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ILES CANARIES

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toutes les rivières absentes. Et encore ces ruisseaux minuscules ne se trouvent-ils que sur quelques points de la Grande Canarie, de Ténériffe, de laGomèreet delà Palme, L'île de Fortaventure ne possède que quelques sources, presque toutes d'eau saumâtre ; Laneerotte et File de Fer n'en renferment aucune. Aussi recueille-t-on partout avec grand soin Peau de pluie qu'on conserve dans des citernes. Malheureusement les pluies sont rares ; dans les deux îles du N.-E., il n'est pas tombé une averse de 1872 à 1879 ; les plus privilégiées reçoivent environ 16 centim. d'eau par an. Et cependant, avec son climat, le pays aurait bien besoin d'eau. Sauf sur les hauteurs, le thermomètre descend rarement à 12^* centigrades l'hiver, et oscille, Pété, entre 28° et 33o à l'ombre. Lorsque le vent souffle du S.-E., il atteint des chiffres fantastiques, mais ces vents durent peu et soufflent à d'assez longs intervalles. Ceux qui régnent généralement (284 jours par an) varient du N.-E. au N.-Ô. Les brises du S.-E. ont traversé le Sahara et, lorsqu'elles sont violentes, elles entraînent du sable du désert et des sauterelles qui viennent s'abattre sur l'archipel.

La flore est riche dans tous les endroits où on trouve un peu d'humidité ; le reste du pays est triste, brûlé, ce qui fait encore mieux ressortir la richesse des charmantes oasis qu'on rencontre par-ci, par-là. Au milieu des coulées de lave anciennes, dans les fentes des rochers, croissent de nombreuses euphorbes ; Porseille pousse sur les roches les plus dénudées. Dans toutes les îles, la côte occidentale offre une végétation bien plus luxuriante que celle qui regarde à PE. ; c'est que l'occident est mieux abrité des rayons brûlants du soleil et surtout de ces vents du désert qui dessèchent tout. Jadis existaient d'immenses forêts dont on voit encore de beaux restes : elles se composaient de pins d'une espèce spéciale (pinus canariensis) , de lauriers, parmi lesquels certains exemplaires mesurent plus de 30 m. de hauteur et 9 m. de circonférence au tronc, de bruyères arborescentes de

25 m. de hauteur, d'ilex, de pistachiers, d'arbousiers, etc.. Mais le géant des végétaux était le dragonnier (dracœna draco) ; dans la vallée de POrotave, à Ténériffe, il en existait un, dont on voit encore les débris, qui ne mesurait pas moins de 18 m. de circonférence au tronc; Humboldt lui assignait 10,000 ans d'existence. La flore varie d'ailleurs considérablement selon les altitudes. Grâce aux différences de climat qu'on rencontre, on a pu acclimater dans l'archipel les espèces les plus diverses : à côté des plantes des pays froids s'élèvent celles des pays tropicaux. Les fruits de toutes les parties du monde se récoltent aux Canaries.

La faune est pauvre. Les animaux domestiques sont ceux de nos régions, auxquels il faut joindre le dromadaire^ qui rend les plus grands services dans ces pays secs, malgré les accidents du terrain. Les mammifères sauvages, ou, pour parler plus exactement, redevenus libres, ne comprennent guère que des chats, des lapins, des rats et des souris. Les seconds pullulent au point de constituer un véritable fléau : dans certaines localités, un homme, aidé de quelques chiens, arrive à en tuer, à coups de bâton, jusqu'à deux cents dans la même journée. Les oiseaux les plus abondants sont la perdrix, la caille, les pigeons sauvages, les merles, les alouettes, les fauvettes, les chardonnerets, les serins, les corbeaux et les oiseaux de proie. Le moineau n'existe qu'à la Grande Canarie ; dans les îles du N., on rencontre Poutarde. Les reptiles sont représentés par d'innombrables lézards et par des scinques ; il n'existe pas un seul serpent. En fait de poissons d'eau douce, on trouve une anguille qui se réfugie dans quelques flaques abritées du soleil. Quant aux animaux inférieurs (articulés et mollusques), ils sont relativement nombreux.

