TINTORET
de les dessiner ; il fréquente tous les gens qui peignent, aussi bien les simples badigeonneurs que les artistes en renom, ne négligeant rien pour s'approprier toutes les ressources du métier, pour se faire une manière « forte et résolue ». En même temps, il saisit toutes les occasions de se produire, répand des fresques sur toutes les murailles qu'on met à sa disposition, montre ses toiles partout où il peut ; quelques belles décorations de façades, son portrait et- celui de son frère, avec effets de nuit, exposés dans la Merceria, le firent bientôt connaître. Vers 4546, il offre aux prêtres de l'église Madonna dell' Orto de leur peindre, contre remboursement de ses frais matériels, deux compositions immenses (45 m. de hauteur sur 6 m. de largeur). L'offre est acceptée pour 400 ducats. Ces deux toiles, encore en place, r Adoration du veau d'or et le Jugement dernier, oii les figures accumulées, dans un pêle-mêle tumultueux de nudités, de draperies, d'accessoires, sous les contrastes et les agitations les plus bizarres de la lumière, gesticulent et se tortillent à Fenvi, devaient rester, dans son œuvre, l'une de ses improvisations les plus incohérentes et les plus scandaleusement inégales. Le jeune homme voulait étonner, il y avait réussi. Dès qu'il eut stupéfié ses rivaux par cette extraordinaire virtuosité, il se hâta, d'ailleurs, de montrer, dans la même église, qu'il savait, lorsqu'il le voulait, rester plus calme et plus pondéré. La Présentation de la Vierge , la Sainte Agnès ressuscitant le fils du Préfet, le Saint Pierre adorant la croix, le Martyre de saint Paul, y représentent l'artiste savant et fort avec toutes ses qualités de metteur en scène et en lumière, de dessinateur hardi et sûr, de coloriste vigoureux et vibrant.
La confrérie de Saint-Marc et le Palais ducal lui offrirent bientôt aussi l'occasion d'affirmer, avec plus d'éclat encore, sa personnalité. Les quatre épisodes delà Légende de saint Marc, sont, par malheur, aujourd'hui dispersés : 4** Saint Marc sauvant un Sarrazin du naufrage (Venise, Palais ducal) ; ^^ le Corps de saint Marc retiré de son tombeau (Milan, musée Bréra) ; 3° V Enlèvement par les Vénitiens du corps de saint Marc à Alexandrie (Venise, Palais ducal) ; 4*^ Saint Marc, descendant du ciel, pour délivrer un de ses dévots martyrisé (yenisQ, Académie des beaux-arts). Ce dernier morceau, connu sous le titre de Miracle de saint Marc, peint en 4548, passe avec raison pour le spécimen le plus complet des qualités supérieures du Tintoret comme dramaturge, dessinateur, coloriste. C'est, en effet, un des chefs-d'œuvre de la peinture. Les trois autres morceaux^ oti l'habileté de l'artiste se développe sous d'autres aspects, ne sont guère moins surprenants. Au Palais ducal, nous ignorons malheureusement ce que purent être les vastes compositions du Couronnement de Frédéric Barberousse, d'Alexandre 111 excommuniant V Empereur, du Jugement dernier, brûlées en 4577, qu'il exécuta durant cette période. C'est plus tard seulement, surtout après l'incendie, à l'âge de soixante ans, que nous l'y pouvons admirer, soit comme narrateur de tumultueuses épopées {les Légats du Pape et du doge à Pavie, devant l Empereur Barberousse; la Prise de Riva en i440; la Défense de Brescia en i488 ; la Prise de Gallipoli en 1484; le Siège deZara en i346; Venise, reine de la mer), soit comme poète de la beauté plastique et expressive, de la beauté féminine et de la beauté virile, dans quelques toiles moins vastes, mais d'un charme grave et puissant, tels qu! Ariane couronnée par Vénus, P allas chassant Mars, le Mariage de sainte Catherine, Saint Georges vainqueur du dragon, soit comme portraitiste dans toute une série de figures des Doges.
Parmi les nombreuses églises où il avait semé ses œuvres, durant sa jeunesse, se trouvait l'église San-Rocco, à laquelle étaient annexés les bâtiments d'une confrérie (Scuola). En 4560, la corporation, voulant décorer ce bel édifice, mit au concours la peinture d'un plafond central (la Glorification de saint Roch). Les concurrents dési-
gnés étaient Paul Véronèse, G. Salviati, Federigo Zucchero, Tintoret ; ils n'avaient à fournir qu'un dessin ; mais, tandis qu'ils préparaient cette esquisse, Tintoret, ayant pris les mesures du cadre, peignit, en quelques jours, une toile et la mit en place. Le procédé exaspéra ses concurrents, mais comme il offrit gratuitement sa peinture, les frères l'acceptèrent et lui confièrent la décoration entière de toutes leurs salles. Huit énormes toiles, au rez-dechaussée, vingt-cinq dans la grande salle du premier étage, une plus démesurée encore dans la salle des hôtes (pala deir Albergo), semblèrent suffire à peine à ce prodigieux agitateur de formes et de couleurs pour bouleverser, par l'outrance des gesticulations expressives et des actions lumineuses, parmi des recherches imprévues d'un naturalisme audacieux, toutes les traditions les plus respectées des iconographies évangéhque et biblique. Avec tant d'exagérations et d'extravagances, c'est pourtant dans la Scuola di San Rocco que cet inventeur inépuisable, que ce praticien prodigieux donna la plus haute mesure de sa personnalité. Le grand Calvaire, notamment, où Rubens a puisé tant de ses meilleures inspirations, reste, dans l'histoire de l'art, une œuvre aussi grandiose que formidable. « C'est une telle ampleur de lumière, dit Taine, un si triomphal épanouissement de génie et de réussite, qu'on en sort comme d'un concert trop riche et trop fort, à demi étourdi, perdant la mesure des choses et ne sachant pas si Ion doit croire ses sensations. »
On ne saurait même énumérer toutes les autres grandes toiles, à Venise, dans lesquelles le fécond improvisateur poursuivit cette rénovation des sujets rebattus par une introduction de plus en plus hardie et imprévue des contrastes lumineux et des types, expressions, gestes, accessoires empruntés à la vie réelle. Nous rappellerons seulement, comme les plus intéressantes: le Baptême du Christ à San Silvestro, la Mise en croix, la Résurrection, la Descente aux Limbes à San Cassiano, les Noces de Cana à Santa-Maria-della- Sainte, la Cène à San Giovasio et à San Giorgio-Maggiore, les Scènes de la vie de saint Roch à San Rocco, la Découverte de la croix à Santa-Maria-Domini. La dernière manifestation, dans l'épopée religieuse, de ce travailleur passionné, devait être, en 4590, l'immense panorama du Paradis (haut., 40°^,20; larg., 22 m.) qui contient environ 500 figures, dans la grande salle du palais ducal. Il avait soixante-dix ans lorsqu'il la commença, et mourut peu de temps après l'avoir achevée, à soixante-seize ans. La fécondité du peintre ne serait pas, d'ailleurs, entièrement connue si l'on ne rappelait qu'il fut, avec son maître Titien, le portraitiste le plus célèbre et le plus occupé de Venise. Il n'est presque point de musée qui ne possède quelqu'une de ces images viriles, de doges, de patriciens, de lettrés, d'artistes, vigoureusement brossées, où les visages hauts en couleurs et les simarres aux larges plis, se modèlent, en puissantes saiUies, sous une lumière forte et grave.
