C4C16 4- S206 = C^CH02 -+- S^O^CIS
corps que l'eau dédouble en acide chlorhydrique et en acide trichloracétique :
C^CHO^ + H^O^ = HCl + C^HGl^O^
Ed. Bourgoin.
BiBL. : Berthelot, Substitutions inverses {Ann, ch. et phys., t. LI, 50 [37]. —Action de Ih potasse alcoolique sur les dérivés chlorés {id. LIV, «8). — Bourgoin, Préparation de l'éthylène perchloré (id., t. VI, 14'2 [5]. — Action du chlore sur le perbromure d'acétylène (id., t. IV, 423), — b'ARADAY, Nouveaux carbures d'hydrogène (id., 18-^5, t. XXX, 269). — Geuther, Transformation du sesquichlorure et du protocMorure de carbone en acide oxalique (id., t. LVII, 484, [3]). — Mûller, Méthode pour substituer le chlore à l'hydrogène {id., t. LXVI, l9y [3J. — Regnault, Action du chlore sur la liqueur des Hollandais {id., 1838, t. LXIX, 151).
CARBONE (Oxyde de). L Chimie.
''^^""- î Atom.. CO.
L'oxyde de carbone a été découvert à la fin du siècle dernier par Priestley. Il prend naissance dans plusieurs circonstances : i^ lorsque le charbon brûle à une haute température en présence d'une quantité insuffisante d'oxygène pour le transformer en acide carbonique ; 2° lorsque l'acide carbonique est attaqué à une température élevée par le charbon, l'hydrogène, les métaux ou les autres corps capables de lui enlever la moitié de son oxygène, comme l'hydrogène suUuré :
3^* dans la déshydratation de l'acide formique par les formiates et les acétates alcalins ou dans la décomposition des formènes brutes par la chaleur. C'est ainsi qu'un mélange d'acide oxalique sec et de glycérine fournit vers 135** un courant régulier d'oxyde de carbone (Lorin) ;
nd —
4<* dans la distillation sèche d'un grand nombre de matières organiques ; 5^ dans Félectrolyse d'un grand nombre de sels organiques (Bourgoin).
Pour le préparer, on décompose Facide oxalique par l'acide sulturique concentré :
A cet effet, on verse sur l'acide oxalique, contenu dans un petit ballon, 5 à 6 fois son poids d'acide sulturique concentré et on chaufie graduellement jusqu'à ce qu'il se produise une vive effervescence ; on fait passer le gaz
dans un flacon laveur contenant une lessive de potasse qui retient l'acide carbonique, tandis que l'oxyde est recueilli dans une cloche. On peut aussi chauffer avec précaution 1 p. de ferrocyanure de potassium avec 9 p. d'acide sulfurique concentré ; dès que la réaction commence, on éloigne le feu et on obtient un courant gazeux régulier (Butlerow). On a aussi proposé de faire passer le mélange gazeux d'acide carbonique et d'oxyde de carbone, provenant de la décomposition de l'acide oxaliqne, dans un tube de porcelaine contenant du charbon chauffé au rouge, l'acide carbonique se transformant alors presque complètement en oxyde de carbone :
C20* + C2 = 2C20^ L'oxyde de carbone est un gaz incolore, inodore, conservant encore l'état gazeux à — 29<» sous une pression de 300 atm. ; mais lorsqu'il est ainsi comprimé, si on le détend subitement, de manière à produire un brusque abaissement de température, on voit apparaître un brouillard intense qui est l'indice de la liquéfaction et peut-être de la solidification du gaz (Cailletet). Sa chaleur de combustion, rapportée au poids C^O^ = 28 est égale à 68^2. Sa densité est de 0,967. II est peu soluble dans l'eau, qui n'en prend que 0,024 à 15^, soit ~ environ de son volume ; son meilleur dissolvant est îe protochlorure de cuivre en solution ammoniacale, neutre ou acide ; en neutralisant cette dernière par la potasse, plus de la moitié du gaz dissous se dégage avec effervescence. D'après M. Berthelot, 400 p. d'une solution contenant 14 ^lo de protochlorure de cuivre et 18 à 49 % d'acide chlorhydrique, peut absorber jusqu'à 20 fois son volume d'oxyde de carbone ; au delà de cette limite, il se dépose des lamelles nacrées, brillantes, altérables à l'air, decomposables par l'eau, ayant sans doute pour formule :
Cu^Cl^C^Os +.2H205^.
