‹ La Grande encyclopédieChapitre 168 sur 397 · CAROLUS — CARON · texte numérisé non relu

CAROLUS — CARON

Pays-Bas sont indiquées comme carolus ou demi-gros, deux pièces de billon, lune du duc Henri le Bon (1608- 1624), figurée dans Saulcy, Recherches sur les mon--

Fig. 2.

naies des ducs héréditaires de Lorraine, pi. XXV, n*^ 7, Tautre de Charles IV et Nicole (1624-1625), dans le même ouvrage, pi. XXV, n^ 18.

Plusieurs monnaies de Charles-Quint ont été désignées sous le nom de Carolus ; d'abord le carolus de Flandre, appelé aussi réal, monnaie d'or portant au droit le portrait de Ferapereur à mi-corps, tenant une épée et un globe cruciiière, et au revers un écu entouré de la légende DA MlHI VIRTVTEM CONTRA HOSTES ÏVOS. On trouvera la figure d'une des variétés dans Van der Ghijs, De munten der voormalige Hertogdommen Braband en Limburg, pi. XXIV, n^^ 4 et 5. L'ordonnance de 1540 fixa à 22 sous six deniers le cours de cette monnaie en France, Des monnaies de billon au nom et à l'effigie de Gharles-(îuint, frappées à Besançon et qui ont eu cours pour neuf deniers tournois, ont été appelées carolus. Ce

nom a désigné d'autres §^^^;'^^^ pièces émises postérieu-

"^ ^ ^ rementà Charles-Quint,

mais de même valeur. C'est ainsi qu'une pièce de billon, portant au droit le nom et l'écu de Philippe II, et au revers l'écu du comte de Bourgogne, ayant cours en France pour huit deniers pi te tournois, est qualifiée carolus de Dôle dans l'ordonnance de 1565.

La même ordonnance donne l'image du carolus de Genève qui n'avait d'autre pomt commun avec le carolus précédent que de valoir huit deniers pite.

On a encore appelé carolus une pièce d'or frappée en Angleterre sous Charles 1^^ ; nous donnons ici le dessin d'une des variétés (fig, 3).

Elle valait lors de son émission vingt schelhngs. En 1767, elle avait cours pour 21 schellings 4 deniers sterlings et en France pour 14 livres 7 sols 1 denier ^-3 de denier tournois. M. Prou. CAROLUS (Jean), moine et historien belge, né à Anvers vers 1535, mort à Malines en 1598. Il visita les principales universités de France et d'Italie et prit à Padoue le grade de docteur en droit. Philippe II l'appela aux fonctions de procureur général du conseil de Frise ; il y déploya une rigueur extrême dans la poursuite des hérétiques et fut récompensé de son zèle par un siège au grand Conseil de Malines. En 1597, il se démit de ses dignités et devint frère lai de l'ordre des Récollets. Il écrivit une histoire des troubles de la Frise pendant les

F)ft'.

années 1572 et 1573 et la dédia à Philippe II sous le titre : De Rébus Casparis à Robles Billœi in Frisia g es- Us comment ariorum libri 1 V. C'est un libelle plein de flatteries à l'égard de Gaspard Hobles, gouverneur de la Frise. Bien qu'inspiré par une haine passionnée du protestantisme, il jette un jour intéressant sur les procédés des agents du roi d'Espagne. 11 resta manuscrit jusqu'en 1731 ; à cette époque, il fut imprimé à Leeuwarden par les soins du professeur Wcrseling. E. II.

BiBL. : Van Kampen , Gescliied. der Nederl. lett.- La Haye, 1821-1826, 3 vol. Jn-8. - De Wiind, BtbL der Nederl. geschiedschr; Middelbourg, 18J1, in-8.

CAROLUS (Jean-Martin-François), médecin belge, né à Anvers le 11 déc. 1808, mort à Paris le 3 oct. 1863. H hit reçu docteur à Bruxelles en 1837. Ses connaissances en géologie et en botanique l'avaient fait choisir pour une mission au Brésil, où, malgré de belles promesses, il resta abandonné à ses propres ressources ; au bout de deux ans, il revint et se livra à d'importantes recherches dans les bibliothèques ; il découvrit ainsi le manuscrit d'un chirurgien flamand, Jehan Yperman, élève de Lanfranc, qui vivait au xiii® siècle ; il le traduisit partiellement en français {Annal, soc. méd, de Gand, 1854). Appelé en Algérie pour étudier des gisements métalliques, il fut pris par les Arabes, mais leur échappa et vint résider à Paris en 1860. Carolus a publié divers articles dans les Annales archéol. de Bruxelles, t. XII et Xlll, et de plus : Rech, sur les herbiers des anciens botanistes et amateurs belges (Malines, 1857). D^ L. Hn.

CAROLUS (Louis Antoine) , peintre belge contemporain, né à Anvers en 1814. Elève d'Eeckhoudt et de F. de Braekeleer. Cet artiste s'est adonné plus spécialement à la peinture de genre. Il a traité un grand nombre de sujets anecdotiques, il a composé des scè'nes de mœurs et des scènes historiques. On peut citer parmi ses meilleurs tableaux : Une partie de billard sous Louis AT, à Ypres, hôtel de ville, salle du Conseil. Ant. V.

CAROLUS-DURAN (V. Durân).

CAROLUS JONyEUS ou CARL JONSSON, historien islandais, mort en 1212 ou 1213. 11 fut, de 1169 à 1181 et de 1200 à 1207, abhé du monastère bénédictin de Thingeyrés (Hunavatnsthing), où les études historiques étaient fort cultivées de son temps, notamment par Gunnlang et Odd, auteurs d'une Sa/;a d'Olafïryggvason. Lui-même, s'étant rendu en Norvège (1185), il écrivit, sous la dictée du roi Sverri et probablement en latin, la première partie de la vie de ce monarque , jusqu'à la chule de Magnus Erhngsson (1184). Le récit de ces aventures, les plus terribles de toutes, lut pour cette raison nommé Gryla (l'Epouvantail) ; le texte ne nous en est pas parvenu, mais la matière en a été reproduite par Styrmi Frodé dans la Saga de Sverri, qui est une des meilleures et des plus intéressantes. B-s.

