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CAVALCANTI

phique, par suite extrêmement froide. La pièce qui lui a surtout valu de son temps la réputation de poète et de philosophe est la chanson qui débute par les mots : Donna mi prega. Elle est consacrée à la définition de l'Amour, sujet qui était depuis longtemps à la mode, et où Guido Guinicelli s'était exercé après les troubadours. Cette chanson n'a pas été commentée moins de huit fois dans le cours des temps ; parmi les commentateurs on trouve le célèbre Gilles de Rome et le médecin-philosophe Djno del Garbo. Ces nombreux commentaires ne sont pas parvenus à en dissiper complètement l'obscurité. Heureusement tout n'est pas du même genre dans l'œuvre de Cavalcanti, et la philosophie n'est pas arrivée chez lui à étouffer toujours la poésie. Ses plus belles pièces sont celles où il évoque le souvenir de la belle Toulousaine entrevue dans l'église de la Daurade (Era in penser d'àmoTy et Vna giovane donna di Tolosa) et surtout l'adieu mélancolique à la Toscane composé dans son exil de Sarzana (Per chHo non spero di tornar giammai). Les œuvres de Guido Cavalcanti ont été réunies en volume au commencement de ce siècle par A. Cicciaporci : Uirne di G. Cavalcanti édite ed inédite (Florence, 1813). L'édition donnée en 1881 par M. Arnone, bien que contenant de longues recherches sur les manuscrits, est assez médiocre. Celle de M. P. Ercole (Guido Cavalcanti e le sue nm^, Livourne, 1883) est de tous points supérieure.

Ant. Thomas.

CAVALCANTI (Giovanni), historien florentin du xv^ siècle, dont les chroniques, longtemps oubliées, furent pubUées pour la première fois et seulement en partie en 1821. Une édition complète en a été donnée dans la collection des Documenti di storia Italiana^ quelques années plus tard : Istorle Fioreniine daWanno 1420 al ■1452 (Florence, 1838, 2 vol. in-8). R. G.

BiBL. : Préface de l'édition complète signée F. P. CAVALCANTI (Andréa di Lazzaro), surnommé Buggiano, sculpteur italien né à Florence en 1412, mort à Florence en 1462. Cet artiste, élève et fils adoptif de Brunellesco, est l'auteur des deux lavabos de la sasristie du dôme de Florence (1440), ainsi que du monument commémoratif de Brunellesco (1446), dans le même monument. Dans la phalange de sculpteurs éminents qui brillaient alors à Florence, Cavalcanti n'occupe qu'un des derniers rangs.

BiBL. : Vasari.— Perkins, les Sculpteurs italiens. — BuRCKHARDr et BoDE, der Cicérone.— E. Mùntz, Histoire de l'art pendant la Renaissance, t. I.

CAVALCANTI (Bartolomeo), littérateur italien, né à Florence en 1503, mort à Padoue le 9 déc. 1562. A l'avènement de Côme l^^, il quitta sa patrie, trouva à Ferrare la protection du cardinal Hippolyte d'Esté, à Rome, celle du pape Paul III, qui le chargea de diverses négociations. On a de lui : Delta Castrametazione di Polibio e comparazione deWarmatura e deW ordinanza de' Romani e de' Macedoni del medesimo^ iradotte in lingua itaîiana (dans Filippo Strozzi, Raccolta, etc.; Florence, 1552, in-8) ; Trattati, ovvero discorsi sopra gli ottimi reggimenti délie repubbliche antiche e moderne^ con un discorso di Sebasiiano Erizzo de' governi civili (Venise, 1555, in-4) ; Rettorica (Venise, 1559, in-foL). R. G.

BiBL. : Paulus Freherus, Theatrum virorum eruditione clarorum ; Nuremberg, 1688, in-foî.

CAVALCANTI (Andréa), conteur et bio£f':aphe italien, né à Florence le 5 sept. 1610, mort en 16/2 ou 1673. Il avait réuni une importante bibliothèque où il rédigea des vies de littérateurs et de personnages illustres, ainsi que des nouvelles qui circulaient manuscri'.es et n'ont été imprimées, du moins à l'état isolé, qu'assez récemment. Ses contemporains estimaient beaucoup f.on style qu'il semble avoir formé à la lecture assidue de Pétrone dont il savait par cœur le Satiricon. Il fut membre de l'Académie délia Crusca. On lui doit : Esequiedel Ser. Principe Francesco celebrate in Fiorenza il di zo di Agosto f6S4 (Flo-

rence, 1634) ; Notizie intorno alla vita di Bernardo Segni, en têle des Storle Fiorentine de Segni (Augusta, 1723) ; Novellette intorno a Curzio Marignoli, poeta fiorentino (Bologne, 1870) ; Il Vicario burlato, novella (Florence, 1870) ; la Carità da frati, novella (Florence, 1871) ; Novella inedita, dans Catalogo dei Novellieri italiani in prosa raccolti e posseduti da Giovanni Papanti, Aggiuntevi alcune novelle inédite (Livourne, 1871) ; Due novelle per la prima volt a stampate (Livourne, 1873) ; parmi ses manuscrits, citons celui-ci dont le titre semble curieux : Il Caso delta Ginevra Morelli detta la Rosina, bellissima e famosa meretrlce ammazata colla serva e portatogli via gli averi, R. G.

BiBL. : DomeHico Mgreni, Bibliografia storico ragionata délia Toscana; Florence, 1805, 2 vol. in-4.— Giambattista Passano, I Novellieri italiani in prosa; Turin, 1877, 2 vol. in-8.

CAVALCANTI (Nabor-Carneiro-Bezerra) , économiste brésilien, né à Magdalcna, près de Recife (Pernambuco), le 22 août 1827, mort à Bonito le 16 sept. 1883. M. Aubry Vitet, dans la Vraie Réforme électorale {Hris, 1874) en a fait le plus bel éloge en disant : « Dès 1850 ce publiciste distingué concevait spontanément et développait dans une série de travaux importants l'idée de la représentation proportionnelle. En 1872 il a formé, avec ses travaux réunis, un volume des plus curieux, des plus intéressants et des plus utiles à notre cause. » R.-B.

BiBL. : Baron d'Ourém, Etude sur la représentation proporlionnelle au Brésil ; Paris, 1887.

CAVALCANTI de Albuquerque. Famille brésilienne très répandue dans la prov. de Pernambuco et ses limitrophes. Elle a pour origine le mariage de Filippe Cavalcanti, noble florentin, venu vers 1560 à Pernambuco, avec Catherine d' Albuquerque, fille de Jeronymo, gouverneur de cette capitainerie. Filippe Cavalcanti se distingua dans les guerres contre les Indiens. Il commandait une flottille chargée de protéger les côtes jusqu'au fleuve San Francisco. Les membres les plus importants de cette famille sont : Antonio Cavalcanti d' Albuquerque, mort à Goyana en sept. 1645. Il fut un des chefs de la révolution de 1645 contre la domination hollandaise. Avec Fernandes Vieira et quelques riches habitants de Pernambuco, il signa le 23 mai 1645, le compromis secret par lequel les conjurés s'engageaient à mettre leur vie et leur fortune au service de l'indépendance de leur patrie {em restauraçclo da nossa patria). Il prit part à la bataille de Tabocas (3 août 1645), première victoire des indépendants sur les Hollandais. En butte à la jalousie de Vieira, il se sépara du gros de l'armée pour aller secourir, avec une division, la ville de Goyana. Il fut mortellement blessé dans une sortie.

François de Paul Cavalcanti de Albuquerque, seigneur de Suassuna, né à Pernambuco vers 1750, mort en juin 1821, il fut un des chefs du soulèvement de 1817 en faveur de l'indépendance de sa patrie. Il fut emprisonné (1801-1802) parce qu'on le soupçonnait d'avoir réclamé l'appui de la France pour proclamer la République. En 1817, nommé général en chef de l'armée des indépendants, il fut battu à Ipojuca (15 mai) par les royalistes ; arrêté quelques jours après et emprisonné à Bahia, il recouvra la liberté en 1821 lors de la proclamation du régime constitutionnel au Brésil.

^ Antoine-François de Paul de Hollanda Cavalcanti, vicomte d'Albuquerque, homme d'Etat brésilien, fils du précédent, né à Suassuna (Pernambuco) le 21 août 1797, mort à Rio de Janeiro le 14 avr. 1863. Il débuta dans l'armée. Après avoir servi en Afrique et en Asie il revint en 1824 au Brésil où il combattit, dans les rangs des impérialistes, la révolution séparatiste et républicaine de Pernambuco. Elu député en 1826, il fit partie de l'opposition libérale et devint rapidement un des membres les plus influents de la Chambre. Appelé au ministère des finances le 3 nov. 1830, il conserva son porteleuillc jusqu'au 5 avr. 1831. Le changement de cabinet eut pour

CAVALCMTI — CAVALERIE

conséquence le pronunciamento populaire du 7 avr. qui amena l'abdication de dom Pedro I®^ à la suite de son refus de reprendre les ministres démissionnaires. En 1832, lorsque la majorité de la Chambre des députés tenta de se constituer en Convention nationale pour reformer la constitution sans le concours du Sénat, Hollanda Cavalcanti se rangea de côté de Carneiro Leào (V. ce nom) qui fit échouer cette tentative (30 juil. 1832). En 1835 et 1837 il fut le candidat de l'opposition au poste de régent de l'Empire. En 1838 il entra au Sénat. 11 combattit le gouvernement de Ja régence et en 1840 fut le principal promoteur de la déclaration de majorité de dom Pedro 11. De 1840 à 1841 il fut ministre de la marine et de 1862 à 1863 ministre des finances. Il était fort estimé à cause de sa probité, de sa franchise et de son désintéressement. D'un caractère très indépendant, il a toujours défendu ses idées sans se préoccuper de plaire à ses amis ou de satisfaire l'opinion du jour.

Dlogo Velho Cavalcanti d'Albuquerque, vicomte de Cavalcanti, homme d'Etat brésilien, né à Parahyba le 9 nov. 1832. Député de Parahyba, deux fois ministre, il fut nommé sénateur du Rio Grande do Norte en 1877. Il a poussé activement la construction des chemins de fer brésiliens, a réclamé énergiquement une loi pour la protection de la propriété littéraire et artistique, et c'est surtout grâce à ses efforts que le Parlement brésilien a voté les crédits nécessaires pour la représentation de l'Empire à l'Exposition universelle de Paris en 1889. R.-B.

