CAVEAU
Ton y discutait surtout littérature. La tradition veut que Piron y ait lu pour la première fois sa Métromanie, et Collé la Partie de chasse de Henri IV, mais la composition de cette dernière pièce est certainement postérieure à la dissolution du premier Caveau, dont la date précise est d'ailleurs incertaine (1739, selon Rigoley de Juvigny ; 1742, selon Capelle). L'un des plus joyeux membres de la réunion, Gallet, mort depuis banqueroutier au Temple, et convaincu de s'être livré à l'usure, avait été expulsé pour ce fait. La morgue de quelques grands seigneurs admis, sur leur demande, aux soupers de Landelle et venus là comme à un spectacle, ne contribua pas moins à provoquer la séparation des premiers convives, non sans leur laisser de vifs regrets dont Saurin, dans une Epître à Collé, s'est fait l'interprète : Je rappelle souvent à mon esprit charmé Ce Caveau, malgré nous bien trop tôt renommé, Dont enfin nous chassa la bonne compagnie (J'entends celle qui prend ce nom), Où, présidant sans flatterie, L'amitié nous donnait le ton
En 1749, Pelletier de Morfontaine, fermier général, essaya vainement de rendre la vie à l'association ; ce fut seulement en 1762 qu'elle reprit ses anciennes séances, avec un personnel presque entièrement renouvelé : Favart, Voisenon, Philidor, Goldoni, Rochon de Chabannes, Joseph Vernet, Lattaignant et plus tard encore, Saiieri, Boufflers, Laujon, Parny, etc. Piron presque aveugle, Crébillon fils, dont un mariage tardif et un long séjour en province avaient singulièrement refroidi la verve, Gentil Bernard, bientôt frappé d'imbécillité, représentaient seuls au début, l'ancien Caveau, Le second dura vingt ans. H avait transporté ses assises de la rue de Buci à un café du Palais-Royal qui avait pris et a gardé jusqu'à nos jours le même nom : « Vous savez, écrivait le 15 mai 1779 un des auteurs de la Correspondance secrète, dite de Métra, que le Caveau est le nom que l'on donne à un café fort à la mode, placé dans un petit souterrain arrangé avec goût dans le jardin du Palais-Royal. Il est tenu par le nommé Dubuisson... Quelques gens de lettres y vont faire leur digestion plus ou moins laborieuse. C'est un tribunal duquel on peut appeler à celui du bon sens, mais dont les décisions font toujours une impression momentanée. )) On discutait donc aussi volontiers au nouveau Caveau que l'on y chantait, mais rien ne nous est parvenu de ces propos ou de ces rimes.
Dispersé par la Révolution, il ne devait renaître de ses cendres, après une éphémère et inopportune tentative en 4793, que sous le Directoire, lorsque furent fondés le 2 fructidor an V (19 août 1797), chez Juliet, à la fois acteur et restaurateur, les Dîners du Vaudeville dont firent partie les deux Ségur, Barré, Radet, Piis, Desfontaines, Demautort, Prévost d'Iray, Laujon, Gouffé, Dupaty, AHssan de Chazet, Dieulafoy, Philippon de la Madelaine, etc. Ces dîners eurent lieu chaque mois jusqu'en janv. 1802. Entre temps, quelques dissidents, parmi lesquels on cite Etienne, Sewin et Martainville, avaient institué le Diner des garçons de bonne humeur qui se maintint sans grand éclat jusqu'en 1808. Le 25 déc. 1805, Pierre Capelle (V. ce nom) rouvrit chez le restaurateur Balaine, propriétaire du fameux Rocher de Cancale, rue Montorgueil, le Caveau moderne et, par acte en bonne et due forme, s'assura le droit d'éditer toutes les chansons débitées aux réunions mensuelles, Laujon fut élu président ; il eut pour vice-présidents, Piis et Philippon de la Madelaine, pour secrétaire perpétuel, Armand Goufl'é et pour secrétaire-adjoint, Alissan de Chazet. De toutes les phases du Caveau celle-ci fut assurément la plus brillante : il comptait alors parmi ses membres effectifs Boufflers, Parny, Méhul, Brillat-Savarin, Isabey, Carie et Horace Vernet, L.-S. Mercier, Grimod de La Reynière, Gallais, Dupaty, Antignac, Millevoye et enfin Désaugiers qui présenta en 1813 un jeune inconnu, nommé P.-J. de Déranger. C'est aux dîners du Caveau
que furent chantés pour la première fois quelques-uns des couplets les plus heureux du chansonnier (entre autres le Roi d'Yvetot), et les applaudissements qui les saluèrent lui valurent presque aussitôt l'implacable inimitié de Piis. Malgré son horreur pour toutes les fonctions et tous les honneurs, Déranger remplaça même Armand Gouffé comme secrétaire perpétuel de 1814 à 1816. La politique mit fin aux réunions du Caveau moderne dont la vogue avait, dit-on, singulièrement contribué à la fortune de Balaine. On se disputait en effet à prix d'or les cabinets voisins de celui où la société tenait ses séances et d'oii l'on pouvait saisir les refrains dont elle avait la primeur.
