CATALINA — CATALOGNE
par l'Académie espagnole : Roma (Madrid, 1873, in-8), avec une biographie de l'auteur par Fr. Cutanda. I[ avait déjà publié une esquisse philosophique de l'histoire da progrès ( Ver dad del progressa), mais il est surtout connu par un charmant essai sur la femme (La Mujer, 1858), qui eut six éditions. Cinq volumes de ses œuvres complètes ont déjà paru : Obras (Madrid, 1876-1877), G. P-i.
CATALINA (Mariano) littérateur espagnol contemporain, neveu du précédent. 11 est l'auteur de Poesias^cantares y legendas (Madrid, 1879, in-8) et des drames Alicia et Masanielo. Membre de l'Académie espagnole depuis le 20 fév. 1881, il prit pour le sujet de son discours de réception les Caractères des personnages des comédies de Calderon, . G. P-i.
CATALLACTES(Zool.).Haeckelacréésouscenom, dans sen règne des Protistes, une classe particulière pour un organisme très curieux qu'il a trouvé sur les côtes de Norvège et appelé du nom de Magosphœra planula. Il nage à la surface de la mer sous la forme d'une petite sphère élégante, composée de trente à quarante cellules piriformes et ciliées se réunissant toutes au centre de la gphère par leur extrémité amincie. Au bout d'un certain temps les cellules se désagrègent et se mettent à nager isolément, à la façon des Infusoires ciliés, puis elles coulent au fond de l'eau, perdent leurs cils, et se mettent peu à peu à ramper à la façon d'une Amibe. Ces éléments devenus amiboïdes se revêtent ensuite d'une membrane, puis par une scission répétée se partagent en un grand nombre de cellules qui restent unies entre elles et se hérissent de cils vibratiles par leur portion libre : la membrane de la cellule-mère se rompt alors et Pensemble des cellules dont nous venons d'indiquer le mode de formation se met à nager sous la forme du Magosphœra adulte. C'est à cause de cette succession de formes, cellules amiboïdes, cellules à parois définies et ciliées, organismes polycellulaires, que le savant allemand a considéré ces animaux comme appartenant à un type nouveau qui, dans sa pensée, relie plusieurs formes de Protistes et mérite bien le nom de intermédiaires ou de catallactes. On s'accorde généralement aujourd'hui pour classer ces êtres, très imparfaitement connus encore, à la suite des Infusoires flagellés. R. Moniez.
CATALOGNE (Cataluna, Catalunya), L Géographie. — Ane. prov. d'Espagne, ayant rang de principauté et qui a formé les quatre provinces de Barcelone, Girone, Lerida et Tarragone, d'une superficie d'environ 32,000 k. q. C'est encore le nom et l'étendue d'une capitainerie générale. Bornée au N. par les Pyrénées, à l'O. par r Aragon, au S. par la prov. de Valence et à TE. par la Méditerranée, la Catalogne avait sur cette mer une étendue de côtes de 390 kil., depuis le cap Cerbera au N. jusqu'à l'embouchure de la rivière Genia au S. et pour ports principaux : Rosas, Cadaqués, Palamôs, Barcelone, TarragonCy Salou et los Alfaqiies. La région est généralement montueuse, couverte au N. par les Pyrénées (V. Pyrénées) et par leurs ramifications, montagnes de Montnegro, de Vallgorguina, de San Grau, de Uequesens, de Monsemj, de Sant Llorens del Muni, du Monts errât, etc. Les vallées principales formées par ces montagnes sont celles à* Andorre, d'Anéo, d'Aron, d'Aro, de BarrabéSf de Cardona, de Farrera, de la Conea de Tremp, etc. Les fleuves qui la parcourent sont YEbre, avec son affluent le Segre, grosâi de nombreux tributaires, notamment le Valira d'Andorre et les fleuves côtiers comme le Llobregat, le Ter et le Fluvid, Le climat est tempéré sur le bord de la mer ainsi qu'au S. et à l'O.; mais au N. les hivers sont rigoureux, par suite du voisinage des montagnes presque toujours couvertes de neige. Le sol, très montueux, est naturellement peu fertile, mais les habitants l'ont transformé par un labeur assidu et on y voit depuis longtemps des champs riches en céréales, des vignobles, des bosquets d'oliviers, des pâturages, des vergers magnifiques ; citons la grande plaine du Lampourdan, les petites plaines de Girone,
de Vich, de Cerdanya, de Bages, de Vallès^ de Panades, d'Urgel, de Tarragone, les bords de la Segre et de YEbre, la campagne de Tortosa, les Llanos de Urgel ou la huer ta de Lérida, etc. Les cultures sont très variées ; les arbres fruitiers, les bois, les légumes et les vins sont les produits principaux ; il faut y ajouter les troupeaux dans quelques cantons montagneux. Les richesses du sous-sol sont considérables; la chaux, le plâtre et l'argile se trouvent presque partout; il y a des mines de sel gemme à Cnrdona, des marbres à Tarragone et Tortose, des mines de plomb à Salset, des mines de fer dans les Pyrénées, de la houille à Ripoll, à Sant Joan de las Abadesas, à Manresa, à Tarraga, à Martorell, près de Mequinenza, Les sources minérales sont naturellement très nombreuses ; citons celles de Cdldas de Monbuey, de Garriga dans le Vallès, de Caldas d'Estrachy de Cdldas de Malavella, de la Puda, de Nuestra Senora de Cdldas, etc. L'industrie est très active, surtout dans la région de Barcelone, et la Catalogne est sous ce rapport la province la plus avancée d'Espagne. On manufacture les matières premières tirées du sol, le liège, les métaux, le verre, les peaux, etc.; il y a aussi des filatures de coton, de laine, de soie, de draps, de toile, de serges, d'étamines, de blondes, de dentelles, des fabriques de papier, de savon, d'eaux-de-vie, d'armes à feu, etc. Le commerce a par suite une grande extension. Les Catalans sont actifs, laborieux, marins intrépides, commerçants avides, enthousiastes pour la liberté et Je progrès. On leur reproche de la rudesse dans les mœurs, de la véhémence dans les actions et une propension aux rixes sanglantes.