Cet improvisateur, téméraire et sans scrupules, mais studieux et savant, poussa jusqu'à l'extrême tous les défauts comme toutes les qualités de son tempérament. Personne, parmi ses contemporains, n'accumula, avec moins de ménagements et de convenances, dans les toiles religieuses, les tours de force d'éclairages et de raccourcis, les traits de réalisme brutal, les accessoires inutiles ou grossiers, les négligences scandaleuses et les incorrections cyniques ; mais personne non plus n'y déploya certainement, plus d'imagination inventive, une entente plus vive des grands spectacles, et, à l'occasion, plus de puissance tragique et douloureuse. Ses Dépositions comme ses Scènes de la Passion sont presque toujours des chefs-d'œuvre d'émotion. Quant aux scènes de beauté plastique, si fort à la mode en son temps, on a déjà vu, au palais ducal, qu'il les sut traiter, sinon avec les séductions sereines et affables du Titien et de Véronèse, au moins avec un charme particulier dans sa sincérité un peu lourde. La Suzanne, aux musées du Louvre, de Madrid et de Vienne, la Prin-
TINTORET — TIPOU
cesse délivrée par saint Georges, à la Natioiial-Gallery de Londres, le Christ dans la maison de Marthe, au musée d'Augsbourg, et bon nombre de portraits de dames prouvent qu'il ne fut pas insensible, non plus qu'aucun de ses compatriotes, aux grâces de la femme. En résumé, bien qu'il ait été fatalement et heureusement infidèle à ses propres principes, bien qu'il ait exagéré en contorsions le dessin ressenti et anatomique de Michel-Ange, bien qu'il ait alourdi souvent, obscurci et attristé la couleur du Titien, comme, d'une part, se retrempant toujours au spectacle de la vie, il a rendu ce dessin plus libre et plus vivant, comme, d'autre part, il a trouvé, dans cette pesanteur des nuances plombées, uu moyen de liaisons admirables pour les contrastes lumineux et un moyen aussi d'expression forte ou triste, il n'en reste pas moins un génie supérieur et exceptionnel, un de ceux qui ont toujours exercé le plus d'influence sur les peintres de tempéraments puissants, tels que Rubens, Velasquez, Eugène Delacroix. — Tintoret eut pour collaborateur son fils Domemco (1562-1637), qui a laissé, dans Venise, un certain nombre de grandes toiles estimables. Ses portraits, parfois excellents, ont pu être confondus avec ceux de son père. Georges Lafenestre.
BiBL. ; Vasari, dans la Vitadi BattisLa Franco. — Carlo RiDOLFi, leMaraviglie dell'Arte, ovvero le Vite degl'i illuslri Pittorl Venetie'dello slato ; Venise, 1618. — Henry TiiODE, Tlntoretto (avec 109 fig.); Bielefild et Leipzig, 1901.
TINTOUMMA. Désert du Sahara méridional, entre Bedouaram et Agadem, sur la route du lac Tchad au Fezzan ; c'est une plaine sans eau et sans aucun accident de terrain, où les caravanes s'égarent souvent.
TINTRY. Com. du dép. de Saône-et-Loire, arr. d'Autun, cant. d'Epinac ; 237 hab.
TINTURY. Com. du dép. de la Nièvre, arr. de Château- Chinon, cant. de Châtillon-en-Bazois ; 735 hab.
TIOUMEN. Ville de la Sibérie occidentale, ch.-l. de cercle, gouv. et à 260 kil. S.-O. de Tobolsk, sur les deux rives de la Toura ; 30.000 hab. Fondée en '1586 sur l'emplacement d'une ancienne ville tatare, Tchimghi-toura, Tioumen s'est considérablement étendue et occupe à présent une superficie de plus de 1.000 hect. La ville a une importance particulière pour la Sibérie occidentale, comme le point terminus de la navigation fluviale des bassins de ITrtych et de l'Ob (plus de 3.000 kil.). Située sur la grande route de Sibérie, reliée actuellement à l'Oural (Ekatherinbourg) par une voie ferrée, Tioumen servit longtemps comme le premier lieu de concentration et de départ aux troupes, colons libres ou déportés venant de la Russie d'Europe et dirigés sur difl'érents points de l'immensité sibérienne. Actuellement encore, plus de 2.000 familles de colons traversent annuellement la ville où fonctionne un service spécial pour les immigrants. Mouvement commercial très animé, tant par voie ferrée avec la Russie européenne qu'avec l'intérieur de la Sibérie par voie d'eau : un service de vapeurs fonctionne durant la saison navigable entre Tioumen et Tomsk. Tioumen est aussi une ville industrielle ; elle possède d'importantes tanneries et fabrique des tapis qu'on rencontre sur divers marchés de l'Europe. P. Lem.
