CARABE — CARABINE
Carabus nodulosus Fabr.
c'est un simple produit de la digestion qui n'a d'autre inconvénient que sa mauvaise odeur (V.Brâchyne).
On connaît actuellement près de trois cents espèces de Carabes, réparties dans tout l'hémisphère boréal depuis les
régions polaires jusqu'aux limites méridionales du bassin de la Méditerranée, en Abyssinie, aux îles Canaries et au Japon.
La France en possède une quarantaine, dont quelques-unes, comme les C.
auratusU , C. purpurascens Fabr., C. catenu- Mus Fabr., C. convexus Fabr., C. nemoralis Illig., C. molinis Fabr. et C. cancellatus Illig., se rencontrent un peu partout. Le C. auvalus L., bien connu sous les noms vulgaires de Jardinière^ Couturière^ Sergent, Vinaigrier, se trouve communément, du mois de mars au mois de mai, dans les jardins et les champs cultivés. Il est long de 20 à 25 millim., noir en dessous, d'un vert métallique doré ou bronzé en dessus, avec les quatre premiers articles des antennes et souvent les pattes d'un fauve rougeâtre. Ses élytres ont, chacune, trois côtes longitudinales obtuses aussi larges que les intervalles correspondants, qui sont finement rugueux. Les autres espèces françaises se trouvent, au contraire, plus ou moins localisées, surtout dans les régions montagneuses. Tels sont, notamment, les C, alyssidotus Illig. et C, vagans Oliv., des montagnes du Var; le C» alpinus Dej., des Hautes-Alpes et des Vosges (région alpine); les C. monticola Dej. et C. Solieri Dej., des Basses- Alpes ; les C. sylvestris Fabr. et C.
irregularis Fabr . , des monta gnes du Jura et des Vosges; les C.hortensis L.
et 5. depressus Bon., du Dauphiné; le €, nitens L., des dunes du Pas-de-Calais et de la Somme, l'une des plus petites espèces du genre (14 à 15 millim.); les C, Cristofori Spence et C, pyrenœus Dej., des régions élevées des Pyrénées; le C, hispamis Fabr., des dép.
du Tarn, de l'Aveyron et de la Lozère, où on le trouve sous les pierres aux bords des torrents qui descendent des Cévennes ; les C, melancholicus Fabr. et C. rutilans Dej., des Pyrénées-Orientales: le C, nodulosus Fabr., du mont Dore et des environs de Phalsbourg ; le C. festivus Dej., des montagnes de l'Auvergne et de l'Aude ; les C, punctato-auratus Germ. et C. splendens Fabr., des Hautes-Pyrénées; enfin le C. auronitens Fabr., qui est commun dans les Alpes, mais rare dans le Nord et le centre ; on le trouve aux environs de Paris, principalement dans les forêts de Marly, de Montmorency et de Villers-Cotterets, sous la mousse au pied des arbres, sous les copeaux humides, dans les souches décomposées. Sa larve a été décrite et figurée par Ratzeburgh [Die Forstinsect, Kâf., 1839, 1, p. 28, pi. 3, fig. 11). Ed. Lefèvre.
II. Paléontologie. — Les Carabiques sont nombreux parmi les insectes mésozoïques et tertiaires. Ils se montrent
Carabus depressus Bon.
pour la première fois dans le Rhétien de Suède (Genre Carabites), et sont plus abondants dans le lias (trois espèces à Schambelen, d'autres dans le lias de Dobbertin et des Alpes autrichiennes). Dans l'oolithe d'Angleterre on cite un vrai Carabus, et ce genre, avec le g. voisin Carabicinus, se retrouve à Solenhofen. A Purbeck on trouve aussi devrais Carabes avec plusieurs genres voisins (Harpalus, Cymindis, etc.). ■— Dans le tertiaire, ce type est plus nombreux et plus varié ; tel est le genre éteint Glenopterus, voisin des Scarites, Les g. Brachynus, Lebia^ Anchornenus, Feronia, Amara, etc., et de véritables Carabidœ (Carabites, Calosoma, Carabus), se trouvent à Aix, à Œningen, à Radoboj, dans le miocène du Groenland, à Florissant (Amérique du Nord), et dans l'ambre des bords de la Baltique. La détermination exacte de ces types fossiles n'a pas encore été faite d'une façon précise.
E. Trouessart.
GARA 81. Ville des Celtibères (Espagne Tarraconaise), qui fut de bonne heure alliée des Romains ; assiégée par les indigènes, elle fut délivrée par Gracchus, comme nous l'apprend Appien (178 av. J.-C). L'itinéraire d'Antonin l'indique sous le nom de Caravi comme une station de la route de Turiaso (Tarazona) à Cœsaraugusta (Saragosse), à 18 milles de la première ville, à 37 de la seconde, ce qui la ferait chercher aux environs de Malien.
CARABIN (V. Carabinier, Ganterie).
CARABINE. Le nom de carabine s'appliquait autrefois aux armes portatives rayées, autrement dit carabinées. L'idée de rayer les armes est très ancienne, elle paraît remonter à la fin du xv« siècle et avoir pris naissance en Allemagne. Les premières rayures étaient des cannelures droites ; elles étaient vraisemblablement destinées à loger les résidus de la combustion de la poudre et à permettre l'emploi de balles d'un calibre très rapproché de celui de l'arme. Plus tard on eut l'idée de forcer la balle à pénétrer dans les rayures, pour diminuer encore davantage le vent de l'arme ; ce forcement était obtenu au moyen d'un maillet et d'une forte baguette en fer ; les rayures furent alors utilisées à guider la balle ainsi forcée jusqu'à la charge de poudre. C'est à un arquebusier de Nuremberg, Auguste Kotter, mort en 1520, qu'on doit l'invention des rayures en hélice. Ayant éprouvé que les rayures droites étaient plus difficiles à creuser que les rayures en hélice, il adopta cette dernière disposition. Les armes rayées ainsi donnèrent des effets de tir remarquables, sans qu'on se rendît compte de la cause qui les produisait. Les premières carabines portaient la platine à rouet, mais dès 1678 elles furent pourvues de la platine à briquet. Cependant les difficultés et la lenteur du chargement firent abandonner peu à peu ces sortes d'armes. En 1741, le grand Frédéric les avait complètement supprimées dans l'armée prussienne. On y revint plus tard en France, vers 1793, après avoir constaté les résultats obtenus par l'Autriche dans les guerres de la Révolution. Deux modèles de carabines furent alors adoptés, l'un pour l'infanterie, l'autre pour la cavalerie; tous deux avaient un calibre de 13"^'^'5 ; ils ne différaient que par leur longueur. Mais on ne tarda pas à reprocher à ces armes les mêmes défauts qu'aux anciennes, et en 1805 elles avaient complètement disparu. En 1826 le lieutenant Delvigne reprit de nouveau l'étude des armes rayées et chercha le moyen de faciliter le forcement de la balle dans les rayures, en employant uniquement la baguette du fusil. Il y parvint en donnant à la chambre un diamètre rétréci : deux ou trois coups de baguette suffisaient pour opérer le forcement dans cette chambre. Des expériences qui furent faites avec cette arme, démontrèrent que la chambre s'encrassait considérablement et que le forcement de la balle se faisait d'une façon très irrégulière ; c'était un grave inconvénient, mais le moyen pratique de forcer la balle était trouvé. En 1837, le colonel Pontcharra, poursuivant la même idée, imagina
