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CARAVAGE — CARAVANE

Baglione^ le Vite de' pi ttori; Rome, 1649. — Bellori, Vite dei jf>ittori moderni; Rome, 1672. — Bertolotti, Artisti Lombardi a Roma; Milan, 1881.

CARAVAG6I0. Ville d'Italie, de la prov. de Bergame (Lombardie), à 5 kil. S.-E. de Treviglio, célèbre par la naissance de deux peintres, Polidoro Caldara et Michel- Ange Merisi (V. ci-dessus). Près de là, pèlerinage de la MadonnadiCaravaggio. Pop., 6,089 hab. (1881). H. V.

CARAVAGGIO iPolidoro) (V. Caravage [Polydore]).

CARAVAGGIO (Pietro-Paolo), nom de trois mathématiciens italiens, père, fils et petit-fils, du xvii^ et du XVIII® siècle. Le premier, né à Milan en 1617, mourut près de cette ville en 1688. Il étudia la littérature sous Gaspare Scioppio et les mathématiques sous son oncle paternel Giovanni-Battista Caravaggio, officier distingué qui fut tué en 1635. D'abord pourvu d'un emploi civil à Milan en 1646, Pietro-Paolo suivit ensuite la carrière de son oncle et se distingua en 1655 à la défense de Tortone. Puis il fut nommé professeur au gymnase de Milan où il enseigna les mathématiques et aussi la littérature grecque. En même temps il s'acquérait une grande réputation comme architecte militaire. En 1676, il fut chargé de l'intendance des châteaux domaniaux du Milanais. En dehors de nombreux écrits imprimés, on a de lui, publiés à Milan : In Geometria maie restaurata ab auctore (Antonio) (Santini) Romœ, detecti errores (1650); Copia di una rispostadataadun quesito d'Aritmetica (1654) ; Geometria applicationum deficentium figura data specie (1659); et sans date, publiés sans doute par son fils : Methodus resolvendi omnes œquationes cubicas et quadratoquadraticas ; Fragmentam prolusionis geometricœ (en vers latins) ; Prolusione ossia metodo di leggere a scolari le Matematiche; Parère sulla facciata del Duomo con dimoslrazioni geomC'^ triche. D'autre part, sous le pseudonyme de Pietro-Lucio Avarapagio, ont paru de lui cinq volumes de vers italiens: Mw(?,po^ma morale; Odemorali; Sestina, sonetto e madrigale ; Esposizione morale sopra il salmo Ll V di Davide; Carmi, Ce dernier seul est daté de 1687.

Le second Caravaggio, né à Milan en 1658 et mort en 1723, fut adjoint en 1679 à son père comme professeur de mathématiques, et lui succéda en 1688. Il a publié pour l'usage des écoles les six premiers livres d'Euclide en italien (Milan, 1671 et 1679). 11 a laissé aussi de nombreux manuscrits inédits. Son fils, qui lui succéda, ne parait rien avoir publié. T.

BiBL. : Argelati, Bibliotheca, Mediolanensis.

CARAVAJAL Y SAAVEDRA (Marianade), espagnole, native de Grenade, qui vivait au xvii® siècle. Elle occupe une place distinguée parmi les conteurs espagnols, si nombreux à cette époque ; on lui doit huit nouvelles, simples et agréables, qui parurent en 1663 (non en 1633, comme on dit ordinairement) sous ce titre : Navidades de Madrid y noches entretenidas en ocho novelas (Madrid, in-4). Il y en a une 2« édition : Novelas entretenidas (Madrid, 1728, pet. in-4), contenant deux nouvelles supplémentaires, anonymes, que Ticknor estime être d'un autre auteur. E. Cat.

CARAVANE. I. Commerce. — La caravane est constituée pur un groupe d'individus voyageant dans un but commun. C'est le mode ordinaire de déplacement dans les pays où la sécurité fait défaut, et où les voies de communication n'existent pas. Les 80 ou 100,000 pèlerins musulmans qui vont, chaque année, visiter le tombeau de Mahomet à la Mecque, y arrivent par caravanes. C'est le procédé habituel du commerce dans tout le continent africain et dans une bonne partie de l'Asie. C'est aussi le procédé auquel les explorateurs scientifiques recourent souvent pour assurer le succès de leurs voyages dans les régions où, soit à cause de l'hostilité des habitants, soit par suite des obstacles naturels, un certain déploiement de force est nécessaire. Dans la plupart des caravanes, d'ailleurs, quel qu'en soit le but : religion, commerce ou exploration, le caractère commercial s'im-

pose. Les grands explorateurs africains, et notamment Stanley, ont toujours eu soin de se pourvoir au départ d'armes, de pièces d'étoffe et d'objets d'un placement facile chez les peuples à traverser, pour s'y procurer ce qui leur était nécessaire pour leur subsistance, s'assurer par des cadeaux la tolérance des populations et quelquefois les échanger contre de la poudre d'or, l'ivoire, etc., qu'ils rapportaient en Europe. (Juant aux caravanes de l'Islam, elles sont toujours un prétexte de commerce fort actif.

Les transports par caravanes, toujours effectués en pays dépourvus de routes régulières, se font généralement à dos d'animaux. Dans l'Afrique du Nord et dans l'Asie orientale, c'est le chameau qui est utilisé. Cet animal est merveilleusement doué pour cet emploi. Sa résistance à la soif et à la fatigue le rendent précieux pour traverser les pays arides, et la conformation de son large pied lui permet de marcher sur le sable où s'enfoncent les pieds des autres animaux. Dans les régions où l'herbe et l'eau sont moins rares, le cheval, le mulet, l'âne et le renne prennent place à côté du chameau, et quelquefois se substituent complètement à lui pour les transports à petite distance. Dans les régions arctiques, le sol habituellement durci par la glace permet l'usage des traîneaux, et le renne est alors le seul auxiliaire de l'homme. Dans l'Inde, en Chine et quelque peu en Afrique, on utilise l'éléphant. Mais dans l'Afrique centrale, la principale bête de somme est encore l'homme : l'esclave ou le porteur engagé par contrat.

Ces modes de transport obligent les caravanes à éviter les colis de grand poids et à diviser, proportionnellement à la force du véhicule, la masse à transporter. De là toute l'organisation de la caravane, des haltes longues pour le déchargement des animaux, leur nourriture, leur repos et leur rechargement ; des étapes assez courtes, elles sont normalement de 30 à 35 kil., mais elles s'étendent jusqu'à 60 kil. dans les pays dépourvus d'eau ou infestés par les pillards ; enfin, le choix spécial des lieux de halte. Les caravansérails où s'arrêtent les caravanes sont de simples endroits de repos généralement pourvus d'eau et d'herbe pour les animaux, mais non des auberges.

Le système du voyage en commun par caravane, nécessite également une organisation spéciale, toujours la même, surtout dans les caravanes de musulmans. Un chef, auquel tout le monde est tenu d'obéir aveuglément, a la suprême direction. Celui-ci a sous lui des serviteurs pour exécuter ses ordres, des éclaireurs pour reconnaître le pays, un écrivain pour présider aux transactions^ les régulariser, en écrire les conventions, pour recevoir les dernières volontés des mourants et recueillir leur succession, un crieur public pour faire les annonces, un autre pour appeler à la prière, un imam pour la réciter aux fidèles. Le chef est responsable de la bonne direction de la caravane, de sa protection contre les maraudeurs et de son approvisionnement en eau.