CAVALCASELLÊ (Giovanni-Battista) , écrivain d'art italien, né à Legnago, dans le Véronais, le 22 janv. 1820. Il étudia le dessin et la peinture à l'Académie de Venise. En 1848, il se jeta avec ardeur dans le mouvement insurrectionnel contre l'Autriche ; fait prisonnier à Crémone et condamné à mort, il réussit à s'échapper et prit part à la défense de Rome en 1849. Obligé de s'expatrier, il se rendit à Londres, où, de concert avec M. Crowe (V. ce nom), il publia un ouvrage sur les anciens peintres flamands: Vie Early Flemish Painters (1857 ; 2« éd., 1872; trad. en franc, par A. Pinchart et Ch. Ruelens, Bruxelles, 1862-65, 2 vol.), qui le plaça d'emblée parmi les meilleurs historiens de l'art. Plus célèbre encore est le grand ouvrage des deux collaborateurs consacré à l'histoire de la peinture en Italie jusqu'au xvi^ siècle : A New History of Painting in italy (Londres, 1864- 1871, 5 vol. ln-8), travail original, qui a renouvelé le sujet et réformé bien des erreurs. Ils en ont donné une édition italienne fort augmentée (Storia délia Pittura in Itcdia; Florence, 1882-88, 4 vol.). Le Life of Tltian (Londres, 1877; édit. ital. : Tlziano, la sua vita, etc.; Florence, 1877-78, 2 vol.), publiée à l'occasion du quatrième centenaire du grand artiste, et le Raffaello, la sua viia e le sue opère (Florence, 1884), servent de complément à l'ouvrage ci-dessus. Depuis le rétablissement du royaume d'Italie jusqu'en 1878, M. Cavalcaselle exerça les fonctions d'inspecteur du Musée national de Florence ; et il est actuellement inspecteur central auprès de la direction générale des beaux-arts, à Rome. G. P-i,

CAVALE (La). Ville maritime de Turquie, vilayet de Salonique; 8,000 hab., située sur la mer Egée au N. de l'île deThasos. C'est l'emplacement de l'ancienne Neapolis, La Cavale, entre le Strouma et le Kara-Sou, le principal débouché des campagnes de la Roumélie méridionale. Exportation considérable de tabac. Mehemet Ali, le fondateur de la monarchie égyptienne, est né au xviii® siècle dans cette ville. Il y a fondé un séminaire qui élève et nourrit plus de 500 enfants.

CAVALERIE. On appelle cavalerie l'ensemble des troupes qui combattent à cheval. Ce mot dérive de l'italien ou du roman cavallo, cavalier la. Au xv^ siècle on disait indifféremment chevalerie ou cavalerie, quoique les deux niots aient actuellement pour nous une signification bien différente. Les origines de la cavalerie sont assez obscures, et parmi les écrivains de l'antiquité Xénophon

est le premier sur l'opinion duquel il soit permis de se baser. L'auteur de la Cyropédie prétend que l'usage de la cavalerie était inconnu avant Cyrus. Ce prince aurait le premier fait usage de cavaliers réunis en troupe. Dans l'antiquité on a souvent désigné sous le nom d'équités les combattants montés sur des chars et même sur des éléphants, il en est résulté une certaine confusion dans l'esprit de quelques historiens. Quoi qu'il en soit, il est difficile de déterminer d'une manière précise les origines de la cavalerie escad?'on?îant, La cavalerie a son berceau dans les plaines asiatiques, dans la Tartane, l'Assyrie et la Perse d'où sont issues les races de chevaux les plus célèbres.

Pour ne parler que des temps historiques, les Scythes sont les premiers cavaliers dont on puisse faire mention, et les (irecs furent les premiers parmi les peuples cultivés avant éprouvé la terreur qu'inspire une troupe de cavalerie lancée à toute vitesse à l'attaque de son adversaire. 370 ans av. J.-C, Epaminondas combat à Leuctres à la tête d'une troupe de cavalerie évaluée à 5,000 chevaux, mais dont l'imagination des contemporains a dû singulièrement exagérer le nombre. La cavalerie ne fut pas en grand honneur en Grèce, pays peu propre du reste à la production de la race chevaline. Alexandre cependant constitua en cavalerie environ le dixième des troupes qu'il conduisit à la conquête des Indes.

Dans les premiers temps de l'histoire romaine la cavalerie n'apparaît pas comme une force organisée ayant sa place marquée dans la bataille. Ce n'est guère qu'avec Annibal et les guerres puniques que les combattants à cheval commencent à jouer un rôle effectif dans la lutte. Les cavaliers numides sont restés célèbres par leur habileté équestre et leur intrépidité. A partir de cette époque, la cavalerie est employée en corps et de préférence sur les ailes. Tandis que la décadence de l'infanterie romaine commence avec le règne de Constantin, le développement de la cavalerie va en s'aceentuant jusqu'au moyen âge. La cavalerie occupe alors la première place dans les armées ; des hommes à cheval bardés de fer de la tête aux pieds en constituent toute la puissance. La chevalerie tire son origine de cette époque (trêve de Dieu 1031) (V. Chevalerie). Nous passerons sur cette époque qui appartient plus à l'histoire de la féodalité (V. ce mot) qu'à celle de la cavalerie, pour arriver à la création des compagnies d'ordonnance, véritable date d'origine de la cavalerie française, ou pour mieux dire de l'armée permanente. C'est par une ordonnance de Charles Vil, en 1445, que furent créées les quinze premières compagnies, dont l'effectif total était de 9,000 hommes et 10,000 chevaux. Chaque compagnie comptait 600 hommes et se subdivisait en un certain nombre de lances. La lance se composait de 6 hommes. C'est au connétable de Richemont que l'on est redevable de ce premier essai des armées permanentes. En 1448, les compagnies d'ordonnance sont portées à 17. Ce chiffr'e ira en s'augmentant sous Louis Xï, sous Charles VUI et sous Louis XII. C'est à cette époque qu'apparaît la cavalerie légère qui n'est légère que par opposition aux gens d'armes pesamment armés. Le cavalier léger de cette époque portait une cuirasse, une salade, et était armé d'une courte lance; bientôt il recevra un pistolet. La cavalerie légère, qui avait pris naissance dans les premières guerres d'Italie, différait surtout de la gendarmerie par sa composition. Ouverte à tous les aventuriers, c'est l'arme de la roture, tandis que les anciennes compagnies d'ordonnance sous le nom de gendarmerie resteront seulement accessibles aux nobles. Cette organisation s'est perpétuée jusiju'à l'époque de la Révolution, où nous retrouvons la maison du roi et la gendarmerie, puis la cavalerie légère. Les dragons forment à cette époque une arme intermédiaire et n'appartiennent pas à l'arme de la cavalerie proprement dite. Voici d'après un mémoire de 1547, citéj)ar le général Susane, quelle était la physionomie de la cavalerie française alors que les compagnies

CAVALERIE

légères étaient arrivées à leur épogée : « L'homme d'armes était monté de 2 bons chevaux de service et armé d'un corps de cuirasse, armet ou bourguignote, grands gardebras, espaulettes, avec une bonne et forte lance, les archers montés d'un bon cheval, armés de corselet, brassards ou manches de maille et d'unmorion, et, au lieu de lance, un fort etraide épieu, avec la pistole à l'arçon delà selle, au lieu de l'arc et de flèches qu'ils portaient anciennement, avant que celte diablerie de pistoles fût inventée. »

C'est sous Henri II que l'on vit apparaître pour la première fois la charge de colonel général de la cavalerie légère. La gendarmerie était directement sous les ordres du roi ou plutôt du connétable qui avait la délégation de ses pouvoirs. La connétablie fut supprimée en 16^27, mais la charge de colonel général de la cavalerie légère a subsisté jusqu'en 1671, époque à laquelle toute la cavalerie a été enrégimentée d'une façon permanente. Le premier colonel général de la cavalerie légère a été Claude de Lorraine^ duc d'Awnale.

Les compagnies légères prirent au xvi^ siècle un développement considérable ; le nombre des lances atteignit le chiffre de 2,590. Les chefs de ses compagnies n'étaient pas tous absolument soumis à l'autorité royale ; aussi, lors des guerres civiles, Charles IX n'hésita pas à faire pour la cavalerie ce qui avait été fait pour l'infanterie, c.-à-d. à appeler des cavaliers étrangers au service de la couronne. C'est de 1567 que date l'introduction dans l'armée française des reitres allemands et des cavaliers italiens et espagnols. Jusqu'à ce jour, l'indépendance des chefs de la cavalerie avait été absolue et aucun pouvoir n'avait été assez puissant pour souder ensemble dans un but commun ces paquets de cavaliers qui ne voulaient marcher que sous les ordres des chefs auxquels ils appartenaient. Il fallut la main puissante du cardinal de Richelieu pour créer les régiments de cavalerie permanents. « En 1634, toutes les compagnies furent réparties en 91 esquadres de cavalerie, de 100 chevaux, et en 7 esquadres de carabins (cavaliers armés de carabines ou de longues escopettes répartis dans les compagnies de chevau- légers. En 1621, les carabins furent réunis en un seul corps). En 1635, ces esquadres formèrent 24 régiments de cavalerie, 1 de carabins, 6 de dragons, chacun commandé par un mestrede camp. Aces régiments vinrent bientôt s'ajouter 16 régiments weimariens. Sur ce total des régiments de cavalerie, les corps étrangers figurent pour plus de la moitié : on y trouve des régiments allemands, les weimariens, des régiments lorrains, liégeois, hongrois et croates. L'effectif était de 22,000 chevaux. Les régiments français étaient à 2 escadrons; l'escadron à 2 compagnies. » Le mauvais esprit de la cavalerie obligea bientôt le cardinal à renoncer à l'en- ^ régimentation ; mais en 1638 il revint à ses projets primitifs. A partir de cette époque, malgré de nombreuses variations dans leur organisation comme dans leur nombre, les régiments de cavalerie sont définitivement organisés à titre permanent.

C'est à Louis XIV et à Turenne, qui fut nommé colonel général de la cavalerie le 24 avr. 1657, que l'on doit l'organisation définitive de cette arme, organisation qui a bien peu varié depuis cette époque.

En 1678, à la paix de Nimègue, la cavalerie se composait de quatre groupes : la maison du roi^ la gend/u'merie, les régiments de cavalerie légère^ les régiments de dragons* La maison du roi et la gendarmerie constituaient la grosse cavalerie et formaient trois divisions de réserve. La cavalerie légère comptait 99 régiments à 3, 4, 6, ou 8 compagnies. Les dragons formés d'après les mêmes principes comptaient 14 régiments. La cavalerie avait un effectif total de 60,000 hommes. En 1679, on crée les carabiniers qui sont formés d'une manière régulière en 1690, à raison d'une compagnie par régiment. Les hussards sont créés en 1692, mais organisés définitivement seulement en 1693.

En 1690, la cavalerie compte 102 régiments, 70 à 12 compagnies et 32 à 8 compagnies. L'escadron n'existait alors que comme formation de manœuvres, et non comme unité administrative. Deux compagnies réunies formaient un escadron. Les effectifs de la cavalerie comme le nombre de ses régiments subirent de nombreuses fluctuations jusqu'à l'époque de la Révolution, mais son organisation se modifia peu.

Pendant la période révolutionnaire, il ne fut rien changé à la situation des régiments de cavalerie tels qu'ils avaient été organisés sous le ministère du duc de Choiseuil (1788).

