‹ La Grande encyclopédieChapitre 49 sur 397 · CANULE - CANUT · texte numérisé non relu

CANULE - CANUT

évacuer sortait par Textrémité libre sans que l'air pût pénétrer par suite du tube de baudruche, dont les parois tendaient à s'accoler si la pression diminuait à l'intérieur de la plèvre. L'appareil de Potain (V. Aspirateur) la remplace aujourd'hui avec avantage. La canule de la seringue de Langlebert présente une disposition particulière : au lieu d'être percée exactement à l'extrémité libre, elle l'est un peu en arrière de celle-ci et de façon à donner ce qu'on appelle un jet récurrent; elle sert pour les injections de l'urèthre. La canule priapique est un tube de fort gros calibre qu'on emploie pour les injections vaginales ; elle est percée à son extrémité de plusieurs trous. Son volume permet de laisser séjourner un certain temps le liquide de l'injection. Les canules ordinaires pour le vagin sont liabituellement en gomme ; elles sont terminées par une olive percée de plusieurs trous. 11 est désirable qu'elles soient peu coudées, car elles présentent Tinconvénient de buter contre la face antérieure du vagin ; il faut également préférer celles dont la pointe est mousse et non percée d'un trou pour éviter la percussion directe du jet contre le col de l'utérus. La canule des seringues à injection hypodermique est formée d'une aiguille métallique creuse ; elle s'ajuste à frottement sur la seringue.

CANULEIA (Gens), lamilie de l'ancienne Rome, plébéienne, dont le membre le plus connu est : C. Canuleius, tribun de la plèbe en 309 (445 av. J.-C). 11 fit deux propo>itions de loi célèbres : par l'une, il demandait la communauté du mariage entre patriciens et plébéiens (V. Cânuleia [Lex]) ; par l'autre, le partage du consulat entre les deux ordres. Cette double motion causa un véritable scandale parmi les patricieni ; cependant Canuleius finit par obtenir gain de cause, au moins pour sa première demande : une loi autorisa les mariages mixtes. G. L.-G.

BiBL. : TiTE-LivE, IV, 1-6. — Fustel de Coulanges, la Cité antique, liv. IV, chap. vu.

CANULEIA (Lex). Plébiscite voté en l'an 309 de l'ère romaine (445 av. J.-C.) sur la proposition du tribun C, Canuleius. Le plébiscite Canuléien, qui fut transformé en loi après une vive résistance du Sénat, est un des épisodes de la lutte de la plèbe contre le patriciat. Grâce à la loi des Douze Tables, qui a pu être, avec raison, selon nous, comparée à la grande Charte de l'Angleterre, les plébéiens venaient d'être garantis contre l'arbitraire des magistrats patriciens ; citoyens romains, ils pouvaient se prévaloir de la loi romaine. Si la plèbe entrait ainsi détinitivement dans la cité patricienne, l'assimilation entre les deux ordres n'était pas encore complète, même au point de vue du droit privé. A la vérité, les plébéiens avaient entre eux le conuhium ou jus conubii. On appelait conuhium la capacité de contracter un mariage valable d'après la coutume propre aux citoyens romains, jus Quiritium^ et de fonder ainsi une famille reconnue comme une des unités sociales qui composaient l'Etat (Ulpien, Reg., V, 3 et 4). La onzième table refusait au contraire tout effet juridique aux unions entre les deux ordres ; entre leurs membres il n'y avait pas de conubium. Cette règle reposait surdes considérations d'ordre religieux ; elle avait pour objet de sau^^egarder la pureté de la race qui donnait à la cité ses magistrats et ses prêtres. La loi Cânuleia la supprima ; désormais des justœ nuptice pouvaient être conclues entre un patricien et une plébéienne ; les enfants qui en étaient issus avaient la qualité de patriciens. Au point de vue du droit privé, les plébéiens jouissaient de toutes les prérogatives réservées aux citoyens romains ; le temps approchait où l'accès des magistratures allait leur être ouvert (T.-Live IV, 1 ; Cic, de Rep.y II, 37, 63). Emile Jobbé-Du val.

BiBL. : Glasson, le Mariage cwil et le divorce, 1880, p. 156, 2e éd. — Th. Stelian, la Plèbe à Rome jusqu'au lîV siècle aoant J.~C. {Thèse de doctorat, 1885, pp. !Ofc> et 109). — M. VuiGJ, Das jus naturale, œquum et bonum undjus gentium der Rômer^ t. IJ, pp. 249 ei 316. — Kar- LOWA, Honi. Rechtsgeschichtef IS8>},^2Z, p. i2i. -^ Brî^ï, Il Matrimonio romano^i^^l, pp. 122 et suiv. — Esmarch,

Rom. Reehtsgeschichte^ 1888, p. 68, 3« éd.— Mommsen, le Droit public romain (traduction Girard), 1889, t. VI, I"*® part., p. 8.

CANUS (Melchior) (V. Cano).

CANUSIUM, Ville de l'Apulie, sur l'Auûdus, d'origine grecque et fondée, dit-on, par Oiomède, De là les Campi Diomedii dont parle Tite-Live, XXV, 12, et le surnom de bilingues donné par Horace aux habitants (Sai., I, X, 30). Du temps de ce poète, Canusium était une colonie, dont il raille le pain pierreux (lapidosus) et l'eau trop rare {Sat.^ I, v, 91). Elle avait été florissante par son commerce; la seconde guerre punique commença sa décadence. Les fugitifs de Cannes y avaient trouvé asile; Marcellus y lut battu en 208. Plus tard les incursions des Grecs, des Sarrasins, des Normands, achevèrent de la rainer. La ville moderne de Canossa, dans la terre de Bari, renferme un grand nombre de ruines témoins de sa grandeur passée. A. W.