Sous l'empire des besoins toujours les mêmes, les caravanes ont acquis une régularité de départ et d'arrivée assez grande. Tout pays airicain et asiatique est incessamment parcouru en tous sens par de petites caravanes ; mais au-dessus de cette multitude de petits convois secondaires dominent les grandes caravanes destinées à mettre en communication les pays les plus éloignés.

Il est possible de déterminer par les itinéraires des caravanes les courants commerciaux dans les pays dépourvus de voies de communication. En Afrique, les parcours les plus fréquentés sont ceux qui, de la région des Grands Lacs, aboutissent à la côte vers Zanzibar ou ceux qui, des hautes vallées abyssiniennes et de la région du haut Nil, atteignent Berbéra ou Zéila sur le golfe d'Aden. Dans toute l'Afrique centrale les courants du commerce, incessamment coupés par les guerres de tribus, ne présentent pas une continuité régulière. Mais, au contraire, dans le Sahara et le Soudan, de la vallée du Nil à l'océan Atlantique les chemins des caravanes ont une telle fixité qu'ils constituent comme les grandes routes de cette immense

CARAVANE - CAHAVELLAS

région. A l'O. sont les principaux nœuds de ce réseau de relations lentes et incertaines. Les points où les caravanes se forment, se procurent les produits européens et vendent le peu des leurs que consomme notre civilisation, sont l'Egypte, le Sénégal, le Maroc et Tripoli. 11 est à remarquer que depuis l'occupation française, les caravanes se sont presque complètement détournées de l'Algérie, et que, malgré les tentatives faites pour les y ramener, notre colonie reste à peu près isolée du commerce saharien.

La charge ordinaire d'un chameau est de 450 kilogr. environ ; pour les transports à petite distance seulement, elle atteint 200 et quelquefois 300 kilogr. On conçoit sans peine quelle valeur considérable atteignent les produits européens, sucre, étoffes, quincaillerie, après des transports aussi difficiles et lents. Mais quoi que l'on puisse dire sur l'avenir du Soudan, son développement comme marché de consommation, ce n'est que par des voies de communication perfectionnées, navigation du Niger, de ses affluents, voies ferrées de pénétration qu'il pourra être exploité. Et cette mise en valeur doit être autant l'œuvre de la civilisation qui augmente les besoins, que des capitaux qui s'en font les pionniers. Cela suppose un demi-siècle d'efforts continus.

Les caravanes de l'Asie centrale emploient tantôt les chameaux, tantôt des traîneaux attelés d'un seul cheval. Deux ou trois conducteurs dirigent ces longs convois qui marchent souvent au trot. Communément on dépasse ainsi 420 kil. par vingt-quatre heures. Dans le nord de l'Asie, de longues caravanes traversent toute la Sibérie et la Mongolie, transportant les riches fourrures, les défenses de mammouths fossiles. Le thé, importé en Russie par cette voie, prend le nom de thé de caravane. C'est par la voie d'frkoutsk qu'il arrive en Europe, et il passe de Chine en Sibérie par les marchés de Maïmatchin et de Kiakhta. Nijni-Novgorod en reçoit chaque année pour plus de 30 miUions de fr. Iakoutsk tient en juillet une foire importante où convergent de nombreuses caravanes venues de la Mandchourie et de toute la Sibérie et jusque d'Okotsk, du Kamtchatka et du détroit de Bering. On a vu de ces caravanes grouper jusqu'à 20,000 chevaux. Les marchandises livrées au. trafic des caravanes, ce mode de transport ne se prêtant pas au déplacement des grandes masses, sont celles qui atteignent une grande valeur sous un faible poids ou d'une utilité indispensable, la quincaillerie, le thé, le sucre, le sel, les épices, les armes, le henné, la poudre d'or, les plumes d'autruche, les fourrures, etc.

Dans un avenir relativement peu éloigné de nous, on peut prévoir que le trafic des caravanes sera dans le monde entier ce que sont les convois sur routes dans les pays civilisés, c.-à-d. l'exception. La caravane représente l'enfance des communications, les routes que trace l'Européen permettent la création de services de roulage rapide qui la supplante avec avantage, et les chemins de fer qui, aujourd'hui, devancent souvent la construction des routes, ne lui laissent même plus de prétexte de subsister.

François Bernard.

ÎI. Droit maritime. — Voyage maritime au cours duquel le capitaine laisse et prend des marchandises dans plusieurs ports avant de revenir au port de départ. Au cas de voyage de caravane, l'assurance est faite à temps au lieu d'être faite au voyage, c.-à-d, que la pohce indique le temps pendant lequel les risques seront supportés par l'assureur (V. Assurance maritime).

III. Pédagogie. — Caravane scolaire. On appelle ainsi un groupe d'écoliers faisant sous la conduite d'un maître, ordinairement pendant les vacances, un voyage à la fois d'études et d'agrément. Au moment, par exemple, où l'étude des langues vivantes prit une place sérieuse dans notre enseignement secondaire, plusieurs grands établissements de Paris, comprenant qu'une langue apprise en classe n'est pratiquement sue qu'après un séjour plus ou moins long dans le pays où elle se parle, eurent J

l'excellente idée de faire conduire en Angleterre ou en Allemagne, durant les mois de vacances, les élèves suffisamment préparés, dont les parents en feraient la demande. Mais ce n'est pas au seul point de vue de la langue qu'il y a profit à retirer d'un voyage : l'idée était donc susceptible d'être généralisée. Malheureusement, la clientèle de nos lycées n'est pas toujours à même de profiter de ces avantages nécessairement coûteux; et l'Etat, de son côté, incline peu à étendre ses responsabilités; d'où il suit que les établissements libres ont à peu près seuls jusqu'ici donné quelque extension à l'institution des caravanes scolaires. La ville de Paris, s'inspirant de la même idée, a institué pour ses écoles primaires, il y a une dizaine d'années, des « voyages de vacances » accordés à titre de récompense aux élèves les plus distingués parmi ceux qui obtiennent chaque année le certificat d'études. On pense leur offrir ainsi une dernière et grande « leçon de choses » par une rapide tournée en France ou même dans un pays voisin. Pensée généreuse, peut-être plus que vraiment pratique, vu la grande jeunesse des entants, leur peu de résistance physique, leur peu d'instruction générale, etc. Les Colonies de vacances (V. Colonie) semblent devoir hériter en grande partie de la faveur et des crédits accordés d'abord à ces « voyages de vacances. »

H. Mârion.

CARAVANE (Peire de la), troubadour (V. Cavarane [P. de la]J.

