CAUCASE — CAUCHEMAR
un observatoire physique établi à Tiflis enregistre les divers phénomènes météorologiques si intéressants dans les hautes régions. La section caucasienne de la Société impériale russe de géographie a pour tâche spéciale l'étude des pays caucasiens et des régions limitrophes. Ses publications (bulletins et mémoires, ou izvestia et zapiski) forment une véritable encyclopédie dans laquelle sont consignés tous les travanx relatifs à cette contrée, faits par les Russes ou même par des étrangers. En dehors de cette association quasi officieuse et qui reçoit une assez forte subvention du gouvernement, d'autres institutions et sociétés savantes contribuent à explorer le Caucase à des points de vue spéciaux. L'histoire naturelle, la linguistique, l'agriculture, l'archéologie, la statistique, sont autant de sujets d'étude choisis par diverses institutions administratives (le Muséum, l'Administration scolaire) ou des groupes particuliers de savants (Société des agriculteurs, [commission, archéologie). Le nombre des études spéciales et mémoires relatifs au Caucase est très considérable. Mais ces travaux sont disséminés dans une foule de publications diverses, et les nombreuses lacunes qui existent encore dans la connaissance de certaines parties du pays n'ont pas permis d'établir un travail d'ensemble sur toute la région.
Parmi les savants russes qui ont le plus contribué à la connaissance du Caucase nous citerons les noms des géodésiensChodzko, Stebnitsky; les géologues Abich,von Koschkul, Salatzky; l'ethnographe d'Uslar; les linguistes Zagoursky, Kovalevsky. La faune et la flore ont été étudiées par Radde, Bogdanov, Krinitsky. Le comité central de statistique put réunir un nombre considérable de documents grâce à rintelligente direction de M. Seidlitz. Parmi les savants et voyageurs étrangers, il faut citer particulièrement les noms de Marco-Polo, Chardin, Tavernier, Pallas, Klaproth, Dubois de Montpéreux, von Haxthausen, et plus récemment : Dulaurier, Favre, Dru, Freshfield, Bernoville, Déchy, etc.
Ajoutons en terminant que, malgré leur éloignement du centre de l'Europe, les monts du Caucase commencent à attirer nombre de touristes et d'explorateurs distingués de tous les pays, parmi lesquels nous avons déjà, malheureusement, à enregistrer plusieurs victimes, notamment MM. Donkin et Fox, morts récemment (août 1888), en compagnie de deux guides suisses, pendant une tentative d'ascension au Kochtan-taou.
Vu le nombre considérable de mémoires et articles de revues parus depuis 1850 sur le Caucase, nous nous bornerons à indiquer ici ceux de ces travaux qui traitent du Caucase à un point de vue spécial ou qui sortent du cadre ordinaire par la compétence de leurs auteurs. Les meilleures cartes à consulter sont celles publiées par le service géographique de l'état-major de l'armée du Caucase (5 verstes et 10 verstes au pouce, 1/210,000 et 1/420,000). Une refonte entière de cette carte est actuellement en préparation. — On consultera avec fruit la bibliographie sur le Caucase de M. Mijansarov : Bibliotheca caucasica et transcaucasica^ t. 1; Saint-Pétersbourg, 1876, ainsi que \di Littérature géographique sur la Russie du savant bibliographe V.-J. Méjov, de 1860-1880, Saint- Pétersbourg, in-8. P. Lemosof.
BiBL. : Pallas, Voyages dans les gouvernements méridionaux de l'empire de Russie; Paris, 1793-1805, 6 vol. in-8, atlas in-fol, — Klaproth, Voyage au Caucase et en Géorgie; trad. franc. ; Paris, 1823 (éd. originale allemande; Berlin, 1814). — Ctiev. de Gamba, Voyage dans la Russie méridionale et dans les provinces au delà du Caucase ; Paris, 1826. — Klaproth, Tableau du Caucase ; Paris, 1827. — Bronbvsky, Voyage au Caucase; Moscou, i828 (en russe).— Taitbout de Marigny, Voyage en Circassie ; Paris, 1829. — • Kupfer, Voyage dans les environs du mont Elbrous; Saint-Pétersbourg, 1830. — Dubois de Montpéreux, Voyage aitf our du Caucase; Paris, 1839, 6 vol. in-8 et atlas, — GûldenstÂdt, Reisen nach Géorgien und Imerethi ; Berlin, 1834. — Vivien de Saint- Martin, Recherches sur les populations prim.itives et les plus anciennes traditions du Caucase; Paris, 1847, in-8. -■ Iïommaire de Hell, les Steppes de la mer Caspienne^ le
