L. BOTJGIER
BiBL.: S. R. Gardiner, HistoryofEngland, i603-16i2; Londres, 1883, in -8.
CATESBY (Marc), naturaliste anglais, né en 1680, mort le 3 janv. 1750. Il fit, en 1712-19 et en 1722-26, des voyages dans l'Amérique du Nord et recueillit un grand nombre de documents qu'il publia avec des planches gravées par lui-même et coloriées sous sa direction : The Raturai History of Carolina, Florida and the Bahama Islande etc. (Londres, 1731-43, 2 vol. in-foL, et Append,, ibid., 1748, in-fol., et autres éditions plus complètes); Hortus britannico-americanus (Londres, 1763, in-fol. ; 1767, in4). D^ L. Hn.
CAT-6UT (Chir.) (V. Ligature).
CATHA (Catha Forsk.). Genre de plantes de la famille des Célastracées et du groupe des Evonymées. L'unique espèce, C, edulis Forsk. (Celastrus edulis Vahl), est un arbuste à feuilles opposées, lancéolées, coriaces. Ses fleurs, disposées en grappes courtes, axillaires, ont un périanthe double, pentamère, et cinq étaaiines alternipétales. L'ovaire, triloculaire, avec deux ovules ascendants dans chaque loge, devient, à la maturité, une capsule allongée, trigone, renfermant de une à trois graines albuminées. Le C, edulis croît en Abyssinie, à Zanzibar et en Arabie. C'est le Khât des Arabes. Ses feuilles servent à faire des infusions théitormes réputées stimulantes.
CATHA LA-CoTURE (Antoine de), historien français, né àMontauban en 1652, mort à Auch en 1724. Fils d'un avocat général à la Cour des aides deMontauban, il dut, à la suite de revers de fortune, embrasser la profession d'avocat, et devint par la suite maire de Montauban et subdélégué de l'intendant ; plus tard il occupa le même poste à Auch. On lui doit un certain nombre de poésies médiocres, mais son principal titre littéraire est V Histoire politique, ecclésiastique et littéraire du Quercy^ publiée par les soins du libraire Cazaméa à Montauban (1787, 3 vol. in-8). L'auteur avait arrêté son travail à l'an 1700 ; l'éditeur le poursuivit jusque vers la fin du xviii*^ siècle et y ajouta un certain nombre de listes utiles pour l'histoire, et un récit circonstancié du siège de Montauban sous Louis Xni. En lisant cet ouvrage, on ne doit pas oublier qu'il est antérieur à VHistoire de Languedoc de D . Vaissète ; on y trouve néanmoins des renseignements utiles, mais les sources utilisées par l'auteur y sont trop rarement indiquées. C'est toutefois encore aujourd'hui un livre à consulter par les historiens du Midi. Cathala- Coture a fourni également une partie des notes qui ont servi à composer le Mémoire sur la généralité de Montauban, écrit par l'intendant de la province sous Louis XIV. A. MoLiNiER.
CATHARES. I. HiSTomE. — Origine, dogmes, discipline, hiérarchie, culte. Aucun témoignage précis, ni des cathares eux-mêmes, ni des contemporains qui les ont combattus, ne relatant l'origine de cette secte, nous ne pouvons rapporter sur ce point que des opinions fondées sur des conjectures. — Au moyen âge, l'opinion commune des gens d'église considérait les cathares comme des manichéens : ce qui permettait de leur appliquer les pénalités fort cruelles anciennement édictées contre les manichéens. Cette opinion, très naturellement ou très spécieusement déduite des analogies que présentent les doctrines, les mœurs et la discipline des deux sectes, est encore professée, avec plus ou moins de modifications, par plusieurs historiens modernes de haute valeur. Mais elle ne tient compte que des ressemblances qui semblent identifier les manichéens et les cathares ; ressemblances qui peuvent être tout simplement expliquées par le fait que ces hérétiques se sont accidentellement rencontrés sur un point commun, le dualisme, lequel implique partout et toujours certaines conséquences inévitables ; elle néglige es diÔ'érences, pourtant très caractéristiques, qui dis-
tinguent les uns des autres ; d'autre part, elle n'indique pas, ce qui serait fort important, la succession historique qui relierait les derniers aux premiers. Ce qui seulement peut être admis, sans trop de difficultés, à l'égard de cette filiation, c'est que des réminiscences manichéennes ont pu coopérer à la naissance de l'hérésie cathare dans le milieu gréco-slave où elle s'est formée, et des vestiges du manichéisme en faciliter la propagation dans les pays 011 de pareils vestiges auraient subsisté, persistance assez problématique. — Bossuet {Histoire des variations, II) fait provenir les cathares des manichéens, par l'intermédiaire des pauliciens de Bulgarie, et il suppose que leur doctrine fut préchée en France d'abord par Pierre de Bruis et son disciple Henri, lesquels n'ont jamais eu rien de commun ni avec les cathares ni avec les manichéens. Il est vrai que dès le milieu du xii® siècle, on donna communément aux cathares, dans le nord de la France et en Angleterre, le nom de poblicans, altération du mot paulicien ; mais ce nom semble avoir été introduit par les croisés, peu experts en matière d'hérésie et confondant des choses fort différentes. Muratori est le premier historien qui ait rapporté directement aux pauliciens l'origine des cathares; après lui, Mosheim. (Au mot Vaudois, on trouvera la réfutation de l'opinion qui identifie ces chrétiens avec les cathares.) Pour compléter l'énumération des conjectures relatives à l'origine des cathares, ajoutons que plusieurs auteurs les ont rattachés soit à des sectes gnostiques, soit à des sectes dualistes différentes des manichéens, notamment aux priscillianistes.
Selon Ch. Schmidt, dont l'œuvre magistrale a fourni la substance de la plus grande partie de notre notice, l'hérésie dualiste des cathares, xa8apo( (les purs) est une hérésie sui generis, indépendante de celles des manichéens et des pauliciens. Constituée vers le xi® siècle, parmi les Slaves, probablement parmi ceux de la Macédoine, cette secte se répandit rapidement, à l'aide d'une propagande très zélée, dans les autres pays de langue slave, et de là en Italie et dans le midi de la France. Elle obtint même quelques succès dans le nord de la France, en Flandre et en Allemagne. Dars la dernière moitié du xii^ siècle et au commencement du xiii®, elle possédait des évêchés en Macédoine, en Bulgarie, en Thrace, en Bosnie, en Dalmatie, en Italie et dans la France méridionale. De nombreux adeptes, dégoûtés de l'Eglise catholique par la corruption du clergé, s'étaient attachés à elle ; des magistrats, des seigneurs et des princes la toléraient ostensiblement; quelques-uns même la protégeaient. Jusqu'au pontificat d'Innocent lll, elle brava toutes les attaques de ses ennemis. On verra plus bas par quels moyens elle fut extirpée de la France. En Italie, où le peuple leur avait donné le nom de patarins, qu'ils avaient accepté volontiers, la résistance des cathares fut plus longue. Au temps d'Innocent III, ils occupaient une forte position en Lombardie. Milan était leur centre ; soutenus par les seigneurs, ils siégeaient dans les conseils des villes, célébraient publiquement leur culte et provoquaient à des disputes les théologiens catholiques. Les persécutions ordonnées par Innocent III et ses successeurs restèrent longtemps inefficaces contre eux ; l'inquisition elle-même n'obtint pas un meilleur résultat. Ce ne fut que dans le cours du xiv^ siècle qu'on parvint à les réduire. Dans les pays slaves, ils se maintinrent, malgré les fréquentes persécutions qui les décimèrent, et iîs n'y disparurent que lorsque la Bosnie, qui était le foyer de leur secte, eut été conquise par les Turcs ; dans ce dernier pays, beaucoup se firent mahométans, en haine des catholiques persécuteurs.
Les cathares avaient des écoles, des docteurs très versés dans la connaissance des textes bibliques et très habiles à les interpréter, tantôt d'après la lettre, tantôt d'après l'allégorie, pour les adapter à leurs thèics; des versions du Nouveau Testament et de quelques parties de l'Ancien, des livres théologiques et des livres litur-
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giques, des écrits et des chants populaires; ils se servirent aussi de deux apocryphes : Visio Isaiœ prophetœ Trinitatis arcana et redemptionem generis humant manifestans; Narratio de Interrogationibus S. Johannis et de Responsionibus Christi Domini, Malheureusement, de tous les ouvrages qui leur étaient propres on n'a retrouvé jusqu'à ce jour qu'un Rituel et une traduction du Nouveau Testament en langue provençale ; et on est encore réduit à ne juger de leur doctrine que d'après les témoignages justement suspects de leurs ennemis. Mais de ce côté, les renseignements sont nombreux; et, quoiqu'ils émanent d'auteurs divers et concernent des lieux et d3S temp? différents, ils présentent une concordance qui leur donne une réelle valeur. — De ces documents impartialement interprétés il résulte que le fondement de la religion des cathares est une certaine conception du caractère divm. Ils concevaient Dieu comme l'être souverainement parfait et essentiellement bon. Ses œuvres doivent être comme lui parfaites et bonnes, le bon arbre ne pouvant porter de mauvais fruits. C'est pourquoi il est impie d'attribuer à Dieu la création du monde visible. La matière porte en ellemême un principe de corruption qui la condamne irrévocablement à la décomposition et à Tanéantissement ; elle est de plus la cause ou l'occasion de maux sans nombre ; l'eau recèle les naufrages et les dévastations ; l'air, les tempêtes et les orages ; le feu, les incendies qui détruisent la maison du pauvre, et il allume les bûchers qui consument les amis de la vérité. Parmi les créatures vivantes, beaucoup ont été formées de manière à ne pouvoir vivre qu'en déchirant et en dévorant les autres. La part la plus avantageuse est faite chez elles aux plus méchantes et aux plus cruelles, et elle est prise sur les meilleures et les plus douces. L'homme lui-même est enserré dans un corps qui l'entraîne au péché et qui est destiné à mourir, après avoir enduré des souffrances de toute espèce. — Cependant il y a dans le monde visible des dispositions habiles et une ordonnance qui ne peuvent être imputées à l'effet du hasard. Comme le mau^ vais fruit dénonce le mauvais arbre^ la création et l'organisation du monde visible démontrent l'œuvre d'un auteur intelligent, mais souverainement mauvais, qui a donné aux bêtes féroces leurs griffes et leurs dents, aux serpents leur venin, aux plantes leurs poisons, et qui a semé tant de germes de désordre, de souffrance et de mort dans les éléments que compose la matière.
