‹ La Grande encyclopédieChapitre 295 sur 397 · CA CA — CAUCASE · texte numérisé non relu

CA CA — CAUCASE

prenant le ci-devant territoire de Caqueta qui représente la plus grande partie de cette superficie, puisque l'Etat proprement dit de Cauca n'aurait que '135,000 kii. q. La population était, au recensement de 1870, de 435,078 hab. pour le Cauca, d'environ 468,000 pour l'ensemble. Elle est évaluée aujourd'hui à 650 ou 700,000 hab., dont 620,000 pour l'Etat proprement dit. Tel qu'il est constitué actuellement, l'Etat a été formé, par une loi du 15 juin 1857, des anciennes provinces de Buenaventura, Choco, Pasto, Cauca, Popayan, de trois districts de l'ancienne province de Neyra et du territoire de Caqueta. 11 forme environ la moitié de la superficie totale des Etats-Unis de Colombie, mais seulement le cinquième de leur population. 11 a la forme d'une hache dont le manclie s'allongerait, depuis la mer des Antilles, entre la Cordillère des Andes à l'E. et l'océan Pacifique à l'O., tandis que le fer comprendrait la vaste plaine méridionale, à l'E. des Andes, dans le bassin de l'Amazone jusqu'au rio Negro. Les frontières sont délimitées, au N. par la mer des Antilles (sur 235 kil.) qui y creuse le golfe de Uraba, à l'O. par l'Etat de Panama (sur 237 kil.), et l'océan Pacifique (1,000 kil.) qui y découpe la pointe Ardita, la pointe Marzo, les baies Octavia et Cupica, le cap Corrientes, la baie Cabita, la pointe Chirambira, la baie Buenaventura, le golfe Tortugas, la baie de Tumaco, la pointe Mangles; au S, (sur 1,600 kil.) par la république de l'Equateur (rio Napo, Amazone) ; au S.-E. par le Brésil (sur 1,100 kil., Amazone et rio Negro); à l'E. par le Venezuela (sur 800 kil., rio Negro, Casiquiare, Orénoque), par l'Etat de Cundinamarca (sur 1,000 kil., rio Guyabero), l'Etat de Tolima (sur 750 kil.), l'Etat d'Antioquia (sur 500 kil.), l'Etat de Bolivar (sur 150 kil.). Cet Etat est de beaucoup le plus vaste des Etats-Unis de Colombie; par sa population, il arrive au second rang, après celui de Boyaca. Il comprend, comme nous venons de le dire, deux régions bien distinctes : l'Etat proprement dit de Cauca, entre les Andes et Tocéan Pacifique ; le territoire de Caqueta à l'E. des Andes, dans le bassin de l'Amazone. La première est de beaucoup la plus importante; on y distingue trois parties nettement différenciées; au N. le bassin de l'Atrato et le Choco, à peu près déserts ; au centre le bassin du Cauca, ftjrtile et peuplé, ainsi que celui de San- Juan qui lui fait pendant ; au S. les plateaux des Andes de la région de Pasto, peuplés et cultivés aussi. (îuant aux savanes du S., parcourues entre le Guyabero et l'Amazone par le Guainia, le Vaupes, le Caqueta ou Yupura et le Putumayo, elles sont presque inexplorées et parcourues par des Indiens sauvages dont on ignore le nombre ; on n'y compte guère plus de 10,000 habitants civilisés. Pour achever la description physique, il nous suffira de dire que l'Etat de Cauca possède plusieurs îles, surtout celle de Gorgonà sur le Pacifique, des ports dont les principaux sont Buenaventura et Tumaco; au S. est le nœud de los Pastos (V. Andes) et au centre la dépression de San-Pablo (110 m.) entre les bassins de l'Atrato et du San-Juan. Le bassm de l'Atrato est une région de collines et de montagnes moyennes, très boisées ; les vallées du Cauca, du San-Juan et, plus au S., du Patia, sont de hautes plaines encaissées dans les Andes et où l'on peut cultiver toutes les plantes d'Europe ; Pasto est à 2,544 m. d'alt., Popayan à 1,741. Les savanes boisées du S. se rattachent à la région des Uanos.

Les principales ressources du pays sont : dans la région de Choco, au N., les mines d'or et de platine; les sables aurifères du Cauca ; l'or, l'argent, le fer, la houille des Cordillères centrales, les perles de la côte. L'agriculture est développée dans la vallée du Cauca ; le maïs, le café, la canne à sucre, le cacao, le tabac donnent lieu à un certain mouvement d'exportation. Le bétail est assez nombreux et pourrait s'accroître dans de beaux pâturages. Dans la région de Pasto il y a une certaine production industrielle ; on fabrique des tissus de laine, du

vernis, des articles de sellerie, etc. Des forêts du Sud on tire du caoutchouc, de la salsepareille, du quinquina, de la vanille. Les centres commerciaux sont les ports maritimes Buenaventura et Tumaco; les ports fluviaux, Quibdo sur l'Atrato, Novita sur le San Juan, Barbacoas sur le Telembi, affluent du Patia, et les villes de Popayan et Cali, siège des deux banques.

La population est formée, comme dans le reste de la Colombie, de blancs, de métis, d'indiens, de nègres, de mulâtres, etc. Elle vit surtout d'agriculture et de Télève du bétail. La région de Pasto resta longtemps fidèle aux Espagnols et infligea de cruels revers aux révolutionnaires ; elle est encore cléricale, tandis que la vallée du Cauca professe des idées très avancées. De là des conflits qui vont parfois jusqu'à la guerre civile. La race est énergique et joue un grand rôle dans la politique colombienne. L'Etat est divisé en deux évôchés, Pasto et Popayan. Sa capitale est Popayan. Administrativement il comprend seize raunicipes : Atrato, Caldas, Obando, Quindio, San-Juan, Santander, Barbacoas, Buenaventura, Buga, Cali, Palmira, Pasto, Popayan, Toro, Tulua, Tuquerres. Le territoire du Caqueta, administré par un préfet, que nomme le président de l'Etat, et qui exerce les fonctions de juge, comprend neuf corregimientos, le ch.-l. est Mocoa. Les villes principales sont Almaguer (6,500 hab.); Barbacoas (6,000 hab,); Buenaventura (5,000 hab.); Buga (12,500 hab.); Cali (16,000 hab.); Cartago (9,500 hab.); Cumbal (6,500 hab.); Ipiales (13,000 hab.) ; Novita (8,000 hab.); Palmira (15,000 hab.); Pasto (13,000 hab.); Popayan (10,000 hab.) ; Quibdo (7,000 hab.); Santander (5,500 hab.) ; Tuquerres (8,500 hab.). A.-M. B.

CAUCALIÈRES. Corn, du dép. du Tarn, arr. de Castres, cant. de Mazamet, sur la rive droite du Thoré ; 246 hab. L'ancien château ne présente aucun intérêt archéologique ; il est occupé par la mairie et la maison d'école. L'église paroissiale, dédiée à saint Jean, date de la Renaissance. — A Saint-Guinon, ou plus exactement Sanguinous, église paroissiale de Notre-Dame. — A Gaurrios, voûte de rocher, sous laquelle disparaît le Thoré. G. C.

CAUCALIS {Caucalis L.). Genre de plantes de la famille des Ombellifères et du groupe des Daueinées, que M. H. Bâillon (HisL des pL, VllI, p. 88), considère comme une simple section du genre Daucus Tourn. L'espèce type, C, daucoides L., est une herbe annuelle dont la tige dressée, rameuse, à rameaux divariqués, porte des feuilles deux ou trois fois pinnées, à folioles incisées pinnatifides. Les fleurs, d'un blanc rosé, sont disposées en ombelles de deux à cinq rayons et dépourvues d 'in volucre. Les achaines présentent cinq côtes primaires filiformes, hérissées de soies, et quatre côtes secondaires plus saillantes, armées d'un seul rang d'aiguillons crochus au sommet, et recouvrant chacune une bandelette. Le C, daucoides est commun en France dans les moissons maigres des terrains calcaires. Ses fruits sont légèrement aromatiques. Ed. Lef.

CAUCASE (en russe Kavkaz.m turc Khokh-kaf on Kafdagh, en tatare Jal-boug). Vaste région montagneuse sur la limite de l'Europe et de l'Asie, baignée à FO. par la mer Noire, à l'E. par la mer Caspienne, et connue aussi sous les noms de Caucasie ou Grand et Petit Caucase.

Géographie physique, limites, étendue. — En englobant sous le nom de Caucase toute la région soumise à la domination russe et comprise entre la mer d'Azov et la mer Noire à l'O., le Kouban et le Manitch au N., la Caspienne à l'E. et l'Araxe et l'Ararat au S., on obtient une étendue d'environ 472,600 ki!. q. (d'après Strelbitzky), hérissée de nombreuses cimes dont beaucoup dépassent en hauteur les sommets les plus élevés de l'Europe. On distingue dans la région caucasienne trois zones principales; au N. la Ciscaucasle, contrée- basse, entrecoupée de steppes ; elle appartient au continent européen;

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au S., en Asie, la Transcaucasie, pays de vallées et de plateaux ; au centre, placée entre ces deux zones, s'élève une haute chaîne de montagnes, le Grand Caucase, dont les pics en dents de scie, à double ou triple arête, rappellent en plus d'un point les Andes et les Pyrénées, surtout ces dernières auxquelles le Caucase ressemble par ses sources minérales, par l'aspect sauvage de ses vallées, par ses cirques et par l'impétuosité de ses torrents. Cette zone centrale, longue d'environ 1 ,500 milles (d'après Stebnitzky ) et d'une superficie de près de 140,000 kil. q. (presque quatre fois la superficie de la Suisse), forme la limite de l'Europe et de l'Asie. Au N., la région caucasienne est, en outre, assez nettement délimitée par la dépression que forme le Manitch, dépression qui s'étend sous forme de lacs, marais ou rivières, de la mer Caspienne à la mer d'Azov. Accru, au printemps, par les eaux du Kalaus, le Manitch déverse ses eaux d'un côté dans le delta de la Kouma, sur la Caspienne, et se prolonge de l'autre côté jusqu'au Don, à l'entrée de ce fleuve dans la mer d'Azov.