TIOUTCHEV (Fcodor-Ivanovitch), poète russe, né près de Briansk le 5 déc. 1803, mort à Tsarskoié Sélo le 27 juin 1873. Après avoir fait chez ses parents des études brillantes sous la direction de Raitch, il vint les terminer à l'Université de Moscou. En 1822, il entra dans l'administration des Affaires étrangères ; il y devait rester une grande partie de sa vie, remplissant différentes fonctions diplomatiques en Allemagne, puis en Savoie. Il était chargé d'affaires auprès du roi de Sardaigne, lorsqu'un voyage qu'il fit en Suisse, sans avoir sollicité de congé, le fit priver de ses grades. Il resta en disgrâce pendant cinq ans. Gracié en 1844, il reprit du service. Depuis 1857 jusqu'à sa mort, il fut président du comité de la censure des publications étrangères. Ce fut un esprit singulièrement élevé et cultivé qui fit impression même sur de grands écrivains étrangers, si l'on en juge
par ses relations avec Henri Heine. Tioutchev n'a publié que des vers, peu nombreux, mais exquis. Ses pièces, très courtes pour la plupart, ne rappellent pas l'effusion sentimentale des grands poètes romantiques ses contemporains; elles n'ont pas l'obscurité voulue de certains poètes, comme Phète, par exemple, mais elles nous frappent par une distinction savoureuse. Les idées qu'il exprime sont rarement les grands lieux communs du lyrisme : ce sont plutôt des pensées d'homme délicat et mûri qui cherche à dissimuler sous la perfection de son art, et à tamiser, pour ainsi dire, l'émotion très sincère qui Tétreint.
Il PARA. Com. du dép. et arr. d'Alger, cant. de Marengo, sur la Méditerranée, à 62 kil. 0. de la capitale ; 2.217 hab., dont 280 Français. Petit port, bains de mer. Ancienne colonie romaine de vétérans, créée par Claude et dont les ruines sont visibles (aqueduc, thermes, théâtre, etc.). A 10 kil. se trouve le Tombeau de la Chrétienne (V. ce mot).
TIPITAKA ou TRIPITAKA, « les trois Corbeilles ». Nom donné à la rédaction en pâli des écrits canoniques des bouddhistes du Sud. Les trois séries sont : le Vinaijapitaka, dont les cinq livres exposent la discipline bouddhiste; Oldcnberg les a édités (Londres, 1879-83, 5 vol.). Rhys et lui en ont traduit une partie aux t. XHI, XVIÏ et XX des Sacred books of the Èast; — le Suttapitaka, qui expose en cinq livres l'action et les enseignements moraux du Bouddha ; des fragments ont été traduits aux t. X et XI des Sacred Books; — VAbidhammapitaka, qui est une compilation tardive des commentaires du Suttapilaka. L'ensemble de la collection a été publié en siamois à Bangkok (1893-94, 39 vol.) ; une partie du Suttapitaka et de V Abidhammapitaka, en pâli (alphabet latin), à Londres (1882-96).
On appelle Tripitaka le canon des bouddhistes du Nord, très différent de la version pâli ; il est rédigé en sanscrit et en dialecte gâthâ (Cf. l'art. Bouddhisme).
BiBL.: Kern, Manual oflndian Buddhism: Strasbourg,
TIPOU-Sahib, dernier nabab de Maïssour (Mysore), né en 1749, mort le 4 mai 1799. Fils de Haïder-Ali, il porta d'abord le nom de Feth-AU-Khan, succéda à son père le 7 déc. 1782, au cours de la guerre contre les Anglais, vit ceux-ci s'emparer, sous la conduite du brigadier général Matthews, d'Onor, de Condapour, de Mangalor, de Bednor et d'Anampour ; il se mit à la tête d'une armée de 25.000 hommes, parmi lesquels se trouvait un corps de 1.000 Français, força Matthews à capituler à Bednor; la capitulation ayant été violée par les Anglais, Tipou retint prisonniers le général et la garnison et les accabla de mauvais traitements. Il assiégea en vain Mangalor; le traité de Versailles (1783) fut suivi d'une paix signée dans la ville qu'il avait investie sans profit (H mars 1784). Il prit alors le titre de sultan, tandis que son père ne s'était jamais considéré que comme le lieutenant du radjah légitime de Maissour, et remplit l'Inde de la renommée de son faste, qui épuisa promptement le pays. Des six ambassadeurs qu'il envoya en France, seuls les trois qui avaient pris la voie de mer atteignirent Toulon et furent reçus magnifiquement à Versailles (3 août 1788) ; mais le mauvais état des finances empêcha Louis XVI de donner suite aux propositions d'alliance qu'ils portaient. La guerre reprit en 1789, à la suite d'une attaque de son camp par le radjah de Travancore, allié des Anglais; les généraux Cornwallis et Abercromby parurent devant Seringapatam (1791), mais ne purent s'en emparera cause d'une inondation, de la disette et des maladies qui ravageaient leur camp. Tipou envoya en vain le commissaire français Léger solliciter du roi de France l'envoi d'un corps de 6.000 hommes. L'année suivante, Cornwallis, aidé des troupes duNizam et des Mahrattes, retourna assiéger Se] ringapatam (5 févr. 1792); Tipou céda et signa une paix qui lui coûtait la moitié de ses Etats et une indemnité considérable. Des Français que la prise de Pondichéry
iOl
TIPOU -» TIR
avait chassés de cette colonie se rendirent dans sa capitale, y ouvrirent même un club de jacobins (5 mai 4797) et le décidèrent à envoyer des ambassadeurs à l'Ile de France pour y demander Tappui du gouvernement républicain (47 janv. 4798). Les quelques officiers et soldats que le gouverneur de l'ile, le général Malartic, lui expédia, servirent de prétexte à l'Angleterre pour envahir ses Etats. Battu à Sidasir (6 mars 4799), il attaqua le général Harris à Malaveli (27 mars), fut battu complètement et forcé de se renfermer dans sa capitale, qui fut enlevée d'assaut le 4 mai ; Tipou-Sahib périt dans la mêlée, à 1 âge de cinquante ans, après seize ans et demi de règne; ses possessions furent partagées entre les Anglais, le Nizam et les Mahraltes ; une petite partie seulement en fut rendue au fils du dernier radjah de Maïssour. La catastrophe qui mit fin au règne de ce potentat oriental eut le plus grand retentissement en France, parce qu'elle coïncidait avec la perte définitive de nos établissements de l'Inde. BiBL. : J. MiCHAUD, Histoire des progrès et de la chute de l'empire de Mysore ; Paris, 1801, 2 vol. in-8. — Kàrnàma i Hydary^ or Memoirs... to which is annexed a sketch of the history of Tippoo Sultan {en persan); Calcutta, 1848. — Col. W. Miles, History of the reign of Tipu Sultan; Londres, 1844.