L'opinion la plus répandue chez les cathares était que l'auteur du mal est aussi absolu, aussi éternel que Dieu. De là, deux natures qui sont essentiellement et éternellement contraires, et deux créateurs. L'un est le principe de la lumière ; l'autre, celui des ténèbres. — Dieu a créé les esprits, les êtres purs qui ne tombent pas sous les sens. Son monde est le monde invisible, où tout est bon et parfait. Ce monde des anges et des âmes célestes a été créé tout à la fois, à la même époque, au commencement de toutes choses. Faisons remarquer iti pour l'intelligence de ce qui suit, que selon la doctrine du catharisme absolu, la création du monde spirituel ayant été accomplie tout entière au même moment, il n'a pu se produire plus lard aucune âme digne de ce nom. Il importe aussi de ne pas confondre les âmes célestes avec les anges qui sont leurs gardiens : les anges n'ont point suivi dans leur chute ces âmes, qui en réalité étaient des hommes revêtus de corps ou de substance céleste ; et le premier mode du relèvement de ces âmes doit être la réconciliation de chacune d'elles avec l'ange qui lui a été primitivement associé. — Le créateur mauvais, que les cathares appelaient communément le Diable, Lucifer ou Luciabel, et auquel plusieurs d'entre eux prêtaient deux femmes, Collant Collibant, a produit tous les êtres visibles, matériels et caducs ; il préside à leur conservation et à leur gouvernement ; il est la providence de notre bas monde terrestre, théâtre de
tant de misères et de tant d'iniquités; il engendre aussi des âmes essentiellement mauvaises comme la sienne et comme elle impropres à tout salut : ce sont les âmes des tyrans, des scélérats et des irréconciliables persécuteurs de la vérité.
Non seulement chacun des deux principes a sa création et son monde, mais chacun d'eux a sa révélation. Dieu, le Dieu qui bénit, l'auteur de tout bien et de tout don parfait ^^ s'est révélé dans le Nouveau Testament. L'autre, celui qui maudit, celui que l'Ecriture montre se repentant^ sans doute parce que ce qu'il a fait est mauvais, se révèle dans l'Ancien Testament, où il se décrit avec une figure, des organes et des sentiments d'homme, colère et vengeance ; il est l'auteur du déluge et de la confusion des langues, l'ordonnateur de la religion et de la législation sanguinaires des Israélites, le prescripteur des exterminations accomplies par ce peuple. En conséquence, ce que les Israélites appellent la Loi, n'ayant point été donné par le Dieu bon, ne doit point être observé. Cette loi ne conduit point au salut, mais à la mort.
Lucifer, jaloux de voir Dieu régner sur un peuple saint et heureux, prit la figure d'un ange resplendissant de lumière et de beauté, et s'introduisitdansleciel.Il parvint à se faire aimer des âmes célestes et à les entraîner vers la terre, où elles furent obligées d'abandonner leur corps céleste et de se laisser enfermer dans la nature matérielle. Dieu j)ermit qu'elles fussent ainsi enchaînées dans la matière, afin qu'elles y subissent le châtiment mérité par leur infidélité et qu'elles y fissent la pénitence qui doit les rendre de nouveau dignes de reprendre dans le ciel la place et le corps qu'elles y ont laissés. L'enfer, pour ces âmes, c'est la terre; il n'y en a point d'autre. Finalement elles doivent toutes être délivrées, en vertu de leur origine divine; car, rien de ce que Dieu a créé ne peut ni périr ni rester perpétuellement dans le mal. — Jésus- Christ devait être le préparateur ou plutôt le messager de cette délivrance. La doctrine des cathares sur la personne et sur l'œuvre de Jésus-Christ diffère profondément de celle des chrétiens orthodoxes. Le Rituel qui nous est parvenu montre les cathares répétant très fréquemment et très solennellement dans leur culte la formule sacramentelle Père^ Fils et Saint-Esprit; mais ils n'attachaient point à ces noms l'idée de Trinité, d'une trinité composée de trois personnes égales, coéternelles et consubstantielles formant un seul Dieu. Suivant eux, Jésus-Christ est le plus élevé des anges, le plus près de Dieu, et c'est à ce titre seulement qu'il peut être appelé Fils de Dieu. Le Saint-Esprit, qu'ils nommaient aussi Esprit principal , est le chef de tous les esprits célestes, quoique inférieur a Jésus-Christ, qui est avec le Père dans des relations infiniment plus intimes ; il est d'une beauté ineffable ; une des joies des anges est de le contempler. C'est lui que le Rituel désigne dans ces formules : Pater et Filius et Spiritus Sanctus parcat vobis omnia peccata vestra, Adoremus Patrem et Filium et Spiritum- Sanctum, Dans un sens plus particulier, ils appelaient aussi Saint- Esprit chacun des esprits que Dieu a attachés à la garde des âmes; ils donnaient à ces anges ce nom, parce qu'ils ont résisté aux séductions de Lucifer, tandis que les âmes y ont succombé. Lorsqu'une âme achève sa pénitence et qu'elle est initiée dans l'église cathare, l'esprit-gardien qu'elle avait antérieurement dans le ciel se réunit de nouveau avec elle ; c'est lui qui la console aussi longtemps qu'elle est encore obligée de rester sur la terre. — Ce que nous avons déjà exposé de la doctrine des cathares indique d'avance que dans l'œuvre de Jésus-Christ ils ne pouvaient admettre la réalité ni de son incarnation, ni de ses souffrances, ni de sa mort, ni de sa résurrection. Ces choses n'ont été que des apparences destinées à tromper Lucifer et à mettre Jésus en rapport avec les hommes. Les cathares professaient à cet égard le docétisme (V. ce mot) le plus complet. Jésus n'a pu s'incarner, c.-à-d. prendre un corps humain, matériel, parce que la ma-
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tière est précisément une prison pour les âmes auxquelles il venait annoncer et enseigner la délivrance, et parce que tout contact volontaire avec la matière est une souillure. Il est descendu sur la terre avec le corps céleste qu'il a révélé à ses disciples sur le mont Thabor, au jour de la Transfiguration et dont la substance lui permettait de marcher sur les eaux du lac de Génésareth. C'est avec ce corps céleste qu'il est entré dans Marie, de laquelle il est sorti aussi pur qu'il était entré en elle, sans qu'elle lui eût communiqué aucun principe matériel. C'est pourquoi il a pu dire à sa mère : Femme, qu'y a-t-il entre toi et moi ? D'ailleurs, Marie était un ange qui n'avait de la femme que l'apparence. C'est pourquoi l'Evangile, qui donne la généalogie de Joseph, ne donne point la sienne. Jésus n'a point souffert, il n'est point mort réellement, et par conséquent, il n'est point ressuscité, parce qu'un corps céleste ne peut ni souffrir ni mourir. Son ascension est un simple retour au ciel, où il n'y a point de place pour aucun corps matériel. Les cathares étaient conséquents avec ces croyances, en excluant de leur culte la croix, instrument d'un supplice imaginaire.
Dans ces conditions, l'œuvre de Jésus-Christ ne pouvait être une rédemption telle que les chrétiens orthodoxes la conçoivent; c'était une mission ayant pour objet de manifester la méchanceté de Lucifer et la gloire de Dieu, d'enseigner aux hommes leur origine et leur destination et de leur indiquer les moyens de faire plus promptement pénitence, enfin de former une église pure composée de tous ceux qui acceptent ses révélations et se soumettent à ses lois : l'Eglise cathare. — Rappelons ici que toutes les âmes d'origine céleste doivent finalement retourner au ciel ; car rien de ce que Dieu a fait ne peut périr ni rester perpétuellement dans le mal; mais il faut qu'elles accomplissent la pénitence qui doit les rendre de nouveau dignes du ciel. Rappelons encore que l'enfer pour elles c'est la teri'e, et qu'il n'y en a point d'autre. Lorsque meurt le corps dans lequel une âme se trouve, celle-ci doit, si elle n'a point achevé sa pénitence, passer dans un autre corps, et cela indéfiniment. H n'y a pas d'autre purgatoire que cette métempsycose. Elle dut être le sort de toutes lésâmes avant la venue de Jésus-Christ; car auparavant aucune âme ne connaissait ni ne pouvait accomplir les véritables conditions de la pénitence parfaite, qui résident en linitiation à l'Eglise cathare. Il semble inutile de dire que la doctrine de cette Eglise est absolument inconciliable avec la croyance catholique en la résurrection de la chair. — Le témoignage le plus pur de Dieu et de Jésus se trouve, suivant les cathares, dans TEvangile de saint Jean. Ils s'en servaient de préférence aux autres dans leur culte; plusieurs môme l'attribuaient à un ange descendu vefs la terre avec Jésus-Christ pour rendre témoignage de lui, et qui, comme Jésus, n'avait eu qu'une existence humaine apparente.