En 1791, la cavalerie comprenait 6Q régiments : 2 de carabiniers, 1 de cuirassiers, 21 de cavalerie, 18 de dragons, 6 de hussards, 12 de chasseurs. Le décret du 3 fév. 1794 modifia cette situation en répartissant la cavalerie de la manière suivante : 29 régiments de grosse cavalerie à 4 escadrons ; 20 régiments de dragons, 23 de chasseurs, 11 de hussards à 6 escadrons. Dans les premières années de l'I^lmpire on comptait, sans la garde, 98 régiments de cavalerie de 1,000 à 1,200 hommes ; 2 régiments de carabiniers, 14 de cuirassiers, 24 de dragons,

9 de chevau-légers lanciers, 30 de chasseurs, 14 de hussards. Depuis 1803, Napoléon avait rendu à la grosse cavalerie le casque et la cuirasse qui avaient complètement disparu depuis Louis XIV. Pendant la période impériale, la cavalerie subit plus de moditications dans ses effectifs que dans son organisation ; seul le nombre des escadrons varia fréquemment. Les régiments, qui étaient constitués à 5 encadrons en 1804, le furent à 6 escadrons en 1812, et remis à 4 escadrons en 1814.

A la suite du plan de réorganisation du maréchal Gouvion Saint-Cyr, la Restauration fut dotée d'une cavalerie qui comprenait en 1829: 2 régiments de carabiniers à 6 escadrons, 10 de cuirassiers à 4 escadrons, 12 de dragons à 6 escadrons, 18 de chasseurs à 6 escadrons, 6 de hussards à 4 escadrons; plus la maison du roi qui comprenait : 2 régiments de grenadiers à cheval, 2 de cuirassiers, 1 de dragons, i de chasseurs et un de lanciers. En 1847, la cavalerie comptait 2 régiments de carabiniers, 10 régiments de cuirassiers, 12 de dragons, 8 de lanciers, 13 de chasseurs, 9 de hussards ; tous ces régiments étaient à 5 escadrons. La cavalerie comptait en outre 4 régiments de chasseurs d'Afrique et 3 de spahis à 6 escadrons qui avaient été créés de 1831 à 1845.

On apporta peu de modifications à l'organisation de la cavalerie pendant le second empire, si ce n'est dans le nombre des escadrons affectés à chaque régiment.

En 1870, la cavalerie comprenait 6 régiments de la garde à 6 escadrons, chasseurs, guides, dragons, lanciers, carabiniers et cuirassiers ; et 57 régiments de la ligne,

10 régiments de cuirassiers, 12 de dragons, 8 de lanciers, à 5 escadrons; 12 de chasseurs, 8 de hussards. 4 de chasseurs d'Afrique et 3 de spahis à 6 escadrons. En outre, le décret du 26 fév. 1852 a créé 9 compagnies de remonte, 6 de Tintérieur et 3 pour l'Algérie. L'ettectif réglementaire de la cavalerie devait être, à cette époque, de 61,000 cavaliers, mais en réalité il ne fut jamais atteint.

Organisation actuelle. — Depuis les graves événements de 1870-71, de nombreuses modifications ont été apportées à l'organisation de la cavalerie. La première en date fut la suppression des lanciers. Nous reviendrons, à propos de la tactique, sur cette question de la lance qui a été et est encore vivement agitée des deux côtés des Vosges. C'est la loi des cadres (13 mars 1875), modifiée par les lois des 29 juil. 1886, 25 juil. 1887 et de nouveau au début de 1890, qui a fixé la composition actuelle de la cavalerie. La cavalerie comprendrait d'après la loi actuelle :

1^ 83 régiments, savoir :

12 régiments de cuirassiers ;

28 régiments de dragons ;

21 régiments de chasseurs :

CAVALERIE

42 régiments de hussards ;

6 régiments de chasseurs d'Afrique ;

4 régiments de spahis.

(Les 27® et 28® dragons, le 21« chasseurs, les 5« et 6*^ chasseurs d'Afrique ont été constitués par la loi du 25 juil. 1887.) Les 73 régimenls de l'intérieur sont à 5 escadrons; ils constituent 18 brigades de deux régiments, à raison de 1 brigade par corps d'armée, et un certain nombre de brigades et de divisions de cavalerie indépendantes, placées en dehors des corps d'armée. Les régimenls de chasseurs d'Alrique sont à o escadrons, et les régiments de spahis à 6 escadrons ; ils sont spécialement afl'ectés au 19^ corps d'armée et à la brigade d'occupation de Tunisie.

2^ 8 compagnies de cavaliers de remonte, à raison de 1 compagnie par chacune des quatre circonscriptions de remonte. 1 compagnie aux écoles et 3 en Algérie. La composlion des cadres de ces différents corps de troupe sur le pied de paix et sur le pied de guerre, et leurs effectifs en simples soldats pour le pied de paix sont déterminés par la série B des tableaux annexés à la loi. Si la loi du 25 juil. 1887 avait été mise complètement à exécution, nous aurions eu 42 régiments de cuirassiers, 30 de dragons, 39 de chasseurs ou de hussards. Les créations nouvelles ne répondaient pas à une combinaison logique des diverses unités de la cavalerie ; aussi, cette organisation vient-elle d'être modifiée par une loi récente. 4 des régiments de hussards à créer seront remplacés par 2 régiments de cuirassiers et 2 régiments de dragons, de telle sorte que la cavalerie française comprendra désormais : 14 régiments de cuirassiers, 32 régiments de dragons et 35 régiments de chasseurs ou de hussards. Nous aurons, de cette manière, de quoi constituer 7 divisions de cavalerie indépendantes et 18 brigades de corps ; il restera encore 3 régiments de chasseurs ou de hussards sans affectation définitive.

La cavalerie française sera-t-elle dotée comme il convient pour remphr le rôle qui lui sera dévolu dans l'avenir ? On peut avoir des doutes à cet égard. Nous ne devons pas perdre de vue que l'organisation militaire actuelle de nos voisins de l'Est comporte 93 régiments qui correspondront, alors seulement que la loi du 25 juil. 1887 aura reçu sa complète exécution, à nos 81 régiments de l'intérieur. De plus, nous devons ajouter que l'Allemagne ne s'en tiendra pas \k : nous aurons lieu de revenir sur ce sujet en parlant de la cavalerie des puissances étrangères.

Cavalerie territokiale. — La loi du 13 mars 1875 prescrivait de former dans chaque région un nombre d'escadrons de cavalerie territoriale en rapport avec les ressources en chevaux du territoire. C'est le décret du 8 avr. 4884 qui a réglementé cet article de la loi.

Actuellement, les troupes de cavalerie territoriale comprennent dans chaque région 4 escadrons de dragons et 4 escadrons de cavalerie légère. De plus, il est formé en Algérie 4 escadrons territoriaux de chasseurs d'Afrique: 1 dans la division d'Alger, 2 dans la division d'Oran et 4 dans celle de Constanline. Ces escadrons sont rattachés, pour le commandement et l'administration, au régiment actif de même subdivision d'arme de la brigade de cavalerie du corps d'armée. Chaque escadron doit comprendre normalement 7 officiers, 190 hommes de troupe, 9 chevaux d'officiers et 155 chevaux de troupe. La cavalerie territoriale doit être montée en chevaux de réquisition. La loi des cadres a prescrit, en outre, la formation de 19 escadrons d'éclaireurs volontaires. Ces escadrons, constitués en tout temps, ne doivent être appelés à l'activité qu'au moment de la mobilisation ; ils seront alors rattachés pour l'administration à l'un des régiments de cavalerie du corps d'armée.

L'expérience du passé nous apprend qu'en matière de cavalerie, il ne faut pas compter sur les improvisations du temps de guerre. Les régiments de cavalerie démarche français, formés à la suite des revers de Metz et de Sedan,

ont été d'un faible secours, bien qu'ils aient eu un rôle stratégique plus actif que les régiments de cavalerie qui les ont jirécédés dans la lutte. Les Allemands, de leur côté, ont constaté que les chevaux de réquisition, pour la cavalerie, avaient donné les plus médiocres résultats. Les troupes de cavalerie de seconde ligne, propres à remplir des rôles secondaires dans l'intérieur des colonnes, ne pourront véritablement agir comme troupes de campagne qu'après un temps plus ou moins long de mise en main et d'entraînement. Elles constitueront incontestablement une ressource importante, mais pour la seconde partie des opérations d'une guerre de résistance. Le propre de la cavalerie, c'est d'être une arme immédiatement apte à s'engager le jour môme d'une déclaration de guerre. Les hommes doivent être liés à leurs montures par l'habitude journalière, les chevaux entraînés, le dos complètement fait au harnachement, l'ensemble de la troupe bien dans la main de chefs qui la connaissent, pour agir à coups d'audace comme il lui appartient de le faire. L'infanterie peut être dans ses foyers avant la déclaration d'une guerre, la cavalerie agissante doit être dans ses quartiers prête à les quitter au premier signal. La force d'une armée en cavalerie ne peut être jugée que par les régiments entretenus d'une façon permanente en temps de paix.

Cavalerie (Ecole de). — La cavalerie possède une école spéciale dite Ecole d'application de cavalerie ou plus couramment Ecole de cavalerie de Saumur (c'est la ville où cette école est installée). Cette école est organisée par un décret du 25 mai 1883. Elle est instituée en vue : 1® de perfectionner l'instruction d'un certain nombre de lieutenants de cavalerie et d'artillerie, de lieutenants et souS'-lieutenants du génie désignés pour suivre les cours; 2» de compléter l'instruction des élèves de la section de cavalerie de l'école spéciale militaire ; 3° de perfectionner et d'uniformiser l'instruction des sous-oflBciers reconnus susceptibles d'être nommés sous-lieutenants ; 4<* de compléter l'instruction technique des aides-vétérinaires stagiaires nouvellement promus, de leur enseigner l'équitation et de les initier au service régimentaire. Il est ainsi formé à l'école de Saumur les catégories d'élèves suivantes : division d'officiers d'instruction de cavalerie, d'artillerie et du génie ; division d'officiers-élèves ; division de sous-officiers élèves-officiers ; division d'aidesvétérinaires stagiaires. L'école reçoit, en outre, des élèvestélégraphistes, qui viennent s'exercer au maniement des appareils de télc^graphie électrique et optique; des élèvesmaréchaux ferrants provenant des corps de troupes à cheval.

Une école de dressage est annexée à l'école de cavalerie, ayant pour but de mettre à la disposition des élèves les ressources nécessaires pour s'exercer au dressage. Un atelier d'arçon nerie est également annexé à l'école et est chargé de l'établissement des modèles de harnachement et de la confection d'arçons pour selles de chevaux de troupe. Ecole d'équitation militaire des carabiniers avant 1790, Saumur devint école nationale des troupes à cheval en 1814, école royale de cavalerie en 1825, et c'est en 1870 qu'elle est devenue Ecole d'application de cavalerie.