CANUT. Nom de certains ouvriers dans l'industrie de la soie à Lyon (V. Soie).

CANUTi Forme apocopée du nom latin de six rois de Danemark, appelés en vieux norrain et en suédois Knot et en danois Knud.

CANUT h*", surnommé Danadst (Chéri des Danois), fila de Gorm l'Ancien. Il succéda à son père vers 935 et périt vers 940 dans le cours d'une expédition en Angleterre. Faisant la course en Frise, il tomba entre les mains de Henri l'Oiseleur, qui le força d'embrasser le christianisme. Ce ne fut pas son tils Gullharald, mais son frère Harald Blâtann qui lui succéda. B-s.

CANUT M, dit LE Grand, roi de Danemark, de Norvège et d'Angleterre. Roi de Danemark en 1014, d'Angleterre en 1015, de Norvège en 1028, mort à Shaftesbury le U nov. 1U35. Fils du roi de Danemark Sven ou Suenon Gabelbart, il lui succéda sur le trône, et continua la conquête de l'Angleterre; il déploya autant d'habileté et d'énergie que de cruauté ; dévasta la côte orientale de nie et fit noyer les otages anglais remis à son père. Après la mort d'Ethelred 11, le troisième fils de celui-ci, le vaillant Edmond Côte-de-Fer, continua la résistance ; Canut II, quoique vainqueur, finit par consentir au partage de l'Angleterre : il gardait le Nord, le Sud revenait à Edmond; mais ce dernier fut assassiné un mois après (1018), à l'instigation de son beau-frère Edrich, qui ne tarda pas à tomber à son tour victime du roi danois. Canut se déclara son héritier, envoyant ses deux jeunes fils en Suède d'où ils s'enfuirent en Hongrie. Méconnu roi par l'assemblée du peuple. Canut II traita bien ses nouveaux sujets. H remit en vigueur les lois d'Alfred le Grand, établit l'égalité de droits entre Anglais et Danois, assura la sécurité des personnes et des propriétés. Aussi acquit-il une réelle popularité, due aussi à sa piété; il avait achevé d'assurer le triomphe du christianisme dans ses Etats Scandinaves; il multiplia les constructions d'églises et de monastères; il fit même, en 10'26, un grand pèlerinage à Rome ; il y obtint des privilèges pour les écoles anglaises et s'y rencontra avec l'empereur Conrad II, qui lui abandonna formellement le SIesvig( 1027). En 1028, Canut II, qui avait déjà guerroyé contre la Suède, profita du meurtre du roi de Norvège Olaf, pour faire la conquête de ce troisième royaume. Il vainquit aussi Malcolm, roi d'Ecosse. Canut II avait épousé Emma, veuve d'Ethelred; il en eut trois fils : Sven, Harald, Hardiknut ou Canut III ; au premier il laissa la Norvège, au second l'Angleterre, au troisième le Danemark.

CANUT m ou Hardiknut, roi de Danemark en 1035 et d'Angleterre en 1039, mort en 1042. Il disputait sa seconde couronne à son frère Harald, lequel mourut avant son débarquement. Lui-même fut le dernier roi danois d'Angleterre.

CANUT IV, surnommé le Sainte patron du Danemark, où il régna de 1080 à 1086. Fils naturel deSvend Estridsen, il fut désigné pour lui succéder, parce qu'il s'était distin*

CANUT — GANZI — 132 —

gué dans les guerres contre les Vendes ; mais son frère aîné, Harald Hein, lui ayant été préféré, il ne monta sur le trône qu'après la mort de celui-ci. Il fit construire un grand nombre d'églises, notamment les cathédrales do Lund et de Boskilde, augmenta les privilèges du clergé, s'efiorça d'adoucir les mœurs de ses sujets, attira des colons étrangers dans le royaume, travailla à la suppression de la piraterie et de l'esclavage, et à la pacitication intérieure. Voulant faire valoir les prétentions danoises sur l'Angleterre, qui avait été possédée par plusieurs de ses prédécesseurs, il réunit dans le Liirafjord une flotte de mille embarcations (1085), mais elle se dispersa avant son arrivée par suite des intrigues de son frère Oluf Hunger, qui lui succéda. Les rebelles, ayant été frappés d'une amende qu'il voulut convertir en dîme, se soulevèrent de nouveau en 1086, l'assiégèrent dans le fort de Sjœring au nord de Jutland et le forcèrent de fuir en Fionie, où il fut égorgé (lOjuil.) avec son frère Bénédict, dans l'église de Saint-Alban à Odense. Ses restes, inhumés dans le chœur, furent transférés en 1095, dans une nouvelle église dont il avait jeté les fondements et qui fut appelée de son nom. A la demande d'Erik Ejegod, l'un de ses frères et son second successeur, il fut canonisé en Tan 1100. Sa veuve, la reine Ethela, fille de Robert l^', comte de Flandre, se rélugia auprès de celui-ci avec son fils Charles le Danois. Leur tille Ingerid fut mariée au prince suédois Folke le Gros, la tige de la dynastie des Folkungs. B-s.

BiBL. : iËLNOTHUS, De Vita et passio7ie S. Canutî. — Chr. Lysholm, De Cunuto aancto ; Soroe, 1771, in-8. — T.B BiRCHERODjK". Knudden H elliges Historié', Odense, 1773, in-8. — J.-G.-F. R/eder, Danmark under Svend Estridsen og hans Sœnner; Copenhague, 1871, in-8 — • Sv. Grondtvig, K. Knudden Hellige, ibid., 1884. ~ Helgenskrinene i S. Knuds Klrke nndersœgte 1833 og 181k. Aktstykker og Tegninger, ibid., 1886, in-lbl.

