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CÉLERI — CÉLESTIN

fruits sont petits, ovoïdes ou globuleux, de couleur brune avec des côtes blanchâtres.

VApitim graveolens croît dans les prairies humides et les marais de presque toute l'Europe. Toutes ses parties exhalent une odeur forte, aromatique, un peu nauséeuse et ont une saveur acre, amèrc et piquante. Les fruits faisaient partie des quatre semences majeures chaudes et sa racine fusiforme, grise au dehors, blanche en dedans, est une des cinq racines apéritives. Mais ces propriétés ont été considérablement atténuées par la culture, surtout dans les parties de la plante que l'on soustrait à l'influence d'une lumière trop intense. C'est ce qui arrive dans les diverses formes de Céleri de nos potagers, que l'on recherche comme aliment. Ces formes se rattachent à deux variétés de la plante, l'une (Apium diilce MilL), qui comprend notamment le Céleri turc^ le C. blanc^ le C, violet, le C. nain fm^ ; l'autre {Apium rapaceumMÈ.,)^ dont les racines volumineuses, renflées, cnarnues, napiformcs, constituent le céleri-rave et ses diverses variétés. Ed. Lef.

IL Art cuLiNAmE. — Le céleri reçoit les mêmes préparations que le cardon (V, ce mot) ; cependant, quand on l'épluche, il n'est pas nécessaire de le limoner. On n'utilise que les cœurs et les feuilles blanchies, qui se mangent en salade ou qui sont employés comme garniture de certains ragoûts de veau et de mouton. — Les racines du céleri rave, coupées en tranches minces, sont servies en salade, cuites ou crues ; on peut aussi en faire des beignets, de la purée, sur la préparation desquels les manuels de cuisine donneront au lecteur tous les renseignements désirables.

CÉLÉRIFÈRE (V. Bicycle).

CÉLÈS (Y.Celox).

C EL ESI A (Emanuele), poète, historien et critique italien, né à Gênes le 3 août 1821. Il fut l'un des principaux collaborateurs de VEspero, vers d840, et se fit bientôt connaître par des poésies patriotiques qui éveillèrent les colères autrichiennes. Mêlé très activement au mouvement libéral, il contribua à préparer les événements de 4848, et devint secrétaire général du gouvernement révolutionnaire. Des temps plus calmes étant revenus, il se consacra aux travaux d'érudition qui lui ont fait un nom honorable. C'est un érudit élégant et ingénieux dont on a dit qu'il était plus érudit que poète et plus poète qu'érudit. Encore que son histoire soit partiale, principalement contre les Français, il nous est difficile de ne pas lui reconnaître un peu de la rare faculté évocatrice qui caractérise l'historien, l'élève au-dessus du compilateur de textes stériles. L'historien de Gênes a écrit entre autres ouvrages : Canti (Milan, 4843) ; hitelletto e amore (Florence, 4846); Nuovi canti (4848); Storia délia Pdvoluzione di Genova (Marseille [Italie], 4848-4849) ; Storie genovesi del secolo XVIII (Gênes, 4864) ; la Co7igiura del conte Fiesco (Gênes, 4865) ; Historia delV Università di Genova; une série de mémoires intitulés : Dell' Antichissimo Idioma de' Liguri ; le Teogonie delV untica Liguria ; Porti^ vie, strade delVantica Liguria; Tavola geografica antica deWAlpi dont eut communication l'auteur de V Histoire de César par Napoléon III ; il Sovranaturale e la Scienze (Florence, 4870); Storia délia letteratura in Italia nei secoli harhari (Gênes, 4883) ; Linguaggio e proverbi marinareschi (Gênes, 4884) ; le Societa operarie (Gênes, 4885); Exciirsioni alpine (Rome, 4886); Bella Topografia primitiva di Genova (Rome, 4886). M. Celesia est professeur de littérature italienne à l'université de Gênes. R. G.

BiBL. : P.-B. GuALTERio, GU Ultimi RivoUjimenti ita- Uani^ memorie storiche ; Florence, 1850-1851,4 vol. in-8. — Vittorio Bersezio, Il Regno di Vittorio Emanuele^ trenV anni di Vita letteraria ; Turin, 1878-1881, t. IV, p. 340, 3 vol. in-8. — A. DE Gubernatis, Dictionnaire international des écrivains du jour ; Florence, 1889, in-4.

CÉLESTE (Musique) (V. Orgue).

CÉLESTE (Céleste Elliot, connue sous le nom deM"^®) (V. Elliot).