CARABINE — CARÂBOTANE
de faire reposer la balle sur un petit sabot en bois qui , refoulé jusqu'à l'entrée de la chambre, régularisait le forcement de la balle dans les rayures. Un disque d'étotfe ou de peau enduit de graisse, placé à la partie inférieure du sabot, complétait l'obturation et nettoyait l'arme à chaque coup. Son arme fut adoptée : le canon avait un diamètre de 47 millim. et présentait six rayures. Cette invention conduisit à la carabine mod. i 842 qui servit à armer le bataillon de chasseurs d'Orléans, aujourd'hui chasseurs à pied. Peu de temps après, le lieutenant-colonel d'artillerie Thouvenin, en garnison à Yincennes où l'on venait de créer une école de tir, mit en essai une innovation heureuse ; il vissait dans le bouton de culasse une tige dirigée suivant l'axe du canon ; la charge de poudre n'était plus logée dans une chambre spéciale, elle était répartie autour de cette tige ; la balle reposait ainsi sur un point d'appui plus rigide que le sabot en bois et son forcement était rendu plus facile ; la tige avait 38 millim. de longueur et 9 millim. de diamètre. A cette innovation vint s'en ajouter une autre plus importante : la balle sphérique fut remplacée par un projectile oblong, cylindro-conique, dont les avantages sont expliqués au mot Projectile. La carabine à tige fut adoptée en 4846 ; elle avait à 1,000 m. une justesse comparable à celle du fusil ordinaire à 230 m. ou de la carabine mod. 1842 à 500 m. Employée dans la guerre de Crimée, elle y rendit de grands services ; on lui reprocha cependant d'attirer l'attention de l'ennemi, par le bruit que faisait la baguette contre la tige ; elle était en outre difficile à décharger. Ces considérations conduisirent le capitaine Minié à supprimer la tige ; dès lors les modifications portèrent principalement sur le mode de construction de la balle (V. Balle) sans affecter sensiblement celui de la carabine dont la baguette était devenue aussi simple que celle du fusil. La carabine des chasseurs prit le nom de carabine modèle 1859. Enfin, en 1866, on adopta le fusil Chassepot, se chargeant par la culasse (V. Fusil).
Aujourd'hui, le sens du mot carabine a changé; on désigne sous ce nom une arme analogue au fusil, tirant ordinairement la même cartouche, mais plus légère et plus courte que le fusil. Elle sert à armer certaines troupes à cheval ; cavalerie légère, train des équipages, gendarmerie, etc. La carabine mod. 1874 pèse seulement 3 kilogr. 560 ; sa longueur est de 1^17 ; son calibre est de 11 millim.; elle n'est pas pourvue de baïonnette ; la fermeture de culasse est du système Gras avec levier de manœuvre recourbé ; la hausse est graduée de 200 à 1,100 m. Une carabine du calibre de 8 millim., analogue au fusil modèle 1886, est actuellement à l'étude.
C A BA B I N I E R ou C A R A B l N . Soldat de grosse cavalerie ; lès premiers carabiniers étaient des tirailleurs institués par Henri IV, au nombre de deux par compagnie de cavalerie et de gendarmerie. En 1688, Louis XIV ordonna la formation d'une compagnie d'élite dans chaque régiment de cavalerie, sous le nom de compagnie de carabiniers. En 1693 toutes ces compagnies furent réunies et formèrent le régiment dit royal-carabiniers, ou corps des carabiniers, fort de cent compagnies réparties en cinq brigades de cinq escadrons à quatre compagnies. Ce corps se recrutait sur l'ensemble de la cavalerie dont chaque compagnie devait fournir annuellement un candidat carabinier présentant des aptitudes spéciales. Néanmoins depuis la Régence jusqu'en 1734, des carabiniers, hommes d'élite, furent rétablis dans la cavalerie au nombre de quatre par compagnie. Le 13 mai 1758, le comte de Provence prit le commandement du régiment qui reçut le nom de corps des carabiniers de Monsieur. En 1763, une brigade du corps vint tenir garnison à Saumur, son état-major comportait un certain nombre de professeurs et d'écuyers civils ; ce fut l'origine de l'école de cavalerie, quantité de jeunes gens de qualité ayant été autorisés à suivre les cours institués pour les carabiniers; de même, chaque
régiment y détachait des élèves instructeurs pour les perfectionner dans l'art équestre. En 1775, le corps des carabiniers fut réduite 1,200 chevaux, et le 17 mars 1788 partagé en deux régiments. La Révolution conserva les carabmiers (chaque régiment formé de quatre escadrons à deux compagnies en 1791) et leur fit prendre la tête de la cavalerie. Même sous le Directoire, quand toute la cavalerie subit des réductions motivées par un trop hâtif retour au pied de paix, les carabiniers en furent exempts. Un décret du 24 déc. 1809 transforma l'armement des deux régiments de carabiniers, qui prirent le casque et la cuirasse et quittèrent alors la carabine, d'où ils tenaient leur nom. En même temps, par galanterie envers la nouvelle impératrice Marie-Louise, Napoléon leur donnait l'habit blanc. A la première Restauration, ils furent réduits à un seul régiment qui reprit son ancien nom de carabiniers de Monsieur, le comte d'Artois en étant devenu chef. Cette circonstance eut pour résultat que, seuls de tous les corps de cavalerie, les carabiniers échappèrent au licenciement général opéré par le ministre de la guerre Clarke (oct. à déc. 1815) pour disperser tous les éléments de lancienne armée. A la date du 27 fév. 1825, le 2« carabiniers était réformé. Les deux régiments subsistèrent jusqu^au l^^janv. 1866, date à laquelle, fusionnés en un seul régiment, ils prirent rang dans la garde impériale. En 1871 Je régiment de carabiniers de l'ex-garde devient le 11« cuirassiers, perdant le titre qu'il portait depuis 1693, et qui disparaissait ainsi de l'armée française, malgré les souvenirs de gloire auxquels il devait son illustration.
Armées étrangères. Le roi de Prusse, Frédéric- Guillaume I«% avait institué, en 1738, un régiment de carabiniers qui n'a pas survécu au licenciement de 1808. La Saxe possède un régiment de carabiniers qui, créé le i^' avril 1867, n'a pas de cuirasses, mais est armé de la carabine et classé dans la grosse cavalerie. C'est le seul régiment qui porte aujourd'hui ce titre dans les armées européennes.