Dans l'esquisse qui précède, nous n'avons résumé que la doctrine des cathares professant le dualisme absolu. C'était la plus répandue et peut-être la plus ancienne. Elle reçut en divers lieux des atténuations, dont les principales constituèrent ce qu'on a appelé le système des cathares de Concorezo, D'après ce dualisme mitigé, Dieu seul est éternel et absolu ; il était avant le monde et avant le mal. Lucifer, créature de Dieu, a commencé par être bon; mais il s'est séparé de Dieu par orgueil. Dieu avait créé la matière; mais avec cette matière, Lucifer forma le monde et les corps des premiers hommes. Les hommes ont des âmes d'origine céleste, mais celles-ci ne sont point venues toutes à la lois sur la terre; issues d'un premier couple, elles se transmettent comme l'enseignait l'ancien traducianisme (V. ce mot). Le retour des âmes au ciel n'est point une nécessité; car elles jouissent du libre arbitre. Il y aura donc un jugement qui pourra infliger une damnation finale. Malgré ces différences, les cathares paraissent s'être accordes sur les principes de leur morale, sur leur discipline et sur leur culte.
Le but suprême de la religion des cathares étant de délivrer l'âme du mal, du péché qui l'attache à la matière, l'assujettit à Luciter et l'empêche de remonter au ciel, toutes les prescriptions de leur morale dérivent des idées qu'ils se faisaient sur la nature de la matière, ainsi que sur les formes de l'adhésion aux lois et aux inspirations de Lucifer. La matière étant essentiellement mauvaise, tout contact volontaire avec elle est un péché. L'amour ou la possession quelconque des biens de la terre est une rouille pour Vâme; donc, pauvreté absolue imposée aux membres parfaits de l'Eglise; tout commerce charnel d'un sexe avec un autre est une souillure : le mariage même est interdit aux parfaits. Dans le même ordre d'idées, recommandation du jeûne ; prohibition de toute nourriture animale, à l'excepiion des poissons, lesquels ne proviennent pas ex impur 0 coitu, et meurent sans qu'on les tue, quand ils sont retirés de l'eau. Comme imitations de Lucifer meurtrier et menteur ou adhésions à son empire, défense de communiquer avec les hommes attachés au monde, dans toute autre intention que de les convertir ; défense de mentir ou de prêter serment; défense de tuer aucun être vivant ou d'en répandre le sang, les reptiles exceptés, parce qu'ils logent des esprits créés par Lucifer. L'efiusion du sang est interdite aux parfaits, même en cas de légitime défense, ainsi que l'exercice du droit de glaive de la puissance civile. — Les bonnes œuvres ne confèrent aucun mérite, parce qu'elles ne sont que l'accomplissement du devoir. Le pardon des péchés et la délivrance qui restitue à l'âme sa place au ciel ne s'obtiennent que par l'entrée en l'Eglise cathare, en dehors de laquelle il n'y a point de salut. La réception dans cette Eglise se faisait, non par le baptême d'eau, baptême perpétré avec de la matière et, par conséquent, réprouvé comme une institution de Lucifer , mais au moyen du consolamentum , baptême du Saint-Esprit, opéré par la seule imposition des mains accompagnée d'une prière. Il était administré par les parfaits, et on devait s'y préparer par un jeûne de trois jours entiers. Le çonsolamentum est le sacrement suprême de l'Eglise cathare, il unit de nouveau l'âme avec l'ange commis primitivement à sa garde et dont elle avait été séparée par sa chute, il lui assure le pardon des péchés et la remise de la peine, et il la remet ainsi dans son état de pureté originelle. A proprement parler, le nom de cathare, c.-à-d. pur, ne convient qu'au consolé. Le bénéfice du çonsolamentum pouvant être enlevé par un péché ultérieur, il y eut des cathares qui se mirent in indura, après l'avoir reçu, et qui se laissèrent mourir de faim ou môme se tuèrent pour éviter une rechute. Cependant le çonsolamentum pouvait être renouvelé après rechute. Cet acte s'appelait reeonsolatio ; il était accompli en secret, afin de ne pas contrister les fidèles et de ne pas couvrir de confusion le pécheur repentant.
Ceux qui avaient reçu le çonsolamentum prenaient le titre de Parfaits, Ils s'appelaient aussi Amis de Dieu, Bons chrétiens, Bons hommes; et il semble que le peuple au milieu duquel ils vivaient ratifiait volontiers ces qualifications justifiées par leur vie. Nous avons indiqué plus haut ce qui leur était interdit par la morale de leur Eglise. Ils étaient, en outre, obligés d'aller de lieu en lieu, assistés d'un compagnon, pour présider les réunions religieuses, pour prêcher et enseigner, et pour donner le çonsolamentum. Ils faisaient trois jeûnes rigoureux de quarante jours chaque année, et de plus trois jeûnes par semaine, au pain et à l'eau. Ils portaient d'ordinaire des vêtements noirs; sous leurs manteaux, une bourse de cuir contenant un Nouveau Testament. Ils avaient des signes secrets pour se reconnaître. Les femmes parfaites étaient pareillement vêtues de noir; mais elles n'étaient pas tenues, comme les hommes, de voyager; ou bien elles habitaient seules dans des cabanes, ou bien plusieurs vivaient ensemble dans des maisons comamnes, s'occupant de travaux manuels,
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de réducalion des jeunes filles et du soin des malades et des pauvres. Dans les cas urgents , elles pouvaient administrer le consolamentum. Les parfaits et les parfaites se donnaient entre eux les noms de frères et de sœurs. — Le nombre des parfaits paraît avoir été assez restreint ; car, en principe, on ne donnait le consolamentum qu'aux adultes, et après épreuves sérieuses ; et leur régime était singulièrement austère. La grande majorité des cathares se composait de ceux qu'on appelait les croyants. Ceux-ci pouvaient se marier, posséder des biens, se nourrir de tout ce que produit la nature, faire le commerce et même la guerre. Mais toutes ces tolérances n'étaient que provisoires; car mourir inconsolé, c'était mourir sans espoir de salut immédiat. Pour avoir une bonne fin, les croyants faisaient avec les parfaits un pacte, convenenm, par lequel il s'engageaient, en cas de danger de mort, à recevoir le consolamentum et à observer ensuite toute la discipline de leur Eglise.
11 semble bien, en regardant au fond des choses, que les parfaits pouvaient remplir toutes les fonctions essentielles du ministère religieux. Néanmoins, on trouve au-dessus d'eux une hiérarchie comprenant des évêques et des diacres. Les évêques tenaient le premier rang dans toutes les cérémonies, consacraient les ministres inférieurs et présidaient les assemblées des parfaits; ils étaient assistés d'un fils majeur et d'un fils mineur, dont les attributions ne sont pas bien définies. Les diacres étaient préposés aux localités où résidaient des croyants assez nombreux pour nécessiter la présence permanente d'un ministre. Les évéchés correspondaient d'ordinaire aux diocèses catholiques. Les villes, les bourgs, les châteaux compris dans la circonscription de ces évêchés étaient répartis en diaconies. L'Eglise cathare eut même des synodes auxquels assistèrent des évêques de diverses contrées. Quelques écrivains parlent d'un pape cathare ; mais aucun témoignage certain n'en constate l'existence. — Comme le culte de toutes les églises persécutées ou malveillamment tolérées, le culte des cathares ne pouvait qu'être très simple. Cette simplicité était d'ailleurs motivée chez eux par leur doctrine et par leur réprobation des pompeuses matérialités de l'Eglise catholique. Dans les pays où ifs en trouvaient la possibilité, comme dans plusieurs villes et châteaux-forts du Midi, ils avaient des maisons spécialement destinées à leurs réunions; en Bosnie, ils eurent des temples jusqu'au xv« siècle. Dans ces lieux, aucun ornement; une table recouverte d'une nappe blanche servait d'autel; on y plaçait le Nouveau- Testament, ouvert au premier chapitre de l'Evangile de saint Jean. Le culte commençait par la lecture du Nouveau-Testament que le ministre interprétait ensuite. Après cette prédication, une sorte de bénédiction dialoguée entre les croyants agenouillés, d'une part, les ministres et les parfaits, d'autre part. Cette bénédiction tenait une place importante dans leurs rites. L'assemblée récitait ensuite l'Oraison dominicale, la seule prière que les cathares crussent permise aux chrétiens et dans laquelle ils substituaient les mots panem supersubstantialem aux mots panem quotidianum. Enfin, l'adoration et une nouvelle bénédiction. Pour le consolamentum, ils disposaient, le long des murs, des flambeaux allumés, pour symboliser le baptême du feu ; avant la cérémonie, tous se lavaient les mains, afin que rien d'impur ne souillât lelieu. A chaque repas, les parfaits bénissaient, suivant certaines formes, le pain et ils en donnaient à tous les assistants des morceaux, que ceux-ci appelaient le pain bénit ou le pain de la sainte Oraison, et dont ils conservaient une partie pour en manger chaque jour quelques miettes. Les cathares avaient coutume de faire à certaines époques une confession publique, pratiquée par les parfaits aussi bien que par les simples croyants et qui aboutissait soit à des pénitences, soit à une réconsolalion. La confession des parfaits entre eux était di[)^ûée service ou appareillamenlum, c.-à-d. exercice par lequel on se disposait
à une observation plus sévère des règles de la vie parfaite. — - Quoique les cathares condamnassent, d'une manière générale, l'usage de consacrer des jours parliculiers au culte divin, ils avaient conservé plusieurs des grandes fêtes chrétiennes, notamment Noël, Pâques et la Pentecôte. Ils avaient, en outre, trois temps sacrés dans l'année, chacun d'environ quarante jours, affectés à des jeûnes rigoureux. — Pour une secte présentant de nombreuses affinités avec les cathares, V. Bogomiles ; pour les persécutions dirigées par l'Eglise catholique contre les cathares, V. Inquisition. E.-H. Vollet.
