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CARTON - CARTOUCHE

exécuta pour les tapisseries de Flandre commandées par le pape Léon X. Ces cartons admirables, au nombre de sept, représentent des scènes tirées des Actes des Apôtres et sont actuellement conservées au musée de Kensington, en Angleterre. Ces maîtres se bornèrent souvent à faire les cartons des vastes fresques qu'ils faisaient ensuite exécuter par leurs meilleurs élèves. On peut enrore citer, parmi les ouvrages de cette époque, le Triomphe de Jules César de Mantegna, la Captivité des Juifs de Jules Romain et les quatre grands cartons de ce maître, actuellement au Louvre, qui ont été reproduits jadis en tapisseries de Bruxelles. — A notre époque, la désuétude presque complète dans laquelle est tombée la fresque, remplacée par la peinture à la cire, a fait renoncer à Fhabitude d'exécuter des cartons. L'Ecole allemande moderne en a cependant produit quelques-uns de remarquables, parmi lesquels on peut citer ceux de Cornélius pour la Glyptothèque de Munich et le Campo-Santo de Berlin; la Destruction de Troie, VEmlèvement d'Hélène, les Cavaliers de F Apocalypse, le Jugement dernier ont été fort admirés à l'Exposition universelle de Paris 1866, ainsi que ceux de Kaulbach, exécutés en vue d@s fresques du nouveau musée de Berlin : la Tour de Babel, Homère et les Grecs, la Destruction de Jérusalem, la Bataille des Huns, la Conquête du Saint- Sépulcre, L'Ecole française a peu produit de cartons, surtout aux époques récentes ; on peut cependant citer ceux d'Ingres, pour les vitraux de la chapelle funéraire de la famille d'Orléans, à Dreux, et de la chapelle Saint-Ferdinand, à Sablonville.

Ad. T.

V. Art décoratif. — Carton-pierre. -— Pâte molle composée de différentes façons, mais généralement de pâte à papier, de colle de pâte ou de colle forte, d'argile et de craie, le tout additionné d'huile de lin. Cette pâte, qui fut inventée à la fin du dernier siècle par un industriel nommé Mézières, prend, dans des moules préparés à cet effet, les empreintes les plus fines des moulures ou des ornements et remplace les moulages de carton ou le «arton-pâte employés depuis la Renaissance. Un des premiers et des plus importants travaux exécutés en carton-pierre fut le plafond de la salle de la Comédie-Française, au Palais- Royal, plafond mouluré, ornementé et peint, mais plusieurs fois refait depuis. Aujourd'hui, l'usage du cartonpierre et des nombreux produits similaires est très répandu et contribue largement à fournir à peu de frais l'ornementation intérieure des salles de spectacle ou de concert et des riches habitations privées. Charles Lucas.

CARTON (Charles-Louis), prêtre et académicien belge, né à Pitthem en 1802, mort à Bruges en 1863. Tandis qu'il était vicaire à Ardoye, son attention fut attirée par un sourd-muet qui s'était imposé la lâche de venir en aide, par l'instruction qu'il avait acquise, aux malheureux atteints de la même infirmité que lui. Le jeune prêtre saisissant l'occasion d'alléger de cruelles misères, recueillit cinq sourds-muets et tel fut le succès de son enseignement, qu'il put bientôt créer, avec le concours de l'Etat, un vaste établissement d'instruction à Bruges. Il perfectionna la méthode de l'abbé de l'Epée au point de pouvoir instruire même des sourds-muets aveugles. En 1844, l'abbé Carton fut élu membre de l'Académie royale de Belgique qui venait de couronner son mémoire Sur les Systèmes proposés pour Véducation intellectuelle et morale des sourds-muets. Il écrivit encore d'autres ouvrages sur ce sujet de prédilection ; l'un d'eux obtint de l'Institut de France une médaille d'or. Carton s'occupa aussi de l'histoire de Belgique et fonda à Bruges la Société d'Emulation pour V étude des antiquités de la Flandre. Le bulletin de cette société, publié sous sa direction, mit au jour de nombreux documents originaux, chroniques d'abbayes, cartulaires, heures de métiers, etc. Nous signalerons encore parmi lôs œuvres historiques de Carton la biographie du célàke jésuite flamand Ferdinand Verbiest, missionnaire en Chine au

xvu^ siècle. L'abbé Carton vivait à Bruges, absorbé par les soins de sa belle œuvre, entouré de la sympathie universelle, quand il mourut presque subitement. Il était chanoine de la cathédrale de Paris et officier de Tordre deLéopold. E. H.

CARTONNAGE. I. Archéologie. — Cartonnage de momie (V. Momie).

IL Librairie (V. Reliure).

IlL Technologie. — On désigne par le mot carton^ nage l'industrie qui emploie le carton pour faire les petits ouvrages, coffrets, boîtes, paniers, petits meubles d'utilité ou d'agrément auxquels on donne habituellement le nom de cartons. Les boîtes faites par les cartonniers servent à serrer des papiers, des étoffes, des rubans, des chapeaux, etc. Il est difficile d'entrer dans les détails d'une fabrication dont les règles générales n'ont pas d'importance, alors que l'incessante variété et l'extrême bon marché restent la préoccupation du fabricant. La mode impose à chaque saison nouvelle et pour chaque genre d'articles des modèles différents ; les magasins de nouveautés, la confiserie, la parfumerie, livrent aux acheteurs une foule d'objets dans d'élégants cartons ; c'est le cartonnage de luxe dans lequel l'industrie parisienne n'a pas de rivale ; les cartons de bureau, de pharmacien, de magasin, etc., font l'objet d'une fabrication courante. L. K.

CARTOUCHE. L Art militaire. — Généralités. Avant l'adoption des armes se chargeant par la culasse, la cartouche était un étui en carton ou en papier contenant la charge de poudre et la balle ; le bourrage se faisait au moyen de l'étui lui-même; les capsules étaient remises à l'homme dans de petits sachets.