L'infanterie a également, à diverses époques, possédé des carabiniers, c'étaient les soldats d'élite de l'infanterie légère, correspondant aux grenadiers de l'infanterie de ligne. Aujourd'hui encore, en Italie, les gendarmes portent le nom de carabiniers ; en Espagne, les douaniers sont ainsi désignés.
CARABOBO. Etat du Venezuela, 7,729 kil. q. ; 163,401 hab., 21 hab. par kil. q. Situé vers le centre de la République, cet Etat s'étend de la mer des Antilles à la chaîne des Cordillères ; il comprend le lac de Valencia (432 m. d'alt.). La plaine environnante est la partie la plus fertile et la plus cultivée du Venezuela. On y produit surtout du café, du sucre, du cacao. La capitale de l'Etat est Valencia; son port, Puerto-Cabello. Carabobo, qui a donné son nom à l'Etat, fut le théâtre d'une brillante victoire de Bolivar sur les Espagnols , gagnée le 24 juin 1821; elle assura l'indépendance du Venezuela. A. -M. B.
CARABODES (Zool.). Genre d'Arachnides de l'ordre des Acariens et de la famille des Oribatidés, créé par Koeh (1843; et voisin de Belba et surtout de Tegeocranus (V. ces mots). Les pattes sont plus courtes que le corps, faiblement noueuses, sauf à la base, la lèvre inférieure rectangulaire, la cuirasse, dure, terne, pointillée, sculptée ou chagrinée, avec un rebord assez large sur l'abdomen, les poils en massue. — Le type est C. coriaceus (Koch), d'Allemagne et d'Italie. Une autre espèce se trouve en France, notamment aux environs de Paris: c'est C, femoralls (le Tegeocranus femoralis Nicolet, Hist. Nat, des Acariens, 1855), noirâtre, n'ayant pas plus d'un demi-millim. de long, et qui est assez rare dans le bois de Satory. Ces Acariens vivent dans la mousse au pied des arbres (V. Oribates) . E. Tr-t. CARABOTANE. Sorte de bombarde montée sur chariot, employée, en 1388, à Brescia, et par les Hongrois contre
CARABOTANE - CARACALLA
les Turcs, en 1448. Au siège de Castel-Marino, en 1482, les troupes du pape avaient un grand nombre de carabotanes.
CARAÇA (Serra do). Partie de la serra do Espinhaço au N. d'Ouro Preto, prov. de Minas Geraes (Brésil). Son point culminant est à 1,955 m. On y trouve un séminaire renommé où la jeunesse de Minas faisait jadis ses humanités.
CARACA (La). Ile sur la côte orientale du golle de Cadix (Espagne). Fabrique de toile à voiles, chantiers de construction, arsenal, magasins ; 6,000 hab.
CARACAL. Ville de Roumanie, corn, urbaine du district de Romanati, arr. d'Ocol (Valachie) ; 8,590 hab., près de l'embouchure du Teslui ; siège de la prétecture du district. Cette ville se nommait dans l'antiquité Buridava, c'est Tempereur Caracalla qui, passant par là en 217, lui a donné son nom. En 1599 fut livrée près de là une bataille fameuse entre les Turcs et Michel le Brave, prince de Valachie. J. Monnier.
BiBL. : Frunzesco, Dictionar topografic si^statistic alu Romaniei ; Bucarest, 1872.
CARACALLA (M. Aîirelius Ântoninus Caracalla ou Caracallus), empereur romain de 211 à 217. Le sobriquet de Caracalla sous lequel il est resté connu est d'origine gauloise ; il désignait une grande tunique à capuchon,
Buste de Caracalla (musée de Naples),
analogue à la robe du moine ; ce vêtement fut mis à la mode à Rome par cet empereur, qui lui dut son surnom. Fils de Septime Sévère et de Julia Domna, il naquit eh Gaule, à Lyon, le 4 avr. 188, sous le règne de Commode, dont il devait rappeler un jour les folies et les cruautés ; il fut d'abord appelé Bassianus, d'après le surnom de son grand-père maternel. A huit ans, en i96, il reçut de son père, alors en guerre contre un compétiteur Albinus, les titres de césar et de prince de la jeunesse, ainsi que les noms de M. Aurelius Antoninus, comme s'il eût appartenu à l'illustre famille d'Antonin et de Marc-Aurèle; Septime Sévère voulait donner par là quelque popularité à son futur héritier. L'enfance de Caracalla donna, paraît-il, les plus belles espérances ; il ne pouvait supporter le spectacle de malheureux livrés aux bêtes : l'histoire raconte à peu près les mêmes traits de Caligula et de
Néron. Cependant sa véritable nature se laissait voir dans sa jalousie et sa haine pour son frère cadet Géta. Il suivit son père dans ses nombreuses campagnes ; revêtu depuis 198 de la puissance tribunicienne et du titre d'Auguste qui en faisaient comme l'associé de Septime Sévère, on le trouve tour à tour dans la guerre contre les Parthes (199-201), en Syrie, en Egypte, à Rome (203), où un arc de triomphe (encore debout) fut élevé au Forum cette même année pour rappeler les campagnes de l'empereur et de ses deux fils (Caracalla fit marteler plus tard sur ce monument le nom de son frère Géta). Caracalla accompagne ensuite en 210 son père en Bretagne et il assiste à ses derniers moments à Eboraeum (York), en 211.
Devenu ainsi maître du monde à vingt-trois ans, il voulut faire écarter du trône son frère Géta qui avait été associé à l'Empire en 209 ; mais devant l'opposition des légions, il dut renoncer à ce projet : Rome eut deux empereurs à la fois. Elle ne les eut pas longtemps. Caracalla, de retour dans la capitale où il avait rapporté les cendres de son père, se défit de Géta par un assassinat précédé
Monnaie de Caracalla (bronze).