Tactique, — S'il est une branche de l'art de la guerre que les études historiques doivent éclairer d'un jour certain, c'est évidemment la tactique de la cavalerie. L'art de l'ingénieur, le perfectionnement des engins de guerre, les inventions modernes ont pu peser plus ou moins lourdement sur la tactique de l'infanterie et de l'artillerie, il n'en saurait être de même d'une arme chez laquelle le cheval est l'instrument principal du succès. Certes, le cheval est susceptible d'amélioration ; comme moyen de guerre, il peut être perfectionné et son coefficient de rendement augmenté, autant par la race que par l'entraînement ; mais cet art, qui consiste à obtenir du cheval son maximum de rendement et d'utilisation au point de vue de la guerre, est un art indépendant de l'époque historique, que 1 on rencontre avec Annibal aussi bien qu'avec Cromwell et le grand Frédéric, qui atteint son apogée sous Napo-

CAVALERIE

léon I'^'" et qui grandira avec les caractères et les tempéraments. Plus que pour Tinfanterie, la valeur de la cavalerie a dépendu de son chef. On a vu et Ton verra une infanterie médiocrement commandée remplir avec honneur le rôle qui lui est assigné ; la meilleure des cavaleries sera inutile, deviendra nuisible sans un chef vraiment digne de ce nom. Les mouvements lents et méthodiques de l'infanterie peuvent se ployer à des règles fixes comme les opérations de la science de l'ingénieur. Pour l'officier de cavalerie, presque tout dépend de la sûreté du coup d'œil, de l'à-propos avec lequel il saisit le moment d'agir et, une fois l'action résolue, de la rapidité qu'il met à l'accomplir. « On n'a qu'un instant pour réfléchir ; malheur à soi si on hésite, et le succès d'un mouvement commencé repose sqr la résolution de celui qui commande. Il y a donc beaucoup plus à attendre de l'inspiration du génie que du résultat des règles et du calcul. »

Sans nous appesantir sur les époques anciennes, nous ne pouvons omettre de citer quelques hommes de génie qui furent des précurseurs en matière de tactique de cavalerie. Ne doit-on pas considérer comme un axiome cette opinion de Xénophen émise 370 ans avant notre ère : « Une armée sans cavalerie ne gagnerait rien dans la victoire, elle perdrait tout dans la défaite. » Après la bataille de Gaugamèle et le passage du Lycus, Alexandre n'a-t-il pas donné l'exemple d'une poursuite vigoureusement conduite? (Sa cavalerie avait fait 120 kil. en trente-six heures.) Les charges de la cavalerie d'Annibal à la bataille de Cannes, dans la vaste plaine appelée aujourd'hui la table d'Apulie, sont restées célèbres et montrent tout le parti que sut tirer de sa cavalerie ce célèbre capitaine. Les renseignements que nous possédons sur l'emploi de la cavalerie à ces époques lointaines ne sont pas assez certains pour que nous en puissions tirer un véritable enseignement. 11 est peu probable que les cavaliers de l'antiquité aient connu la charge à fond telle que nous la concevons; ni le cheval, ni l'équipement du cavalier ne se prêtaient à une telle conception du combat. C'est aux peuples de l'Orient que nous sommes redevables des véritables principes sur lesquels repose l'emploi de cette arme. Les premiers, ils ont influencé les progrès de la cavalerie en Europe, et la tactique déployée par les hordes tartares au xiii« siècle est la base de notre tactique actuelle. En effet, nous voyons à la bataille de Liegnitz, le 9 avr. 1241, les cavaliers polonais, tous pesamment armés, défaits par les Tartares légèrement montés. « Les armées se rencontrèrent dans les plaines de Walhstatt. Les Polonais sous les ordres du prince Henri le Bon et de Mizelaw, prince de la haute Silésie, furent partagés en cinq corps, dont quelques-uns en réserve ; leurs adversaires adoptèrent des dispositions analogues. L'aile droite des Polonais attaqua et défit celle des Tartares qui leur était opposée; mais ces derniers se ralliant bienttH repoussèrent les assaillants sur leurs réserves, qui, Vavançant à leur tour, culbutèrent l'ennemi et le poursuivirent. Tout à coup les Tartares se rallient avec promptitude et reviennent subitement à la charge sur des ennemis fatigués qui ne s'attendaient pas à ce brusque retour. Evidemment unef telle manœuvre dut surprendre les lourds cavaliers de l'Occident. » Les barbares de rOrient mettent en œuvre dans cette journée les véritables principes de la tactique de la cavalerie : conservation d'une réserve, ralliement rapide des troupes qui ont donné, contre-attaque et surprise.

Jusqu^à l'époque de Gustave-Adolphe, on ne peut véritablement tirer aucun enseignement de l'emploi de la cavalerie. Pendant cette longue période des lourdes armures, on peut dire que les hommes combattaient à cheval mais non en troupe de cavalerie. Les cavaliers formés sur dix rangs sous Henri H, sur six rangs sous Henri IV, cherchaient leurs adversaires dans les rangs de l'ennemi et combattaient corps à corps. C'était la négation des principes suivant lesquels la cavalerie doit combattre.

Au commencement de la guerre de Trente ans (1630), Gustave-Adolphe réduisit la lourde ordonnance des escadrons et les forma sur quatre rangs; les trois premiers formant ligne d'attaque, le quatrième réserve. Les cavaliers furent allégés et formés sur deux lignes placées aux ailes des formations de bataille. Charles XH, roi de Suède, montra tout le parti que l'on peut tirer d'une cavalerie audacieuseraent conduite. Caractère hardi et entreprenant, très en rapport avec l'esprit de la cavalerie, il sut prouver que Ton pouvait conduire cette arme partout et en tous lieux, que les obstacles matériels de toute nature ne devaient pas l'arrêter et que les limites de son emploi n'étaient réellement marquées que par le tempérament du chef qui les dirige. Les guerres civiles de l'Angleterre marquent une date mémorable dans l'histoire de la tactique de la cavalerie. Cette arme, organisée et disciplinée par Cromwell, est encore pour notre époque un modèle digne d'être imité. L'illustre chef des puritains d'Angleterre se montra à la tête de sa cavalerie un capitaine redoutable. « Son énergie morale et physique, dit un écrivain anglais, ses conceptions vigoureuses, sa décision prompte et la vigoureuse impétuosité avec laquelle il se lançait au fort de la mêlée, en firent un général de cavalerie sans second dans l'histoire . » Cette* appréciation n'a rien d'exagéré ; le futur protecteur montra dans la conduite des troupes de cavalerie des qualités qui le placent à la tête des premiers capitaines. A la bataille de Marstonmoor (2 juil. 1644) nous voyons Cromwell à la tête de ses côtes de fer battre la cavalerie du prince Robert, autant par l'impétuosité de ses attaques que par l'emploi raisonné de ses réserves qu'il lance à propos sur les troupes de son adversaire, lorsque celles-ci sont déjà rompues par un premier engagement. Apprenant à la fin de la journée que, si Paile droite de l'armée du parlement est victorieuse grâce à sa vigoureuse intervention, il n'en est pas de même de l'aîle gauche, il cesse la poursuite, rallie sa cavalerie, vient prendre à revers l'aile droite des royalistes victorieuse et lui inflige une défaite sanglante. La*^ bataille de Naseby est un non moins mémorable exemple de la vigueur avec laquelle Cromwell savait employer sa cavalerie» Revenant à la fin de la journée, après avoir défait la cavalerie royale et l'avoir poursuivie loin du champ de bataille, l'épée dans les reins, il se jette impétueusement sur le flanc de l'infanterie royale et la met dans un effroyable désordre. Cromwell est peut-être le premier dans l'histoire qui ait montré tout le parti que l'on pouvait tirer de la cavalerie par l'impétuosité des attaques et par une activité et une mobilité extrêmes. Il fut certainement l'inspirateur du grand Frédéric, et encore aujourd'hui nous avons tout à imiter dans son exemple.

Dans une étude où nous recherchons les développements progressifs de la tactique, nous ne nous arrêterons pas à des périodes, certes glorieuses au point de vue des armes françaises, mais sans enseignement pour l'arme qui nous occupe. (Les charges de la bataille de Rocroi sont un des rares exemples de charges au galop exécutées au xYji« siècle.)

De Cromwell, il nous faut passer au grand Frédéric, pour constater une modification sérieuse dans l'emploi de la cavalerie. Si Frédéric -Guillaume et Léopold de Dessau furent les créateurs de la discipline militaire, ils n'apportèrent aucune donnée nouvelle dans l'art d'utiliser la cavalerie. A cette époque, la cavalerie était bien instruite à faire feu en ligne, soit à pied, soit à cheval, mais on n'avait rien fait pour la rendre redoutable dans le combat; elle chargeait au pas ou au trot. Dans ses études sur cette arme, M. le commandant Bonneau du Martray constate que lorsque Frédéric le Grand arriva au trône, il trouva sa cavalerie dressée ainsi : les hommes et les chevaux étaient d'une taille colossale; ils n'osaient marcher sur un mauvais pavé, ni aller à une autre allure que le pas sur un terrain accidenté. A la première affaire contre l'ennemi, la cavalerie de l'empereur chargea les Prussiens

CAVALERIE

Tépée à la main, à îa façon des musulmans, au galop, et les mit en déroute. Le grand Frédéric, sur l'avis de son feld-maréchal, suivit les fuyards et ne rejoignit son armée que le lendemain malin, en apprenant que son infanterie avait tenu bon et remporté la victoire, malgré la fuite de sa cavalerie. Quand la campagne fut terminée, Frédéric porta toute son attention sur' sa cavalerie. Il commença par abolir les feux en ligne, convaincu qu'il était çiue les feux à cheval étaient non seulement inutiles mais très nuisibles à la mobilité de l'arme. « J'ai toujours ouï dire, observe le maréchal de Saxe, que les cavaliers qui s'avisaient de tirer étaient toujours battus. » Pour montrer à ses cavaliers combien le tir à cheval est peu efficace, il les faisait tirer sur des mannequins en paille qu'ils n'atteignaient presque jamais. Frédéric s'occupa spécialement de développer l'habileté de ses cavaliers à monter à cheval. Il adopta pour ses escadrons la formation sur deux rangs et quelquefois sur trois, mais le troisième rang n'était destiné qu'à boucher les vides des deux autres. Aidé du génie d'hommes comme Driesen, Ziethen et Seydlitz, le roi capitaine fit de sa cavalerie la plus manœuvrière de l'Europe, et c'est à cette arme qu'il dut ses plus brillants succès. Frédéric sentit bien vite que la qualité maîtresse de la cavalerie était dans sa vélocité ; il défendait à ses officiers, sous des peines infamantes, de laisser prendre à l'ennemi l'initiative de l'attaque. Les cavaliers furent dressés, suivant les principes du maréchal de Saxe, à charger, à toute vitesse, l'espace de 2,000 m. sans perdre l'alignement. Jamais la cavalerie n'avait été aussi agissante qu'à cette époque ; son arme favorite était le sabre ; confiante dans son habileté et son entraînement, sa seule tactique reposait sur la rapidité et la résolution.

Frédéric II disposait sa cavalerie sur trois lignes distantes entre elles de 100 à 250 m. Une première ligne formée de cuirassiers, avec de faibles intervalles entre les escadrons; une deuxième ligne de dragons à 100 pas de la première, avec de grands intervalles appuyant la première et prête à en combler les vides ; enfin une troisième ligne de hussards prête à recueillir les résultats de l'action des deux premières lignes, Bismarck, le biographe de Seydlitz, prétend que tous les soins de cet illustre général « tendaient à conserver dans toute sa force sa première ligne de cavalerie, destinée à accomplir le choc efficace ». Nous le verrons plus loin, l'Allemagne d'aujourd'hui en est revenue purement et simplement à la doctrine frédéiicienne. Peut-être croit-on, de l'autre côté des Vosges, qu'une cavalerie conduite par un Seydlitz pourrait, dans les luttes de l'avenir, jouer un rôle plus considérable qu'il n'est admis généralement.