CAROMB (Carumbus, Carump, Caron). Corn, du dép. de Vaucluse, arr. et cant. (nord) de Carpentras ; 1,953 hab. Cette locaHté faisait partie de la judicature et du diocèse de Carpentras. On y a trouvé des monnaies romaines et des inscriptions dédiées à Minerve et à Apollon. La seigneurie de Caromb passa successivement aux Baux, aux Villars, aux de Peyre (1434), aux de Foix (1450), aux Chalons, princes d'Orange. Jean de Chalons la vendit en 1484, pour 10,000 livres, à Etienne de Vesc, chambellan de Charles Vlll qui y fit bâtir un château remarquable dont il ne reste plus rien et qui fut inhumé dans l'église où on voit encore les débris de son tombeau. Les derniers seigneurs de Caromb furent les Labaume-Montrevel. Dans les environs, se trouvent des carrières d'une pierre recherchée. L. Duhamel.

CARON (Myth.) (V.Charon).

CARON (Firmin ou PhiHppe), compositeur du xv® siècle, né dans le nord de la France ou en Flandre, Plusieurs compositions de ce musicien sont conservées dans des manuscrits de la Bibliothèque nationale, de la chapelle ponti-

CARON

fîcale, de la bibliothèque Casanatense de Rome et de la bibliothèque de Dijon.

CAHON (Antoine), peintre français, né à Beauvais en 45:20, mort en 1598. La biographie de cet artiste est fort obscure. On sait qu'il tut chargé de travaux importants par François 1®^, Henri il et Catherine de Médicis ; mais ses œuvres, placées dans des églises détruites pour la plupart, ne nous sont point parvenues. Le Louvre possède six dessins de lui, parmi lesquels le Sacre d^un jeune prince^ une Flagellation et Psyché présentée dans l'assemblée des dieux sont les plus remarquables; on y retrouve Finspiration tacile et ie sentiment d(^coratif des maîtres italiens de second ordre. Le musée de Besançon possède aussi de cet artiste un dessin à la plume, lavé de bistre, représentant i)îydas, le satyre et les nymphes. — Les principaux ouvrages d'Ant. Caron, dont on a pu retrouver la mention dans les textes, étaient des volets de triptyque, aux chapelles Saint-Jean et Sainte-Geneviève, de l'église Saint-Laurent de Beauvais et, pour cette dernière, des cartons de vitraux représentant la vie de la sainte ; aux Cordeliers de la même ville, les cartons pour la verrière de la sacristie, représentant la Cène ; cette verrière fut exécutée par le maître verrier Augrand Le Prince. On sait aussi qu'il fournit de nombreux cartons pour les tapisseries exécutées à la fabrique de la Trinité, créée à Paris par Henri IL En collaboration avec H. Lesambert, il fournit les modèles d une célèbre suite de tapisseries représentant VUistoire de Mansole et d'Artémise. Dans ces dessins, où l'inspiration de Jules Romain se retrouve à chaque pas, on reconnaît, sous les allusions les plus transparentes, LArtémise du xvi^ siècle, Catherine de Médicis.

On cite encore de lui une Annonciation en petites figures, qu'il peignit avec soin et sur les volets de laquelle il représenta son père et sa mère. H fournit aussi des illustrations pour une édition des Métamorphoses d'Ovide, Le portrait de cet artiste lut placé, peu après sa mort, dans la chapelle des peintres, dans l'église des Filles pénitentes de la rue Saint-Denis, à Paris ; ce portrait fut gravé en 1599 par son gendre Thomas de Leu. Ad. T.

BiBL. ; An. de Montaiglon, Ant. Gnron de Beaiwais, peintre du xvi« siècle; Paris, 1850, in-8. — E. MÛxSTz, la Tapisserie, Paris, iii-8.

CARON (Louis Le) (V. Charondâs le Caron).

CARON (Claude), médecin et controversiste, mort vers 1609, à Annonay (Ardèche). On a de lui quatre ouvrages imprimés à Tournon chezLinocier : V Antéchrist déniasque (1589); Iraité du sacrement de baptême et des cérémonies dHceluy (1590) ; Response aux blasphèmes d\n ministre de Calvin sacrementaire (1590) ; le Prix du chevalier Chrestien (1590). Le premier de ces ouvrages contient une curieuse relation d'exorcismes pratiqués à Annonay en 1581 sur un assez grand nombre de personnes que l'on croyait possédées du démon, et des tortures infligées à une prétendue sorcière d'un village voisin appelée Catherine Boirayon. D'après une tradition consignée dans les annales d' Annonay, cette ville devrait à Caron la conservation de l'église et du clocher de Trachin, qui est un de ses plus beaux monuments, le médecin annonéen ayant obtenu du chef protestant maître de la ville, qui avait réclamé ses soins, le retrait de Tordre de démolition. Le médecin Gilbert Caron, père de Claude, avait laissé des notes journalières, malheureusement perdues, qui seraient fort intéressantes pour l'histoire des débuts de la Réforme dans le haut Vivarais. Le P. Gautier en cite quelques extraits dans sa Chronographie du christianisme. A. Mazon.

BiBL. : Louis Cuomel, Histoire de iinlroducton du protestantisme à Annonay (manuscrit). — Poncer, Mé^ moires sur le haut Vivarais .— Fiiaiol, Histoire d'Annonay.