d'un guet-apens. Il l'attira chez lui sous prétexte d'une réconciliation et il le tua dans les bras de leur mère qui fut elle-même blessée (fév. 212). Les prétoriens parlèrent d'abord de venger ce crime; mais de larges distributions les firent bien vite changer d'avis. Géta fut déclaré ennemi public, et tous ceux qui avaient été ses amis ou qui témoignèrent quelque regret de sa mort périrent en foule. Dion Cassius parle de vingt mille personnes mises à mort : la plus illustre de ces victimes est le grand jurisconsulte Papinien, préfet du prétoire, qui refusa, diton, de se déshonorer en composant l'apologie du fratricide. Tels furent les débuts de ce prince << qui, selon le mot de Dion Cassius, n'aima jamais personne » ; pendant six ans, Rome vit reparaître les plus mauvais jours de ses pires tyrans ; ce fut une telle succession d'orgies, de débauches, de violences de tout genre, qu'on peut se demander si Caracalla, qui a été plusieurs fois malade, n'est pas devenu fou en sentant entre ses mains la toutepuissance impériale; ses bustes se reconnaissent entre tous par leur expression farouche et méchante. Cependant, il faut dire à son éloge qu'il a beaucoup voyagé ; presque tout son règne s'est passé dans les provinces. En 212, il visite la Gaule; mais la brutalité de son gouvernement le rendit odieux à ses compatriotes. A la fin de 213, après quelques mois passés à Rome, il se porta à la frontière du Rhin menacée par les Alamans et il les vainquit sur les bords du Main. Il parcourt ensuite la Dacie et la Thrace ; il passe à Nicomédie en Asie Mineure, à Antioche en Syrie : de cette dernière ville il rétablit l'ordre à la frontière parthique, et réunit à l'Empire le royaume arménien de FOsrhoène. Il arrive en Egypte à la fin de 215; pour se venger des habitants d'Alexandrie qui lui avaient décoché quelques épigrammes mordantes, il abandonne la grande ville pendant quelques jours à toutes les fureurs de la soldatesque : ce fut un épouvantable massacre, l'empereur l'annonça officiellement au Sénat par un message. De l'Egypte il retourne à Antioche en 216; sous le prétexte que le roi des Parthes a refusé de lui donner sa tille en mariage, il franchit l'Euphrate, ravage la Médie, prend Arbelles; il passe l'hiver à Edesse, capitale de rOsrhoène, puis il recommence la guerre contre les Parthes. Au cours de cette expédition, comme il se ren-
CARACALLA — CARACARA — 26i —
dait à Carrhes pour y visiter le temple célèbre du dieu Lunus, il fut assassiné par un obscur soldat, que le préfet du prétoire Macrin avait payé pour ce meurtre (8 avr. 247). 11 avait juste vingt-neuf ans. Macrin lui-même, son successeur, fut obligé pour se concilier les soldats de le faire mettre par le Sénat au rang des empereurs divinisés ; le nouveau divus 'reçut Fépithète de magnus, sans doute en souvenir d'Alexandre le Grand, Tun de ses héros favoris.
Caracalla a mis sa signature à un édit célèbre, le plus important peut-être au point de vue politique de la législation romaine, celui qui conférait le droit de cité à tous les habitants de l'Empire (Digeste, I, v, 17); ce jour-là l'ancienne constitution du monde romain disparaissait : il n'y avait plus de distinction politique entre le vainqueur et les anciens vaincus. 11 est juste d'ajouter que cette grande mesure a été prise non par libéralisme politique, mais dans un intérêt fiscal, pour soumettre tous les provinciaux à l'impôt du « vingtième des héritages, » et de reconnaître aussi que les empereurs précédents avaient déjà très largement octroyé le jus civitatis, — A ce règne appartient l'un des plus grandioses monuments de Rome, les Thermœ Antoninianœ ; ces thermes d'une somptuosité merveilleuse, avec leurs parements de marljres et de mosaïques, furent construits sur les bords de la voie Appienne, dans la plaine à l'est de l'Aventin ; de leurs ruines gigantesques, aujourd'hui en grande partie déblayées {terme Antonine ou di Caracalla)^ sont sortis quelques-uns de nos plus célèbres antiques, V Hercule, le Taureau et la Flore Farnèse (V. Rome et Thermes). — Grand propagateur du culte des divinités égyptiennes, surtout d'Isis, Caracalla ne semble pas avoir sévi contre les chrétiens avec une rigueur particulière ; la persécution qui sous le règne de son père avait si cruellement frappé l'église d'Afrique fit alors beaucoup moins de victimes. — Il n'eut pas d'enfant de son mariage avec Fulvia Plautilla, qu'il rompit au bout d'un an. On l'accusa d'avoir eu un commerce incestueux avec sa mère Julia Domna ; de là le surnom de Jocaste que les Alexandrins avaient donné à celle-ci. — 11 fut consul quatre fois, en 202, 205, 208, 213. G. L.-G.
BiBL.: SPARTiEii, A ntoninus Caracallus.— BioT^ Cassivs (contemporain de Caracalla); Hérodien, passim. — DuNCKER, De la Guerre alemannique de Caracalla (Annalen d. Vereinsf. Nassauische Alterlhumskunde^Wieshaden, XV, 1879). — V. Duruy, Hist. des Romains, t. VI (édit. illustrée). — J. Zej.ler, les Empereurs romains.
CARACARA (Ornith.). Le genre Caracara de Lesson (Traité d'ornithologie, 1831, p. 34) avait été appelé précédemment Polyborus par Vieillot (Analyse, 1816, p. 22) et doit conserver ce nom en vertu des lois de priorité. Avec les Milvago et les Ibycter, il constitue un groupe naturel de Rapaces qui offrent dans leur physionomie extérieure et dans leurs mœurs certaines analogies avec les Vautours (V. ce mot), mais qui, par la structure de leur charpente osseuse et par la disposition de leurs narines, paraissent se rattacher plutôt aux Falconidés (V. Faucon). Les Caracaras, en effet, ont le bec fort et crochu, les narines arrondies et munies parfois d'un petit tubercule central et en même temps ils ont les côtés (le la tête plus ou moins dénudés, à la façon des Vautours, dont ils ont été longtemps rapprochés. Chez les Caracaras proprement dits (Polyborus), le bec est épais avec la mandibule supérieure assez fortement busquée, les narines lunulaires, un peu obliques, situées tout près du bord supérieur de la cire, sans tubercule apparent, et les plumes de la région postérieure de la tête forment une large touffe plutôt qu'une véritable crête.
Le Polyborus tharus (Falcotharus Molina, Sagg, St. Nat. CUL, 1782, p. 264), que Brisson avait considéré à tort comme un Busard en l'appelant Busard du Brésil ^ le Polyborus tharus, disons-nous, habite toute l'Amérique méridionale, depuis la Terre de Feu jusqu'au fleuve Amazone et au 20« degré de lat. N. A l'âge
adulte, ce Rapace, un peu plus gros qu'une Buse, porte une livrée fort différente de celle de nos Oiseaux de proie européens. Le sommet de sa tête est en effet orné d'une calotte de plumes touffues et allongées, d'un noir uniforme; les joues, le menton et la gorge sont d'un blanc
Caracara {Polyhorus tharus Vieil!.).
jaunâtre, d'une teinte crème ; la poitrine, le dos, les flancs offrent, sur un fond blanc, de nombreuses raies transversales foncées qui, en arrière, deviennent confluentes et produisent une teinte noirâtre continue; les ailes sont brunes avec des lisérés fauves sur les couvertures et les pennes secondaires et la queue, noire dans sa portion terminale, est recoupée à la base par des raies brunes sur fond blanc ou jaunâtre. Le bec est d'un brun corné, tirant au jaunâtre, les pattes sont jaunes, les yeux bruns, la cire et l'espace dénudé, entre le bec et les yeux, d'un rouge carmin, d'un jaune orange ou d'un jaune fauve, la coloration de cette région changeant d'un moment à l'autre chez le même individu. Les jeunes ont le front, le dessus de la tête, le dos et les ailes d'un brun sépia varié de fauve, la poitrine et les flancs d'une teinte analogue, recoupée par des raies longitudinales jaunâtres ; les joues, le menton et la gorge d'un blanc tirant au fauve ; les jambes striées de jaune sur un fond brunâtre ; le croupion et la queue comme chez l'adulte.