Caucase et la Russie méridionale; Paris, 1847, 3 vol. — Vivien de Saint-Martin, Mémoire historique sur la géographie ancienne du Caucase ; Paris, 1848. — Defré- MfîRY, Fragments de géographes et d'historiens arabes et persans inédits relatifs aux anciens peuples du Caucase [Nouveau Journal asiatique^ t. XIII-XVII) ; Paris, 1849- 1851.— F. Bodenstedt, Die Vôlker des Kaukasus und ihre Freiheits-Kàmpfe ; Berlin, 1855, 2 vol. — Chodzko, Die neuesten Hôhenmessungen im Kaukasus (Peter^ mann's Mitlheilungen) ; Gotha, 1859. — Abich, Sur la Structure et la géologie du Daghestan {Mém. Acad, im,p. des se. de St-Pélersbourg^ 1862). — Lafinski, Die Bergvôlker des Kaukasus: Hambourg, 1863, 2 vol. — Toropov, Essai d'une géographie médicale du Caucase; St-Pétersbourg, 1864, complété par le département médico-militaire en 1871. — Stebnitzki, Uebersicht der Kaukasischen Statthalterschaft (Petermann's Mittheilungen , 1865). — N. D. Salatzky, Aperçu de l'orographie et de lagéologie du Caucase fSection caucasienne de la Soc. imp. russe de Qéog. Mémoires (Zapiski), t. VU, 1866). travail le plus complet paru jusqu'à présent sur l'orographie du Caucase. — Ra-dde, Bericht ûber die bioiogisch-geographische Unter' suchungen in den Kaukasus-Ldndern ; Tiflis, 18G6. — Du même, fieisen und Forschungen im Kaukasus in 1865 {Petermann's Mittheilungen^ 1867-1868). — D. Fbeshfield, Travels in the central Caucasus; Londres, 1869.— Favre, Note sur quelques glaciers de la chaîne du Caucase {Bibliothèque universelle) ; Genève, 1869. — Radde, Vier Vortrâge ûber den Kaukasus {Petermann*s Mittheilungen. Ergànzungh. n° 36; Gotha, 1874). — Sghwalbb, Ueber die Gletscher des Kaukasus und ûber den temporâren Ràckgang der Gletscher [Zeitschr. D. u. Oesterr. Alpenvereins, 1879).— Zagoursky, les Etudes des langues du <^aU' case; Moscou, 1880 (en russe). — Sëidlîtz, Ethnographie des Kaukasus [Petermann's Mitth.; Gotha, 1880). — Abich, Bemerkungen zur Orographie Kaukasiens^ mittgetheilt von E. Liebert [Zeitschr. wissensch. Erdk., 1880). — Reclus, Nouvelle Géographie universelle (t. Vf, Asie russe) ; Paris, 1881.— Kœchltn-Schw^artz, un Touriste au Caucase ; Paris, 1881. — Phillips Wolle y. Sport in Crimea and Caucasus; Londres, 1881. — Dorneth, Aus demKaukasus und der Krim.; Vienne, 1881. — Freshfield, Hints for Çaucasian exploration [Alpine journ.) ; Londres, 1884. — GusT, The Langaages of the Caucasus [Journ. R. Asiatic Soc.) ; Londres, 1885. — Chantre, Recherches anthropologiques dans le Caucase; Paris, 1885-1886,5 vol. in--4. — Bapst, Souvenirs de deux m,issions au Caucase ; Paris, 1886. — Brckert, Der Kaukasus und seine Vôlker; Leipzig, 1887. — Walter, Voyage dans le Caucase et à Bakou; Paris, 1887. — Gherssévanof, Aperçu de l'hydrographie du CaucRse; St-Pétersbourg, 1838 (en russe).
— Freshfield, the Pea/es, Passes, and Glaciers of the Caucasus [Proc. R. Geogr. Soc. London), 1888. — Further explorationin the Caucasus [Ibid., 188!)\ — V. Dingel* stedt, The geography of the Caucasus [Scottish Geogr. Magazine; Edinibouryr, 1889). — M.-V. Déchy, Bas Massiv des Adai-Choch [Mittheilungen); Gotha, 1889. —Baron DE Haxthausen, Transkaukasia ; Leipzig, 2 vol. in— 8.
— Bulletins et Mémoires (périodiques) de la section du Caucase de la Société imp. russe de géographie; Tiflis (en russe). — Calendrier du Caucase^ publié par le Comité de statistique, à Tiflis (publication périodique officielle). — Revue comm.erciale et industrielle caucasienne; Tiflis, in-4 (publication en langue française.) — Baron d'Uslar, Ethnographie du Caucase (publication du district universitaire du Caucase); Tiflis, in-8 (en russe).
— Recueil de matériaux pour la description des localités et des populations du Caucase ; Tiflis (district universitaire), publication en russe. — Le Caucase illustré (publication française de Tiflis sous la rédaction de J. Mourier, auquel on doit déjà divers autres travaux intéressants sur le Caucase), in-4. — J. de Morgan, Mission scientifique au Caucase ^[études archéologiques et historiques, t. l""". — Du môme, les Premiers âges des métaux dans l'Arménie russe, t. II. — Du même, Recherches sur les origines des peuples du Caucase; Paris, 1889, 2 vol. gr. in-8, avec cartes et pi.
CAUCASIQUE(riace) (V. Race).
GAUCHE (François), voyageur français du xvii® siècle, un des premiers explorateurs de Madagascar, oii il fut déposé par une expédition que dirigeait Goubert. U y séjourna quelque temps et publia en 1651 la relation de son séjour : Relation du voyage de François Caucfie, de Rouen, en Vile de Madagascar, îles adjacentes et côtes d'Afrique en 1688 (Paris, 1651, in4') ; Flacourt a contesté l'exactitude de la partie du récit relative aux exploits de Gauche .après son départ de Madagascar.