GABON (Noël de), seignear de Schoonewale, diplomite belge, né au xvi« siècle, mort à Londres le 11 déc. 16:2 i. H contribua à taire adhérer à l'union d'Utrecht le Franc

de Bruges dont il était échevin depuis 1574. Il figura parmi les signataires du traité de Plessis-lez-Tours (19 sept. 1580). Le 29 juil. 1581, il fut élu député du Franc aux Etats généraux, et, dans cette assemblée, il se montra dévoué à la politique du prince d'Orange. Après l'assassinat de celui-ci, Noël de Caron fut du nombre des ambassadeurs chargés d'otfrir au roi de France, et ensuite à la reine Elisabeth d'Angleterre l'annexion des Provinces-Unies. Il resta désormais en Angleterre, ou il remplit la charge d'ambassadeur des Provinces- Unies, jusqu'à sa mort. G. R.

BiBL. : Gaghard, Noël de Caron, dans Biographie nationale publiée pan l'Académie royale de Belgique ; Bruxelles, t. 111, 1872.

CARON (Fran(;ois), administrateur néerlandais et français, né à Bruxelles vers 1600, mort en rade de Lisbonne en 1674. Il était issu d'une famille française réfugiée dans les Pays-Bas. Il s'embarqua en 16^29 comme aidecuisinier à bord d'un navire hollandais en partance pour le Japon. Il resta dans ce pays, acquit de l'instruction, se familiarisa avec l'usage de la langue et ne tarda pas à devenir un excellent employé. Son avancement fut rapide ; en 1639- il fut élevé aux fonctions de résident hollandais à Firando, en 16 il, appelé au Conseil des Indes et, l'année suivante, nommé directeur du commerce à Batavia. Mécontent de n'avoir pas obtenu le poste de gouverneur-général, il abandonna la compagnie hollandaise, accepta les oflres de Colbert et devint directeur-général de la compagnie française des Indes orientales à Madagascar. Son administration rendit rapidement la colonie florissante et Louis XIV récompensa son zèle par l'octroi (iu cordon de Saint -Michel. 11 fit, avec Tescadre de l'amiral de Lahaye, de vaines tentatives pour conquérir File de Ceyian. Cet échec ruina son autorité. Son despotisme et sa cupidité lui avaient créé beaucoup d'ennemis qui le desservirent à Paris et obtinrent son rappel. La disgrâce fut déguisée sous le prétexte que le roi désirait prendre son avis pour tenter de nouvelles entreprises coloniales. Caron fit voile pour Marseille ; il avait déjà dépassé le détroit de Gibraltar quand il rencontra un navire commandé par un de ses amis. Celui-ci lui apprit que le gouvernement le rappelait en réalité pour lui taire rendre ses comptes. Il vira de bord immédiatement et se rendit à Lisbonne. Son navire périt dans la rade de cette ville et Caron fut englouti avec les immenses richesses qu'il rapportait <les Indes. Il avait écrit : i^ Beschryvingke van fiet machtigh Koningryk Japan (Amsterdam, 1656); traduit en français par Thévenot; 2<* Journal du voyage des Grandes- Indes contenant tout ce qui s'est fait et passé à bord de fescadre de Sa Majesté sous le commandement de M, de Lahaye depuis son départ de La Rochelle en mars i610 jusqu'à septembre 1612 (Paris, 1678). ^E. H.

HiBL. : Van Kampex, De Nedcrl. buiten Europa; Harlem, lïJU-183'3, 3 vol. ia-8.— • Laut^î, Gesohied. der Nederl. in Indie; Le y de, 1841, ia-8.

CARON (Jean-Charles-Félix), chirurgien français, né près d'Amiens en 1745, mort à Paris le 19 août 1824. Chirurgien en chef de l'hôpital Cochin, il a publié quelques mémoires sur la physiologie et la médecine, mais est surtout connu par ses travaux sur le croup et notamment par son Iraité du croup aigu (Paris, 1808, in-8). En 1812, sentant que malgré ses travaux, l'étude de cette terrible maladie, pas plus que son traitement, n'avait guère fait de progrès, il fonda un prix de 1,000 fr. à décerner au meilleur mémoire sur la trachéotomie dans le traitement du croup. D'^ L. Hn.

CARO.'^ (Pierre-Simon), bibliomane et littérateur françaii, né en 1763, mort en 1806. 11 était, de sa profession, ngurant au théâtre des Variétés. 11 réunit une bibliothèque composée d'ouvrages singuliers, d'opu^cules de genre macaronique et de livres licencieux. Il fit réimprimer, de 1798 à 1806, un choix de pièces curieuses et rares, collection composée de onze ouvrages, qui est devenue elle-même très

CARON

rare, car elle ne fut tirée qu*à cinquante-six exemplaires dont deux sur papier bleu et deux sur papier rose). On y remarque les Chansons folastres des comédiens, une traduction française des ISoëls bourguignons de La Monnoye, la Querelle de Gaultier Garguille et de Périne sa femme, etc. (Hette collection a été réimprimée de nouveau par de Montaran, avec addition de quelques autres pièces anciennes (1829-30). Caron avait pour ex4ihris une devise qui contenait son nom dans un calembour : « M'acheter pour me lire, car on s'instruit ainsi. » Malgré le caractère de ses recherches favorites, Caron était d'humeur assez sombre et finit par le suicide. Il composa lui-même quelques facéties à titres grotesques : Lettre de Carabi de Cappadoce à son cher camarade Carabo de Palestine, adressée à Cassel, poste l'estante, dédiée à M» l'abbé Caricaca ; le ^orac-Oniana, etc. Ces opuscules, qui n'ont que quelques pages, se trouvent aussi dans la collection des pièces rares réimprimées par Caron. E.-D. Grand.

BiBL. : Ch. Nodier, Mélanges tirés d'une petite bibliothèque; Paris, 1829, in-8, p. 64. — Du Rouhe, Analectabiblion ou Extraits critiques de divers livres rares, oubliés ou peu connus; Paris, 1836-37, 2 vol. in-8. ~ Brunet, Manuel du libraire, 1860-65, t. 1, col. 1592-94.