CÉLESTES ou FILLES BLEUES. Ordre monastique (V. Annonciade, t. m, p. 86, i^^ col.). En 4862, ces religieuses possédaient en France deux maisons comprenant vingt-cinq sœurs.

CELEST! (Andréa), peintre vénitien, né en 4637, mort en 4706, élève de Ponzone ; les musées de Dresde, Munich, Cassel ont de lui des tableaux d'autel ou d'histoire.

CÉLESTIENSou PÉLA6IENS (V. Pélagianisme).

CÉLESTIN I (Saint), 45® pape ; Romain de naissance, fils de Priscus ; il avait été diacre d'Innocent P'. Les dates du commencement et de la fin de son pontificat sont diversement rapportées de nov. 423 à avr. 432, et du 40 sept. 422 au 26 juil. 432. — Fête le 6 avr. — Ce pape venait d'être élu, lorsque les évêques d'Afrique lui écrivirent qu'ils avaient constaté que les copies authentiques du concile de Nicée ne font aucune mention du droit que le pape Zozime avait prétendu lui être attribué en matière d'appel, par ce concde (V. Cârthage [Conciles de], p. 644, 4^® col.). Célestin ne paraît point avoir répondu à cette notification, ni avoir attaqué les décisions des évêques d'Afrique interdisant les, appellations d'outre-mer, — Le siège de Rome fut plus heureux du côté de l'Illyrie ; Célestin y poursuivit avec succès l'entreprise commencée par ses prédécesseurs, pour soumettre à leur juridiction les églises de cette province, qui dépendait politiquement de l'empire d'Orient. — Une de ses lettres, qu'on a qualifiée de décrétale, adressée le 26 juill. 428 aux évêques des provinces de Narbonne et de Vienne, contient des dispositions fort intéressantes pour l'histoire de la discipline ecclésiastique ; elle réprouve l'usage de certains évêques qui portaient un manteau et une ceinture, pour se distinguer du reste du clergé et du peuple : c'est par la doctrine et par la conduite que l'évêque doit être remarqué, non par le vêtement ; elle blâme le refus de l'absolution aux pénitents à l'article de la mort : cela tue l'âme ; elle prescrit de ne consacrer évêques que ceux qui ont parcouru tous les degrés du ministère. Dans les élections, choisir de préférence les natifs ; mais respecter le vœu des fidèles : Nullus invitis detur episcopus, — Une lettre de 429, adressée aux évêques de la Pouille et de la Calabre, les invite à respecter les canons. — En cette même année, Germain, évêque d'Auxerre, et Lupus, évêque de Troyes, passèrent en Bretagne pour y combattre le pélagianisme, envoyés par un synode des évêques de la Gaule, suivant Bède ; par Célestin, suivant d'autres auteurs : mais il paraît incontestable que ce fut ce pape qui désigna Palladius comme le premier évêque des Scots. Protecteur décidé de la doctrine augustinienne , il avait forcé Cœlestius (V. ce nom), de quitter l'Italie ; les derniers actes de son pontificat eurent pour objet la défense de saint Augustin contre les semi-pélagiens de la Gaule. — Il persécuta violemment les novatiens de Rome. (Sur la part fort importante qu'il prit à la condamnation du iSestorianisme, V. ce mot et Ephèse [Concile de].) — On a attribué à Célestin l'introduction du chant des psaumes dans le service religieux, de Vîntroït dans la messe. Quatorze de ses lettres sont reproduites dans la collection de Labbe et Cossart, Sacrosancta concilia (Paris, 4672 et suiv., 48 vol. in-foL). E.-H. Vollet.

BiBL. : Al. Butler, Vie de Célestin /«s dans ses Vies des saints, traduction par Godescard et Marie, dernière édit.; Paris, 1836, 14 vol. in-8. — Artaud de Montor, Histoire des souverains pontifes ; Paris, 1847-1849, 8 vol. in-8. — W. Brigiit, art. Cœlestinus, dans le Dictionary of Christian biography de Smith et Ciieetham : Londres, 1877.

CÉLESTIN 11 (Theobaldo Ruccâpeco), anti-pape, 4424. n était cardinal-prêtre du titre de Sainte- Anastasie, lorsque les adversaires de la faction des Frangipani l'opposèrent à Honoré II, dont l'élection avait été opérée par violence. Il se désista le lendemain de sa nomination.

BiBL. : V. Honoré II.