CARAVANSÉRAIL. Ensemble de constructions spéciales à l'Orient musulman, souvent dues à des fondations pieuses et qui sont placées le long des routes ou aux abords des villes pour servir, comme leur nom l'indique, de lieu de repos aux caravanes et d'hôtellerie aux voyageurs. C'est surtout en Perse que les caravansérails abondent, et quelques-uns de ces édifices, comme le caravansérail joint à la Madrasa Chah Sultan Hosain, à Ispahan (V. Architecture persane, fig. 5, t. III, p. 748), ont une grande importance. La plupart des caravansérails, complètement isolés, comprennent une entrée, porche ou vestibule, avec logis pour le portier, une grande cour rectangulaire entourée de portiques et, parfois au milieu de cette cour, une petite mosquée, le bassin ou la fontaine nécessaire aux ablutions et des latrines. Sous les portiques s'ouvrent, au rez-de-chaussée, des magasins, des ateliers, des boutiques faisant ressembler les caravansérails à des bazars, et des abris pour les bestiaux, tandis que, au premier étage, s'ouvrent, sur des galeries répétant les portiques du rez-de-chaussée, les chambres destinées aux voyageurs et comprenant toutes une petite cheminée pour la cuisson des aliments. D'autres caravansérails, plus simples, n'offrent qu'une grande salle voûtée, à une ou plusieurs nefs, dont les voûtes, percées de jours, reposent sur des colonnes et, le long des parois de cette salle, est adossée une banquette servant à la fois de siège et de lit. En cas de mauvais temps, voyageurs, bestiaux et marchandises se trouvent alors réunis à l'intérieur du caravansérail qui offre un aspect des plus pittoresques. Charles Lucas.

CARAVEDO (Baltasar), général péruvien, né en 4804. Il prit part en 4820 à la guerre de l'indépendance du Pérou; il occupa, après l'aflranchissement, des postes importants sous le général Santa Cruz et ses successeurs et figura dans les luttes qui agitèrent le pays jusqu'en 4867, où il rentra dans la vie privée.

CARAVELLAS. ï. Ville du Brésil, prov. de Bahia ; 3,000 hab. Tête de ligne du chem. de fer de Bahia et Minas. — II. Une petite baie de la prov. de Rio de Janeiro, auN. du cap Frio, porte aussi ce nom.

CARAVELLAS (José Joaquim Carneird de Campos, marquis de), homme d'Etat brésilien, né à Bahia le 4 mars 4768, mort à Rio de Janeiro le 8 sept. 4836. Député à la Constituante en 4823, puis sénateur de Bahia de 4826 à sa mort, il fut l'un des principaux rédacteurs de la Constitution politique du Brésil (V. Carneiro de

CARAYELLAS - CARAYON

Campos, Francisco). Pendant le règne de dom Pedro 1% il fut ministre àe la justice (24 janv. 1826-16 janv. 1827) et ministre de l'intérieur (4 déc. 1829-12 août 1830). Après l'abdication de Tempereur, il fut élu membre de la régence provisoire, avec le sénateur Yergueiro et le général Lima e Silva (7 avr.-17 juin 1831). — Son neveu Charles Carneiro de Campos, deuxième vicomte de Caravellas, né à Bahia le 1«' nov. 1805, mort à Rio le 28 avr. 1878, a été député, sénateur, et plusieurs fois ministre des finances et des affaires étrangères. R.-B. CARAVELLAS (Manoel Alves Branco, premier vicomte de), homme d'Etat et poète brésilien, né à Bahia le

7 juin 1797, mort à Nictheroy le 13 juil. 1855. 11 débuta dans la magistrature, fut élu député en 1830, et chargé, la même année, de rédiger un projet de code de procédure criminelle (projet adopté par le Parlement et promulgué le 29 nov. 1832). Partisan de T autonomie des provinces, dès 1841, il appuya les idées qui triomphèrent en partie dans l'acte additionnel de 1834. Pendant la régence de Feijô, il fut ministre de la justice et des affaires étrangères. Il signa avec le ministre anglais à Rio une convention additionnelle au traité de 1826 pour la répression de la traite des noirs (1835). Cette convention ne fut pas approuvée par la Chambre des députés. Entré au Sénat en 1837, le vicomte de Caravellas fut à plusieurs reprises ministre des finances (16 mai- 18 sept. 1837, l^'* sept. 1839-18 mai 1840, 2 fév. 1844-2 mai 1846), président du Conseil et ministre des finances (22 mai 1847-

8 mai 1848). A partir de cette date, il ne prit plus aucune part à la politique active. Ses poésies, œuvres de jeunesse, traduisent ses idées libérales et ses sentiments patriotiques. Une ode à la liberté, datée de 1820, est la plus appréciée. Le vicomte de Caravellas est mort dans une extrême pauvreté. R.-B.

CARAVELLE (Mar.). Les navires nommés caravelles jouirent d'une grande réputation aux xv« et xvi« siècles ; c'est avec eux que les Portugais entreprirent leurs voyages de découvertes. Christophe Colomb fit son premier voyage avec trois de ces navires. Les caravelles étaient de

Caravelle.

la famille des bâtiments ronds, mais plus légères et plus fines que les nefs et les galions ; elles étaient plus rapides et mieux manœuvrantes que ces navires et par conséquent mieux appropriées qu'eux à la navigation de découvertes, C'est à tort que les historiens ont fait de la caravelle un navire de petite dimension, elle était au contraire assez grande puisqu'elle comportait parfois cinquante et peut-être quatre-vingt-dix hommes d'équipage, — Un manuscrit du pilote Jacques De vault, de Dieppe, remontant à l'an 1583,

nous a conservé la physionomie des caravelles. Elles étaient à poupe carrée, avaient un château d'arrière et un château d'avant, un rebord assez élevé sur l'eau. Leur mâture consjstait en quatre mâts verticaux : misaine, grand mât, artimon, contre-artimon, et un beaupré. Les trois mâts de l'arrière étaient gréés avec des voiles latines ; celui de l'avant portait une basse-voile et un hunier carrés. La fig. ci-dessus reproduit le plus complet des dessins de Jacques De vault. Quelquefois, on modifiait la voilure des caravelles en les gréant comme les nefs , e.-à-d. avec une basse-voile et un hunier carrés au grand mât. On trouve un exemple de ce changement dans les relations de Christophe Colomb.

Des documents antérieurs au xv® siècle font connaître qu'aux xiii® et xiv^ siècles on faisait usage de navires nommés caravelles, qui étaient probablement de taille inférieure à celle des navires de Vasco de Gama et de Colomb. Le rôle des caravelles a surtout été celui de navires de commerce ; chez les Turcs, cependant, ces bâtiments étaient des vaisseaux de guerre importants. Les auteurs ont souvent confondu les caravelles avec les carvelles, qui étaient de petits bateaux des mers du Nord. La même erreur s' étendant au langage , ces derniers étaient fréquemment nommés caravelles (V. Jal, Archéologie navale et Glossaire nautique), E. C.

CARAVIA (Alessandro), poète vénitien du xvi® siècle. Il fut célèbre pour avoir écrit un étrange poème en dialecte, Easpo Bimrro (Venise, 1565), où se racontent avec une verve et une chaleur vénitiennes^ les amours d'un ouvrier de l'arsenal, ses folies, ses coups de stylet et ses coups de bâton, ses querelles de jeu, ses démêlés avec la police, son mariage final « avec sa maîtresse pour vivre en bon chrétien baptisé ». On a de Caravia un autre petit poème intitulé il Sogno (Venise, 1541, in-4). R. G.

BiBL. : Ferrari, la Poésie populaire en Italie : Venise (Rev. des Deux Mondes, juin, 1839).— Raffaelo Barbiicrà, Poésie veneziane scelle ed illustrate; Florence, 1886, In-S.