CARON (Augustin -Joseph), colonel français, né en 1774, fusillé à Strasbourg le 1«^ cet. 1822, Après s'être engagé dans Tinfanterie (1789), il passa au 4® régiment de dragons (1791) et prit part avec bravoure, mais sans obtenir un très rapide avancement, aux principales guerres de la Révolution et de l'Empire. En 1814, il n'était que lieutenant-colonel. Un brillant succès qu'il remporta sur les Russes à Bar-sur- Orna in, pendant la campagne de France, attira sur lui l'attention de l'empereur. Mais la double chute de Napoléon (1814-1815) ruina ses espérances. Mis à la demi-solde comme beaucoup d'autres officiers, Caron s'associa, au moins par ses propos, au parti des mécontents qui rêvaient de renverser les Bourbons avec le concours de l'armée. Il ne fut pas étranger à la conspiration militaire découverte à Paris au mois d'août 1820 et il comparut comme accusé au procès qui s'ensuivit favr. 1821). On ne put relever contre lui que des charges insignifiantes. Caron fut absous. Mais le ministre de la guerre le mit tout aussitôt à la réforme sans solde. Le colonel, plus aigri que jamais, retourna dans son pays (l'Alsace), oii son humeur frondeuse allait être exploitée par les agents de l'autorité de la façon la plus infâme. Des complots militaires, fomentés par le carbonarisme, éclataient alors à la fois sur divers points de la France et mettaient le trône en péril. La conjuration de Belfort venait d'être découverte (déc. 1821-janv. 1822) et il en était résulté l'arrestation d'un certain nombre de patriotes, amis de Caron, qui allait fréquemment leur rendre visite dans la prison de Colmar. Le colonel, d'accord avec un ancien officier, nommé Boger, devenu maître d'équitation, fit le projet de les délivrer.

Mais il eut l'imprudence de communiquer son dessein à plusieurs sous-ofiiciers des garnisons de Colmar et de Neuf-Brisach, qui, d'après les instructions de leurs chefs et du préfet du Haut-Rhin, feignirent d'entrer dans ses vues, l'encouragèrent même à un complot plus vaste et plus hardi, pour le trahir, comme à ce moment même d'autres trahissaient le général Berton. Il fut convenu qu'on soulèverait les principales garnisons du Haut-Rhin, qu'on marcherait sur Mulhouse et qu'on donnerait ainsi le signal d'une insurrection générale contre les Bourbons. Au dernier moment, Caron, mis sur ses gardes par plusieurs de ses amis, sembla hésiter (juin 1822). Mais les sergents Delzaive et Magnien, ainsi que les maréchauxdes-logis Thiers et Gérard, ses soi-disant complices, montrèrent tant de résolution apparente et lui firent honte à tel point de son indécision, qu'il s'abandonna à sa destinée. Le 2 juil., un escadron de chasseurs à cheval, commandé par deux de ces misérables et dans les rangs desquels le capitaine Nicol, qui conduisait l'opération, se

trouvait déguisé en simple soldat, fut conduit hors de Colmar, rencontra non loin de là le colonel, qui se mit à sa tête, se joignit ensuite à une autre troupe que Roger amenait de Neut-Brisach et marcha sur Mulhouse. Mais les patriotes, qui devaient accourir de cette dernière ville, ne vinrent pas. On essaya vainement d'entrer à Ensisheim ; enfin arrivés à Battenheim, voyant que Caron avait conçu des soupçons et pourrait bien songer à s'échapper, les traîtres se jetèrent sur lui et le garrottèrent pour le ramener triomphalement à Colmar,

Ce guet-apens, éloquemment flétri à la Chambre des députés par le général Foy, eut pour le malheureux colonel les suites les plus tragiques. Bien que ni lui ni Roger ne fussent plus militaires, ils furent soustraits par le gouvernement à leurs juges naturels, qui les eussent acquittés, et durent comparaître, en dépit des lois, devant le conseil de guerre de Strasbourg (18 sept.). Leur procès, qui dura cinq jours, eut lieu à peu près à huis clos. Caron seul, il est vrai, fut condamné à mort, comme coupable d'embauchage. Le conseil de revision confirma bientôt sa sentence. Le colonel se pourvut en cassation, et la cour allait donner la parole à son défenseur dans son audience du 4 oct., lorsqu'on apprit à Paris que, dès le i^^ dece mois, il avait subi sa peine. Caron, averti qu'il fallait mourir, avait conservé le plus grand calme. Deux prêtres catholiques lui offrirent les secours de la religion ; il déclina leurs bops offices. Conduit derrière le bastion de Finckmatt, il refusa de se laisser bander les yeux et demanda qu'on lui permît de commander le feu. Quelques jours après, les quatre sous-officiers qui l'avaient trahi reçurent chacun un brevet de sous-lieutenant et un sac de 1,500 francs, qu'on n'eut pas honte de leur remettre dans une revue, à la face des troupes. A. Debidour.

BiBL, : Pi'ocès d'A.-J. Caron, lieutenant- colonel en retraite, et de F.-D. Roger, écuyer, etc. ; Sirasbourg, 1822, in-8. — Courtes réflexions à l'appui du pourvoi en r vision formé par A.'J. Caron, etc.; Strasbourg, 1823, in-4. — Relation circonstanciée des événements quiont eu lieu à Colmar et dans les villes environnantes^ publiée par M.Kœchlin, député du Haut-Rhin, etc. ; Strasbourg, 1822, in-8. — Mémoires et plaidoyers de M. Barthe pour M. Kœchlin. — Réponse à l'accusation dirigée au nom de quelques fonctionnaires du Haut-Rhin, contteM. Kœchlin au sujet de sa relation, etc., 1823, in-4. — Moniteur, anné« 1822. — De Vaulabelle, Histoire des deux Restaurations, t. VI. — De Viel-Castel, Histoire de la Restauration, etc.