Les Caracaras fréquentent les plaines marécageuses et semées de bouquets de bois ; ils se nourrissent d'animaux vertébrés, vivants ou morts, et, plus rarement, d'insectes et de mollusques. En rase campagne, ils ne font guère la chasse aux oiseaux et sont au contraire fréquemment poursuivis par des troupes de Gobe-Mouches qui les harcellent sans relâche; mais dans le voisinage des habitations ils se montrent plus hardis et ravissent des poulets ou cherchent même à enlever des agneaux nouveau-nés Les chasseurs sont fréquemment suivis par quelques-uns de ces Rapaces, prompts à s'élancer sur le gibier tiré et si quelque cheval, quelque bœuf mort de fatigue ou de maladie a été abandonné le long de la route, on est sûr de voir accourir, d'abord des bandes de Vautours qui s'empressent de déchirer le cadavre, puis des troupes de Caracaras qui achèvent de dépouiller les os. Dans les vastes solitudes de l'Amérique du Sud, le voyageur qui se croyait complètement isolé, voit, aussitôt qu'il s'arrête, surgir des Caracaras qui se perchent sur les arbres voisins pour attendre les restes de son repas. Enfin, ces
mêmes oiseaux se montrent particulièrement friands de reptiles qu'ils prennent, dit-on, avec autant d'adresse que les Serpentaires (V. ce mot) du cap de Bonne- Espérance, fis volent rapidement, mais toujours horizontalement et sur le sol s'avancent à pas allongés, en tournant de temps en temps la tête pour observer les alentours. Du lever au coucher du soleil ils sont sans cesse en mouvement et vers le soir ils se réunissent h des Cathartes (V. ce mot) pour aller dormir sur un arbre isolé, au milieu d'une plaine. Lorsqu'ils sont à terre ou au repos, ces Rapaces émettent de temps en temps un cri guttural que le nom de Caracaras, qui leur a été imposé par les Guaranis, traduit assez exactement; mais dans d'autres circonstances ils font entendre un cri différent, quoique aussi désagréable, que l'on a comparé au bruit produit par deux morceaux de bois rugueux frottés l'un contre l'autre. Tandis qu'ils ont souvent maille à partir avec les Chimangos et avec d'autres oiseaux du même groupe, les Caracaras vivent généralement en très Donne harmonie les uns avec les autres ; le mâle et la femelle restent étroitement unis pendant toute l'année et construisent, au mois d'août ou de septembre, une aire spacieuse, placée sur la cime d'un arbre, dans laquelle la femelle dépose deux œufs tachetés de rouge sang sur un fond rougeâtre. Dans la Colombie, la Guyane, l'Amérique centrale, la Louisiane, le Texas et la Californie, le Polyborus tharus est remplacé par une autre espèce du môme genre, le P. cheriway Jacq., qui se distingue assez facilement par l'absence de raies transversales sur la poitrine et sur le dos, ces deux régions offrant, au contraire, des taches longitudinales fauves sur un fond brun. E. Oustalet.
BiBL. : Brisson, Ornith., 1760, t. I, p. 405. — Spix, Av. Bras., 1. 1, p. 3, pi. 7. ~ Vieillot et Oudart, Galerie des Oiseaux, 1. 1, p. 23 et pi. 7. — D'ÛRBiGNYi Voy. Amer, mérid.» Oiseaux, 1825, t. I, p. 23 et pi. 7. — Jacquin, Beitr., 1784, p. 17 et pi. 4. — J.-J. Audubon, B. Amer., in-fol.,pl. 161, et 1839, in-8, t. I, pi. 21 et pi. 4. — R.-B. Sharpe, CaL B. Brit. Mus.^ 1874, t. 1, p. 30.
CARACAS. I. Géographie. — Ville capitale de la République du Venezuela et du district fédéral, situé dans la section Bolivar, Etat de Guzman-Bianco. Le district de Caracas (116 kil. q.) a environ 75,000 hab. et comprend la ville et quelques paroisses environnantes. La ville a près de 65,000 hab., blancs et créoles. Située à une ait. de 922 m., dans une belle vallée sur les pentes du mont Avila (2,632 m.), elle est distante de la mer de 15 kil. à vol d'oiseau et a pour port La Guayra, auquel la relie une voie ferrée (38 kil.). Elle est arrosée par La Guayra et ses affluents, sur lesquels sont jetés 40 ponts. Son étendue est de 400 hectares. La température varie entre 9« minimum et 28°6 maximum. Elle est éclairée au gaz, desservie par des tramways, bien alimentée d'eau par un aqueduc de 45 kil., et forme la tête de ligne de sept voies ferrées représentant en 1886 une longueur totale de 293 kil. Elle a son université, plusieurs musées et académies, deux théâtres, un cirque, etc., et possède en grande partie les éléments qui caractérisent les cités civilisées avancées, comme les communications téléphoniques. Ses rues sont larges, bien aérées, se coupant à angle droit, avec de belles places publiques ; des plantations les ombragent ; un certain nombre de monuments élevés à la gloire des grands Américains (Bolivar, Washington, etc.) les décorent. Beaucoup de maisons ne sont qu'à un étage, en briques écrues ; récemment on en a bâti de plus hautes, ce qui n'est peut-être pas absolument prudent, la ville pouvant subir un nouveau tremblement de terre comme celui de 1812. La cathédrale est le seul monument qui ait survécu à ce cataclysme. Citons encore le Capitole, le Palais des Arts, bâti en 1883 pour l'exposition, la « Maison jaune » (palais présidentiel), l'église Sainte- Anne, et près de la ville, la chapelle du Calvaire, l'Université avec une bibliothèque de plus de 30,000 volumes.
L'industrie n'est pas encore très développée : citons les manufactures de cigares, de savons, bougies, imprimeries.
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Caracas est un marché et un centre commercial important. Son revenu annuel était, en 1883, de 1,561,000 fr. Position géographique : 69o25^ de long. 0. du méridien de Paris et 10030^50'''' de lat. N.
II. HiSTomE. — La côte de Caracas, visitée par Colomb dès 1498, tut de bonne heure le siège d'une petite colonie. Charles Quint la concéda en fief relevant de la couronne de Castille aux Welser, négociants d'Augsbourg, à qui il avait fait un emprunt. Ils le conservèrent de 1520 à 1546, La ville actuelle fut fondée en 1567 ; elle prospéra rapidement et devint le siège d'une capitainerie générale et résidence du gouverneur. Pendant la guerre de l'Indépendance, Caracas s'insurgea en 1810, fut reprise par les Espagnols le 29 juil. 1811, délivrée par Bolivar, reprise encore en 1814 et délivrée en 1821. Quand se scindèrent les Etats-Unis de Colombie (17 nov. 1831), Caracas devint la capitale du Venezuela. Dans l'intervalle elle avait été éprouvée par le terrible tremblement de terre du 26 mars 1812 où périrent 12,000 personnes.