Aujourd'hui, la cartouche réunit tous les éléments constitutifs de la charge : étui, charge de poudre, balle et amorce. Au début, avec les armes à aiguille, l'étui était d'une matière combustible, de manière à ne pas laisser de résidu sensible; il était en partie brûlé, en partie chassé au dehors par les gaz de la poudre ; l'obturation se faisait au moyen d'un dispositif relié au mécanisme de fermeture. Dans la cartouche Dreyse, adoptée par la Prusse en 1841, l'étui était une poche en papier renfermant intérieurement toute la charge : balle oblongue, poudre, et sabot en bois séparant la balle de la poudre. L'amorce était au sabot ; aussi, pour l'atteindre, l'aiguille avait à traverser toute la charge de poudre. Cette aiguille devait donc être longue et se trouvait, pendant le tir, au milieu des gaz enflammés ; pour cette double raison elle était exposée à se fausser rapidement et même à se briser. La cartouche française modèle 1866 portait l'amorce à l'arrière et non plus près de la balle, ce qui permit d'employer une aiguille plus courte ; l'étui était formé d'un papier mince et d'une gaze de soie ; on avait ménagé à l'arrière une chambre à air à laquelle on attribuait la propriété de rendre la combustion de l'étui à peu près complète.

L'expérience de la campagne de 1870 démontra que cette cartouche encrassait beaucoup l'arme, qu'elle ne résistait pas bien aux effets de l'humidité et aux épreuves du transport, de sorte qu'un grand nombre de ces cartouches avaient été mises au rebut sans avoir servi. C'est alors que plusieurs puissances suivirent l'exemple donné par les Etats-Unis dans la guerre de la Sécession et adoptèrent un étui incombustible, en cuivre, que l'industrie américaine avait réussi à obtenir par le procédé de l'emboutissage. Grâce à l'élasticité de ce métal, les étuis opéraient eux-mêmes l'obturation du fusil sans adhérer d'une façon permanente aux parois ; de sorte que le coup parti, ils pouvaient être extraits facilement. Pour augmenter la capacité destinée à loger la poudre, sans trop allonger l'étui, on a été obligé de former l'étui de deux parties : l'une du diamètre de l'arme, l'autre d'un diamètre plus grand, raccordées par une portion tronconique. A la tranche postérieure se trouve un bourrelet qui sert

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d'appui à la cartouche en se logeant dans la feuillure de la chambre et qui donne prise à la griffe de Tex tracteur. — Au point de vue de la mise de feu, les cartouches incombustibles peuvent être à percussion périphérique: le fulminate est alors placé tout autour du bourrelet qui termine Tétui ; le percuteur agit sur un point quelconque de ce bourrelet ; s'il se produit un raté, il suffit de faire tourner la cartouche dans son logement pour amener un nouveau point du bourrelet devant le percuteur. Pour que le percuteur produise sûrement son effet, le bourrelet doit être mince ; aussi est-il peu résistant et cesse-t-il d'assurer l'obturation ; sa rupture amène des crachements dangereux pour le tireur. Ce genre de cartouche, employé pour la première fois en Amérique, est aujourd'hui abandonné pour les armes tirant à forte charge. On lui préfère les cartouches à percussion centrale, c.-à-d. celles oti l'amorce est placée au centre du culot. Ces cartouches se rattachent à deux types principaux : le type Boxer et le type Berdan. Le premier comprend un étui en clinquant, renforcé à sa partie postérieure par un ou plusieurs culots métalliques ; par-dessus le dernier culot est placée une plaque d'extraction en fer étamé; une ouverture centrale sert d'emplacement à la cuvette dans laquelle on introduit la capsule et son enclume. Dans le second type, Fétui se compose d'un tube unique recourbé trois fois sur lui-même au culot pour former au centre une sorte d'enclume contre laquelle se place l'amorce.

Les cartouches métalliques résistent bien à l'humidité, elles sont moins exposées que les autres aux dangers d'explosion. On peut leur reprocher cependant d'^avoir un

poids mort considérable, près de la moitié du poids total de la cartouche, surchargeant inutilement le soldat ; mais cet inconvénient est largement compensé par la diminution des ratés dus aux dégradations des cartouches. Quant à l'inconvénient d'exiger des ateliers spéciaux de fabrication et de ne plus pouvoir être confectionnées à la suite des armées, il a perdu toute sa valeur depuis que les transports ont été rendus faciles et rapides.

Cartouches ré' glementaires en France* Les cartouches françaises appartiennent au système Berdan; elles sont aujourd'hui de trois espèces; 1<* celle du fusil mod. 4874 qui sert également à la carabine de cavalerie, à celle de gendarmerie, au mousqueton d'artillerie, au fusil de la marine, au canon à balles et au canon-revolver; 2^ celle du fusil à répétition mod. 4886 récemment mis en service ; 3'' celle du revolver mod. 4873. -— La cartouche du fusil mod. 4874, modifiée en 4879, puis en 4883, comprend (fig. 4) : un étui en laiton pesant 42 gr.; une charge de

Fig. 1. ^ Cartouche pour fusil modèle

Fig. 2. — Cartouche pour fusil modèle

5 gr. 2o de poudre ; une bourre en cire enveloppée de papier, interposée entre la balle et la poudre ; une halle en plomb durci (5 o/o d'antimoine), de 44 millim. de diamètre, pesant 25 gr., entourée dans la partie cylindrique d'un parallélogramme de papier appelé calepin et enduite de graisse dans la partie ogivale ; une amorce en cuivre rouge, contenant le fulminate et protégée par un couvre-amorce en laiton, avec joint recouvert de vernis. La longueur de la cartouche est de 76 millim., son poids de 43 gr. ; la vitesse, à 25 m. de la bouche du fusil, est comprise entre 435 m. et 443 m. — La cartouche nouvelle mod. 4886 comprend, comme parties essentielles (fig. 2) : Vétui en laiton, Vamorce, le couvre-amorce, la charge, la bourre et la balle. Elle a 75 millim. de longueur et pèse environ 29 gr. La charge est formée de 2 4/2 gr. d'une poudre nouvelle dont la composition est tenue secrète. La balle est en plomb, de forme cylindro-ogivale ; elle est munie d'une enveloppe en maillechort et pèse 45 gr. ; son diamètre est de 8 millim. — La cartouche pour revolver est composée (fig. 3) de Vétui en laiton, du tampon en carton comprimé , de Vappareil d'amorce^ de la charge et de la balle. Elle pèse 46 gr. La charge est formée de 0s"'*65 de poudre surfine de chasse. La balle, évidée, en plomb pur, de forme cylindro-ogivale, pèse 448^6; son diamètre est de 44*^™7 ; elle est fixée à Fétui au moyen d'un fort sertissage. — Les cartouches sont généralement empaquetées par