CÉLESTIN II (Guido di Castello), 470^ pape. Il avait

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étudié sous Abailard; il fut créé cardinal en il28 par Honoré II ; élu pape le 25 sept. 4143, il mourut le 8 mars 4144. Pendant sa courte durée, ce pontificat se trouva réduit à l'impuissance chez les Romains, qui s'étaient révoltés quelque temps avant la mort de son prédécesseur, afin de rétablir l'empire tel qu'il était, alors que l'empereur et le sénat gouvernaient le monde. En France, Cèlestin leva l'excommunication prononcée contre Louis VU, pour avoir résisté à la nomination de l'archevêque de Tours faite par Innocent II, et ensuite, combattant le comte de Champagne, partisan d'Innocent, avoir fait brûler à Vitry treize cents personnes réfugiées dans une éghse.

BiBL. : Watterich, Romaiiorum pontificum ah exeunte sœculo IX ad finem sseciili XIII ab œqualibus conscriptœ ; Leipsig, 1862. — Artaud de Montor. — Certini, Vita di Celestino II; Foligno, 1716, in-4.

.CELESTIN Ml (Giacinto di Bobone), ISO^pape, élu le 20 mars 1191,' mort le 28 janv. 1198. Il appartenait à la famille des Orsini, et il était âgé de quatre-vingt-cinq ans lorsqu'il fut élu. Son prédécesseur. Clément III, avait promis aux Romains la destruction de Tusculum. Pour tenir cette promesse, il couronna Henri VI, à la condition que l'empereur donnerait à la garnison allemande qui protégerait Tusculum, l'ordre de livrer cette ville à ses ennemis. Elle fut prise et rasée, et presque tous les habitants massacrés avec une atroce cruauté. On rapporte que le jour même du couronnement, le pape exhiba son mépris pour l'empereur ou pour l'empire, en poussant du pied la couronne impériale. Néanmoins, il donna à Henri VI l'investiture de la Pouille et de la Calabre, et à Frédéric, son fils, celle de la Sicile, que Henri réclamait du chef de Constance sa femme. Les conditions de cette investiture n'ayant point été accomplies, Célestin excommunia Henri et Frédéric. — En 4492, il confirma l'institution des chevaHers de l'ordre Teutonique, sous le nom à'Hôpital Teutonique de la sainte Vierge à Jérusalem, — En 4496, il cassa la sentence des évéques de France qui avaient déclaré nul le mariage de Philippe-Auguste avec tngeburge de Danemark. — Vingt-huit lettres de ce pape ont été conservées.

BiBL. : Watterich, t. IL — Artaud de Montor. — A. DE Reumont, GeschicMe der Stadt Rom; Berlin, 1868, t. I. — Gregorovius, Rom im Mittelalter; Stuttgart, 1870, t. IV.

CÉLESTIN IV (Goffredo Castiglione), 184« pape, né à Milan, élu le 8 cet. 4244, mort seize jours après, avant d'avoir été couronné.

CÉLESTIN V (Saint), 497^ pape, fondateur de l'ordre des Célestins, né vers 4245, à Isernia, sur les frontières de l'Abruzze Citérieure et de la Terre-de-Labour, élu pape le 5 juil. 4294; il abdiqua le 43 déc. de la même année, mourut le 49 mai 4296, et fut canonisé en 4343, à titre de confesseur de la foi, par Clément V. Sa fête se célèbre le 49 mai, sous le nom de saint Pierre-Célestin ou de saint Pierre-de-Mouron. — La première partie de sa vie est relatée ci-après, dans la notice sur les Célestins (ordre monastique) ; la dernière, dans la notice sur Boniface VIII (t. VH, p. 294, 4^« col.).— Célestin avait écrit une histoire ou confession de sa vie, qui fut trouvée dans sa cellule, quand il la quitta pour accepter la papauté ; elle a été reproduite sous ce titre : Relatio vitœ suœ dans la Bibliotheca patriim, t. XXV, avec quelques opuscules qui lui sont attribués : De Virtutibus; De Vitiis; De Hominis vanitate ; De Exemplis; De Sententiis patriim, E.-H. V.

BiBL. : P. d'Ailly, Vita S. Cœlestini, retouchée par Lefèvre; Paris, 1559, m-4. — Lelio Marino, Vita S. Cœlestini; Milan, 1637, in-4. — G. Colonna, De Renuntiatione papœ, dans la Bibliotheca pontificia de Roccaberti; Rome, 1695 et suÎY., t. IL — H. Spinelli, Vita di S. Pietro del Morone; Rome, 1664, in-4. — Barcellini, Industrie in deftàsa di S. Celestino; Milan, 1761, in-8. — Bollandistes, Acta Sanctorum, 19 mai. — Gregorovius, t. V. — De

KeUMONT, t. II (V. BONIFACE VIII).

