux railleries que lui adressa Bordeu en 4742. Et pendant la seconde moitié du xviii® siècle, ce fut le vitalisme de l'école de Montpellier qui l'emporta, avec Bordeu, Grimaud et Barthez. Ce dernier surtout en assura le triomphe parmi les médecins. Et le vitalisme, modifié dans le sens de l'organicisme par des anatomistes comme Bichat et Cuvier, demeura prépondérant pendant le premier tiers du XIX® siècle; en 4833, Jean Muller, le fondateur de la physiologie allemande, admettait encore une force vitale unique, en conflit avec les forces physiques et chimiques, cause et régulatrice des phénomènes biologiques.

Le vitalisme eut un contre-coup, à la fin du xviii® siècle et au commencement du xix® siècle, dans le domaine de la philosophie générale et des sciences sociales. Les penseurs du xviii® siècle, les partisans de la philosophie des « lumières » avaient tenté d'expliquer le monde physique comme un mécanisme où tout peut être calculé et de ramener l'activité sociale et morale aux calculs réfléchis de l'intelligence individuelle ; ils avaient placé dans le progrès de la « raison », de la conscience et de la réflexion, leur idéal théorique et pratique. Les penseurs romantiques et surtout les romantiques allemands opposèrent à cette conception une sorte de vitalisme généralisé qui leur fournit et une méthode d'explication et un idéal : pour eux l'univers et la société sont des organismes qui se développent et se conservent par Faction spontanée et inconsciente d'une force interne ; cette sorte de force vitale, cette spontanéité inconsciente, il faut la laisser se développer librement, sans en entraver l'action par notre pensée réfléchie. Les origines de ces idées peuvent être trouvées au point de vue de la philosophie générale dans h Critique du jugement de Kant, au point de vue littéraire dans les études de Herder sur la poésie primitive, au point de vue politique dans les critiques adressées par Burke à la Révolution française. Leur expression philosophique la plus complète doit être cherchée dans le sys-

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