Grand Caucase. — La chaîne maîtresse ou le Grand CaucÉci-e apparaît de loin comme une seule masse compacte couronnée d'une multitude de créneaux. L'unité remarquable que l'observateur, placé à une certaine distance, est porté à attribuer à cette masse imposante, a pendant longtemps fait supposer que l'isthme caucasien n'était qu'une seule énorme montagne s'étendant d'une mer à l'autre. Cette supposition, encore admise de nos jours par les indigènes, était d'autant plus explicable, avant les récentes explorations et reconnaissances faites dans la région, que Torientation générale N.-O.-S.-E. des monts de la grande chaîne ne subit que de très faibles inflexions. Dans son ensemble, cette chaîne suit la même direction que d'autres systèmes montagneux du continent asiatique. L'axe principal du Caucase semble se prolonger à travers la mer Caspienne dans la direction du système iranien, lequel paraît être lui-même le prolongement occidental des monts de THindou-Kouch. En réalité, la chaîne principale du Caucase est formée de plusieurs crêtes rattachées l'une à l'autre par des plateaux généralement peu spacieux, en forme de cirques ou de cratères allongés ; ils servent de déversoirs aux eaux qui s'écoulent des hauteurs. La séparation la plus nettement marquée est celle de l'imposante gorge de Darial, qui coupe la chaîne du Caucase presque à égale distance des deux mers et donne passage à la route militaire de Vladikavkaz à Tiflis. De là, la division de la chaîne centrale du Caucase adoptée par les géographes en trois sections principales, dont deux à l'O. et une à l'E. du passage de Darial. La première section, ou Caucase occidental, comprend les hauteurs situées entre la mer d'Azov et les vallées du Kouban et du Kodor. La deuxième section, qui forme la partie centrale et la plus élevée de la chaîne, est limitée à l'O. par la vallée du Kouban, à l'E. par le défilé de DariaL Enfin, la troisième section, ou Caucase oriental, la plus étendue sinon la plus élevée, s'étend de ce défilé jusqu'à la Caspienne et porte le nom de Daghestan. Une classification plus détaillée des diverses parties de la chaîne principale du Caucase, par rapport à leurs formes extérieures, a amené les géographes russes à diviser tout le système du Grand ou Haut Caucase en sept sections qui s'élèvent ou s'abaissent avec une certaine régularité à partir de la mer Noire jusqu'à la mer Caspienne. Cette classification nous paraît présenter certains avar ges, bien que de l'autre côté, on pourrait lui reprocher e s'écarter des principes d'une division rationnelle, en p^ ant, comme point de séparation des chaînes, des sommets au lieu de vallées et de cols. Ces sections sont :

L Section de la mer Noire, longue d'environ 230 kil. et commençant au S., par la montagne Idokopas, la plus rapprochée de la mer et d'une hauteur d'environ 730 m., au N. par la chaîne Ketsegour (838 m.). L'élévation moyenne des montagnes dans cette section ne dépasse guère, dans la partie occidentale, 1,000 m. ; la partie orientale a une hauteur moyenne double. On y remarque

notamment les monts Chepsoukho (environ 800 m.), Nouazi (1,040 m.), Gœtkhé, près de la source du Pzézouapé (1,000 m.) ; la riv. Pchekha (affl. gauche de la Bielaya) prend ses sources dans deux montagnes dont l'une (la Chessi) s'élève à près de 2,000 m. et l'autre atteint près de 2,500 m. d'alt.

II. La deuxième section commence à l'Ochten ou Nougaïgous, superbe montagne de forme pyramidale appartenant au massif de Ficht et dont le sommet pointu (2,975 m.) qu'on distingue déjà de la mer Noire, domine toutes les cimes environnantes. L'élévation considérable de cette montagne, garnie de croupes neigeuses, marque , en effets la limite d'une nouvelle zone de hauteurs qui diffèrent sensiblement, par leur altitude, des montagnes de la section précédente. Cette seconde section occupe une étendue d'environ 140 kil. de longueur entre l'Ochten et la source du Kouban, sur le versant occidental de l'Elbrous. L'élévation moyenne des montagnes dans celte section est d'environ 3,000 m. Citons parmi les sommets les plus élevés ; le Chougous (environ 3,244 m.), la Pchiss (3,788 env.), son voisin le Kapichistra et enfin les chaînes d'Abichira Akhouba et de l'Ekhreskou, soutenues à l'E. par le Tchilik n^ 1 (3,500 m.), à l'O. par le Nakhour. La plupart de ces hauteurs sont disposées en chaînes longitudinales entourant des vallées en forme de cirques, l'un des traits les plus caractéristiques des montagnes du Caucase. On remarque trois de ces vallées, dont l'une, au N. de la chaîne principale, aboutit aux Montagnes Noires, sorte de glacis disposés en avant de la crête principale, d'une altit. variant de 1,000 à 1,900 m. (les principales : Elbigran, 1,400 m. ; Kitlougou, 1,650 m. environ et Boronikh, 1,900 m.); les deux autres vallées, au S. de la grande chaîne, sont également séparées par plusieurs chaînons latéraux et traversées par diverses rivières, notamment par la Bzil, l'Adzgara, le Klitch et le Seken.

III. La troisième section, de beaucoup la plus élevée de toutes, est celle de l'Elbrous, du nom du plus haut sommet du Caucase (5,630 m.), qui la domine. Dans cette zone, qui s'étend de l'Elbrous jusqu'à l'Adai-Khokh, sur une longueur d'environ 150 kil., on remarque, en effet, outre l'Elbrous, plusieurs autres montagnes d'une grande élévation, comme le Kochtan-taou (5,211 m.), leDykhtaou (5,159 m.) dominés tous les deux par le mont Chkhara, situé au S. et dont le sommet (5,268 m.) serait, d'après des alpinistes anglais, le point le plus élevé du Caucase après l'Elbrous; l'Aghichtan (environ 5,100 m.), et un grand nombre d'autres massifs qui n'ont pas encore été explorés. Les deux premiers de ces sommets forment un massif détaché au N. de la ligne du partage des eaux ; ils soiit réunis au massif de l'Elbrous par une suite de glaciers qui rappellent le mont Rose des Alpes, mais d'une plus grande extension. Diverses ramifications partant de la crête principale concourent à former, dans cette partie du Caucase, six profondes vallées, dont deux au N. et quatre au S. de la chaîne maltresse. Les deux premières sont dominées au N. par un chaînon presque parallèle à la chaîne centrale, s'étendant jusqu'à l'Adaï- Khokh. Ces deux vallées sont séparées par les hauteurs qui forment la ligne de partage des eaux entre le Baksan et le Tcheghem. Les quatre vallées méridionales sont entourées par une série de hauteurs, dont quelques-unes atteignent 4,000 m. d'élévation et parmi lesquelles on rencontre des glaciers analogues à ceux du Grand Paradis. Ces vallées sont traversées par divers cours d'eau, notamment par ringoura, le Tzkhenis-Tzkhali et le cours supérieur du Rion. C'est entre ces derniers cours d'eau que se trouve le col Goriboto. On ne connaît, du reste, que peu de passages sur cette haute étendue de terrain, bien que les indigènes en fréquentent un assez grand nombre. Le col de Khoti-taou, sur l'Elbrous même, conduit des sources du Baksan vers l'OuUou-Kol. Le Nachka (3,460 m.) sert de passage entre le Tzkhenis-Tzkhali et

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le Tzeskhon. Un autre col réunit, à travers l'ingour, le Tcherek-Kharo avec le Tzkhenis-Tzkhali.

IV. La quatrième section, qu'on désigne sous le nom de section du Terek, a une longueur de i20 kil. environ et embrasse la zone comprise entre FAdaï-Khokh et le mont Barbalo. La hauteur moyenne des montagnes, dans cette section, dépasse encore 3,000 m., mais le trait qui caractérise particulièrement cette partie élevée du Caucase est la configuration spéciale de ses vallons encaissés au milieu de montagnes d'une hauteur presque uniforme. D'un autre côté, les chaînes latérales de cette section, surtout celles du N., ont des sommets supérieurs à ceux de la chaîne centrale. Ici, on remarque d'abord l'Adaï-Khokh (4,646 m.), le Ziltcha-Khokh (4,200 m.), le Zikara (3,129 m.) le Tchao-khi, le Matouris-mta, le Grand Barbalo (3,294 m.) et plusieurs autres montagnes variant entre 3,500 et 4,000 m. Un peu au-dessous de l'Adaï-Khokh, dans les sources du Mamisson-Kom, se trouve le col de Maraisson (2,862 m.). Le versant méridional de l'Adaï- Khokh est desservi par le col de Goular (2,177 m.). Divers autres passages, praticables pour des chevaux et des troupeaux, mènent des vallées du N . dans la Svanétie. Les chaînes latérales de cette section, surtout celles au N. de la crête principale, présentent des massifs d'égale puissance, au nombre desquels se trouvent le célèbre Kazbek (5,045 m.) (V. ce mot), le Tzmiakom-Khokh, le Tepli (4,500 m. environ) , le Garmounis-taou, le Kurelam, le Borola et le Maïstis-taou (4,800 m.). Les vallées enclavées dans ces montagnes et connues sous les noms de Naridon, haut Terek, Assa et Argoun, du nom des rivières qui les traversent, occupent ensemble une étendue de plus de 100 kil. q. ; la plus vaste est celle du haut Terek, arrosée par les eaux descendant des glaciers du Kazbek, et qui occupe une surface d'environ 40 kil. Son entrée est gardée par la place forte de Vladikavkaz ; elle aboutit à l'importante passe de Darial (2,431 m.). Plusieurs autres vallées, de moindre importance, sont formées par les ramifications qui se détachent au N. et au S. de la chaîne principale; ce sont les vallées de TAlaghir, du Kazbek au N. ; de la haute Liakhva, du Mtioulet et des Pchaves, au S. de la chaîne principale.

V. La cinquième section qui embrasse la partie orientale du Caucase ou le Daghestan, forme un vaste plateau d'environ 700 kil. q. de superficie. Cette partie du Caucase se distingue des sections précédentes par l'enchevêtrement de ses massifs, moins élevés que ceux de la partie occidentale, mais représentant dans leur ensemble une protubérance beaucoup plus considérable au-dessus des plaines. Les brèches ouvertes entre les sommets ont une grande hauteur relative, et les chaînons latéraux élargissent cette partie du Caucase de manière à lui donner, du N. au S., une extension considérable. On distingue dans le Caucase du Daghestan trois crêtes principales qui diffèrent dans leur orientation et dans leur élévation. Ce sont : 1^ la crête principale qui fait suite à la chaîne centrale du Caucase ; elle a une direction remarquablement régulière E.-S.-E. ; 2° de cette chaîne se détache, au mont Barbalo, la crête appelée crête d'Andi^ qui limite le Daghestan au N., et qui compte parmi ses massifs le sommet le plus élevé du Caucase oriental, le Teboulos-mta (pic Teboulos), 4,505 m. qu'une traînée de glace réunit au Kavtis-mta et au Diklos-mta; 3^ la troisième crête, connue sous le nom d'Anoukh ou d'Antzoukhi, Daghestan central, se détache de la crête principale au mont Sari-dagb, s'étend à TE. jusqu'au mont Djoufou-dagh (3020 m.), d'où elle tourne vers le N.-N.-O., pour joindre les montagnes de l'Andi (V. aussi Daghestan).