L'oxyde de carbone est combustible : il brûle avec une flamme bleuâtre, caractéristique, en donnant de l'acide carbonique ; qu'on verse par exemple de l'eau de chaux dans l'éprouvette oii la combustion s'est effectuée, il y a tormation de carbonate de chaux. Il réduit à froid le chlorure d'or, et au rouge les oxydes de cuivre, de plomb, d'étain, de ter, etc., propriété qui joue un grand rôle dans la métallurgie. Il jouit de la curieuse propriété de s'unir au chlore, à volumes égaux, pour engendrer un gaz suffocant, le gaz chloroxycarbonique, C^O^Cl^, que
l'eau dédouble immédiatement en acides carbonique et chlorhydrique :
C208CP +H202 =:C20^ H- HCl.
Dans cette combinaison, qui ne s'effectue que sous l'influence des rayons solaires, l'oxyde de carbone se comporte à la manière d'un radical, ce qui Ta fait envisager par quelques chimistes comme le radical carbonyle; toutefois, il ne se combine pas au brome, même lorsqu'on abandonne pendant plusieurs mois le mélange à l'action directe de la lumière (Berthelot). Il n'est pas oxydé par l'ozone à la température ordinaire (Remsen), mais il se combine avec l'oxygène sous l'influence de l'acide chromique (Ludwig), et en présence de l'asbeste platiné (von Kerckhoff) ; à chaud, il réduit l'acide iodique, avec formation d'acide carbonique et dépôt d'iode ; il se combine au chlorure de platine pour former des chloroplatinites de carbonyle (Schûtzenherger) ; dissous dans une solution ammoniacale de protochlorure, il se combine à plusieurs corps, notamment l'acétylène, l'aniline, la toluidine, etc., pour engendrer des combinaisons cristallines assez stables (Harnitz-Harnitzki). L'une de ses réactions les plus importantes, consiste à l'unir directement à la potasse caustique pour donner du formiate de potassium (Berthelot) :
C^O^-f-KHO^^C^KHO*.
Pour réaliser cette synthèse, dont l'importance est capitale en chimie organique, on introduit 10 gr. de potasse, légèrement humectée, dans un ballon rempli de gaz pur, et on ferme à la lampe. On dispose une douzaine de ballons dans un bain d'eau et on chauffe à 100^ pendant soixante-dix heures; au bout de ce temps, alors qu'il s'est produit un vide presque complet dans les ballons, on dissout dans l'eau le contenu de ces derniers, on sursature par l'acide sulfurique dilué et on distille ; on traite par le carbonate de plomb le produit distillé, on fait bouillir et on filtre ; la liqueur laisse déposer par le refroidissement des cristaux de formiate de plomb (Berthelot) . Les alcalis caustiques ne sont pas d'ailleurs les seuls corps capables de transformer l'oxyde de carbone en acide formique ; à 200<*, au bout de quinze heures de chauffe, le carbonate de potassium humide donne lieu au môme phénomène ; la présence de l'eau est nécessaire, car le carbonate seD est sans action, môme à 200^. Le gaz sec est absorbé lentement, à la température ordinaire, par Talcoolate de baryum dissous dans l'alcool absolu, avec formation d'éthylformiate de baryum, C^O^C-^H^BaO^, corps soluble dans l'alcool absolu, décomposable par l'eau en alccol et tormiate de baryum, isomérique par conséquent avec le propionate de baryum , C^B^BaO*. L'alcool sodé, anhydre, absorbe également Toxyde de carbone avec production d'éthylformiate et d'une petite quantité de propionate (Berthelot). En faisant passer un courant d'oxyde de carbone dans un tube de porcelaine fortement chauffé, contenant un tube en laiton traversé par un courant d'eau fioide, le gaz se dissocie, abandonne du carbone pulvérulent qui se dépose sur le laiton, tandis que l'oxygène, mis en liberté, s'unit avec l'excès de gaz pour le transformer en acide carbonique (H. Deville).