Dans les attaques de cavalerie, le grand Frédéric recommandait tout particulièrement les' attaques de flanc combinées avec les charges de front. Pendant le combat, il ne donnait pas d'ordres à sa cavalerie, il indiquait d'une manière générale les directions qu'elle devait suivre, les points sur lesquels elle devait agir, laissant à ses généraux le soin de choisir le moment opportun pour attaquer. Ceux-ci, après avoir assuré leurs flancs, établi une réserve, s'élançaient^'sur l'ennemi et le chargeaient jusqu'à ce qu'il eût abandonné le champ de bataille.

Le grand Frédéric, inspiré lui-même par l'exemple de Cromwell, ouvrit la voie dans laquelle la cavalerie du premier Empire devait briller d'un si vif éclat.

Le règlement de 1788 fixa les manœuvres de la cavalerie â peu près telles qu'elles ont été exécutées jusqu'en 1876. Ce règlement était formaliste et contenait une foule de mouvements inutiles, mais, sagement appliqué, il a rendu la cavalerie bien plus manœuvrière qu'elle ne l'était jusque-là. 11 avait pour bases : la formation sur deux rangs, la division de l'escadron par pelotons, la liaison des files, les mouvements par quatre, la colonne serrée en masse et la marche en échelons ; une ligne pouvait se ployer soit en avant de son front, soit sur un de ses flancs en colonne par quatre, par pelotons, par escadrons à dis-

tance entière, par escadrons à distance de peloton ; de môme, une colonne pouvait se déployer en lignes continues, en lignes par échelons, en lignes de colonnes. 11 y avait, en un mot, tout un arsenal de mouvements dont un grand nombre étaient impraticables sur un champ de bataille et n'étaient pas appliqués (général Thoumas).

La colonne serrée, dit le général de Brack, était la formation la plus employée pour se présenter sur le terrain, parce qu'entre autres avantages elle avait celui de tenir dans la main du chef toutes ses forces rassemblées et de se prêter fort bien aux modes de déploiements les plus usités, en échelons ou sur deux lignes. C'est en effet en partant de cette formation préparatoire de combat qu'eurent lieu les plus nombreuses affaires de cavalerie sous l'empire. On peut signaler également de nombreuses attaques en ligne, particulièrement en Pologne et en Espagne. A cette époque, si remplie en faits d'armes de cavalerie, si remarquable par ses brillants officiers d'avant-poste, il est difficile de découvrir des principes d'emploi tactique de Parme bien déterminés. Les actions de cavalerie présentent une variété infinie, mais ce qui les caractéiise, c'est Pentrain, la vigueur des chefs, la détermination avec laquelle ils n'hésitent pas à se lancer dans la mêlée. Plus que tout autre, le combat de cavalerie est affaire de caractère. Dans la lutte d'infanterie on engage son petit doigt dans l'engrenage, et dans la suite, le corps entier y passe ; mais Paffaire se dénoue suivant une certaine progression. Pour la cavalerie, il ne saurait en être ainsi : Pocçasion se présente inopinée, fugitive, il faut la saisir à la gorge et se lancer dans la fournaise ; c'est le succès ou la ruine immédiate. On comprend qu'une expectative aussi terrible fasse fléchir bien des consciences. L'épopée impériale était assez riche en tempéraments militaires pour noss faire assister à de nombreux engagements de cavalerie ; si ces différentes affaires sont caractérisées par la variété des moyens tactiques employés, elles ne le sont pas moins par la détermination et la vigueur avec lesquelles toutes ont été menées. A Marengo, Kellermann, saisissant avec un admirable à-propos le moment où la lourde colonne d'infanterie autrichienne s'arrête surprise par une décharge d'artillerie, dépasse au galop la ligne d'infanterie française, fait pelotons à gauche et tombe au galop sur l'infanterie ennemie qu'il coupe en deux et jette dans le plus grand désordre. C'est la surprise tactique combinée avec un mouvement de flanc. Au combat de Hanau, la cavalerie sous les ordres de Nansouty exécute un mouvement analogue; formée sur trois lignes elle se précipite en avant. La première ligne, quatre régiments de cuirassiers, culbute quatre régiments de cavalerie ennemis, puis exécutant rapidement un à gauche, se jette sur l'infanterie autrichienne qui est mise dans le plus complet désordre.

Les mouvements de la cavalerie présentent cela de particulier qu'en raison de leur soudaineté, un chef habile ayant à la fois du coup d'œil et de la décision, peut en changer subitement la direction et obtenir par l'imprévu d'immenses résultats. Depuis le grand Condé, à Rocroi, culbutant la cavalerie de l'aile gauche des Espagnols et, à la vue de sa propre gauche battue, traversant tout le champ de bataille pour tomber sur leur droite; après Kellermann à Marengo, Colbert à léna, Nansouty à Hanau, que d'exemples à citer ! C'est Latour-Mau bourg à Medellin , en Espagne, le 30 mars 1809, poursuivant avec sa division de dragons Faiîe droite des Espagnols, puis faisant demitour et tombant sur les derrières de l'aile gauche qui, attaquée de front par la cavalerie légère de Lasalle, est prise entre deux feux et détruite. C'est à Alba-de-Tormès, Kellermann culbutant avec une division de dragons la cavalerie espagnole, et le colonel Ordener, commandant un des régiments de cette division, le 15*% qui, par un mouvement brusque d'escadrons à droite^ tombe sur le flanc gauche de Pinfanterie ennemie, la met en déroute, s'empare de cinq canons et décide ainsi de la victoire. A Lerida, le 23 avr. 1810, le 13® régiment de cuirassiers, soutenu

CAVALERIE

par une batterie d'artillerie légère, renverse d'abord la cavalerie espagnole, placée à Faile gauche de l'infanterie, puis fait un à gauche et charge sur l'infanterie qui, prise de flanc, sabrée, roulée, s'enfuit en laissant entre les mains des cuirassiers 3,600 prisonniers. Le général Caulaincourt, à la Moskowa, charge sur l'infanterie ennemie en face de lui, dépasse ainsi la grande redoute, se rabat sur la gauche, fond sur l'infanterie placée en arrière de cette redoute, la renverse, la sabre et de nouveau conversant à gauche, pénètre au galop par la gorge dans la redoute, où il trouve une mort glorieuse. Dans les actions de cavalerie, l'imprévu joue presque toujours un rôle capital, et les généraux de l'arme, réputés les meilleurs de cette grande époque militaire, manquaient rarement, quand ils en trouvaient l'occasion, de tourner la ligne ennemie pour tomber là où ils n'étaient pas attendus. Au combat de Bar-sur-Aube, le 27 fèvr. 1814, l'infanterie d'Oudinot, engagée avec des forces très supérieures et entourée de toutes parts, allait succomber sous le nombre, et le maréchal lui-même se voyait sur le point d'être pris par l'ennemi, quand Kellermann, avec les dragons d'Espagne, franchit TAube au gué de Saint-Esprit, gravit au galop les hauteurs de Vernancourt, qui dérobaient sa présence aux troupes alliées, et tomba comme une avalanche sur les bataillons de Wittgenstein qu'il mit en déroute (général Thoumas).

L'histoire du premier Empire est remplie de ces exemples plus propres à caractériser l'esprit tactique de la cavalerie que les discussions didactiques les plus approfondies. Nous venons de voir dans tous ces combats l'avantage acquis à celui qui, en dernier ressort, pouvait lancer, dans la mêlée, une réserve compacte. C'est le combat sur plusieurs lignes, mais indiqué avec moins de précision que dans la tactique frédéricienne. C'est l'action combinée de front et de flanc, mais sans réglementation préalable. Dans les périodes de grandes guerres, c'est un fait qui frappe tous les spectateurs attentifs, les règles lactiques ne se codifient pas. Les méthodes d'exécution seules prennent un caractère d'originalité en rapport avec le tempérament des chefs. Aussi, voyons-nous, pendant ces mémorables campagnes du commencement du siècle, les combats prendre les formes les plus variées tout en conservant un trait commun, la promptitude dans les attaques, l'intervention toujours vigoureuse de toutes les troupes agissant dans le rayon d'action de laffaire, et enfin, l'acharnement dans la lutte jusqu'à la défaite complète de l'un des adversaires. Dans son remarcfuable ouvrage sur les transformations de l'armée française, le général Thoumas se pose différentes questions dont il n'est pas sans intérêt de présenter un aperçu, elles touchent autant à la tactique actuelle de notre cavalerie qu'à celle de l'avenir. L'auteur des Essais d'histoire et de critique sur Vétat militaire de la France se pose, en premier lieu, cette question : Reconnaissait-on généralement le terrain avant de charger? Eh bien, cette recommandation si précise des règlements actuels, n'était généralement pas respectée sous le premier Empire ; si quelques chefs de cavalerie l'ont fait avant d'engager certaines affaires. Murât s'en est toujours affranchi, et l'on cite plusieurs actions de cavalerie qui ont échoué par suite de cette négligence. La reconnaissance méthodique du terrain paraît être, il faut bien le dire, en contradiction avec l'esprit de l'arme. Reconnaître un terrain de charge, c'est présumer une charge qui n'aura pas lieu, ou peut-être dans des conditions fort différentes, c'est laisser fuir l'occasion précise d'entrer en action, c'est enlever, en un mot, à la détermination du chef de cavalerie, ce qu'elle a d'inopiné par essence même. Sous le premier Empire, les charges ont été fort rarement précédées de mouvements étendus exécutés aux allures vives ; la charge précédée d'un court temps de trot s'engageait presque immédiatement; l'exiguïté relative des champs de bataille ne permettait pas d'agir autrement.

La cavalerie, avant d'être abordée par Vennemi ou de V aborder, faisait-elle feu? Quoique l'on puisse répondre non d'une manière générale, il n'en existe pas moins de nombreux exemples^du contraire. Sur ce point encore, la doctrine était aussi variable que les hommes.