YI. La sixième section dite du Samour, du nom du district, embrasse les montagnes situées entre le Saridagh (3,660 m.), sur la limite du district de Zakatal et le mont Baba-dagh (environ 4,000 m.), un peu au N. de Chemakha. L'élévation moyenne des hauteurs dans

cette région, longue d'environ 120 kil., est encore de plus de 3,000 m. Les sommets les plus saillants portent les noms de Tinov (3,500 m.), Dulti-dagh (4,000 m.), Djoufou (3,300 m.). Là aussi, on remarque un plateau presqu'aussi élevé, mais moins vaste que ceux du Daghestan. Par contre, les ramifications montagneuses en dehors de la chaîne centrale y sont presque insignifiantes.

VIL Enfin la dernière section, longue d'environ 150 kil., comprend l'espace entre le Baba-dagh et la mer Caspienne; quelques massifs isolés, comme le Chalbouz (4,000 m.) et le Basardjousi (env. 4,300 m.), indiquent bien le voisinage d'une région élevée, mais l'ensemble ne présente plus que des hauteurs peu considérables. Les montagnes s'affaissent rapidement vers la Caspienne, et dans la péninsule d'Apehéron ce ne sont plus que des collines de quelques centaines de mètres de hauteur.

Petit Caucase ou Massif d'Arménie. — La région désignée par les Russes sous le nom de Petit Caucase, Caucase inférieur et Transcaucasie, et qu'on nomme aussi Massif d'Arménie, a un aspect sensiblement différent de celui qui vient d'être décrit. Cette région est séparée du Grand Caucase par la large dépression où se trouve Tiflis et où coulent d'une part le Rion, vers la mer Noire , et de l'autre la Koura , vers la mer Caspienne, elle est limitée au S. par les lils du Tchorokh et de l'Araxe. La région est formée d'une série de hauts plateaux entrecoupés dans divers sens par des chaînons, couronnés souvent de hauteurs de 3 à 4,500 m., mais dont l'élévation moyenne est loin d'atteindre celle de la chaîne principale. Le trait d'union entre ces deux systèmes de montagnes se trouve à quelques kilomètres à l'E. du Tzkhal-Tziteli (vers 43<* lat., 41^ long. E. de Paris), où s'avance la crête de Souram. L'altitude de la dépression séparative par laquelle passe la voie ferrée de Batoum et de Poti à Bakou, par Tiflis, et que l'on nomme Col de Souram, est de 923 m. Les passages sont d'ailleurs bien plus fréquents et de moindre altitude (rarement au-dessus de 2,000 m.) que dans le Grand Caucase. Dans la partie septentrionale, les montagnes s'élèvent subitement audessus des vallées du Rion et du Koura, qu'elles séparent ; au S., elles se perdent en pentes douces dans la haute Arménie et dans le Lazistan. On distingue généralement dans la Transcaucasie six divisions principales, embrassant des hauteurs courant dans des directions déterminées. Ces divisions sont (en partant de l'O.) :

I. Le haut plateau d'Adjar-AkhaItzikh , occupé par quatre chaînons : l'Adjar, direction E.,long d'une quarantaine de kilomètres, avec une altitude moyenne de 2,800 m.; l'Akhaltzikh, du nom du district que ces montagnes limitent au N., même direction, d'une longueur d'environ 120 kil., et dont la hauteur moyenne est de 2,500 m. A ce plateau aboutit, à quelques kil. des monts Tzkhal-Tziteli, la chaîne du Souram, le pont unique qui relie le Grand au Petit Caucase ; le Trialeti, direction S.-E., environ 120 kil., hauteur moyenne, 2,100 m.; Akhaltzikh-Tchaldir, direction S.-E. , s'étendant jusqu'au lacTchaldir, et d'une élévation moyenne d'environ 2,900 m.

IL Plateau du Bamback-Alaghœz, comptant cinq chaînons: Ghirligoul, direction N.-S., avec une élévation moyenne de 2,900 m.; Semkhet, direction E. et S.-E., hauteur moyenne, 2,200 m. Là se trouve le col de Kannidagh, 1,900 m. ; Bezobdal, direction E., hauteur moyenne, 2,400 m.; col de 2,200 m. entre Bambak et Bezobdal; Bambak, direction E., longueur environ 75 kil., hauteur moyenne près de 3,000 m. ; enfin l'Alaghœz, groupe de montagnes isolé, occupant une superficie de près de 3,000 kil. q., du nom du massif principal, l'Alaghœz, qui ne mesure pas moins de 4,095 m. d'élévation.

111. Haut plateau de Gok-tcha ou Gok-tchaï, couvert de montagnes entourant le lac de ce nom et qu'on peut diviser en plusieurs parties ; au N. les Gok-tcha, longeant le lac sur un parcours d'environ 120 kil., dans la direction S.-E. ; hauteur moyenne, 3,000 m. Des ramifications

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assez importantes se détachent de cette chaîne avec des hauteurs variant de 4,000 à 3,000 m.; le Ketti-dagh, occupant le bord S.-E. du lac, d'une orientation S.-S.-O., long d'une cinquantaine de kilomètres; le Daralaghœz, long d'environ 65 kil., direction S. J^-es montagnes, dans cette chaîne, atteignent 3, 500 m. d'alt.; plusieurs sont couvertes de neiges perpétuelles. Cette chaîne projette d'importantes ramifications vers O.-S.-O.

IV. Karabagh, ramifications importantes se détachant des extrémités N. et S. du Ketti-dagh, et faisant partie de l'ancien khanat de ce nom. La branche septentrionale se dirige d'abord vers le N.-E., ensuite à l'E. Divers sommets neigeux de cette branche dépassent 3,500 m. (Kochkar, 3,879 m. d'alt.). La branche méridionale, longue d'environ 125 kil,, aune direction S.-E.-N.-E.-S.-E., et possède aussi des montagnes couvertes de neiges persistantes. L'élévation moyenne y est d'environ 2,600 m.

V. La branche de la haute*^ Arménie, longue d'environ 160 kil., direction S.-E.-S., embrasse les hauteurs situées entre le bord S.-E. du Gok-tcha et l'Araxe. On y compte plusieurs montagnes assez élevées, notamment l'Orajine (3,100 m.), le Kapoudjikh (3,573 m.), le Khoustoup (3,000 m.) et le Bartas (2,000 m.), tout près de l'Araxe.

VI. Enfin le massif de l'Ararat proprement dit, comprenant le grand et le petit Ararat, séparés par un col de plus de 2,000 m. d'alt. (V. Ararat).

Géologie. La structure générale du Caucase, ainsi que divers phénomènes physiques de cette région, font supposer que si la plus grande partie des montagnes n'est pas le résultat direct d'éruptions volcaniques, certains bouleversements qui ont eu lieu à une époque reculée ont sensiblement modifié l'aspect du pays. Les traces de ces bouleversements sont visibles dans la formation actuelle des montagnes, dans les nombreuses sources thermales et dans les fréquents tremblements de terre, dont certaines régions, notamment les vallées de la basse Koura et de l'Araxe, sont encore le théâtre. La partie centrale de la grande chaîne présente une remarquable unité de structure géologique. Les roches cristallines forment la presque totalité des massifs centraux, c.-à-d. la partie la plus élevée de la grande chaîne comprise entre l'Elbrous et les premiers contreforts de l'Andi, ainsi qu'une partie considérable des montagnes de la Transcaucasie. Ces roches peuvent être décomposées en trois espèces : granit, porphyre et espèces volcaniques. Les cimes les plus élevées sont composées de granit appartenant aux formations géologiques. Le porphyre et les roches volcaniques forment la base de la structure de la plus grande partie de ces montagnes. Les roches porphyriques sont composées de porphyre rouge, d'amphibole et de pyroxène noir. Elles contiennent généralement des diorites, des diallages et des serpentines ; elles sont souvent mêlées à des roches plus modernes d'origine volcanique. Ces dernières affectent souvent, dans le Petit Caucase, la terme d'anciennes coulées de lave accompagnées d'obsidienne et de pierre ponce. Ces roches ne forment nulle part de grandes masses. On les trouve surtout dans le groupe volcanique d'Alaghœz, sur la rive occidentale du lac Gok-tcha, dans les monts Ararat et dans la petite chaîne qui se prolonge vers l'O.

Les richesses métalliques du Caucase ont jusqu'à présent été peu exploitées. On a reconnu cependant l'existence de gisements très importants, principalement dans les roches granitiques ou porphyriques, surtout entre l'Elbrous et le Kazbek. Sur le versant septentrional, dans la vallée d'Alaghir, on exploite des mines de plomb argentifère d'une certaine importance. Sur le versant méridional, dans l'Iméréthie et la Mingrélie, il y a de riches gisements de fer et de manganèse ; on trouve également des raines de fer et de cuivre dans le Petit Caucase et des mines de fer, de cuivre et de plomb dans les monts Karabagh, où l'on trouve aussi de l'alun. La houille est exploitée à Khiboula, près Koutais. avec laquelle le village

est relié par un chemin de fer local. La région possède aussi de vastes gisements de sel gemme, principalement au S. de l'Araxe, dans le rameau 0. de l'Ararat. Une autre source importante de richesse pour le Caucase, ce sont les vastes gisements de naphte ou pétrole sur les deux côtés de l'isthme, à TO. dans la péninsule deTaman, à l'E. dans la péninsule d'Apchéron ; c'est surtout dans cette dernière localité que la production de celte eau minérale a atteint un développement prodigieux. Les puits de naphte qu'on rencontre sur divers points autour de Bakou dépassent souvent en profondeur et en volume ceux du même minéral dans les Etats-Unis (V. Pétrole).