CARAV06L10 (Maria Balconi, épouse), cantatrice scénique italienne, née à Milan vers 1758. Elle était fort jeune lorsqu'elle commença à se produire dans sa patrie, et ses succès furent tels que le fameux compositeur Chrétien Bach l'appela à Londres, versl778 , pour chanter aux concerts qu'il donnait en cette ville, dont le public l'accueillit avec la plus grande faveur. Elle se rendit en suite en Allemagne, fut engagée en 1784 comme prima donna au théâtre de Prague, et quelques années après retourna en Italie. En 1792, elle appartenait au théâtre de Messine. La voix de la Caravoglio, d'un volume et d'une étendue modestes, était d'un timbre charmant, et la cantatrice se distinguait par la délicatesse et la pureté de son chant. On raconte qu'elle était à ce point infatigable qu'on l'entendit, un soir, chanter jusqu'à vingt-trois ariettes de suite.

CARAYAC. Com. du dép. du Lot, arr. de Figeac, cant. de Cajarc; 280 hab.

CARAYON (Auguste), historien français, né à Saumur le 31 mars 1813, mort à Poitiers le 15 mai 1874. Membre de la Compagnie de Jésus, il s'est fait un nom par les ouvrages, souvent très importants et très curieux, qu'il a publiés sur son ordre. Nous citerons : Documents inédits concernant la Com,pngnie de Jésus (Poitiers, 1863-1875, 18 vol. in-8); Bibliographie historique dé la Compagnie de Jésus ou Catalogue des ouvrages relatifs à l'histoire des Jésuites depuis leur origine jus-^ qu'à nos jours {ï^àris, 1864, in-4); Etablissement de la Compagnie de Jésus à Brest par Louis XIV (Paris, 1865, in-8) ; Première Mission des Jésuites au Canada (Paris, 1864, in-8), elc. 11 a encore publié : les Prisons du marquis de Pombal, journal (1865, in-8) ; Relations inédites des missions de la Compagnie de Jésus à Constantinople et dans le Levant au xvii^ siècle (1864, in-8); i" Histoire des Jésuites de Paris ^ de Garasse; l'Université de Pont-a-Mousson (1512-1650), d'après les manuscrits du P. Abram, les Mémoires sur

CARAYON — CâRBALL\LIQUE —

le Parlement d*Aix et des Jésuites^ du président d'Eguilles, etc., etc.

CARAYON-Latour (Edmond, baron de), homme politique trançais, né à Paris le 15 juil. 1811. Jusqu'en 1846 il s'occupa exclusivement de l'administration de ses grandes propriétés; à cette époque il sollicita le mandat de député dans le collège électoral de Castres et fut élu . Il resta à la Chambre jusqu'à la révolution de 1848, ne se signalant que par certains votes contre le ministère Guizot. Elu représentant du peuple à l'Assemblée nationale constituante de 1848 par le dép. du Tarn avec 48,043 voix, il fit d'abord partie de la droite monarchique, puis se rallia à la politique du prince-président. Non réélu à la Législative, il ne reparut dans la vie politique qu'en 1852, comme candidat officiel dans la circonscription de Castres qui l'envoya au Corps législatif. Son mandat lui fut renouvelé en 1857, mais il échoua en 1863 et rentra dans la vie privée. L. Lu.

CARAYON-Latour (Joseph de), homme politique français, né à Bordeaux le 10 août 1824, mort le 16 sept. 1886 à Yirelade (Gironde). Jusqu'en 1870 il ne s'occupa que d'exploitation agricole. A cette époque il prit du service pour combattre les Prussiens. Au cours de la guerre il devint lieutenant-colonel des mobilisés et chevalier de la Légion d'honneur. Aux élections du 8 févr. 1871, il fut élu représentant de la Gironde à l'Assemblée nationale, le premier sur quatorze avec 105,958 voix. Dès l'abord, il se distingua comme catholique et comme royaliste. Le 15 juin 1874, il fut un des signataires de la proposition tendant au rétablissement de la monarchie. Lors de l'organisetion de la Chambre des députés, aux élections du 20 févr. 1876, il fut candidat dans la quatrième circonscription de Bordeaux, mais fut battu par le candidat républicain. De même aux élections du 14 oct. 1877, après la dissolution de la Chambre, bien qu'il lut le candidat officiellement soutenu par le gouvernement du maréchal de Mac-Mahon. Le 19 févr. 1878, il fut élu sénateur inamovible en remplacement du général d'Aurelles de Paladines, décédé. Il l'emporta de cinq voix sur son concurrent républicain, M. Victor Lefranc. 11 a constamment voté avec la droite monarchique. Louis Lucjpia. CARBAJAL(Luis de), peintre espagnol, né à Tolède en 1534, et frère utérin de l'architecie et sculpteur Juan Bautista Monegro. Elève du peintre Juan de Villoldo, Carbajal s'était, dès l'âge de vingt et un ans, acquis un renom à Madrid par ses premiers travaux. Philippe II l'employa de bonne heure à la décoration de l'Escurial et le fit son peintre bien avant 1570. C'est de cette année que date une peinture de la Madeleine qui décorait autrefois le cloître conduisant à Finfirmerie du monustère. En 1578, pour cette même infirmerie, il peignait la Naissance de Jésus, puis la Vierge tenant lenfant, dans le cloître de la bibhothèque. De 1580 à 1582, Carbajal continuait d'être occupé à l'Escurial et il exécutait une suite de figures d'apôtres un peu plus grandes que le naturel qui, de deux en deux, décorent les sept autels placés dans le bas de l'églisse. Il peignit ensuite les deux triptyques qui sont sur les autels occupant chacun des angles du cloître des Evangéhstes, et dont les sujets sont sur l'un : la Naissance de Jésus, sa Circoncision et r Adoration des bergers, et sur l'autre : r Adoration des rois, les Noces de Cana et le Baptême du Christ, Ces travaux achevés, l'artiste alla à Tolède, où il fit, pour la salle capitulaire d'hiver, le portrait de l'archevêque Bartolome Carranza, et pour la chapelle du couvent des Minimes, en collaboration avec Bias del Prado, les tableaux formant le grand retable. 11 est constant qu'en 1613, Carbajal était encore employé à la décoration du palais du Pardo, et c'est par erreur que Paloniino assigne à sa mort la date de 1591. Au reste, cette date est encore incertaine. Le musée national du Fomente conserve deux tableaux de l'artiste, signés et datés de l'année 1604, provenant d'un couvent d'augustins existant autre-

fois à Madrigal et qui représentent sainte Juste et saint^ Guillaume ; le musée du Prado possède également de lui deux tableaux dont les sujets sont Saint Nicolas de Tolentino, daté de 1604, et la Madeleine pénitente; ce dernier provient de rEscurial. Toutes ces peintures se recommandent par une certaine traîcheur de coloris et plus encore par la belle tournure et la dignité des personnages ; mais l'exécution en paraît timide et semble l'œuvre d'un gothique attardé plutôt que d'un artiste travaillant dans la seconde moitié du xvi® siècle. P. L. BiBL. : Cean Bermudez, Diccionario de los mas ilustres profesores ; Madrid, 1800.

CARBALLYLIQUE (Acide [Chimie]).

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II a été découvert en 1862 par Maxwell Simpson en saponifiant par la potasse alcoolique le tricyanure d'allyle : C«H5(C2Az)3 4- 3KII02 + SH'^O^ = SAzH^ + C^m^O^K

Wichelhaus a obtenu le même corps en réduisant l'acide aconitique par l'hydrogène naissant : Ci^HW^-hH^imC^^Hsoi^.