CANUT V, arriere-petit-fils de Svend Estridsen et fils du roi de Vestergœtland Magnus Nielsen. 11 régna de 1147 à 1157. Après la mort de son arrière-cousin Erik Lam, il fut élu roi en Jutland, tandis que son parent Svend Grade Tétait en Sélande et en Skanie. De là une longue guerre civile dans laquelle ils cherchèrent l'appui de 1 Allemagne en promettant hommage à l'empereur, et où ils furent soutenus tour à tour par^leur cousin Valdemar. Celui-ci les amena à un partage dans lequel Canut obtint la Sélande, la Fionie et les petites îles. Mais queliiues jours après, le 9 août il 57, ce dernier fut assassiné par Svend dans une fête qu'il donnait à Roskilde. Valdemar s'échappa, vainquit le meurtrier, s'empara de tout le Danemark et fut surnommé le Grand. Des deux fils de Canut V, l'un, Niels, fut canonisé; l'autre, Valdemar, devint évêque de Slesvig, puis archevêque de Brème et fut prétendant à la couronne. B-s.

CANUT VI, fils de Valdemar 1«^' le Grand et de la reine Sophie, né en 1163. Il régna de 1182 à 1202. Il avait été couronné roi du vivant même de son père, le 25 juin 1170, le jour de la translation à Ringsted des reliques de son aïeul Knud Lavard. Les célèbres conseillers de son père, Absalon et Esbern Snare, continuèrent à le servir glorieusement. Il réprima en Skanie la rébellion du prétendant Harald Skrseng ; il refusa de reconnaître la suzeraineté de Frédéric Barberousse et établit la sienne sur les Vendes (1184), après avoir vaincu sur mer, près de Rugen, le duc de Poméranie, Bugislav, que l'empereur avait lancé contre le Danemark. Le litre de roi des Vendes qu'il prit est passé à ses successeurs, mais ses conquêtes en Esthonie (1194 et 1196) furent éphémères. H fit prisonnier le fils de Canut V, Valdemar, évêque de Slesvig, qui lui disputait la couronne avec l'appui de plusieurs princes allemands. Il mourut le 12 nov. 1202 et fut inhumé à Ringsted. N'ayant pas d'enfant de Gertrude, fille de Henri le Lion, il eut pour successeur son frère Valdemar II le Victorieux, qui. venait de conquérir les Dltmarsches et tout le Holstein (12ul). B-s.

CANUTI (Uomenico-Maria), peintre et graveur italien,

né à Bologne en 1620, mort en 1684. Ce peintre, un des meilleurs élèves de Guido Rerii, a décoré des couvents et des palais à Rome, à Padoue, à BoÎ4)gne où se voit son tab'eau le plus célèbre, La Descente de croix aux flambeaux, dite la Nuit de Canuti ; ses œuvres se trouvent à la libreria et à la cathédrale de Bologne, dans les galeries Pepoli et Colonna à Rome, dans la galerie du grandduc à Mantoue. Il avait à Bologne une école dont les élèves passèrent presque tous dans l'atelier de Pasinelli lorsque leur maître partit pour Rome. Canuti a laissé quelques planches gravées dans le goût des eaux-fortes du Guide, la Madone, Saint Rochy Saint François d'ÂS' sise, et les a signées des lettres D. M. C. F. F. C.

BiBL. : Bartsch, le Peinti^e-graveur, t. XIX, p. Ili. — Heinekeiv, Dict. des artistes, t. III, p. 571.

CANVILLE. Corn, du dép. de la Manche, arr. de Coutances, cant. de La-Haye-du-Puits ; 321 hab.

CANVILLE-les-deux-Eglises. Com. du dép. de la Seine-Inférienre, arr. d'Yvetot, cant. de Doudeville; 652 hab. Avait autrefois deux églises, d'où son surnom actuel et son nom ancien de Can ville-Notre-Dame et Canville Saint-Martin. Ces deux églises ne formaient qu'une cure au xiii® siècle. M. B-x.

BiBL. : BuNEL et Tougard, Géographie de Varr. d'Yvetot; Rouen, 1876, in-8, p. 147.

CANY-Barville. Ch.-l. de cant. du dép. de la Seine- Inférieure, arr. d'Yvetot; 1,824 hab. Entre deux collines dans la vallée boisée de la Durdent. btation des chera. de fer de l'Ouest. — Un village romain paraît avoir existé à Cany. Au moyen âge, il y eut les seigneuries de Cany ou Cany-Caniel (Caniel étant le nom d'un châteautort) et de Cany-Barville ; Caniel forma une baronnie en 1524 ; le seigneur de Cany-Barville acquit la seigneurie de Cany-Caniel en 1634, puis la baronnie de Caniel en 1648. Vicomte à l'époque de la Révolution, Cany devint alors chef-lieu de Tun des sept districts de la Seine-Inférieure. Après avoir formé deux communes, Cany et Barville furent réunis en 1827. — Eglise en partie du xvi® siècle. Le château moderne qu'on y voit est un bel édifice construit au xvii® siècle dans le style Louis Xlll et dont l'architecte est inconnu ; on l'attribue parfois à Mansard ; il renferme de remarquables tapisseries flamandes du xv® siècle. Halles et marché à citer également. — Fabriques d'étoffes de coton ; grand commerce de bestiaux. — Patrie du poète Louis bouilhet (mort en 1869) et de Lefebvre de la Roche, président du Corps législatif (mort en 1806). M. B-x.