Eaux minérales. — On désigne sous le nom générique d'eaux minérales du Caucase l'ensemble des émanations hydro-minérales qui existent autour de Bechtaou (1 ,398 m.) et dans la steppe de Piatigorsk (Ciscaucasie), quoique d'autres sources importantes se rencontrent également dans le Caucase et dans la Transcaucasie ; mais cette désignation un peu exclusive leur a été donnée parce qu'elles furent les premières exploitées, puis à cause de leur nombre et de leur étonnante variété. Ces sources ne paraissent avoir été découvertes par les Russes que dans la seconde moitié du xvm® siècle, mais on suppose qu'elles étaient déjà connues en 1717, lors de la mission du médecin Schobert que le tzar Pierre le Grand envoya à Petrovsk et dans le Terek. Les récits de divers savants voyageurs comme Pallas (1793), Klaproth (1807), Dubois de Montpereux (1834), éveillèrent l'attention du gouvernement russe qui forma dans cette région un centre de colonisation, fit élever la ville de Piatigorsk, transformée depuis 1830 en chef-lieu de district, et encouragea par divers autres moyens Texploitation de ces eaux. On cite notamment les généraux Obreskov, Ermolov, Emmanuel, Vorontzov et Bariatinsky comme ayant le plus ^contribué à la formation des établissements thermaux et au développement des stations. Divers ingénieurs français, chargés de missions officielles par les gouvernements français et russe, ont largement ajouté à la connaissance de ces régions. Parmi ces derniers, nous citerons notamment Mi\L Jules François, qui a exploré le Caucase en 1874 et Léon Dru, chargé d'une mission du gouvernement russe en 1882.

L'ensemble des sources thermales du Caucase se rapporte aux mêmes causes génériques, surtout si l'on tient compte des analogies de composition des différentes émanations hjrdrominérales qui forment ces groupes. Les sources qui composent les groupes du Nord-Caucase sont sulfureuses sodiques, hydro-sulfurées, acidulés alcalines, bicarbonatées ferrugineuses acidulés, chlorosulfatées sodiques et magnésiennes acidulés, avec ou sans brome de iode. Leur température varie de 10 à 62"^ C, Le versant S. renferme aussi de nombreuses sources sulfureuses, ferrugineuses acidulés et des chlorosulfatées sodiques et magnésiennes. Dans la partie centrale de la chaîne il y a peu de vallées, mêmes secondaires, qui ne renferment pas des eaux minérales, La nomenclature dressée par le général Chodzko, avec les additions récentes, dépasse le chiffre de 600 sources minérales diverses. En résumé, on constate, dans le Caucase septentrional surtout, sur un espace reitreint de 30 à 45 kil. d'écart, plusieurs groupes de sonnes minérales présentant dans leur ensemble des analogies remarquables avec les sources les plus célèbres de l'Europe occidentale (Vichy, Vais, Luchon, Spa, Si hwalbach, Aix-la-Chapelle, Kissingen, Marienbad, etc.).

GcACLRs. — On ne sait pas exactement quelle est l'étendue des glaciers dans les monts Caucase. Beaucoup de ces massifs attendent encore l'exploration des alpinistes ; mais ce qui a été reconnu jusqu'ici permet de supposer que les glaciers du Caucase occupent une superficie supérieure à celle des glaciers de la Suisse. Au Caucase, les glaciers abondent surtout dans la partie centrale de la chaîne ; certains d'entre eux atteignent des proportions

CAUCASE

énormes. Le plus étendu paraît être celui de Karagom ou Kaltchi-don, qui s'épanche du groupe de l'Adaï-Kokh dans la haute vallée de rOuroukh. Sa longueur totale peut être évaluée de 15 à 17 kilom. Parmi les autres glaciers, les plus importants en étendue sont d'abord le Bissinghi et le Gvalda (14 à 15 kilom.), ensuite le Tzaner, le Thouber, le Tzéa et plusieurs autres qui descendent jusqu'à 11 kil. dans les hautes vallées. La moyenne de la longueur des fleuves de glace du Caucase paraît sensiblement dépasser en altitude la limite correspondante des glaciers de la Suisse.

Limite inférieure des principaux glaciers du Caucase (d'après Abich, Stebnitzky, Raclde, Freshfield) :

Mètres,

Oulloukam (Elbrous) 2.659

Terskol 2.625

Ouroukh-don 2.610

Kitchkinakol (id.) 2.384

Baksan (id.) 2.325

Adyl 2.225

Tcherek 2 .059

Ouchba(alt. 5,200m. ( Y ^' ^'f^' -f '* ^'''/' } o f^f^n

Gvalda ait. 6,400m. ^ans ces dernières années 2 . 000

^ ' ( d une centame de mètres. )

Bissinghi 2.130

Tzaner , 2.100

Chkara 1.954

Tzéia-don (Adai-Kokh) 1 . 900

Karagom ou Kaltchi-don, glacier le plus bas du

Caucase septentrional , 1 .715

Hydrographie. — Le régime des eaux du Caucase se rattache d'une manière directe à celui des glaciers. Ces derniers sont, en effet, les sources premières des principaux fleuves du Caucase, notamment du Kouban, du Terek et du Rion. Seule, la Koura prend naissance dans la vallée marécageuse située dans le district d'Ardagan. Toutefois, un grand nombre de ses affluents, surtout des aflluents gauches, comme la Liakhva, la Ksanka, PAragva, la Yora et l'Alazan descendent des glaciers. Hydrographiquement, le Caucase peut donc être divisé en trois parties : régions des lacs, bassins des cours d'eaux de la mer Noire et d'Azov d'un côté, de Fautre côté, le bassin des eaux s'écoulant dans la Caspienne.

Si les cours d'eau sont très nombreux sur les deux versants du Caucase, les lacs y sont relativement très rares, surtout dans le Caucase septentrional. Cette pénurie d'eaux stagnantes pourrait bien être attribuée à l'action d'anciens volcans. Le Grand Caucase ne compte que deux lacs d'une certaine altitude, le Keli, à 3,200 m., au S.-E. du Kasbek et à l'O. de la station de Goudaour, qui donne naissance à la rivière Ksanka, affluent gauche de la Koura, et le lac Forelnoé, dans le groupe de l'Andi. Par contre, dans la Transcaucasie, les lacs sont plus nombreux. Le plus important de ces derniers, le Goktcha, ou Goktchaï (lac Sévanga des Arméniens), sur une altitude de 2,000 m. occupe une surface de 1,370 kil. q., c.-à-d. deux fois et demie plus grande que celle du lac Léman. Les autres lacs de la Transcaucasie, à des altitudes très élevées, et d'une étendue considérable ne changent point l'état physique du pays. La plupart de ces lacs nourrissent une grande quantité de poissons. (îuelques-uns d'entre eux, comme le Toporovan,dans le gouvernement de Tiflis, et le Tchaldir (ou Galdir), près de Kars, ont une certaine importance par la régularité qu'ils impriment, en quelque sorte, à la Koura et à l'Araxe en alimentant un certain nombre de leurs affluents. A citer encore deux lacs côtiers, le Paléostom, au fond vaseux, avec une profondeur d'environ 4 m., situé près dePoti et qu'il était question d'utiliser comme port. Un autre, l'Akh-Zibir, sur le bord de la Caspienne, a 16 kil. de long et 2,200 m. de largeur. Quant aux cours d'eau du Caucase, dont plusieurs, et non des moins importants, se perdent dans les sables de la

steppe ayant d'atteindre la mer, un système intelligent de canalisation ne tardera probablement pas à les réunir de manière à utiliser leur énorme volume d*eau, appelée à ranimer et à fertiliser une des provinces les plus intéressantes de l'immense empire russe. Certains d'entre ces fleuves, comme la Koura et les cours inférieurs du Kouban et du Rion peuvent facilement être rendus navigables. D'autres, comme le Terek et l'Araxe, semblent avoir été destinés par la nature, spécialement à l'irrigation. La disposition de presque tous les autres cours d'eau permet de les utiliser avantageusement comme force hydraulique.

Climat. — 11 est peu de contrées où l'on observe des variations aussi considérables de température que dans le Caucase. Sa position au milieu de deux mers intérieures jointe au relief général du sol, plus bas, sur certains points que la mer et s'élevant, ailleurs, à des hauteurs de près de 6,000 m. au-dessus du niveau de l'Océan, expliquent, en partie, ces anomalies climatologiques. Une température continentale prédomine surtout dans la Ciscaucasie, dans la Transcaucasie orientale et dans le vaste plateau d'Arménie. C'est sur ce dernier plateau que le changement de la température paraît le plus accentué, comme à Erivan où la température varie de 36<* C (janv., — 905, août, + 26«2). Le bassin du Rion et la côte E. de la mer Noire jouissent plutôt d*un climat maritime. Dans la Ciscaucasie l'ardeur du soleil dessèche en éié les cours d'eau avant même qu'ils atteignent la mer. En hiver, les vents du nord les font geler de très bonne heure. Les cours d'eau sont d'ailleurs bien plus nombreux dans la partie occidentale du Caucase, c.-à-d. dans le bassin de la mer Noire que dans la partie orientale ou dans le bassin de la Caspienne. Cette dernière produit si peu d'humidité que la vallée de la Koura ne reçoit parfois pas de pluies pendant six mois de suite. A l'O., au contraire, les pluies sont bien plus abondantes. La quantité de pluies qui tombe à Koutaïs est double de celle de Pau. Les observations faites pendant les années 1882 et 1883 sur la quantité de pluie tombée dans la Ciscaucasie ont donné comme résultats : Novorossysk (sur la mer Noire), 584 millira.; Stavropol (centre), 633 millim.; Temir-Khan-choun et Petrovsk (sur la Caspienne), 448 et 357 millim. La Transcaucasie, protégée au N. par d'énormes massifs, jouit naturellement d'un climat plus tempéré en hiver, sans toutefois être brûlée en été. Le climat de Tiflis est moins chaud que celui de Madrid. Les eaux de la Trancaucasie s'écoulent presque toutes dans la mer et ne sont que rarement prises de glaces.

Tableau des températures moyennes et hauteurs d'eau pluviale sur certains points du Caucase :

[ Koutaïs

|lPoti

1 <Novorossysk

I/Vladikavka/

( Piatigorsk

•2 fSouram

Altitude

i)Tiflis

1 JElisavetpol

È 1 nr\

Tempérât.

Eau

moy. de l'année.

pluviale.

^ (Alexandropol 1 ,469

La moyenne de la température la plus élevée (15<^ C environ) a été constatée à Lenkoran, Soukhoum-Kalé et Poti ; la plus basse, à Ardagan (environ 2,000 m. d'alt.), 2n, et à Goudaour (2,400 m.), 3<^3.