Les Soupers de Momus fondés en 1816 par Frédéric de Courcy, Justin Cabassol, Dartois, Carmouche, Brazier, Radet, Ducray-Duminil, n'eurent qu'un éclat éphémère, de même que le Réveil du Caveau (1825) dont les parrains furent l'inébranlable Capelle et Désaugiers. Le 4 avr. 1834, treize littérateurs, dont les moins inconnus s'appelaient Armand Séville et Ramond de la Croisetle aîné, se décernaient à eux-mêmes, chez le restaurateur Champeaux, le surnom iVEnfants du Caveau et jurèrent de se montrer dignes d'une si glorieuse parenté. Vingt-sept autres émules répondirent bientôt à leur appel et se divisèrent en vingt membres titulaires et vingt membres associés. Depuis lors, si Ton excepte une courte scission (1839) dont les instigateurs furent Rochefort père et Cabassol, le Caveau — car il avait, par une délibération motivée (28 dée. 1837) repris son nom primitif, — le Caveau n'a pas subi d'autres crises que le renouvellement de ses membres et les migrations successives qui l'ont amené en 1865 au café Corazza (Palais-Royal). Lorsqu'on parcourt les listes de ses adhérents, on est surpris de constater qu'il se recrute surtout dans la basoche, le barreau, l'administration, les finances, le commerce, tandis que les littérateurs et les artistes dramatiques y forment la minorité; parmi ceux-ci on peut citer Jules Janin, Clairville, Charles Vincent, Eugène Grange, Anatole et Hippolyte Lionnet, Gaillard (de l'Opéra), Déjazet, en faveur de laquelle on fit une exception, car les femmes sont exclues en principe ; par contre, aux séances du premier vendredi de chaque mois sont presque toujours admis deux invités dont la présence est prévue par le règlement et qui d'ordinaire paient leur écot non seulement en espèces, mais en chansons. Le signal des réjouissances est donné par le président qui, après avoir vidé (ou fait semblant) le verre monumental de Panard, — relique authentique offerte en 1843 à la société par son possesseur, — agite le « grelot de la folie », ayant appartenu, dit-on, à Collé et appelle les rhapsodes dans l'ordre de leur inscription. Il est rare d'ailleurs que ce « joyeux délire » à jour fixe se prolonge au delà de minuit.
Les fondateurs du Caveau primitif n'ont rien fait imprimer, au moins collectivement; leurs successeurs ont au contraire une bibliographie assez considérable qui, jusqu'ici, n'a pas été, que je sache, établie et dont voici le résumé :
Les Dîners du Vaudeville (an V, an IX, 1797-1801, 9 vol. in-18) auxquels il faut joindre deux vol. intitulés Choix des Dîners du Vaudeville (1811, 2 vol, in-18). Le Caveau moderne ou le Rocher de Cancale, chansonnier de table, composé des meilleures chansons de l'ancien Caveau, des Dîners du Vaudeville, de la Société épicurienne, dite des Gourmands, par les auteurs du Journal des gourmands et des belles (1807- 1816, 10 vol.). Les titres des tomes II, III et IV portent : « par les auteurs de V Epicurien français-»; ceux des tomes V, VI, VII : « par les convives du Caveau moderne ». Les trois derniers volumes sont simplement tomes avec la mention : « Orné de musique ». Chaque volume a un frontispice différent. C'est pour cette collection que P. Capelle a publié la Clé du Caveau,, à l'usage de tous les chan«
CAVEAU - CAVEIRAC
sonniers français (1810, in-1'2 oblong ; ¥ éd., 1848, m-8 oblong).