TIPPERAH. Corruption anglaise du nom de Tripoura, qui désigne un district situé à l'E. du Bengale, au N. de la division de Tchittagong dont il dépend ; 6.454 kil. q. ; 4.78-2.935 hab. en 4894, dont 4.224.336 musulmans. Le ch.-l. est Kommilla (44.680 hab.), sur la Goumti. A l'E. se trouve la principauté vassale du Tripoura montagneux (Hill-Tipperah), dont le radjah commande à 40.572 kil. q. et 437.442 hab. (dont 94.665 Hindous).
TIPPERARY. I. Ville. — Ville d'Irlande, comté de Tipperary, sur le chem. de fer de Waterford à Limerick ; 6.394 hab. en 4894. Lainages, commerce de beurre.
IL Comté. — Comté d'Irlande, prov. de Munster, entre le Shannon au N.-O., le Suir au S.-E. (V. Irlande); 4.296 kil. q. ; 473.488hab.en4894 (au lieu de 435.553 en 4844). Le Sud est montagneux, le Nord plat. L'élevage du bœuf et du mouton sont les principales ressources. Le ch.-l. est Clonmel ; les autres villes sont Tipperary-Cashel, Carrick-on-Suir.
TIPPOU-TiB (Hamed ben Mohammed, dit Mutchison- Poula, et connu des Européens sous le nom de), négociant arabe, né vers 4837, qui acquit une grande influence dans l'Afrique centrale, autour du lac Tanganyika ; c'est grâce à son appui que Cameron en 4874, Stanley en 4876, Wissmann en 4882, purent traverser l'Afrique. Stanley traita avec lui lors de son expédition vers Emin Pacha, et le nomma, au nom du roi Léopold II, gouverneur de Stanley-falls, lui adjoignant un résident européen. Tippou-Tib avait organisé de vastes plantations et plusieurs postes militaires. Mais lors de la rupture entre l'Etat du Congo et les Arabes, il fut évincé, et son centre de Kassongo enlevé (4893). A.-M. B.
Tl PU LA (Tipula L.) (Entom.). Genre de Diptères Némocères, de la tribu des Tipuliens terricoles, caractérisé par le prolongement de la tête assez long et étroit, les antennes filiformes presque sétacées, de 43 articles, les trois premiers articles des palpes un peu en massue, le front à surface plane, les ailes écartées, à 5 cellules postérieures, la deuxième pétiolée. Les Tipules, parleur forme générale, la longueur de leurs pattes, offrent beaucoup de rapports avec les Cousins, mais ils ne sont nullement offensifs. Ils fréquentent principalement les prairies, les bois humides, le bord des eaux. Les femelles déposent leurs œufs dans le terreau, les détritus amassés sous les arbres ; leurs œufs sont très durs, oblongs, un peu en forme de croissant et d'un noir luisant. Les larves sont allongées, grisâtres, cylindriques, atténuées aux extrémités, lisses et apodes ; la tète est petite, écailleuse et susceptible de se cacher sous le premier segment ; le dernier segment abdominal porte six stigmates sur deux rangées transverses. Ces larves se nourrissent exclusivement de terre végétale ;
elles peuvent nuire aux plantes en détachant et en isolant leurs racines. Les nymphes sont allongées et portent en avant deux tubes respiratoires en forme de corne ; leurs segments présentent des rangées de petites épines. A citer T. gigantea Schr., T. oleracea L., très communes partout. P. Chrétien.
TIQUE (Entom.). Synonyme àlxode (V. ce mot).
ÏIQU ET (Entom.) (V. Altise).
TIR. I. Balistique et Art militaire. — Le tir des bouches à feu est resté fort longtemps dans le domaine empirique ; jusqu'au milieu du xvii® siècle, on considérait la résistance de l'air comme négligeable, et l'on admettait que le projectile se comportait comme dans le vide, c.-à-d. qu'il décrivait une parabole. L'étude du mouvement du projectile est intimement liée à l'étude de la résistance de l'air. C'est Newton, à la fin du xvii® siècle, qui, le premier, démontra qu'elle pouvait produire des eilets importants et posa les premières lois de la Balistique extérieure. A l'époque où il fit ses travaux, les bouches à feu et les poudres employées ne communiquaient au projectile qu'une faible vitesse initiale, aussi fut-il conduit à considérer la résistance de Tair comme proportionnelle au carré de la vitesse du projectile. Avec les progrès de l'artillerie, on reconnut plus tard que cette loi était inexacte, et les expériences de Robins et de Hutton en Angleterre, puis de Borda en France, infirmèrent la loi de résistance posée par Newton. Ce n'est qu'au milieu du xix^ siècle que l'étude du tir des bouches à feu arriva à être faite avec quelque précision. Les principaux auteurs qui ont posé les principes de la balistique extérieure sont : en France, Bernoulli et Euler; Piton-Bressant, lieutenant d'artillerie de marine ; de Saint-Robert, le général Didion, le général Duchêne ; en Angleterre, Basforth; en Italie, le colonel Siacci; en Russie, le général Mayewski ; en Belgique, le capitaine Navez, etc.