6 ; les paquets sont réunis en trousses de 24 paquets pour les cartouches mod. 4874 et de 40 paquets pour les cartouches mod. 4886, en paquets de 48 cartouches pour les munitions Fig. 3. — de revolver. Les cartouches sont conservées dans des caisses blanches et dans des barils ; elles sont transportées, en campagne, dans des coffres de caissons et des caisses à munitions. Les caissons de munitions transportent dans chaque coffre du mod. 4858 ; 6,048 cartouches mod. 4874, ou 8,640 cartouches mod. 4886, ou encore 44,286 cartouches de revolver. Des marques distinctives sont apposées sur les diverses parties de la cartouche, sur les paquets, les trousses et le devant des coffres. Des bissacs placés dans les coffres servent au transport àes trousses. Les munitions dont nous venons de parler sont dites cartouches à balle; il existe, en outre, pour les exercices préparatoires de tir et les manœuvres, des cartouches sans balle; on fabrique également, pour le fusil mod. 4886, des cartouches avec fausse balle. Enfin, les corps de troupe disposent du matériel nécessaire pour confectionner des cartouches de tir réduit; celles-ci comprennent un étui amorcé de la cartouche mod. 4874, une charge de poudre de 0s''4 et une balle sphérique en plomb de 44'»^35 de diamètre, pesant environ 8s^7.

Fabrication, La fabrication des divers éléments qui entrent dans la composition de la cartouche est décrite à propos de chacun de ces éléments. La seule question que nous ayons à traiter ici est l'assemblage de ces diverses parties, autrement dit le chargement des cartouches Pendant les premières années, ce chargement s'effectuait presque exclusivement au moyen d'opérations manuelles ; depuis 4882, ces opérations se font au moyen de machines et comprennent : V ouverture, Y amorçage, le fraisage et le chargement des étuis ; le placement des bourres; le tassement de la poudre; le placement des balles; le calibrage des cartouches terminées ; le vernissage du joint du couvre-amorce; le graissage de la partie externe de la balle ; V empaquetage et V encaissage,— \)q toutes ces opérations nous nous contenterons de décrire la plus intéressante» celle du chargement des étuis. On se

Carfouche pour revolver modèle 1873.

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sert, à cet effet, d'une trémie ou récipient à double fond remplie de poudre (fig. 4). Les deux fonds sont percés de trous cylindriques en nombre égal, de façon que les pleins de l'une des plaques correspondent aux \ides de l'autre. Entre elles peut se mouvoir un tiroir mobile percé d'un même nombre de trous ; ceux-ci sont amenés d*abord en regard des trous de la plaque supérieure pour recevoir la poudre du récipient, puis en regard de ceux de la plaque inférieure pour y verser la quantité de poudre reçue. Audessous de cette plaque, on a amené sur un wagonnet une planchette supportant un nombre d'étuis égal au nombre des trous ; l'orifice de chacun d'eux se trouve ainsi en contact avec les trous de la plaque inférieure, et la poudre

Fig. 4. — Chargement des étuis.

s'y écoule. Les charges sont, comme on voit, mesurées en volume ; aussi est-il nécessaire que le tassement de la poudre dans les trous du tiroir soit bien uniforme ; à cet effet, on emploie un système de petits trembleurs, sortes de marteaux soulevés par des cames et venant frapper un certain nombre de coups sur les parois de la trémie. Pour éviter les accidents, la trémie se trouve dans une pièce spéciale, séparée par un mur épais A de la salle où se trouve l'ouvrier qui manœuvre les divers organes au moyen de manivelles M, M^... qu'il a sous la main.

Dans certaines cartoucheries, on remplace les diverses machines opératrices destinées au chargement des étuis, par une machine unique très ingénieuse, inventée par M. Gauchot. Cette machine présente l'aspect d'un long banc horizontal sur lequel se trouve un guide rectiligne en acier ; sur ce guide peuvent glisser automatiquement, les unes à la suite des autres, des réglettes en laiton portant des encoches régulièrement espacées, dans lesquelles ont été préalablement placés les étuis. Ces réglettes marchent d'un mouvement régulier, mais par saccades ; il y a un temps d'arrêt chaque fois que tous les étuis ont avancé d'un intervalle (fig. 5). A chaque temps d'arrêt, les opérations suivantes s'exécutent simuîtané-

Fig. 5. — Plan théorique de la machine Gauchot.

ment : i^ l'étui placé en a s'amorce ; 2^ celui placé en b se charge de poudre ; 3<^ les huit étuis placés en c, c,. ... sont animés d'un mouvement de trépidation qui tasse la poudre, et dans celui placé en d s'opère la vérification de la hauteur de la charge ; 4° l'étui placé en e reçoit la bourre et la balle, et en f s'opère le sertissage de la balle dans son étui. Les cartouches, une fois terminées, sont vérifiées et reçues, chaque jour, par une commission locale d'officiers qui procède à des épreuves de tir et à des épreuves de démolition. La commission de tir de Versailles exécute, à son tour, une vérification mensuelle des produits livrés par les diverses cartoucheries.

Cartouches pour canons. Certaines bouches à feu se chargent, comme les armes portatives, à l'aide de cartouches. Les canons-revolvers employés au flanquement des fossés tirent une cartouche métallique en laiton dont la charge est de 90 gr. de poudre et dont le chargement comporte 24 balles sphériques en plomb durci de 32 gr. — Les canons à halles utilisés, comme les précédents, à la défense des fossés, emploient une cartouche à balle multiple ; celle-ci, du poids de 72 gr., est formée de 3 balles superposées s'emboîtant légèrement l'une dans l'autre et réunies, en outre, par deux bandelettes en laiton clouées sur les balles supérieure et inférieure. — Signalons enfin des projectiles qui étaient en usage dans notre artillerie à l'époque des canons-obusiers de campagne, pouvant lancer à volonté des boulets et des obus. Les munitions comprenaient alors des cartouches ci boulets et des cartouches à obus. On désignait ainsi l'ensemble formé par : un sachet en laine contenant la charge de poudre ; un boulet ou un obus ; un sabot en bois servant, au moyen de bandelettes en fer et de la ligature du sachet, à réunir le projectile à la charge.

11. Chasse. — L'invention des fusils de chasse se chargeant par la culasse, dont les premiers types ont été créés en 4832, à Paris, par Lefaucheux, eut pour conséquence naturelle la création d'une cartouche, spécialement appropriée au service de ces armes nouvelles. Pour rendre ces fusils d'un emploi pratique, il fallut, en effet, trouver le moyen d'empêcher les fuites de gaz qui se produisaient, au moment du tir, par les interstices existant entre les diverses pièces mobiles de la culasse. Car ces fuites ou crachements avaient été la cause directe de l'insuccès final de tous les types d'armes, se chargeant par la culasse, précédemment essayés.