Au point de vue médical, le Caucase ne le cède pas aux régions les plus salubres de l'Europe. Si des fièvres, d'ailleurs facdement guérissables, régnent dans quelques zones basses et marécageuses, en revanche, la mortalité est moindre que dans la Russie propre et même qu'en d'autres pays d'Europe. Un autre tait curieux a été constaté récemment par un savant alpiniste, M.H.-W. Holder. Contrairement à ce que l'on observe dans les

CAUCASE

Alpes, la rareté de Pair sur les hautes altitudes dans le Caucase (plus de 5,000 m), n'incommode nullement les touristes. Par contre, au-dessus de 4,500 m. Féclat de la neige pulvérisée fatigue beaucoup la vue.

Flore et Faune. — Grâce à une température élevée, la végétation atteint dans le Caucase une altitude incon* nue dans les montagnes de TEurope. Cette végétation, sur certains points plus luxuriante que celle des Alpes, dédommage souvent du désappointement qu'éprouve le touriste de ne point y jouir du spectacle si attrayant des chutes d'eau. Dans son ensemble, la flore du Caucase se rapproche plutôt de celles des provinces atlantiques de la France que du littoral méditerranéen. Certaines régions, comme celle du bassin du Rion, réunissent pourtant les produits de ces deux zones. La vigne croît à une ait. de plus de 1,600 m.; le cotonnier croît jusqu'à 650 m. Le riz, le maïs, le froment et autres céréales viennent en excellente qualité sur les deux versants de la grande chaîne jusqu'à une hauteur de 2,300 m. Les autres plantes les plus répandues dans le Caucase sont l'indigo, le grenadier, le camphre. Les citronniers ont disparu vers 1850 ; les tentatives de replantalion ont jusqu'à présent échoué. Toutes ces plantes viennent à des hauteurs très élevées. Parmi les plantes particulières au Caucase on remarque YÂzalea Pontica, qui rivalise avec le Rhododendron de l'Himalaya. Cette plante atteint une ait. de 2,000 m. On récolte aussi une espèce de thé sauvage ainsi que du safran (sur les bords de la Caspienne). La végétation la plus luxuriante atteint son plus grand développement dans l'Abkhazie et dans la Mingrélie. Dans la Transcaucasie, les glaciers sont entrecoupés de petits jardins qui forment de véritables oasis au milieu des neiges. Dans la chaîne centrale également, l'abondance des verdures sur de hautes altitudes frappe vivement les touristes. Le savant et distingué alpiniste anglais D. Freshfield cueillit des fleurs sur TOukou, glacier situé au N.-O. du Kochtan-taou, à 4,200 m. d'alt. M. Radde, l'explorateur russe, auquel nous devons une grande partie de nos connaissances sur le Caucase, trouva des fleurs sur l'Elbrous à une hauteur de plus de 4,000 m. Lors de la visite de M. Freshfield au Caucase, les cimes au-dessus du glacier du Gvalda élevées de plus de 3,000 m. au-dessus du niveau de la mer, étaient couvertes de verdure et de fleurs (l'œillet, les gentianes, l'anémone Narcissiflora, renoncules, campanules, myosotis, des véroniques, des géraniums et le Hhododendron Caucasicum). Les moraines elles-mêmes se couvrent vite de fleurs, ce qui permet d'étudier, en même temps que la flore du Caucase, les lois du mouvement des glaciers dans cette région, car chaque recul ou avance d'un glacier correspond à la formation ou à la disparition d'un tapis de gazon. La zone forestière dans la grande chaîne, malgré d'incessants déboisements, occupe encore une étendue d'environ 700 kil. de longueur sur 15 à 25 kil. de largeur. Les pentes qui avoisinent la mer Noire sont couvertes de forêts admirables. Conifères, tilleuls, chênes, frênes, érable?, hêtres et bouleaux, alternent et se succèdent, suivant leurs diverses conditions d'existence, disputant le terrain aux arbres fruitiers.

La faune du Caucase, moins variée que la flore, est à peu près toute européenne. L'ours, le renard, le loup, le lynx, le sanglier, le chamois, le bouquetin et l'aurochs en sont les représentants les plus remarquables. Dans la Transcaucasie et sur les bords de la Caspienne, on rencontre cependant divers animaux asiatiques, comme le tigre, qui traverse parfois la frontière persane, le léopard et l'hyène, ces derniers principalement dans les vallées de la basse Koura et de l'Araxe. Parmi les autres animaux sauvages, on remarque l'ours, peu féroce dans ces contrées, le chacal, la gazelle et quelques autres ruminants. Il en est de même des oiseaux parmi lesquels on peut voir nombre d'individus non seulement européens, mais français, tel que le grand-duc, l'hirondelle de che-

minées, le merle noir, etc. Notons, enfin, comme types spéciaux au Caucase, le Tetragalus caucasiens et le Tétras mlokosiewiksu. Le gibier abonde dans presque toutes les régions du Caucase, mais principalement dans les forêts basses et peu salubres situées le long des crêtes septentrionales. Aussi, la chasse est-elle une des princi-*? pales occupations, et non des moins fructueuses, des indigènes. La pêche est également fort importante. L'agriculture a, de son côté, pris un développement considérable dans ces dernières années, grâce à la complète pacification du pays et aux travaux d'irrigation opérés. Le Caucase, non seulement se suffit à lui-même, mais exporte, principalement vers la Russie d'Europe, une quantité notable de produits naturels, notamment du vin, du tabac et des fruits.

Voies de communication. — L'établisssement de voies faciles de communication a été l'une des principales préoccupations du gouvernement russe. Le souci principal de l'administration, après tant de luttes pour la conquête du pays, était naturellement de s'y fortifier de manière à pouvoir concentrer, au premier signal de révolte, sur un point donné, des forces suffisantes pour réprimer l'insurrection. Cette idée a présidé à l'établissement des routes dans le Caucase ; la plupart des chemins tracés sont donc plutôt des routes stratégiques et militaires que commerciales. Le manque de temps n'a pas permis de donner au système des voies de communications du Caucase toute Textension désirable. La route principale carrossable du Caucase est celle qui passe par la fameuse gorge de Darial et s'étend de Vladikavkaz au delà de Tiflis. Une autre route, celle du col Mamisson, a été rendue récemment praticable pour les voitures; elle relie Vladikavkaz à Koutaïs. Ce sont aussi jusqu'à présent les deux uniques routes carrossables à travers la chaîne centrale du Caucase. Vladikavkaz est le point terminus de toutes les routes venant de la Russie méridionale. A partir de Tiflis, la grande route se sépare en plusieurs tronçons dont l'un conduit à l'O., à travers la Gourée, sur le col de Souram, jusqu'à la vallée du Rion et à Poti, en passant par Koutaïs. Au S.-E., deux autres routes conduisent, l'une vers la vallée de la Koura, à travers Elisayetpol, jusqu'à Bakou, l'autre à Lenkoran, sur la frontière persane. Au S., une route traverse les villes d'Alexandropol et Kars qu'elle réunit, à travers le plateau de Goktcha, avec Erivan, Etchmiadzin et l'Ararat. Les cols jouent naturellement dans le Caucase, comme dans tous les pays montagneux, un rôle considérable pour le passage des piétons et des mulets. En dehors des cols cités déjà dans la partie orographique, mentionnons encore, dans le groupe des monts du Kouban, les cols Akhh-Birtz conduisant des sources de la grande Laba sur le terrain des Pskhon, le Kloutchor (praticable pour les chevaux), entre la vallée du Kodor et le Taberda ; le col de Nakhar (2,931 m.) conduisant de la rivière de ce nom jusqu'à la rivière Klitch; la hauteur de ce passage a été déterminée par Abich comme ayant une altitude de 3,180 m. Au centre de la chaîne, le col de Karet (3,220 m.), le Skoudner (3,000 m.), le Naksagar (2,900 m.), le Djiper, allant des sources du Baskan à la vallée de la Neskra (3,650 m.), le Dougoussouroun (3,600 m.); le col de Ceja entre la vallée de même nom et les sources del'Ardon; l'Oullou-Auz (Grande Vallée) réunissant leTcherek au Dou-mala, à travers le versant E. du Diih-taou (environ 4,000 m.) ; le Salouïnan-Tchiran (3,800 m.) conduit du glacier Bissinghi au Gara-sou et au Cheghem; enfin le col d'Aksou (3,500 m.) donne passage du glacier Chitchildi au Betsho. La plupart de ces passages n'ont été reconnus que dans ces dernières années par des explorateurs européens. Dans la Transcaucasie, la configuration du terrain a permis d'établir des communications plus faciles; les sentiers et les passages sont plus nombreux ; les cols moins élevés.

Les chemins de fer ne comprennent actuellement que

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deux grandes lignes, dont la principale forme le prolongement des lignes des chemins de fer de la Russie méridionale et s'étend de Rostov, sur la mer d'Azov, jusqu'à Yiadikavkaz, en passant à travers les stanitzy (villages) des Cosaques, et dessert Georgievsk et Piatigorsk. Un embranchement dessert le port de Novorossysk dont l'importance grandit au détriment de Taganrog. La deuxième ligne va de Batoum à Tiflis qu'elle relie à travers le col de Souram et Mtzkhet à Bakou. Deux lignes secondaires desservent Poti et Routais.

Histoire. — L'occupation définitive du Caucase par les Russes et l'incorporation de cette région dans l'empire ont fait disparaître les anciennes divisions politiques de ce vaste pays, divisions basées principalement sur la distribution ethnographique de la contrée. Ces divisions, connues sous les noms de Géorgie, Lazistan, Iméréthie, Mingrélie, Abkhasie, Svanétie ou Suanétie, Circassie, etc. (auxquels d'ailleurs des articles spéciaux seront consacrés dans cet ouvrage), n'existent plus que comme souvenirs historiques. Toutes ces régions ont été arbitrairement taillées en gouvernements et districts dont on trouvera plus loin le tableau. Les populations de deux de ces régions, celles de la Géorgie au N. et de l'Arménie au S., — cette dernière en partie seulement occupée par les Russes, — peuvent être envisagées comme des nations historiques du Caucase. Ces deux puissances, qui se partageaient autrefois la plus grande partie de ce que nous appelons actuellement le Caucase, paraissent avoir été constituées vers le XX® siècle avant notre ère (V. Arménie). Les autres peuplades du Caucase n'ont, pour ainsi dire, pas d'histoire. Nous renvoyons donc le lecteur, pour tout ce qui concerne l'histoire politique des diverses populations du Caucase, à leurs noms respectifs, en nous limitant ici à retracer brièvement l'histoire des relations de ce vaste pays avec la Russie propre.