CAUCHEMAR. Le mot de cauchemar implique par lui-môme une idée de rêves désagréables, généralement de sensations physiques douloureuses, principalement d*une angoisse extrême que le patient rapporte à la région épigastrique, aussi Littré et Robin dé&uissent-ils le cauche-
CAUCHEMxAR ~ CAUCHOIS
mar : « tout sommeil durant lequel les organes respiratoires ou circulatoires s'embarrassent, non sans angoisse pour le patient ». Il est évident que les lésions de l'appareil respiratoire, Tasthme en particulier, les troubles cardiaques et les tendances congestives du cerveau sont des causes favorisant notablement la production des rêves désagréables. Il en est de même du mauvais état des voies digestives, de Testomac en particulier. Les variations du milieu ambiant peuvent agir également sur notre imagination pendant le sommeil. C'est ainsi qu'Alfred Maury signale dans son ouvrage sur le Sommeil et les Rêves ^ l'influence qu'exerçaient sur lui les basses pressions barométriques et les brusques changements atmosphériques. Enfin les causes morales jouent un rôle indiscutable et si les troubles organiques sont souvent la cause première, inversement ils peuvent être déterminés par des excitations nerveuses venues du cerveau, qui fonctionne encore comme organe de la pensée malgré le sommeil ; pour Sauvage, l'angoisse épigastrique est la conséquence du rêve au lieu d'en être l'occasion. Les cauchemars sont surtout fréquents chez les cerveaux altérés; les visions nocturnes des alcooliques sont toujours citées comme exemple; au début de leur intoxication, les buveurs sont sujets à des cauchemars à caractères tout particuliers, ils sentent courir sur leur corps des bêtes immondes, qui prennent successivement des formes différentes : rats, chauves-souris, serpents, puis si les progrès de l'intoxication continuent, ces cauchemars persistent pendant la veille, et nous sommes sur le terrain tout pathologique des hallucinations. Il est bien difficile, du reste, de distinguer nettement les rêves pathologiques de ceux que l'on peut appeler physiologiques, car les points de contact entre le cauchemar de l'homme sain et l'hallucination nocturne de l'aliéné, dans la première période de sa maladie au moins, sont si nombreux qu'il est impossible de définir nettement où s'arrête l'état normal, où commence Tétat morbide. C'est ce qui faisait dire à Tebaldi que le sommeil appartient à un ordre de phénomènes intermédiaires entre la physiologie et la pathologie. Un des points les plus importants et sur lequel Longet insiste avec force, c'est l'antagonisme existant entre la volonté et l'imagination. Pendant le rêve le plus pénible, nous luttons contre le danger, nous voulons le fuir, et nous dvons en quelque sorte conscience de notre impuissance physique, qui rend vains nos efforts pour y échapper. Souvent l'issue de cette lutte entre ces deux facultés se termine par le réveil. Et alors l'état de fatigue profonde, d'épuisement complet où l'on se trouve, indique la lutte opiniâtre qui a eu lieu pendant le sommeil, le travail considérable élaboré par nos centres encéphaliques. Mais le cauchemar ne se dissipe pas toujours immédiatement avec le réveil, souvent, tout en ayant conscience d'être réveillés, nous sommes encore sous l'émotion du danger imaginaire, de la douleur perçue, et pendant un certain temps, très variable avec les individus, ainsi que l'intensité du cauchemar et la façon dont le réveil s'accomplit, il existe un bizarre assemblage des faits réels et de ceux créés par notre imagination, puis tantôt lentement, tantôt brusquement l'esprit opère la dissociation des deux états. Mais si le cauchemar persiste longtemps après le réveil, il rentre alors dans le cadre des hallucinations. Certaines personnes sont plus sujettes que d'autres au cauchemar, soit qu'il y ait lieu de taire entrer en ligne les causes physiques prédisposantes signalées plus haut, soit même que ces raisons ne puissent être invoquées. Le point de départ du cauchemar est très souvent une sensation perçue pendaht le sommeil; ce sont les rêves sensoriaux extra-crâniens de Macario. Tel est le cas historique de Descartes croyant recevoir un coup d'épée, et s'apercevant en se réveillant que cette hallucination était due à la piqûre d'un moustique. Alfred Maury dans son étude sur les hallucinations hypnagogiques, c.-à-d. dans ces rêves qui se présentent au moment où le sommeil nous gagne, ou quand
nous ne sommes encore qu'imparfaitement réveillés (uttvo;, sommeiU aytoyêuç qui amène, conducteur), donne de nombreux exemples de ces cauchemars déterminés chez lui par une sensation très légère. On brûle sous son nez une allumette soufrée, il croit être en mer, que le feu est à bord et que la poudrière va sauter. Dans une autre circonstance le bruit des pincettes fait naître en lui le souvenir des journées de juin 1848; il entend le tocsin, le bruit du combat dans la rue, etc. Quant aux théories émises pour expliquer le cauchemar, elles se rattachent à celles proposées pour les hallucinations, et nous renverrons à ce mot, où on pourra les développer avec plus d'étendue et de facilité (V. Hallucination). Jadis on attribuait volontiers les causes du cauchemar à des esprits dont on était obsédé. Au moyen âge surtout on fait jouer aux esprits un rôle prépondérant, et suivant le sexe du démon, on le désigne sous le nom d'incube ou de succube. Mais avec Dechambre, nous croyons que Vincubisme rentre dans un cadre tout spécial, qu'il faut le difiérencier du cauchemar proprement dit, et qu'il mérite une étude particulière (V. încubisme). La prédisposition aux cauchemars n'indique pas nécessairement un état morbide, mais outre les ennuis inhérents à ces rêves, elle peut quelquefois être le prodrome d'affections cérébrales. C'est souvent par des hallucinations nocturnes que débutent certaines formes de vésanies, telles que la folie alcoolique, la lypémanie, etc.
Quant au traitement, il est essentiellement palliatif, et nous ne citerons qu'au point de vue historique, l'influence si vantée de l'infusion de racine de pivoine mâle, que l'on appelait alors s^iaTtwv. Les calmants du système nerveux, les bromures et en particulier, le bromure de camphre ont rendu quelques services. Mais il est important avant tout de réveiller le malade, surtout quand il s'agit d'enfants ou d'hystériques. On évite ainsi cette grande fatigue du système nerveux que nous signalions. Il importe encore que le réveil soit complet, que l'on insiste même, pour détourner l'esprit de l'idée maîtresse du cauchemar. L'éducation peut beaucoup, surtout sur les enfants, et les ineptes histoires qu'on leur raconte trop souvent, en surexcitant leur jeune imagination, en faussant leurs idées, jouent souvent un grand rôle dans l'étiologie du cauchemar, et les effets s'en font sentir parfois dans un âge plus avancé. P. Langlois.