Cartouche Lefaucheux, Lefaucheux imagina de disposer la charge en poudre et plomb dans une douille construite en papier fort ou carton, qui remplit exactement le tonnerre, et de fermer cette douille en arrière au moyen d'une calotte plate ou culot en laiton étiré, qui se dilate et ferme exactement le tonnerre en s'appliquant contre ses parois au moment du tir (fig. 6). La douille et le culot étant solidement réunis au moyen d'un cylindre en fort papier mâché, l'obturation de l'arme, lors du dégagement des gaz de la poudre, se trouve ainsi assurée. Quant à l'amorçage, il est obtenu au moyen d'une petite capsule fulminante fixée au centre du cylindre en papier.

A cet effet, dans le pourtour du culot métallique, on pratique un trou que traverse une broche en fer, assez longue pour déborder à la surface du canon, après la fermeture de la culasse. Cette broche est appointée à son extrémité inférieure, qui porto sur le fulminate de la capsule. Lorsque le chien s'abat sur le bout extérieur de la broche, la pointe de celle-ci détermine l'explosion de la capsule, qui communique le feu à la charge de poudre. La cartouche Lefaucheux est la première qui ait renfermé, en même temps, la charge et l'amorce, et qui ait assuré par elle-même l'obturation de l'arme contre les fuites des gaz de la poudre. Elle constitue le premier type do Vunité de cartouche obturatrice à percussion centrale, ayant servi de point de départ à tous les types ultérieurement créés de cartouches, pour lusils se chargeant par la culasse. Il faut signaler d'ailleurs, en passant, que la cartouche de la carabine de salon Flobert constitue de môme le premier type de Vunité de cartouche obturatrice à percussion périphérique qui possède toutes les qualités voulues pour l'application aux armes de guerre.

Fig. 6. — Cartouche Lefaucheux,

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Fig.7. — Cartouche à percussion centrale.

En sorte que l'unité de cartouche obturatrice (à percussion périphérique ou centrale) a permis de résoudre le problème posé depuis Forigine des armes à feu, soit depuis cinq siècles, en assurant aux fusils se chargeant par la culasse une fermeture suffisante et durable.

Cartouches à percussion centrale. Mais les premières cartouches Lefaucheux étaient loin de réaliser une obturation parfaite, et les Anglais donnèrent la préférence à la cartouche à percussion centrale, dans laquelle la broche est supprimée. Cette suppression a l'avantage de diminuer les chances de fuite de gaz, par la fermeture même du trou pratiqué dans le culot ; de plus, elle assure la sécurité du chasseur, dont les cartouches pouvaient éclater assez facilement, en cas de chute accidentelle sur la broche même. Enfin la cartouche à percussion centrale accélère le chargement du fusil, en évitant le tâtonnement nécessité par la mise en place de la broche dans l'évidement pratiqué au bout du canon, pour lui servir de logement. La douille de la cartouche à percussion centrale se compose, comme celle de la cartouche Lefaucheux, d'un tube en papier fort ou carton (fig. 7) et d'un culot en laiton, reliés solidement entre eux au moyen d'un fort cylindre en papier mâché. Au centre de ce cylindre se trouve fixé à frottement dur un godet, qui sert de logement à l'amorce et à son enclumette. La détonation de l'amorce, qui détermine l'explosion de la charge, s'obtient au moyen d'un percuteur fonctionnant comme ceux des fusils de guerre. il faut signaler que l'invention du godet et de l'amorçage pour percussion centrale est due à un armurier français, M. Pottet, dont le brevet date de 4855, Celte invention a été longtemps exploitée, à Strasbourg et à Paris, par l'armurier Schneider. Les Anglais ne sont venus que longtemps après; seulement, chez eux, la percussion centrale a pris une extension considérable et les douilles à broches sont à peu près inusitées. Du reste, la question de l'amorçage a une importance extrême pour le cas de la percussion centrale, dont le fonctionnement régulier a été au début assez difficile à obtenir. En effet, alors que jadis le chasseur admettait fort bien 1 ou 2 «/o de ratés, il ne voudrait pas en accepter actuellement 4 %o. Les divers fabricants ont dû imaginer beaucoup de dispositifs divers, faisant l'objet de nombreux brevets, dont nous donnerons quelques exemples plus loin.

Fabrication des cartouches de chasse. Nous allons, en effet, passer en revue les principales phases de la fabrication des cartouches de chasse, telle qu'elle est réglée dans l'importante fabrique des Moulineaux, appartenant à la Société française des munitions de chasse, de tir et de guerre, qui a réuni sous la même raison sociale les anciens établissements Géveloi et Gaupillat.

Tubes en carton. La confection des tubes en carton exige des soins minutieux, car la bonne qualité des cartouches en dépend directement. Il faut que le tube en carton entre dans l'arme à frottement doux sans forcement, ce qui ne peut être obtenu que par la régularité du calibre extérieur. Il faut ensuite qu'il soit assez élastique, pour s'appliquer fortement sans déchirures contre les parois de la chambre, au moment de la déflagration de la poudre, afin d'assurer son obturation, et pour reprendre assez exactement ses dimensions primitives, après le tir, afin que l'extraction en soit facile. Ces tubes sont formés par des bandes de papier enroulées en plusieurs tours sur des mandrins en fer de calibre déterminé. Le roulage se fait à la main avec du papier très fortement imprégné de colle de peau de lapin, mélangée de 4/10® environ d'huile d'arachides. L'excès d'humidité et d'encollage a pour but

d'assurer dans la dessiccation un retrait uniforme, et l'huile d'arachides conserve au tube, après dessiccation, une élasticité convenable. L'habileté de l'ouvrier consiste à assurer le serrage régulier du tube dans toutes ses parties. Pour le papier de couleur qui recouvre le tube, en servant de marque distinctive des diverses qualités de cartouches, les bords sont brossés et amincis, de manière à supprimer toute surépaisseur dans le recouvrement. Les mandrins en fer sont vérifiés tous les quinze jours, et ne sont acceptés comme bons qu'avec une tolérance de 2/40® de millimètre seulement. Les papiers sont choisis avec un soin tout particulier, et d'une fabrication toute spéciale. Pour les qualités supérieures, on emploie, soit du papier parchemin, soit du papier fabriqué autrefois en Angleterre avec de vieux cordages de la marine, que Ton obtient maintenant dans les fabriques françaises avec une perfection au moins égale. Pour les qualités moindres, on emploie du papier bulle teinté, uniquement constitué avec des cordes et des déchets de filature, à l'exclusion de toute pâte de bois, dont l'hygrométricité ferait varier le diamètre des tubes. Enfin pour les qualités plus courantes, on emploie du papier formé avec les résidus de toute la fabrication, légèrement teintés d'ocre. Après le roulage^ les tubes sont séchés, suivant la saison et les besoins, à l'air ou au séchoir à vapeur, à une température ne dépassant pas 20o. Puis ils sont lissés et calibrés à l'extérieur, par le passage à frottement gras dans des bagues en acier, qui sont changées trois fois par jour et dûment ramenées à un diamètre fixe. Après une vérification minutieuse, dans laquelle on écarte tout tube présentant des irrégularités d'épaisseur, on coupe les tubes à longueur convenable, au moyen d'une lame de couteau circulaire animé d'un mouvement rapide.