11. Histoire. — Dès l'antiquité la plus reculée, la Catalogne fut visitée par les Phéniciens qui y vinrent sans doute chercher des métaux ; au dire de Diodore de Sicile, les Pyrénées étaient alors très riches en mines d'or et d'argent. Les Grecs vinrent bientôt faire concurrence aux navigateurs phéniciens et fondèrent sur le littoral plusieurs colonies : Rhoda (Rosas), Emporion (Ampurias). Les Carthaginois vinrent ensuite, vers la fin du m® siècle av. notre ère ; ils semblent avoir repris la situation hostile des Phéniciens vis-à-vis des colonies grecques ; un de leurs chefs, Asdrubal Bar6a, a peut-être fondé la ville de Bar^iwo (Barcelone), Peu après, la lutte d'Annibal contre les colonies grecques, alliées des Romains, parmi lesquelles était Sagonte (un peu au S. de la Catalogne), amena la seconde guerre punique, i.'est en Catalogne qu'eut lieu la campagne des Scipion contre les Carthaginois ; en 218 av. J.-C, Cn. Scipion, venu au secours des villes grecques avec une flotte, s'établit d'abord à Emporion, puis à Tarraco (Tarragone) ; mais son frère et lui furent ensuite complètement défaits et tués dans une bataille; une tradition, probablement peu fondée, veut qu'un monument romain, voisin de Tarragone et appelé communément le Tombeau des Scipion, ait été élevé pour leur servir de sépulture. C'est à Tarragone aussi que P. Scipion l'Africain débarqua pour préparer son expédition contre Carthagène et qu'il revint après avoir pris cette ville. On voit que la Catalogne était le point d'appui et la base d'opération des Romains dans la péninsule ; sa ville alors la plus importante, Tarraco^ devint bientôt le cheflieu d'une province très étendue appelée d'abord Espagne cilérieure, puis Tarraconensis, On y comptait des villes florissantes. Citons, outre la capitale et celles déjà mentionnées de Rhodas, Emporiœ, Barcbio^ celles de Gerunda (Girone), Vicus Ausetanorum (Vich), lluro (Mataro), Bœtulo (Badalona), Dertosa (Tortose), llerda (Lérida), Jesso (Guisona), Aeso (Isona), Sigarra (Prats del Rey en Cegarra), etc. Parmi les peuples qui l'habitaient les auteurs latins mentionnent les Cosetani, les Lacetani, les llergetes, les Indigetes, les Laletani, les Cerretani, les Ausetani et les Castellani. Le nom de ce dernier peuple semble avoir donné naissance à celui de Catalogne ; mais d'autres auteurs admettent que ce mot
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vient de celui de Gotlii-Alani, ces deux peuples ayant habité quelque temps la région ; quant à Fassimilation du mot Catalogne avec celui des Campi Catalaunif où fut vaincu Attifa, elle est toute de fantaisie.
L'histoire de la Catalogne dans les premiers siècles du moyen âge est très obscure ; au viii® siècle elle fut occupée par les Arabes; Barcelone, ville qui commençait à prendre une grande importance, avait un chef musulman nommé Lata, qui paraît avoir été tributaire de Charlemagne. En 801, il fut condamné à Texil, assiégé dans Barcelone, obligé de s'enfuir et remplacé par un comte de race gothique, nommé B^ra. Les territoires de Vich, de Girone, de Lérida étaient aussi occupés par les Francs et Tortose le fut en 804. En 806, il y avait dans la Catalogne, appelée marche de Gothie ou d'Espagne, neuf comtes tenant leur autorité de l'empereur. Sous Louis le Débonnaire et Charles le Chauve, les comtes de Barcelone paraissent avoir autorité sur tout le pays et vers 872 un d'eux, Wifred le Velu, Grifa Pelos, comme l'appellent les Catalans, transforme son bénéfice en fief indépendant et héréditaire. On raconte que», blessé dans une bataille contre les Normands sur le bord de la Loire, il reçut dans sa tente la visite de Charles le Chauve ; le sang coulait abondamment de sa blessure ; l'empereur y trempa les doigts, puis sur Técu d'or du guerrier traça quatre raies parallèles du haut en bas. « Voici, dit-il, quatre paux fort glorieux ; que ce soient désormais vos armoiries et celles de vos descendants. » De là, dit-on, viennent les armoiries des comtes de Barcelone. Quoi qu'il en soit de cette légende, Wifred est regardé par les historiens catalans comme le premier comte indépendant de Barcelone ; il était aussi comte de Girone, Vich, Manresa, Berga, Peralada, Ribagorce, Cerdagne, Besalû, Ampurias et Pallars, Il mourut en 902 et fut enterré au monastère de RipoU qu'il avait fondé. Ses successeurs eurent à lutter contre les musulmans conduits par Almanzor; ils perdirent même Barcelone vers 985, mais Bor-^ rell 11 la reprit peu après. Raimond Borrell lll joua un rôle assez important au milieu des guerres civiles qui affaiblissaient alors l'islamisme, prit parti pour Mohammed ben Hescham contre Soleiraan-ben-el-Hakem, gagna la sanglante bataille de Akbat el Bacar (1010), et installa son allié sur le trône de Cordoue. Berenger Raimond l^^ (1018-1035), confirma les privilèges ou fueros de Barcelone, mais divisa ses Etats entre ses quatre enfants. V^M, Raimond Berenger M^ o\x le Fi^w^ (1035-1076), étendit notablement son comté, fit une expédition en Murcie (1074) ; en 1072, il convoqua les Certes et fit faire un choix des lois gothiques et romaines, qui devint le code de Catalogne sous le nom de los Vsatges. Son fils Raimond Berenger II et son petit-fils Berenger Raimond 11, surnommé le Fratricide, se disputèrent ses domaines de 1076 à 1082; le dernier devint, à ce qu'il semble, par le meurtre de son rival, seul maître du comté (1082 à 1097). 11 prit part aux guerres civiles des Arabes, fut combattu par le fameux Rodrigue Diaz de Bivar (le Cid), s'empara de Tarragone sur les musulmans (1091) et pour expier le crime qu'on lui attribuait, dut partir pour la croisade. Le trône échut alors à son neveu, fils de Raimond Berenger II et appelé Raimond Berenger m ou le Grand, Sous lui, en effet, la Catalogne parvint à l'apogée de sa grandeur ; Barcelone avait de nombreux navires et faisait un commerce actif avec Marseille, Gênes et Pise ; il était toutefois entravé par la présence des Arabes dans les îles Baléares et à Tortose, et par les pirateries des Barbaresques. Aussi le comte, après avoir recouvré le comté de Carcassonne, dont le seigneur avait voulu se rendre indépendant, envoya une flotte se joindre à celle des Pisans, des Lucquois et des Romains pour l'attaque de Majorque ; l'île entière fut conquise et les Catalans s'y établirent en grand nombre (1115). L'année suivante, il alla visiter les républiques italiennes pour les engager dans la croisade qu'il avait