Les Soupers de Momus, recueil de chansons et de poésies fugitives (1814-1828, 15 vol. in~18). Le soustitre des tomes II, IH et ÏV porte : Recueil de chan-^ sons inédites» Ce sous-titre disparaît du tome V, reparaît aux tomes VI, Vil et VIII et disparaît de nouveau à partir du tome IX. Chaque volume a un frontispice et un fleuron différents.
Le Réveil du Caveau poîir i826j par MM. Brazier, Capelle, Carmouche, de Courcy, Désaugier, etc. (1826, in-18).
Les Enfants du Caveau (1834-1837), puis le Caveau (1838-1889, 55 vol. in-.18). M. G. Bouclier, membre titulaire, a publié en 1868 une Table générale des chansons, poésies diverses et mots donnas (in-18). Depuis 1842, la. société a publié presque chaque année des recueils dont les titres variés font allusion aux mots donnés, c.-à-d. tirés au sort lors des banquets d*été; on en retrouvera la liste complète jusqu'en 1868, dans la Table de M. Bouclier; à cette série appartiennent encore les Industries de la rue (1869); les Jeux (1870); les Ponts^Neufs (1872); les Oiseaux (1875); les Femmes célèbres (1878), etc. Maurice Tourneux.
BiBL. : A. DiNAUx et G. Brunet, les Sociétés badines, 1867, 2 vol. in-8. — Cli. Vincent, Chansons^ Mois et Toasts, précédés d'un Historique du Caveau, par E. Dentu, 1882, in-8.
CAVEÇON. Objet de harnachement qui s'adapte à la tête du cheval et sert à différents usages. C'est une espèce de bride ayant, au lieu de mors, un demi-cercle en fer qui repose sur le chanfrein du cheval, et dont la face antérieure est garnie de trois anneaux, auxquels on assujettit une ou plusieurs cordes appelées longes. Les cordes latérales, au xvii« siècle (marquis de Newcastle, 1650) remplaçaient les rênes de filet. La longe, attachée à l'anneau du milieu, sert à corriger le cheval en lui imprimant des saccades, c'est la seule en usage aujourd'hui. Le caveçon s'emploie pour faire travailler le cheval sur le cercle et pour réduire les chevaux rédfs ; c'est ce que l'on nomme la leçon de la longe avec le secours de la chambrière. Dans les haras, où la monte se fait en main, on se sert du caveçon pour mener l'étalon à la jument. Un autre caveçon, d'un emploi plus spécial, est le caveçon de cuir, composé d'une têtière, d'une muserolle et de deux longes pour attacher le cheval entre les piliers. Ce caveçon est rembourré afin d'éviter les excoriations de la tête, quand le cheval donne dans les cordes. Bien qu'entourée de cuir pour en amortir les effets, cette muserolle est très rude dans son action qui ne s'exerce que par à-coup, grâce à une longe en corde ou en cuir fixée à un anneau placé dans son milieu. Chaque mouvement de la main a son retentissement sur le nez de l'animal, retentissement douloureux et dont les effets peuvent être dangereux et nuisibles si le caveçon est confié à une main brutale ou inexpérimentée. 11 ne faut user du caveçon qu'avec les plus grands ménagements, car, par suite de la douleur qu'il occasionne et de la secousse qu'il imprime à l'organisme, il peut déterminer des affections des reins et des tares des jointures, des postérieures notamment. Le caveçon était, il y a une quarantaine d'années, d'un usage constant dans les haras français ; on ne l'y tolère plus maintenant que pour les cas isolés et individuels. Le caveçon constitue une pratique défectueuse d'élevage ; en des mains inexpérimentées, c'est un instrument dangereux et nuisible ; en des mains habiles qui peuvent en atténuer les mauvais efiets il peut, à la rigueur, rendre à l'élevage et au dressage certains services, bien que, la plupart du temps, il serait plus sage de s'en passer. C'est un instruinent violent qui peut blesser les animaux et leur occasionner des tares ; son usage tend à disparaître et il serait à souhaiter qu'il disparût entièrement.