BiBL. : Hervey de Smnt-Denis, les Rêves et les moyens de les diriger.— Alfred Maury, le Sommeil et les Rêves. — Ch. RiCHET, V Homme et l'Intelligence. — De Backer, Des Hallucinations et terreurs nocturnes.
GAUCHER (Techn.) (V. Batteur d'or).
GAUCHIE (La) (V. Cauchy).
GAUGHOIS ou GAUCHOIX (Robert- A glaë), opticien français, né à Cormeilles-en-Parisis (Seine-et-Oise) le 24 av. 4776, mort à Deuil (Seine-et-Oise) le 8 fév. 1845. Habile et savant constructeur d'instruments d'optique, il obtint, avec le concours du verrier d'Artigues, les premières lentilles en flint-glass de grandes dimensions sorties d'une maison française (1800), et put ainsi fabriquer des lunettes achromatiques aussi bonnes que les fameuses lunettes de Dollond. On lui doit en outre un nouveau pied articulé pour télescopes. Il a publié : Instruction sur les lunettes périscopiques {Journ, de phys., 1814, p. 305); Ueber aie Bergkrystall'Fernrôhre (Ann. de Poggendorf, 1829, p. 244). L. S.
BiBL.: Astro nom. Nachrichten y 1831, IX, 351 et 1836, XIII, 273. — Noël et Carpentier, Nouveau Dictionnaire des origineSf art. Flint-glass et Verre\ Paris, 1834, 2 vol. in-8.
GAUCHOiS-LEMA.iRE (Louis-François-Auguste), publiciste français, né le 28 août 1789 à Paris, oii il est mort le 9 août 1861. Après de fortes études, il entra dans la carrière de l'enseignement, mais s'en éloigna de bonne heure, pour se jeter dans le journalisme, qui était sa véritable voie. Propriétaire du Journal de la littéra-^ ture et des arts dès 1814, il transforma cette feuille
CAUCHOIS — GAUCHON
qui, sous h nom àe Nain jaune, devint bientôt l'organe le plus hardi de l'opinion libérale et porta au gouvernement de la Restauration des coups si sensibles qu'elle ne tarda pas à être supprimée. Il fit alors paraître les Fantaisies qui, dès le premier numéro, eurent le même sort. Des amis lui prêtèrent leur nom et le hardi polémiste lança peu après le Journal des arts et de la politique, qui fut arrêté au vingt-quatrième numéro pour avoir fait l'éloge de Carnot. Cauchois-Lemaire, menacé d'arrestation, se retira à Bruxelles (4816), où il publia d'abord le Nain-Jaune réfugiéy puis le Vrai libéral, journaux qui lui attirèrent bientôt de nouvelles persécutions. Traduit devant la justice belge, à la requête du gouvernement espagnol, pour un article assez vif contre le roi Ferdinand VII, il fut condamné, livré aux autorités militaires prussiennes et dirigé sur Hambourg, où il devait être interné. En route il s'échappa. Un de ses amis lui offrit asile à la Haye. Mais là il ne tarda pas à être également inquiété. Son Appel à V opinion publique et aux Etats- Généraux en faveur des patriotes français, publié en 1817, lui valut les rigueurs du gouvernement des Pays-Bas ; il dut quitter la capitale de ce royaume, à travers lequel il erra péniblement et sous de faux noms plus d'une année.
En France, durant son exil, la terreur blanche avait fait place à un régime plus clément aux journalistes libéraux. Cauchois-Lemaire reparut à Paris au commencement de 1819. Mais ce n'est point le repos qu'il y venait ' chercher. L'attention publique, ramenée vers lui par l'éclat de ses Lettres sur les Cent Jours (1819, in-8) et de sa brochure sur le Gouvernement occulte (1820), qui lui valut un procès suivi d'acquittement en cour d'assises, fut aussi vivement excitée par sa collaboration à la Bibliothèque historique et surtout par la publication de ses Opuscules (1821, in 8), recueils d'anciens articles, très vifs, qui, cette fois, le firent condamner à un an de prison. îSa captivité ne l'empêcha point, du reste, de continuer à écrire et, du fond de Sainte-Pélagie, partirent de nouveaux pamphlets, d'une verve mordante, contre la politique réactionnaire à laquelle le gouvernement français s'abandonnait de plus en plus depuis le commencement de 1820. Remis en liberté, Cauchois- Lemaire, qui était devenu un des principaux rédacteurs du Constitutionnel, poursuivit, avec une hardiesse croissante, sa campagne contre la Restauration. Il va sans dire que, pas plus que par le passé, les procès ne lui furent épargnés. En 1827, sa Lettre à S. A, R, le duc d'Orléans, sur la Crise actuelle, lui attira quinze mois d'emprisonnement. Mais rien ne pouvait le décourager.