Au XV® siècle, lorsque Jean de Béthencourt (V. ce nom) entreprit la conquête des Canaries, ces îles renfermaient une population très mélangée. A Ténériffe, pourtant, la race ancienne, les Guanches, était restée relativement assez

pure. C'étaient des hommes de grande taille, à la peau blanche, légèrement basanée, aux cheveux blonds et aux yeux bleus. Leur tête présentait une configuration spéciale : le crâne, volumineux, était allongé et offrait, vers le sommet, un large aplatissement auquel succédait une forte saillie de Tocciput. La face, large en haut, se rétrécissait en bas ; les yeux étaient largement fendus, mais peu ouverts; le nez, moyen, un peu gros du haut, surmontait une bouche mal dessinée. Les Guanches, pasteurs avant tout, étaient doués d'une force et d'une agilité peu communes. Doux, hospitaliers, ils savaient être, au besoin, de redoutables guerriers, comme ils l'ont montré lorsqu'il s'est agi de défendre leur indépendance. Et cependant, pour lutter contre les Européens, ils n'avaient pas même l'arc; leurs seules armes consistaient en pierres brutes qu'ils lançaient à la main, en javelots, en lances de bois, garnies d'une pointe de pierre, en massues et en une sorte de sabre de bois qui, d'après les anciens auteurs, tranchait comme s'il eût été en acier. Pour vêtements, ces gens avaient des peaux qu'ils taillaient avec un instrument en pierre et assemblaient à l'aide d'aiguilles en os ou en arêtes de poisson. Ils vivaient dans les grottes naturelles qu'ils rencontraient à chaque pas, et n'avaient pour tout mobilier qu'un lit composé de feuilles de fougère recouvertes de peaux, quelques pierres en guise de siège, un petit moulin en lave, des vases en bois ou en terre pour l'eau et le lait et quelques menus objets en os, en bois ou en pierre. Ils ignoraient en effet complètement l'usage des métaux ; leurs parures elles-mêmes ne comprenaient que des colliers formés de petites rondelles de terre cuite ou de coquilles perforées et des pendeloques en bois ou en os. Leurs aliments consistaient en gojiOj farine de grains préalablement torréfiés, en fruits sauvages, en viande, en poisson et en mollusques marins. Il est assez surprenant de voir en usage, chez une population qui ne savait pas même polir ses instruments en pierre, l'embaumement des cadavres. Les grottes qui servaient de cimetières aux Guanches renferment des momies soigneusement enveloppées dans cinq, six, dix peaux de chèvres ou de moutons superposées. Mais cette pratique ne s'étendait pas à toute la population ; elle devait être réservée aux chefs. Il existait, en effet, aux Canaries une hiérarchie civile et religieuse fortement organisée. Chaque île était gouvernée par un ou plusieurs rois, entourés d'un conseil de chefs ou nobles. Des espèces de prêtres, de devins, prenaient part aux délibérations de ce conseil, qui siégeait sur une place entourée de quelques pierres et désignée sous le nom de tagoror* Les Guanches adoraient un être suprême auquel ils offraient des libations de lait, des fruits ou même des animaux. Dans les grandes calamités, leurs troupeaux étaient chargés d'intercéder pour eux auprès de la divinité.

Les Guanches paraissent être les descendants d'une vieille race qui vivait diez nous pendant l'époque quaternaire, la race de Cro-Magnon (V. ce nom). A Tépoque de la pierre polie, lorsque de nouvelles tribus vinrent lui disputer le sol sur lequel elle s'était établie, elle émigra en partie vers le S. et finit par atteindre les Canaries, après avoir traversé la péninsule ibérique et le N. de l'Afrique oîi elle laissa de nombreuses traces. Dans l'archipel canarien, elle ne conserva pas partout sa pureté; à diverses reprises des envahisseurs vinrent s'établir à côté des Guanches et se croisèrent avec eux. Ce furent des individus partis des environs de Carthage qui abordèrent les premiers dans ces îles : les inscriptions numidiques, gravées sur les rochers do la Grande Canarie et de rHe de Fer, sont encore là pour témoigner de cette invasion. Plus tard arrivèrent de nombreux Sémites, qui s'établirent sur beaucoup de points. Enfin, un autre type, de petite taille et à tête courte, était venu aussi se mêler aux premiers occupants. Par suite de tous ces mélanges, le type physique s'était altéré, les mœurs et les coutumes

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