CAVEDONE (Jacopo), peintre italien, né en 1577 à Sassuolo, mort en 1660. 11 était élève de son père
Pelegrino, de Passarotti et des Carrache dont il finit par s'assimiler la manière à ce point que Rubens attribuait à Annibal Carrache une Visitation de lui qui se trouve au musée de Madrid. Cavedone passe pour avoir eu l'esprit lent et, dit Lanzi, un génie un peu borné. Ses tableaux, dessinés consciencieusement, ne comportent guère que des poses et des mouvements simples ; il paraît avoir évité les difficultés. Guido Reni rechercha sa collaboration et adopta sa manière de peindre à fresque ; l'Albane citait comme deux morceaux dignes du Titien la Crèche etV Epiphanie qui sont à Saint-Paul de Bologne, Cavedone mourut misérablement, la mort de son fils lui fit perdre à peu près la raison et le rendit incapable d'un travail sérieux. Ses tableaux, à partir de ce moment, font peine à voir, et dans les dernières années de sa vie il était réduit à la mendicité. On voit de lui un Saint Etienne dans l'église S. Stefano d'Imola, et un Saint Alo aux Mendicanti de Bologne. Il a gravé trois planches originales et un Couronnement d'épines d'après Annibal Carrache. F. Courboin.
BiBL. : Bartsch, le Peintre graveur, t. XVIII, p. 330. — Lanzi, Histoire de la peinture en Italie, t. IV, p. 356. — F. DE Boni, Biografia degli artisti.
CAVEDONl (l'abbé Celestino), numismatiste et archéologue italien, né en 1795 à Levizzano-Rangone, mort à Modène en 1865. II se distingua comme élève de l'université de Bologne de 1816 à 1821, puis il devint bibliothécaire de Modène et conservateur du musée numismatique de cette ville; enfin, de 1830 à 1863 il professa l'herméneutique à l'université de Modène. On lui doit de nombreux travaux de numismatique parmi lesquels nous citerons : Saggio di osservazioni suite medaglie di famiglie romaneiiS'id, in-8) ; Carellii nummorum Italiœ vœteris tabulée (Leipzig, 1850, in-fol.); I^umismatica hiblica (Modène, 1850, in-8) ; Spidlegio numismatico, observations sur les monnaies antiques (Modène, 1838, in-8). Cavedoni a aussi fourni des annotations savantes au grand recueil des OEuvres de Borghesi publié par l'Institut de France ; on lui doit, dans la polémique religieuse, une réfutation de la Vie de Jésus de Renan, qui a obtenu un grand succès en Italie. Enfin, Cavedoni a publié de nom-^ breuses dissertations d'archéologie et de numismatique romaine dans les Annali et le "^Bullettino de l'institut archéologique de Rome, ainsi que dans le Bullettino archeologico napolitano. E. B.
GAVEE (V. Cavier).
CAVEIRAC (Caveiracum). Com. du dép. du Gard, arr. de Nîmes, cant. de Saint-Mamert ; 761 hab. Cette localité, citée dès le ix® siècle, date de l'époque romaine ; quoique très proche deNimes, elle était aux temps anciens dans la viguerie de Vaunage (Vallis Anagiœj; plus tard elle fut comprise dans la viguerie et le diocèse de Nîmes. En 1024, Caveiracest donné à l'abbaye Saint-André-lès- Avignon, par Emme, comtesse de Toulouse, mais plus tard l'église Saint-Adrien de Caveirac appartient au chapitre cathédral de Nîmes. En 1151, le vicomte de Nîmes mféode à Hugues de Brouzet ses droits sur Caveirac. Une partie de la justice fut comprise en 1322 dans l'assise de Calvisson, mais le reste ne fut pas donné aux héritiers de Guillaume de Nogaret, et Caveirac avait pour seigneur haut-justicier auxvi^ siècle Claude Buade. Sous Louis XIV y fut construit un château par les soins de M. de Chastres; possédé plus tard par la famille de Novi, dont un membre a fait, au xviii® siècle l'apologie de la Saint-Barthélémy, il sert aujourd'hui de filature et d'école. A l'époque romaine, Caveirac était sur la voie de Nemausus à Sextantio, On y a trouvé une borne miliaire.
CAVEIRAC (Jean Novi de), abbé, musicographe et théologien, né à Nîmes le 16 mars 1713, mort à Paris en 1782. Adversaire de J.-J. Rousseau dans la querelle relative à la musique française, il publia deux pamphlets assez faibles, intitulés : Lettre d'un Visigoth à M, Fréron, sur la dispute harmonique avec M. Rousseau (Paris,
CAVEIRAC — CAVELIER
1754, in-42), et JSoiwelle Lettre à M, Rousseau de Genève, par M, de C. (Paris, 1754, in-12). L'abbé Novi de Caveirac est aussi l'autour d'une Apologie de Louis XIV et de son Conseil sur la révocation de redit de ISantes, avec une dissertation sur la Saint-Barthélémy (Paris, 1758, in-8), et d'un Appel à la raison des écrits publiés contre les jésuites de France (1762, 2 vol. in-12). Ce dernier écrit lui valut une condamnation au carcan avec bannissement à perpétuité, mais le roi Louis XV le gracia. A. E.