Culots en laiton. Les culots en laiton sont faits par emboutissage dans des machines diverses. Le laiton est découpé à la cisaille en bandes de largeur convenable, puis recuit dans des cornues en terre, et enfin embouti, généralement en une seule passe, en culots de dimensions diverses, qui sont ensuite coupés à longueur déterminée. Après un nouveau recuit, les culots sont portés au dérochage, où on les enferme dans un cylindre à claire-voie, formé par des tiges de fer fixées sur les deux fonds pleins, lequel tourne librement dans un bain d'acide faible (au 4/10«). Lorsque l'action de l'acide est jugée suffisante, on enlève le cylindre au palan et on le fait tourner sous une lame d'eau, qui lave les douilles d'une manière parfaite, ce qu'il serait impossible d'obtenir dans des bacs, môme en multipliant les trempages successifs. On passe les douilles au séchoir, puis on les fait tourner dans une tonne elliptique, qui assure l'ébarbage de toutes les parties saillantes laissées au découpage, puis enfin on les brillante^ en les enfermant dans un sac rempli de sciure de bois, qui est bien serré et soumis à une rotation rapide dans une sorte d'écureuil. Il convient d'ajouter que toutes ces opérations d'emboutissage, de décapage, séchage et brillantage se font concurremment à la fabrique des Moulineaux, pour les culots de cartouches et pour les alvéoles de capsules, ce qui complète les indications précédemment données sur la confection de ces alvéoles (V. Capsules fulminantes).

Cylindî^es en carton. Les cylindres en carton, destinés, comme on l'a vu plus haut, à relier le culot en laiton avec le tube en carton, sont formés comme ces tubes par l'enroulage de nombreuses feuilles de papier sur une broche en fer, ayant le calibre de l'amorce, qui doit en occuper le centre. On emploie un fort papier paille, bien exempt de tout mélange avec la pâte de bois. Le roulage se fait au moyen d'un chariot chargé de poids, pour obtenir un serrage déterminé, les feuilles de papier étant largement enduites d'une colle de pâte très liquide. Après le séchage, les cylindres sont découpés en tronçons de longueur déterminée, sur une machine portant une série de lames de couteau circulaires, montées

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à distance convenable, sur un arbre animé d'un mouvement rapide.

Renforts du culot. Les renforts du culot sont des cylindres de papier, de tôle mince ou de laiton, que l'on interpose entre le culot et le tube en carton pour renforcer ledit tube. Ces renforts sont placés, soit intérieurement, soit extérieurement, suivant les types divers de douille (V. Douilles).

Bourres. Pour en finir avec les divers éléments de la cartouche, nous devons décrire la fabrication des bourres ou rondelles de feutre qui sont placées sur la charge de poudre, pour en augmenter l'action (V. Chasse). Les bourres sont faites, suivant leur qualité, avec des poils de veau et de bœuf, ou avec des mélanges de poils et de laine, ou même en laine pure. Le poil vert, livré brut par les tanneries, est lavé et séché, puis passé dans un loup, qui sert à ouvrir les poils et à faire les mélanges. Au sortir du loup, on forme des nappes, qui sont livrées ensuite au foulage. Ce foulage se fait par les procédés ordinairement employé dans la chapellerie, avec Taide de Teau additionnée d'acide sulfurique, qui fait rentrer le poil sur lui-même et opère le feutrage. L'ouvrier a, devant lui, une sorte de table inclinée vers un bassin rempli d'eau acidulée, sur laquelle il étend une toile d'aloès, qu'il charge d'une nappe de poils. En roulant cette nappe dans la toile et la trempant à plusieurs reprises dans le bassin, puis en égalisant par la pression répétée d'un rouleau en bois, l'ouvrier transforme la nappe de poils en une feuille de feutre d'épaisseur déterminée, que l'on porte sous une presse chauflfée. Après le séchage, la feuille de feutre est plongée dans une colle spéciale, puis soumise à l'action d'un rouleau de bois, dont la pression graduée enlève l'excédent d'encollage. Puis on recouvre la feuille de feutre, sur ses deux faces, de papier enduit d'une croûte épaisse d'amidon de riz, en ayant soin de bien régulariser la surface du papier. On sèche de nouveau dans l'étuve à une température graduée. Vient ensuite le découpage, qui se fait avec une machine formant une sorte d'emporte-pièces. Puis le graissage qui se fait à la main, en saisissant une file de bourres avec une pince, pour les tremper un certain temps dans un mélange de graisse et de cire, coloré avec de l'orcanette ou du curcuma (seules matières colorantes non réduites par l'action de la graisse). Il faut remarquer que ce graissage est seulement superficiel, ce qui est loin d'être rationnel, mais tel est le goût du chasseur (V. Chasse).