CELESTIN (François), écrivain slave contemporain, né en 4843 dans la Carniole. Il étudia à Lublanija (Lay-

bach), à Vienne, puis à Pétersbourg et enseigna pendant quelques années en Russie. A son retour, il puWia à Vienne un important ouvrage : Bussland seit Anhe-^ bung der Leibeigenschafft (487o). Après avoir pris le titre de docteur, il est devenu professeur au gymnase d'Agram et docent de philologie slave à l'université de cette ville. H a publié un grand nombre d'articles dans les journaux Slovènes et croates. L. L.

CELESTINA (La). Célèbre comédie espagnole des dernières années du xv® siècle, sur l'origine de laquelle on a beaucoup argumenté et qui a été publiée, commentée, traduite, imitée un nombre incalculable de fois. A quelle époque la Celestina fut-elle écrite? Les vingt-deux scènes qui la composent sont-elles l'œuvre d'un seul auteur ou de deux ? questions maintes fois agitées et qui ne paraissent pas susceptibles d'être résolues. Les premières éditions de cet ouvrage sont toutes anonymes, mais à leur première page on trouve une lettre de l'auteur à un ami ; en substance il dit qu'il lui est tombé entre les mains un écrit remarquable, comme on n'en avait pas encore vu ou entendu en castillan, qui, au milieu d'une fiction ingénieuse et parmi toutes sortes d'ornements, renferme de sages conseils pour se prémunir contre les trompeurs, les mauvais serviteurs et les mauvaises femmes ; il ajoute que l'écrit n'était pas signé et que les uns l'attribuaient à Juan de Mena, les autres à Rodrigo Cota, enfin qu'il s'est occupé, pendant quinze jours de vacances que lui laissait l'étude des lois, à donner une suite à cet ouvrage demeuré inachevé. A la suite de cette lettre de l'auteur à un ami vient un prologue, puis onze octaves qui contiennent cet acrostiche, découvert par A. de Proaza, correcteur de l'édition de Séville, 4502 : El bachiller Fernando de Rojas acabo la comedia de Calysto y Melivea (premier titre de la Célestine) é fué nascydo en la puebla de Montalvan, F. de Rojas n'a-t-il, comme il le dit, été que le continuateur d'une œuvre déjà commencée, ou bien est-ce seulement une manière de présenter son travail, comme on en voit plusieurs exemples dans l'histoire de ce temps? Plusieurs critiques, Moratin, Gallardo, Blanco White, Germond de Lavigne, A. de la Barrera croient que la Célestine est d'un bout à l'autre d'une seule plume ; d'autres admettent qu'il y a une différence très grande de mérite entre le premier acte et les vingt et un suivants, et, se fondant sur un passage de la Selvagia, une des premières imitations de la Célestine, écrite en 4554 par A. de Villegas Selvago, attribuent la première partie et l'idée originale à Rodrigo de Cota, poète remarquable, dont on a un fort joli dialogue entre V Amour et un vieillard. Suivant cette opinion, qui est maintenant la plus accréditée, le premier acte aurait été écrit vers 4480 et Fernando de Rojas aurait ajouté les autres, soit les 7/8*^^ de l'œuvre totale, vers 4490 ; on a été amené à ces indications par l'étude de plusieurs passages où il est fait allusion à des événements contemporains.

Nous nous sommes servis jusqu'à présent du mot comédie pour désigner la Célestine ; elle est appelée, dans les premières éditions, Celestina, Tragi-comedia de Calixto y Melibaea, mais nous apprenons par le prologue qu'elle portait plus anciennenieiit le titre de comédie et que ce fut F. Rojas qui le modifia. Son premier travail, dans une édition de 4499, dont on ne connaît qu'un exemplaire, n'avait que seize actes ; dans une de Salamanque, 4500, nous trouvons les vingt-deux, que reproduisent toutes les éditions postérieures. Au surplus, ces mots comédie, tragi-comédie, actes, ne doivent pas nous induire en erreur sur le caractère de l'ouvrage ; ce n'est pas une pièce dramatique à proprement parler. Non seulement elle ne fut jamais représentée sur un théâtre, ni écrite dans ce but (ses vingt-deux actes seraient à la représentation un réel obstacle), mais il y a souvent deux ou trois scènes dont les événements sont simultanés. La Celestina est une longue nouvelle en prose ; mais comme elle est partagée en scènes, comme elle se compose d'une

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série de dialogues, comme le sujet en est essentiellement dramatique, elle ressemble beaucoup à une tragi-comédie et tous les critiques reconnaissent qu'elle a exercé une très grande influence sur le développement du théâtre espagnol.

