L. BOUGIER
CARACTÈRE. L Psychologie, Morale et Pédagogie. — Selon l'étymologie, caractère signifie wargwe. Le caractère d'un homme, psychologiquement parlant, c'est sa marque propre, ce qui le distingue entre les autres. Or, l'intelligence nous distingue relativement peu : tout inégale qy'elle peut être, elle est, en fait, sensiblement la même
chez les individus moyens, dans un même milieu et un même temps ; et Descartes a pu dire que « la raison, ou le sens » étant « ce qui nous rend hommes » est par cela même « la chose du monde la mieux partagée. » Au contraire, malgré le fond spécifique, ethnique, national qui nous est commun, nous différons plus ou moins profondément par l'énergie et la direction dominante de la volonté, par les tendances, les affections, les passions. Le caractère d'un individu, c'est donc essentiellement sa manière propre d'agir et de sentir. Connaître le caractère de quelqu'un, c'est savoir comment il se comportera dans un cas donné, de quoi il sera ou ne sera pas touché, et de quelle façon porté à réagir. Le fond premier du caractère, c'est le naturel, c.-à-d. l'ensemble des dons innés de l'individu, surtout de ses dispositions actives et affectives, antérieurement aux modifications qu'y apporteront le milieu, l'expérience et l'habitude. Le caractère d'un enfant, c'est son naturel en train de se fixer ou de se transformer sous ces diverses influences. Le caractère de l'adulte, c'est le naturel encore, mais modifié d'une manière plus ou moins profonde et définitive par la vie même, les circonstances, l'exercice, l'éducation. On conçoit de quel intérêt serait, au point de vue spéculatif déjà, mais surtout pour la pratique, la science des caractères, c.-à-d. la connaissance certaine des lois constantes, s'il y en a, qui président à leur composition si diverse, à leur évolution en apparence si capricieuse. Mais avant de nous demander si une telle science est possible, considérons d'abord un sens restreint du mot caractère qui, faute d'explication, pourrait faire croire à une acception toute différente.
I. (îuand on dit d'un homme qu'il a du caractère, ou plus fortement encore, qu'il est un caractère^ il est clair gu'on ne l'entend pas au sens général et banal où tout individu a, vaille que vaille, sa façon de sentir et d'agir. Il s'agit, dans ce cas, essentiellement de la volonté, d'une volonté exceptionnelle par la force et surtout par la ténacité : un élément entre autres, l'élément capital du caractère est considéré seul, ou à peu près. « Avoir du caractère, absolument, c'est, dit Kant (Anthropologie, II® part., p. 277, trad. Tissot) posséder cette propriété de la volonté par laquelle le sujet s'attache à des principes pratiques déterminés, qu'il s'est invariablement posés par sa propre raison. Bien que ces principes parfois puissent être faux et vicieux, cependant la disposition générale de la volonté à agir suivant des principes fixes (et non à sauter tantôt ici, tantôt là comme les mouches) est quelque chose d'estimable et qui mérite d'autant plus l'admiration que c'est plus rare. Il ne s'agit pas là de ce que la nature fait de l'homme, mais de ce que l'homme fait de lui-même. » Dans ce sens, on peut dire que former des caractères est une des fins les plus hautes de l'éducation, car elle doit faire des hommes et je ne vois un homme, au sens fort du mot, que là où je trouve un caractère, tenacem propositi virum. Et quoique, en fait comme en théorie, la direction du vouloir importe infiniment, une volonté de fer pouvant être mauvaise et malfaisante ; quoique la bonté doive se rencontrer avec la force d'âme pour produire la vertu idéale, cependant, comme les stoïciens l'ont bien compris, et Kant après eux, une volonté ferme et indépendante est le premier élément d'une haute valeur morale : c'est à bon droit que même « un homme d'un mauvais caractère (comme Sylla), inspirât-il de l'horreur par la violence de ses inébranlables maximes, ne laisse pas d'être un objet d'admiration. » En effet, ôtez cette force du vouloir, les plus exquises qualités ne sont plus que des dispositions naturelles ou des velléités ; posez-la, vous avez l'autonomie, condition première et seule garantie de la vraie valeur morale. Condition presque suffisante, car on ne peut guère, sauf de bien rares exceptions, être ainsi fidèle à ses maximes que si elles sont conformes à la vérité dos choses, à la nature, à la justice. C'est ce qui
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fait que les stoïciens avaient, à la fin, cliangé le vieux précepte : vivre d'accord avec la nature^ en cet autre, qui le dominait et l'impliquait selon eux : vivre d'accord avec soi-même, agir d'une façon conséquente. En cela, pensaient-ils, peut se résumer toute la sagesse, parce que dans la voie seule de la sagesse est possible en fait cette inflexible logique de la conduite.