On fait agir Pamalgame de sodium sur une solution aqueuse d'acide aconitique et on précipite par Tacétate de plomb. Décomposé par l'hydrogène sulfuré, le précipité donne un produit qu'on purifie en passant par le sel d'argent, celui-ci étant décomposé, à son tour, comme le sel plom bique ; finalement, on fait cristalliser dans l'eau l'acide mis en liberté. L'acide carballylique prend encore naissance : 1<* par l'action du cyanure du potassium sur le chlorure d'allyle monochloré ou sur l'élher monochlorocrotonique tiré du chloral butylique (Clans) ; 2'^ en attaquant par la potasse alcoolique féther acétylcarballylique. Pour le préparer, on chauffe au bain-marie 1 mol. de tribromure d'allyle, C^H^Br^, avec 3 mol. de cyanure de potassium, en présence de l'alcool. Lorsque le bronmre est totalement transformé en cyanure, ce qui exige quinze à seize heures de chauffe, on filtre pour séparer le bromure de potassium, on ajoute de la potasse caustique en excès dans la liqueur filtrée et on fait bouillir le tout dans un appareil à reflux, tant qu'il se dégage de l'ammoniaque ; on chasse l'alcool, on traite le résidu par l'acide nitrique pour détruire une matière goudronneuse, on évapore et on reprend par l'alcool qui s'empare de l'acide carballylique; on achève la purification comme ci-dessus, en passant par le sel d'argent.

L'acide carballylique cristallise en prismes groupés, incolores, solubles à la fois dans l'eau, l'alcool et l'éther; il fond à 157-168^, possède une saveur acide et désagréable ; chauffé au-dessus de son point de fusion, il se décompose. Sa solution aqueuse donne avec l'acétate de plomb un précipité abondant, soluble dans l'acide acétique; ses solutions neutres précipitent en brun-rougeàtre par les persels de fer. C'est un acide tribasique dont les sels alcalins, très solubles dans l'eau cristallisent difficilement. Les carhallylates de sodium sont, comme ceux de potassium, au nombre de trois. Le bimétallique, le plus facile à préparer, a pour formule C^'^H^Na^O*"^ 4-2H'^02. Le sel de calcium, C^^^H^Ca^O^^^i. 4^202, est un précipité blanc, peu soluble. Le sel de cuivre est une poudre verte, insoluble dans l'eau, soluble dans les acides. Véther éthy tique, SC^H^^Gi-^H^O^^) est un liquide dense, bouillant vers 800^, qu'on prépare en saturant de gaz chlorhvdrique une dissolution alcoolique de l'acide. Léther amylique, ^Q}^\i'^^(C^mW^) bout audessus de 350<» (Maxwel Simpson). Ed. Bourgoin.

BiBL. : Claus et Beutell, Transf. de l'éther ehlorocrotonique en acide carballylique {Soc. Ch., t. XXVI, 279). ■— Claus et Kleever, ioJ., t. XVII, 560. — Lippmann, Acide carballylique dans le suc de betterave {id., t. XXXI, 367. — MiEHLE, Synthèse de l'acide carballylique A'i., t. XXX, 511). — Maxwell Simpson, Découverte de l'acide carballylique (Proc. of the Roy. Soc, t. XII, 236; Ann.C/i und PAiys.,t. LXVlll, 217 [3]; 80c. C/i., t. VI, 76). — Wichelhaus, Transformation de l'acide aconitique en acide carballylique (Soc. Ch. t. III, 72 [1865]).

CARBAMIDE — CARBAZOL

CARBAMIDE(V. Urée).

CARBAMIQUE (Acide).

i7n.n, ( Equiv... C2H3Az04r=C2(AzH3)0S ^^^^' I Atom... CH3Az02r=0H.Ct).AzH^

L'acide carbamiqne est un alcali-acide, dérivant de l'acide carbonique considéré comme acide-alcool :

Acide carbonique .... C^H^oe r= C2(H202)0^ — carbamique. . . • C^H^AzO^ ~ C2{AzH3)0^.

Il n'existe point à l'état libre, mais se forme, à Fétat de sel ammoniacal, toutes les fois que l'ammoniaque et le gaz carbonique se rencontrent à l'état libre au naissant, par exemple dans la décomposition des matières azotées, en solution alcaline; il semble faire partie intégrante des liquides de Téconomie, comme le sérum sanguin (Drechsel, Hofmeister). Ses éthers prennent le nom générique d'uréthanes.

Pour préparer le carbamate d'ammonium^ C2(ÂzH3) O^.AzH^, découvert par Davy, on dirige dans de l'alcool absolu froid de l'anhydride carbonique et du gaz ammoniaque sec; il se lait un précipité cristallin, qu'on sépare des eaux-mères et qu'on chauffe à 100'*, en vase clos, avec de l'acool absolu. Le sel se dépose par le refroidissement en tables volumineuses, paraissant appartenir à un prisme rhomboïdaL droit ou oblique (Basaroff). Exposé à l'air, ce sel se liquéfie rapidement, en perdant de Tammoniaque, pour laisser du carbonate acide d'ammonium : C20^(AzH3)20* + H^O^ =: AzH3 + CH(AzH4)06.

Lorsqu'on le chauffe, il se dédouble vers 59^* en anhydride carbonique et gaz ammoniaque, 4 p. se dissout dans 1,5 d'eau, avec abaissement de température et transformation partielle en carbonate neutre :

C204( AzH3) + WO^ =z G2(AzH^)20«.

La stabilité du carbamate est augmentée par la présence de l'ammoniaque (Drechsel). Chautfé en vase clos, à 130MW, il Fournit un peu d'urée (B.) :

C204{ AzH-")2 z=z H20^ + C2H^ Az^O^.

Les solutions alcalines, les hypochlorites et les hypobroraites l'oxydent avec dégagement de la moitié de l'azote et formation d'un cyanate (Feuton).

Le carbamate de potassium, C*^AzH"^KO'*, se prépare en saturant à zéro une solution alcoolique étendue d'éthylate de potassium avec du gaz ammoniaque, puis par un courant de gaz carbonique sec. Il se fait un précipité Qoconneux, qui finit par devenir cristallin. Petites aiguilles incolores, très hygroscopiques, très solubles dans l'eau, que l'alcool précipite sous forme huileuse de cette solution ; la chaleur le dédouble en eau et cyanate de potassium. Le carbamate de sodium^ qui se prépare au moyen de l'éthylate de sodium, cristallise en beaux prismes incolores, hydratés, efflorescents. On a ainsi préparé des carbamates de calcium, de baryum, de lithium, de strontium, etc. Ed. Bourgoin.

BiBL. : Basaroff, Transf. du carbamate d'ammonium en urée {Soc. Ch., t. X, 250). — Drechsel, Présence de l'acide carbamique dans le sang {id. , t. XXVII, 85 ; t. XXXI, 86, 397).-- Hofmeister, Acide carbamique dans Véconomie {id., t. XXVII, 86). — Horstmann, Dissociation du carbam.ate d'ammonium {id.^ t. XX VIII, 466).

MuLDER, Action sur l'aldéhyde et L'acétone (Ann. Ch. ùnd P/i., t. GLXVIII, 211).

CARBAY. Corn, du dép. de Maine-et-Loire, arr. de Segré, cant. de Pouancé ; 336 hab.