Au premier acte, la scène est aux environs d'une ville dans laquelle les commentateurs ont voulu reconnaître Séville ; dans un jardin se rencontrent deux jeunes gens, qui appartiennent tous deux à de grandes familles, Calixte et Mélibée. Le jeune homme supplie la jeune fille de répondre à son amour, mais celle-ci lui réplique avec dignité et dédain. Elle s'éloigne offensée et hautaine, et lui se retire humilié et de plus en plus fou de désirs. Il raconte sa mésaventure et son désespoir à un serviteur de confiance ; celui-ci lui conseille d'avoir recours à une vieille sorcière, maîtresse en l'art de composer des filtres et qu'il connaît depuis longtemps ; cette vieille, cette entremetteuse dont on trouve le prototype en Espagne dans la Trotaconventos de Farchiprêtre de Hita, c'est la Celéstina, qui promet à Calixte de lui faire avoir MéUbée. Ici se termine l'œuvre de Rodrigo de Cota ou du moins l'acte qu'on lui attribue ordinairement ; le dénouement demeure imprévu et il peut se faire qu'il soit du domaine de la comédie. Le développement donné par Rojas nous montre la Célestine allant à plusieurs reprises voir Mélibée, soit sous prétexte de demander l'aumône, soit sous celui de vendre des bijoux ; elle emploie toutes les intrigues, met en oeuvre toilte sorte de trames, se sert des domestiques mâles et femelles, flatte, menace, s'irrite, fait de la morale, prêche, et après une longue résistance amène la jeune fille à avouer qu'elle aime Calixte et à s'abandonner. L'action marche alors au dénouement ; Célestine est la première châtiée; elle est assassinée par les domestiques de Calixte avec qui elle refuse de partager les profits de son intervention ; les agents et amis de la vieille sorcière accusent alors Calixte de l'avoir tuée et se battent dans la rue avec les domestiques de celui-ci qui défendent la maison. Cafixte entend le bruit de la lutte et accourt ; il tombe du haut de l'échelle et meurt. Méhbée, à ces nouvelles, perd la tête, avoue sa faute et se jette du haut d'une tour ; le drame se termine par les lamentations du père de Mélibée devant le cadavre de sa fille.

On voit que la Célestine mérite bien le titre de tragicomédie ; des événements effroyables, le châtiment des coupables en forment le dénouement et l'intention morale est évidente. L'auteur ou les auteurs, suivant en cela les habitudes du temps, ne croyaient pas toutefois nécessaire de s'abstenir des peintures hbres et des expHcations aventurées. Il y a du cynisme et bien de la vie dans ces dialogues de fripons et de courtisanes, de fourbes et d'entremetteuses, du naturel, de la hardiesse dans l'expression et un style pourtant châtié et pur. Çà et là quelque affectation d'érudition, des pointes rappellent le mauvais goût du temps ; mais dans l'ensemble, pour la peinture des caractères, pour l'habileté de l'action, pour la richesse de l'imagination, cette œuvre est très supérieure à ce qui se faisait à la même époque dans le reste de l'Europe. Aussi eut-elle un succès prodigieux ; dans le xvi*^ siècle seul, on en compte une quarantaine d'éditions. Au xvii*^ siècle, et par suite de la formation du drame espagnol, la Célestine fut beaucoup moins lue et éditée; au xvui® siècle, nous ne connaissons pas une édition de la Célestine^ mais au xix® on a réimprimé plusieurs fois avec des notices et des notes ce monument curieux pour l'histoire de l'art dramatique en Espagne: Madrid, 1822, in-8 ; corrigée et augmentée, Madrid, 1835, in-8; Barcelone (avec prologue et notes de T. Gorchs), 1841, in-8 ; Barcelone, avec figures, et Madrid, 1846, t. III, de la Biblioteca Rivadeneyra (notice et notes de Aribau). On trouvera une bonne étude sur ces éditions diverses dans la Biblioteca de Salva et dans Bnmet, 1. 1. A l'étranger, le succès ne fut pas moindre ; il y eut des traductions dans toutes les langues de l'Europe et même une en latin