CARON (.4ugustin-Pierre-Paul), littérateur et écrivain lîturgiste, né à Marseille-le-Petit (Oise) en 1776, mort à Paris en 1851. Il fut longtemps professeur de liturgie au grand séminaire de Saint-Sulpice. C'est là qu'il publia, en 1847, un Manuel des cérémonies à l'usage de Paris et une Notice sur les anciens rites de Véglise de Paris, Il collabora souvent à ÏAmi de la religion ; enfin, on lui doit, avec l'abbé Gosselin, une édition des OEuvres complètes de Bossuet et de Fénelon, accompagnée de notes intéressantes. C. St-A.

CARON (Jean-Louis-Toussaint), graveur français, né à Paris le 27 févr. 1790, mort dans la même ville le 13 août 1832. Elève de Hégnault, de Coiny et de Lignon, il suivit les cours de l'Ecole des beaux-arts, et obtint le second prix de Rome en 1811 ^our une Académie ; maàs il dut, pour vivre, accepter un emploi dans une manufacture de toiles imprimées, à Munster (Alsace), et y demeura plusieurs années. Il a pris part aux Salons de 1824 (Cadre de vignettes), de 1827 (la Famille indigente, d'après Prudhon) et de 1831 [le Lévite d'Ephraïm, d'après Aug. Couder). Il a gravé aussi un certain nombre de portraits, tels que ceux de Dupin aîné, d'après Couder, de Jeanne d'Arc, d'après Desenne, de Charles, duc d'Orléans, d'après A. Deveria, ainsi que des vignettes pour des éditions de Voltaire, de Rousseau et de Don Quichotte. M. Tx.

BiBL. : L. Delaistre, iVo^ice sur J.-L.-T. Caron, 1847, in-8.

CARON (Adolphe-Alexandre- Joseph), graveur français, né à Lille le 17 nivôse an V (6 janv. 1797), mort à Cla-

CARON — CARONCULE

mart (Seine) le 21 déc. 1867. Fils d'un porcelainier qui voulait lui faire embrasser la même profession, il obtint d'entrer dans l'atelier du graveur Bervie, alors dans tout l'éclat de sa renommée, et s'y lia intimement avec M. Henriquel-Dupont. Après avoir débuté au Salon de 1822 par deux figures d'après l'antique, et nn sujet tiré de Gil Blas (dessin de Desenne), il exposa Cy périsse, d'après Vinchon, et un portrait de M^^ de Sévigné, d'après Deveria (1824), et ne reparut qu'au Salon de 1834, avec d'autres figures, d'après l'antique, et deux planches, d'après A. Johannot et Grenier. 11 avait consacré de longues années à la reproduction d'un portrait du duc à'Angoulême^ destiné à une publication inachevée sur le sacre de Charles X, dont les planches appartiennent à la chalcographie du Louvre, ainsi qu'à un portrait de la duchesse de Berry et de ses enfants ^ d'après Gérard. Les autres envois de Caron aux Salons sont les suivants : la Nativité, d'après Decaisne, la Résurrection de la fille de Jaïre, d'après Tony Johannot (1839) ; Char lemagne^ d'après M. Meissonier (1840); Faust apercevant Marguerite pour la première fois, d'après Ary Scheffer (1846), tableau détruit à Neuillyen 1848; la Leçon de harpe, eau-forte, d'après M^^^ Mary Cosway (1851) ; Jésus sur la montagne des Oliviers, d'après Ary Scheffer (185o) ; la Vierge tenant l'Enfant Jésus adoré par sainte Bose et sainte Catherine, d'après le Pérugin (1867), pour la chalcographie du Louvre. Après avoir reçu une médaille de première classe en 1846, Caron avait été décoré de la Légion d'honneur à l'issue de TExposition universelle de 1855. M. Tx.

BiBL. : H. Verly, Biographie lilloise contemporaine ; Lille, 1869, in-8. — La Chavignerie et Auvray, Dictionnaire général des artistes de l'école française.

CARON (Rose-Lucile Meunilz, épouse), cantatrice dramatique française, née à Menerville (Seine-et-Oise) le 17nov. 1857. Elle fut d'abord élève du Conservatoire, où elle fut admise dans la classe de Masset pour le chant et dans celle de M. Obin pour l'opéra. Après avoir obtenu, aux concours de 1882, un second prix de chant et un premier accessit d'opéra, elle commença à se produire en public, en chantant à diverses reprises aux Concerts populaires de Pasdeloup, puis quitta l'école pour se placer sous la direction de M"^® Marie Sasse, avec laquelle elle termina son éducation musicale et scénique. Douée d'une voix sinon très volumineuse, du moins très solide et d'un beau caractère, artiste de tempérament et d'intelligence, avec d'incontestables aptitudes scéniques, M"^® Caron réussit de la façon la plus brillante. Engagée au théâtre de la Monnaie, de Bruxelles, pour y tenir l'emploi des fortes chanteuses dramatiques et des Falcon, elle devint aussitôt la favorite du public et, après avoir obtenu un vif succès dans les différents rôles de son répertoire, elle remporta un véritable triomphe en créant avec éclat le rôle de Brunehilde dans Sigurd, Topera alors inédit de M. Reyer. Ce triomphe la fit appeler à Paris ; le 12 juin 1885, l'Opéra donnait à son tour la première représentation de Sigurd, et M"^® Caron faisait son début à ce théâtre dans ce rôle si dramatique de Brunehilde, qui lui avait été si favorable à Bruxelles. L'épreuve ne fut pas un instant douteuse, et M™^ Caron fut aussitôt classée parmi les artistes les plus intéressantes qui depuis longtemps se fussent fait entendre sur notre première scène lyrique. Après avoir donné dans Sigurd la mesure de sa valeur, elle aborda successivement plusieurs rôles du répertoire, jouant Rachel de la Juive, Chimène du Cid^ Catherine d'Henri VIII, Agathe du Freischûtz, et même Marguerite de Faust, rôle qui, dans sa première partie tout au moins, ne convient qu'à demi à son tempérament ardent et passionné. Le public parisien, juste appréciateur de ses grandes qualités, l'avait prise à son tour en grande affection, lorsque, au bout de deux années, M"^^ Caron se décida à retourner au théâtre de la Monnaie, où elle établit avec grand succès le rôle principal de Richilde, œuvre de M. Eugène Mathieu. M"*® Caron a divorcé en

1886, mais elle a continué de porter le nom sous lequel elle s'était fait connaître au théâtre. Arthur Pougin.