Malgré les luttes assez vives qui eurent lieu, à une date encore très fraîche, pour la conquête de ce pays, on peut considérer actuellement le Caucase comme taisant partie intégrante de l'empire russe, lequel, grâce à sa position géographique et à un système intelligent de colonisation, est parvenu à s'assimiler cette vaste province en bien moins de temps qu'il ne lui en fallut pour la conquérir. La colonisation des provinces acquises par la Russie, tant au N. qu'à l'O. de l'Asie, lui est singulièrement facilitée par la position même de ces nouveaux pays qui n'ont proprement pas de frontière, et doivent fataleniept être englobés par la grande puissance voisine, administrée à l'européenne. D'un autre c^té, le respect des croyances et des traditions des populations nouvellement acquises, la sécurité établie, les promesses tenues et une pronipte et énergique répression de toute tentative de rébellion ont largement contribué 4 transformer en citoyens dévoués les vaincus de la veille, et l'Europe a pu assister, en 4888, à ce spectacle étonnant de l'empereur de Russie accueilli triomphalement par ses nouveaux sujets du Caucase et recevant les hommages sincères d'une foule de peuplades si diverses de race et de religion, cpi luttaient récemment encore pour la sauvegarde de leur indépendance.

Les premières relations des Russes avec les populations du Caucase remontent à une date assez éloignée. Déjà vers le X® siècle, les Russes commencèrent à faire diverses incursions dans les montagnes du Caucase. En 943 ils s'emparèrent même du petit fort Barda (actuellement village dans le gouvernement d'Elisavetpol). Certaines relations de parenté s'établirent également entre diverses familles princières du Caucase et de Russie. La célèbre reine de Géorgie, Tamara (1184-1222), épousa le prince russe Grégoire, fils d'André Bogolioubsky. Ces rapports furent interrompus pendant la domination mongole. Durant le XVII® siècle, les souverains du Caucase demandèrent à plusieurs reprises l'appui de la Russie contre leurs ennemis. Mais ce fut surtout Pierre le Grand qui comprit le parti que la Russie pouvait tirer de la posses-

sion du Caucase. Aussi, lorsqu'on 1712, le chah Houssein lui demanda son aide contre les Afghans, Pierre n'hésita pas à envoyer trente mille hommes au Caucase. Il trouva occasion plus tard de s'emparer de Derbent (1722) et de Bakou (1723). En 1770, les troupes russes franchirent pour la première fois la chaîne du Caucase, et occupèrent Koutaïs. Les événements se succèdent ensuite avec rapidité. En 1785, le gouvernement put transformer en province russe toute la partie septentrionale du Caucase. En 1799, la Géorgie, épuisée, fut cédée par son prince Georges XUI, fils d'Héraclius, à la Russie, et un manifeste impérial de 1^01 érigea cette région en province russe. De 1800 à 1829, la guerre ou les promesses acquirent successivement à la Russie la soumission des Ossètes (i802), des Lezghiens (1803), de la Mingrélie (1804), de rimérétie (1810). Par le traité de 1813, la Perse céda à son voisin les khanats de Karabagh, Gandja, Chekin, Chirvan, Kouba, Derbent et Bakou, qui lui avaient été rétrocédés quelque temps auparavant. Le haut Kouban, l'Abkhazie et le Daghestan, montueux et inaccessibles, soutinrent pendant longtemps, les uns par patriotisme, les autres par esprit de fanatisme religieux, des luttes acharnées contre l'envahisseur. Ces luttes durèrent pendant trente années consécutives (1815-1845), durant lesquelles les Russes durent se contenter de cerner les montagnards. La lutte fut surtout très vive dans le Daghestan, où le cheïk Kasi-Moullah, digne successeur de Mansour, souleva les populations en prêchant la guerre sainte. A la mort de ce chef, tué par les Russes, son disciple Chamyl (V. ce mot) continua la résistance et put tenir en échec pendant assez longtemps l'armée russe. La guerre d'Orient de 1855 mit fin à ces combats qui se terminèrent par la défaite des Caucasiens. Mais la pacification complète de ce pays ne date en réalité que de 1864. Dans cette dernière période (1857-1864), les Russes, mieux aguerris et armés, réussirent enfin à briser les dernières résistances et c'est de cette époque que le Caucase peut être considéré comme appartenant définitivement à l'empire des tsars.

Ethnographie et anthropologie. — Au point de vue ethnologique, le Caucase se présente comme l'un des pays les plus intéressants du monde entier, tant par la variété des races qui l'habitent que par l'importance historique de ses peuples. L'étude ethnographique de cette portion de l'Asie, que beaucoup de savants désignent encore comme étant le berceau de la race européenne, devient d'autant plus intéressante, que les vaillantes populations qui l'habitent, naguère encore sauvages, tendent à se fondre, de plus en plus, avec Téléraent. européen ; la civilisation y a déjà fait des progrès immenses, et l'on prévoit que d'ici peu on ne trouvera plus, sous la domination russe, du moins, ni Tcherkesses, ni Lesghiens, ni Tchétchènes, mais des marchands et des cultivateurs russes, habitués au contact des Européens. Les plus récalcitrants abandonnent le pays, en voulant fuir la civilisation ; de nombreuses familles quittent encore à l'heure actuelle leur patrie pour se réfugier en Asie Mineure ou au Kurdistan. La population du Caucase suit néanmoins une progression constante tant par l'excédent des naissances que par l'immigration d'éléments européens. D'un autre côté, certaines familles indigènes, désabusées par l'accueil qui leur est fait chez leurs nouveaux hôtes Jes musulmans, s'empressent souvent de revenir dans leur ancien pays. Beaucoup de villages ou aouls perdent également leur aspect asiatique, et les principales villes du Caucase visitées annuellement par une foule de touristes européens, pourront bientôt rivaliser avec les villes de province les mieux favorisées de l'occident de l'Europe.

Nous disions tout à l'heure que beaucoup de savants regardent encore le Caucase comme le berceau de la race européenne. Cette théorie, accréditée pendant des siècles, dut être abandonnée dans ces temps derniers, où les sciences anthropologique et ethnologique ont pris une

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place si importante dans les études du monde civilisé. Klaproth fut un des premiers qui s'éleva contre la désignation qu'on attribuait aux peuples caucasiens, en leur appliquant le terme : race caucasienne. Les recherches des savants qui se sont occupés de l'ethnologie de cette région depuis le commencement du siècle jusqu'à nos jours tendent plutôt à prouver l'origine commune mais étrangère des populations actuelles du Caucase. D'après le baron d'Uslar, l'ethnographe moderne qui a le plus contribué à nos connaissances sur le Caucase, ce pays n'a jamais été le lieu de passage d'un peuple en migration, mais le refuge de populations opprimées dans les plaines voisines. Ces peuples paraissent en effet être les débris de peuples préhistoriques ayant appartenu à une même race et qui sembleraient avoir disparu partout ailleurs qu'au Caucase. Quant à la diversité si grande qu'on observe chez les peuples caucasiens, elle doit être attribuée aux croisements qui Ont dû s'opérer à diverses époques entre les premiers occupants, et des émigrés nouveaux venus appartenant aux trois grands groupes humains ; sémite, indo-européen et mongol, qui ont encore des représentants sur divers points de la chaîne. Malgré les divergences considérables qu'on observe chez les peuples caucasiens, divergences qui se manifestent surtout dans leurs langages et dans certaines pratiques extérieures, ces populations conservent divers traits caractéristiques communs qui les placent, en quelque sorte, au-dessus des autres peuples du continent asiatique. Tous les voyageurs sont presque unanimes à louer la beauté physique, l'énergie, les habitudes chevaleresques et l'élégance de ces braves peuplades. Les Russes eux-mêmes conservent pour ces populations soumises certains égards, tant pour la vaillance qu'ils ont montrée en se défendant, que pour la beauté des régions au milieu desquelles ils eurent à lutter. Certains épisodes de guerre ressuscites par les écrivains et poètes russes sont loin d'être au désavantage des peuples vaincus, Néanmoins, la diversité des races qui peuplent actuellement le Caucase et la variété des éléments ne permettent pas de traiter de l'ethnographie de ce pays sous un point de vue unique ; l'ethnographe est obligé d'établir un certain groupement entre les diverses classes d'individus dont se compose à présent la population de ce beau pays. Ce groupement a été établi de manières différentes par plusieurs savants modernes. Nous adopterons ici la classification exposée avec tant d'autorité par M. E. Chantre, dans son bel ouvrage : V Anthropologie du Caucase, auquel d'ailleurs nous empruntons un certain nombre d'indications. Cette classification est adoptée aussi, en partie, par M. L. Zagourski, dans son ouvrage (manuscrit) sur l'ethnologie du Caucase, et dont un extrait a paru dans le Calendrier du Caucase pour i888. D'après cette classification, la population du Caucase est divisée en deux groupes principaux : en peuples caucasiens propres, et en peuples d'origine non caucasienne, ou peuples sporadiques. Nous ne nous occuperons que des premiers, les plus intéressants au point de vue ethnographique.

Peuples caucasiens.

Groupe rOrou siens ou Géorgiens. — Imères. — Minkarthevélien ? gréliens. — Svans. — Gouriens. — ou kartalien.( Lazes, etc.

Groupe ( Adighés. — Abkhases. — Alazes. — Koutcherkesse.( badiens, etc.

Digoriens. — Kourta-

Alaghirs.

Groupe ossète.jT«f--

tchet^ch^ne .JTchetchènes. — Ingouches. — Kistes, etc.

Groupe j Kurins, — Agonies, — - Kazimouks. — Avalesghien. ) res,etc.