BiBL. : BuNELet To\]GA.nD, Géographie deV arr. d'Yvetot; Rouen, 1876, in-8, pp. 30-8. — L. Sandret, la Seigneurie de Cany; Paris, 1880, in-8. — Leroy de Ca.ny, DeS' cription du château de Cany, dans le Nouvelliste de Rouen» n" du 11 avr. 1860.

CANYNGES (William), armateur anglais, né vers 1399, mort le 17 nov. 1474. Il était d'une riche famille de manufacturiers et armateurs de Bristol. 11 fut membre du parlement, cinq lois maire de Bristol. 11 a reconstruit l'église Sainte-Mary de Redcliffe, dans sa ville natale. C'était un ardent partisan de la maison d'York. 11 possédait une flotte montée par huit cents marins. On peut le comparer à notre Jacques Cœur. A la fin de sa vie, il se retira dans la collégiale de Westbury, qu'il avait fondée. L. B.

CANZI (Israël-Gottlieb), théologien allemand , né à Heimsheim (Wurttemberg) le 26 févr. 1690, mort à Tubmgue le 28 janv. 1753. Il fut professeur de théologie à l'Université de Tubingue, où il essaya de concilier la dogmatique protestante avec la philosophie de Wolff. Canz pensait que la philosophie devait fortifier la foi à la révélation, le surnaturel n'étant i^as contraire à la raison, mais élevé au-dessus du domaine de la raison. Malgré sa piété, ses idées scandalisèrent d'abord, mais les disciples de Wolff empêchèrent sa destitution ; n'étant plus menacé, il n'eut plus une bien grande iniiuence.

CANZI, peintre de ger re et portraitiste viennois, dont le nom a tiguré dans différentes expositions depuis 4838.

CANZIANI - CANZONA

CANZIANI (Giovanni-Battista), peintre italien, né vers 1650 à Vérone, mort après 1712. Ses portraits lui valurent une certaine réputation.

CANZONA. Nom italien de la chanson, mais s'appliquant plutôt aux compositions artistiques qu'aux chants véritablement populaires, qui ont en Italie presque autant de noms qu'il y a de provinces. On désignait autrefois par canzona : 1** une composition polyphonique sur une courte poésie profane ; ce genre, fort répandu au xvi® siècle, se rapprochait du madrigal, avec moins de recherche et de développements et prenait ordinairement pour base un thème ou les débris d'un thème populaire ; parmi les très nombreux recueils de ce genre, on peut citer les Canzone villanesche alla Napolitana d'Adrien Willaert (1545 et 1548), celles de Waelrant (1565), de Scandelli (1566) et de Ferretti (quatre livres plusieurs fois réimprimés). En 1585 parut un recueil de vingt-sept canzone composées par autant de musiciens sur une même poésie, « Ardo, si, ma non t'amo » ; 2^ une composition instrumentale, sorte de fantaisie fuguée sur un thème de canzona vocale. Les deux Gabrieii, Diruta, Banchieri, Frescobaldi ont écrit des « canzone » pour orgue. Cette dénomination s'est conservée longtemps, à côté de celles de sonate, caprice^ rkercar^ fa7îtaisie (V. ces mots), sans que la distinction de ces formes fiit toujours bien tranchée. Le nom de canzonetta a été donné par des musiciens du xvi^ siècle à des canzone de moindres dimensions et de style moins sérieux. Au xvii^ siècle, Vaîentini l'appliqua à des morceaux à voix seule ; il s'est maintenu dans cette acception jusqu'à nos jours. Mcndelssohn et quelques auteurs modernes ont appelé canzonettes des pièces instrumentales d'un genre intermédiaire entre l'andantino et le scherzo. Michel Brenet.

Dante appelle canzona ou cantica chacune des trois parties de sa Commedia :

Di nova pena mi convien far versi E dar materia al Yentesimo canto Délia prima canzone ch'è de' sommersi.

Plus tard, Bembo donnera ce nom à tous les petits poèmes tels que sonnets, capitoli, ballate; mais ce sont des manières de parler abusives ou du moins métaphoriques, car, au temps de l'Alighieri lui-même, et avant, la canzona proprement dite s'inscrit en une forme assez définie : à diveis endroits du De Vulgari Eloquio on voit fixés les bornes et les droits de la canzona. Son origine seconde est provençale, comme la plupart des antres eoni' ponimenti usités dans la poésie classique italienne. Anciennement, on la divisa, par un goût scolastique, en canzone morales et canzone libres (distese) ou canzone amoureuses; mais Pétrarque mêla si bien les deux genres que la canzona pétrarquesque seule a survécu. — La Canzona petrarchesca se compose de cinq à dix stances, y compris l'envoi (ripresa ou congedo), qui peut manquer; chaque stance admet de sept à vingt, et l'envoi, presque toujours plus bref, de trois à dix vers. Quant au mètre que l'on trouve le plus souvent dans la stance, ce sont l'endécasyllabe et le septennaire, seuls employés par Pétrarque; d'abord, toutes sortes de vers étaient libéralement admises dans la canzona, mais Dante, après Guido Cavalcanti, la régenta un peu et Pétrarque la tyrannisa. Les poètes modernes ne tiennent plus guère compte des règles surannées dont (îuadrio fut le prolixe Quintilien. — Nous ne parlerons pas des divisions de sens, c.-à-d. de l'architecture logique de la canzona, ni des rimes qu'elle reçoit, ni des rimes qu'elle refuse, ni de toutes les précautions que doit prendre un poète qui aborde cette œuvre réservée. Il est certain que le maniement de la canzona est difficile, et sous des doigts malhabiles la longue et fragile strophe s'émiette, construite et cimentée en vain. Comme dans le chant royal, avec lequel elle a des rapports, sans être aussi rigoureuse, le congé est un point capital : excellent, il relève une canzona ordinaire; mauvais, il tuerait un chef-d'œuvre.