L'oxyde de carbone est un gaz très délétère (V. cidessous). C'est à sa présence surtout qu'est due l'action toxique des vapeurs de charbon. Cl. Bernard a démontré qu'il se fixe sur l'hémoglobine des globules sanguins et rend rapidement impossibles les fonctions de l'hématose. En s'appuyant sur cette propriété, Vogel a indiqué une méthode très ingénieuse pour constater la présence de ce gaz dans un mélange gazeux ; on agite ce dernier avec une goutte de sang délayéedans2, 3 centim. c. d'eau, on ajoute, comme ré lucteur, quelques gouttes de sulfure d'ammonium, et on examine le liquide au spectroscope ; on observe alors des bandes d'absorption caractéristiques. Ce procédé permet de constater dans l'air la présence de 3 à 4 millièmes
CARBONE
d'oxyde de carbone. A la vérité, Toxygène en grand excès limite la sensibilité de la réaction, par suite de la formation d'oxyhémoglobine ; mais si l'oxyde est dilué dans un gaz inerte, on peut déceler la présence d'un millième de gaz toxique dans un mélange gazeux. On peut d'ailleurs doser l'oxyde de carbone en le brûlant avec Toxygèpe, en présence d'un fil de palladium porté au rouge (Bunte). Ed. Bourgoin.
II. Action physiologique et Toxicologie. — L'oxyde de carbone est doué de propriétés très toxiques ; 4/450 de ce gaz dans l'air suffit pour tuer un oiseau, 4/230 dans fair tue un chien, 4/70 un lapin (Gréhant). La dose toxique pour un moineau deviendrait déjà dangereuse pour l'homme, surtout pendant le sommeil, d'où le péril des poêles à combustion lente, poêles mobiles, etc. Du reste, il est démontré aue l'intoxication oxycarbonée peut se produire même en plein air ou dans une pièce assez aérée (Brouardel). 11 s'agit bien là d'un empoisonnement et non d'un trouble mécanique apporté dans la fonction respiratoire par le mélange de l'oxyde de carbone avec l'air respirable, la dose de ce gaz étant trop minime pour autoriser cette explication. C'est Leblanc qui a établi ces faits indiscutablement, c'est Claude Bernard qui a recherché par quel mécanisme l'oxyde de carbone produit la mort. La conservation des réflexes met immédiatement les organes de la vie de relation hors de cause. Il n'en est pas de même de la vie de nutrition ; dès qu'on ouvre un animal empoisonné, on est frappé de la rutilance du sang dans les artères et dans les veines» ainsi que dans tous les viscères. On constate, en outre, que le sang a perdu en grande partie la propriété d'absorber l'oxygène et d'exhaler l'acide carbonique qu'il contient, qu'il a perdu ses propriétés physiologiques (injecté dans un membre d'animal récemment tué, les propriétés des tissus musculaire et nerveux s'éteignent graduellement). Ce sont les globules rouges du sang qui sont frappés ; l'oxyde de carbone est absorbé par eux avec la même énergie que l'oxygène ; l'hémoglobine s'unit à l'oxyde de carbone en donnant naissance à Y hémoglobine oxycarbonée, plus stable que l'oxyhémoglobine, avec laquelle elle est isomérique ; partant, l'oxyde de carbone ne peut être chassé de la combinaison par l'oxygène, mais le bioxyde d'azote l'expulse et se substitue à lui (Hoppe-Seyler) pour former un autre isomère de l'oxyhémoglobine. La stabilité de la combinaison de l'hémoglobine avec l'oxyde de carbone et la coloration vermeille du composé qu'ils forment explique la présence des taches rosées si caractéristiques dans l'asphyxie par le charbon. La coloration rouge vif du sang oxycarboné ne change pas même sous l'influence d'un courant d'acide carbonique, à froid ou à chaud.