On n'a pas de peine à croire qu'en 1830, il s'associa des premiers à la protestation des journalistes parisiens contre les Ordonnances de Charles X. La révolution faite, il accepta la décoratioif de Juillet, mais refusa une pension de ê,000 fr. (jue lui offrait Louis-Philippe et voulut garder vis-à-vis du nouveau gouvernement sou entière indépendance. Il ne ménagea pas les attaques à la royauté nouvelle, surtout quand il fut devenu rédacteur en chef du Bon Sens, feuille démocratique dont les vivacités le conduisirent une fois de plus en cour d'assises (1835). n prit encore part à la fondation du Siècle (1836) ; mais fatigué par vingt-cinq ans de luttes, il abandonna le journalisme en 1839 et résolut de consacrer le reste de sa vie à l'étude de l'histoire. Il était sans fortune. Le gouvernement de Juillet s'honora en lui donnant une place de chef de section aux archives du royaume (1840). Cauchois-Lemaire demeura dès lors dans la retraite. Il avait entrepris une grande Histoire de la Révolution de Juillet, mais il n'en a publié que le premier volume, qui n'en est, à proprement parler, çiue l'introduction (1842, in-8). — Outre les ouvrages cités au cours de cet article, Cauchois-Lemaire a laissé un grand nombre d'écrits, presque tous de circonstance.
mais non dépourvus de valeur littéraire et qui sont des documents utiles surtout pour l'histoire de la Restauration. Nous citerons notamment : Lettres à MM. Delàmu et de Ravignan (1821, broch. m-8) ; De la Déclaration de Laybach (1821, broch. in-8) ; Des Jésuites, par d'Alembert, réimpression précédée d'un précis historique (1821, in-18) ; Lettre au préfet de police, etc. (1822, broch. in-8) ; Lettre à M, Bellart sur son réquisitoire contre la conspiration de la Rochelle (1822, broch. in-8) ; Relation des événements qui se sont passés à Colmar, publié sous le nom de M. Kœchlin (1822, broch. in-8) ; les Quatre Evangiles, précédés du discours de Marcel, curé du village de *** et d'un avant-propos (1824, in-8) ; Réponse a un catholique romain (1825, in-8) ; Lettre politique, morale et religieuse adressée à M, Bellart (1825, broch. in-8) ; Lettres historiques adressées à il/, de Peyronnet (1827, broch. in-8) ; Petites Lettres apologétiques à r occasion d'une grande épître (18^8, broch. in-8) ; Lettre à M, Thiers (1830, in-18) ; Lettres politiques, religieuses et historiques (1828- 1832, 2 vol. in-8). A. Debidour.
BiBL. : Arnault, Jay, Jouy, Norvins, Biographie nouvelle des contemporains. — L. Blanc, Histoire de Dix ans. ■— E. Hatin, Histoire de la presse. — Lesur, Annuaire historique. — Rabbe, Vieilh de Boisjolin et Sainte- Preuve, Biographie des contemporains. — De Vaulabelle, Histoire des deux Restaurations, — De Vieil-Castel, Histoire delà Restauration, etc.
CAUCHON (Pierre), né près de Reims, d'une famille noble, dans les dernières années du xiv® siècle, docteur en théologie, maître es arts, licencié en droit canon, recteur de l'Université de Paris et conservateur de ses privilèges, conseiller du roi d'Angleterre, chanoine, puis évêque de Beau vais et de Lisieux, est surtout connu par le rôle déplorable qu'il joua dans le procès de Jeanne d'Arc. Dès son entrée dans la vie publique, en 1413, il s'était jeté avec ardeur dans la faction des Bourguignons et avait été exilé par le Parlement. Il vit cet arrêt cassé dès que ses amis eurent pris le dessus et Philippe le Bon, duc de Bourgogne, lui fit obtenir un canonicat à Beauvais ; peu de temps après, il l'envoya au concile de Constance pour y plaider sa cause à propos de l'assassinat du duc d'Orléans et le fît nommer, à son retour, maître des requêtes, en 1418. Enfin, le siège épiscopal de Beauvais étant devenu vacant en 1420, Philippe le Bon le fit donner à son favori et lui fit l'honneur de l'accompagner à sa prise de possession et de protéger son entrée* solennelle à Beauvds qui menaçait d'être troublée par les Armagnacs, maîtres de plusieurs forteresses autour de la ville, et en possession des synapathies secrètes de la majorité de la population. Cette divergence de vues entre l'évêque et ses vassaux et diocésains prit bientôt un caractère aigu, et Pierre Cauchon fut enfin, en 1429, chassé par les habitants de sa ville épiscopale, restés bons Français ; il suivit alors la cour d'Angleterre et devint un partisan fanatique des envahisseurs. Lorsque, en 1431, le duc de Bedfort fit venir son neveu, le jeune Henri Vï, pour le faire sacrer roi de France, Pierre Cauchon essaya de profiter de ses relations à Reims pour livrer cette ville aux Anglais afin d'y taire sacrer leur prince ; mais il échoua dans cette tentative de trahison, et le sacre de Henri VI eut li^u à Paris le 17 déc. 1431 par le ministère du cardinal de Winchester, assisté des évoques de Beauvais et de Noyon.