L'envoi de la première canzona de Dante est court comme la vie :

Canzone, il tuo andar vuol esser corto ; Chè ta sal bea che picciol tempo ornai Puote aver luogo quel per che tu vai.

La plupart des envois dantesques ont le même nombre de vers que la strophe de la canzona, presque toujours une quinzaine. Le grand poète y épand toutes les tris-« tesses et toutes les caresses :

lo ho parlato a voi, gioveni donne Che avete gli occhi di belleza ornati. .,

Ou bien :

Tu te n'andrai, canzone, ardita e fiera

Poichè ti guida Amore

Dentro la terra mia, cui doglio e piango...

Pétrarque, non moins divers, mais moins amer, a une grâce plus sûre, qui s'est mirée dans un plus clair miroir. Particulièrement célèbres sont les trois canzone où le poète vante les beaux yeux de Laure et qui ont reçu ce nom : les Trois Sœurs, Mais le maître de la poésie amoureuse en est aussi trop le maître, et il semble à qui aime un chant troublé par la passion que le premier poète italien dans la canzona, comme dans tous les genres qu'il daigna exercer, ce fut Dante ; quelques-uns mettraient encore avant Pétrarque, peut-être, les mystiques rêveurs, les révélateurs d'au delà qui furent (ano de Pistoie et Guido (lavalcanti.

La canzonetta (littér. chansonnette) répond assez à l'idée que nous nous faisons de la chanson classique fran» çaise ou ode familière. Elle diffère de la canzona par la brièveté des strophes, l'emploi général des petits vers de sept syllabes et moins; on l'appelait jadis canzonette anacréon tique; cela détermine assez son caractère. Elle est souvent destinée à recevoir de la musique : on en doit à Métastase, dans cette formule, qui passèrent pour excellentes. Telle chanson de Ronsard, de Musset ou de Verlaine serait Tidéal de la canzonetta; les Italiens en ont d'agréables et Meli en fit de charmantes dans le doux et sourd dialecte sicilien. — Ils appellent Canzoni allagreca des odes faites à l'imitation de celles de Pindare et selon la même géométrie aérienne et compliquée, avec strophe, antistro(>he, épode ; cette com|)osition ne s'est pas mieux acclimatée en deçà qu'au delà des Alpes. — Une autre canzona à la grecque répond à l'ode saphique, dont elle prend aussi le nom et dont elle calque Tharmonieuse disposition, la chute heureuse et brisée : on en connaît de M. Carducci, raffinées jusqu'à la perfection. — Autres sortes de canzone sont les componimenti dénommés catene et monili^ où toutes les stances sont liées entre elles par des entrecroisements de rimes ; les harzellette et les ritondelli sont des variétés de canzonettes sous des formes fixes. — Canwniere, c'est le recueil des canzoni et des poésies diverses d'un poète. Celui de Dante renferme 48 sonnets, 11 ballades (ballate), 21 canzone, 3 sextines et une stance isolée, cela en comprenant les pièces douteuses et à l'exclusion des apocryphes, des poésies religieuses, des poésies latines. Le canwniere de Pétrarque se compose également de sonnets, de ballate, de canzone, de sextines, plus quelques madrigaux et les six Triomphes divisés en capitoli. R. de Gourmont.

BiBL. : Dante Alighieri, De Vulgari Eloquio seu idiomate libri duo. — Fr. Saverio Quadrio, Storia et ragione dCogni poesia: Milan, 1742, t, II. part. II, in-4. — Antonio da Tempo, Trattato délie rime volgari, per cura di G. Briou; Bologne, 1869. — Crescimbeni, Commentarj intorno alV istoria delta volgar poesia; Rome, 170^-l7tt, 5 vol. in-4. — Bembo, Prose nelle quali si ragiona délia volgar lingua scritte al cardinale de' Medici; Venise, 17>5, in-fol. — Trissino, Délia Poetica ; Vicence, 1529, in-fol. — Equicola, Instîtuzioni al comporre in ogni sorte di rime; Milan„1541.-- Mînturno^ Dell' Arte poetica ; Venise, t5()3. — Dolge, Osservazioni nella volgar lingua ; Venise, 1566. — GiniNO da Sommacampagna, Tratiat.o dei ritmi volgari, edUo per G B. Giuliari; Bologne, 1870. — TassoNi, Considerazioni sopra le rime dei Petrarca; Modène, 1609. ■— Fraghetta, Esposizione sopra una canzona dei Cavalcanti; Venise, 1585, in-4. — Torquato Tasso, Dia-

CANZONA — CAOUTCHOUC

loghî e Discorsi : Delta Poesia Toscana. ~~ Toîmmaseo, Dizionario délia lingua italiana ntiovamente compilato. — Vocabolario delta Crusca.

CAONABO, cacique du district de Maguana (Haïti), célèbre par sa résistance aux Espagnols. En 4493, il incita les indigènes à détruire le fort de la Natividad élevé par Ghr. Colomb dans son premier voyage, et les aida à en massacrer la garnison. En 1494 Colomb le poursuivit en vain dans les montagnes et se retira après avoir bâti le fort de Saint-Thomas, qu*Alonzo de Hojeda fut chargé de défendre avec une centaine d'hommes. Caonabo le bloqua et Faffaraa ; aussi l'amiral à son retour chercha à s'emparer de sa personne et en chargea Hojeda qui parlait la langue du pays. Celui-ci alla voir le puissant cacique comme pour lui porter des présents, le fil monter avec lui sur son cheval et l'emmena captif à Isabela. Un frère de Caonabo, qui avait réuni plusieurs milliers d'hommes pour le tirer des mains des Espagnols, fut défait et fait prisonnier à son tour. Colomb les envoya tous deux en Espagne : Coanobo mourut pendant le voyage, de maladie et de chagrin selon Bernaldez, dans une tempête suivant Las Casas. Le cacique de Maguana a été l'objet de maint récit romanesque ; nous avons prétéré aux données fournies par Pierre Martyr et Fernando Colon celles plus vraisemblables de Las Casas. E. Cat.