Etre un caractère, dans ce sens fort du mot, ne faire que ce qu'on veut et parce qu'on le veut, n'agir que selon des maximes à soi, que Ton s'est fixées une fois pour toutes, c'est être tout le contraire d'un imitateur, d'un mouton de Panurge ; c'est donc trancher d'une façon éclatante sur le vulgaire. L'éducation peut-elle quelque chose pour mettre un homme à un tel niveau moral ? On le conteste. Par définition, en effet, il semble que soi seul, par un effort personnel, on puisse donner ce ton à sa volonté. C'est Tavis de Kant qui, tout en reconnaissant que la ténacité inflexible est une disposition naturelle très favorable au caractère, nie expressément qu'elle fasse un caractère à elle seule. 11 faut avec elle des principes dictés par la raison, comme de ne jamais manquer à la vérité, ni à la parole donnée, de ne jamais se soucier du jugement superficiel et malveillant des autres. Ces principes, la volonté seule peut les choisir et s'engager une bonne fois à y rester fidèle. « L'éducation, les exemples, l'instruction ne peuvent opérer insensible-ment cette fermeté et cette constance dans les principes, laquelle ne peut avoir lieu que tout d'un coup, comme une sorte d'explosion... Il n'y a sans doute qu'un petit nombre de personnes qui aient tenté cette métamorphose avant l'âge de trente ans, et un moindre nombre encore l'ont complètement effectuée avant la quarantaine. » Les moralistes en général, Franklin notamment, nous conseillent de nous amender peu à peu, partiellement. Vaine tentative, selon le philosophe allemand, car une impression s'évanouit pendant qu'on travaille à une autre. « Le fondement d'un caractère consiste bien plutôt dans l'unité absolue du principe interne de conduite en général. » Oui, répondrons-nous ; et il se peut en effet que les philosophes aient lort de trop montrer la vertu dans telle ou telle action au lieu d'insister sur son unité, qu'on la rendit plus intéressante en la présentant « dans toute la beauté de sa forme ». Mais, cela même, est-il donc défendu à l'éducateur de le faire ? L'effort de volonté dont il s'agit et qu'en effet nul ne peut faire pour un autre, encore faut-il apprendre à en connaître le prix pour s'aviser un jour de l'accomplir. Pourquoi l'exemple, l'exercice méthodique de l'énergie, l'entraînement graduel de la volonté par l'habitude de l'effort indépendant ne prépareraient-ils pas l'enfant à vouloir être un caiactère et à le pouvoir le jour où il en aura la généreuse velléité ? Et puisque c'est pour une si grande part affaire de raison et de maximes, comment serait-il possible que ce ne fût à aucun degré affaire de culture ?
11. Tout autre est la question des caractères individuels, au sens large du mot, des lois (s'il y en a) qui président à leur formation, du genre de connaissance dont ils sont susceptibles. Il y aurait là matière à une étude d'une extrême complexité, dont il n'a été fait, à ma connaissance, que de p?rtielles et maigres ébauches. Embrasser un jour cette étude dans son ensemble, traiter méthodiquement ce problème dans toute son ampleur serait le rêve de celui qui écrit ces lignes : qu'il suffise ici d'indiquer à grands traits comment se pose la question, quelles difficultés efle soulève, quelles recherches elle demanderait, à quelles conditions et dans quelle mesure elle comporte une solution scientifique. — La première chose à faire, ne fût-ce que pour déblayer le terrain, serait de dépouiller tous les principaux écrits sur la matière, depuis le petit traité de la Physiognomonie, attribué à Aristote, jusqu'aux écrits de Lavater, de Gall et des modernes graphologistes, pour y démêler, entre tant de fantaisies qui n'ont rien de scientifique, ce qui
peut soutenir plus ou moins l'examen et donner des suggestions utiles. Par exemple, l'idée ancienne de juger du caractère d'un homme d'après les analogies qu'on peut saisir entre sa figure et celle de certains animaux, si elle n'est pas absolument dépourvue d'intérêt ni sans un semblant de raison, ne paraît cependant pouvoir donner lieu qu'à des interprétations tellement aventureuses qu'il n'y a sans doute à peu près rien à en retenir pour une théorie digne de ce nom. Au contraire, la physionomie étant à coup sûr et en tout état de cause dans un rapport constant avec le caractère, des recherches vraiment scientifiques, comme celles d'un Darwin ou d'un Gratiolet, sur la physionomie et l'expression ne sauraient manquer de fournir des données positives du plus grand prix à la science des caractères.