Jeanne d'Arc ayant été prise le 24 mai de la même année, dans les limites de son diocèse, sur la rive droite de l'Oise, à Compiègne, Cauchon réclama le droit de la juger. A cet effet, il s'adressa au roi d'Angleterre, au duc de Bourgogne, à l'Université de Paris, à frère Martin vicaire général de l'Inquisition en France ; il fit sommation juridique au comte de Ligny-Luxembourg, qui avait rhéroïne en sa garde, de la lui remettre. Elle avait été conduite à Rouen, dont le siège était vacant, et il fallut que le chapitre de cette ville prêtât territoire à l'évêque
CAUCHON — CAUGHY
de Beauvais, chassé de son diocèse. On mit tout en usage pour perdre la Puceîle : demandes captieuses, suppositions d'aveux, pièges tendus, confessions surprises d'une manière sacrilège, réponses altérées, etc. Un des greffiers, Guillaume Manchon, attesta, lors de la revision du procès, qu'il avait refusé de se prêter à ces manœuvres infâmes, malgré les instances et même les menaces de Pierre Gauchon. Guillaume Cauchon, son neveu et héritier, déclara avec serment, dans le même procès de réhabilitation, que la condamnation de Jeanne avait eu pour uniques mobiles la haine des Anglais et la honteuse servilité de son oncle. L'évêque de Beauvais fut même soupçonné d'avoir voulu faire empoisonner la Pucelfe, et s'il ne lui fit pas donner la question, c'est qu'il craignit qu'elle ne mourût dans les tortures. Il prononça enfin sa sentence par laquelle il la condamnait à la prison perpétuelle, au pain de douleur et à Veau d'angoisse, La populace de Rouen accabla l'évêque de ses injures et le poursuivit à coups de pierres. De leur côté, les Anglais, furieux de n'avoir pas obtenu une condamnation à mort, reprochèrent au prélat d'avoir trompé leur confiance et de leur avoir volé l'argent qu'il avait reçu d'eux — des quittances publiées par M. Quicherat nous en fournissent la preuve — pour cette belle besogne. Pierre Cauchon, alléché d'autre part, par la promesse du siège de Rouen, imagina alors de faire retirer à Jeanne d'Arc ses habits de temme pendant la nuit et de les remplacer par des habits d'homme, et il la déclara alors relapse, excommuniée et rejetée du sein de l'Eglise. Livrée ainsi au bras séculier {30 mai 1431), la malheureuse jeune fille fut condamnée à être brûlée. Cauchon assista à l'exécution et l'on prétend que Jeanne lui dit : « Vous êtes cause de ma mort; vous m'aviez promis de me rendre à l'Eglise et vous me livrez à mes ennemis. » On ajoute que, pour la première fois, le bourreau se sentit attendri par ces paroles. Bourrelé de crainte et de remords, malgré les lettres de garantie qui lui furent données par le roi d'Angleterre, et ne pouvant rentrer dans son diocèse, toujours fidèle au roi national, Pierre Cauchon demanda aux Anglais un siège épiscopal dans la Normandie encore en leur pouvoir. Transféré à Lisieux en 1432, il assista au concile de Bâle en 143.H, à l'assemblée d'Arras la même année et à celle de Calais en 1439. Il mourut subitement le 18 oct. 1442, en se faisant faire la barbe ; le pape Calixte IV l'excommunia et son corps fut déterré et jeté à la voirie. Néanmoins, on usa envers sa mémoire, lors du procès de réhabilitation de la Pucelle, de ménagements que la postérité n'a pas ratifiés.
V^« DE Caix de Saint-Aymour.
BiBL. : JuvÉNAL DES Ursins, Hist. de Charles VII. — QuiGHERAT, Procès dô Condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc; Paris, 1841-49, 5 vol. in-8. — Joseph Fabre, Procès de condamn, de Jeanne d'Arc ; Pans, 1884, in-18,tradact.— Gallia Christ. — E, de Barthélémy, Généalogie hist. de la famille Cauchon ; Paris, 1882, in-8. — LouvET, Histoire et antiquités de Beauvais ; Paris, 1631, 2 vol. in-8. — 1 oisel, Mém. du pays de Beauvaisis; Paris, 1617, in-4. — Delettre. Hist. du diocèse de Beauvais, 1843, 3 vol. in-8.— Et tous les ouvrages relatifs au procès de Jeanne d'Arc, voir notamment: Lemerle, Essai d'une bibliogr. rais, de Jeanne d'Arc ; Orléans, 1886, in-8, et Lanéry d'Arc, Bibliogr. des ouvr. rel. à Jeanne d'Arc ; Paris, 1888, in-8.
CAUGHY ou GAUCHIE (La). Corn, du dép. du Pas-de- Calais, arr. d'Arras, cant. de Beaumetz-Iès-Loges ; 253 hab.
CAUCHY-À-LA-Touii. Corn, du dép. du Pas-de-Calais, arr. de Béthune, cant. de Norrent-Fontes ; 734 hab.