L'oxyde de carbone une fois absorbé par le sang ne s'élimine qu'avec une grande lenteur et, d'après Gréhant, en nature dans l'expiration. Les globules sanguins une fois détruits et désagrégés, ne se régénèrent plus ; on comprend donc le danger de l'inspiration de l'oxyde de carbone, d'autant plus qu'à la dose de 4/2 dix-millième dans l'air il sufïit à détruire la huitième partie de la quantité totale du sang. La thérapeutique est à peu près impuissante contre l'empoisonnement oxycarboné ; le seul traitement à lui opposer consiste dans la respiration d'air pur ou d'air mélangé d'oxygène, Klebs et Remak préconisent les injections intra-veineuses ou sous-cutanées d'ergotine, pour déterminer la contraction des vaisseaux périphériques qui ont perdu leur tonicité par l'intoxication. Laborde recommande comme seule rationnelle la transfusion du sang.
On reconnaît, en médecine légale, l'empoisonnement par l'oxyde de carbone, d'abord par la coloration rouge vif du sang qui ne change pas sous l'influence de l'acide carbonique ou d'un alcali, puis, comme l'ont montré Hoppe-Seyier, Stokes, Cl. Bernard, P. Bert, etc., par la persistance des deux bandes d'absorptipn noires, pla-
cées entre les raies D et E de Frauenhofer dans le spectre (bandes placées à peu près de même façon pour rhémoglobine oxycarbonée et l'oxyhémoglobine), même après un traitement par le sulfhydrate d'ammoniaque (sous son influence les deux bandes noires de l'oxyhémoglobine se confondent en une large bande foncée qui dépasse la raie D du sodium et qu'on appelle bande de réduction de Stokes), D^ L. Hn.
111. Thérapeotiûue. — On sait que les ouvriers qui travaillent au nettoyage des hauts fourneaux ou que les personnes qui respirent dans une pièce chauffée par des poêles en fonte, sans ventilation suffisante, peuvent présenter des symptômes d'anesthésie et d'asphyxie. Partant de ce pouvoir anesthésiant, on a cherché à appliquer l'oxyde de carbone à des affections douloureuses ; les premières tentatives à cet égard ont été faites par Tourdes et par Ozanam, qui ont constaté que le pouvoir anesthésiant de ce gaz se manifeste et par les inhalations et par le contact avec la peau privée d'épiderme ou sur la muqueuse privée d'épithélium. Coze l'a lé premier administré en douches vaginales (5 litres par douche) dans le cancer de l'utérus et les hystéralgies, et en topique contre les douleurs rhumatismales et névralgiques à l'aide de manchons munis de tubes pour la sortie de l'air et l'entrée du gaz (Acad.des se, 4857). L'oxyde de carbone ne saurait être employé comme anesthésique général à cause des grands dangers que présente son inhalation. D^ L. Hn.
BiBL.: 1° Chimie.— Berthblot, Action des alcoolates alcalins [Soc. ch.^ t. V, 1). — Formation thermique des com.b. del'oxyde de carbone (id., t. XXXI, 227). — Relations qui existent entre Voxyde de carbone etVacide form.ique{Ann. ch. et phys.,t. XLVI, 477). — Bôttinger, Absorption de l'acide de carbone par l'acide cyanhydrique (Soc. c/iim., t. XXIX, 156). ~ BuTLERow, Préparation de Voxyde de carbone (id.,1853, p. bS2),— BuHTEy Dosage de Voxyde de carbone {Deuts, chem, Gesellschaft, \81S, p. 1,123). — Cailletet, Liquéfaction du gaz oxyde de carbone (Comptes rendws, t. LXXXV, 1,213, 1,217).— Chevrier, Préparation du gaz {id.^ t. LXIX, 138). — Clerk, CoeffLcient de frottement [Philos. Magaz., t. CXLIII, 453). — De VILLE Sainte-Claire, Dissociation [Compt. rend. t. LÎX, 873). — DiTTE, Sur Vacide iodique {Soc. ch. t. XIII, 318). — Fownes, Préparation avec le ferrocyanure de potassium {Ann. der Ch.undPharm., t. XLVIII, 38). — (jrimm et Ramdohr (id., t. XCVIII, 127. — Hammerl, Comb. cristallisée d'oxyde de carbone et de protochlorure de cuivre {Compt. rend., t. LXXXIX, 97). -^ HoRTSMANN, Affinité pour l'oxygène {Liebig'sAnn.der Chem., t. CLXXXA, 228). — Lorin, Formation {Compt. rend., t. LXXll, 629, 750). — Kohler, Réduction par V hydrogène sulfuré {Dents, chem. Geseasc/ia/"f, 1878, 206).