Résistance de l'air. — L'air offre au mouvement des projectiles une résistance qui dépend de la forme de celui-ci, de sa vitesse et de la densité de l'air au point où la résistance est étudiée. Les forces élémentaires agissant sur les projectiles oblongs, ne se réduisent pas à une résultante unique, dirigée suivant la tangente à la trajectoire (V. le § Trajectoire) y mais à une force inclinée sur la tangente à la trajectoire passant par le centre de résistance et à un couple. L'action de cette force et de ce couple ont pour but de diminuer la vitesse du projectile et de le faire sortir du plan de tir, en produisant la dérivation.
Les nombreuses études faites sur la résistance de l'air n'ont pas amené à trouver une loi bien définie de son mode d'action ; cependant tous les résultats trouvés tendent à prouver que cette résistance est proportionnelle à la densité balistique (A) de l'air, au carré du calibre (c), à un certain nombre appelé indice de résistance (i) qui dépend de la forme du projectile, enfin à une certaine fonction de la vitesse {v) que l'on définit par des tables
ii^c^ numériques. En sorte que l'expression R = /(?•),
p étant le poids du projectile, représente la valeur de la résistance de l'air. C'est sur la forme de la fonction fiv) que les différents auteurs ne sont pas d'accord. Les différentes formes qu'ils donnent à cette fonction sont plus ou moins compliquées, mais on est presque universellement d'accord pour admettre que pour les vitesses inférieures à 250 m. et supérieures à 500 m. on peut supposer sans grande erreur f(v) proportionnelle à v^, pour les vitesses comprises entre 250 m. et 500 m. à v\ L'indétermination qui pèse sur la forme de la fonction f(v) n'a d'ailleurs que peu d'inconvénient, la connaissance de f{v) n'étant utile que pour calculer les tables de tir (V. cidessous ce paragraphe). Or, dans ces tables, les éléments principaux du tir sont déterminés expérimentalement. Généralités et Définitions. — Certaines expressions
TIR
particulières sont employées dans le langage de la balistique. Quand on veut tirer un coup de canon, après avoir chargé la pièce, il est nécessaire de lui donner une direction et une inclinaison telles que le projectile atteigne le but, c'est ce qui constitue le pointage de la pièce. L'axe de la pièce prolongé indéfiniment s'appelle ligne de tir, l'inclinaison de cet axe sur le plan horizontal angle de tir; le plan vertical contenant la ligne de tir porte le nom de plan de tir. La tangente à la trajectoire au sortir de la bouche à feu s'appelle ligne de projection; le plan vertical qui la contient, plan de projection; l'angle de la ligne de projection avec le plan horizontal, angle de projection. La ligne de tir et la ligne de projection font un certain angle, c'est l'angle d' écart initial ; la projection de cet angle sur le plan de tir est l'angle de relèvement, il est de quelques minutes ; la projection sur le plan horizontal est l'angle d'écart horizontal, toujours beaucoup plus faible que l'angle de relèvement; on le néglige en général. — Les mots : vitesse initiale, vitesse restante horiwntale, verticale ou tangentielle, se rapportent au projectile et n'ont pas besoin d'autres explications. Le point où le projectile vient rencontrer le sol est le point de ctiute, sa distance à la pièce la portée, sa distance au plan de tir la dérivation. L'angle que fait le dernier élément de la trajectoire avec le plan horizontal, V angle de chute, La flèche de la trajectoire est la distance du plan horizontal de la pièce au sommet de la trajectoire. Quand le but n'est pas à la même altitude que la pièce, on appelle angle de site l'angle de la droite qui joint la pièce au but et du plan horizontal ; cet angle se compte positivement quand le but est plus élevé que la pièce, négativement dans le cas contraire.
Dans le cas du tir fusant, on appelle hauteur d'éclatement la hauteur à laquelle le projectile éclate, cette hauteur est comptée à partir du pied du but ; intervalle d'éclatement, la distance du point d'éclatement au but.
Différentes espèces de tir. — Les différentes espèces de tir tirent leur nom de la manière dont on emploie le projectile, de la forme de la trajectoire, soit de conditions diverses, Dans le tir percutant, le projectile armé d'une fusée percutante (V. Fusée) éclate en rencontrant le sol ou un obstacle résistant ; dans le tir fusant, le projectile armé de fusées à double effet (V. Fusée) éclate en l'air. Le tir à m,itraille s'exécute à très courte distance, 500 m. au maximum, en général contre la cavalerie, avec des boUes à mitraille ou des obus débouchés à i'évent zéro (V. Fusée, Obus, Projectile). Lorsqu'on exécute le tir à fortes charges, sous de petits angles de tir, inférieurs à 20^, on exécute du tir de plein fouet ou tir tendu. Quand l'angle de tir est supérieur à 20*^, on exécute du tir courbe. Suivant le but que l'on se propose, le tir courbe porte différents noms : le tir plongeant a pour but d'atteindre un objectif, fortification ou troupe abritée derrière son couvert; le tir en brèche est un cas particulier du tir plongeant, il a pour but la démolition d'une partie d'escarpe, pour permettre aux troupes d'assaut de pénétrer dans la brèche pratiquée ; le tir vertical a pour but la démolition des obstacles qili présentent une surface horizontale, il agit par effets d'écrasement et s'exécute avec de gros calibres (mortiers de 220, canon de 155 court) tirés sous des angles de 30, 45 et même 55^. Le tir de rupture a pour objet la démolition des blindages et cuirassements, il s'exécute avec des canons longs et puissants et des projectiles de rupture (V. Obus). Lorsque la batterie qui tire est directement opposée à son objectif^ elle exécute un tir de front ; si sa ligne de tir est obHque au front de l'adversaire, elle exécute un tir d'écharpe; si elle est à peu près parallèle à ce front, elle fait du tir d'enfilade; enfin, elle exécute un tira revers ou à dos, si elle prend l'objectif par derrière.