CAUGHY (Louis-François), administrateur français, né à Rouen en 1760, mort à Paris en 1848. D'abord avocat au parlement normand, il devint en 17 8S secrétaire général du lieutenant de police, en 1800 secrétaire général du Sénat, en 1814 garde des registres et archives de la Pairie. 11 a laissé une dizaine de poésies françaises et latines dans lesquelles il célèbre tour à tour, avec un égal enthousiasme, les différents régimes au pouvoir. L. S,
CAUCHY (baron Augustin-Louis), mathématicien fran-
çais, fils du précédent, né à Paris le 21 août 1789, mort à Sceaux (Seine) le 23 mai 1857. Son père, latiniste passionné et catholique fervent, fut son premier maître et ne lui laissa guère de loisirs entre l'explication des auteurs et la pratique des devoirs religieux. A treize ans, il fut envoyé à l'Ecole centrale du Panthéon, où il acheva brillamment des études exclusivement littéraires. A quinze ans, il remporta le grand prix d'humanités institué par Tempereur, et, Tannée suivante, après dix mois seulement de préparation scientifique, fut reçu le second à l'Ecole polytechnique, oU il se signala tout de suite par une habile solution de la question du cercle tangent à trois cercles donnés (Corrêsp. de VEc. poL, h 193). Sorti le premier en 1807, il alla continuer à l'Ecole des ponts et chaussées la série de ses succès, fut employé en 1808 aux travaux du canal de rOurcq, envoyé en 1810 à Cherbourg comme ingénieur et mis en congé en 1813 pour raisons de santé. De retour à Paris, il renonça à la vie active des chantiers pour se consacrer tout entier à l'enseiguement des mathématiques et poursuivre plus librement ses recherches théoriques. Il n'avait alors que vingt-quatre ans, mais sa réputation de savant était déjà faîte et il devait bientôt étonner les plus grands géomètres de l'Europe par une suite de brillantes découvertes. Dès 1811, il avait trouvé une solution, aussi simple qu'originale, d'un théorème, proposé par Poinsot et généralisant celui d'Euler, sur le nombre des sommets, des laces et des arêtes d'un polyèdre (BulL de la Soc, philom., 111, 66 et Journal de VEc, polyL, IX, 68 et 87); en 1812, il avait publié son mémoire sur le calcul des fonctions symétriques et sur le nombre de valeurs qu'une fonction peut acquérir lorsqu'on y permute de toutes les manières possibles les quantités qu'elle renferme (Journ, de VEc, polyt., X, p. 1); au commencement de 1813, il avait donné sa méthode pour la détermination a priori du nombre des racines réelles positives et négatives d'une équation de degré quelconque (Journ. de VEc, polyt,, X, 457). En 1814, il fit paraître son beau travail sur les intégrales définies (BulL de la Soc, philom,, 1814, p. 185); puis il aborda hardiment le fameux théorème de Fermat sur les nombres polygones et, plus heureux qu'Eu- 1er, Lagrange, Legendre, Gauss et tant d'autres, parvint à le démontrer {Bull, de la Soc. philom., 1815, p. 196). En 1815, l'institut mit au concours la question suivante : Etablir la théorie de la propagation des ondes à la surface d'un fluide pesant d'une profondeur indéfinie ; Cunchy remporta le grand prix (1816) avec un mémoire, véritable traité de mécanique, qui devait servir de base à toute une nouvelle théorie de l'équilibre des corps (Sav, étrang,, t. I). Peu de temps après, il bénéficia assez inconsidérément d'une mesure aussi anormale que fâcheuse. L'un des premiers soins de la Restauration avait été de réorganiser l'Institut, afin de sacrifier aux rancunes politiques deux savants illustres, Monge et Carnot : une simple ordonnance royale (21 mars 1816) les raya de la liste des académiciens et les remplaça par Bregùet et Cauchy.
De 1816 à 1830, il fit simultanément un cours de mécanique à l'Ecole polytechnique, un cours d'algèbre supérieure à la Faculté des sciences, un cours de physique mathématique au Collège de France, et signala ce triple professorat par une importante réforme : aux méthodes d'analyse simples, mais peu précises, de Lagrange, qui avait tout ramené à la forme ordinaire des calculs algébriques sans considération d'infini ni de limites, il substitua des méthodes plus rigoureuses et encore suivies de nos jours dans leurs lignes principales ; elles se trouvent exposées dans trois ouvrages écrits pour ses élèves : le Traité de calcul différentiel et intégral^ le Cours d'analyse de VEcole polytechnique^ et les Leçons sur les applications du calcul infinitésimal à la géométrie. En 1826, il donna les premières livraisons
CAUfHY
des Exercices mathématiques, sorte de revue personnelle, où l'auteur résout par des méthodes neuves et originales de difficiles problèmes se rapportant à toutes les branches des mathématic[ues ; cette publication, interrompue en 1830, fut reprise plus tard en exil. C'est également entre 4820 et 1830 que parurent ses travaux les plus remarquables sur la théorie des imaginaires, qu'il a complètement remaniée, et sur le calcul des résidus, qu'il a fondé. Les collections scientifiques de l'époque sont pleines de ses écrits ; nous citerons seulement ses mémoires Sur les intégrales dé finies prises entre des limites imaginaires {BulL de Ferussac, t. lll, p. 214), Sur rappHcation du calcul des résidus à la solution des problèmes de physique mathématique (Mém. de VAcad, des sciences, Vil, 4827), Sur la résolution des équations numériques et sur la théorie de l'élimination (Paris, 1829, in-4), enfin le mémoire Sur la théorie des nombres, qu'il présenta à l'Académie des sciences le 31 mai 4830 (Hém. de llnstit,, 1840, p. 249).
Survint la révolution de Juillet. Sa foi religieuse l'erapôcha de prêter au nouveau gouvernement un serment de fidélité déjà prêté au régime déchu; il préféra abandonner toutes ses situations universitaires. Bien plus, il ne voulut pas rester en France pendant que « son roi » était en exil, et, malgré les prières de ses parents et de sa femme, partit seul pour Fribourg et de là se rendit à Turin (1831), où le roi de Sardaigne venait de créer pour lui une chaire de « physique sublime ». Il y resta deux années pendant lesquelles il écrivit ses Résumés ana^ lytiques et son Mémoire sur la mécanique céleste et sur un nouveau calcul appelé calcul des limites (ISouv, exerCy t. Il, p. 41). En 1833, Charles X l'appela près de lui pour diriger l'éducation scientifique du duc de Bordeaux (le comte de Chambord) ; il accepta avec empressement et, durant les cinq années qui suivirent, résida tantôt à Taplitz, Kirchberg ou Goritz, tantôt à Prague. L'Académie de cette dernière ville l'accueillit parmi ses membres et publia ses célèbres mémoires sur la dispersion de la lumière. Lorsque l'éducation du prince fut terminée (1838), il quitta Charles X, qui l'avait fait baron, et rentra en France, où, malgré ses craintes exagérées, le calme n'avait cessé de régner. Il reprit sa place à l'Institut, dont les membres n'étaient pas astreints au serment, enseigna le^ mathématiques dans divers établissements dirigés par le clergé, et occupa ses loisirs à rédiger pour les recueils de l'Académie des sciences et pour quelques autres publications un nombre prodigieux de mémoires, notes, rapports, sur les questions les plus diverses et îes'^plus élevées des mathématiques pures et appliquées. En 1839, ses collègues le proposèrent pour une place vacante au Collège de France. Mais il fallait prêter serment ! La môme année, les membres du Bureau des longitudes, qui se recrutent eux-mêmes, le choisirent à l'unanimité pour succéder à de Prony; il remplit effectivement les fonctions de sa nouvelle charge pendant quatre ans, au bout desquels le gouvernement annula l'élection et la fit recommencer. La République de 1848 se montra plus tolérante : elle le nomma professeur d'astronomie mathématique à la faculté des sciences. Mais le second Empire rétablit le serment politique et Cauchy dut de nouveau quitter sa chaire, qui lui fut enfin rendue sans condition en 1854, en vertu d'un privilège spécial déjà accordé à François Arago. Il mourut trois ans après. Il était membre ou correspondant de nombreuses académies étrangères : Société royale de Londres (1832), académies des sciences de Berlin, Saint-Pétersbourg, Boston, Stockholm , Modène, Naples, Palerme , sociétés royales d'Edimbourg, Copenhague, Gœttingue, etc.