Ce qui a caractérisé les attaques de cavalerie sous le premier Empire, c'est la charge à fond, celle dans laquelle on s'élance sur son adversaire tête baissée en faisant rendre à son cheval tout ce qu'il peut donner. Il fallait des cœurs bronzés pour inaugurer une semblable tactique, bien propre à assurer l'ascendant moral de notre cavalerie sur celle de ses adversaires. Dans la charge à fond, les cavaliers les plus braves et les mieux montés dépassaient forcément leurs camarades, et la charge gagnait en impétuosité ce qu'elle pouvait perdre en régularité, ce qui n'était pas un inconvénient. « Sous la Restauration, les généraux et les officiers qui avaient fait la guerre pendant de longues années conservèrent les traditions de la cavalerie française; mais, à l'exception du général de Brack, ils ne transmirent pas cette tradition à leurs successeurs, et l'esprit de formalisme exclusif qui caractérisa l'école de Sauraur aboutit au règlement de 1829. » La guerre de Crimée, comme la campagne d'Italie, nous montrent bien quelques engagements de cavalerie heureusement conduits, mais le rôle joué par cette arme y est trop secondaire pour qu'il soit possible d'en tirer des enseignements nouveaux. En 1866, la cavalerie prussienne rendit peu de services; placée à la gauche des colonnes d'infanterie, elle ne put jamais intervenir à temps. La belle cavalerie autrichienne, si elle eût été plus vigoureusement commandée, aurait peut-être changé la tournure des événements à Sadowa. Dans les plaines de Lombardie, elle joua un rôle beaucoup plus remarquable; c'est à sa vigoureuse intervention à l'aile droite et à l'aile gauche que l'archiduc Albert dut la victoire de Custozza. Un escadron de lanciers de Sicile, dans une charge fameuse sur la division Cérale, montra l'influence que peut avoir une vigoureuse attaque par surprise. La division Cérale fut mise dans un tel désordre qu'elle ne put prendre part à l'action pendant le reste de la journée. A l'aile gauche, la brigade du colonel Pulz, forte de seize escadrons, charge vigoureusement les divisions Bixio et prince Humbert qui, malgré qu'elles se forment rapidement en carré, sont fortement entamées. Par sa vigueur, la cavalerie autrichienne paralyse toute la droite italienne forte de plus de 20,000 hommes.

La guerre de 1870 nous offre de nombreux exemples d'engagements de cavalerie, surtout des attaques contre l'infanterie. « Si la cavalerie française avait fait son métier, ou plutôt si on lui avait fait faire son métier, les combats de cavalerie contre cavalerie auraient été fréquents, mais on effaça complètement notre cavalerie devant celle de l'ennemi, laissant celle-ci battre le pays tout à son aise, comme si l'on eût voulu faire à l'armée allemande les honneurs de la France, en lui montrant le chemin. Dès lors, nos escadrons ne pouvaient se heurter à l'ennemi que dans le cours des batailles. L'examen des chocs qui se sont ainsi produits dans les principaux combats de la campagne, nous montre, presque toujours, la cavaler.e d'un des deux partis (le plus souvent, celle des Allemands), s'attaquant à l'infanterie de l'adversaire, dont la cavalerie intervient ensuite, soit pour arrêter des escadrons victorieux, soit pour poursuivre et détruire des escadrons repoussés. » Les charges de cavalerie, qui eurent lieu sous Metz, montrent, d'une part, que pour qu'une action de cavalerie contre l'infanterie produise de grands résultats, il faut que l'adversaire ait subi, d'une façon prolongée, la démoralisation du feu ou qu'il y ait surprise, et, d'autre part, que les actions contre la cavalerie soient conduites avec beaucoup d'unité; chaque ligne placée dans les meilleures conditions pour intervenir à temps, ne s'engageant qu'à bon escient. Toute troupe ayant chargé se ralliant au plus vite pour former réserve

CAVAr.ERlE

à son tour et se tenant prête à intervenir à nouveau. Les graves événements de la campagne de 1870 allaient être l'origine d'un important mouvement de rénovation dans les méthodes de la cavalerie française. Nous allons suivre pas à pas le mouvement des esprits dans cet ordre d'idées, présentant, en matière de conclusion, les tendances actuelles de la tactique de Tarme, tant en France qu'à Tétranger.

Il est un point de tactique de la cavalerie du premier empire qu'intentionnellement nous avons laissé dans l'ombre, c'est la tactique de renseignements. La cavalerie légère sous le commandement des Steingel, des Lasalle, des Montbrun, des Curely, des de Brack, a laissé dans l'art d'éclairer une armée, de la protéger contrôles pointes de la cavalerie adverse, un renom impérissable. Mais, cette tactique spéciale, si remarquablement appliquée dans les guerres du commencement du siècle, n'a pas vieilli. Son importance s'est accrue avec l'importance des armées modernes, avec la rapidité des transports stratégiques. Elle est donc toute d'actualité, et c'est volontairement que nous avons réservé ce côté spécial de la tactique de l'arme. Immédiatement après la guerre de 1870, les questions relatives à l'emploi de la cavalerie furent mises à l'étude. Il fallait tout d'abord modifier un règlement (celui de i 829) formaliste, n'enseignant que des évolutions rigides, d'une exécution lente et méthodique, et difficilement applicables devant l'ennemi. Plusieurs officiers furent envoyés en mission à l'étranger pour étudier les règlements de manœuvre, et recueillir des renseignements propres à établir un corps de doctrines nouvelles. Le général l'Hotte fut tout particulièrement chargé d'étudier les méthodes d'instruction de la cavalerie autrichienne. A la suite d'une longue et laborieuse mission, cet officier fut chargé de faire appliquer le règlement autrichien par le 18^ dragons, puis do le vulgariser dans la l*"^ division de cavalerie. C'est à la suite d'expériences répétées que fut adopté le règlement du 17 juil. 1876. Le général du Barail avait été, comme ministre de la guerre, le promoteur de la rénovation de la cavalerie ; comme président de la commission chargée d'élaborer le règlement nouveau, il s'était appliqué à faire échapper cette arme aux liens qui paralysaient son action. Les changements apportés au règlement de 1829 étaient considérables, dit M. le général Thoumas, et hâtons-nous de l'ajouter, largement justifiés. Suppression du formalisme traditionnel de l'école de Saumur et de cette profusion de commandements, parfois ridicule; abandon du littéral de la théorie; direction de Tinstruction des recrues donnée aux commandants d'escadron; importance accordée à la régularité des allures; la vitesse du trot et celle du galop fixées pour chaque subdivision de l'i^rme (cuirassiers, dragons ou cavalerie légère) ; le guide indiqué non plus sur une aile, mais sur le chef de la troupe marchant devant le centre; la charge donnée comme le but suprême des manœuvres de cavalerie, et enseignée dès l'école de peloton : telles étaient les bases fondamentales du nouveau règlement. Au point de vue de la tactique, le nouveau règlement n'admettait que quatre ordres fondamentaux : 1^ la niasse de colonnes; 2^* la colonne par pelotons ou colonne simple ; 3<* la ligne de colonnes ; 4^ la ligne de bataille. La masse de colonnes, comme la ligne de colonnes, étaient des formations réclamées depuis longtemps, l'une comme très souple, très propre au cheminement en terrain varié et permettant un déploiement rapide dans toutes les directions, l'autre comme formation de rassemblement permettant au chef d'avoir sa troupe complètement dans la main.

Le règlement de 1876, lorsqu'il aborde l'instruction des corps de cavalerie composés de plusieurs régiments, devient un véritable traité de tactique. S'inspirant du rôle considérable joué par notre cavalerie pendant les guerres du premier Empire, il cherche à définir un dispositif type permettant à une unité de cavalerie de

quelque importance de suivre le développement successif des phases d'un combat. Assimilant dans une certaine mesure une division de cavalerie formée de trois brigades à un corps d'armée, il subdivise cette troupe en un certain nombre de lignes chargées de rôles différents. Ces rôles consistent : 1^ à attaquer directement; 2^ à manœuvrer sur les ailes ; 3^ à conserver une réserve.

De là, le partage de la division de cavalerie en trois lignes, et afin de distinguer constamment le rôle de chaque ligne, d'éviter toute confusion, de faciliter les évolutions de chacune d'elles et de ne les engager que successivement, ces trois lignes sont non seulement désignées à l'avance, mais postées sur des emplacements différents et avec des lormations différentes appropriées à leur destination spéciale. Cet ensemble de dispositions préparatoires constitue ce que l'on appelle le dispositif de combat. Comme, dans un dispositif préparatoire de eombat, aucune raison^déterminante ne milite en faveur du renforcement d'une ligne au détriment des autres, et que, d'autre part, la division normale est composée de trois brigades, il en est résulté que dans le dispositif normal chaque ligne est égale et de la force d'une brigade. Quant à la position relative des trois lignes, le règlement de 1876, s'inspirant de principes constants, adopte l'échelonnement. Chaque ligne s'engageant isolément, la ligne en arrière n'intervient que pour appuyer l'action de la première, soit en augmentant l'intensité du choc, soit par une action de flanc, soit en jouant le rôle de réserve aux mains du général de division. Le règlement n'a pas cru devoir adopter Téchelonnement sur une aile, c'est l'échelonnement sur le centre qui a été préconisé. En un mot, chaque ligne doit être placée derrière et sur le côté, par rapport à celle qui la précède. La deuxième ligne doit être assez voisine de la première pour pouvoir lui porter secours à l'occasion, mais en être assez éloignée pour ne pas subir le contre-coup de ses échecs, La troisième ligne est dans une situation d'expectative tant que les deux premières n'ont pas encore alimenté la lutte ; c'est un réservoir de force à la disposition des deux autres lignes, son emplacement doit être au centre de son rayonnement d'action probable. Par conséquent, si la deuxième ligne garnit la zone de terrain voisine de l'aile droite, il sera prudent de placer symétriquement la troisième ligne vis-à-vis de l'aile gauche ou réciproquement.

Chaque division étant pourvue de trois batteries placées sous le commandement du chef de l'artillerie et la direction du général de division, il s'agissait d'en régler l'emplacement dans le dispositif normal de combat. La condition essentielle du succès de l'emploi combiné de l'artillerie avec le cavalerie consistant dans la séparation des deux armes dès que l'action commence, il était nécessaire de grouper toutes les pièces en un point voisin de l'aile non menacées d'où elles puissent, à un moment donné, aller occuper rapidement une position préalablement reconnue favorable au tir et assez en avant du front pour ne pas être trop tôt masquées par une marche agressive de la cavalerie. Après avoir défini le dispositif de combat, après avoir indiqué la position et tracé le rôle des divers déments qui le composent, le règlement s'appliquait à donner quelques exemples de l'emploi de la division de cavalerie aux manœuvres, mais cela à titre de simple indication.

Pendant que de sérieux efforts étaient faits pour doter la cavalerie française d'un corps de doctrines propres à l'inspirer dans toutes les situations du champ de bataille, un autre problème de la tactique de l'arme, non moins grave et non moins pressant, était agité dans les hautes sphères de l'armée. Tout le monde était d'accord pour dire qu'en matière de reconnaissance et de couverture le rôle de la cavalerie avait été généralement si pitoyable pendant la guerre de 1870 qu'à ce point de vue spécial tout était à faire. Tout d'abord les troupes furent dotées d'un petit règlement sur le service en campagne. Depuis

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bien longtemps, Tart de tracer un réseau de reconnaissance ou de couverture était oublié chez nous. Le service en campagne qui datait de l'année 1832 avait été rédigé par les hommes qui avaient pratiqué la grande guerre et pour lesquels les détails paraissaient superflus ; mais peu à peu ces générations d'officiers avaient disparu et les bons principes étaient tombés dans l'oubli. Le nouveau règlement enseignait à la cavalerie son service en station et en marche, indiquait aux gradés de tous ordres l'art de conduire les patrouilles et d'exécuter les reconnaissances ; il constituait la base de l'instruction élémentaire de l'arme.