entreprise contre les musulmans d'Espagne, mais il en obtint peu de secours. Pourtant il battit les Arabes qui avaient envahi son comté, à Congost; en 1120, il mit Je siège devant Tortose et obligea le vali de cette ville et celui 'de Lérida à lui payer un tribut. Pendant une absence qu'il fit pour aller régler quelques différends avec le comte de Toulouse, les Arabes de nouveau envahirent ses Etats et, voulant les combattre avec un petit nombre de soldats, il se fit battre à Corbins. Il cherchait à prendre une revanche de cet échec, quand il mourut en 1131. Ses Etats s'étaient fort agrandis; outre la vicomte de Carcassonne, il possédait en France le comté de Provence, acquis par son mariage avec Douce de Provence en 1112. La Cerdagne et le comté de Besaliî, un moment séparés de la Catalogne, lui étaient échus par déshérence ; enfin, il avait conquis Majorque. A sa mort, ses Etats furent divisés entre ses deux fils ; le plus jeune, Berenger Raimond, eut la Provence; le reste, qui formait un groupe compact et important, fut donné à l'aîné, Raimond Berenger IV, conformément aux volontés exprimées par le défunt. Le nouveau comte, surnommé le Saint, s'occupa de continuer activement la lutte contre les Maures ; il s'entendit avec le roi d'Aragon, Ramire II, le Moine, et c'est au cours de leurs entrevues que fut négocié (1134) le mariage de Raimond Berenger avec Pétronille, héritière de la couronne d* Aragon, alors âgée de deux ans. Suivant une autre version, cette union, qui devait avoir de si importants résultats, fut décidée par les nobles Aragonais et imposée au faible Ramire. Quoi qu'il en soit, quand ce dernier abdiqua pour retourner au cloître, Raimond fut reconnu comme prince d'Aragon et eut à sa disposition des forces imposantes (1137). Il s'allia à Alfonse VU de Castille contre les rois de Navarre, aida ce monarque à enlever la forteresse d'Alméria sur les Maures (1147), puis, avec le concours des Génois, mit le siège devant Tortose. Cette place, qui commande le cours de l'Elbe et avait une importance si grande pour la Catalogne, se rendit au comte le 31 déc. 1148. Il marcha de suite sur Lérida et Fraga qu'il emporta, ainsi que Mequinenza. Dans les trois années 1150, 1151, 1152, il enleva les dernières positions que les Arabes occupaient sur les rives de la Sègre et eut la satisfaction d'avoir achevé la reconquête du pays sur les infidèles. Il gouverna encore avec gloire et sagesse, en Aragon, au nom de Pétronille, jusqu'en 1162. Son fils, Raimond, reconnu roi par les Certes d'Aragon réunies à Huesca, changea son nom en celui de Alphonse II et régna à la fois sur la Catalogne et l'Aragon. L'union des deux pays au point de vue politique était accomplie, bien que chacun gardât sa langue particulière, ses coutumes, ses tendances propres ; elle devait être singulièrement féconde pour tous deux, TAragon y gagnant une marine, la Catalogne des débouchés et une puissance militaire qu'elle ne pouvait avoir par elle-même. Ce dernier pays a maintenant son histoire confondue avec celle si glorieuse de l'Aragon aux xni« et xiv« siècles ; mais sa marine peut revendiquer une bonne part de cette gloire et, dans cette période, atteint une prospérité qu'elle n'avait jamais connue (V. Aragon).
Avec l'Aragon, la Catalogne passa plus tard dans les domainei de Ferdinand et de Charles-(iuint. Elle conserva ses coutumes spéciales et une espèce d'autonomie sous ces p lissants monarques, mais elle n'aima jamais les graves H fiers Castillans et s'habitua mal à leur prépondérance. En 1639, Philippe IV porta atteinte aux privilèges de la province et voulut l'obliger à entretenir ses armées ; Barcelone, puis d'autres villes se soulevèrent aux cris de : « Vive la Catalogne et les Catalans î Meure le mauvais gouvernement de Philippe IV!» Al'instigation de Richelieu elles se constituèrent en république sons la protection de Louis XllI. Les armées françaises aidèrent les insurgés à battre le vice-roi, marquis de Los- Vêlez et Louis XIll signa, le 18 sept. 1641, un acte par lequel il acceptait la souveraineté de la Catalogne et prêtait ser-
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ment d'en respecter les fueros. Pendant plus de onze ans cette province fut le théâtre de combats sanglants ; puis Barcelone fut prise par D. Juan d'Autriche et Mortara ; le reste du pays rentra sous la domination de l'Espagne par le traité des Pyrénées (1659), avec amnistie pour les insurgés et conservation de leurs biens, emplois et honneurs, ainsi que des privilèges de la province. Elle se souleva pourtant encore en 4689. Lors de la guerre de la succession d'Espagne, les sympathies des Catalans ne furent pas pour le prétendant français, le duc d'Anjou. Peut-être suffisait-il pour que celui-ci leur déplût qu'il eût été appelé au trône et accueilli par les grands de Castille ; sans doute aussi ils redoutaient le despotisme de Louis XIV et de son petit-fils. Quoi qu'il en soit, ils se prononcèrent en faveur de l'archiduc Charles et le soutinrent énergiquement. Philippe V, devenu enfin victorieux, les châtia avec dureté ; il leur enleva toutes les franchises qu'ils avaient gardées jusqu'alors et transféra leur université de Barcelone à Cervera. Cependant la Catalogne se releva rapidement de l'état de faiblesse où cette guerre acharnée l'avait plongée et, sous l'administration généralement intelligente des Bourbons, devint la province de beaucoup la plus industrieuse et la plus riche de la monarchie. Lors de l'invasion française, en 1808, elle se défendit vigoureusement et les sièges de ses villes arrêtèrent longtemps nos soldats. Depuis, les Catalans ont encore joué un rôle dans les guerres civiles qui ont ensanglanté la Péninsule, ceux du littoral combattant ordinairement pour les idées libérales, ceux des montagnes pour les carlistes qui leur promettaient le rétablissement de leurs antiques fueros.