CARACATES, CyCRACATES. Peuple germain qui doit avoir passé le Rhin vers le commencement de Père chrétienne pour s'établir dans le Belgium, Vers l'an 69 ap, J.-C, ils prirent part à l'insurrection de Civilis et combattirent sous le Trévire Julius Tutor contre les cohortes romaines de Sextilius Félix. Tacite les mentionne entre les Vangiones et les Triboci. Comme ce sont les ISemetes qui occupent le territoire s'étendant entre le pays des Vangiones et celui des TribocU on suppose que les Caracates étaient les clients de l'une de ces deux nations, par laquelle ils ont fini par être absorbés. D'après une autre conjecture, nous serions en présence d'une faute de copiste : au lieu de Caracates^ il taudrait lire Saravates ; ce serait alors le peuple des bords de la Sarre (Saravm) (V. Tacite, msi., IV, 70). L. W.
CARACCI. Famille de peintres italiens (V. Carracci).
CARACCIO (Antonio), poète italien, né à Nardo, prov. de Lecce, en 1630, mort à Rome le 14 févr. 1702. 11 fut protégé par la princesse Olimpia Aldobrandini et par le cardinal Giambattista Spinola. On le considérait de son vivant comme un homme d'un grand talent ; ses vers demeurent curieux, çà et là, en leur recherche de mauvais goût : Fosforo, canzone epitalamica (Lucques, 1650) ; Poésie liriche (Rome, 1689) ; Hmperiovindicato,poema eroicoy cogli argomenti e chiave delVallegoria (Rome, 1690), poème sur la conquête de Constantinople par les croisés ; // Corradino^ tragedia (Rome, 1694). R. G.
BiBL. : Martucellt, Biografia degli uomini illustri de regno di Napoli; Naples, 1814-1830, 15 vol. in-4.
CARACCIOLI. Célèbre famille napolitaine, d'origine grecque, qui a fourni à l'Italie beaucoup de personnages illustres dans la politique, les lettres et la science.
Ser Gianni Caraccioli, secrétaire et favori de la reine de Naples Jeanne 11. Il fut élevé à la dignité de connétable, grand sénéchal, comte d'Avellino et seigneur de Capoue. Pendant seize ans (1416-1432), il fit trembler tous les sujets de la reine Jeanne. Mais une cabale se forma contre lui. Le jour même du mariage de son fils avec la fille du condottiere Jacq. Caldera, Gianni fut tué sur son lit à coups de hache et d'épée. Son cadavre fut livré en pâture à la curiosité haineuse du peuple et ses biens furent confisqués.
Robert Caraccioli, prélat italien, né et mort à Lecce (royaume de Naples), vécut de 1425 à 1475. Il se distingua comme prédicateur dans l'ordre des Mineurs, reçut de Calixte III et de Paul H différentes missions et fut élevé par Sixte IV à l'évêché de Lecce. On a de lui un grand nombre de sermons et de traités de théologie. (V. ses OEuvres complètes publiées à Venise en 1490; 3 vol. in-fol.)
Tristan Caraccioli, né vers 1439, mort vers 1517. Il a laissé des opuscules historiques insérés au t. XXII des Rerum italicar, scriptores de Muratori.
Marino Caraccioli, diplomate et cardinal italien (1469-
CARÂCCÏOLÏ — CARACCIOLO
1538). Il fut envayé par Léon X en Allemagne pour déterminer l'électeur de Saxe à livrer Luther au pape. Il négocia en 1529 au nom de l'empereur Charles-Quint la paix avec Milan dont il devint gouverneur à la mort du dernier duc. II avait reçu l'évêché de Catane. Paul III le nomma cardinal. H. Vast.
CARACCIOLI (Jean), prince deMelphe, duc de Venouse, d'Ascoli et de Sora, maréchal de France, né en 1480, mort à Suze en 1550. Il s'attacha aux Français après la conquête de Naples par Charles YIII, et prit part à la bataille de Ravenne (1512); plus tard, il suivit le parti de Charles-Quint. En 1528, il fut assiégé et pris parLautrec dans la ville de Melphe avec sa femme et ses enfants. L'empereur lui ayant refusé les secours nécessaires pour sa rançon, François P"* se l'attacha en le faisant chevalier de son ordre et lieutenant général, et lui donna diverses terres, entre autres Romorantin, Nogent, Brie- Comte-Robert, S'étant distingué ensuite dans la campagne de Provence, en 1536, et dans la défense du Luxembourg, il reçut le bâton de maréchal en \M{, L'année suivante, il eut le gouvernement du Piémont. G. R.
BiBL. : Le P. Anselme, Histoire généalogique, t. VII, p. 191. — De la Chenaye des Bois et Badier, Dictionn. de la noblesse, t. IV, p. 678.
CARACCIOLI (Jean-Antoine), évêque de Troyes et ministre protestant, né au commencement du xvi® siècle, mort à Châteauneuf-sur-Loire en 1569, troisième fils du précédent, maréchal de France. Après avoir été présenté à la cour de François I^"^, il se retira au désert de la Sainte-Baume en Provence ; puis il revint à Paris et entra chez les chartreux. En 1538, il passa aux chanoines réguliers de Saint - Victor ; en 1543, il devint leur abbé et s'occupa de plaisirs et de choses militaires plus que de dévotion. Nommé évêque de Troyes en 1551, il se montra singulièrement favorable à la Réforme, parlant fort librement des abus de l'Eglise romaine, mais ne touchant point à la matière de la messe. En revenant d'un voyage qu'il avait fait à Rome, pour solliciter, dit-on, le chapeau de cardinal, il passa par Genève et eut des entretiens avec Calvin et Théodore de Bèze. Au colloque de Poissy, il siégea parmi les prélats catholiques, mais avec une indépendance qui lui valut les éloges de Théodore de Bèze. De retour dans son diocèse, il abjura en présence d'une assemblée de huguenots, puis se démit de ses fonctions, se fit élire et ordonner de nouveau et finalement accepter comme évêque par les réformés. Suivant De Thou, il prêcha assidûment dans sa chapelle épiscopale, jusqu'à ce que les évêques eussent obtenu du roi sa destitution. La cour lui accorda comme compensation une pension de quatre mille cinq cents livres. Après la bataille de Dreux, il reprit son titre de prince de Melfi et tint entre les catholiques et les protestants une conduite équivoque ; mais il paraît démontré qu'il ne rentra point, par une deuxième abjuration, dans l'Eglise catholique. — Trois de ses écrits constituent des documents intéressants : Lettre à Cornelio Masso, évêque de Bitonte^ pour la justification de Gabriel de Lorges, comte de Montgommery, sur ce quHl avait eu le malheur de tuer le roy Henri IL Cette lettre, qui contient une relation exacte de l'accident, a été publiée dans le t. I du recueil des Epistres des princes par Roselly (Paris, 1572, in-4). Epistre d'Antoine, évesque et ministre du Saint-Evangile, à l'Eglise de Dieu qui est à Troyes et aux fidèles en /.-C. (Sans lieu, 1561, in-8). Lettre aux ministres et aux pasteurs d'Orléans, dans laquelle il leur rend compte de sa conduite par rapport à la religion réformée, qu'il a embrass(^e. Une copie de cette lettre se trouve dans le recueil de la collection Dupuy, côté 333. E.-H. Vollet.