— Leblanc, Rech. sur la composition de Vair confiné (Ann. ch. et phys., t. V, 223 (3). — Ludwig, Action de Vacide chromique {Ann. der Chem. und Pharm., t. CLVII, 47). — Mascart, Indice de réfraction {Compt. rend., t. LXXVIII, 617 et 679). — Meyer, Coefficient de frottement moléculaire {Poggend. Ann..^ t. CXLllI, 14 et t. CXLVIII, 497). — PoLECK et Brifel, Rech. de Voxyde de carbone (Deuts. chem. Gesells., 18"/7, 2,224). — Remsen, et SoUTHwoRTH, Action de Vozone {Soc. ch., t. XXV, 551). — ScHERTEL et Carstànjen, Action du brome {Ann. Chem. und Pharm., 1863, suppl., t. II, 311).— Shûtzenberg, Chloroplatinites de carbonyle (Soc. ch., t. XIV, 17).— Thomsen, Tables d'affinité {Soc. ch., t. XXh ^1{).-^Thomas, Solubilité de Voxyde de carbone (Deuts. chem. Gesells., 1878, 152. ~ Valerius, Température de combustion {Bull. Ac. roy.Beïg., 1874,t. XXXVIII,n<' 12).
— H.-W. Vogel, Rech. de l'oxyde de carbone (Soc. ch., t. XXIX, 380].— Wùlhner, Poggend. Ann., t. CXLIV,
2» Action physiologique et toxicologie. — Leblanc, Ann. de chim. et de phys., 1842. — Cl. Bernard, Rev. des cours scientif., 1870. — Gréhant, Compt. rend. Acad. d. Se, 1878-88; Soc. de biol., mi\Bibl. des Hautes Eludes, 1874. — Brouardel, A. Gautier, Lancereaux, Laborde, Académie de médecine, 1889.
CARBONE (Sulfure de).ï. Chimie.
^ l Equiv C^S*
F^'^"^- I Atom CS^.
Syn. : Bisulfure de carbone. — Anhydride sulfocarbonique.
Il a été indiqué pour la première fois par Lampadius, en 1796, en distillant une tourbe pyriteuse ; on l'a rencontré dans le gaz d*éclairage, dans les pétroles et les benzines commerciales. On le prépare en faisant passer
CARBONE
du soufre en vapeur sur du charbon chauffé au rougCé Dans un fourneau, légèrement incliné, on dispose un tube en porcelaine rempli de braise de boulanger ; à l'extrémité inférieure de ce tube, on lute une allonge dont le bec recourbé plonge dans un flacon contenant de Teau. Lorsque le tube est rouge, on introduit du soufre par la partie supérieure : le sulfure de carbone se condense dans l'allonge et tombe au fond de Feau (fig. 1).
Fig, 1.
Le liquide, distillé au bain-marie, est desséché sur du chlorure de calcium. Pour le préparer en grand, on se sert de Tappareil ci-dessous (fig. 2).
D'après Sidot, la formation directe du sulfure de carbone, à Taide du soufre et du charbon, commence déjà au rouge sombre ; elle est plus abondante au rouge et diminue au rouge vif.
Ainsi préparé, le sulftire de carbone possède une Odeur très désagréable, due à des impuretés, car, après purification complète, il posèède une odeur éthérée, qui rap-
pelle celle du chloroforme. Pour obtenir ces résultats, Sidot Tagite avec du mercure, jusqu'à ce que la surface du métaî reste miroitante. Kern propose l'emploi du plomb métallique et de l'azotate de plomb. On a aussi proposé de le distiller lentement au bain-marie avec un lait de chaux et de le conserver sur de la limaille de cuivre ou un peu de litharge (Millon, Commaille).
Propriétés physiques. Le sulfure de carbone est un liquide incolore, très mobile, très réfringent, bouillant à
46<^2 (Reçiault), 46*>6 (Gay-Lnssac). L. Buffa donné les chiffres suivants pour sa densité :
Température. Densité. Valenr spécinqatf.