111. Langue. — On appelle catalan une des trois langues parlées dans la péninsule ibérique (catalan, castillan, galicien-portugais). Il a été considéré quelquefois comme un simple dialecte, issu du provençal; c'est plutôt un idiome original, allié de très près à celui-là, une langue véritable qui n'a pas cessé d'être parlée et écrite, au moins pour l'usage familier, qui a une originalité bien marquée, qui a depuis longtemps des grammaires et des dictionnaires et qui enfin comprend elle-même plusieurs dialectes. Il a dû se former, dès les premiers temps du moyen âge, comme les autres langues à'oc, par la dégradation lente du latin vulgaire, et Raynouard, dans l'hypothèse d'une langue romane primitive, mère de toutes les autres, remarquait que le catalan était, avec le parler des Vaudois, la langue qui avait le plus de rapports avec la langue mère. Aujourd'hui que Ton ne croit plus à Texistence de cet intermédiaire entre le latin et les langues néo-latines, on ne peut s'empêcher de remarquer la singulière analogie des formes employées par les habitants des vallées alpestres et des vallées pyrénéennes. Dès le ix^ et le x® siècle, on trouve des mots qui ont déjà toute l'apparence catalane dans divers documents publiés ; au xi® siècle, ce sont des phrases entières et, au xii® siècle, le catalan, de même que ses frères péninsulaires, le gallego et le castillan, est complètement formé. Il ne se montre pourtant pas encore dans les écrits comme langue littéraire ; c'est que les prosateurs se servent du latin et les poètes du provençal, cette langue quasi-savante, commune aux régions de l'Espagne orientale, de la France du Midi et de l'Italie occidentale. Quand, en 1213, à la bataille de Muret, la France du Midi perdit son indépendance, quand la voix des troubadours commença à se taire, les Catalans cessèrent de subir l'influence provençale et leurs poètes chantèrent dans l'idiome national. Il existe de cette époque de nombreux écrits et bientôt même on va composer des arts poétiques, des grammaires et des dictionnaires catalans. En même temps, le domaine de cette langue s'étendait restreinte d'abord au Roussillon et à la Catalogne, elle fut portée par les conquêtes des rois d'Aragon aux lies Baléares, dans le royaume de Valence et dans celui d'Alicante. Le rôle que jouèrent alors les marins de la Catalogne
rendit son usage nécessaire et familier à tous les matelots et marchands du bassin occidental delà Méditerranée. Le catalan était déplus la langue officielle du royaume d'Aragon concurremment avec le latin et se parlait dans toute l'Espagne orientale, depuis les vallées des Pyrénées jusqu'à celles des Alpujarras, et porté ainsi hors de son centre d'origine, il s'était modifié pour former deux dialectes nouveaux, le mayorquin et le valencien ; ils ne difl'èrent d'ailleurs de la langue mère que par des variantes dans la prononciation, quelques vocables locaux et de légères différences dans la construction des phrases. Quand cette Espagne orientale (royaume d'Aragon) fut, à la fin du xv^ siècle, réunie à la Castille, quand l'unité espagnole se constitua au profit de l'Espagne centrale, le catalan perdit beaucoup de son prestige ; les lettrés et les riches, sans l'oublier entièrement, se servirent plus volontiers du castillan dans leurs relations et leurs écrits. Le peuple lui resta plus fidèle ; le catalan est encore la langue courante des habitants de la Catalogne, de Valence, d'Alicante, des Baléares, mais malgré les brillants efforts des « catalanistes » du xix® siècle, il est à croire que dans quelques siècles il sera réduit au rôle modeste qu'a aujourd'hui le provençal dans les campagnes du midi de la France.
Le catalan a un fond primitif d'origine essentiellement latine ; mais un certain nombre de vocables grecs, germaniques, provençaux, arabes, italiens même, plus ou moins modifiés, s'y sont introduits de bonne heure ; plus tard, il a aussi reçu quelques centaines de mots castillans, surtout dans la province de Valence. Pour la construction des phrases et la dérivation des mots latins, il se rapproche généralement du provençal ; il s'en distingue cependant par de nombreuses particularités ; il a moins de diphtongues et remplace volontiers e par z, o o\xu; il met presque toujours x en place de 5, n en place de nh ; aux substantifs et adjectifs terminés en provençal par an, en, in, im* il ajoute un y (affan en provençal devient affany, estran =zestrany, engin = enginy, etc.), qu'il intercale quelquefois dans l'intérieur même du mot ; il n'a aucun substantif singulier terminé par s, tandis que le provençal en offre beaucoup ; enfin il n'a qu'un très petit nombre de désinences verbales en z. Si, comme le provençal, il forme le féminin des adjectifs par l'addition de a, parfois il s'en dispense et dit fort pour fortay hast pour hasta. Ce qui caractérise surtout le catalan, c'est la brièveté et la concision qu'il affecte ; il supprime les désinences pour ne garder que l'essentiel, la racine ; il abrège même quelquefois l'intérieur des mots ; citons parmi les exemples les plus frappants : vi de vino^ fa de 'pane, ho de bono^ mu de mundo. Il est plein d'élisions et d'onomatopées. Formé par de tels procédés, il présente un caractère particulier de sévérité et de brièveté ; les mots sont courts, les sons forts et variés ; les désinences rudes et heurtées contrastent avec la plénitude et la sonorité du castillan. Les élisions et les onomatopées colorent et accentuent la phrase ; enfin les inversions, qui se rapprochent plus de celles employées dans les langues germaniques que de celles usitées en latin, contribuent à faire du catalan une des langues les plus faciles à rythmer. Il reflète merveilleusement les qualités de cette race active, hardie et sobre, mais un peu âpre et rude, qui habite entre les Pyrénées et la mer. (V. pour les dialectes les art. Majorque et Valence.)
IV. Littérature. — L'homme qui a le mieux étudié en Espagne l'histoire littéraire des Catalans, V. Balaguer, la divise en trois périodes : la première ou provençale^ qui va du xiii® siècle jusqu'au milieu du xiv® ; la deuxième ou catalane qui commence avec D. Jaime le Conquistador et va jusqu'au milieu duxiv® siècle; la troisième ou valencienne, qui commence avec Ausias March et se termine avec lu fin du xv^ siècle. Nous emprunterons cette division qui a le mérite d'indiquer très bien le caractère dominant de chaque période littéraire, en y pratiquant les
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subdivisions qui nous paraissent utiles, il faut ajouter aussi que la langue catalane, même après qu'elle eut cessé d'être une langue officielle, a encore été employée par de nombreux et remarquables écrivains, aux xvi®, xvii®, xviii^ siècles et qu'enfin notre époque a vu comme une renaissance brillante de cette littérature régionale. — Nous dirons peu de chose de la période provençale; les poètes catalans ont leurs œuvres mêlées avec celles de tous les troubadours des pays de la langue d'oc et c'est à propos de la littérature provençale qu'on trouvera une étude sur ce sujet. Nous nous bornerons à mentionner ici les plus connus, qui sont Hugo de Mataplana, Guilhemo de Berguedan, et beaucoup d'autres, dont on ne connaît pas la patrie, paraissent aussi originaires de Catalogne, et Baret, dans son étude sur les troubadours, les groupe en une école particulière, l'école catalane.