CAORCHES. Com. du dép. de l'Eure, arr. et cant. de Bernay ; 459 hab.

CAORSINS. Usuriers du moyen âge (V, Cahorsins).

CAOUENNEC. Com. du dép. des Côtes -du-Nord, arr. et cant. de Lannion ; 556 hab.

CAOURSIN ou CAORSIN (Guillaume), historien et diplomate, né à Douai vers 4430, mort à Rhodes en 4501. Pendant les quarante dernières années de sa vie, il fut, en qualité de vice-chancelier et de secrétaire, au service de l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem. En 4480, il prit part à la défense de Rhodes assiégé par les Turcs, événement qu'il raconta plus tard dans un écrit célèbre dont on trouvera le titre plus bas. Eloquent et habile négociateur, il fut à plusieurs reprises envoyé en ambassade à Rome et à Naples pour les atfaires de Tordre. Dans une de ces ambassades, en 4484, le discours qu'il adressa au pape Innocent VIII, fut trouvé si remarquable que le pontife charmé nomma l'auteur secrétaire apostolique et comte palatin. Cette même année, le grandmaître le choisit comme l'un des commissaires chargés d'examiner l'authenticité d'une relique de saint Jean- Baptiste apportée de Constantinople à Rhodes. Quand il se maria, le conseil de Tordre, voulant le récompenser de ses nombreux services, lui fit présent de 4,000 florins d'or, afin qu'il s'achetât une maison.

Caoursin a laissé plusieurs ouvrages, tous consacrés à Tordre de Malte. Ils ont été réunis et imprimés à Ulm en 1496 par Jean Reger de Kunnat, in-folio, de soixante feuillets, avec figures. En voici la liste : 1» Obsidionis Rhodiœ urbis descripiio ; ce récit du siège de Rhodes, qui avait eu déjà plusieurs éditions, en eut encore un certain nombre dans la suite et fut traduit en italien (s. 1. n. d., in-4, de 22 ff.;, en espagnol (Séville, 1526), en allemand (par J. Adelphus, Strasbourg, Flach, 1543, infoL), en anglais (par John Kay, Caxton, xv^ siècle, in- fol.) ; 2<* De Terrœ motus labe, quâ Rhodii afjecii sunt; 3^ Oratio in senatu Rhodiarum de morte magni Turci [Mahomet /i], habita pridie Kalendas junias (1486) ; 4« De Casu Zyzymi commentarius ; 5^ De celeberrimo Fœdere cum Turcorum rege Bagyazit fer Rhodios inito commentarius ; 6^ De Admissione régis Zyzymi in Gallias et diligenti custodia et asservatione exhortatio ; 70 De Translations sacrœ dextrœ s. Joannis Baptistœ prœcur sorts ex Constantinopoli ad Rhodios commentarius ; 8^ Ad summum pontiflcem Innocentium papam VUl Oratio habita 5 Kalendas februarii i484y discours qui a eu plusieurs éditions séparées ; 9^ De Traductione Zyzymi suldani fratris magni

Thurci ad Urbem commentarius; 40^ Volumen stabilimentorum Hhodiorum militum sacri Ordinis Hospitalis s, Joannis Hierosolymitani, compilation des statuts de Tordre, qui fut approuvée le 5 août 4493 par le grand-maître Pierre d'Aubusson et le chapitre général. Ce recueil de statuts a eu plusieurs éditions. 11 en existe une version française imprimée à Paris, sans date, mais de la fin du xv« siècle ou du commencement du xvi® (V. Brunet, Manuel du libraire, au mot Stabilimenta) . Ch. Kohler . ,^f^^»i^-(, Apost. Zeno, Giornale de' letterati ; Venise, 1/15, t. XXI, p. 411. — NiGÉRON, Mémoires pour servir àl hîst, des hommes Plustres ; Paris, 1731, t. XV, pp. 142- ^^^•,7^5"^^^^^^"^' Dibltot. med. et inf. aetatis, t. IIL pp. 417-9 — FoppENS, Bibliot. betgica, t. I, p. 635. - Faquot, Hist. littéraire de^ Pays-Bas, t. XV, pp. 126-8-^ — Dissertationes Vossianœ, 1753, t. II, pp. 221-6.- Struve' BibliQlh, histor., t. II, I, pp. 94-5. - Brunet, Manuel du UOraire, t^ I, col. 155(3-7, qui cite par erreur une édition de 1475 de 1 Obsidîo Rhodii.