II. Guerre des Albigeois. — On appelle croisade contre les Albigeois et les Cathares la guerre entreprise sous les auspices de l'Eglise romaine pour ramener à la foi orthodoxe les hérétiques du midi de la France. Cette guerre eut d'importantes conséquences au point de vue politique et au point de vue religieux ; elle amena la réunion au domaine royal des Etats de la maison de Toulouse et rétablit l'unité de la foi dans l'église catholique. On en divisera l'histoire en trois parties : 1^ jusqu'à la prédication de la croisade (1209); 2^ guerre des Albigeois proprement dite (1209-1229) ; 3<* soumission définitive du Midi (1229-1400).
I. — Jusque vers le milieu du xii® siècle, les hérésies, — et on sait combien nombreuses et variées elles furent, — n'avaient trouvé de partisans que dans le clergé môme, et il avait suffi à l'Eglise romaine de frapper les théologiens dissidents pour ramener leurs partisans à l'unité dogmatique. Au xii® siècle, la nouvelle semence trouve dans le midi de la France un terrain mieux préparé. Seuls en effet ou presque seuls, les pays appelés plus tard Languedoc s'étaient en partie affranchis du joug des idées du temps; le clergé méridional, très riche, mais peu instruit, n'inspirait plus le même respect aux populations ; les évêques et les abbés, absorbés par la politique, s'occupaient plutôt d'agrandir leurs domaines et d'accroître leur influence que du soin d'instruire leurs ouailles ; les classes nobles, composées principalement de petits seigneurs besoigneux, n'avaient pas sur leurs hommes une action aussi directe que dans les pays du Nord ; enfin, grâce au commerce avec l'Orient et l'Italie, s'était formée une bourgeoisie riche, active, ayant déjà des loisirs. Toutes ces circonstances se réunissent pour créer un commencement de culture laïque, et faire naître l'esprit de curiosité et d'examen, si redoutable pour toutes les croyances religieuses. Venues du dehors, les doctrines cathares se développent donc assez rapidement dans ce milieu favorable. La première fois qu'on cite des hérétiques en Languedoc, c'est vers 1140. Deux pasteurs, un certain Henri, qui avait d'abord prêché à Lausanne, puis au Mans, à Poitiers et enfin à Bordeaux, et son maître Pierre de Bruys, arrivent à Saint-Gilles vers 1140. Le second y est brûlé par les habitants, mais Henri peut échapper et bientôt le nombre des partisans des nouvelles doctrines se trouve assez grand en Toulousain et en Périgord pour exciter les craintes de la papauté et ranimer le zèle des docteurs de l'Eglise. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, un moine cistercien, Héribert, écrivent contre les sectaires, et Eugène IV envoie en Toulousain le légat Albéric, évêque d'Ostie, et saint Bernard (1147). Les effets de cette mission furent considérables, au dire des apologistes du saint abbé ; les nouveaux croyants furent convertis, les nobles s'engagèrent à ne plus protéger les hérétiques ; toutefois, à vrai dire, la mission ne paraît pas avoir eu de résultats appréciables ; le peuple se contenta de recevoir et d'écouter avec respect les prélats (sauf à Albi et à Verfeil), sans tr^p s'inquiéter de l'avenir.
En 1163, les progrès de l'hérésie attirent l'attention des pères rassemblés à Tours sous la présidence d'Alexandre lll, et un canon de ce concile anathématise les sectaires, les place sous la surveillance directe du clergé et engage les princes du pays à les punir sévèrement. Deux
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ans plus tard, les évêques et les abbés de Languedoc se réunissent à Lombers en Albigeois, et après une discussion publique avec les bonshommes et leur chef Olivier, renouvellent contre eux i'ana thème porté à Tours. L'indifférence des princes, la protection accordée aux hérétiques par la petite noblesse rendent ces foudres inutiles. Une nouvelle mission, envoyée dans le Languedoc en 1177 à la demande du comte Raimond V par Alexandre 111, mission dirigée par le légat Pierre de Saint-Chrysogone, obtient d'abord quelque succès à Toulouse ; le chef des hérétiques, un bourgeois de Toulouse, nommé Pierre Mauran, est contraint à faire amende honorable et reconnaît publiquement ses erreurs. Mais en Albigeois, les missionnaires ne peuvent même pas avoir une entrevue avec le principal seipeur du pays, le vicomte Roger, et se retirent après avoir prononcé contre lui de vaines menaces et l'avoir excommunié. C'est en vain également que le concile de Latran de 1179 frappe les hérétiques et leurs protecteurs d'un nouvel anathème. Une expédilion tentée en Albigeois en 1181, cette fois à main arnrée, par un nouveau légat, Henri, cardinal d'Albano, n'a de même que peu de résultats ; on occupe Lavaur, refuge des hérétiques, on force le vicomte Roger à faire amende honorable, mais les progrès de la secte continuent, et, jusqu'à l'avènement d'Innocent 111, l'Eglise romaine reste impuissante contre eux.
Dès son avènement (1198), Innocent III commence la lutte contre les sectaires et leurs protecteurs. Il semble peu probable, quoi qu'en aient dit les auteurs ecclésiastiques, que la population du Midi tout entière fût déjà gagnée aux nouvelles doctrines ; mais, pour une foule de raisons, l'autorité de la religion s'était tellement affaiblie en Languedoc que les habitants, même catholiques, n'éprouvaient aucune répugnance à voir vivre parmi eux des hétérodoxes ; en un mot, sans abandonner la foi romaine, la majorité des catholiques répugnait à la persécution. Cette répugnance était grande surtout chez les princes du pays, qui, tous catholiques, — on n'a jamais pu prouver péremptoirement qu'un seul ait été vraiment hérétique, — jugeaient excessif le zèle des légats et du saint-siège. Pendant dix ans, les envoyés d'Innocent 111 ne cessent d'exhorter, de supplier, de menacer Raimond VI ; pendant dix ans, ce prince refuse d'écouter leurs conseils trop violents. En 1204, le pape dépouille les évêques du pays de leur autorité disciplinaire et transporte leurs pouvoirs au célèbre Pierre de Castelnau et à son collègue frère Raoul ; cette mesure arbitraire, en blessant les prélats languedociens, aggrave encore la situation. Les évêques réfractaires sont frappés durement, déposés, suspendus, mais les légats ne trouvent aucun appui auprès de Raimond VI et des autres princes du pays; ils ont l'imprudence de vouloir intervenir dans les guerres privées, d'imposer leur médiation au comte de Toulouse et à ses grands vassaux tant en Provence qu'en Languedoc, si bien qu'en 1207 Pierre de Castelnau en arrivée excommunier publiquement Raimond, et peu après le pape invite solennellement le roi de France et les grands vassaux du royaume à se croiser contre les hérétiques. Le meurtre de Pierre de Castelnau à Saint-Gilles (15 janv. 1209) précipite les événements; jamais on n'a pu prouver la complicité de Raimond VI ; mais cet acte de violence devait avoir les conséquences les plus désastreuses ; dès lors Innocent III ne ménagea plus rien.
IL — A peine le pape a-t-il appris le meurtre du légat qu'il écrit à tous les princes de l'Europe et les exhorte à se croiser contre Raimond VI et ses alliés, dont il oflfre la terre au premier occupant. La prétention de la cour romaine parut grande aux gens sages, et Philippe- Auguste crut devoir faire observer à Innocent lll qu'il outrepassait ses droits et déclina ses offres. Mais les prédications des moines cisterciens furent accueillies avec faveur dans le nord de l'Europe, et une foule de grands seigneurs et de petits nobles prirent la croix, à la fois par
piété et par gotit des aventures. Au xiii« siècle, il n'était point difficile de former une armée. Quelle conduite allait tenir Raimond VI ? Il pouvait résister ; si les Languedociens eussent su oublier leurs divisions et se grouper sous la bannière du comte de Toulouse, nul doute que l'entreprise aurait échoué. Mais depuis trop longtemps les princes méridionaux se jalousaient et étaient en rivalité ; il faudra quatre ans de malheurs pour amener cette concentration si nécessaire. D'ailleurs la plupart étaient restés catholiques et répugnaient à entrer en lutte avec la papauté. Le pape sut profiter de ces divisions ; loin de rejeter les requêtes de Raimond VI, il ordonna aux légats de l'amuser, d'accepter ses excuses, ses propositions, et d'attaquer séparément chacun des barons du Midi ; une fois isolé, ajoute Innocent III dans une lettre célèbre, le comte de Toulouse sera facile à abattre. Raimond VI tombe dans le piège ; Milon, légat du pape, après s'être fait livrer à iMontélimart une partie de la Provence, le réconcilie avec l'Eglise et occupe, au nom du saint-siège, le Languedoc oriental et le Comtat-Venaissin (juin 1209), ouvrant ainsi la route à l'armée de la foi.