La littérature catalane, vraiment originale, ne commence que vers le milieu du xm« siècle. Les cours brillantes du Midi français n'existent plus ; les troubadours dans ces régions se font chaque jour plus rares ; de tous les pays de'^langue d'oc, la Catalogne est le seul qui soit demeuré indépendant et il recueille pour ainsi dire la succession de la civilisation provençale. Ses poètes renoncent à la langue littéraire dont ils s'étaient servis jusqu'alors et qui va devenir bientôt une langue morte ; ils chantent dans l'idiome parlé par leurs compatriotes, le fixent, lui donnent plus de souplesse et d'abondance. Toutefois, et cela se comprend de reste, ils gardent encore les pensées, les modes d'expression, les figures, les formes poétiques, qui caractérisent les oeuvres des troubadours. On remarque surtout cette influence dans les pièces de G, de Berguedan, de Benliure et de Raymond Lulle, Il y a plus d'originalité dans les poésies de Bernardo de Moguda, de Jordi del Rey^ de Jaime Febrer, etc. B, de Moguda, compagnon de Jaime i^'' à la conquête de Majorque, nous a laissé une remarquable prophétie en vers qui est une page d'histoire ; Jordi del Bey et Febrer composent des poèmes sur la tempête qui détruisit la flotte de Jaime I^^ et l'empêcha de partir pour la croisade. Les Catalans au surplus préféraient à l'expression des sentiments vagues le récit des faits et des conquêtes ; aussi, le genre historique a-t-il produit, dès le XIII® siècle, des œuvres remarquables. Le roi d'Aragon, Jaime 1^*' le Conquistador, donne l'exemple ; comme César, il raconte son aventureuse expédition et ses conquêtes, dans une chronique pleine de faits, alerte, vivante (imprimée pour la première fois à Barcelone en 1547) ; il aime les lettres pour elles-mêmes et a laissé divers traités parmi lesquels un recueil d'apophtegmes. En même temps il fait rédiger les Costumbres maritimos, sorte de code maritime qui sera longtemps en vigueur dans les ports de la Méditerranée et dont les principales dispositions ont passé dans les codes modernes. De tels travaux fixaient le catalan mieux même que les chants des poètes, et Jaime P^, en même temps que le vrai fondateur de la grandeur aragonaise, doit être considéré comme l'auteur qui a le plus servi à. former la langue. Après lui il faut citer le chroniqueur Pigpardines ; Bibera de Perpéja, qui traduisit en catalan la Cronica gênerai de Espàna^ en 1266 ; Fray Tuderico Domingo qui écrivit un livre de Albeyteria^ en 1260 ; Manfredo Ermengol, auteur d'un livre de théologie, Breviaro d'amor, en 1288 ; San Pedro Pasenal qui traduisit en catalan une partie de la Bible et composa des vies des saints.
Ces quelques indications bien incomplètes, car la littérature catalane n'a encore été l'objet d'aucun travail qui fasse autorité, suffisent à montrer quelle activité littéraire il y avait dans l'Espagne orientale à la fin du xiii® et au commencement du xiv® siècle ; la langue était dans le plein épanouissement d'une robuste jeunesse. Au xiv® siècle, Pedro lll, le fils de Jaime P^, fait écrire l'histoire des guerres de son père et des siennes ; Desclot,
archiviste de la couronne d'Aragon, écrit une véritable histoire de ce pays, qui a été plusieurs fois réimprimée et traduite et qui est un des plus précieux documents du moyen âge ; Montaner, son émule pour l'exactitude et supérieur à lui par le talent, compose ses naïfs récits historiques sur les conquêtes des Aragonais et est, au jugement de Castelar, supérieur à tous les chroniqueurs européens de ce temps ; Juan Martorell donne ce curieux rom an de chevalerie, Tirant le Blanc, le seul que Cervantès tienne en profonde estime; Bonifacio Ferrer traduit la Bible en entier (imp. à Valence dès 1478). Les po tes sont moins nombreux et moins originaux; ils re'ournent chercher l'inspiration aux sources provençales et cette littérature, morte dans son pays d'origine, semble r( naître en Catalogne, en même temps que Pétrarque la rjssuscite dans ses immortels sonnets. Pons Hugo lll de Jmpurias, Ramon Montaner, Mosen Juan Figuerola^ Mosen Zalba, Mosen Turrell et bien d'autres chantent sur les mêmes sujets et les mômes mètres que les troubadours de Provence. Luis de Averso et Jaime March fondent sous les auspices du roi d'Aragon, Pedro IV, une académie de gaya sciencia. L'inspiration est faible, l'art est ratfiné et savant. Juan de Castellnou écrit : Mirall de trobar y flors de gran saber en rimas eatalanas ; Luis de Averso le Truxmany o interprète del gay saber ; Jaime March (en 1371), une poétique, le Libre de concordances. Une autre influence s'exerce alors sur les poètes catalans ; c'est celle de l'Italie, pays avec lequel la Catalogne est en relations très fréquentes ; André Febrer traduit la Divine comédie de Dante, tercet par tercet ; Rocaberti s'inspire du poète florentin dans sa Gloria de^ amor. Cette influence ne sera pas étrangère à la brillante expansion de la poésie lyrique en Catalogne, dans le siècle qui va s'ouvrir.