Peu de savants ont été plus vivement et plus diversement critiqués; peu surtout l'ont été avec plus de partialité. Amis et adversaires politiques l'ont tour à tour comblé d*éloges et accablé de reproches, et parmi ses
panégyristes et ses détracteurs, bien peu ont résisté complètement à l'intluence de leurs préférences religieuses. L'acceptation de la succession académique de Carnot, dans les conditions que nous avons relatées, avait déjà indisposé beaucoup d'esprits. L'appui incessant qu'il prêta aux jésuites, en défendant énergiquement leurs prétentions et en leur formant des professeurs, les deux opuscules qu'il publia en leur faveur: Considérations sur les ordres religieux (Paris, 1843, in-8) et Réflexions sur la liberté de l'enseignement (Paris, 1844, in-8), sa participation active à la fondation des œuvres de saint François-Régis et des Ecoles d'Orient, ses fonctions à l'Institut catholique, où il dirigeait le comité des sciences, achevèrent de le rendre impopulaire; on le considéra comme un clérical fanatique et intolérant. Les attaques passionnées contre l'homme n'épargnèrent malheureusement pas les travaux du savant. Elles l'ont poursuivi même après sa mort et, aujourd'hui encore, d'implacables adversaires nient l'utilité de son œuvre, insinuent même qu'elle a plutôt été nuisible aux progrès de la science. Cauchy, comme tous les génies, a certainement eu ses défauts. On lui reproche, non sans raison, d'avoir trop cédé aux entraînements de son esprit inventif et, dans sa précipitation à faire de nouvelles recherches, de n'avoir pas toujours suffisamment mûri ses travaux; on peut également déplorer qu'il ait fait de la science un peu à bâtons rompus et dispersé ainsi ses découvertes dans une multitude de mémoires, sans liens ni ordre, où il n'est pas toujours facile d'aller les chercher ; enfin, ses singuliers procédés de calcul et de notation rendent souvent très pénible la lecture de ses écrits. Mais ce ne sont là, hormis le premier, que des griefs d'importance secondaire et l'influence exercée sur l'avenir des mathématiques par l'illustre analyste n'en reste pas moins immense. La rapidité môme avec laquelle il traitait les questions les plus camplexes, pour passer sans transition à d'autres recherches de nature souvent toute différente, aura eu, à côté d'inconvénients immédiats, d'heureuses conséquences. Elle lui aura permis d'étendre le périmètre de ses investigations au delà des bornes d'une seule intelligence ; elle lui aura fait découvrir un nombre presque inconcevable de points de vue nouveaux, qu'il ne s'est peut-être pas toujours appliqué à décrire minutieusement, mais qu'il a suffisamment signalés aux études de la postérité. Déjà le Norvégien Abel, mort en 1829, proclamait qu'il lui était redevable de tout son savoir. D'illustres contemporains de ses dernières années se sont à leur tour fréquemment aidés de ses travaux, et, de nos jours, un bien petit nombre de mathématiciens, français ou étrangers, pourraient se vanter de n'avoir jamais puisé dans ses écrits ; disciples plus ou moins avoués de Cauchy, ils lui ont presque tous emprunté des principes ou des idées, et parmi les thèses et mémoires de haute analyse publiés depuis un demi-siècle, il en est peu qui ne contiennent quelque application de ses méthodes. Maint auteur n'a fait du reste que transcrire en un langage plus commun ses singulières notations, mainte théorie soi-disant nouvelle n'est en réalité qu'une théorie renouvelée du maître.
Un rapide aperçu de ses plus importants travaux suffira pour donner une idée de la variété des sujets abordés par ce calculateur de génie, tour à tour géomètre, physicien et astronome. Nous avons déjà parlé de ses recherches sur la théorie des nombres. En géométrie, il généralise la théorie des polyèdres, donne une nouvelle méthode pour la discussion des lignes et des surfaces du second ordre et une analyse détaillée des formules qui servent pour le changement des axes de coordonnées et des variables, se livre à d'intéressantes études sur les contacts des courbes et sur la théorie des rectifications et des quadratures, établit des règles pour l'application de l'analyse à la solution des problèmes de géométrie (synthèse algébrique). En analyse, il réforme les méthodes jusque-là suivies dans l'enseignement, présente le premier, d'une