Karthevéliens. — Le groupe karthevélien ou géorgien occupe les bassins de l'Ingour, du Rion, du Tchorokh, comprenant la Mingrélie, l'iméréthie, la Svanic et la

Lazie, d'une part; le bassin de la Koura comprenant la Géorgie et une partie de l'Arménie, d'autre part. Leur nombre actuel s'élève à environ 1 ,000,000 d'individus répartis comme suit : Grousiens, 335,000; Adjars, Koboulètes et plusieurs autres tribus habitant le district de Batoum, environ 46,000; Imérétiens et Gouriens, 380,000; . Mingréliens, 200,000; Lazes, dont la plus grande partie est restée sous la domination turque, environ 2,000 ; ils habitent presque tous le bord de la mer Noire; Svaniens, 42,000. Descendantes des Ibères dont parle Strabon, ces populations ont conservé le même type que l'on constate dans les figurines récemment découvertes dans les tombeaux et qui remontent à deux siècles avant notre ère. Possesseurs de la contrée aux âges les plus reculés de l'histoire, les Géorgiens ont réussi à maintenir leur cohésion ethnique et leur dialecte de commune origine. La langue principale, le géorgien, n'a aucune affinité avec les langues asiatiques. En général, l'on peut dire que les Karthevéliens de la steppe sont agriculteurs, comme les Géorgiens, les Imères, les Mingréliens et les Lazes. Dans les montagnes, là où le sol ne peut pas nourrir ses habitants, ils sont nomades et se livrent à l'élevage de leurs troupeaux. Quelquefois aussi ils préfèrent quitter leurs vallées élevées pour descendre dans des régions plus basses, dans les villes, où ils s'exercent à diverses industries. Tels sont surtout les Pchaves et les Touches. Les véritables pasteurs sont les Khevsours. Les Karthevéliens sont à peu près tous chrétiens, sauf les Lazes qui suivent les préceptes de l'islam.

L'un des traits caractéristiques de ces populations généralement très pauvres, est leur insouciance. Vivant au jour le jour, ces peuples ne songent qu'à se parer de costumes de couleur voyante qui rehaussent leur beauté physique. Le chant et la danse sont leurs plaisirs favoris. Bien que d'une intelligence médiocre, ces Caucasiens savent captiver la sympathie des étrangers par leur grande hospitalité et par leurs manières gaies et affables. Par suite de l'isolement dans lequel la plupart de ces tribus ont vécu jusqu'à l'arrivée des Russes, ^certames d'entre elles ont conservé diverses pratiques barbares qui ne tarderont probablement pas à disparaître, à mesure que ces peuples se trouveront plus en contact avec les Européens. Déjà, on constate un adoucissement considérablo des mœurs chez les tribus habitant les vallées. Le voisinage de grands centres de population fait disparaître certaines superstitions, comme celle qu'on observe encore chez les peuples montagnards, les Svans et les Khevsours, et qui consiste à regarder une femme en couches comme un être impur. L'accouchement ne doit jamais se faire, chez ces tribus, dans les maisons d'habitation. Aussitôt que la femme ressent les premières douleurs, elle est généralement reléguée à une certaine distance de la maison et laissée seule pendant un mois ou deux. Chez d'autres tribus les secours médicaux sont formellement interdits ; lorsqu'un individu est atteint de la variole, épidémie si répandue dans ces parages, on le pare de ses plus beaux vêtements ; ses amis, également en grande tenue, se réunissent autour de lui et attendent tranquillement la mort ou la guérison du malade.

Autrefois, on mariait les jeunes filles dès leur tendre enfance. 11 s'agissait, en elïet, surtout pour les Géorgiens chrétiens, de soustraire leurs femmes au harem du chah persan. Ce dernier demandait aux rois de Géorgie un tribut de belles femmes, qu'on osait rarement lui refuser. Cet état de choses ayant changé depuis, on constate une amélioration considérable dans la vitalité des femmes grousiennes. Actuellement, elles ne se marient pas avant l'âge de vingt ans. Chez la plupart des tribus, le rapt existe encore; c.-à-d. que la fiancée ne doit pas avoir l'air de suivre de bon gré son futur. Celui-ci l'enlève de chez ses parents, après quoi commencent les cérémonies nuptialesc Dans certaines familles, il est considéré comme une honte d'avoir des enfants avant quatre ans de mariage.

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L'usage du berceau est commun à tous les Géorgiens. Sa disposition est la même en Arménie, en Géorgie et en Syrie. Ce berceau, de forme élégante, en bois tourné ou peint, est gardé comme ornement, même après que l'enfant Ta quitté. Avant de placer Tenfant pour la première fois dans le berceau, on a soin d'envelopper sa tête de ouate puis on lui met un petit bonnet assez rude qu'on attache fortement avec une lanière ayant environ 5 centim. de largeur. On laisse ce bandeau pendant quelques semaines, souvent même on ne l'ôte qae lorsque l'enfanl a atteint six mois. Le résultat de cette pratique est une déformation crânienne; la tête se trouve ainsi sensiblement allongée. L'origine de cette coutume est inconnue. Les indigènes prétendent vouloir empêcher l'élargissement de la tête afin que le kolpak la coiffe mieux. Certains savants voient dans cette pratique une ancienne coutume ayant pour but une marque de distinction.

Parmi les autres tribus géorgiennes, les plus arriérées au point de vue ethnographique sont les Gouriens, chez lesquels le régime féodal de la domination turque n'a pas encore entièrement disparu et qui pratiquent encore, même sous la domination russe, le commerce des esclaves. Le nombre de cette tribu est d'environ 100,000 individus, tous d'une extrême beauté. Une autre tribu, moins nombreuse, est celle des Svanes, politiquement divisée en Svanes libres au N. et Svanes soumis au S., séparés par une ligne importante de montagnes. Le territoire des Svanes se trouve à peu près au centre du tronçon occidental du Caucase. Par sa configuration, la Svanie du S., ouverte du côté S.-O., perdit de bonne heure sa liberté et aussi un peu de son originalité primitive ; elle devint vassale des princes de Mingrélie probablement déjà au XVI® siècle. La Svanie du N., au contraire, libre au milieu de ses montagnes, ne tarda pas à revenir à sa vie primitive grossière, presque sauvage. Certaines familles y ont encore conservé toutes les mœurs barbares, comme la vente des femmes en mariage, l'adoration du soleil et de la lune, bien qu'elles se prétendent chrétiennes ; certains voyageurs aflSrment qu'ils pratiquent encore l'immolation des enfants. Par contre, tous les voyageurs s'accordent à louer la tribu des Lazes, au nombre d'environ 20,000 et qui occupent le littoral S.-O. de la mer Noire compris entre Trébizonde et la Gourie. Bien qu'en grande majorité musulmans, les Lazes se distinguent par des qualités rares de propreté. Très industrieux, hospitaliers, d'un physique des plus agréables, les Lazes peuvent être considérés comme les types les plus remarquables des tribus géorgiennes.

Anthropologie, Dans leur ensemble, ces Caucasiens sont brachycéphales ; leur indice céphalique moyen s'élève à 85,85. Les extrêmes sont : 91, chez les Lazes; 83 chez les Gouriens. En ce qui concerne la couleur des yeux et des cheveux, on y constate pour ceux-ci une proportion d'environ 50 <^/o châtains ; 33 <^/o noirs ; 11 7o blonds. Les yeux sont généralement noirs ou d'un brun foncé. On en trouve pourtant un certain nombre de bleus et de gris bleuâtre.

TcHERKESSES OU CiRCASsiENS. — C'cst du commencement du VI® siècle avant notre ère que datent les premières notions connues sur la Circassie. Depuis cette époque jusqu'à nos jours, c.-à-d. dans un intervalle de deux mille cinq cents ans environ, la Circassie semble avoir été habitée par les mêmes peuples et les mêmes tribus. A cette époque, les Tcherkesses habitaient la partie occidentale du Caucase et la Crimée. Ils étaient connus en Grèce sous le nom d'Ant, d'où le nom d'Adighés que les Tcherkesses se donnent encore actuellement. Au nombre d'environ trois ou quatre cent mille, les Circassiens formaient l'un des peuples les plus importants du Caucase. Malheureusement, depuis la conquête russe, cette magnifique population tend à disparaître. Préférant l'exil à ce qu'ils croyaient une servitude, la majorité des Tcherkessses s'est retirée, il y a vingt et quelques années,

en Turquie, On ne compte actuellement, au Caucase, guère plus de cent trente mille Tcherkesses, dont les Kabardiens constituent la plus grande partie. Leur réputation de beauté idéale, l'héroïsme de leur résistance aux armées russes, ont fait de ces intrépides montagnards un des peuples les plus intéressants de la terre. On divine actuellement les Tcherkesses en trois groupes principaux : les Adighés ou Tcherkesses proprement dits, les Kabardiens, les Abkhazes.

A côté de ces grandes familles, s'en trouve un certain nombre de petites, toutes circassiennes, avec ou sans mélange. Quelques-unes de ces tribus sont des Kabardiens émigrés. Parmi ces tribus de moindre importance, la plus nombreuse est celle des Chapsoughs (éleveurs de chevaux), au N. de la chaîne et sur le littoral de la mer JNoire, les Beslineï et les Tehernighoïs, ces derniers formant les familles les plus aristocratiques du pays. Car, malgré leur amour pour l'indépendance, les Tcherkesses, si unis dans la lutte contre l'envahisseur, n'étaient point égaux entre eux. Ils se divisaient en trois castes : celles des princes et des nobles, et celle des simples paysans guerriers. Lorsqu'un danger extérieur les menaçait, tous se groupaient en tleouch (fraternité) et c'est cette cohésion qui donna aux Tcherkesses une si grande force de résistance contre les Russes. Les nobles exerçaient leur autorité principalement dans la plaine. En certains endroits, ils avaient mèxe réussi à constituer un régime presque féodal. Leurs paysans s'enfuyaient souvent chez les Tcherkesses des montagnes ; de là, d'incessantes guerres, et l'immixtion fréquente des étrangers. Au-dessous des trois classes libres, travaillait la foule des esclaves, composée entièrement de prisonniers de guerre et de réfugiés. La volonté des hommes libres exprimée dans les assemblées populaires avait force de loi que les princes devaient faire exécuter. Les prêtres, classés au rang des seigneurs, n'avaient qu'une faible influence, car les religions fort mélangées dans le pays rendaient les Tcherkesses à la fois païens, par le culte qu'ils adressaient à leurs anciens dieux, chrétiens et mahométans par leurs pratiques. .Aujourd'hui, on peut dire qu'il n'y a plus de constitution chez les Tcherkesses. Les princes et les hauts personnages qui n'ont pas émigré s'occupent presque uniquement de chasses et d'exercices militaires. Beaucoup d'entre eux ont pris du service, de gré ou de force, dans l'armée russe, où leur rang de noblesse leur a été conservé. Le ' gouvernement russe y a trouvé un moyen de plus, et non des moins eflBcaces, pour s'assurer la fidélité de ces précieux guerriers. Les croisements qui deviennent de plus en plus fréquents entre ce peuple et l'élément slave, ne tarderont probablement pas à disperser tous les débris de ces anciens représentants authentiques de la race caucasienne. Les coutumes qu'on observe encore chez les Tcherkesses dénotent chez ce peuple une certaine allure chevaleresque. Les femmes, par exemple, tout en étant considérées comme la propriété de leurs pères, frères, ou maris, jouissent du titre de sacrées pour les étrangers ; elles sont universellement obéies et écoutées. Les enfants des nobles sont généralement confiés à un précepteur appelé atalyk ou à la femme d'un riche gentilhomme d'un aoul (village) voisin, selon le sexe. Les garçons doivent apprendre l'équitation, le maniement et l'usage des armes ; les filles sont initiées aux travaux féminins et aux obligations futures de leur position. Les mariages se font d'une manière très discrète ; c'est par l'intermédiaire d'un parent ou d'un ami que Je futur s'enquiert du consentement de la jeune fille. Chez les nobles, seul le mariage par le rapt est jugé convenable. La jeune fille se pare ordinairement de ses plus beaux vêtements ; à une heure de la nuit convenue d'avance, le fiancé vient subreî)ticement enlever sa future, avec laquelle il s'enfuit au galop. Alors seulement on commence à débattre les conditions du mariage, le chiffre de la dot, etc. Une autre coutume non moins originale des Tcherkesses est