La troisième période ou valencienne est l'âge d'or de la littérature catalane ; les poètes originaires de la province de Valence y jouent le premier rôle. Le dialecte de leur patrie, aux formes plus douces que le vrai catalan, devient la langue littéraire de l'Espagne orientale. Poètes, ayant du sang arabe dans les veines, ils combinent d'une manière heureuse l'imitation des troubadours avec celle des poètes itaHens et castillans. Jordi de San Jordi imite Pétarque ; c'est aussi du chantre de Laure que s'inspire l'immortel Ausias March dans son poème sur la mort, dans celui De amor et dans ses Obras morales. Après eux et dignes encore d'admiration, Jaime Roig, l'auteur des Trobas et du Libre de CoU" sells^ Jaime Gazull^ qui a exprimé les plaintes des laboureurs de la plaine de Valence, Fenollar qui écrit les Obres o trobas, V Histoire de la Passion, la Dispute des vieux et des jeunes. Citons encore soit en Catalogne soit à Valence : Anleza, Balthazar PortellSy Narciso VinyolaSy Mossen Juan Ecriva, traducteur d'Ovide, Martin Garcia, Juan Fogassot, Guillermo Gibert, Mossen Leandro Sors, Farrer, l'auteur du Beconfort, Anselmo Turneda qui écrit les Maximas morales y cristianas, en vers, etc. La prose participe des progrès et de l'éclat de la poésie. Dans les premières années du siècle, on rédige le code catalan ; Juan Manso écrit un livre sur l'idiome valencien (1412), Manuel Diez, un livre d'hippiatrique, Pedro Tomich une chronique remarquable, Gabriel Turell, une histoire des comtes de Barcelone que Camboulin compare à l'œuvre de notre Comines, un Recort his-^ torial et un traité de blason ; Luis Alcanyis réunit une collection de fueros, Miguel Perex, traduit V Imitation de Jésus-Christ et Penollet, V Histoire de Quinte-Curce. Les princes même donnent l'exemple de cultiver les lettres ; le prince de Viane, poète à ses heures, fait écrire le récit des événements de son temps ; D. Ferdinand de Aragon écrit l'histoire des rois de sa famille. A cette époque brillante de la Renaissance, la Catalogne pouvait rivaliser avec n'importe quel pays d'Europe pour l'activité littéraire ; elle était maintenant le lien entre l'Italie et
CATALOGNE
l'Espagne centrale comme elle avait été jadis le trait d*union entre ce pays et le midi de la France.
Cette prospérité ne pouvait se maintenir quand la Catalogne, sous Charles-Quint, perdit son indépendance. Les successeurs d'Ausias March chantent dans la solitude et sont à peine lus ; quatre seulement méritent une mention : Pedro Seraft, à peine inférieur au grand lyrique du siècle précédent ; Giberga, son ami et son rival ; Juan Pujol de Mataro^ qui célèbre la victoire de Lépante, et le P, Ledenna, auteur d'un poème sur la doctrine chrétienne. Le siècle préfère à la poésie la prose ; aussi la décadence de celle-ci est plus lente. 11 y a encore d'estimables chroniqueurs comme Pedro Miguel Carbonell, Jaime Ra7non Vila, Francisco Calça, Miguel Llot de Riera, Antonio Viladamor, Miguel Ferrer, Domenech, Pedro Anton Beuter; un savant géographe, Francisco Tarrafa; Antic Roca, auteur d'un dictionnaire catalanlatin ; les jurisconsultes Francisco Solsona et Luis de Pequera, le médecin Juan-Rafaël Moix^ le prédicateur Onofre Marescaly les polygraphes Angel Depas et Hortola, etc. La langue est encore correcte ; elle gagne même en précision, en clarté, en rigueur scientifique ; mais il n'y a plus de foyer littéraire ; la Catalogne va perdant la conscience de* sa nationalité dans la grande agglomération d'Etats que gouvernent Charles-Quint et ses successeurs; un de ses enfants, Boscan, est même devenu le père d'une école poétique castillane qui se rattache aux traditions des troubadours et de l'Italie.
Le XVII® siècle est, pour la littérature catalane, le commencement de la décadence ; la plupart des fils de la Catalogne se servent dans leurs œuvres de la langue castillane, de la langue des Cervantes, des Solis, des Mariana, et le nombre est relativement restreint de ceux qui continuent à se servir du parler maternel. Au premier rang de ceux-ci, il faut mentionner le docteur Vincente Garcia, recteur de l'église de Vallfogona, poète qui a mérité d'être appelé le Virgile catalan, que Philippe IV attira à sa cour et qui fut l'intime ami de Lope de Vega. Retiré bientôt de la cour où il avait été calomnié par des envieux, il vécut dans la retraite, composant des poésies légères, remarquables par la gaieté et l'esprit satirique, ainsi que des poèmes philosophiques. On regarde comme les meilleures de ces pièces, Desenganys de las vanitats mundanas, Gant ultim del millor eisne catalan et la Oracion panegyrica. Citons parmi les autres poètes catalans de cette époque : Pedro-Pablo Feuria qui écrivit en vers la vie et les miracles de San-Bernardo Calvo (1627) ; Francisco Fontanella, auteur du recueil : Diversio per los alumnos del Parnas catala; José Fontaner y Martell, qui entre autres œuvres nous a laissé une tragi-comédie remarquable (El rapto de Filis 0 amor firmeza y porfia, traduite en castillan par Pers y Ramona) ; Magin Cases, professeur et théologien, auteur du poème : Desenganos del Apocalipsis ; José Romaguera, etc. Les prosateurs les plus distingués de ce siècle furent : Andrés Bosch^ écrivain correct mais sans esprit critique, auteur de Titols de honor de Calalunya, Rossello y Cerdanya ; Jeronimo Pujadas, qui a laissé une Cronicadel Principal de Catalunya (1610) ; Miguel Agusti y qui publia en 1617 Llibre dels secrets de agriculturos, casa rustica y pastoral^ ouvrage mainte fois réimprimé et traduit en castillan; les érudits Gaspar Escolano^ José Blanch, Miguel Sarrovira, José Taberner, Vicente Perez de Culla^ Francisco Compte, Gaspard Roig y Gelpi, Carlos Coloma, traducteur de Tacite, Lorenzo Ceridros, grammairien, Domingo Moradell, Luis Baldo, Gabriel Bruniquer, Gaspar Sala, José Elias Estragos, Manuel Marcillo, José Catala, Vincente Ferrer, Bandilio Rescach, etc. On voit que la veine poétique va presque s'épuisant et que les recherches d'érudition occupent alors la plupart des Catalans d'esprit cultivé.
La décadence de la littérature catalane se poursuit
pendant le xviii® siècle ; la langue, en 4714, a reçu le coup de grâce. Philippe V, pour punir les Catalans qui n'avaient pas voulu le reconnaître, leur enlève leurs fueros et en même temps prohibe l'enseignement et l'emploi dans les actes publics de leur idiome national ; c'est en castillan que les Masdeu et les Capmany, que les poètes comme les prosateurs, écriront leurs ouvrages. Pourtant la littérature catalane avait de si fortes attaches dans le cœur des populations, elle était si vivace qu'elle ne se résigna pas complètement au silence. Francisco Balart écrivit des satires en catalan et en castillan ; Serra y PotenSj Ignacio Ferreras écrivaient leurs poésies en catalan ; Agustin Eura chanta dans cette langue la montagne et le sanctuaire de Montserrat, et un anonyme la résistance du Roussillon à la France. Mentionnons aussi un petit nombre de prosateurs qui ne sont pas sans mérite : Benito Laplassa y Casas, Antonio Bastero y lado. Serra y Postius, Ignacio Ferreras, auteur, outre les poésies ci-dessus indiquées, de la Apologia del idioma catala et les prédicateurs Simon Salamo et Melchor Gelabert.