Quand le capitaine qui commande le feu peut apercevoir les points de chute de ses projectiles, il exécute du tir direct ; dans le cas où il est obligé de quitter sa bat-
terie ou d'avoir recours à des observateurs (V. § Observation du tir) pour observer son tir, il exécute du tir indirect.
Les tirs balistiques sont des tirs exécutés dans les commissions d'expériences avec des précautions spéciales (pesée des projectiles, des charges, emploi d'un même lot de poudre, relevé des points de chute, etc.) pour déterminer les divers éléments à inscrire dans les tables de tir (V. ce paragraphe). Les tirs fictifs s'exécutent avec des boîtes en zinc remplies de grenaille de plomb ; ces boîtes ont le même poids que le projectile que tire le canon ; ils ont pour but d'éprouver la résistance des pièces et des affûts. Au moment du départ du coup, la boîte se fend et la grenaille se répand en tous sens, sans présenter de danger. Le tir à blanc s'exécute sans projectile ou avec un projectile en carton, pour les salves de réjouissances, les manœuvres ou les honneurs à rendre aux hauts dignitaires. Enfin, pour l'instruction des cadres des batteries, on exécute un exercice qui porte le nom de tir simulé, et qui n'est pas un tir à proprement parler. Cet exercice consiste à établir en un certain endroit une série de lignes de pétards à fumée (V. Pétard) entourant un objectif; les cadres de la batterie, placés de 4.800 à 2.500 m. de ces pétards, observent au moment où chacun d'eux éclate le sens du coup. Cette instruction a pour but d'apprendre à observer les résultats du tir. Dans l'ancienne artillerie, alors qu'on tirait des boulets sphériques, on appelait tir à ricochet un genre de tir d'enfilade dans lequel le projectile ricochait dans l'intérieur de l'ouvrage. Ce tir s'exécutait avec des boulets rames, c.-à-d. réunis par deux à l'aide d'une chaîne. Le tir à boulets rouges consistait à faire rougir les boulets au feu, avant de les employer, pour allumer des incendies.
Trajectoire. — La trajectoire, courbe décrite dans l'air par le projectile, est à double courbure ; sa forme dépend de la forme et du poids du projectile, de la résistance de l'air, de l'angle de tir, des propriétés balistiques de la poudre, etc. Si l'on se donne un projectile d'un poids et d'une forme déterminés, qu'on le tire avec une charge de poudre de poids et de propriétés connus, la trajectoire sera une fonction de l'angle de tir et de la résistance de l'air. Le mouvement du projectile est très complexe, la loi de résistance mal connue, aussi pour étudier la trajectoire, est-on obligé de faire certaines hypothèses et de procéder par approximation. On étudie en général séparément la projection verticale et la projection horizontale de la trajectoire. Pour étudier la projection verticale, on suppose que la dérivation est nulle. Ces
Trajectoire.
hypothèses faites, les équations différentielles du mouvement du projectile dans l'air ne peuvent en général s'intégrer parce qu'elles renferment la résistance, fonction de la vitesse et par conséquent des coordonnées x y et de
leurs dérivées
dx dy
-T. -Tj. Expérimentalement, le général Du-
chêne a remarqué que la trajectoire était assez bien représentée dans tous les cas par l'équation :
gx^
x^ \ os^ ^/
2 V^ cos^ 9 \ cos 9
dans laquelle © représente l'angle de projection, V la vitesse initiale, A et B deux paramètres dépendant uniquement de V, g l'accélération de la pesanteur.
TIR
Forme de la trajectoire. Plus la vitesse initiale du projectile est faible, plus la trajectoire se rapproche de la courbe décrite dans le vide, c.-à-d. de la forme parabolique ; plus la vitesse est considérable, plus la trajectoire est tendue et se rapproche de la ligne droite. Le sommet de la trajectoire est plus rapproché du point de chute que de la bouche à feu, c'est en ce point que la vitesse passe par son minimum ; l'angle de chute est plus grand que l'angle de tir ; la trajectoire a une asymptote parallèle à l'axe des y. Ces différentes propositions se démontrent facilement en partant des équations différentielles de la trajectoire qui sont établies sans hypothèse préalable sur la forme de la fonction qui représente la résistance.
Calcul des trajectoires dans le cas du tir tendu. En 1850, le lieutenant d'artillerie de marine Piton-Bressant a émis une hypothèse qui se trouve vérifiée dans le
Hypothèse de Piton-Bressant.
cas du tir tendu et qui permet de calculer les divers éléments de la trajectoire à l'aide des tables de tir. Cette hypothèse est la suivante : V abaissement de la trajectoire au-dessous de la tangente à V origine est inversement proportionnel au carré du cosinus de l'angle
de projection. TM z= i^^.
^ '' cos^ 9
Or TM =: ^ tg 9 — y ; donc l'équation de la trajec-
toire peut s écrire : y = x ts:<Q -\"-.