Bibl. : Haag, France protestante, t. III.
CARACCIOLI (Antonio), théologien italien du xvii^ siècle ; il appartenait à l'ordre des théatins. Parmi ses œuvres, nous ne mentionnerons que celles qui peuvent être encore consultées avec utilité aujourd'hui : Synopsis
veterum religiosorum rituum eum notis ad consti^ tutiones clericorum regularium comprehensa (Kome, 1610, in-4) ; Nomenclator et propyleœ ad quatuor antU quos chronologos (Naples, 1626, in-4), édition devenue rare. Les chroniques dont il s'agit dans cet ouvrage et les dissertations de Caraccioli ont été reproduites avec des additions et des notes de C. Perigrini, dans le t. V de Muratori, Rerum iialicarum scriptores prœcipui ab anno 500 ad annum 1500 (Milan, 1723-1751, 29 vol. in-fol.) ; De Sacris Ecclesiœ Napolitanœ Monumentis (Naples, 1645, in-fol.). E.-H. V.
CARACCIOLI (Giovanni-Battista), mathématicien italien du milieu du xviu« siècle, dont on a un ouvrage : De Linels curvis (Pise, 1740, in-4).
CARACCIOLI (Le marquis Domenico), né à Naples en 1715, mort à Naples en 1789. A la fois diplomate et lettré, il fut successivement ambassadeur à Turin, en Angleterre et en France. A Paris, il se lia très étroitement avec toute la société des encyclopédistes, où il obtint par ses vives et spirituelles saillies le plus vif succès. En 1780 il devint vice-roi de Sicile et en 1786 ministre des affaires étrangères. Les correspondances de Marmontel, de Grimm, de Diderot et de d'Aîembert sont pleines d'anecdotes et de bons mots qu'on lui prête libéralement. 11 prit une part active à la célèbre querelle de Gluck et de Piccini et soutint énergiquement son compatriote. H. V .
CARACCIOLI (Louis-Antoine de), littérateur français, né à Paris en 1721, mort à Paris le 29 mai 4803. Après avoir terminé ses études au Mans, il entra dans la congrégation de l'Oratoire (1739) , mais n'y resta pas longtemps. On sait d'ailleurs peu de chose de sa vie, sinon qu'on l'a souvent confondu avec son homonyme, ambassadeur de Naples en France et que la Convention lui accorda en 1795 une gratification de 2,000 fr. L'un des écrivassiers les plus abondants de son siècle, on le vit tour à tour produire des livres de morale et de piété, comme les Caractères de V amitié (1754); la Jouissance de soi-même (1758) ; le Tableau de la mort (1761); la Grandeur d'âme (1161, in-12) ; De la Gaieté (1762, in-12) ; le Langage de la raison (1763) ; le Langage de la religion (1763) ; le Cri de la vérité contre la séduction du siècle (1765, in-12) ; le Chrétien du temps confondu par les chrétiens des premiers siècles (1766, in-12), etc. ; des fantaisies telles que le Livre à la mode (1759) et le Livre des quatre couleurs (1760), que leur typographie multicolore fait rechercher des curieux ; des compilations historiques, où soi-disant telles, comme une Vie du P. de Condren, deuxième général de l'Oratoire (1764, in-12) et une Vie du cardinal de Bérulle (id., id.); une Vie de Laurent Ricci, dernier général de la compagnie de Jésus (1776, in-12); une Vie de M*»« de Maintenon (1788, 2 vol. in-12), etc. ; des brochures politiques de circonstance : Lettre d'un paysan à son curé sur une nouvelle manière de tenir les Etats généraux (1789, in-8); Anecdotes piquantes relatives aux Etats généraux (1789, in-8) ; le Magnificat du tiers état (1789, in-8) ; la Petite Lutèce devenue grande fille (1790, 2 vol. in-12), etc., etc. Le seul livre de Caraccioli qui mérite une mention spéciale, ce sont ses Lettres intéressantes du pape Clément XIV (1775, 3 vol. in-12) où il avait assez habilement mêlé quelques lettres authentiques à celles qu'il avait fabriquées et dont le succès fut très vif, en dépit ou à cause même des protestations qu'elles soulevèrent. Un passage d'une de ces lettres a fourni à H. de Latouche (V. ce nom) le thème d'une autre correspondance apocryphe , soi-disant échangée entre le pape et l'arlequin Carlo Bertinazzi, son camarade d'enfance. M. Tx.
CARACCIOLO (Pietro-Antonio) , poète napolitain, né vers 1475, mort en 1555. Il écrivit des farces en dialecte napolitain, en style doux et grave, dit un contemporain, et, autant que l'on peut en juger, avec un effort pour abandonner la stérile allégorie, faire passer à la scène
CARAGCIOLO - CARACOLE
un peu de la vie sociale et des mœurs de son temps. De ses œuvres, il ne reste rien que les fragments cités dans la lettre VHI® de la Raccolta di lettere scienti fiche ed erudite dirette dalVAh.^'^^ a diversi suoi amici (Naples, 1780), et rerais en lumière par M. Torraca. Cet abbé avait eu en main un manuscrit souvent signalé, maintenant perdu, qui contenait les onze farces écrites par Caracciolo : Farsa dore se introduce una Citciy lo Cito, una Vecchia, un Notaro, etc.; Farsa de lo îmagico; Farsa de un Notaro mercatante; Farsa de uno Malato; Dia-logo di dui Pezzenti; Inter loquesceno uno Villano due Cava juoli et uno Spagnuolo; Se introducono un Medico, un Villano e la mogliere del Villano ; Farsa de quattro villani quali acconciano loro mogliere con altri, etc. H. G.
BiBL. : Francesco Torbaca, Studi di storia letteraria napoletana ; Livourne, 1884, in-12.
CARAGCIOLO (Giovanni-Battista), peintre, né à Naples vers 4580, mort en 1641. Ce peintre, élève de Francesco Imparato, puis du Caravage, finit par devenir l'admirateur déterminé d'Annibal Carrache; il a contre lui d'avoir été Tun des persécuteurs du Dominiquin et l'un des trois peintres, avec Ribera et Bellisario Corenzio, qui imposèrent une véritable tyrannie aux artistes napolitains. On voit de ce maître, à Naples, la Mort de la Vierge et f Assomption, fresques dans la chapelle Santa Anna de'Lombardi ; le Lavement des pieds, l'Adoration des Maaes, à San Martine ; un Baptême du Christ et un Miracle de saint Antoine à San Giorgio de' Genovesi ; un Saint Charles à Saut' Agnelle, etc,^
BiBL. : Lanzi, Hist. de la peinture en Italie, II, p. 388. — Ch. Blanc, Histoire des peinti'es, école napolitaine.