Formation des douilles. Les douilles sont formées par la réunion des éléments divers, dont la confection vient d'être indiquée. Les types sont assez variables, suivant les fabricants et suivant les exigences du public (V. Douilles). Pour former la douille, on introduit le tube en carton dans le culot en laiton, puis on y engage le cylindre en carton, que l'on presse fortement au moyen d'un balancier ou d'une machine à comprimer. En même temps, on forme par emboutissage, ou par refoulement, suivant les qualités, le rebord saillant ou bourrelet du culot en laiton, lequel a pour but d'arrêter la cartouche dans la chambre, et de compléter la fermeture de ladite chambre. Dans les cartouches à percussion centrale, le bourrelet a aussi pour but de donner prise à l'extracteur. Il faut signaler en effet que, dans les cartouches à broche, l'extraction se fait en tirant sur la broche, soit à la main, soit, en cas de forcement exagéré, au moyen d'un outil spécial. Avec les cartouches à percussion centrale, l'extraction est assurée par un mécanisme spécial, qui fonctionne par l'ouverture même de la culasse. On distingue deux sortes de bourrelets : le bourrelet anglais qui est mince et peu saillant, et le bourrelet français qui est, au contraire, épais et saillant. Les avis sont partagés sur les avantages et les inconvénients de ces deux sortes de bourrelets, il importe surtout de remarquer que le bourrelet doit être spécialement appro-

prié au service de l'arme, et aux dimensions de la rainure pratiquée à l'extrémité du canon. On conçoit sans peine, en effet, que si Ton veut tirer avec une arme chambrée pour de minces bourrelets, des cartourhea à gros bourrelet, ces cartouches ne pourront entrer complètement dans le canon; leur saillie plus ou moins marquée à l'extérieur du tonnerre empêchera la fermeture parfaite de la culasse, et amènera, lors du tir, une dislocation plus ou moins rapide de tout le mécanisme. La confection du bourrelet constitue une des opérations les plus délicates dans la formation de la douille. Pour assurer le réglage en quelque sorte mathématique de l'épaisseur de ce bourrelet, la pression est fixée par un ressort Belleville, à une force constante de 5,000 kilogr. La réunion des éléments constitutifs se fait d'ailleurs automatiquement dans des machines-outils fort ingénieuses, servies par des femmes, ayant chacune pour fonction d'alimenter la machine de l'un des éléments, le tout dans des conditions presque parfaites de précision du travail. Il ne reste plus, pour achever les douilles, qu'à les calibrer de longueur, sous l'action d'un couteau circulaire animé d'un mouvement rapide, en présentant la douille engagée dans une tige, dont la tête, mobile au moyen d'un ressort, permet de régler avec une très grande précision le point d'action du couteau. Ce calibrage de longueur se fait en recoupant la douille de 2 à 3 raillim. pour obtenir des bords bien nets. En terminant, signalons l'emploi croissant des douilles entièrement en cuivre dans le service des fusils de chasse (V. Douilles).

Amorçage, Tout ce qui précède se rapporte également aux cartouches à broche et aux cartouches à percussion centrale. Pour l'amorçage, les différences commencent. Dans les cartouches à broche, la machine qui emboutit le cylindre en carton forme en même temps la cavité centrale qui doit servir de logement à l'amorce. Pour les qualités supérieures, cette cavité est garnie par un godet en laiton embouti, qui assure l'isolement de l'amorce et

Fig. 8 et 9. — Types d'amorces de Gévelot et Gaupillat.

son action sur la charge. On fore ensuite dans le culot le trou destiné au passage de la broche. Pour fixer convenablement cette broche, en assurant une percussion facile, tout en empêchant les fuites de gaz au moment du tir, ce forage est fait en trois passes successives, au moyen de trois forets, dont le dernier est réglé, pour serrer la broche, à une presssion de 6 kilogr. La broche est formée par un fil de laiton, qu'une machine spéciale découpe à longueur, en formant une tête arrondie d'un côté et une pointe mousse de l'autre. L'amorçage consiste à garnir le cylindre de carton d'une amorce spéciale, qui coiffe l'extrémité de la broche, de manière que la pointe soit en contact avec le fulminate. Pour les cartouches à percussion centrale, on pratique au centre du culot un trou destiné à recevoir, comme nous l'avons déjà dit, un godet servant de logement à l'amorce et à son enclumelte.

CARTOUCHE

Fig. 10.

Les types d*amorces les plus anciens sont ceux de Gévelot et de Gaupillat, représentés dans les fig. 8 et 9. La Société française des munitions a notablement modifié ces types primitifs, soit pour les simplifier ou en diminuer le prix, soit pour écarter toutes chances de ratés. La fig. 40 représente le type d'amorçage le plus employé par la Société française des munitions, à cause de son efficacité et de son bon marché.

On voit que le godet et Tenclumette se confondent en une pièce unique, dont le fond reçoit Famorce et dont la partie supérieure est emboutie en un cône, dont le sommet vient porter sur le fulminate de Famorce. Ce même type, légèrement transformé , s'applique à l'amorçage couvert spécialement adopté pour les cartouches de revolver (fig. Il) qui a l'avantage d'éviter tout crachement pouvant détériorer le mécanisme. Seulement, cet amorçage n'est applicable qu'aux petits calibres, à cause de la facilité avec laquelle le cuivre de la pointe conique du godet renversé peut fuir en se déformant sous Faction du percuteur, ce qui peut amortir le choc sur le fulminate.

Un autre type, également très avantageux pour son bon marché et son eSicacité, est le type dit à fMe de clou (fig. 12), qui est complètement fermé du côté de la culasse. Ce type doit même être regardé comme supérieur au précédent, 11 faut signaler d'ailleurs que la supériorité de ces amorçages sur les types primitifs Gévelot et Gaupillat, tient surtout au remplacement de l'enclumette plane par des enclumettes cylindriques. On conçoit, en effet, que l'enclumette plane se trouve naturellement moins bien guidée qu'une enclumette cylindrique, qui ne peut chavirer dans le cas même où le percuteur agit dans une direction un peu oblique. L'enclumette cylindrique est bien guidée, même avec une longueur réduite, la pointe donne toujours un choc franc, qui assure la détonation de Famorce, et écarte toute cause de raté.

C'est dans cette voie que les études les plus récentes ont été poussées, et pour obtenir une parfaite obturation contre toute fuite de gaz, en écartant les chances de raté, même pour le cas des forts calibres, la Société française des munitions a créé récemment Famorçage fermé représenté par la figure 13. Dans ce type nouveau le godet renversé est complètement fermé du côté de la culasse. L'enclumette a la forme d'un cylindre se terminant en un cône, dont le sommet porte sur le fulminate de Famorce. Un évent percé au sommet du cône permet de s'assurer de l'existence et du changement de Famorce. Deux évidements produits par l'aplatissement du cylindre de l'enclumette, suivant un plan diamétral, assurent Faction du fulminate sur la charge. Ce type est

Fig. H. — Type d'amorçage pour cartouclie de revolver.