A zéro 1.298 58 »
C'est une des substances qui ont le plus fort coefiScient de polarisation ; son indice de réfraction est de 1,633 ; son pouvoir spécifique de polarisation magnéto-rotatoire est égal à 3,16, celui de l'eau étant pris pour unité (de la Rive) : sa chaleur spécifique à 29^5 est de 0,2468 (Schûller) ; sa conductibilité électrique est seulement de 0,055, celle de l'eau pure étant prise pour unité (Saïd- Effendi) ; sa densité de vapeur a été trouvée de 2,68 (cal. 2,62) (V. et C. Meyer). Certains métaux, comme l'argent, le fer, l'aluminium, jouissent de la curieuse propriété de s'électriser par son frottement dans un tube de verre, avec production d'abondantes étincelles qui jaillissent au sein du liquide (Sidot). Evaporé rapidement dans le vide, il peut produire un froid de — 60<'. Le sulfure de carbone est fort peu soluble dans l'eau. D'après Dumas, 1 litre d'eau à 13^ en dissout 1 gr. 78. Il est soluble en toutes proportions dans l'alcool absolu, d'autant moins soluble dans l'alcool ordinaire que celui-ci est plus aqueux é 11 dissout l'iode, le phosphore, les huiles grasses et essentielles, le caoutchouc, surtout en présence de 5 % d'alcool (Gérard). Il forme avec l'eau un hydrate cristallisé, dont on observe la formation lorsqu'on le filtre dans un courant d'air humide ; les cristaux formés, coni-* primés à froid, puis abandonnés dans un tube gradué, tondent bientôt, en donnant pour 10 p. d'eau, 27 p. en poids de sulfure de carbone (Berthelot). Suivant Duclaux, il existe un autre hydrate contenant 89,4 de sulfure de carbone et répondant à la formule ^C^SWO^. C'est un corps extrêmement stable, résistant à un courant de 950 éléments ; cependant, d'après Lionnet, un faible courant produit par une lame de platine, enroulée d'une feuille d'étain, le décompose en carbone cristallisé et en soufre qui se combine à l'étain. Chauffé au contact de l'air, il s'enflamme et brûle avec une flamme bleue, avec production d'acide sulfureux et carbonique; mélangé d'oxygène, il brûle en produisant une forte détonation. Il est même plus inflammable que l'éther : un charbon rougi, plongé dans ce dernier liquide, perd son éclat sans provoquer d'inflammation et possède encore assez de cha* leur pour enflammer le sulfure de carbone (Berthelot). Dirigé lentement à travers un tube de porcelaine chauffé au rouge, il se décompose partiellement, avec formation de soufre qui djstille, tandis qu'il se dépose sur les parois du tube de minces feuillets de carbone, doués de l'éclat métallique, décomposition qui commence à s'effectuer à la température même à laquelle les deux éléments se combinent (Berthelot) ; à un certain moment, il s'établit un équilibre entre le sulfure, le soufre et le carbone ; ce dernier dominant, le sulfure de carbone ne se décompose que très peu au rouge (Stein). Un mélange d'acide carbonique et de vapeurs de sulfure de carbone est immédiatement ramené à l'état liquide par la potasse, le premier gaz étant absorbé et le second se liquéfiant, par suite de la disparition du gaz qui le maintenait à l'état de vapeur ; introduit-on alors dans le tube oii l'absorption s'est faite un volume d'air connu, on voit aussitôt ce volume augmenter brusquement, alors que l'oxysulfure de carbone ne présente rien de semblable (Berthelot). Mélangée d'hydrogène et dirigée sur de la mousse de platine chauffée, la vapeur de sulfure de carbone se décompose en hydrogène sulfuré et en charbon ; en remplaçant l'hydrogène par des vapeurs d'alcool et en dirigeant le tout sur du cuivre chauffé au rouge, on observe la production d'une notable quantité d'oxysulfure de carbone. Réactions, De môme que l'acide carbonique se combine