Celle-ci cependant s'était lentement formée ; elle avait atteint Lyon à la fin de juin. Milon va à sa rencontre, se concerte avec les chefs des croisés, et cette foule immense pénètre en Languedoc. Le premier prince menacé, — le seigneur de Montpellier, Pierre d'Aragon, étant catholique, — était Raimond Roger, vicomte de Béziers et de Carcassonne. Ce jeune prince (il avait à peine vingt-quatre ans), essaie vainement de s'accommoder avec le légat ; mal reçu, il se retire, se décide à la résistance et, après avoir fortifié Béziers, se retranche à Carcassonne. Les croisés atteignirent Béziers le 22 juil. La ville était forte, mais probablement mal gardée ; le jour même de l'arrivée de l'ennemi, elle est enlevée d'assaut et les habitants massacrés. Les légats, dans leur lettre au pape, estiment à quinze mille le nombre des habitants qui périrent durant le sac. Ce massacre, prémédité si l'on en croit un auteur contemporain, Guillem de Tudèle, jeta la terreur dans tout le pays et les croisés arrivèrent devant Carcassonne sans trouver aucune résistance (1®^ août 1209). L'assiette de cette ville était extrêmement forte et la garnison nombreuse et résolue. Aussi la défense fut-elle plus longue qu'à Béziers. Les croisés emportèrent successivement les deux bourgs qui couvraient les pentes de la colline, mais tout leur courage vint se briser contre les hautes murailles de la place. Malheureusement on était en plein été, l'eau manquait et après avoir refusé les conditions du légat et l'intervention du roi d'Aragon, le vicomte Raimond Roger dut négocier la reddition de la ville. Les habitants sortirent en chemise et en braies (15 août 1209), la place fut occupée par l'armée de la foi et le vicomte retenu prisonnier, peut-être au mépris de la capitulation. Il mourut mystérieusement au mois de novembre suivant. D'après un bruit, rapporté comme vrai par le pape luimême, Simon de Montfort l'aurait lait pt'rir.
Les croisés avaient servi les quarante jours auxquels les obligeait leur vœu ; la plupart se disposèrent à quitter le pays, beaucoup, parmi les princes, indignés du traitement infligé à un aussi vaillant chevalier que Raimond Roger. Avant de partir, ils donnèrent d'un commun accord la seigneurie des pays conquis par eux à Simon de Montfort, et celui-ci resta bientôt seul ou à peu près seul, avec une petite troupe de chevaliers. La situation du conquérant était périlleuse, mais d'une part l'appui de la papauté ne lui manqua pas, et Innocent lll lui confirma la possession de ses nouveaux Etats ; et d'autre part il sut, à force d'activité et d'audace, conjurer la fortune. Sans même chercher à se maintenir en bons termes avec Raimond VI que le légat devait bientôt excommunier de nouveau, il achève la conquête du Carcasses et du Razès, se porte ensuite en Albigeois et occupe Lombers et Castres; le comte de Toulouse au surplus lui laisse le champ libre et quitte ses Etats (septembre) pour aller implorer l'appui
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de Philippe-Auguste et s'expliquer avec le pape. Montfort profite de son absence, enlève au comte de Foix le nord du pays de ce nom (Pamiers et Mirepoix) et achève la conquête de l'Albigeois.
Les années suivantes (4210-1211) sont marquées pour le conquérant par des alternatives de succès et de revers ; il semble qu'à ce moment Innocent Ul ait éprouvé quelque hésitation à consommer l'exhérédalion du comte de Toulouse ; mais les légats apostoliques, moins scrupuleux, traversent les démarches conciliantes du souverain pontife et leurs attermoiements permettent à Montfort de se fortifier ; la prise de Minerve (juil. 1210), celle de Termes (23 nov. 1210) affermissent son autorité en Carcasses, et en janv. 4211, le roi d'Aragon doit accepter les événements accomplis et recevoir l'hommage de Simon de Montfort pour Carcassonne. Dès lors les événements se précipitent ; Raimond VJ, qui a vainement cherché à se justifier du meurtre de Pierre de Castelnau, est solennellement excommunié au concile d'Arles (févr. 4211) ; le pape lui enlève le comté de Melgueil, à la suzeraineté duquel l'Eglise romaine prétendait, et la guerre devient inévitable. De nouveaux croisés viennent renforcer l'armée de Montfort, et, prenant l'offensive, celui-ci s'empare de la forte place de Cabaret, assiège et prend Lavaur (3 mai 4211). Ce n'est qu'après ce succès éclatant que se tournant ouvertement contre le comte de Toulouse, il envahit les Etats de ce prince. Une première fois, il paraît devant Toulouse (juin 4211) ; cette tentative échoue, mais sur d'autres points il est plus heureux, l'évêque de Cahors le reconnaît pour suzerain, ainsi que le comte de Pailhas. Les comtes de Foix et de Toulouse reprennent cependant l'offensive ; Montfort, assiégé par eux dans Castelnaudary, semble un instant perdu ; il échappe encore une fois. Le reste de l'année 4244 et l'année 4242 se passent en alternatives de succès et de revers, mais Raimond VI ne peut arrêter les progrès dos croisés qui envahissent l'Agenais et enlèvent le château de Penne (25 juil. 4212) ; Montfort soumet encore Moissac, Muret, une partie du comté de Comminges, resserrant tous les jours le cercle de fer dont il enveloppe Toulouse. Il se sent même assez fort pour édicter, au mois de novembre de la même année, des statuts généraux dans l'assemblée de Pamiers.
Avec l'année 4213, un nouvel acteur entre en scène. Le roi Pierre d'Aragon, jadis brouillé avec son beau-frère, le comte de Toulouse, et occupé à des expéditions contre les Maures, s'était jusque-là abstenu d'intervenir. Vers la fin de 1212, il se décide à s'entremettre et obtient du pape l'ordre de suspendre la croisade et de faire une nouvelle enquête sur la situation du comte Raimond. Mais Montfort et les prélats étaient trop attachés à leurs projets pour reculer. Le concile de Lavaur rejette les propositions de Pierre d'Aragon en faveur des comtes de Toulouse, de Comminges et de Foix (janv. 1213), et dès la fin du môme mois le roi et Montfort se défient mutuellement. Toutefois ce ne fut qu'en sept. 1213 que les deux adversaires se trouvèrent en présence dans la plaine de Muret (13 sept.). L'armée méridionale était la plus forte en nombre, et tout semblait assurer le succès. On sait comment la négligence du roi d'Aragon, l'inaction des Toulousains et des gens du comte de Foix assurèrent la victoire à Montfort ; celui-ci fit preuve en ce jour de décision et d'intelligence et se conduisit en capitaine judicieux et avisé. Le roi d'Aragon périt et les comtes languedociens n'échappèrent que par la fuite.
Le sort de Toulouse s'était décidé dans les plaines de Muret ; cette ville se soumet aussitôt à Montfort, qui ne cache plus le but qu'il s'est toujours proposé : détrôner la maison de Toulouse et se substituer à elle dans le midi du royaume. Un nouveau légat, le cardinal de Bénévent, se prête à ses desseins, et reçoit la soumission des princes du Midi, y compris Raimond VI (avr. 1214), mais les croisés continuent la conquête des Etats de ce prince, Nîmes, Agde, Vivarais, Provence, Rouergue, Querci,
Agenais, et le cardinal Robert de Courçon investit Montfort de toutes ces conquêtes (juil. 4244) ; cet acte est confirmé par le concile de Montpellier (janv. 4245) et par le pape (avril). Innocent III avait réservé, il est vrai, au concile général convoqué au Latran pour la même année, le droit de revenir sur cette décision provisoire. A ce concile assistèrent la plupart des princes féodaux dépossédés, les envoyés de Montfort et un grand nombre d'évêques de la chrétienté. Les débats furent longs, et beaucoup de prélats prirent la défense de Raimond VI et surtout de son jeune fils, dont la dépossession semblait inique à plus d'un. Mais le pape s'était trop avancé pour reculer; après de longues hésitations, il se crut assez fort de son droit pour confirmer à Simon la possession des domaines conquis par lui dans le midi de la France ; Raimond VI fut définitivement dépossédé ; au fils de ce prince, le pape réserva les terres de son père en Provence, et l'affaire du comte de Foix resta en suspens (nov, 4215). Telle est cette décision célèbre ; jamais peut-être, même au temps d'Innocent IV et de Boniface VIIÏ, la papauté ne porta plus loin ses empiétements sur le pouvoir séculier, et jamais elle n'obtint autant de succès. (Juelques mois plus tard, Simon de Montfort, au cours d'un voyage triomphal dans le nord de la France, devient vassal de Philippe- Auguste pour le duché de Narbonne, le comté de Toulouse, et la vicomte de Béziers et Carcassonne (avr. 4216) ; le roi de France acceptait les faits accomplis.