CAOUTCHOUC. I. Botanique. — Le terme général de caoutchouc, employé dans la pratique pour désigner un produit industriel, doué de propriétés élastiques, s'applique en réalité au suc, ou plutôt au /a/^^,d'un grand nombre de végétaux dont une partie seulement sont exploités par le commerce. Les plantes donnant un suc propre, susceptible de se prendre par l'évaporation en une masse élastique, sont très abondantes dans le règne végétal ; les petits Euphorbes de nos campagnes, notre simple Pervenche, fournissentun latex réalisant ces conditions. Chaque année, il apparaît dans le commerce un nouveau suc élastique, proposé pour la fabrication du caoutchouc industriel. Mais ces plantes si diverses, appartenant à des familles végétales très dissemblables, fournissent un latex de qualité très variable, souvent inutilisable avec les procédés en usage aujourd'hui dans l'industrie. Les meilleurs caout- ' choucs nous viennent des régions ouest de l'Amérique tropicale {Nouvelle-Grenade, Venezuela et Mex-que), et les plantes qui les fournissent appartiennent à la famille des Artocarpées : la plus importante, et celle qui donne le meilleur produit, est le Castilloa elastica. En second lieu, viennent les caoutchoucs du Brésil septentrional et de la Guyane (Amazoneet Rio Negro), qui sont dus à desEuphorbiacées, appartenant pour la plupart au genre Hevea : Heveaguyanensis, Aubl. (Siphonia elastica Pers., Siphonia cahuchu W.), H, brasiliensi% H, spruceana, H. lutea, //. parviflora, H, benthamiana, //. ternata, H. rigidifolia, Manihot Glaziovii, Mais la production de ces espèces commençant à s'épuiser, on s'est mis à exploiter au Brésil une Apocynée donnant un caoutchouc inférieur, ÏHancornia speciosa Gom. {Mangahiba de Marcgraff.). Les caoutchoucs de l'ancien monde ou caoutchoucs orientaux viennent de l'Jnde, de l'Afrique et des îles océaniennes. Aux Indes, on retire d'un certain nombre d'Artocarpées du genre Ficus, un suc très inférieur, qu'on ne peut employer que mêlé à celui des bonnes sortes : ce sont les Ficus indica L., F. religiosa W., F, laccifera Roxb. , etc.; quant au Ficus elastica, malgré l'opinion générale, il n'est que peu ou point exploité. En Indo- Chine et en Annam, on obtient un excellent caoutchouc, mais inférieur aux sortes américaines, d'une plante récemment découverte, le Parameria glandulosa. Dans l'Archipel indien, à Java, à Sumatra, en Australie, on exploite quelques Ficus, F. macrophylla Desf., F. rubiginosa Desf., et surtout des plantes appartenant à la famille des Apocynacées : Urceola elastica, IL esculenta, — Willughbeia Burbidgei, W. Treacheri, W.edulis,— Leuconotis eugenifolius, Chilocarpus flavescens, Chonemorpha macrophylla, Anodendron paniculatum, Alstonia constricta, etc. Enfin, en Afrique, sur la côte orientale ainsi qu'à Madagascar, on retire du caoutchouc en abondance de plusieurs Apocynées : Vahea gummifera Lamk., F. madagascariensis Boj., Landolphia omriensis, L. florida, L. Mannii, L. Kirkii, L, Petersiana, L. Watsoniana. Selon Welwitsch, on exploite ' également, dans l'Angola et le Bengnéla, plusieurs espèces

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àQ Ficus. Le caoutchouc dit de la côte occidentale d'Afrique est dû à plusieurs des Landolphia cités plus haut, à VUrostigma Vogelii, au Tabernœmontana crassa, au Ficus subcalcarata^ etc.

Le mode d'extraction varie peu. Toutes ces plantes fournissent, lorsqu'on les incise, un lait blanc, crémeux, quelquefois acre, quelquefois sucré, se coagulant plus ou moins rapidement à Pair, en donnant un caillot blanc et compact, le caoutchouc, nageant au milieu d'un liquide séreux. Pour l'obtenir, on pratique sur le tronc, au moyen d'un couteau ou d'une hachette, des incisions soit spiralées, comme au Nicaragua, soit multiples, confluentes, et disposées à la façon des barbes d'une plume, pour se réunir à une rigole verticale tombant dans une autre plus large et horizontale, comme sur les bords de l'Amazone. Le suc est recueilli dans des coquillages, des écailles, ou même au moyen de rigoles de fer, fcin Malaisie, on emploie ou on employait un procédé plus brutal; l'arbre était découpé en bûches de 30 centim., d'où l'on faisait écouler le suc par un bout en chauffant légèrement l'autre. Ordinairement on hâte la coagulation artificiellement, au moyen d'eau salée (Java), du suc de divers Ipomœa (Nicaragua), de Falun (Brésil), ou en le faisant sécher par couches successives sur des palettes de bois, à la fumée épaisse produite par un feu de feuilles et de fruits de palmiers (Amazone). Autrefois, le suc était déposé sur un moule d'ariiile en forme de gourde, que l'on brisait ensuite pour l'extraire : c'est ainsi que l'on obtenait les poires de caoutchouc, forme inusitée aujourd'hui. On le dispose ordinairement en boules plus ou moins volumineuses ou en plaques, et souvent même il a subi dans le pays d'origine une première pression au rouleau de fer pour éliminer l'eau qu'il peut renfermer encore. La couleur, au début, est blanche, mais passe peu à peu au jaune brun ou au noir, suivant les sortes, et cela spontanément, non pas, comme on l'a dit, chez les seuls caoutchoucs séchés à la fumée. Expédié en Europe, le caoutchouc y est débarrassé des nombreuses impuretés qu'il renferme, étiré, dissous, et employé soit en nature, soit après vulcanisation préalable. D^ R. Blondel.