avec les oxydes métalliques pour engendrer des carbonates^ le sulfure de carbone s'unit aux sulfures métalliques pour former des sulfocarbooates, et ces derniers sont d'ordinaire isomorphes avec les premiers. Le sulfure de carbone peut donc être considéré comme de Tanhydride carbonique dans lequel l'oxygène est remplacé par le soufre, d'où le nom d'acide sulfocar tonique. C'est un agent sulfurant des plus énergiques : chauffé en vase clos, il transforme les oxydes métalliques en sulfures, dont quelques-uns peuvent cristalliser au rouge (Frémy) ; la baryte, la strontiane, la chaux^ dans les mêmes conditions, donnent naissance à un mélange de sulfure et de carbonate alcalins, avec production d'acide carbonique et sulfureux. Des réactions analogues s'observent à 200-250<^ avec les solutions aqueuses des sels métalliques : il y a formation de sulfure et dégagement d'acides carbonique (Schlagdenhauffen). Au contact de l'acide azotique, les vapeurs de sulfure de carbone engendrent de Tacide sulfurique et des vapeurs nilreuses ; avec le nitrite de plomb, en vase clos, on obtient un sulfocyannre, de l'acide carbonique et de l'hydrogène sulfuré ; le nitrite d'éthyle donne du sulfocyanure d'éthyle ; la nilrobenzine, à 460<*, et en présence de l'alcool, de l'aniline ; la nitronaphtaline, de la naphtylamine, etc.
Chauffé avec les chlorates et les bypocblorites, le sulfure de carbone ramène ces corps à l'état de chlorures, avec dépôt de soufre et dégagement d'acide carbonique ; avec le chromate et le bichromate de potassium, il se dépose du soufre et de l'oxyde de chrome. Chauffé avec de l'acide iodique aqueux, dans un tube scellé, il fournit de l'acide iodhydrique et du soufre, en même temps que les acides sultureax, sulfhydrique et carbonique; la masse prend d abord une coloration violette, par suite de l'iode mis en liberté, coloration qui disparaît à une température plus élevée. Par contre, l'acide iodhydrique concentré change au rouge naissant le sulfure de carbone en gaz dt^s marais, carbure qui se produit encore, accompagné d'éthylène, lorsqu'on fait passer au rouge sur du cuivre ou du fer un mélange de sulfure de carbone et d'acide sulfhydrique (Berthelot), C^S* + 4HS -h 8Cu =: C^H^ -}- ^Cu^S. Au rouge, le chlore convertit le sulfure de carbone en tétrachlorure ; il se forme seulement du sulfochlorure à la température ordinaire. Avec le brome, après un contact longtemps prolongé en présence de Teau, on observe la production de sulfoxybromure de carbone.
L'anhydride sulfurique réagit sur le sulfure de carbone avec formation de soufre, d'acide sulfureux et d'oxysulfure de carbone :
Le perchlorure de phosphore détermine la réaction suivante :
C^S^ + PhCl^ = C^Cl^ 4- 5iPhSCl3.
Il ne se produit que du chlorosulfure de phospbore et du perchlorure de carbone, sans trace de chlorosulfure de carlïone (Rathke).
Les réactions les plus caractéristiques sont celles qu'on observe avec les alcalis.
Les alcalis caustiques dissolvent peu à peu le sulfure de carbone, d'où résulte un liquide brun, mélange de carbonate et de sulfocarbonate alcalins :
3C2S^ 4- SK^O^ r= C^KW + 2C2K2S«.
Une solution alcoolique de potasse engendre du carbonate et du xanthate de potassium :
C^S^ 4- C^H^KO^ =z C2(C^HM{)S20^
Au rouge, l'ammoniaque fournit de l'hydrogène sulfuré et de l'acide sulfocyanhydrique, tandis qu'une solution aqueuse donne du sulfocarbonate et du sulfocyanate d'ammonium :
SC^S* 4- 4Az43 = C2(AzH4)2S« 4- C2Az(AzH)4S^
Il en est de même avec une solution alcoolique de gaz
ammoniaque. Avec les bases ammoniacales, au rouge, comme l'éthylamine, l'aniline, la naphtylamine» il se sépare du charbon et on recueille les acides sulfhydrique et sulfocyanique ; mais à froid, il y a simplement combinaison : l'aniline fournit du sulfocarbonilide ; Tamylamine, le produit d'addition suivant :