Fig. 12.— Type dit à tête de clou.

encore à Fessai, mais on peut compter sur sa réussite parfaite, pour éviter tout raté et tout crachement. Ajoutons, pour terminer cette question de Famorçage, que la Société française possède également deux types d'amorçage à queue (fig.l 4) , qui ont pour but de faciliter le réamorçage des culots, pour les chasseurs qui veulent faire resservir leurs douilles après le tir. La queue, dont l'enclumette est pourvue, traverse le godet et présente une prise suffisante pour se prêter à.

une mise en place facile après renouvellement de l'amorce. Il convient toutefois de ne pas s'abuser sur la valeur de ces réamorçages, faits par les amateurs et même par les armuriers d'une manière plus ou moins défectueuse.

Ajoutons encore que, pour les cartouches métalliques, on emploie Famorçage Berdan (fig. 15), soit tel quel, soit plus ou moins perfectionné par l'emploi d'un des types précédemment décrits.

Chargement des cartouches. Les douilles terminées et amorcées, il reste à les charger. A la fabrique des Mouli-* neaux, on ne charge pas la centième partie des douilles

Fig, 13. — i ype d'amorçage fermé.

Fig, 14. — Type d*amorçage à queue.

fabriquées, ce chargement étant généralement fait soit par les chasseurs, soit par les armuriers. L'opération comprend : 1° versement de la charge de poudre ; 2<^ couverture de la charge avec carton imperméable et bourre grasse ; 3<» versement de la charge de plomb ; 4^* couverture avec bourre grasse et carton blanc ; 5« sertissage de l'extrémité de la douille sur le carton pour assurer l'ho-

Fig. 15. — Type d'amorçage Berdan

mogénité et la solidité du chargement. Toutes ces opérations comportent des précautions assez multipliées, qui influent notablement sur la qualité des cartouches, et leur efficacité dans les conditions diverses du tir. Cette question sera traitée complètement au mot Chasse. Nous avons dit plus haut qu'en Angleterre on ne connaissait pour ainsi dire que les cartouches à percussion centrale. En France, par suite du développement rapide pris au début par le fusil Lefaucheux, les car-

CARTOUCHE

touches à broche sont encore les plus employées. Malgré 1 introduction croissante de types de fusils, supérieurs dans la pratique de la chasse au fusil Lefaucheux, les cartouches h broche représentent encore les 2/3 au moins de la consommation totale en cartouches. Du reste, il est bon d'affirmer, contrairement à un préjugé répandu parmi les chasseurs et même chez quelques armuriers, que les cartouches à broche ne sont nullement inférieures, pour les effets de pénétration et de portée, obtenus dans les mêmes conditions de chargement, aux cartouches à percussion centrale, car dans les deux sortes de cartouches, l'inflammation se fait au centre du culot, dans les points les plus voisins de l'amorçage. Les cartouches à broches, du type adrasmique de la Société française de munitions (V. Douilles) , peuvent, en outre, être regardées comme assurant l'obturation aussi bien que les meilleures cartouches à percussion centrale. L. Faucher.

m. Mines. — Dans le chargement d'un trou de mine, on ne doit sous aucun prétexte perdre de vue l'axiome suivant : ne jamais verser directement la poudre dans le trou. En effet, les parois resteraient certainement imprégnées de poudre et, par suite, si le bourroir venait à faire feu contre le quartz au commencement du bourrage, l'inflammation se communiquerait à la charge et déterminerait la déflagration. La vraie solution est l'emploi de la cartouche. Dans toute mine bien organisée, les cartouches sont fabriquées d'avance, emmagasinées dans la poudrière et distribuées aux hommes. Elles consistent en un cylindre de fort papier gris, présentant le calibre voulu ; on lui substitue la toile goudronnée, si la roche est humide; s'il faut tirer sous l'eau, on se sert de cylindres de fer-blanc lûtes. Le calibre des cartouches dépend de la nature de la roche et de la profondeur des trous de mine; cependant, on peut citer cette règle générale : la charge de poudre, exprimée en grammes, est égale à la moitié du cube de la distance, exprimée en décimètres, du trou de mine à la face libre la plus rapprochée. Cette formule se rapporte à des granités non fissurés, elle fournirait des charges trop fortes pour des roches plus friables. On emploie beaucoup la poudre comprimée de Davey ; les cartouches sont formées d'un simple bloc de poudre, sans aucune enveloppe étrangère. Elles sont cylindriques et percées suivant leur axe, pour qu'on y puisse passer l'étoupille. On constitue les charges en superposant des multiples de ce type fondamental, La poudre comprimée présente l'avantage de condenser la force explosive dans un plus petit espace et, par conséquent, plus près du fond. Elle prévient les soustractions, en mettant la poudre dans un état impropre à tout autre usage qu'au sautage des mines, elle diminue la production de pul vérin, qui laisse des traces dangereuses partout oii passe l'explosif, quand il est à l'état pulvérulent. M. Kuggieri a introduit la poudre comprimée-papetée ; sa cartouche est enveloppée, au moment de la compression, dans un papier fin et gommé, qui fait ensuite corps avec elle, empêche absolument la production du pulvérin par le frottement, point important dans les mines grisouteuses, et procure plus de solidité. Dans les mines à grisou, les cartouches ne doivent être introduites dans les chantiers qu'avec l'autorisation du maître-mineur et dans des boîtes soigneusement fermées ; on ne descend dans la mine que la provision nécessaire pour le travail de vingt-quatre heures environ. La mise en rapports de l'étoupille avec la cartouche doit être faite avec un soin particulier, en vue d'éviter les ratés. On commence par effilocher quelques fils de l'extrémité et Ton introduit le corps de l'étoupille dans la cartouche, en la nouant à la gorge avec les fils en question. S'il s'agit de poudre comprimée, on enfile l'étoupille à travers les diverses cartouches que l'on associe en nombre voulu. On coupe en biais son extrémité pour mettre largement à nu par cette section elliptique l'âme de poudre qu'elle renferme, puis on rebrousse ce bout et on le réintroduit par-dessous

dans l'orifice central de la cartouche inférieure, en appliquant sa surface plane contre la paroi interne de cette cartouche, afin d'assurer la communication du feu. Cette disposition de l'étoupille en forme de boucle ne lui permet pas de remonter et l'on peut ainsi descendre la charge suspendue à son extrémité.