CAVEL. Terme employé dans le vieux français pour désigner les chevilles de bois, appelées aussi clavettes, servant à serrer les clefs d'assemblage de deux pièces de charpente et à empêcher ces pièces de sortir de leur embrèvement et de quitter les tenons. Ch. L.
CAVELIER (Pierre- Jules), sculpteur français, né à Paris le 30 août 1814, élève de David d'Angers et de Paul Delaroche. Au concours de 1836, pour le grand prix de Rome, il obtint le deuxième prix sur un bas-relief représentant la Mort de Socrate; en\S^^, il remporta le grand prix sur une. figure ronde bosse représentant Diomède enlevant le palladium. Son premier envoi au Salon eut lieu en 1838: il exposa la statue en plâtre d'un Jeune Grec vainqueur aux Jeux olympiques, qui reparut en bronze au Salon de 1840. Ses principales œuvres remarquées aux expositions suivantes sont : Femme grecque endormie, statue plâtre (1842) ; PénélopCy statue marbre, acquise par le duc de Luynes et placée au château de Dampierre (1849); la Vérité, statue marbre (1853) ; le modèle en plâtre du groupe de Cornélie mère des Gracches (1855); le marbre du groupe précédent et la statue en marbre de Napoléon 1^*' législateur (1861); Un Néophyte, statue marbre (Exposition univ. de 1867); la statue en bronze de François i^**, pour la cour centrale de l'Hôtel de Ville de Paris (1869); la Vérité et le groupe de Cornélie ont été placés au musée du Luxembourg. On doit à Cavelier de nombreux bustes en plâtre ou en marbre; entre autres ceux de Plutarque, du Dante, à'Ary Schefjer, de Uenriquel-Dupont, de Duban, Dans les monuments publics de Paris, nous trouvons d'importantes œuvres de Cavelier. Au nouveau Louvre : le Couronnement et les Cariatides du pavillon Turgot; un Groupe de Cariatides du pavillon Richelieu ; un bas-relief représentant la Paix et la Guerre, encadrant l'horloge du pavillon Sully ; la statue en pierre à'Abélard, sur la terrasse au-dessus des arcades. A la tour Saint-Jacques-la-Boucherie, la statue en marbre de Biaise Pascal, A l'église Saint- Augustin, les statues en pierre de Saint Augustin, Saint Thomas-d'Aquin, Moïse, Elie, A N.-D.-de-Paris, la statue en pierre de Saint Mathieu sur le grand portail, et la statuette assise de M^"" Affre, pour la cour du chapitre, près de la sacristie. A l'église de la Trinité, un groupe en pierre, la Justice, Au beffroi de Saint-Germain-l'Auxerrois, un Ange tenant une handerolle. Au théâtre de l'Opéra, dans le vestibule, la statue en marbre de Gluck, Les figures en pierre de la Seine et de la Marne qui surmontaient l'horloge de l'Hôtel de Ville de Paris, lors de la restauration de cet édifice par Godde et Baltard. furent refaites par Cavelier, d'après les anciens modèles ; Cavelier a obtenu en 1849 la médaille d'honneur du Salon. Officier de la Légion d'honneur depuis 1861, professeur à l'Ecole des beaux-arts en 1864, il fut élu membre de l'Institut le 29juil.l865. Maurice Du Seigneur.