Simon de Montfort paraissait à l'apogée de la puissance. Il avait vaincu sans peine Raimond VI, prince faible, versatile et universellement décrié ; mais un nouvel adversaire plus actif, et mieux soutenu par la noblesse du Midi, va remplacer le vieux comte de Toulouse. Le jeune Raimond, plus tard Raimond VII, entre alors en scène ; il a pour lui les sympathies des populations méridionales et l'appui déclaré de la cour d'Angleterre. A peine revenu de Rome, où le pape lui a fait un accueil empressé, il fait appel à ses sujets de Provence, entre à Tarascon, occupe Beaucaire et commence le siège du château de cette ville. Simon accourt au secours de la garnison, mais après des combats répétés, il est obligé de conclure un accord ; les Provençaux occupent le château qu'évacue la garnison française (juil. 4216). Il semble que dès lors la fortune abandonne le conquérant. Il va se venger de son échec sur Toulouse, dont il démolit les remparts, qu'il frappe d'une amende exorbitante, et perd son temps à d'infructueuses expéditions en Agenais, en Bigorre, dans le comté de Foix. Il n'a su en somme ni se concilier l'affection de ses nouveaux sujets, ni conserver ses fidèles auxiliaires, les prélats français établis dans le Midi, que son ambition inquiète et irrite (notamment à Narbonne). Toulouse, exaspérée par les rigueurs de son nouveau maître, se soulève ; Raimond VI y rentre en triomphe le 43 sept 4247, et alors commence une lutte héroïque de plus de dix mois. La ville était démantelée, appauvrie, dépeuplée ; les gens de Montfort occupaient la citadelle, le vieux château Narbonnais. On cerne la garnison ennemie, les consuls trouvent de l'argent et des auxiliaires, des barricades improvisées s'élèvent, et, pour les défendre, toute la noblesse du Midi occidental, que la défaite a rendue moins indocile, vient se ranger sous les bannières des chefs nationaux, les comtes de Toulouse, de Foix et de Comminges. Le succès était encore incertain, ou plutôt Montfort ne combattait plus que pour retarder sa défaite, quand une pierre, lancée, dit-on, par une femme, le fait périr le 25 juin 4218. Tous les historiens catholiques du siècle et beaucoup de nos jours ont fait l'éloge de ce personnage peu sympathique. Il avait des qualités réelles de capitaine et de négociateur ; on aurait tort de lui reprocher sa cruauté et son fanatisme, il partageait ces défauts avec tous ses contemporains. Mais on ne saurait assez flétrir son ambition, sa duplicité, sa violence. Pour fonder une dynastie, il avait couvert le Midi de ruines, versé des
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flots de sang, et perdu bientôt de vue le but primitif de la croisade.
Sa mort était un couj) cruel pour l'entreprise. Son fils aîné, Amauri, n'avait ni les talents militaires, ni l'expérience de son père . Un mois, jour pour jour, après la mort de celui-ci, il lève le siège de Toulouse et se retire à Carcassonne. Dès lors, l'œuvre de la croisade semble frappée à mort. En 1218, Amauri perd Nîmes et le Languedoc oriental, l'Agenais et le Comminges. En 1219, rejoint par le prince Louis de France, plus tard roi sous le nom de Louis VIII, il reprend Marmande, mais échoue une fois encore devant Toulouse ; l'année suivante, il perd la majeure partie de l'Albigeois, et Raimond VII rentre à Moissac. En vain le pape Honorius ÏII et Amauri lui-même pressent le roi Philippe-Auguste de prendre la direction de la guerre, de descendre avec une forte armée dans la terre d'Albigeois ; ce prince, vieilli et fatigué, s'y refuse obstinément à plusieurs reprises. Enfin après mille revers, abandonné de ses troupes, sans argent, sans vivres, Amauri doit, par un traité conclu le 14 janv. 1224, s'engager à quitter le pays, remettre aux princes du Midi la plupart des places qu'il tient encore et promettre de s'employer pour ménager un accord entre la cour romaine, Raimond VII et le comte de Foix. Peu soucieux de ses promesses, à peine arrivé à Paris, il cédait ses droits ou plutôt ses prétentions sur le Languedoc au jeune roi de France, Louis VIII.
Qu'allait faire la papauté? Il ne semble pas que ni Innocent, ni Honorius 111, son successeur, aient eu réellement le désir de faire participer le roi de France à la croisade; les vues de la cour de Rome étaient tout autres, car elle avait bien plus de chances de maintenir sa suprématie avec les Montfort qu'avec le premier prince de l'Europe. Aussi Honorius III, à peine connue la défaite d' Amauri, prête une oreille plus favorable aux propositions du jeune comte de Toulouse et de ses alliés. Depuis plusieurs années, en effet, les princes méridionaux essayaient de fléchir le courroux du souverain pontife. Louis VIII, à peine obtenu l'acte de renonciation du jeune Amauri de Montfort, avait envoyé à Honorius Hl un long mémoire énumérant les conditions mises par lui à son concours. Ces conditions étaient si onéreuses pour l'Eglise, elles témoignaient si nettement de l'intention arrêtée chez le roi de tirer tout le profit possible de l'entreprise, que le pape se décide à écouter les défenseurs de Raimond VII et se rend aux instances du roi d'Angleterre et de l'empereur Frédéric II. Dans une lettre du 4 avr. 1224, il expose ses nouvelles vues au roi Louis VIII ; si Raimond VII veut se joindre à l'Eglise pour la poursuite des hérétiques, le but de la croisade est atteint, et par suite l'intervention du roi de France devient inutile. Le roi, en réponse à cette communication, répliqua que si l'Eglise romaine trouvait son avantage à s'entendre avec le comte de Toulouse, il n'éprouvait aucun désir de traverser l'accord, mais qu'il se jugeait désormais délié de toutes ses promesses et qu'il se refusait à entendre aucunes propositions nouvelles. Les négociations continuent durant toute l'année 1224 ; les prélats du Midi acceptent à Montpellier (juin et août 1224) les propositions de Raimond, du comte de Foix et du vicomte de Béziers, et transmettent le tout au pape au mois d'octobre suivant.
Tout semblait terminé, mais les influences hostiles au comte de Toulouse étaient trop fortes, elles l'emportèrent, et Honorius III, esprit faible et irrésolu, bien inférieur à tous égards à son prédécesseur, le politique Innocent III, revint encore une fois sur ses promesses et nomma pour terminer l'affaire un nouveau légat, Romain, cardinal de Saint-Ange, ennemi notoire de Raimond VIL Ce prélat part presque aussitôt pour la France, avec l'intention bien arrêtée, semble-t-il, de renouer les négociations avec le roi de France. Dès lors, les événements se pressent; au mois de nov. 1225, le légat réunit un concile à Bourges,
fait rejeter les offres du comte, comme peu avantageuses pour l'Eglise, et obtient bientôt du roi la promesse de prendre la croix contre les Albigeois. Il accepte au nom du pape les conditions mises par Louis VIII à son concours, conditions qu'Honorius III, deux ans plus tôt, trouvait peu avantageuses, et le roi de France se prépare à son expédition. L'issue de la lutte n'était pas douteuse. A l'annonce des projets du roi, nombre de villes et de petits seigneurs du Midi lui envoient leurs lettres de soumission, conçues dans les termes les plus respectueux et les plus humbles. Aussi Louis VIH peut-il commettre toutes les fautes, l'expédition n'en réussit pas moins. Arrivé près d'Avignon (juin 1226), il entreprend pour une querelle de bienséance le siège de cette ville, alors située en terre d'Empire, consacre à ce siège inutile et impolitique presque tout l'été, perd devant la place la majeure partie de ses troupes et est abandonné par beaucoup de ses vassaux. La ville finit par se rendre le 12 sept. 1226, et l'armée française, fort réduite en nombre, entreprend dans le Languedoc une longue promenade militaire ; le pays se soumet jusqu'aux portes de Toulouse ; Louis VIH installe partout ses officiers, leur laisse des forces suffisantes commandées par ïmbert de Beaujeu et regagne la France à petites journées ; il meurt en route, à Montpensier en Auvergne, le 8 nov.
Son fils, Louis IX, n'avait que douze ans, mais la reinemère. Blanche de Castille, n'était point d'humeur à abandonner l'affaire d'Albigeois, La guerre continue, acharnée, avec des alternatives de revers et de succès, pendant deux ans. Enfin, en 1228, le pape sent la nécessité d'y mettre un terme ; il semblait impossible de réduire définitivement Raimond VII, et l'état du royaume de France rendait la paix indispensable. Elle fut conclue en avril 1229. Le roi prenait la part du lion : tous les pays, du Rhône aux frontières du diocèse de Toulouse (vers Gastelnaudary), soit les départements actuels du Gard, de l'Hérault, de la Lozère, de l'Ardèche en entier ; une partie de l'Ariège (Mirepoix), le sud de l'Albigeois (sur la rive gauche du Tarn). Raimond VU conservait le Rouergue (Aveyron), le nord de l'Albigeois (Tarn), le Toulousain (Haute-Garonne, Tarn-et-Garonne, partie de l'Aude et du Tarn), et l'Agenais (Lot-et-Garonne), ce dernier pays relevant de la couronne d'Angleterre. Mais il s'engageait à léguer ces domaines à sa fille unique Jeanne, laquelle devait épouser l'un des frères du jeune roi; elle devint plus tard femme d'Alfonse, comte de Poitiers et d'Auvergne. Des autres princes du Midi, l'un, Raimond-Trencavel , fils de l'infortuné Raimond-Roger , vicomte de Béziers, de Carcassonne et d'Albi, était entièrement dépossédé, trois autres, les comtes de Comramges et de Foix, et le vicomte de Narbonne, gardaient leurs Etats, mais perdaient en grande partie leur indépendance. La paix de Paris de 1229 marque en réalité la fin de la croisade des Albigeois ; toutefois, les conséquences de cette terrible aventure n'étaient pas encore épuisées, et il ne sera pas inutile de marquer brièvement le système suivi par la royauté capétienne pour achever la conquête morale et matérielle du pays.