CARON DE Beaumarchais (V. Beaumarchais).

CARONADE (Mar.). Bouche à feu chambrée, employée autrefois dans la marine. Les caronades se distinguaient des canons alors en usage par leurs formes extérieures, leur faible longueur et leur grande légèreté par rapport aux poids des boulets pleins qu'elles lançaient. Il y en eut de plusieurs calibres : la caronade de 30 pesant 1,037 kilogr., celle de 24, 771 kilogr., celle de 18, 588 kilogr., lançant respectivement des boulets pleins de 30, 24 et 18 livres; elles lançaient aussi des boulets creux et des mitrailles, et ne tiraient qu'à faible charge : 1/9® du poids du boulet plein environ. — La brague de la caronade était fixe, c.-à-d. qu'elle maintenait la pièce en batterie et l'empêchait de venir au recul après le tir. Il en résultait une grande simplification pour l'installation de la pièce sur son affût, qui était une sorte de plate-forme, et pour sa manœuvre qui exigeait beaucoup moins de servants que celle des canons. Le tir était aussi beaucoup plus rapide. Ces avantages, joints à leur légèreté et à leur faible encombrement, avaient fait adopter ces pièces pour les batteries des gaillards, les batteries hautes de certains vaisseaux et pour l'armement des petits navires ne possédant qu'un faible équipage. Elles présentaient cependant de sérieux inconvénients. Leur portée était plus faible, leur tir moins juste et moins eflScace que celui des canons ; leur faible longueur augmentait les chances d'incendie à bord : enfin la brague, devant absorber toute la force vive du recul, était sujette à de fréquentes avaries. Pour éviter la rupture de la brague on lui laissait toujours un peu de jeu. — La caronade fut d'abord introduite dans l'armement des navires anglais pendant les guerres de la Révolution ; la première de ces pièces fut coulée dans une usine située sur les bords de la rivière Carron en Ecosse, d'où le nom qui leur fut donné E. C.

CARONCULE. I. Botanique. — • C'est une excroissance cellulaire de l'ovule localisée à la base du funicule proche du bile ou à l'espace compris entre le bile et le raicropyle dans les ovules anatropes et campylotropes. Chez les Euphorbes, la caroncule est un bourrelet provenant de l'épaississement des bords du micropyle et destiné à entourer une excroissance de l'angle interne de chaque loge formée de tissu conducteur et produisant l'effet d'un bouchon qui formerait le micropyle. M. Bâillon a donné à ce bouchon le nom d'obturateur, qui peut être étendu à toutes les caroncules qui ferment comme lui le micropyle. La caroncule et l'obturateur ont donc le même rôle, ils guident le tube pollinique vers le micropyle et, assurent ainsi la fécondation. On a assimilé la caroncule à un arille (V. ce mot). P. Maury.

If. Anatomie et Pathologie. — La caroncule est un petit corps glanduleux de forme ovale ou triangulaire qui se trouve niché dans l'angle interne des paupières. Elle se compose de douze ou quinze gîanduîes sébacées, pressées les unes contre les autres et ayant chacune un orifice distinct. Chaque glandule est formée d'un nombre plus ou moins considérable de follicules convergeant vers un follicule pileux qui s'ouvre à la surface, ce qui explique la présence au sommet de la caroncule de ces poils extrêmement fins, souvent difficiles à apercevoir, qui sont l'origine de chatouillements désagréables et d'inflammations rebelles. — Ce petit organe est recouvert par une portion de la conjonctive bulbaire ; c'est cette portion de muqueuse (repli semi - lunaire) que l'on considère comme le rudiment de la membrane clignotante des oiseaux. L'humeur sébacée, huileuse, sécrétée par les glandes de la caroncule, aurait pour fonction de lubréfier les points lacrymaux. C'est une théorie contestable. Baignée par le lac lacrymal, la caroncule nous paraît être surtout, et par la situation qu'elle occupe et par le liquide qu'elle sécrète, une sorte de barrière à l'écoulement des larmes au dehors ,

CARONCULE --« CARONDELET

et la cause directe de leur reflux \ers rembouchure des points lacrymaux.

Il existe sans doute quelques affections isolées de la caroncule, telle que des petites tumeurs de la glande elle-même (tumeurs érectiles, encanthis fongueux^ calculs, etc.) , ou des inflammations glandulaires qui impriment une direction vicieuse aux poils; mais le plus souvent tout ce qui se rapporte à la caroncule n'est que le résultat d'une inflammation de voisinage. — Ainsi, dans les conjonctivites granuleuse et purulente, cet organe et le repli semi-lunaire participent dès le début à l'inflammation ; la caroncule s'hypertrophie, et on a vu maintes lois le repli semilunaire épaissi former un énorme lambeau de chair, à l'angle interne de l'œil. h^ Ad. Piéchadd.

BiBL. : Bi:raud, Anntomie, — Caron du Villards, Encanthis inflammatoire. — Cloquet, Encanthis .

CARON DELET. Faubourg de la ville de Saint-Louis (Y. ce nom) (Etats-Unis, Etat de Missouri), ancienne colonie française, fondée en 1767.

CARON DELET (Canal). Canal qui se termine dans un bassin de la JSouvelle- Orléans (V. ce nom).

CARON DELET. Famille d'hommes d'Etat de la Franche-Comté et des Pays-Bas.