CARBAZOL (Chimie). Fo™.|£;;- g^;

Le carbazol est une base artificielle qui a été découverte en 1872 par Graebe et Glaser dans l'anthracène brut. Il prend naissance : 1° dans la distillation de l'aniline avec la chaux, de manière à recueillir les produits qui passent en dernier lieu et qui ne sont pas solubles dans l'acide chlorhydrique (Braun, Greiff) ; 2<^ en faisant simplement passer des vapeurs d'aniline dans un tube chauffé au rouge (Graebe) :

2Ci2H7Az — AzlF + H2 + C^^H^Az,

ou encore en remplaçant l'aniline par la diphénylamine :

C^^Hl^Az — H^rrrC^^H^Az,

ou par la méthyldiphénylamine, laauelle devrait fournir du méthylcarbâzol. Pour extraire le carbazol de l'anthracène brut, Graebe et Glaser dissolvent la partie du goudron de houille qui passe de MO à 360^ dans huit fois son poids de toluène et de xylène, ajoutent au soluté filtré 1,0 d'acide picrique. Il se dépose des cristaux rouges de picrate de carbazol, qu'on lave avec le dissolvant et qu'on décompose par l'ammoniaque ; il se dépose des cristaux bruns qu'on purifie par cristallisation dans Talcool. Zeidier a proposé une méthode qui repose entièrement sur l'emploi des dissolvants : acide sulfurique étendu, éther acétique, alcool bouillant.

Le carbazol cristallise en tables incolores, fusibles à 238^ (G.), à 2470 (Z.) ; il bout à SSl^S. Il est insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, la benzine, l'acide acétique glacial ; l'acide sulturique le dissout en jaune et le soluté devient d'un vert intense en présence d'une trace de chlore, de brome, d'iode ou d acide chromique ; avec Tacide azotique, il y a production d'une couleur verte à froid, devenant jaune à chaud, par suite de la formation de dérivés nitrés ; le chlore et le brome donnent également des produits de substitution. Avec la potasse caustique, il y a formation de cabazolpotassium, que l'eau décompose avec mise en liberté du générateur. Réduit vers 220° par l'acide iodhydrique et le phosphore, il engendre de la carbazoline (V, ce mot). Le picrate de carbazol, Ç.^^^"^ kiÇ^m\kiÙ^)W , est en belles aiguilles rouges, solubles dans Féther et dans la benzine, surtout à chaud ; il fond à 182<* et se sublime [presque sans décomposition ; l'eau, les acides et les alcalis le décomposent facilement. Le trichlorocai'bazol, C'^^H^Cl^Az, se prépare en faisant passer du chlore dans une solution acétique de la base. Belles aiguilles vertes, solubles dans l'alcool, l'éther, la benzine et le chloroforme, auxquelles l'acide sulfurique donne une coloration ver t clair, qui passe au vert émera îde en présence d'une trace d'acide nitrique. Vhexachloro carbazol, C*^'*H^Cl^Âz, qui est le produit ultime de l'action du chlore, cristallise en aiguilles jaunes, non sublimables, fusibles vers 225*. La solution sulfurique, qui est d'un jaune vert, passe successivement par un peu d'acide nitrique au bleu, au violet, au rouge et au jaune. Voctochlorocarbazol, C^^HCl^Az, résulte de l'action du perchlorure d'étain sur le corps précédent ; il cristallise en fines aiguilles incolores, sublimables, fusibles à 275», peu solubles à froid dans les dissolvants ; la solution sulturique, additionnée d'acide nitrique, passe du bleu au jaune d'or. Le nitrosocarbazol, C2*H^(AzO^)Az, qu'on prépare au moyen d'une solution acétique de carbazol et d'azotite de potassium, cristallise en aiguilles jaunes, aplaties, fusibles à 82<*, solubles dans les dissolvants usuels. Tandis que l'ammoniaque est sans action, les agents réducteurs ou même l'alcool à l'ébullition reproduisent le carbazol. Le tétranitrocarbazol, C2^fl5(AzO^)'*Az, se forme lorsqu'on attaque au bain-marie le carbazol par trente fois son poids d'acide nitrique d'une densité de 1,49. Il est en cristaux déliés, jaune citron, à peine solubles dans l'eau, l'alcool, l'éther et la benzine. Vacétylcarbazol, C^H'^0^ (C^^H^Az), se prépare en chauffant à 230-240», pendant sept à huit heures, parties égales de carbazol et d'anhydride acétique ; on précipite par l'eau et on fait cristalliser le précipité dans l'alcool. Il cristallise en lamelles blanches, fusibles à 69<>, bouillant au-dessus de 360^, en se décomposant partiellement ; il est soluble dans l'alcool, l'éther et la benzine, il n'est coloré ni par l'acide chlorhvdrique, ni par l'acide sulfurique. Le méthylcarbazol, C2|i2(C24H9^2), s'obtient en fondant le carbazol potassé avec trois ou quatre parties d'iodure de mélhyle ; un reprend par l'eau bouillante et on fait cristalliser le résidu dans l'alcool. Lamelles nacrées, blanches, fusibles à 87^, qui se comportent comme le carbazol en présence de

CARBAZOL - CARBON

Tacide sulfurique et nitrique. Véthylcarhazol, C^H^ (C^^'H^Az), qui se prépare comme le précédent au moyen de riodure d'éthyle, est en lamelles fusibles à 67-68^, insolubles dans Feau, solubles dans ralcool et dans Féther. Le carbonylcarbazol, C^OHC^^U^Az), a été préparé par Suida en fondant le carbazol avec dix à douze fois son poids d'acide oxalique. C'est une masse cristallisée, d'un bleu violacé, insoluble dans Teau et la benzine, soluble dans Talcool et dans l'acide acétique glacial ; sa solution alcaline, qui est incolore, est précipitée en bleu par les acides ; avec l'acide azotique concentré, il y a formation de dérivés di et tétranitrés. Ed. Bourgoin. BiBL. : Braun et Greiff, Décomposition de l'aniline (Soc. ch., t. XVIII, 456). ~ Graebe, Carbazol et sa synthèse (id., t. XVII, 229; t. XXII, 83). — Graebe et Beha- GEL, Sur le carbazol {id., t. XXXVI, 325). — Graebe et Glaser, Découverte du carbazol (id., t. XVII, 230). — Graebe et Knecht, Sur un nouveau carbazol {id., t XXXIII, 87). — Suida, Action de l'acide azotique sur le carbazol {id.,t XXXIX, 300). — Zeidler, Rech. sur t'anthracène brut : carbazol et nitrosocarbazol {id., t. XXXI, 471).

CARBAZOLINE (Chimie). Form. \ Jg; S'az!

Alcali organique artificiel qui prend naissance lorsqu'on chauffe, en tubes scellés, 6 p. de carbazol avec 2 p. de phosphore rouge et 7 à 8 p. d'acide iodhydrique saturé à zéro. Après dix heures de chauffe, vers 200-220<», on étend d'eau le produit de la réaction, on fait bouillir, on filtre et on précipite par l'ammoniaque la carbazoline, qu'on purifie par cristallisation dans l'alcool : C24H9Az4-3H2=:C^4Hi5Az,

La carbazoline cristallise en aiguilles incolores, sublimables, fusibles à 90% bouillant à 296-297^ Elle se dissout facilement dans l'alcool, l'éther, la benzine et les acides ; avec l'acide nitrique elle engendre des dérivés di, tri et tétranitrés. Elle est très stable, car elle n'est attaquée ni par la potasse fondante, ni par la chaux sodée ; les oxydants l'attaquent et la détruisent en donnant naissance à des dérivés mal connus. Le perchlorure de fer colore en brun sa solution chîorhydrique, avec production de flocons bruns. Les sels sont cristallisables.