Hl. — La situation du Languedoc, en 1229, était lamentable; vingt ans de guerre l'avaient épuisé ; dans plusieurs diocèses (Narbonne, Béziers, Carcassonne), la noblesse territoriale avait été dépossédée, des villes entières (Béziers, Carcassonne) dépeuplées. Les premières années qui suivirent la paix de Paris furent pénibles à traverser. Si Raimond VH, si le comte de Foix donnent asile dans leurs Etats aux proscrits, aux faidits, ceux-ci ont à redouter, à Toulouse comme à Foix, les rigueurs du nouveau tribunal créé par les papes pour la poursuite du crime d'hérésie, du tribunal de l'Inquisition. Mais dans les pays cédés au roi de France, la situation est encore pire ; occupée à d'autres soins, la régente Blanche de Castille laisse ses officiers, sénéchaux, viguiers, châtelains et bayles, rançonner et écraser le pays. Cet état de
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choses dura longtemps ; aussi les souverains dépossédés ne perdirent-ils point l'espoir de rentrer dans leurs Etats. En août 1240, le vicomte de Carcassonne, Trencavel, paraît inopinément sur les frontières d'Aragon ; tout le pays se soumet sans résistance, et il peut dans les premiers jours de sept, venir mettre le siège devant la cité de Carcassonne. Défendue énergiquement par le sénéchal Guillaume des Ormes, cette place lui échappe, et l'armée de secours, commandée par l'un des meilleurs capitaines du temps, Jean de Beaumont, rétablit sans grand'peine la domination française dans la vallée de l'Aude ; Béziers était restée fidèle. La j'épression fut encore une fois terrible et le pays en grande partie dépeuplé. Raimond VII, sans prendre parti pour les faidits, avait refusé de secourir les ofificiers royaux ; il se préparait en clïet à une nouvelle prise d'armes. Allié du roi d'Angleterre, Henri Ilï, et du comte de la Marche, il se déclare contre Louis IX (1242). Mais les Anglais et leurs alliés sont battus à Tailiebourg et à Saintes, le comte de Foix trahit son suzerain, le comte de Toulouse, et celui-ci est obligé de subir les dures conditions de la paix de Lorris de 1242. Une partie du domaine royal, jusqu'à l'Hérault, avait embrassé son parti : les révoltés furent punis sévèrement. Encore une fois le Midi était vaincu. Les officiers royaux profitèrent de la paix pour achever la conquête de Li région montagneuse qui s'étend entre Foix et Limoux ; dès 1240. ils avaient occupé la haute vallée de l'Aude et annexé au domaine royal le pays de Sault et lu baronnie de Niort ; en 1245, ils entreprennent le siège de lu forte place de Montségur (aujourd'hui dans l'Ariège), dernier asile des barons hérétiques, Mirepoix,Péreille, etc. L'iitlaire fut rude ; les assiégés se défendirent avec énergie ; toutefois, pressés par la faim, ils finirent par accepter les conditions des vainqueurs et par livrer deux cents hérétiques réfugiés dans la place, lesquels furent tous brûlés en une seule journée. Les autres faidits purent se réfugier en Aragon. La tragédie de Montségur marque la fin de la guerre albigeoise ; il y aura bien encore quelques expéditions dans les montagnes, le siège de Quéribus en 1255 par exemple, mais ce seront de simples mesures de police plutôt que des expéditions régulières.
Jusqu'alors, la royauté n'avait rien fait pour gagner Falfection des populations méridionales. En 1247, saint Louis inaugure une nouvelle politique. Des enquêteurs (clerici inquisitores), envoyés par lui, parcourent le pa\s, reçoivent les plaintes, punissent les agents prévaricateurs, réparent les torts causés aux personnes et aux choses. Il n'était point question de rétablir l'ancien ordre de choses, mais de réparer dans la mesure du possible les maux causés par plus de trente ans de guerres et de violences. Depuis un an le roi était le maître légitime du pays par la cession de Trencavel en 1247, il était à la fois politique et humain de marquer cet heureux événeuient par des mesures de clémence. Les travaux des enquêteurs durèrent trois ans (1247-1249) et s'étendirent à tout le Midi royal ; de sages ordonnances, rendues par saint Louis en 1254, à son retour de Terre-Sainte, continuèrent cette œuvre de pacification. De nouveaux statuts en 1259, une longue enquête de 1258 à 1261 y mirent la dernière main. Le comté de Toulouse, aux mains du frère du roi, Alfonse de Poitiers, depuis 1249, n'était pas administré avec moins de soins et d'intelligence. Ces vingt ans de régime sage et modéré firent plus pour l'assimilation de la France du Midi que toutes les violences de l'époque précédente. Aussi doit-on faire dater du règne de saint Louis la France telle que nous la connaissons; c'est lui qui a définitivement réuni au domaine la terre d'Albigeois. Son fils, Philippe IH, héritier à la fois de son père et de son oncle Alfonse, suit la même politique. Philippe IV est plus âpre. Toutefois, s'il punit sévèrement les complots contre son autorité souveraine, témoin la tragédie de Carcassonne (1305), il soutient les justes revendications de ses sujets du Midi contre les excès de l'In-
quisition ; il est impuissant à obtenir la moindre cession de l'implacable Boniface VHl, mais Clément V se montre plus humain, et une constitution promulguée au concile de Venise en 1312, donne quelques garanties aux prévenus cités devant ce tribunal exceptionnel. Au surplus, l'hérésie albigeoise s'éteint dans les premières années du xiv® siècle, et à dater de 1330, on ne retrouve plus mentionnés dans les actes du pays que quelques rares procès d'inquisition. Le Midi ne cesse dès lors de se montrer fidèle à la royauté, en dépit de la détestable administration des premiers Valois, au milieu des désastres de la guerre de Cent ans, et c'est dans le Languedoc, plus dévoué que les anciens domaines de la couronne, que Charles VII trouvera cent ans plus tard de l'argent et des soldats pour reconquérir ses Etats héréditaires. A. Molinier.
BiBL. : lo Sources : Pierre de Vaux-Cernav, Historia Albigensium {Historiens de France, t. XIX). — Guillaume DE PuYLAURENS, Historta Albigensium {ibid,, t. XIX et XX). — Chanson de la croisade contre les Albigeois (éd. Paul Meyer, Société de l'histoire de France) ; Paris, 1877-1879, 2 vol. in-8).— Histoire de la croisade contre les Albigeois, en provençal et en prose, abrégé et remaniement de la Chanson (D. Vaissète, Histoire de Languedoc, nouv. éd., t. VIII). Ajoutons-y les historiens contemporains : Guillaume le Breton, Robert d'Auxerre, la Chronique de Tours, Gesta Ludovici V/Z/, le poème de Nicolas de Bray, Guillaume de Nangis, etc. — Les actes sont dans Vaissète (nouv. éd., t. VIII); voir encore IxNOCiiNT III, Epistolœ^ éd. Baluze ; Paris, 1682, 2 vol. in-fol., et dans la Patrologie latine de Migne, t. CCXIV- CCXVII; HoNORius III, Lettres {Historiens de France , • t. XIX). — A. Molinier, Catalogue des actes de Simon et d'Amauri de Montfort {Bibl. de Vécole des Charles^ t. XXXI V, 1873). — 2° Ouvrages Modernes : D. Vaissète, nouv. éd., t. III et t. VI; plusieurs notes de l'auteur du présent article au t. VII. — Boutaric, Saint Louis et Alfonse de Poitiers^ chap. p^ — Delpech, la Bataille de Muret ; Montpellier, 1878, in-8, et du même, la Tactique militaire au xiif sièclCy t. I. — Ch. Schmidt, Histoire et doctrine de la secte des Cathares; Paris, 1849, 2 voi. in-8.— OsoKiNA, Histoire des Albigeois (en russe); Kasan, 1860, 2 vol. in-8. — Abbé Douais, les Albigeois^ leurs origines ; Paris, 1878, in-8.— Du Laurier, /es Albigeois ou les Cathares du Midi de la France ; Cabinet historique, 1880. — Ed. REUss,l7n Manuscrit de la version romane conservé à la bibliothèque de Lyon, dans la Revue de théologie, déc. 1852, févr. 1853; Strasbourg. — Cuvitz, Ein Katarisches Ritual; léna, 1852, in-8. — P. Meyer, <e Débat d'Ysarn et de Sicarl de Figuetras; Nogent-le-Rotrou, 1880, in-8. — Gh. Molinier, Un Traité inédit du xiii^sûcîe contre les Cathares, dans les Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux, 5° année, n» 2. — Du même, VlnquisiUon dans le Midi de la France ; Pans, 1880, in-8. — L. Olkdat, le Nouveau-Testament traduit au xiiF siècle en langue provençalCj suivi d'un Rituel cathare ; Paris, 1837, in 8. — Les ouvrages mentionnés au mot Bogomiles. — Bôllinger, Beitrage zur Sektengeschichte des Mitlelatters ; Munich, 1890,2 vol. in-8.