Jean Carondelet, seigneur de Champvans, chancelier de Bourgogne, né à Dôle en 1429, mort à Malines le 2 mars 1502. Il descendait d'une famille originaire de la Bresse, fit de bonnes études de droit à l'Université de sa ville natale et fut nommé par le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, juge dans la cité impériale de Besançon, fonction dont le titulaire, institué par le souverain de la Franche-Comté, était associé pour moitié aux attributions judiciaires de la municipalité bisontine. En 1457, il fut l'un des commissaires choisis par le duc pour la rédaction des coutumes de la Franche-Comté. Appelé bientôt après aux Pays-Bas en qualité de maître des requêtes de l'hôtel du même prince, il reçut en 1465, conjointement avec Guillaume Hugonet, la mif^sion d'assister le comte de Charolais, que son père envoyait au secours des seigneurs français ligués contre Louis XI. Les aptitudes de Carondelet pour les négociations diplomatiques se manifestèrent à cette occasion, et le comte de Charolais, devenu duc de Bourgogne, les utilisa pendant toute la durée de son règne. Un parlement sédentaire pour tous les Pays-Bas ayant été créé à Malines, en 1473, le seigneur de (.hampvans en fut nommé premier président; mais la suppression de cette cour de justice suivit de près la fin tragique du duc Charles. Les nouveaux souverains, Maximilien et Marie, donnèrent à Carondelet comme compensation la qualité de président du parlement de Bourgogne, puis la fonction de chancelier de Bourgogne près le gouvernement des Pays-Bas. Emprisonné par les Gantois, lors d'un soulèvement communal dirigé contre Maximilien en 1488, sa vie fut sérieusement en danger, et il fallut que sa femme « la chancelière » se jetât aux genoux des artisans qui étaient les meneurs de cette insurrection. Lors que le roi de France Charles VIII renvoya dans les Pays-Bas Marguerite d'Autriche, qui lui avait été fiancée, pour épouser Anne de Bretagne, ce fut à Carondelet qu'échut, en 1492, la délicate mission de dire aux ambassadeurs français que la maison d'Autriche n'oublierait jamais cette injure et saisirait l'occasion d'en tirer vengeance. Devenu vieux, Carondelet fut remplacé comme chancelier, en 1496 : il laissa, a dit Gachard, «la réputation d'un jurisconsulte profond, d'un magistrat intègre, d'un négociateur habile, d'un mitiistre actif et ferme ». De sa femme, Marguerite de Chassey, il eut six fils et cinq filles. Contormément à l'une de ses volontés dernières, son corps fut transporté dans l'église collégiale de Dole, où un mausolée avec statue de marbre avait été érigé, pour lui et pour sa femme, morte le 30 mai 1511, par leur fils, l'archevêque de Palerrae. De ce monument, l'épitaphe seule a survécu. Une médaille, gravée en 1479, représente au droit le buste en profil de

Jean Carondelet et au revers celui de sa femme Marguerite de Chassey.

Claude Carondelet, seigneur de Solre, chef du conseil privé des Pays-Bas. fils du précédent, né à Dôle en 1467, mort le 31 mai 1518. Il fut d'abord bailli d'Amont en Franche-Comté, puis maître des requêtes de l'hôtel de Maximilien d'Autriche. Principal intermédiaire des relations politiques de ce prince avec Fa fille Marguerite, gouvernante des Pays-Bas et de la Franche-Comté^ il fut également estimé de Charles-Quint, car ce monarque, à la veille de se rendre en Espagne pour recueillir l'héritage des rois catholiques, lui confia, par une ordonnance du 23 juil. 151 7, la présidence du conseil privé des Pays-Bas.

Jean Carondelet, chef du conseil privé des Pays-Bas, mort le 8 févr. 1545. Il a\ait, avec un autre fils du chancelier Carondelet, né à Dôle en 1469, embrassé l'état ecclésiastique et fut élu en 1493, à l'âge de vingt-quatre ans, haut doyen du chapitre métropolitain de Besançon. En 1497, il entra dans les conseils politiques des Pays-Bas et y mérita la confiance de l'archiduchesse Marguerite ainsi que celle de l'empereur Charles-Uuint. Elevé à la dignité d'archevêque de Palerme et de primat de Sicile, en 1 51 8, il ne prit jamais possession etfective de ce siège et continua de résider aux Pa\s-Bas : il y devint, en 1 531 , président du conseil privé, emploi dont il se démit en 1540. Il fut inhumé dans l'église de Saint- Donat à Bruges, sous un tombeau de marbre dont la statue couchée et accoudée se voit encore dans la cathédrale de cette même ville. Il existe plusieurs portraits peints de Jean Carondelet : l'un, qui porte la signature de Mabuse et le millésime 1517, se trouve au Musée du Louvre ; un autre, qui est d'une époque postérieure, appartient à M™® la princesse de la Trémoille, née Duchâtel ; un troisième, dans les proportions de la demi-nature, est à la Pinacothèque de Munich. Ces deux derniers ouvrages sembleraient procéder du pinceau de Barthélémy de Bruyn. Jean Carondelet avait pris pour devise le mot MATVRA, symbole de l'activité de son intelligence. Ami des littérateurs et des artistes, il est regardé comme le second fondateur du collège de Saint-Donat à Louvain, dont il accrut les bâtiments ainsi que la dotation. Erasme, qui l'appelait son patron et son ami, lui a dédié une érudite préface sur les écrits de saint Hilaire. « On a de Carondelet, dit Gachard, un ouvrage intitulé : Consilia et observationes juris, et un autre, De Orbls situ, qui fut imprimé à Anvers en 1562 ; il laissa, en manuscrit, quelques traités de droit. »