Mais peut-il y avoir une telle science ? Non, sans doute, au sens fort du mot et si on le prend à la rigueur : il n*y a point de science de l'individuel. Ce n'est pas à dire, cependant, que la connaissance des caractères soit condamnée à n'être jamais qu'une affaire de sentiment et de flair personnel et exclue à priori toute [exactitude. Il n'y a pas plus de science, rigoureusement parlant, de l'individualité physique que de l'individualité psychique ; cela n'empêche pas un médecin à l'œil attentif et exercé de savoir à première vue, d'après un petit nombre de signes, mille choses tout à fait certaines sur le tempérament d'un individu donné, sur son état présent, son passé et jusqu'à un certain point son avenir. Sans doute, il y a médecin et médecin, et tout n'est pas acquis, dans cette sûreté à conclure de ce qu'on voit à ce qu'on ne voit pas ; elle s'acquiert cependant, en partie du moins, par l'étude, elle repose sur des connaissances qui s'apprennent. Or, de quel prix ne serait pas une égale sûreté à juger des caractères ? Et quel obstacle y aurait-il à ce qu'elle aussi pût s'acquérir ? Le cas est le même de part et d'autre, sauf un degré de difficulté de plus quand il s'agit du moral, parce qu'on ne l'atteint qu'à travers des signes physiques, dont l'interprétation est toujours plus délicate, beaucoup d'entre eux étant sous la dépendance de la volonté et pouvant être faussés par la dissimulation. Mais on ne peut dissimuler toujours. On ne trompe pas longtemps celui qui sait voir. Or, dès qu'on tient un trait de caractère révélé par un signe non douteux, et à plus forte raison si l'on en tient plusieurs, c'est exactement comme lorsqu'on sait un ou plusieurs traits d'un tempérament. Pas n'est besoin d'accepter les vues courantes, plus ou moins vagues et chimériques (non toutefois toujours fausses ni dépourvues de fondement), sur la relation prétendue fixe des divers types de tempéraments avec des types correspondants de caractère ; il suffit d'accorder, ce qui est l'évidence même, qu'au moral comme au physique, tout se tient dans une personnalité, que les éléments qui la composent ne peuvent pas être quelconques, mais qu'il y en a qui s'appellent et d'autres qui s'excluent. S'il en est ainsi, il y a donc des lois de composition des caractères et des lois selon lesquelles ils se transforment, et ces lois ne sont autres que les lois mêmes de la psychologie, dont l'entrecroisement détermine la personnalité morale comme l'entrecroisement des lois de la biologie détermine l'individualité physique.
Dira-t-on que le libre arbitre fait obstacle à ce déterminisme et soustrait la personnalité aux prises du savoir positif? 11 n'en est rien. La conscience croit instinctivement au libre arbitre, la morale en a besoin, et c'est à ce double égard une idée digne de tout respect, qui répond sans doute à quelque chose, quoique nous l'entendions fort mal ; mais le libre arbitre se mettrait dans le plus mauvais cas, s'il se présentait comme incompatible avec tout déterminisme. Il ne l'est, par hypothèse, qu'avec le déterminisme absolu ; tout ce que peuvent faire ses partisans (encore s'en faut-il que tout le monde leur accorde ce qu'ils demandent), c'est de réclamer pour lui une place possible au sein des choses. En admettant donc qu'il pût
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insérer du nouveau dans le tissu serré des phénomènes, il ne supprimerait pour cela en aucun cas la liaison naturelle des causes et des effets. Si libre qu'on veuille l'imaginer, un homme ne saurait agir qu'avec le caractère qu*il a ; et s'il peut quelque chose pour changer ce caractère, encore est-ce à la condition d'en prendre les moyens. Un coup de volonté une lois pour toutes suffit-il pour devenir un caractère au sens oii le prend Kant ? Je ne sais ; mais pour changer notre caractère empirique, c.