II. Horticulture. — On donne le nom de caoutchouc aux espèces du genre Ficus L., produisant l'un des caoutchoucs du commerce. La plus importante sous ce rapport et l'une des plus connues en Europe est le F,elastica Roxb.Ce bel arbre aux larges feuilles luisantes très ornementales, réclame la serre tempérée ou simplement l'orangerie et se trouve très bien de passer en plein air une partie de l'année. On le rentre avant les premières gelées. Cultivé en pots, il est très souvent employé pour la décoration des appartements où il conserve longtemps son éclat. Pour le rétablir lorsqu'il souffre, ou pour lui faire prendre un plus beau développement, on le plante en pleine terre, dans la serre ou à l'air libre. La multiplication est facile et se fait en terre de bruyère, sur couche chaude et sous cloche, à l'aide de boutures, tronçons de rameaux portant deux, trois feuilles, ou môme une seule et pourvus au moins d'un bourgeon. Un sol léger, substantiel, riche en terreau, tenu très frais pendant la végétation, convient au Caoutchouc. G. Boyer.

III. Chimie. — Le caoutchouc est une substance sohde, élastique, blanche, qui existe en suspension dans le suc laiteux de plusieurs plantes (V. le § Botanique). Ce suc, qui a une densité de 1,012, possède, d'après Faraday, la composition suivante :

Caoutchouc 31 . 70

Cire, matière amère 7.13

Matière soluble dans l'eau . . 2 . 90

Albumine soluble 1 . 90

Eau, sels, etc S6.37

Pour en retirer le caoutchouc à l'état de pureté, on étend ce suc de quatre fois son volume d'eau ; après vingt-quatre heures, le caoutchouc monte à la surface i

sous forme d'une crème blanchâtre, qu'on lave à plusieurs reprises avec de Teau. On obtient facilement un produit formé d'une multitude de petites fibres agglomérées qu'on exprime et qu'on fait sécher sur de la porcelaine dégourdie.

La densité varie de 0,92 à 0,94. A l'analyse élémentaire, il ne donne, lorsqu'il est bien pur, que du carbone et de l'hydrogène :

Faraday. IJre. W. Gréville.

Carbone... 87.2 90.6 87.2

Hydrogène. 12.8 10 12.8

Les analyses de Faraday et de W. Gréville conduisent à la formule (C^H^), mais d'après l'action de la chaleur, comme il sera dit plus loin, il convient d'adopter la for* mule (G^^H^)», qui correspond aux proportions suivantes :

Carbone 88.23

Hydrogène 11.76

Le caoutchouc pur serait alors constitué par un mé^ lange de carbures polymères à équivalents élevés, dérivant d'un carbure fondamental ayant pour formule Q^^E^. Sous l'influence de l'oxygène et de Pair, ces carbures polymères s'oxydent lentement, se changent partiellement en produits résineux, d'où résulte finalement le caoutchouc du commerce.

Le caoutchouc pur est incolore, élastique, adhésif, insoluble dans l'eau et dans l'alcool, soluble dans l'essence de térébenthine, les huiles de houille, le sulfure de carbone, etc. D'après Gérard, son meilleur dissolvant est un mélange formé de 100 p. de sulfure de carbone et de 5 p. d'alcool absolu ; le soluté, limpide comme de l'eau, donne à Pévaporation une feuille qu'on peut obtenir extrêmement mince. La propriété caractéristique du caoutchouc, c'est son élasticité à la température ordinaire ; audessous de 10**, il durcit peu à peu, et, vers zéro, il devient dur comme du cuir. Au contraire, chauffé graduellement, il devient de plus en plus souple ; vers 145°, il devient visqueux, très adhérent ; de 170 à 180», il fond en un liquide épais qui ne reprend plus, par le refroidissement, que très difficilement ses propriétés premières, car il reste longtemps gluant, visqueux, tout en conservant sa composition primitive. Au-dessus de son point de fusion, il s'altère et donne à la distillation un mélange d'hydrocarbures, parmi lesquels on a koléV isoprèneC^^W^ et le carbure dimère G'^^j^ie^ [^ caoutchlne à' Wimly,

L'isoprène a été retiré, par W. Gréville, par distillations fractionnées sur le sodium des parties les plus volatiles contenues dans le produit distillé. Ce carbure monomère, qu'on peut considérer comme le générateur du caoutchouc, bout à 37>38*^ ; à l'air, il absorbe Poxygène et se transforme partiellement en un corps blanc, solide, amorphe.

La caoutchine constitue la partie qui bout à 171<* et qui répond à la formule d'un térébenthène C^^ti^^. C'est un liquide insoluble dans Peau, soluble dans Piilcool, l'éther, les essences et les huiles grasses ; sa densité est de 0,842 ; il reste encore liquide à — • 30° ; comme le précédent, il absorbe lentement l'oxygène de l'air et l'eau oxygénée le résinifie.

Les portions les plus lourdes de la distillation renferment un carbure huileux, jaune, doué d'une saveur acre, auquel Bouchardat a donné le nom à'hevéène ; sa densité est de 0,92 à 21<^ ; il bout au-dessus de 300^.

Formé de carbures camphéniques non saturés, le caoutchouc est susceptible de fixer de l'hydrogène. En effet, soumis à l'action de l'acide iodhydrique, vers 280^, il se convertit en carbures saturés C"^^H^^ -h ^. Exposé à Pair, il absorbe l'oxygène avec une rapidité d'autant plus grande qu'il présente une plus large surface ; il perd alors peu à peu son élasticité, se transforme en matières résineuses et ne peut plus être utilisé dans Pindustrie. Une de ses propriétés les plus remarquables, c'est d'absorber du soufre au-dessus de 100^, d'où résulte le caoutchouc vulcanisé^ découvert par Goodyear en 1838. A mesure que la quantité de soufre absorbé augmente, les

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propriétés du caoutchouc changent graduellement : il perd la faculté de s'accoler à lui-même, devient moins soluble et moins fusible, en môme temps que son élasticité se conserve à une plus basse température. Ces modifications, dues sans doute à des polymérisations successives, permettent remploi du caoutchouc dans une foule de circonstances. Ed. BOURGOIN.

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