CAVELIER DE La Salle (Robert), voyageur, né le 22 nov. 1643 à Rouen. Il partit, en 1666, pour la ÎNouvelle-France, et se rendit à l'île de Montréal, dans le Saint-Laurent, où il lut chargé, quoique fort jeune, de réprimer les incursions des Iroquois. Il fonda le village de Saint-Sulpice, qu'on appela aussi la Chine, pour rappeler la recherche obstinée d'un passage vers cette contrée. Bientôt il se mit en rapport avec les sauvages, apprit des dialectes indiens et fit plusieurs excursions dans les forêts et
sur les grands lacs, se préparant par là aux explorations qu'il méditait. Son premier voyage fut entrepris au milieu de l'année 1669. 11 découvre la rivière Ohio et la descend jusqu'au Mississipi ; mais, abandonné de ses compagnons, il est contraint de revenir à Montréal, et parcourt seul, à travers mille dangers, les 400 lieues qui l'en séparent. L'année suivante, il repart : il rejoint le Mississipi par une autre rivière qu'il découvre, celle des Illinois, à l'O. des grands lacs ; mais il ne peut encore, faute d'hommes et de vivres, descendre le fleuve jusqu'à la mer, et il revient sur ses pas après avoir atteint le 36« parallèle. Sufces entrefaites, les jésuites, tout-puissants au Canada, voyant d'un œil jaloux les premières tentatives hardies d'un concurrent de gloire et de profits commerciaux, nièrent les découvertes de La Salle, et voulurent au moins les dépasser ; ils envoyèrent au Mississipi leur élève Joliet et le P. Marquette. Ceux-ci partirent en 1673, un an après le retour de La Salle, et parvinrent jusqu'à PArkansas, par 34<*30'. Avec l'appui et sur le conseil du gouverneur général, le comte de Frontenac, Cavelier partit pour la France, en 1674, et vint solliciter Colbert. Le grand ministre l'accueillit favorablement, lui fit octroyer par Louis XIV des lettres de noblesse, et lui accorda en pur don le fort de Frontenac. La situation de ce fort, au N.-E. du lac de même nom ou Ontario et sur la rive gauche du Saint-Laurent, faisant suite à ceux de Sorel et de Chambly sur la rive droite, était importante au double point de vue de la défense et du commerce. C'est sur son emplacement que s'élève aujourd'hui la ville de Kingston. De La Salle en fit la base de ses opérations sur les grands lacs et sur les vallées de POhio et du Mississipi. H établit aux alentours des familles canadiennes et iroquoises et il y dota une mission de récollets. Ces religieux, qui formaient une congrégation rivale ici des jésuites, soutinrent plus tard Cavelier dans ses traverses.
Mais il avait de plus grandes ambitions et rêvait la conquête pacifique de tout le bassin du Mississipi. C'est pourquoi nous le voyons, en 1677, repartir pour la France, dans le but d'obtenir l'autorisation nécessaire. Il réussit de nouveau auprès de Colbert, malgré les calomnies qui Pavaient précédé. Il s'embarqua à la Rochelle le 14 juil. 1678 et arriva à Québec deux mois après. Parmi les trente hommes qu'il avait emmenés avec lui, se trouvait Henri de Tonty, fils du financier napolitain, inventeur des tontines, et qui fut son lieutenant fidèle : homme de grand caractère dont le nom ne saurait être séparé de celui de l'illustre explorateur. La Salle commença par établir le fort de Conti au N. du lac Erié ou du Chat et à TE. du Niagara. Son intention était de relier Québec au golfe du Mexique par une chaîne de forts, servant à la fois de centres de colonisation et de commerce ainsi que de résistance contre les Espagnols et les Anglais. Puis, il construisit un navire de quarante-cinq tonneaux, qu'il nomma le Griffon, avec lequel il inaugura, le 7 août 1679, la navigation sur les grands lacs, véritables mers d'eau douce; il traversa successivement l'Erié, le canal de Détroit, les lacs Huron et Michigan. Parvenu aux îles des Poutouatamis, il renvoya au fort Conti son navire chargé de pelleteries et reprit sa route, dans de simples canots, sur le Michigan. Au fond de ce lac, à l'embouchure de la rivière des Miamis, maintenant Saint-Joseph, il fit construire un fort. Puis il descendit la rivière des Illinois jusqu'au Sud du lac Peoria, où il construisit un nouveau fort; il lui donna le nom de Crèvecœur, qui rappelle les déboires que lui suscitèrent ses ennemis les jésuites jusque chez les Illinois. Pour achever son fort ainsi qu'une grande barque, il fallait des matériaux qu'on attendait en vain de Frontenac : La Salle doit les y aller chercher, il n'hésite pas à entreprendre ce long voyage de 550 lieues dans les circonstances les plus défavorables. Auparavant, il a détaché, le 28 fév. 1680, quelques-uns de ses compagnons, dont le P. Hennepin, récollet, pour aller reconnaître le haut Mississipi. Ceux-ci remontèrent le fleuve