Le chlorhydrate de carbazoline, C^^H^^Az.HCl, se prépare en dirigeant un courant de gaz chîorhydrique dans une solution éthérée de carbazoline. Il se sépare un liquide sirupeux, qui se transforme en tables incolores, solubles dans l'eau, l'alcool et la benzine, donnant de Yhydrocarbazol, C^^^H^^Az, lorsqu'on le chauffe au-dessus de 230^. Le bromhydrate, C^^Il^^Az.HBr, qui se prépare en dissolvant la base dans l'acide bromhydrique, est en tables peu solubles dans l'éther, solubles dans l'eau chaude et dans l'alcool, se comportant comme le chlorhydrate sous l'influence de la chaleur. Viodhydrate, C^^H^^AzHf, est en cristaux tabulaires, solubles dans Feau, l'alcool et la benzine. Véthylcarbazoline s'obtient à l'état d'iodhydrate, C4H4(C^4Hi5Az)HI, lorsqu'on chauffe à 100<* une solution alcoolique de la base avec de Tiodure d'éthyle ; en chassant par la chaleur l'excès d'alcool et d'iodure, il reste un liquide sirupeux qui se prend en cristaux sous la cloche sulfurique. Purifié par cristallisation dans l'eau chaude, cet iodhydrate est sous forme de tables épaisses (Graebe et Behagel). Vacétyl-carbazoline, C^H^O^(C^^H*^Az), se prépare en chauffant un peu au-dessus de lOO** la carbazoline avec de l'anhydride acétique ; on purifie le produit par l'eau et on le fait cristalliser dans l'alcool. Aiguilles incolores, fusibles à 98®, solubles dans l'alcool et dans l'éther. Ed. Bourgoin.

BiBL. : Graebe et von Adlerskron, Ethylcarbazoline (Liebigs Ann. chem., t. CCII, 24 ; id., CLXIII, 358). — Graebe et Glaser, Carbazol et carbazoline (Soc. ch.^ t. XVII, 230). — Hydro carbazol (Ann. der Chem.und Pharm.A. CLXIII, 358).

CARBÉAS, chef de la secte des Pauliciens, au ix® siècle (V. Pauliciens). Il se trouvait placé sous les ordres du stratège du thème des Anatoliques, lorsqu'il apprit que son père avait péri victime de la terrible persécution diri-

gée contre la secte par les agents de l'impératrice Théodora. 11 rassembla plusieurs milliers de fugitifs et alla solliciter la protection de l'émir de Mélitène qui leur assigna pour demeure le mont Argée, en Cappadoce (848). Carbéas y bâtit la ville de Téphrique qui devint un poste de guerre d'où les Pauliciens faisaient des incursions continuelles sur le territoire de l'empire grec. Après la mort de Carbéas, son fils Chrysochir, qui lui succéda, fut attaqué par l'empereur Basile !«' le Macédonien. Il se défendit vaillamment, mais finit par succomber. Ses partisans furent anéantis et leur ville détruite (873). Ph. P.

CARBELOT, homme politique français. Député de la Haute-Marne au conseil des Cinq-Cents (sept. 1795), il s'y fit remarquer par son opposition énergique à toutes les mesures d'exception et, notamment le 8 mai 1798, au projet de la commission des Cinq qui voulait épurer les élections sous prétexte de conspiration. « Je regarde, dit-il, comme désastreux, tout projet qui, sous prétexte de sauver le peuple, tendroit à rendre la représentation un fantôme, un véritable mannequin qui suivroit l'impulsion qu'on lui donneroit. »

CARBES.Com, du dép. du Tarn, arr. de Castres, cant. deVielmur; 298 hab.

CARBET (Mar.). Petit hangar construit sur la côte pour servir d'abri aux marins et aux embarcations.

CARBET (Piton du). Montagne de la Martinique (4 ,207 m.) (V. Martinique).

CARBET (le). Com. de la Martinique, arr. et cant. de Saint-Pierre, sur la côte occidentale de l'île et au S.-O. de Saint-Pierre; 3,600 hab. Le Carbet est à l'embouchure de la rivière du Carbet et à l'O. du Piton du Carbet (V. Martinique).

CARBINL Com. du dép. de la Corse, arr. de Sartène, cant. de Levie ; 409 hab.

CARBON (Cap), au N.-O. de Bougie (Algérie) par 36« W 35^^ de lat. N. et 2^ W V de long. E. (Dépôt de la guerre), masse de rochers fauves et nus qui porte un phare de premier ordre à 220 m. au-dessus du niveau de la mer et qui a pour sommet, dans l'intérieur, la koubba de Lella Gouraya (700 m.). La partie extrême du cap est perforée d'une grotte où la mer pénètre et où les barques peuvent passer de part en part ; c'est le Metskoub des Arabes ou Pierre percée. E. Cat.

CARBON-Blanc. Ch.-l. de cant. du dép. de la Gi-> ronde, arr. de Bordeaux, à 7 kil. au N.-N.-E., sur un haut plateau sablonneux dominant la Garonne, M m. d'alt. ; 887 hab. La commune comprend le gros bourg de Carbon-Blanc ; celui de Bassons qui est moins considérable, à 1,200 m. au N.-O., sur un coteau dominant la plaine du Bec ; cinq villages et quelques hameaux. La principale culture est celle de la vigne ; ses produits en vin sont estimés. Près de Bassens, au lieu de Beauval, on voit les traces de l'ancien château de Montferrand, rasé à la même époque que celui de la Trave ; on en montre encore le puits et les douves ; un tumulus est auprès. Il y eut autrefois à Carbon-Blanc une ladrerie dont on a cru reconnaître les vestiges dans une vigne, où l'on a trouvé quantité d'ossements et de cercueils en pierre. Un lavoir, dit le Buisseau des Ladres, existe encore dans la commune. Une abbaye de l'ordre de Citeaux se trouvait sur le territoire de cette commune. Ce monastère, qui porta aussi le nom de Bonlieu (Bonus locus) Risus- AgnU fut fondé le 24 oct. 1141 par saint Sicaire, dont les reliques furent conservées dans l'abbaye, dont il fut abbé jusqu'en 1162. L. Cadier.

BiBL. : Gallia Christiana, t. III, col. 890.

CARBON DE Flins des Oliviers (Claude-Louis-Marie- Emmanuel), littérateur français, né à Reims en 1757, mort à Vervins en 1806. Il fut quelque temps procureur impérial à Vervins. Collaborateur de YAlmanach des Muses, de la Décade philosophique, du Mercure, du Modérateur et autres journaux littéraires, il a publié des

CARBON - CARBÔNARl

poésies qui ne sont pas absolument sans mérite, et quelques pièces de théâtre. Nous citerons : les Amours avec un Essai sur la poésie erotique (Paris, 1780, in-8) ; Poèmes et discours en vers (Paris, 1782, in-8) ; Plan d'un cours de littérature (Paris, 1784, in-12) ; la Jeune hôtesse (Paris, 1792, in-8), comédie en trois actes, imitée de la Locandiera de Goldoni; le Mari directeur ou le Déménagement du couvent (Paris, 1791, in-8), comédie en un acte; le Réveil d'Epiménide à Paris ou les Etrennes de la Liberté, comédie en un acte (Paris, 1790, in-8). Il a aussi écrit sous le pseudonyme de Louis-Emmanuel, un journal très curieux et assez spirituel : les Voyages de Vopinion dans les quatre parties du monde (1789-90) qui obtint un très grand succès, mais n'eut que six numéros.