CATHARTE (Ornith.). Tous les auteurs modernes n'assignent pas les mêmes limites au genre Catharte : les uns n'y font rentrer que le Vautour pape (Vultur papa L., Cathaî'tes papa Illig.)» d'autres n'y admettent que l'Urubu (Cathartes airains Bartr.) et quelques espèces voisines. D'autres enfin confondent ces différents oiseaux et le Vautour aura {Caihartes aura L.) sous la même rubrique. Si l'on adopte celte manière de voir, c.-à-d. si l'on appelle Cathartes tous les Vautours américains de petite taille, on se sent néanmoins disposé à reconnaître parmi ces oiseaux deux types bien distincts, représentant deux sous-genres, Gypagus et Caihartes, Le Catharte pape (Gypagus papa) que Brisson appelait le Roi des Vautours, et que plusieurs auteurs rangent parmi le Sarcorhamphes (V. ce mot et le mot Condor), diffère beaucoup en effet de l'Urubu et de l'Aura par sa livrée. Son dos est couvert d'un manteau de couleur claire, d'un roux Isabelle tirant au rose ; son ventre est d'un blanc pur ; sa queue et ses ailes sont d'un noir bronzé avec des liserés pâles au bord des rémiges; une sorte de cravate d'un gris cendré entoure la base de son cou, dont la partie supérieure est dénudée et colorée en jaune pâle. Cette teinte se fond vers le haut dans la teinte rose chair de la tête, qui est complètement chauve, sauf dans le voisinage de l'œil et sur la nuque oii se dressent quelques
CATHARTE — CATHCART
poils noirs. Enfin les joues et l'occiput présentent de nombreux replis cutanés et des papilles d'un rouge foncé et le front est surmonté d'une caroncule de même couleur, comprimée latéralement, Cette caroncule toutefois n'est JDien développée que chez les individus adultes, et les jeunes n'ont qu'un petit tubercule charnu au-dessus des
Catharte aura.
narines. Ils se distinguent en même temps des oiseaux plus avancés en âge par leur manteau brun nuancé de roux et par le duvet noir qui couvre leur tête. L'Urubu et l'Aura sont bien moins richement vêtus que le Catharte pape, et portent tous deux un costume noir, à reflets verdâtres et pourprés. Chez le premier (Cathartes atratus Bartr. ou Catharistes atratus V.), les parties nues de la tête et du cou sont noires, tandis que chez l'Aura (Cathartes aura L.) ces mêmes parties sont d'un rouge vineux. C'est même à cause de cette coloration que l'on avait donné le nom (ÏOEnops (de olvo?, vin et w^^, face) à un petit genre dans lequel on avait conclu, mais à tort, placer le Vautour aura.
Le Vautour pape se trouve dans toute la région tropicale de l'Amérique comprise entre le Texas et le Mexique d'une part et le sud du Brésil d'autre part. 11 vit en troupes plus ou moins nombreuses, à la lisière des forêts, et se met de grand matin à la recherche des cadavres des animaux morts de maladie ou égorgés par les Jaguars. Souvent ces cadavres sont déjà entourés de bandes nombreuses d'autres Cathartes, Auras et Urubus, mais ceux-ci sont obligés de céder la place à leur congénère, plus robuste et plus audacieux qui se gorge de nourriture au point de pouvoir à peine s'enlever.
L'Urubu ou Gallinazo habite le sud des Etats-Unis, TAmérique centrale et l'Amérique méridionale jusqu'à 40<* de lat. australe et le Catharte aura présente à peu près la même distribution géographique, mais remonte un peu plus loin vers le N. et est représenté aux îles Malouinespar une race à peine distincte {Cathartes falklandicus ou OEnops falklandica Sharpe). D'une façon générale on peut dire que l'Aura se tient de préférence sur les côtes, tandis que l'Urubu s'avance dans l'intérieur des terres et pénètre jusque dans les villes ; mais il y a bien des contrées où les deux espèces sont également communes et concourent également à l'enlèvement des cadavres et au nettoyage des immondices. Les services qu'ils rendent de ce chef les recommandent à la protection des habitants, et comme ils se sentent tolérés ou même respectés, ils deviennent parfois aussi familiers que des Gallinacés domestiques. Dans la recherche de leur nourriture, ces oiseaux sont presque exclusivement guidés par la vue et non par l'odorat ; le célèbre naturaliste Audubon a fait des expériences qui ne laissent aucun doute à cet égard. Il a vu des Cathartes passer indifférents à côté d'une charogne recouverte de branchages et découvrir au contraire du haut des airs le cadavre d'un petit Mammifère fraîchement tué.
Au repos, comme la plupart des Vautours, les Cathartes rentrent la tête dans les épaules et hérissent leurs plumes, ce qui leur donne un aspect hideux, et quand ils marchent ils ressemblent à des Dindons, et c'est pour ce motif que les colons espagnols désignent ces oiseaux sous le nom de Gallinazos. Ils volent facilement, planent souvent et peuvent s'élever à une grande hauteur. Leurs nids placés suivant les localités, tantôt dans un endroit élevé sur un rocher, sur une vieille tour, sur le clocher d'une église, tantôt sur une petite éminence, ou sur un tronc d'arbre renversé, au milieu d'un marécage, ne renferment, diton, à la fois qu'un seul œuf, de forme arrondie et d'un blanc sale. Le père et la mère se partagent les soins de l'incubation qui dure plus d'un mois et nourrissent leurs petits, dans les premiers temps, avec des aliments presque digérés qu'ils leur dégorgent dans le bec. Les Cathartes s'apprivoisent très facilement et peuvent même s'habituer à suivre leur maître au dehors, à la manière d'un chien.
E. OUSTALET.
BiBL. : Daubiîntox, PL enl. deBuffon, 1770, 1. 1, pi. 428 et 187. — WiLSON, Ois. Am. sepf., 1807, pi. 2 bis, — Spix, Av. Bias., i824, p. 1 et pi. 1. — Vieillot et Oudart, Galerie des Oiseaux, 1825, t. I, pp. 11 et 16 et pi. 3 et 4. — J.-J. Audubon, B. Amer., 1839, in-fol., pi. 141 et ln-8, t. I, p. 15 et pi. 2. — D'Orbigny, Voy. Am. mérid. Oiseaux, 1835-1844, p. 38 et pi. 1, fi^. 3 et 4. — R.-B. Sharpe, Cat. B. Brit. Mus., 1874, Accipitres, t. I, p. 22.
CATHARTINE (Chimie). Nom donné par Lassaigne et Feneulle à une matière qu'on retire du séné de la Palthe de la manière suivante : on épuise le séné par l'éther, on fait avec le résidu un décodé qu'on filtre et qu'on concentre, avant de précipiter par l'acétate neutre de plomb on débarrasse le liquide filtré de l'excès de réactif par l'hydrogène sulfuré, on ^évapore, on reprend par l'alcool fort, on concentre et on dissout le résidu dans l'alcool acidulé par l'acide sulfurique ; on filtre, on traite une deuxième fois par l'acétate de plomb, puis par l'hydrogène sulfuré et on évapore. On obtient ainsi une matière d'un jaune rougeâtre, d'une saveur amère et nauséeuse, hygrométrique, soluble dans l'eau et dans l'alcool, incomplètement soluble dans l'éther, enfin, dénuée de propriétés purgatives (Bourgoin etDouchet). Bourgoin a démontré que la cathartine n'est pas un principe défini, mais un mélange de trois substances différentes : 1° l'acide chrysophanique; 2° un glucose dextrogyre ; S** une substance nouvelle, la chrysophanine. Pour isoler cette dernière , on enlève l'acide chrysophanique par l'éther, on détruit le sucre par fermentation.^ La chrysophanine, quoique sensiblement incolore, se dissout dans l'eau en lui communiquant une couleur rouge foncé. Pour l'obtenir en quantité notable, on prépare une infusion très concentrée de séné, on ajoute de l'alcool qui précipite la matière mucilagineuse et on précipite la solution limpide par l'acétate neutre de plomb; on enlève l'excès de plomb par l'hydrogène sulfuré, on concentre et on traite le résidu sirupeux par l'alcool à 90° ; ce qui reste indissous est repris par un peu d'eau et précipité par l'alcool ; on répète ce traitement, tant que l'alcool se colore sensiblement; on évapore ensuite sous une cloche sulfurique. Ed. Bourgoin.
BiBL. : Bourgoin, Nature complexe de la cathartine {Soc.ch., t. XVI, 58). — Bourgoin et Bouchut, JRec/i. sur le séné {id., t. XV, 12).— Feneulle et Lassaigne, Cathartine {Ann. ch. et phys., t. XVI, 18 : Journ. pharm.. 1821, t. VII, 549).
CATHARTOCARPUS (Bot.). Genre de Légumineuses- Caîsalpiniées, établi par Persoon (Syn.y I, p. 459), mais qui ne forme plus qu'une section du genre Cassia Tourn. (V. Casse).
CATHCART (New) (V. New Cathcart).
CATHCART. Ancienne famille d'origine écossaise, dont les membres les plus remarquables furent :
Sir Alan Cathcart, créé baron par Jacques II d'Ecosse, en 144T.— Charles, huitième baron, mort le 20 déc. 1740, se distingua à la bataille de Sheriffmuir (1715). U remplit quelques hautes charges à la cour . de George II, et