Fejry Carondelet, ambassadeur du gouvernement des Pays-Bas. également fils du chancelier Carondelet, né à Malmes en 1473, mort à Mont-Benoît le 11 juin 1528.11 fit ses études à l'Université de Dôle et fut élu, en 1504, grand archidiacre du chapitre métropolitain de Besançon, dont son frère était le doyen. 11 obtint à la même époque un emploi de maître des requêtes au grand conseil de Malmes et fut envoyé en Italie, de 1510 à 1513, comme ambassadeur de l'empereur Maximilien et de l'archiduc Charles, son petit-hls, auprès du pape Jules II. Bien qu'il ne fût pas même sous-diacre, on le récompensa par la concession de deux riches bénéfices ecclésiastiques, l'abbaye de Montbenoît, en Franche-Comté, et la prévôté du chapitre de Furnes. Durant son ambassade, il avait lié connaissance avec plusieurs des artistes renommés de l'Italie. Sur sa commande, Fra Bartolommeo peignit pour Besançon une Vierge aux saints que possède la cathédrale de cette ville : dans ce tableau, FeiTy est représenté à genoux, revêtu d'une robe rouge de conseiller d'Etat et ayant près de lui des vêtements ecclésiastiques. Ce tableau était couronné par un tympan, ouvrage de Mariolto Albertinelli, dont les fragments sont à la galerie de Stuttgart. Hevenu en Franche-Comté dans l'été de 1520, Ferry consacra les huit dernières années de son existence à suivre, tant à Saint- Etienne de Besançon qu'à Montbenoît, les décorations exquises qui étaient le fruit de son goiit et de ses lar-

gesses. En 1525, Erasme yint de Bâîe à Besançon, expressément pour "visiter son ami Tarehidiacre et le remercier des cadeaux de vin du Jura dont s'accommodait Festomae débile de l'illustre écrivain. Ferry mourut d'un calcul vésical. L'archevêque de Palerme attendit jusqu'en 1543 pour ériger à ce trère bien-aimé, dans l'église de Saint-Etienne de Besançon, un tombeau de marbre analogue au monument qu'il se préparait à lui-même. Sur ce tombeau, actuellement à la cathédrale de Besançon, une figure étendue et accoudée montre l'archidiacre en costume pontifical d'abbé commendataire, costume qu'il n'aurait pu revêtir de son vivant, puisqu'il n'avait reçu aucune consécration ecclésiastique : les lettres de légitimation accordés, en 1548, à son fils naturel Prm^ Caroîîdelet, en témoignent formellement. Un beau portrait de Ferry Carondelet, peint à l'époque de son ambassade en Italie, le représente occupé à dicter une dépêche : on a longtemps regardé comme un ouvrage de Baphaël ce tableau qui est à Londres chez le duc de Graffton ; je crois y reconnaître la main de Mariotto Albertinelli. Sur la boiserie figurée qui meuble le fond de ce portrait, de même que dans les délicates sculptures du chœur de l'abbaye de Montbenoît, on lit la devise de Ferry : nosceoportvnitatem. — Sept autres membres de la famille Carondelet sont mentionnés par Gachard, comme ayant occupé aux Pays-Bas, durant les xvi® et XYii*^ siècles, des emplois distingués dans l'Eglise, dans l'armée et dans les conseils politiques. Auguste Castan.

BiBL : Gachard, art. Carondelet, dans la Biogr. nat. belge^ 1872. — Marie-Caroline Murray, Eloge de Jean de Carondelet, 1786 •— Lesbroussart, Eloge de Jean de Caronaelet, 1786. — J. Gaillard, Bruges et Je Franc, t. III ; Inscriptions do la Flandre occidentale^ 1863, t. I. — Ed. Clerc, VAbbaye de Mo?2tbe720it et Ips Carondelet^ dans les Mémoires de VAcad. de Besançon, 1868. — L'abbé DEBEAUsi<:jouR,i!ci Vierge de Carondelet, dans les Annales franc- comtoises, 1869." — Aug. Castan, la Vierge des Carondelet, dans les Mém. de la Soc. d'EmiU. du Doubs, 1813. — L'abbé Dkhaisnes, Documents sur Ferry Carondelet, dans la Semaine relig. de Besançon, 17 mars 1877. — Gustave Gruypjr, Fra Bartolommeo, 1886, p. 42. — Aug. Castan, la Physionomie primitive du Fra Bartolommeo de la cathédr. de Besançon, dans les Mem. de la Soc. d'Emul. du Doubs, 1888.

CARONL Rivière du Venezuela, affluent de droite de rOrénoque. Elle descend de la sierra de Pacaraimbo et coule du S. au N. pendant 844 kil. ; c'est le dernier grand aiïluent de l'Orénoque. Malgré le volume de ses eaux et l'étendue de son cours, elle n'est pas navigable à cause des rochers qui l'obstruent. Ses eaux de couleur foncée ne se mélangent pas à celles de l'Orénoque où le Caroni débouche à 300 kil. de la mer, en aval de Ciudad- Bolivar. A.-M. B.

CARONNI (Paoîo), graveur au burin, né à Monza en 4779. Il travaillait à Milan au commencement du siècle. Ce fut un des meilleurs élèves de Giuseppe Longhi, ses estampes se font remarquer par la pureté et l'habileté du travail. Il a gravé : le Triomphe de David, d'après le Dominiquin ; la Vision d'Exechiel^ d'après Raphaël ; V Enlèvement d'Europe (4828), d'après Appiani; Alexandre visitant la famille de Darius^ d'après Lebrun, etc.

BiBL. : Le Blanc, Manuel de Vamateur d'estampes.

CARONTE(Etangde)ou CHENAL deBouc. Bras de mer qui fait communiquer l'étang de Berre et la Méditerranée. Long de 5 à 6 kil. et peu profond, il est traversé par le canal de navigation qui donne accès dans l'étang de Berre aux gros vaisseaux. Les îles des salins de la GaPfette, Vidal, Fraize, séparées par les canaux de Gallitfet, du Salin, de la Gaffette, divisent le chenal en deux parties : à l'E. l'étang proprement dit, et à l'O., le port de Bouc, grand bassin de 100 hectares, qui s'ouvre sur la mer par la passe de la Lèque détendue par le fort de Bouc.

CARORA. Ville du Venezuela, prov. de Barquisimeto, sur la Moréra ; ■ 6,000 hab. Commerce de cuirs, gomme, etc.

CAROSELLI ou CROSELLI (Angelo), peintre, né à

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