CARBONADO. Le carbonado est une variété noire opaque de diamant, se trouvant parfois en morceaux globulaires de grande taille. On remploie au forage des trous de sonde (sondage au diamant) (V. Diamant).

CARBONâRA (le comte Luigi), homme politique francoitalien, né à Gênes le 11 mars 1755, mort à Gênes le 25 janv. 1826. D'abord avocat, puis membre du conseil de la sérénissime république de Gênes, il se montra favorable à Pannexion de sa patrie au territoire de la République française. Bonaparte le fit entrer au sénat de la République ligurienne (1797), le nomma, en 1803, président de la cour impériale de Gênes, et peu après sénateur et comte de l'Empire. Toutes ces faveurs ne l'empêchèrent pas de se déclarer pour les Bourbons en 1814. Rentré à Gênes en 1816, il fit partie de plusieurs commissions administratives.

CARBONARl, CARBONARISME. Le carbonarisme est une société secrète qui atteignit son plein développement sous la Restauration et le règne de Louis-Philippe. Son origine n'a jamais pu être précisée d'une façon bien exacte, quoiqu'elle ait donné lieu à de multiples controverses. (Quelques historiens en font remonter les débuts au règne de François I«^, d'autres lui assignent une naissance encore plus ancienne. C'est ainsi qu'au XI® siècle, s'il faut en croire M. Benoist Malon (Histoire du socialisme), un moine de Sarrebruck, nommé Théodebald, fonda une association secrète composée exclusivement de charbonniers et de bûcherons. Cette société avait pour but d'obtenir « que les affaires publiques fussent réglées d'après la volonté du suffrage de tous », et d'arriver ainsi à fonder ce que Théodebald nommait : l'Etat démocratique égalitaire. Jésus-Christ était le grandmaître « honorifique », pour ainsi dire le président d'honneur de cette association, dont les affiliés étaient divisés en groupes appelés ventes. Le mot d'ordre était : Espérance et Foi. Mais il y avait, en outre, des mots de passe, qui changeaient fréquemment, et de mystérieux signes de reconnaissance. D'après une autre opinion, l'Italie serait la patrie d'origine du carbonarisme; le mot tirerait sa source de ce que les Guelfes proscrits, afin d'échapper aux poursuites de leurs adversaires, les Gibelins, se réunissaient au milieu des bois et s'assemblaient dans des cabanes de bûcherons et de charbonniers.

Quoi qu'il en soit, ce n'est réellement qu'à la fin du xvïu® et au commencement du xix^ siècle que le carbonarisme a joué la rôle qui lui a fait dans l'histoire une place si marquée. Son but était essentiellement politique ; ses adhérents se proposaient de combattre la tyrannie sous toutes ses formes et d'arriver à doter leur pays d'institutions démocratiques.

Le roi de Naples, Murât, favorisa, dans le principe, cette propagande qu'il considérait comme civilisatrice. Puis, épouvanté des progrès que faisaient dans le peuple les nouvelles doctrines, il désarma les carbonari et les chassa de ses Etats. Ils se réfugièrent dans les Calabres, sous la conduite de leur chef, Capo-Bianco. A cette époque, la secte ne comptait que quelques milliers d'adhérents. Mais elle allait bientôt s'étendre dans toute l'Italie,

envahir la France, gagner PEspagne, franchir le Rhin et faire trembler sur leurs trônes tous les souverains de l'Europe monarchique.

On a souvent confondu le carbonarisme avec la francmaçonnerie, dont il n'est, en réalité, qu'un dérivé. Comnae la franc-maçonnerie, le carbonarisme a son cérémonial particulier, son langage symbolique, dont les termes sont empruntés au commerce du charbon. C'est ainsi que le lieu d'assemblée s'appelle hutte, en italien baracca ; le pays où se tient l'assemblée, la forêt ; la réunion elle-même, — ce qu'en langage maçonnique on nomme la tenue^ — la vente, en italien vendita. Une réunion de huttes est une république. Purger la forêt des loups signifie délivrer la patrie des tyrans et des oppresseurs. De là, le cri de ralliement du carbonarisme : Vengeance au mouton opprimé par le loup ! Les statuts et règlements sont particulièrement sévères contre les parjures et les traîtres. L'indiscrétion, même involontaire, a son châtiment.

Chaque associé jurait : de garder le secret sur l'existence du carbonarisme, sur ses signes, son règlement et ses mots de passe ; d'obéir aveuglément et sans réserve aux ordres intimés par la vente suprême, les choses commandées cessant d'être injustes dès qu'elles deviennent un moyen d'arriver au bonheur commun et d'obtenir le but général ; de dévouer sa fortune et même sa vie à la cause de la liberté et de la patrie.

En outre, pour être prêt à résister à l'oppression, à secourir ses « frères », appelés ici ses bons cousins, tout carbonaro devait se munir, à ses frais, d'un fusil de munition et de cinquante cartouches à balle. Le parjure était puni de mort, h^s grades par lesquels devait passer successivement le « bon cousin » étaient ceux à' apprenti, de maître et de grand-élu.

Voici, d'après Saint-Edme (Constitution et organisation des carbonari), les détails du cérémonial usité pour une initiation au troisième grade : la vejite se tient loin des profanes, dans une grotte obscure, cachée et connue seulement des carbonari déjà reçus grands élus. La salle est triangulaire, tronquée aux trois pointes. Le grand maître, grand élu, qui préside la réunion, est placé sur un trône, à l'orient, dans l'angle tronqué supérieur. En face de lui, à l'occident, au milieu de la base même du triangle, se trouve la porte de la grotte. Elle est défendue par deux gardiens nommés flammes ou porte-épée, tenant à la main des sabres faits comme des fiarames de feu. Les assistants sont rangés en deux files, à droite et à gauche du président. Ils ont la face tournée vers lui pour se conformer à tous ses mouvements, quand il fera des avantages ou autres cérémonies et solennités. Deux des assistants, ceux qui sont placés à l'extrémité des files, se nomment premier et second éclaireur ; un troisième qui sert d'orateur est appelé étoile. Trois lumières en forme de soleil, de lune et d'étoile sont suspendues aux trois angles pour la clarté de la vendita. Le trône et les bancs sont couverts de drap rouge parsemé de flammes nombreuses. Le grand élu est en costume de l'ordre, ainsi que les autres assistants. Il a le front enveloppé d'un long mouchoir rouge enroulé en forme de turban. Il porte des sandales bleues, une tunique de même couleur et, au-dessus de la tunique, une longue robe noire serrée par une ceinture de laine rouge à laquelle sont suspendus une hachette et un poignard. Outre le costume ci-dessus, commun à tous les assistants, le grand élu président porte en sautoir un large ruban moiré tricolore, bleu céleste, jaune et vert, où sont attachés trois bijoux, marques de sa dignité : un triangle azur, image du ciel et de la divinité, un soleil d'or et un globe terrestre d'un vert pâle.

Le grand élu. — Bon cousin, premier éclaireur, quelle heure est-il ?

Le premier éclaireur. — Respectable grand élu, le tocsin sonne de toutes parts et retentit jusque dans les

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