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celle du premier accouchement. Au moment critique, le mari met entre les mains de sa jeune femme un pistolet que celle-ci doit avoir le courage de faire partir si l'enfant venu au monde est un garçon. — La langue des Tcheckesses est l'une des moins connues et des plus compliquées des langues caucasiennes. Divers essais ont pourtant été faits par des linguistes distingués et il existe déjà un dictionnaire tcherkesse-russe, dû à un Tcberkesse lettré qui avait fait ses études en Russie, M. Chora- Bérémourzin-Nogrov.

OssÈTES ou OssES. — La tribu des Ossètes forme, avec celle des Géorgiens, les groupes ethniques les plus considérables du Caucase. Le recensement de 1881 constatait une population de 114,000 individus; actuellement, leur nombre est évalué à plus de 120,000. Cette tribu, dont le nom indigène est Iron, se subdivise en quatre groupes ou familles : Tangaours, Digouriens, Kourtatines et Alaghirs. Ils occupent un territoire compact au milieu de la chaîne centrale dominant Tiflis des côtés E. et 0. En l'absence de documents écrits sur ces peuplades, on est réduit aux hypothèses en ce qui concerne leur origine. Certaines familles nobles prétendent appartenir à la race tatare; d'autres se disent d'origine géorgienne, arabe ou même israélite. En réalité, la race des Ossètes, d'origine iranienne, paraît actuellement fort mélangée ; on y rencontre tous les types. Le caractère de cette peuplade est également très différent de celui des autres peuples caucasiens. Ils ne possèdent ni la beauté physique, ni l'allure fière et martiale qu'on admire chez les vrais Caucasiens ; le sentiment d'indépendance est aussi très peu développé chez eux, et ils furent les premiers à se soumettre sans conditions à la domination russe. A l'encontre de ce que l'on observe chez les Tcherkesses, oîi les femmes jouissent de l'estime générale, les Ossètes regardent leurs épouses comme une propriété animale qu'ils achètent à des prix divers et dont ils se débarrassent à toute occasion. C'est à elles qu'incombent les travaux les plus pénibles du ménage. Ces défauts de race ne sont naturellement pas rachetés par les quelques habitudes européennes que ces peuplades ont contractées. Leurs mœurs se rapprochent, en effet, sous certains rapports, de celles des nations civisées. Les habitations sont construites en bois et recouvertes de pierres, comme les maisons dans les Alpes ; ils fabriquent la bière avec la même habileté que les Allemands. Certaines autres coutumes, comme les salutations à la mode européenne, dénotent chez eux un certain contact avec les pays plus avancés. Autrefois tous chrétiens, une partie de cette peuplade se convertit à l'islam ; d'autres ont adopté des coutumes païennes. Au point de vue anthropologique, les Ossètes se distinguent par leur taille élevée ; ils sont généralement secs, ont les traits anguleux, l'œil vif, farouche. Cinquante-deux pour cent ont les yeux bruns; quarante-huit à peine, bleus ou gris. Les cheveux blonds se rencontrent près de trente fois sur cent individus.

Tchétchènes, — Les Tchétchènes occupent dans le Caucase oriental un territoire d'une grande fertilité, arrosé par la Soundja, qui sépare la grande de la petite Tchetchenia. Malgré cette fertilité du sol, le peuple tchetchène est relativement très pauvre ; les procédés de culture employés sont des plus défectueux et la terre est loin de produire ce qu'une culture plus intelligente aurait certainement pu fournir. Leur nombre actuel paraît s'élever à environ 225,000, dont 28,000 Ignouches et environ 3,000 Kistines. Ces chiffres se sont conservés malgré les nombreuses émigrations de diverses familles vers le Kurdistan, Certains de ces émigrés, désillusionnés par l'accueil qui leur était fait en Asie Mineure, commencent, en effet, à revenir dans leur ancienne patrie. Au physique, les Tchétchènes ressemblent aux Tcherkesses; souples, bien bâtis, ils ont la fierté de ces derniers, sans toutefois en posséder la bravoure. Les brigands dont se composent une grande partie de cette population n'attaquent jamais les voyageurs pen-

dant le jour ; ils préfèrent opérer la nuit. Ils n'ont pas non plus d'estime pour les femmes qui sont considérées comme des êtres inférieurs. Aussi, ces dernières sont-elles décrépites de très bonne heure. La tribu des Tchétchènes est divisée en une vingtaine de groupes parlant presque tous des dialectes différents.

Lesghiens. — Les Lesghiens, divisés en un grand nombre de tribus, sont répandus dans tout le Daghestan. La plupart de ces tribus, d'origines fort diverses, paraissent être établies depuis un temps immémorial dans le Caucase, car il est question des Lesghiens dans les anciennes chroniques de la Géorgie, dans Plutarque et dans Strabon. On divise généralement le peuple lesghien, d'après les régions qu'il occupe, en quatre groupes principaux : groupe du N.-E., Koubatchins, Darghiens; groupe du S.-E., Kurins, Agonies, Dcheks, Boudoaches, Oudes, etc. ; groupe central, Kazikoumouks ; groupe de ' l'O., Avares, Andiens, Didos. D'une façon générale, le Lesghien est moins beau que le Tcherskesse et le Tchetchène; son type est très mélangé; certaines familles, comme les Avares, ont la physionomie mongoloïde. Par contre, ce peuple a toujours été considéré comme le plus brave de toutes les populations caucasiennes. C'est à ce peuple aussi qu'appartiennent les deux héros du Caucase, Kazi-Mollah et son disciple Chamyl (V. ces noms), qui ont montré le plus d'âpreté dans leur résistance contre les armées russes. Au nombre d'environ 400,000 individus, les Lesghiens mènent une vie presque sauvage. Leur habitation est un véritable nid d'aigle construit en pierres sèches et accroché au flanc de la montagne. Leur nourriture se compose uniquement des produits de la chasse et du miel. Leur langue est également divisée en un grand nombre de dialectes, mais dont les affinités dénotent l'origine commune. Les dialectes les plus répandus sont ceux des Avares, des Kurins et des Darghins, probablement à cause du rôle plus prépondérant que ces tribus jouaient autrefois dans le Daghestan. Musulmans pour la plupart, très fanatiques, ils fuient le chrétien, et beaucoup de montagnards ont, depuis l'occupation russe, émigré dans la Turquie d'Asie, où ils peuvent donner libre carrière à leurs instincts pillards et sanguinaires.

Peuples non Caucasiens. — Les peuples non caucasiens que nous nous bornerons à citer, comprennent toutes les populations étrangères au Caucase et qui habitent ce pays soit comme conquérants (Russes), soit comme émigrants et colons. Parmi ces derniers, la population numériquement la plus forte, est celle des Tatars qui sont au nombre d'environ 1,000,000 d'individus et qui forme bien probablement les débris des anciens conquérants mongols tatares, qui occupèrent pendant plusieurs siècles le midi de la Russie. Peu doués au point de vue physique, les Tatares du Caucase se distinguent par leur activité, leur amour du travail ; la plupart d'entre eux savent lire et écrire. Ils sont en outre très hospitaliers, tolérants en matière de religion et d'une très grande probité. Leur langue, le turc d'Aderbeïdjan, se distingue car sa grande simplicité, ce qui en fait une langue très facile à apprendre. Les autres habitants du Caucase de moindre importance sont : les Persans, les Arméniens, les Kalmouks, peuples asiatiques. Les populations européennes y sont représentées par diverses colonies d'Allemands, de Tchèques, de Moldaves, etc.

Population. — Les divers recensements faits dans le Caucase depuis Foceupation définitive du territoire par les Russes, ont fait constater un mouvement progressif assez considérable, dû probablement d'abord à l'état pacifique du pays, ensuite aux faciUtés des opérations de dénombrement auxquelles les populations turbulentes des montagnes ne se soumettaient, dans les premières années de la conquête, qu'avec une certaine répugnance. En 1867 on comptait dans le Caucase 4,661,800 individus. Le dénombrement de 1877 accusa une population de

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5,391,700. Enfin, les recensements divers opérés depuis 1882 ontprouvéque la population du Caucase, ycomprisles territoires nouvellement annexés de Kars(162,980 indiv.) et de Batoum (92,450), se montait au chiffre respectable de près de sept millions d'individus. La densité moyenne de la population dans le Caucase septentrional

est de 10,3 par kil. q. ; dans le Caucase méridional elle est de 13,6, pareille à celle du midi de la Russie d'Europe. Les gouvernements de Koutaïs, d'Erivan et de Tiflis ont respectivement une densité de population de 33,6, 20,8 et 17,8 par kil. q. L'excédeat des naissances sur la mortalité dans le Caucase est juste de 13 sur 1,000 indiv.

Divisions.

District de Kouban .

Gouvernement de Stavropol .

District du Terek ,

Total pour la Ciscaucasie .

Divisions.

Gouvernement de Bakou .

Ciscaucasie ou Caucase septentrional.

Superficie. Population. Villes principales. Habitants.

/ Ekatérinodar 27.347

) Maikop 24 . 509

\ Temruk 10.007

/ Stavropol 35.468

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