CARACCIOLO (Francesco), amiral et patriote napolitain, né le 18 janv. 1752, mort le 28 juin 1799. Il navigua dès l'âge de treize ans. En 1796, capitaine de frégate, il se fit remarquer par son savoir et son intrépidité dans la flotte anglo-napolitaine à Toulon. Devenu amiral, il escorta, en Ï798, les navires qui conduisaient à Palerme le roi fugitif et sa cour. Une violente tempête s'étant élevée, le bâtiment sur lequel se trouvait le roi, et qui était commandé par Nelson, faillit couler bas, tandis que celui de Caracciolo gouverna admirablement. Les éloges donnés par le roi à l'amiral napolitain excitèrent l'envie de Nelson. Peu après, Caracciolo, désireux de servir sa patrie, demanda à Ferdinand la permission de retourner à Naples. La République parthénopéenne lui confia le ministère de la marine et le commandement des forces navales (1799). Le roi, avant de partir, avait fait brûler les navires de l'arsenal et du port. Il ne restait que quelques vieilles barques : Caracciolo les répara, les arma, et en construisit de nouvelles. Avec ces faibles forces, il aurait enlevé Ischia et Procida aux Anglais et aux Siciliens, sans le vent contraire qui l'obligea de se retirer après un jour entier de combat. Mais il réussit à tenir les Anglais éloignés de la côte de Naples, et, quand le cardinal Ruffo serra la ville avec ses bandes, il mitrailla l'ennemi de flanc au pont de la Maddalena. Après la capitulation (15 juin), se fiant aux conventions jurées, il se retira d'abord à Calvizzano. Puis, apprenant la violation du traité, il se cacha. Un de ses domestiques le trahit et le livra aux gens du cardinal Ruffo. Nelson, dominé par la fameuse Emma Liona, lady Harailton, favorite de la reine Marie-Caroline, réclama Caracciolo, non pour le sauver, comme on le croyait, mais pour satisfaire sa haine. L'amiral anglais repoussa l'enquête demandée par la cour martiale qu'il avait instituée, et substitua la peine de mort à celle de la prison perpétuelle qui fut prononcée. Caracciolo, enchaîné, fut immédiatement conduit sur la Minerva^ son propre navire, et pendu à une vergue, oti il resta exposé jusqu'à la nuit. Son corps fut ensuite jeté à la mer. li était mort avec un calme stoïque. Le roi de Naples, arrivé de Sicile, n'était pas encore descendu à terre lorsqu'il vit un cadavre flotter sur les vagues. Il reconnut Caracciolo. « Que veut ce mort? » s'éeria-t-il
effrayé. « Une sépulture chrétienne »» répondit l'aumônier du navire. Le roi y consentit, et Caracciolo fut enterré dans une petite église à Santa Lucia. F. H.
BiBL. : Pietro Colletta, Storia del reame di Napoli dal 113k sino al 1825 ; Florence, 1856, 2 vol., 3« éd. — Mariano d'Ayala , Panteon dei marliri délia libertà itanana; Turin, 1851,2 vol. — Atto Vannucci, / Martiri délia libertà italiana dal 119k al 18k8 ; Florence, 1860. 3® édit., augmentée et corrigée.
CARACCIOLO (Pasquale), musicien amateur et gentilhomme italien qui vivait au xvui® siècle et au commencement du xix^. Il était marquis tt'Arena, duc de Sorrento, gentilhomme de la chambre du roi des Deux- Siciles, et neveu du marquis de Caraccioli, ambassadeur de Naples à Paris, qui fut chef du parti des piccinistes. Le jeune Caracciolo fit ses études au collège des Caraccioli et y apprit les principes de la musique. Il a laissé : îl Ritorno, cantate à trois voix; Coriolano, cantate à quatre voix ; il Finto PastorCy cantate à trois voix ; VAmor costante, cantate à trois voix ; une cantate à trois voix, chœur et orchestre, exécutée en 1816, lors du retour de Ferdinand I«^ dans ses Etats ; une autre cantate à deux voix ; deux messes et divers morceaux religieux, A. E.
CARACENA (don Luiz de Benavides Carillo y Toledo, marquis de Fromista et de), gouverneur des Pays-Bas, mort à Madrid en 1668. Il servit en qualité de général de cavalerie en Italie et aux Pays-Bas avant le traité de Westphalie. Il accompagna ensuite don Juan dans les provinces belges en 1656 et le remplaça dans ses fonctions de gouverneur général en 1659. Les circonstances au milieu desquelles Caracena prenait l'administration des affaires rendaient sa tâche moins difficile que ne l'avait été celle de ses prédécesseurs. Il sut maintenir l'ordre, améliora les finances et réduisit les dépenses militaires. Il fut remplacé en 1664 par le marquis de Castel-Rodrigo. E. H. BiBL. : Van Loon. Hist. métali. des Pays-Bas ; La Ha.ye, 17'^3-173l, 4 vol. în-4. — Van der Vijngkt, Hist. chronol. des gouv. gén. des Pays-Bas (ms. de la Bibl. r. de Bruxelles).
CARACOLE OU CARAGOL. I. Art militaire. — Terme d'art militaire en usage dans les troupes à cheval, depuis le XVI® siècle jusqu'à la fin du xviii®. On le trouve employé pour désigner trois mouvements différents : 1** celui qu'exécutait la cavalerie pour se servir, à cheval, de l'arme à feu ; chaque cavalier, se détachant du rang, successivement, prenait le trot, puis le galop, tirait et revenait ensuite se former à hauteur des serre-files en décrivant une volte ; 2*^ toute conversion ou marche circulaire sur un front d'escadron ; 3<* comme terme d'équitation, une série de voltes et demi-voltes exécutées à l'intérieur du manège, en dehors de la piste.
11."^ Mines. — La rupture de la tige constitue, dans une opération de sondage, l'un des accidents les plus graves. Elle a retardé de deux années l'achèvement du forage du puits de Grenelle ; une rupture de trépan a môme amené l'abandon du sondage de la Mouillelonge (Saône-et- Loire) après six mois d'efforts, lorsqu'on était déjà arrivé à 920 m. et que des empreintes houillères indiquaient l'approche du but de la recherche. Le premier soin doit être d'apprécier, d'après l'inspection du tronçon que l'on a ressorti, la longueur de la rallonge brisée dans le trou de sonde. Si la rupture a eu lieu près de l'assemblage inférieur, on passera au-dessous de ce dernier la caracole (fig.). Cet outil n'est autre chose qu'un crochet horizontal dont l'ouverture est un peu plus grande que le carré de la tige à saisir la sonde, et dont l'extrémité est en forme de bec affilé pour faciliter son passage entre la pièce à saisir et les parois du puits. Il est venu de forge avec une tige à emmanchement, qui sert à le
Caracole.