^ -^ ^ ^ cos^ 9
Si donc Ton connaît la trajectoire OM, correspondante à l'angle 9, on pourra calculer la trajectoire OM^ correspondante à 9^ puisqu'on aura pour chaque point M^ situé sur la même parallèle à l'axe des y que M :
-^^ ^ ' ^ cos^ 9^
c.-à-d. y — ^^i9 __ cos^li^
Vi — ^ Ig ?i cos^ 9 * Si donc l'on connaît la trajectoire M, on pourra calculer tous les éléments de la trajectoire M^, c.-à-d. Vordonnée, la vitesse, l'inclinaison, la durée de trajet, etc., correspondants à chaque abscisse. Dans la pratique, on ne connaît pas la trajectoire M, mais les tables de tir (V. ce paragraphe) donnent, pour des portées variant de 4 00 en 1 00 m. , tous les éléments du tir. Si dans l'équation précédente on fait y :=zO, ^ rrr P (valeur de la portée), on a :
— Ptg9 cos29^ ' *• j 1.
irr-^ = — ^— , équation que donne y, pour chaque
?/i~Ptg9i COS29' ^ ^ -'i^ ^
valeur attribuée à 9^, puisque les tables de tir donnent la valeur de 9 correspondante à la portée P. Si donc on veut construire la trajectoire correspondante à l'angle de projection 9i, on résoudra l'équation précédente par rapport à yj^ et on prendra dans les tables de tir les valeurs de 9 qui correspondent à des portées P variant de iOO en 100 m. Les angles 9 et 9^ étant les angles de projection, leurs valeurs sont égales à celles des angles de tir correspondants augmentés de V angle de relèvement.
Cette méthode ne peut s'appliquer que dans le cas de tir tendu, c.-à-d. quand l'angle de tir est inférieur à 20*^ environ.
Pointage et repérage des bouches à feu. — Pointage. Pour atteindre un objectif donné, dont on connaît l'emplacement sur le terrain, il faut, après avoir chargé la pièce de son projectile et de sa gargousse, lui donner une direction et une inclinaison convenables pour que le projectile aille atteindre le but ; ces opérations consti-
Règle de pointage (modèle 1883).
tuent h pointage. Les éléments du pointage initial (hausse ou angle de tir, dérive, correction du vent) sont donnés par les tables de tir (V. ce paragraphe). Si le pointeur placé près de sa pièce voit le but, il exécute du pointage direct ; s'il ne voit pas le but, il ne peut viser sur lui et dispose sa pièce d'après les indications qui lui sont données, sans s'occuper de la position de l'objectif; dans ce cas, il exécute du pointage indirect. Le pointage indirect, suivant le procédé opératoire, porte différents noms : pointage sur but auxiliaire, quand le commandant de la batterie fait visersur un but visible en apportant au préalable aux éléments de pointage les corrections nécessaires ; pointage à la règle^ dans le cas de tir à la planchette (V. ^ Règle de pointage); pointage sur l'éclatement, lorsque connaissant grossièrement la direction du but, on fait tirer par une pièce un coup fusant dans cette direction et au moment où le projectile éclate, on fait diriger toutes les pièces de la batterie sur ce point d'éclatement. Cette opération faite, les pièces sont ?^^;?^rées (V. ci-dessous, § Repérage), et le commandant de la batterie apporte aux éléments du tir les corrections nécessaires pour ramener les coups dans la direction du but. Le pointage direct s'exécute à la hausse (V. ce mot). Le curseur de la hausse et la planchette des dérives étant fixés aux divisions correspondantes à la distance du but, les corrections relatives aux déviations accidentelles ayant été apportées, s'il y a lieu, le pointeur dirige la ligne idéale passant par l'œilleton de la hausse et le milieu de l'intervalle des pointes du guidon ouïe point de mire (ligne de mire) sur le but. L'opération terminée, la pièce a la direction et l'inclinaison convenables pour que le projectile atteigne le but. Les millimètres de hausse correspondant aux diverses portées sont gravés sur la tige de la hausse. Dans le tir indirect, le pointage en direction s'exécute : soit au fil à plomb, si en s'élevant derrière la pièce on peut apercevoir le but, on détermine alors à l'aide du fil à plomb un alignement passant par le but, le guidon, le point de mire et V œilleton de la hausse; soit à l'aide de la règle de pointage, règle en bois de section rectangulaire et de grande longueur. Sur l'une de ses grandes faces est- fixée une bande de zinc graduée en miUimètres, à la partie antérieure un coulisseau muni d'une pointe peut sortir de la règle. Cet instrument porte deux colliers à traverses, l'un fixe à la partie antérieure, l'autre mobile. Ce mode de pointage est employé dans le tir de siège et de place. Dans tous les cas du tir indirect, le poiniage en hauteur s'exécute avec le niveau de pointage (V. Niveau). Depuis quelques années, un nouvel instrument tend à remplacer la hausse ou la règle de pointage pour le pointage en direction : c'est le goniomètre. Cet instrument comporte un collimateur mobile autour d'un axe perpendiculaire à son axe optique et qu'on fixe perpendiculairement au plan de l'axe des tourillons et de l'axe de la pièce ; un plateau et un tambour gradués permettent de le diriger dans tous les azimuths.
Appareil de pointage automatique, système Déport. Dans les batteries de côte, le pointage se fait à l'aide d'un appareil. Le principe de l'appareil est le suivant : un bâti est fixé horizontalement à hauteur des tourillons sur l'affût ; une lunette est liée à un support qui repose sur une came dont le profil a été calculé de sorte que la lunette étant dirigée sur le but, l'axe de la pièce qui est invariablement lié au support soit incliné sur l'horizon
TIEl
d'un angle égal à ï angle de tir. Ces appareils, dus au colonel Déport, sont de deux sortes : l'appareil à altitude fixe, qui ne peut servir que pour la batterie pour laquelle il a été construit, et l'appareil à altitudes variables.le plus récent, dans lequel un correcteur permet de déplacer la came par rapport à la lunette, de façon à ce qu'il serve pour des batteries d'altitudes différentes.