Les événements de 1870 encore mal connus avaient créé tout d'abord un courant d'idées peu propre à favoriser l'emploi de la cavalerie sur le champ de bataille. On admettait difficilement que cette arme pût y jouer un rôle important, il semblait qu'elle dût réduire son action à des atfaires d'avant-gardes, à des opérations de partisans et aux services d'exploration et de sécurité. C'est sous l'empire de ces idées que fut rédigée et approuvée, le 27 juin 1876, l'instruction sur le service de la cavalerie éclairant une armée.

Le rôle des divisions de cavalerie indépendantes y était présenté dans les différentes périodes qui doivent précéder leur action sur le champ de bataille.

Comme pour le combat, la commission qui avait élaboré ces nouvelles prescriptions avait recherché des types normaux : formation normale pour couvrir une armée en station, formation normale pour l'éclairer en marche. C'était encore le type ternaire qui était adopté et cela d'une manière préconçue. La cavalerie déployée en avant d'une armée devait s'échelonner sur trois lignes : la première ligne ayant pour mission de prendre le contact, non seulement par une constatation pure et simple de la présence de l'ennemi, mais encore en cherchant à percer le rideau qu'il pouvait opposer à ses investigations.

La deuxième ligne était destinée à appuyer les mouvements en avant de la première, ou à lui servir de soutien en cas d'échec.

Enfin, la troisième ligne formant la réserve des deux autres ; elle restait massée dans la main de son chef qui devait la porter aux abords de la deuxième ligne, lorsque le commandant de la division voulait concentrer ses forces en vue d'une action décisive. L'ensemble théorique du système d'exploration présentait ainsi la forme d'un secteur. Sur l'arc du cercle étaient les éclaireurs, au sommet de l'angle la réserve ; entre les deux, les soutiens formés par la deuxième ligne.

L'instruction posait en principe que dans le service d'exploration, l'appui devant avoir lieu surtout dans le sens de la profondeur, on devait former généralement les deux premiers échelons de deux lignes accolées, chacune d'elles envoyant un régiment en avant pour constituer la première ligne. L'autre régiment de chaque brigade reste en deuxième ligne et sert de soutien. Les régiments de cavalerie légère et de dragons armés de carabines à longue portée sont employés à ce double service, tandis que la brigade de cuirassiers forme la réserve. L'artillerie devait marcher par batteries détachées, ou réunies à la réserve sôus la main du général de division. Un semblable dispositif devait couvrir un front d'exploration de 30 à 35 kil. Quant aux distances à conserver entre les différentes parties du système, elles étaient fixées de la façon suivante : la première ligne des éclaireurs marchant à 10 kil. environ du régiment de soutien; la brigade de réserve se maintenant à 4 kil. environ de la deuxième ligne. Quant à la distance entre la réserve et les corps d'armée qui marchent en arrière, elle pourra s'étendre dans les premiers jours à une ou deux journées de marche.

Certes, l'instruction du 27 juin 1876 était un pas considérable fait dans la voie nouvelle, mais ce ne fut pas sans soulever des critiques sérieuses. Tout d'abord, il faut

constater une tendance très marquée au normalisme dans l'esprit de toutes les commissions : formation normale d'attente, formation normale de combat, formation normale de marche, on appliquait une solution fixée d'avance à toutes les situations ; après la rigidité des formes, la rigidité de la pensée créatrice. La réaction, du reste, ne fut pas longue à se faire attendre.

Quant au type normal d'exploration dont nous venons de tracer l'exposé, la critique la plus sérieuse que l'on pouvait lui appliquer, c'est de constater qu'il réglementait l'éparpillement. Dans le cas d'une attaque imprévue, ce service eût mis un temps fort long à se concentrer, en supposant même que tous les éléments du système eussent la faculté de se retirer sur un point commun après avis préalable; mais il pouvait y avoir grande chance qu'une attaque dirigée sur une des extrémités de la ligne tût ignorée de l'aile opposée située à 30 ou 35 kil. Un ennemi audacieux n'avait qu'à percer droit sur le centre d'un semblable dispositif connu d'avance, assuré qu'il était de surprendre la division en flagrant délit de dispersion. Le règlement de 1876, de son côté, avait donné lieu également à quelques critiques de détail, qui, formulées à la suite des manœuvres d'automne, dans des conférences qui eurent lieu au mois de sept. 1881 à Tours, sous la présidence du général de Galitfet, aboutirent au règlement du 31 mai 1882. Ce nouveau et dernier règlement ne change rien à celui de 1876 en ce qui concerne les formations de manœuvres, il consacre tout particulièrement le dispositif préparatoire de combat, en atténuant cependant dans une certaine mesure la physionomie rigide que lui avait attribué le règlement précurseur.

Dès 1880, le général de Galiffet avait publié un opuscule sur le service de reconnaissance de la cavalerie, travail dans lequel il réagissait contre la tendance à l'éparpillement et réclamait la séparation absolue entre le service d'exploration et de sécurité. A la suite du règlement du 26 oct. 1883 sur le service des armées en campagne, il était publié une instruction pratique sur le service de la cavalerie en campagne qui réglementait d'une manière définitive le service de découverte. Toute reconnaissance de cavalerie doit fatalement aboutir au combat, et c'est après la défaite de l'un des adversaires que l'autre peut continuer son exploration, pénétrer jusqu'aux colonnes d'infanterie et signaler au général en chef les grandes concentrations de troupes qui précèdent les batailles. Si le combat doit être le dénouement fatal et nécessaire de la reconnaissance, il importe que la division de cavalerie observe un ordre tactique qui la mette vis-à-vis de son adversaire dans les meilleures conditions de lutte ; autrement dit, dès qu'elle entre dans la zone d'action elle doit marcher concentrée. Cette nécessité absolue de la concentration indiquait assez qu'elle ne pouvait participer tout entière, à un degré quelconque, au service d'exploration. Toute troupe éparpillée pour l'exploration est momentanément une troupe hors d'état de combattre. De ce fait découlait la nécessité de désigner un certain nombre d'escadrons dits d'exploration (deux généralement) pour faire ce service en avant du front de la division. Pendant cette période des opérations, la division s'avance par deux ou plusieurs routes, en conservant la facilité de se^concentrer rapidement. Dès que la division se trouve dans le rayon d'action de l'ennemi, c.-à-d. à moins d'une journée de marche, elle est massée tout entière. Une brigade forme Favant-garde, les deux autres brigades suivent à 4 ou 6 kil. Dès que l'ennemi est signalé à proximité, le général fait prendre à sa division le dispositif préparatoire de combat.

Comme nous l'avons indiqué à propos du règlement de 1876, la cavalerie, dans le combat contre la cavalerie, se forme sur trois lignes, chacune de ces lignes étant chargée d'un rôle différent. Ces rôles distincts consistent : 1° à attaquer directement; 2° à manœuvrer sur les ailes; 30 à conserver une réserve. C'est le propre d'un combat

CAVALERIE

de cavaler ie de présenter ces trois aspects, et si nous faisons un retour en arrière n'est-ce pas ce que nous signalions dans les combats du premier Empire : L'attaque directe, l'attaque de flanc et 1 intervention d'une réserve. Ce serait une grosse erreur de croire qu'en indiquant un dispositif, le règlement de 1882 ait voulu enfermer le combat de cavalerie dans une forme rigide. Le dispositif indiqué, et qui peut êtye modifié dans sa forme générale comme dans ses proportions, n'est qu'une introduction au combat ; quant au combat lui-même il prendra les formes les plus variables et dépendra de circonstances que l'on ne peut fixer d'avance.

Malgré ce que l'on a pu dire, la cavalerie n'a pas renoncé à jouer nn rôle sur les champs de bataille. Des écrivains militaires, et des plus autorisés, n'admettent même pas une diminution de ce rôle. Il est certain que si les armes à feu ont augmenté de puissance, l'action démoralisatrice qu'elles produiront à la longue sur les troupes sera par là même une condition avantageuse aux entreprises de la cavalerie. Une troupe qui sera livrée pendant plusieurs heures à l'action énervante du feu des armes nouvelles, sera plus facile à surprendre dans le sens tactique du mot. Il faut également considérer que l'étendue des champs de bataille de l'avenir sera relativement considérable, que les terrains les plus variés s'y rencontreront, que par le fait d'erreurs de direction fatales, ou de resserrements, conséquence de la concentration des attaques, des ouvertures, des vides relativement à l'abri du feu se produiront, par où une cavalerie commandée par un chef digne de ce nom, pourra pénétrer et porter la terreur dans une infanterie démoralisée par le feu. 11 est une autre cause qui favorisera peut-être plus qu'on ne le pense les entreprises de la cavalerie vis-à-vis de l'infanterie, c'est le défaut de munitions, qui ne saurait manquer de se produire, quoi qu'on fasse, sur certains points du champ de bataille où la lutte se fera remarquer par son acharnement. On ne peut mettre en doute l'importance du rôle futur de la cavalerie sur les champs de bataille; audacieuse, bien entraînée et surtout commandée par de véritables chefs, elle produira sur plus d'un point la crise qui est le commencement de la retraite et de la défaite. En résumé, si à la clôture de l'ère des guerres napoléoniennes la cavalerie a paru disparaître des grandes scènes de la guerre, il faut attribuer cette décadence de l'arme à une réaction des esprits après tant d'actes audacieux accomplis par elle et surtout au manque de chefs. Comme l'a dit le général Foy : après la fonction du général en chef, il n'y en a pas de plus délicate que celle du général de cavalerie. Il n'y a donc pas lieu d'être surpris, si nous avons traversé une longue période de notre histoire sans que les circonstances aient pu faire saillir un chef capable de faire revivre dans cette arme les véritables traditions. Il faut bien dire aussi que les événements avaient été complices de cet abandon de la cavalerie. La guerre de Crimée, la guerre d'Italie et de Danemark avaient présenté peu d'occasions favorables à son emploi et, avec l'apparition du fusil à aiguille, on en avait facilement conclu à sa disparition. Les derniers événements, mieux étudiés, nous ont ouvert les yeux; aujourd'hui personne ne doute de l'importance considérable de cette arme et du rôle capital qu'elle aura à jouer dans les guerres de l'avenir.