Dans les premières années du xix® siècle, la décadence continue ; les littérateurs qui écrivent en catalan sont en petit nombre et n'obtiennent que peu 'de succès. Citons seulement, comme preuve que cette littérature n'est pas entièrement morte, la publication d'une Grammatica y apologia de la lengua catalana par José Ballot y lorrés (Barcelone, 1814) ; d'une édition des poésies du recteur de Vallfogona, en 1820, et de quelques livres de piété. Cependant de graves événements s'accomplissaient; les esprits, par toute l'Espagne, étaient en mouvement. La Catalogne, qui avait reçu les idées philosophiques du xviu^ siècle et celles des révolutionnaires français, qui ensuite avait pris une grande part à la guerre de l'Indépendance, était en ébullition, foyer à la fois d'émeutes républicaines et de complots monarchiques. Ce dernier parti (régence de la Seu d'Urgel) prétendait avec le régime monarchique ancien ramener les privilèges des provinces ; l'autre, parlant de fédéralisme, voulait aussi une manière de décentralisation, de sorte que ces systèmes politiques tout opposés aboutissaient tous deux à relâcher les liens entre la Castille et la Catalogne. Ce pays, qui diffère de l'autre d'une façon si frappante, confondait les idées de liberté moderne avec celles des privilèges et do l'indépendance antiques et était plein d'agitation. Le mouvement politique des esprits fut accompagné d'une véritable fermentation littéraire ; l'école romantique, dans tout son éclat alors, ramenait à l'admiration et à l'étude du passé ; Raynouard et Fauriel en France faisaient revivre le monde des troubadours. La Catalogne subit aussi cette influence; l'Université de Barcelone réorganisée, l'Académie des belles-lettres de cette ville, l'Académie d'Apolo à Valence (1827) encouragent les études sur l'histoire, la littérature, la langue de la Catalogne ; de jeunes lettrés pleins d'enthousiasme, C. Aribau, Lopez Soler, rédigent à Barcelone le journal VEuropeo, Fuster, à Valence, publie (1828) sa Bibliotheca de autores valencianos, qui fait revivre les noms de maint écrivain tombé dans l'oubli. De cette étude des vieux auteurs catalans à leur imitation, il n'y avait qu'un pas. En 1833, C. Aribau publia en catalan une magnifique ode à la patrie ; /. Cortada une Naya fugitiva, imitée de Grossi (1834) ; Roberno et Renart y Arus, faisaient représenter des pièces dramatiques en cette langue ; Bofarull. Vives y Cerda, Pif errer. Grau y Codina, bien d'autres, éclairaient de leurs recherches les parties obscures de l'histoire de leur pays. On voit qu'il y avait là les symptômes d'un réveil de la langue d'autrefois ; toutefois les poètes qui s'en servaient ne prétendaient point l'égaler au castillan et c'était plutôt jeu d'esprit que dessem arrêté de faire revivre le catalan comme langue littéraire. Ce dessein au contraire fut celui d'un révolutionnaire politique, Abdon Terradas, auteur du
CATALOOiNE — CATALOfiLlî!
drame Lo Rey Micomico (1838) en catalan, rédacteur du premier journal en cette langue : Lo Pare Aranjel, periodich-politich- catalan ; des poètes M. Anton' Marti et /. Rubio y Ors. Le premier se fit connaître par les Llagrimas de la viudesa, le second par un recueil paru en 1840 sous le pseudonyme de Gayté del Llobregat, En tête de ces dernières poésies, il y a un prologue, véritable manifeste en faveur du catalan et dans lequel le particularisme littéraire s'affirme nettement. Le réel talent de ces auteurs remet en vogue les anciennes oeuvres littéraires écrites dans l'idiome provincial. Rubio y Ors émet ridée de restaurer la gaie science : on publie de nouvelles éditions du recteur de Vallfogona et de Pedro Serafi (1840) ; l'Académie des belles-lettres ouvre des concours de catalan (1841), où Rubio remporte le prix avec les poésies : Roudor de Llobregat, Une pléiade de nouveaux troubadours surgit, qui prennent des noms analogues à ceux d'autrefois (Rubio y Ors s'appelle Gayté del Llobregat, A. Bofarull Tamboriner del Fluviâ, etc.), et dont les plus connus sont /. Sol y Padris, A, de Bofarull, J, Pers y Ricart, Pablo Estorch y Siques^ Estrada, Calvet, P. Gras y Auguera^ /. Joncosa y Mestre, M, Passarell, Joaquim Roca y Cornet, Victor Balaguer» Le progrès de la littérature catalane fut tellement rapide que, dès 1858, on put publier une anthologie de ces nouveaux troubadours et que la même année on put tenir de grandes assises, de véritables jeux floraux à Barcelone. Aucun de ces poètes, il faut le dire, ne prétend détrôner dans leur pays la langue castillane ; plusieurs d'entre eux au contraire ont écrit des ouvrages remarquables en cette langue. C'est dans le même esprit que Quadrado et Rosello y Montis travaillèrent à Palma dès 1840 et Boix à Valence. Depuis 1860, et les révolutions aidant, le caractère de la renaissance littéraire s'est un peu modifié et deux tendances assez diverses s'accusent. Certains écrivains se bornent à vouloir que le catalan soit cultivé à côté du castillan, comme une langue sœur et auxiliaire, comme une richesse littéraire à ajouter à la richesse littéraire nationale ; d'autres, portant plus loin leurs vues, voudraient la renaissance de l'indépendance catalane, une réelle autonomie littéraire, législative et ^politique et c'est à eux que s'applique surtout le nom de catalanistes. Les premiers sont plus nombreux à Valence et dans les îles ; les autres forment un parti assez important dans la Catalogne. Nous nous arrêterons à ces indications qui avoisinent un point obscur de politique et nous nous bornerons à dire que depuis 1860 la renaissance littéraire catalane a été extrêmement brillante ; que, en cette langue, idiome naguère délaissé, il y a une poésie lyrique très riche, un théâtre entier avec tragédies, drames, comédies, opéras, opérettes, vaudevilles, etc., et des œuvres de tout genre en prose (nouvelles, revues, journaux, romans, livres scientifiques, etc.). Lo Llibrede la Fe, publié en 1883 pour le 25® anniversaire de la renaissance des jeux floraux à Barcelone, contient des pièces de plus de cinquante poètes. Les Catalans qui dans la poésie ont acquis de nos jours une réelle illustration sont : Victor Balaguer, auteur de tragédies et savant laborieux, écrivant aussi bien en castillan que dans l'idiome de ses compatriotes; Rubio y Ors, maître en gay-savoir, président de l'Académie des belles -lettres à Barcelone, professeur à l'Université de cette ville ; Théodor Llorente, le chef admiré de l'école valencienne; Pelay-Briz, Francisco Bartrina, Blanch, Jacinto Verdaguer, le chantre de V Atlantide et des Idils y cants mistichs, etc. Parmi les prosateurs citons du moins Mila y Fontanals, romanisant d'une réputation européenne; Yxart, le critique littéraire, A. Rubio y Lluch, l'helléniste, les romanciers Oller et Toda. E. Cât.