Corrections de pointage. — La pièce pointée avec tout le soin possible, il arrive souvent que le projectile n'atteint pas le but et même ne tombe pas dans sa direction ; cela tient à ce que diverses circonstances extérieures peuvent influencer le projectile dans son mouvement dans l'air et donner lieu à des déviations. Les circonstances principales qui peuvent avoir de l'effet sur le tir sont : ['inclinaison de Vaxe des tourillons^ le vent et la différence d'altitude du but et de la pièce.
Correction de l'inclinaison des tourillons. Lorsqu'une roue est plus basse que l'autre, l'axe des tourillons s'incline dans le même sens, et le projectile est dévié du côté de la roue la plus basse, il y a intérêt à corriger cet écart avant de tirer. Cette correction est facile à déterminer : la pièce étant pointée sur le but, soient AB ~ /i, .ip-H OB =zdy la hausse et la dé- jJL h rive correspondantes ; si l'on ^~j. ..-., ^^r*:— -^ fait tourner la pièce autour de son axe, cet axe ne bougeant pas, la pièce est disposée pour tirer sur le but ; mais Taxe des tourillons s'incline d'un certain angle i, le plan de la hausse s'incline du même angle B' AB =: i ; pour qu'elle soit pointée, il faut que l'on prenne pour hausse AB' z=. " rive OB' = d' sur AB', on a
Correction de l'inclinaison des tourillons.
h!, pour dé
; en projetant les deux chemins ABO AB'O : /t' = /icos ï -H <i sin i; sur AB', on a : d' =zh sin i -i-dcosi ; telles sont les formules générales, mais si l'angle i est petit, conditions toujours réalisées dans la pratique, on peut prendre cos i = i, sin i = i et négliger d sin i qui est très petit par rapport à h, donc lï ^=z keid' — d = ht en
exprimant i en degrés ^=: .q\, soit
sensiblement ^7, , d'où c?' — rf =: w ;;7- .
Correction du vent. Suivant sa direction, le vent agit différemment; il porte toujours le projectile du côté vers lequel il souffle. Suivant qu'il souffle dans le sens de la ligne de tir vers le but ou vers la pièce, il augmentera ou diminuera la portée. On ne s'occupe pas de cette correction au préalable; en ce qui concerne le tir en portée, l'écart produit par le vent s'éliminera de lui-même dans le courant du réglage de tir (V. ce paragraphe) ; quant au tir en direction, on le corrige, soit à l'aide des tables de tir qui donnent la correction de dérive à faire pour un vent latéral de 10 m. de vitesse, soit au moyen de corrections empiriques. Correction de site. L'angle de site n'a pas d'influence
Appareil Déport.
Correction de site.
sur la direction du projectile, mais il en a une qui peut être considérable sur la portée. Quand l'angle de site est infé-
rieur à lO*^, on peut admettre que l'angle do tir sera celui qui correspond à la portée augmentée de la valeur algébrique de l'angle de site, c'est l'hypothèse de la rigidité de la trajectoire, qui n'est satisfaite que dans le cas du tir tendu. Dans le cas du tir courbe ou d'un angle de sitesupérieur à 10<>, les tables de tir donnent une série de tableaux permettant de calculer la correction de site. Repérage. Le repérage est une opération qui consiste, après avoir pointé une pièce, à repérer son emplacement exact. 11 s'exécute à l'aide de la hausse ou du goniomètre, en visant avec ces instruments sans déranger la pièce des points de repère éloignés ; la hausse et la dérive nouvelles obtenues s'appellent hausse de repère et dérive de repère. Dans les batteries de siège et de place, on installe de chaque côté de la plate-forme deux réglettes de repère. Tune à hauteur de la fusée d'essieu, l'autre à hauteur de la queue d'affût, et le repérage s'exécute avec la règle de pointage.
Dispersion et probabilité du tir. Lorsqu'on tire un grand nombre de coups de canons dans des conditions aussi identiques que possible, les divers projectiles ne tombent pas au même point, mais se dispersent en tout sens, suivant une loi bien déterminée, autour du point moyen. Ce phénomène est dû à des causes nombreuses, telles que la différence de constitution et de poids des projectiles, des gargousses, la différence des propriétés balistiques de la poudre employée, les variations du pointage d'un coup à l'autre et la différence de retour en batterie de la pièce. Si sur le terrain on relève tous les points de chute et qu'on en prenne le point moyen, que par ce point ou mène deux droites perpendiculaires dont l'une
Repères de la règle de pointage.
passe par la pièce, on remarquera que dans le sens de la portée les projectiles se répartissent de façon que la meilleure moitié des coups courts et la meilleure moitié
^^''^fo 30 (»' \ y \ hifahiiliiii!iiiiyiiiL|iii|j|||| \ l
Graduation circulaire.
des coups longs se trouvent tous compris dans une certaine bande ayant le point moyen pour centre et qu'en deçà et au delà de cette double bande les coups se répartissent dans des bandes d'égale profondeur proportionnellement aux nombres suivants : 25 %, 16 '^/o, 7 Vo, 1,5%. Le nombre qui mesure la profondeur des bandes porte le nom d'écart probable, c'est en effet l'écart qui a la probabilité 1/2 de ne pas être dépassé ; on voit donc que la presque totalité des coups (993 pour 1000) se répartit
TIR
en deçà et au delà du point moyen dans une zone de 8 écarts probables. Si l'on examinait les écarts en direction, ou si Ton avait relevé les points d'impact sur une cible verticale et qu'on examine les écarts en hauteur, on arriverait à la même loi de dispersion, seulement les valeurs des écarts probables changeraient. Plus les écarts probables sont i^eûis, plus le tir est groupé ; la valeur des trois écarts probables en portée, en direction et en hauteur, est donc une mesure de la justesse d'une bouche à feu, c'est pour cela qu'il est important de les connaître et qu'on les inscrit dans les tables de tir. Le calcul des probabilités montre que Vécart probable est égal à ï écart moyen multiplié par 0,8453. Le tableau suivant donne quelques écarts probables relatifs au canon de 1550c. :
Tableau de la dispersion.
PORTEES