Cavalerie allemande. — La cavalerie allemande se compose de 93 régiments, savoir : 10 régiments de cuirassiers, dont 2 de la garde; 25 de ulans dont 3 de la garde prussienne et 2 bavarois ; 28 de dragons, dont 2 de la garde ; 20 de hussards dont 1 de la garde ; 7 de chevau-légers bavarois ; 2 de reiters (cavalerie lourde bavaroise) ; 1 de reiters (de la garde saxonne) ; 1 de carabiniers saxons. Ces régiments sont orcjanisés sur le pied de paix, à 5 escadrons. L'escadron allemand sur le pied de paix se décompose de la manière suivante : 4 officiers; 15 sôus-officiers; 20 appointés ou soldats rengagés; 95 simples cavaliers et 3 trompettes, soit au total, 137

combattants (officiers compris) avec 142 chevaux, dont 9 officiers. L'escadron entretient en outre de son effectif, 4 chevaux déclassés, dits Krûmper, La cavalerie allemande comprend un total de 69,172 hommes, parmi lesquels 66,860 sont des combattants, et de 71,500 chevaux. Les régiments sur le pied de guerre sont constitués à 4 escadrons de 150 chevaux chacun. On considère en Allemagne les cuirassiers comme grosse cavalerie^ les ulans, les reiters et les carabiniers comme cavalerie de ligne, les autres subdivisions de l'arme comme cavalerie légère. Les cuirassiers allemands, depuis le 12 mai 1888, ne sont plus cuirassés ; actuellement ils sont armés de la carabine et de la Jance. Un mouvement d'opinion très prononcé a porté et porte encore l'Allemagne à accorder à la lance un grand crédit, elle a été poussée dans cette voie beaucoup plus par des raisons tactiques que par une question de sentiment. Nous reviendrons sur ce point spécial en parlant de la tactique de cavalerie allemande.

En Allemagne, la cavalerie est généralement embrigadée, mais pour chaque brigade il n'existe pas de type normal, les unes sont à 2, les autres à 3 et même à 4 régiments. Il existe encore aujourd'hui (janv. 1890), 3 divisions de cavalerie; celle de la garde et celles des 1^"^ et 15® corps ; mais, à partir du 1®^ avril, cette organisation aura cessé d'exister. A l'exception de la division de cavalerie de la garde, les troupes de cavalerie seront toutes constituées en brigades indépendantes les unes des autres, placées sous l'autorité des commandants de corps d'armée comme par le passé, mais formant des inspections techniques de l'arme. Il existe en Allemagne trois écoles de cavalerie : celle de Hanovre pour la Prusse, celle de Dresde pour la Saxe et celle de Munich pour la Bavière. Quelles seront les forces en cavalerie de l'Allemagne au jour de la mobilisation?

Sur les 5 escadrons qui constituent un régiment actif, 4 sont mobilisés et portés au pied de guerre à l'aide de prélèvements faits sur l'escadron désigné pour être escadron de dépôt. L'Allemagne aura donc ainsi 372 escadrons de première ligne mobilisés au jour de la déclaration de guerre. Ces 872 escadrons paraissent devoir constituer 10 divisions de cavalerie indépendantes, les autres régiments étant répartis dans les corps d armée. En outre, il est formé au jour de la mobilisation 96 escadrons de cavalerie territoriale (contingents de la landwehr du 1«^ ban, hommes de vingt-huit à trente-deux ans). Puis 36 escadrons de cavalerie de réserve territoriale (contingents de la landwehr du 2« ban, hommes de trente-deux à trente-neuf ans). Enfin, il reste dans les dépôts 93 escadrons, que viennent grossir les réservistes de la cavalerie. L'Allemagne ne paraît pas vouloir s'en tenir là, malgré la force imposante que représentent ses 93 régiments du temps de paix, elle ne laissera pas écouler un temps bien long avant de réclamer de la docilité du Heichstag, la création de nouveaux régiments. (Il est à présumer que d'ici peu l'Allemagne augmentera sa cavalerie de 6 ou 7 régiments.) Ce serait dépasser les limites imposées parle but même de cet ouvrage que de rechercher pour l'Allemagne, comme nous Pavons fait pour la France, les origines de sa tactique. Ce qui doit fixer tout particulièrement notre attention, ce sont les tendances actuelles de la cavalerie allemande. Au point de vue de l'organisation tactique, le but poursuivi par nos voisins de PEst est l'unité de Parme.

« Dans l'organisation de la cavalerie, dit un écrivain militaire allemand, toutes les considérations doivent faire place aux exigences stratégiques. A ce point de vue, les 2® et ¥ divisions de cavalerie, pendant la dernière guerre, étaient les mieux composées (elles comprenaient des brigades sans armes à feu et des brigades armées de carabines). Aussi longtemps que le principe de l'unification de la cavalerie ne sera pas mis en pratique dans l'armée allemande, en ce qui concerne Pinstruction,

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rarmement et Torganisation, la composition de divisions indépendantes vraiment capables de faire face aux exigences stratégiques, restera un problème difficile à résoudre. Pour la cavalerie, il n'existe qu'une condition décisive ; il faut qu'on puisse l'employer aussi bien dans la stratégie que dans la tactique, c.-à-d. comme troupe indépendante et comme corps de combat, et, qu'en partant de ce point de vue, il n'y ait aucune différence entre les divisions de cavalerie et la cavalerie de corps d'armée. Il faut donc que toute la cavalerie soit instruite au même degré et dressée à toutes les exigences de son emploi, que ce soit pour la charge, pour les raids de longue haleine ou pour le combat à pied. »

Avec celte tendance bien marquée à l'unité, les Allemands se sont demandés tout d'abord comment ils devaient armer leur cavalerie pour obtenir d'elle un maximum de rendement. La réponse ne s'est pas fait attendre. Convaincus, comme ils le sont encore actuellement, que le rôle tactique de la cavalerie s'est modifié sans s'amoindrir, ils n'ont pas craint d'adopter les idées du maréchal Marmont, quoique vieilles d'un demi-siècle, et de penser avec lui, que « pour la cavalerie de ligne, la lance doit être l'arme principale et le sabre une arme auxiliaire ». « La lance est la reine des armes, écrivait un officier prussien au lendemain de Sadowa ; une forêt de lances sera toujours d'un puissant effet moral sur l'ennemi. » Il y a quelques années déjà, le Militâr'-Wochenblatt, examinant la question, cherchait à déterminer quelles sont les armes indispensables à un cavalier. « Ces armes, disait-il, découlent des trois situations dans lesquelles le cavalier est appelé à lutter: le combat en ligne, le combat individuel, le combat à pied. Pour le combat en ligne, le sabre ou la lance ; pour le combat individuel, le revolver; pour le combat à pied, la carabine à répétition. »

L'auteur de cette étude s'empresse d'ajouter qu'à ses yeux le sabre ne peut remplacer la lance, ni dans la charge en ligne, ni dans la charge en fourra geurs sur les batteries. C'est, en somme, une opinion très ancrée dans l'esprit de la cavalerie allemande, que la lance est l'arme véritable du champ de bataille. Mais cette opinion ne lui a pas fait perdre de vue un autre côté de la question, le côté stratégique : la nécessité d'armer la cavalerie pour la défensive. Le défaut d'une arme à feu a fait éprouver aux Allemands tant de mécomptes dans la dernière guerre, qu'ils ne peuvent admettre aujourd'hui une cavalerie sans carabine ; aussi ont-ils donné la carabine à leurs cuirassiers avant même de leur donner la lance. En résumé, ce à quoi paraît tendre la cavalerie allemande, c'est à l'unité d'organisation, non pas au point de vue des hommes, des chevaux et de l'uniforme, mais au point de vue de l'emploi de l'arme. Après avoir subi différentes fluctuations, l'esprit de la cavalerie allemande semble être revenu aux principes de l'école frédéricienne. Le règlement du 10 avr. 4886, qui fixe les règles de la tactique de cette cavalerie, après avoir banni toutes traces de formalisme, en effaçant les règles étroites et en laissant aux commandants d'unités le choix des moyens, fixe ainsi les principes généraux de l'emploi de l'arme : échelonnement des forces; dans le combat de cavalerie contre cavalerie, nécessité absolue de prendre des dispositions assurant avant tout la victoire de la première ligne ; la cavalerie considérée comme une arme véritablement de surprise, marchant à la conquête matérielle et morale de son adversaire ; la seconde ligne marchant en partie directement derrière la première ligne et débordant avec quelques escadrons, soit sur une aile, soit sur les deux, ayant pour objet d'appuyer dans la même direction l'action énergique de la première ligne et de lui enlever toutes préoccupations pour ses flancs; la troisième ligne réduite au strict nécessaire, 4 escadrons au plus, constituant une réserve destinée à confirmer le succès de l'action. Le règlement allemand ne considère nullement la charge contre l'infanterie comme une attaque exceptionnelle. Il fait appel, pour une sem-

blable lutte, à la simplicité des moyens. La cavalerie attaquera formée sur plusieurs lignes; la première ligne étant rompue, c'est aux lignes suivantes qu'il appartiendra de faire effort sur les points principaux de la résistance. Pour l'attaque contre l'artillerie, le règlement admet purement et simplement l'attaque directe contre le front; la cavalerie se forme sur deux lignes, la première sur un rang : c'est cette ligne qui servira d'objectif a(]x coups de l'artillerie, au réglage de son tir; la seconde ligne, formée d'escadrons compacts, suivra directement, avec de grands intervalles, c'est elle qui sera la véritable ligne d'attaque. L'esprit général dont est imprégnée la tactique de la cavalerie allemande marque bien, chez nos voisins de l'Est, l'intention formelle de voir jouer à cette arme un rôle toujours considérable sur les champs de bataille de l'avenir.

Cavalerie ANGLAISE.— La cavalerie anglaise compte 31 régiments : 9 servent dansrinde,3 régiments appartiennent à la garde, ce sont le !«'' et le 2« life Guards elle Royal horse Guards. La cavalerie de la ligne comprend 7 régiments de dragoon Guards, 3 de dragons, 13 de hussards, S de lanciers. Les 21 derniers régiments portent une seule série de numéros. Ces régiments sont organisés en 8 troops (la troop équivaut à notre ancienne compagnie de cavalerie, c'est une unité administrative. Deux troops associées l'une à l'autre forment l'escadron, unité tactique), à l'exception de ceux de l'Inde qui en comptent 9. L'effectif de la cavalerie anglaise est de 808 officiers, 18,245 hommes et 12,407 chevaux.

Cavalerie autrichienne. — La cavalerie austro-hongroise comprend 41 régiments : 14 de dragons, 46 de hussards et 11 de ulans. Ces régiments comptent sur le pied de paix 6 escadrons, 1 peloton de pionniers et 1 dépôt. En cas de guerre, chacun d'em mobilise 4 étatmajor, 6 escadrons de guerre et 4 de \ éserve, 4 peloton de pionniers et 2 pelotons d'état-major. La cavalerie de landwehr cisleithane est formée de 6 r piments : 3 de dragons et 3 de ulans, chacun d'eux mobilise 4 étatmajor et 4 escadrons de guerre. Elle co' nprend en outre 2 escadrons de chasseurs tyroliens et 1 escadron de chasseurs dalmates.

La cavalerie de la landwehr hongroise se compose de 40 régiments de hussards. Chacun d'eux mobilise 4 étatmajor, 4 escadrons de guerre, 4 peloton de pionniers et un certain nombre d'escadrons de réserve. Les escadrons de réserve paraissent être au nombre de 48; ils peuvent être groupés en divisions ou régiments de réserve ou bien employés isolément. La cavalerie du landsturm hongrois se compose de 40 escadrons de marche laissant comme dépôt 20 demi-escadrons. Le landsturm cisleithan ne doit fournir que des sections d'hommes montés pour le service des correspondances. Les effectifs de guerre de chacun des 41 régiments austro-hongrois de 4''« ligne sont les suivants :

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