La dynamite, substance explosive composée d'un mélange de nitro-glycérine et d'une matière absorbante et dont on fait aujourd'hui un si grand usage dans les mines, est livrée au commerce en petits paquets de dOO à 200 gr. que l'on nomme cartouches. Les meilleurs types de cartouches sont ceux qui ont été adoptés par la poudrerie de Vonges où se fabrique toute la dynamite employée dans les services militaires. La cartouche destinée plus particulièrement aux mines affecte la forme d'un cylindre de 0°^03 de diamètre et contient dOO gr. de dynamite. L'enveloppe se compose d'une feuille de papier fort sur laquelle une feuille d'étain a été soudée par un burinage spécial, la surface métallique étant placée à l'extérieur s'oppose à l'effet d'exosmose que produit l'action de l'humidité. Ces cartouches sont livrées à l'industrie par boîtes de 25, renfermées elles-mêmes dans de solides caisses en bois. Chaque caisse contient i 0 boites de 25 cartouches, soit 25 kilogr. de dynamite. Le type le plus employé (dynamite n^ 3), forme une masse pâteuse de couleur rougeâtre ; elle gèle à 8^ et peut dans cet état produire des accidents terribles, si on la touche avec des instruments de fer ou qu'on l'approche d'un feu nu. Il suffit, pour éviter son durcissement, de porter les cartouches dans la poche du pantalon. Quand on les a laissées geler, il faut absolument les dégeler au bainmarie (V. Dynamite).

On emploie depuis quelques années, dans les mines grisouteuses principalement, des cartouches de chaux vive. L'hydratation de la chaux vive, proposée pour la première fois par Georges Elliot, donne dans la houille d'excellents résultats et détermine une dilatation irrésistible qui est en volume à peu près du simple au quadruple. La chaux, réduite en poudre fine, est moulée sous une forte pression en cylindres de 0^^063 de diamètre, sur

la paroi desquels se trouve ménagée une rainure longitudinale (fig. 16). Après avoir renfermé cette cartouche derrière un bourrage énergique, que l'on force dans la partie antérieure du coup de mine, on injecte avec une pompe foulante un volume d'eau à peu près égal à celui de la chaux ; puis on ferme le tube à l'aide d'un robinet, pour empêcher l'échappement de la vapeur due à réchauffement considérable que produit la réaction chimique de l'eau sur la chaux. L'éclatement a lieu sans explosion ni projection, sans danger d'inflammation du grisou et en produisant une forte proportion de gaz, en raison de ce genre d'action plutôt progressif qu'instantané.

Cartouche hydraulique, La cartouche Mac-Nabb, qu'on a tenté d'introduire dans les exploitations françaises de houille, interpose une certaine quantité d'eau entre la charge et la bourre. C'est dans la pensée, que si le coup débourre, ou fait canon, cette eau , entrant en vapeur, puisse refroidir les gaz de la déflagration au point qu'ils sortent du trou déjà obscurcis et hors d'état d'enflammer le grisou ; cette vue, assez ingénieuse en

principe, n'a pas été dans la pratique, en France, couronnée de succès. Des nombreux essais tentés aux mines de Blanzy, il résulte qu'au point de vue de Textinction des flammes que la cartouche hydraulique doit obtenir, chaque fois que le coup produit l'effet voulu, en abattant le charbon, ou ce qui revient à dire, chaque fois que la charge de matière explosible est supérieure à la résistance opposée par le charbon, il y a production de flammes, qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas de cartouche d'eau. Au contraire, toutes les fois que la charge de poudre est trop faible pour obtenir l'arrachement du charbon, mais suffisante cependant pour chasser la bourre ou faire canon, il n'y a pas projection de flammes au dehors du tiou de mine, qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas de cartouche d'eau audessus de la charge. Au point de vue de l'absorption des fumées du coup de mine, il semblerait qu'il y a réduction dans la quantité produite, sans que cependant il y ait absorption complète. Au point de vue de la plus grande efficacité dans le travail de la poudre, pouvant amener une économie dans la consommation, il n'est pas possible de constater une amélioration sensible dans l'effet obtenu, M. Mac-Nabb, dont les essais faits dans les houillères anglaises ont cependant bien réussi, attribue l'insuccès obtenu à Blanzy à l'insuffisance de la longueur des trous de mine ; mais alors l'application de la cartouche hydraulique deviendrait difficile et onéreuse, car l'exécution des havages de l'^SO et de trous de mine de même longueur est chose difficile dans la pratique. Du reste, il peut toujours rester un doute sérieux sur reffkacité du procédé pour éteindre les flammes et, par suite, éviter tout danger de tirage de mines dans les travaux à grisou, car la moindre fissure, un plan de clivage ou des remblais voisins, en affaiblissant la résistance opposée par le charbon, pourront toujours, dans ces cas particuliers, amener des dégagements de flammes et déterminer un accident. Il ne semble pas que le nouveau dispositif proposé par M. Ruggieri, en partant du même principe, doive faire concevoir plus d'espérances. L. Knab.

IV. Archéologie égyptienne. — De même que nous signalons les noms propres à l'attention par une lettre majuscule initiale, les Egyptiens enfermaient dans une sorte d'ellipse, appelée Cartouche, les noms de rois et de localités. La ligne qui enserre les noms des villes conquises imite le crénelage des tours. L'ellipse qui enferme les noms royaux est en réalité l'hiéroglyphe du sceau, emblème d'éternité ou du moins de périodes infinies. Ce sont les cartouches royaux qui, sur la pierre de Rosette, attirèrent tout d'abord l'attention des savants et leur permirent de déchiffrer les noms de Ptolémée et de Bérénice, et c'est par l'analyse des signes qui formaient ces deux noms que le génie de Champollion a pu reconstituer l'alphabet hiéroglyphique. P. Pierret.

V. Art décoratif. — Ce mot, qui paraît venir de l'italien cartuccio, rouleau de papier, cornet, désigne une sorte d'ornement sculpté, peint ou dessiné, au centre duquel est ménagé un espace destiné à recevoir une inscription. Ayant tantôt la forme rigide d'un cartel antique (V. ce mot), tantôt celle d'une bande de papier roulée à ses deux extrémités, tantôt celle d'un riche cadre d'ornements, le cartouche affecte mille formes diverses. La forme en banderole, très usitée à l'époque gothique, accompagne presque toujours les figures des saints, des prophètes ou des rois. Les plus beaux cartouches datent de la Renaissance et servent d'encadrements à des armoiries ou à des chiffres, aux façades des palais. Ceux du xvHi® siècle sont surchargés d'ornements bizarres et d'un goût souvent douteux, ' surtout pour le style rococo ; l'époque de Louis XVI en a produit de charmants, pleins d'élégance et de grâce antique. Ad. Thiers.

VI. Art des jardins. ■— L'architecture des jardins, elle aussi, emploie les cartouches et donne ce nom à des carreaux (V. ce mot) se répétant aux angles et sur les côtés d'un parterre et dont la végétation de verdures de

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