BiBL- : !<» Histoire. — Outre les histoires générales d'Es- ^ pagne (Mariana, Lafuente, Romey, Rossew-Saint-Hilaire), et les histoires d'Aragon (Ziirita, Briz, Martinez, Argensola, Sayas, Rabaneva y Ortubia, Dormer, Pidal, Coleccion de documentos inédites del Archive de Aragon), etc., on
peut consulter J. Pujades, Cronica universal del princi' pado de Cataliina (jusqu'à 1162) ; Barcelone,1829-32, 8 vol. in-4. — P. -A. Beuteb, Segiinda parte de la Cronica gênerai de Espafia, especialmente de Aragon^ Cathaluna y Valencia ; Valence, 1551, in-fol. — Desglot, Historia de Catalufia hasta la muerte de D. Pedro el tercero, etc.; Barcelone, 1616, in-4. — Sala, Epltome de las principios y progressas de las guerras de Calaluna en los anos 16k0 y lô'il ; Barcelone, 1641, in-4. '— Manuel de Mello, Historia de los movimientos, separacion y guerra de Catalufia en tiempo de Felipe IV, plusieurs éditions ; Madrid, 1808, in-8; Paris, 1826, 2 vol. in-32. — Conquista de Catalufia por el marques de Olias y Mortara, in-4, s. 1. n. d. (xvii« siècle). -- Capmany y 'de Montpalau, Codigo de las costumhres maritimas de Barcelona, etc.; Madrid, 1791, 2 vol. in-4. — Du même auteur, Memorias historicas sobre la marina, comercio y artes de la antigua ciudad de Barcelona-, Madrid, 1789-1792, 4 vol. in-4.
2" Langue et littérature. — Il n'y a point, sur la langue et la littérature catalanes, un ouvrage général qui fasse autorité, mais de nombreux opuscules ou articles qui traitent de questions de détail ont été publiés par Joubert de Passa, Mila y Fontanals, Pers y Ramona, Cardona, Cambouliu , Meyer, Morel Fatio," Guardia , Savine, etc. Citons parmi les livres qu'on peut consulter avec le plus de fruit : Mila y Fontanals, Observaciones sobi'e la literatura popular, etc.; Barcelone, 1853, in-8. -— WoLF, Proben portugiesischer und catalanischer Volk's Romanzen\ Vienne, 1856, in-8. — Pers y Ramona, Historia de la lengua y de la literatura catalana ; Barcelone, 1857, in~8. — Cambouliu, Essai sur l'histoire de la littérature catalane; Paris, 1858, in-8. — Rubio y Ors, Brève resefia del actual renacimiento de la lengua y literatura catalanas; Barcelone, 1877, in-8 (Trad en fr. par Ch. Boy, 1879, avec une introduction sur la littérature provençale). — TuBiNO, Historia del renacimiento literario contemporaneo en Catalufia, Baléares y Valencia; Madrid, 1880, in-8. — Savine, l'Atlantide^ poème traduit du catalan de Mossen Jacinto Verdaguer, augmenté d'une introduction et d'appendices; Paris, 1882, in-8.
CATALOGUE. I. Bibliographie. — (V. Bibliographie, chap. Règles bibliographiques, t. Yf, pp. 613-633, et Bibliothèque, chap. Classement des livres et Catalogues et Inventaires^ t. VI, pp, 659-662.)
II. Beaux-arts. — Liste, énumération, classification alphabétique ou par écoles, des œuvres d*art faisant partie d*un musée ou d'une collection privée, ou des œuvres réunies pour une exposition publique ou une vente. Catalogue raisonné est un terme nouveau, adopté par la critique, pour signifier qu'à l'inventaire des ouvrages, est jointe une description détaillée, accompagnée d'explications ou d'un commentaire. A l'origine, avant les catalogues tels que nous les connaissons aujourd'hui, nous rencontrons les inventaires manuscrits, où étaient portés les objets appartenant à une association ou à une personne (V. Inventaire). Le premier catalogue qui ait été imprimé en France date de 4614, et a paru à Paris sous ce titre : Discours et roole des médailles et autres antiquitez, tant en pierreries, graveures, qu'en bas-reliefs et autres pierres naturelles admirables, plusieurs figures et statues de bronze antiques, avec autres statues de terres cuites à l'égyptienne et plusieurs rares antiquitez qui ont été recueillies et à présent rangées dans le cabinet du sieur Antoine Agard, maître orfèvre et antiquaire de la ville d'Arles, en Provence. Une autre collection de la province nous est révélée par une brochure : Indice du cabinet de Samuel Veyrel, apoticaire à Xaintes, avec un recueil de quelques antiquitez de Xaintes, et observations sur diverses médailles (Bordeaux, in-4.) — L'abbé de Marolles, qui avait rassemblé cent vingt-trois mille quatre cents pièces dans une collection d'estampes achetée par le Cabinet du roi, en a donné le catalogue, en employant ce mot lui-même, entête de la notice qu'il a publiée en 1666. Les catalogues de cabinets de médailles, de tableaux, d'objets rares se succèdent en assez grand nombre, en Hollande, à partir de la seconde moitié du xvii® siècle. On vendait des collections d'amateurs à Amsterdam ou à la Haye ; on mettait aussi quelquefois en vente, comme de nos jours, les esquisses et les tableaux qui étaient restés dans l'atelier de certains artistes après leur mort. H en était de même à Anvers et à Bruxelles. Nous pouvons retrouver les catalogues de la galerie du marquis de Saint- Philippe, ambassadeur du roi d'Espagne, et des tableaux