pour que les érudits pussent aussi goûter la Célestine ; plusieurs de ces traductions, dont on trouvera une notice étendue dans Brunet, furent réimprimées mainte fois. Enfin, comme presque tous les ouvrages d'un genre vraiment original, la Célestine suscita un très grand nombre d'imitations, plus ou moins heureuses, mais dont aucune n'approche du modèle. Citons la Segunda corne dia de Celestina^ de Feliciano de Silva, en 1530 ; une de Domingo de Casteza, en 1534; une de Gaspar Gomez de Toledo, en 1537 ; une d'un anonyme et intitulée la Tragedia de Policiana (29 actes), 1547 ; la Comedia Florinea de Rodriguez Florian (43 actes), 1554 ; la Selvagia de Alonso de Villegas, 1554. En 1513, Pedro de Urrea avait traduit le premier acte de la Célestine en vers ; Juan Sedeno accommoda le reste de la même manière, en 1640. Quelques nouvelles, imitées de l'œuvre de Rojas, parurent encore postérieurement, comme la Ingeniosa Elena et la Flora Marisabidilla de Salas Barbadillo et la Enfrosina du Portugais Ferreyra de Vasconcellos, traduite en espagnol, en 1631, par Ballesteros Saavedra. Enfin, on trouverait dans une foule de comédies du théâtre espagnol, de Lope de Rueda à Moratin, bien des emprunts faits à la célèbre Celestina et qui démontrent la grande influence qu'elle a eue sur le développement de la poésie dramatique au delà des Pyrénées.

E. Cat.

BiBL. : Germond de Lavigne, la Célestine, trad. de l'espagnol, annotée et précédée d'un essai historique ; Paris, 1841, in-12. — F. Wolf, Ueber das spanische drama, la Celestina und seine Uebersetzungen ; Leipzig, 1845, in-4. — Blanco White, Variedades o mensajero de LoU" dres ; Londres, 1824-1825, 2 vol. — - Salva de Mallen, Catalogo de la Biblioteca de Salva ; Madrid, 1872, 2 voL, t. Il, pp. B84-400. — Novelistas anteriores à Cervantes, t. III de la Biblioteca Rivadeneyra, introduction.

CÉLESTINE. L Minéralogie. — Sulfate de strontiane, SrSO^. Orthorhombique, mm 104° 2'. La célestine est isomorphe de la barijtine avec laquelle elle présente une grande ressemblance dans les formes habituelles. Densité, 3,9 à 4. Dureté, 3 à 3,5. Son nom a pour étymologie cœlestis^ bleu de ciel, à cause de la couleur bleue de certaines de ses variétés du reste fort rares. On remploie pour la fabrication des sels de strontiane. La célestine accompagne le soufre en Sicile. On la trouve, en outre, dans un très grand nombre de gisements (lac Erié, Angleterre, Haute-Marne, etc.). A. Lacroix.

II. Astronomie. — Nom du 237® astéroïde, découvert par l'astronome Palisa, le 27 juin 1884.

III. Art culinaire (V. Epinard et Omelette). CÉLESTINE (La). Tragi-comédie espagnole (V. Celestina).

CELESTINS. Ordre monastique fondé par saint Cèlestin V (V. ci-dessus), avant son avènement à la papauté. Ce saint, qui avait reçu au baptême le prénom de Pierre, était le onzième des douze enfants d'une très humble famille, du nom d'Angélerier. Avant sa naissance, Marie, sa mère, fut avertie par divers signes, songes et visions, de la haute et sainte destinée réservée à son fils. Ces révélations ne tardèrent point à se réaliser, car Pierre encore enfant avait déjà reçu le don des miracles, recueillant en épis mûrs le blé qui était encore en herbe lorsque sa faucille le coupait. Sa mère brava donc toutes les oppositions et s'imposa tous les sacrifices pour lui donner l'instruction nécessaire à l'état ecclésiastique, mais Pierre ne voulut prendre de cette instruction que ce qui est indispensable à la lecture des psaumes et à la récitation des offices, se défiant sans doute de la vanité et des dangers de la science. Plus tard, il interdit l'étude à ses rehgieux. — Vers l'âge de vingt ans, il résolut de se retirer en quelque ermitage; mais Satan, qui déjà avait maintes fois essayé de traverser ses pieux desseins, multiplia les ruses et les assauts pour l'en détourner. C'était surtout le trésor de sa virginité qu'il voulait lui ravir, dit la relation édifiante à laquelle nous empruntons ces faits. Sur sa route, Pierre trouva deux diables transformés en femmes merveilleusement belles et

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