-à-d. notre complexion psychique en partie innée, en partie acquise, nous le savons trop, un coup de volonté ne suffit pas. Il faut y procéder graduellement ; et les circonstances, l'exemple d'autrui, l'action du milieu, l'habitude, nous modifient plus sûrement sans que nous le veuillons, que nous ne pouvons nous modifier nous-mêmes, le voulant, sans commencer par changer ces conditions. C'est que dans notre caractère, avec la volonté, qui en est comme le centre et le noyau si l'on veut, mais qui elle-même déjà, quant à son énergie, quant à sa direction, dépend de tant de choses qui ne sont pas elle, il entre des éléments d'un autre ordre. Les connaissances, il est vrai, y sont pour peu et restent comme à la surface ; les façons de penser sont autant des effets du caractère que des facteurs qui le déterminent : pourtant, le savoir acquis, l'expérience, les habitudes d'esprit constituent pour une part, sans contredit, la seconde nature de chacun de nous, donc le caractère de l'adulte. Mais ce sont surtout les tendances de la sensibilité, les penchants aflectifs qui, avec l'énergie active, sont les maîtresses pièces du caractère. Toute détermination certaine à cet égard jette un trait de lumière sur le caractère tout entier. Quand on sait à quoi s'en tenir, d'une part, sur le degré d'activité d'un homme (V. Activité, t. I, p. 509), c.-à-d. sur ce qu'il a de spontanéité, de vivacité et de suite dans l'action ; et, d'autre part, sur son humeur, triste ou gaie, égoïste ou aimante, défiante ou généreuse, — qui doutera qu'on n'ait là les éléments essentiels d'appréciation de sa nature morale ? Des prévisions, non infaillibles, sans doute, mais pratiquement certaines, précieuses en tous cas, sur la conduite de cet homme dans des conditions données seront possibles, surtout si l'on connaît son degré d'intelligence et de culture. — On entrevoit par là ce que serait la science des caractères : ce serait la psychologie même, non plus considérée analytiquement, comme recherche des lois simples qui se cachent sous les phénomènes concrets, mais appHquée, au contraire, à reconstituer, à la lumière de ces lois, un tout complexe d'après un petit nombre de données. Ce serait, d'un mot, la synthèse psychologique. Elle est possible, si l'on admet seulement pour chaque individu, quelle qu'en soit rinfinie diversité, une certaine unité de composition, faisant de chaque caractère un tout lié et permettant, non pas de les ramener tous à un petit nombre de types, ce ;ui effacerait précisément les nuances individuelles, mais le les classer d'après des traits dominants dont l'importance relative serait une bonne fois déterminée.
Dans une telle étude, soit pour en poser les bases, soit pour en appliquer ensuite les résultats, il va de soi que beaucoup de circonspection et de tact sera toujours nécessaire ; l'esprit de finesse, le sentiment des nuances y sont de mise bien plus que l'esprit géométrique. Cela résulte de la nature même du sujet, l'individualité, qu'il s'agit de saisir, étant par définition irréductible à des types généraux et constituée par une combinaison unique d'une infinité d'éléments. Si l'étude des caractères est si peu avancée, cela tient probablement en partie au discrédit qu'ont jeté sur elle les tentatives naïves et grossières, et même contradictoires en dernière analyse, de ceux qui ont voulu réduire à des énoncés trop simples la plus riche diversité, emprisonner la vie dans quelques formules. Par exemple, entre les signes extérieurs du caractère il en est peu de plus certains que l'écriture ; mais en se donnant d'emblée pour une science exacte (qu'elle ne
saurait être) et en le prenant de trop haut, la graphologie (V. ce mot) n'a guère paru jusqu'ici qu'un amusement. S'il faut tant de réserve déjà et de souplesse d'esprit dans l'appréciation des signes physiques de tel ou tel trait de caractère, s'il y a déjà là une si grande place laissée à l'inspiration personnelle, que sera-ce dans l'interprétation des combinaisons et des résultantes pour chaque cas donné, si bien guidé même qu'on puisse être par une longue expérience et une profonde psychologie ? -- Mais quelque chose égale la délicatesse de cette étude, c'est son intérêt. Est-il une circonstance de la vie où il ne soit d'une extrême importance pour chacun de nous de connaître plus sûrement les autres? Si peu de règles fixes qu'il y ait encore pour cela, l'éducateur surtout doit les méditer, car il a deux fois lieu de s'en servir, n'ayant pas seulement à juger et à manier les caractères, mais à les former. En cela comme en tout, on n'a prise sur la nature que selon la connaissance qu'on en a. H. Marion.
11. Théologie. — La définition officielle de ce que les théologiens appellent caractère peut être ainsi déduite d'un canon du concile de Trente : un certain signe spirituel et indélébile imprimé sur l'âme par chacun^de ces trois sacrements : baptême, confirmation, ordre, et empêchant de les renouveler : Si quis dixerit in tribus sacramentis, Baptismo, Conftrmatione et Ordinatione, non imprimi signum quoddam spirituale et indélébile^ îmde ea reiterari non possunt, anathema sit (Sess. VII, De Sacramentis in génère, can. IX). — UeM commun de ces caractères est, d'une part, de rendre ceux en qui ils sont imprimés capables de faire ou de recevoir quelque chose de saint et, d'autre part, de les distinguer des autres hommes, comme la marque militaire distingue les soldats d'un prince de ceux de ses ennemis. En outre, chacun d'eux produit un effet spécial. Le baptême distingue des gentils ceux à qui il est donné et il les rend capables de recevoir les autres sacrements. La confirmation les distingue de ceux qui, ayant été seulement baptisés, sont restés comme des enfants nouvellement nés ; et elle leur donne, en qualité de soldats de Jésus-Christ, les armes et les forces nécessaires pour confesser leur foi et pour résister aux ennemis intérieurs qui sont au dedans de chaque homme et aux esprits impurs qui sont dans l'air. L'ordination les distingue du reste des fidèles et les rend capables d'administrer les sacrements. Les théologiens catholiques prétendent trouver le nom de caractère ou signe et l'origine des idées qu'ils y attachent dans un passage de saint Paul, où bien certainement l'apôtre ne songeait à rien de pareil. — L'indélébilité du caractère, non seulement empêche pour toujours de réitérer le sacrement qui l'a imprimé, mais elle produit d'autres conséquences, que rien ne peut supprimer. C'est en vertu de cette indélébilité que l'Eglise catholique réclame le droit de correction et de persécution contre les hérétiques et les apostats : le baptême les ayant faits irrévocablement siens, elle prétend agir envers eux comme envers des enfants désobéissants ou des sujets révoltés. Le prêtre ou Tévêque interdit ou excommunié doit, sous les peines spirituelles les plus sévères, s'abstenir de l'administration des sacrements ; néanmoins, les sacrements qu'il administre malgré cette interdiction ou cette excommunication, malgré même toute espèce de crimes, produisent leur entier effet envers ceux qui les reçoivent de bonne foi . En effet, les capacités conférées par le caractère sacerdotal sont indélébiles. C'est aussi en arguant de cette indélébilité, que l'Eglise romaine s'oppose au mariage des prêtres qui renoncent à leur ministère et répudient leurs vœux, ou même qui changent de religion. E.-H. Vollet. 111. Théâtre. — C'est le nom qu'on donne à une classe de rôles féminins qui rentrent dans l'emploi des duègnes. 11 y a les duègnes comiques, qu'on appelle parfois carica tures (c'est le pendant des grimes et des ganaches dans l'emploi masculin), et les duègnes de tenue, qui constituent réellement les caractères, sans compter les mères
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nobles, qui prennent place dans le même emploi, mais qui sont toujours des rôles sérieux. Les caractères proprement dits sont toujours l'apanage de F artiste qui joue les premières duègnes, et les types de ces sortes de rôles sont ceux de M"^® Perneîle dans Tartufe , de Bélise des Femmes savantes^ de M"»® Jourdain du Bourgeois gentilhomme^ d'Israène de la Mère coquette^ d'Arsinoé du Misanthrope, de M"^^ Abraham de t Ecole des Bourgeois, de la baronne de la Fausse Agnès, de M"^® Drouin de la Mère jalouse, de M"^« Argante dans les Fausses Confidences, etc. Dans les premiers temps de notre théâtre, cet emploi était tenu par des hommes, et c'est Hubert qui créa les caractères des premières comédies de Molière. Ce n'est qu'après lui que W^^ Beau- Yal prit possession de cet emploi, dont elle fut la première titulaire à la Comédie-Française. A. P.
IV. Arithmétique,-— Caractères de divisibilité (V. Divisibilité.
V. Typographie. — On appelle caractère d'impri^ merle le petit morceau de métal fondu, en forme de parallélépipède qui porte, gravé en relief, à l'une de ses extrémités, une lettre ou quelque autre figure employée dans l'impression typographique. On trouvera au mot Imprimerie l'histoire de l'invention du caractère mobile et des progrès successifs qui l'ont amené à sa perfection actuelle. Nous n'exposerons ici que la partie technologique relative à la fabrication du caractère telle qu'elle se pratique maintenant.
La fabrication exige toute une série d'opérations : création et gravure des poinçons, frappe de la matrice, fonte, couperie, frotterie, composition, façon au coupoir, apprêt, mise en page. Le résultat s'appelle une fonte, La gravure a été toujours en honneur particulier en France, et à part l'Angleterre, l'Allemagne et l'Amérique, tous les
Fig. 1. — Poinçon.
pays sont tributaires de nos fonderies. Le graveur en caractères qui a reçu la commande d'un type d'alphabet en grave les poinçons (fig. 1) sur une tige d'acier sain et sans paille. Autrefois on fabriquait un contre -poinçon, c.-à-d. qu'on gravait d'abord sur une tige d'acier la forme en relief de Fintérieur de chaque lettre, puis on l'enfonçait dans le poinçon et on dessinait ensuite autour du creux la forme extérieure du caractère. Cette méthode est abandonnée depuis la fin du siècle dernier, à part quelques exceptions. Aujourd'hui, l'œil de la lettre est dégagé de la masse au moyen d'une grosse lime, puis de plus petites pour approcher la lettre qui, placée ensuite dans Féquerre à polir, est promenée sur la pierre à l'huile de façon que le plat en soit bien horizontal. La régularité de la forme des lettres est obtenue au moyen du calibre de Fournier le jeune, qui est divisé en sept parties égales ; on en prend trois pour les lettres courtes, trois et demie pour les petites capitales, cinq pour les longues et sept pour les pleines, il y a en outre une lame destinée à déterminer l'inclinaison de Vitaligue, La lettre achevée, on en tire une épreuve avec du noir de fumée et après avoir, s'il le faut, rectifié les défectuosités, on passe à la fabrication de la matrice. Le poinçon gravé est trempé et le graveur trace sur un morceau de cuivre rouge, à 1 centim. environ de Fextrémité (fig. 2), la place oii il doit frapper la lettre et il enfonce le poinçon bien perpendiculairement jusqu'à 2 millim. environ. Les poinçons des lettres à accent ont une entaille ; on grave l'accent à part et on lie les deux pièces avec un fil ciré.
Nous passons à la fonte des caractères. Le caractère.
nous le rappelons, se compose de deux parties : la tige et Vœil, c.-à-d. le relief même de la lettre. On appelle hauteur en papier, la distance prise du pied de la tige jusqu'à la superficie de l'œil, et corps, la dimension de la lettre dans le sens vertical de Fœil. La hauteur en papier est en France de 62 points pour Paris et de 64 points pour certaines villes de province ; elle est moindre ou supérieure pour l'étranger. Les caractères ont été longtemps et sont encore dans quelques villes fondus à la main. Entrons dans un de ces anciens ateliers. Autour d'un fourneau de forme circulaire sont rangés six hommes, debout, la jambe droite en avant; chacun de ces hommes tient de la main gauche un moule ; de la main droite il va, avec une petite cuiller, puiser dans un des compartiments du fourneau du métal en fusion ; il abaisse la main gauche pendant qu'il verse le métal dans le moule ; puis, relevant brusquement la main, il fait avec le corps un mouvement, comme s'il voulait s'élancer pour sauter et, revenu à sa position primitive, il ouvre le moule et fait tomber la lettre sur un marbre placé à côté de lui. Le spectacle de ces six hommes exécutant simultanément et en mesure le même balancement de corps est des plus étranges, lorsqu'on le voit pour la première fois. Ce mouvement brusque a pour but d'accélérer la chute du métal, jusqu'à la matrice qui porte en creux la forme de la lettre. Si la matière était coulée simplement, par son contact avec le fer, elle pourrait se figer à la superficie du moule et donnerait des caractères sans netteté. Le moule est composé de deux pièces à peu près semblables, Tune dite de dessus, l'autre de dessous ; la matrice se place à Tune des extrémités ; en appliquant l'une sur l'autre les deux parties du moule, il reste un vide et c'est dans ce vide que le métal est versé. Arrêtons-nous un moment sur la composition du métal en fusion, ensuite sur les modifications qui ont été introduites dans Topération de la fonte. Cette composition a été souvent modifiée : dans le xvi^ siècle, chaque fondeur ou, pour mieux
Fig. 2. — Frappe.