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III. — Solidarité; gom.ml.mon universelle

Dieu est l'esprit de sagesse, d'amour et de vie, la puissance infinie qui gouverne le monde. L homme est fini, mais il a l'intuition de l'infini. Le principe spirituel qu'il porte en lui l'incite à scruter des problèmes qui dépassent les limites actuelles de son entendement. Son esprit, prisonnier dans la chair, s'en dé-

gage parfois et s'élève vers les domaines supérieurs de la pensée, d'où lui viennent ces hautes aspirations, trop souvent suivies de rechutes dans la matière. De là tant de recherches, de tâtonnements et d'erreurs, à tel point qu'il serait impossible de distinguer la vérité dans l'amoncellement des systèmes et des superstitions que le travail des âges a accumulés, si les puissances invisibles ne venaient faire la kimière dans ce chaos.

Chaque âme est un ra) onnement de la grande Ame universelle, une étincelle émanée de l'éternel loyer. Mais nous nous ignorons nous-mêmes, et cette ignorance est la cause de notre faiblesse et de tous nos maux.

Nous sommes unis à Dieu dans le rapport étroit qui relie la cause à l'effet, et nous sommes aussi nécessaires à son existence qu'il est nécessaire à la nôtre. Dieu, Esprit universel, se manifeste dans la nature, et l'homme est, sur terre, la plus haute expression de la nature. Nous sommes l'œuvre et l'expression de Dieu, qui est la source du bien. Mais ce bien, nous le possédons seulement à l'état de germe, et notre tâche est de le développer. Nos vies successives, notre ascension sur la spirale infinie des existences, n'ont pas d'autre but.

Tout est écrit au fond de l'âme en caractères mystérieux : le passé, d'où nous émergeons et que nous devons apprendre à son-

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der ; l'avenir, vers lequel nous évoluons, avenir que nous édifierons nous-mêmes comme un monument merveilleux, fait de pensées élevées, de nobles actions, de dévouements et de sacrifices.

L'œuvre à réaliser par chacun de nous se résume en trois mots : savoir, croire, vouloir; c'est-à-dire : savoir que nous avons en nous des ressources incalculables ; croire à l'efficacité de notre action sur les deux mondes de la matière et de l'esprit; vouloir le bien en dirigeant nos pensées vers ce qui est beau et grand, en conformant nos actions aux lois éternelles du travail, delà justice et de l'amour.

Issues de Dieu, toutes les âmes sont sœurs ; tous les enfants de la race humaine sont unis par des liens étroits de fraternité et de solidarité. Aussi, les progrès de l'un de nous sont ressentis par tous, de même que l'abaissement d'un seul affecte l'ensemble.

De la paternité de Dieu découle la fraternité humaine ; tous les rapports qui nous unissent se rattachent à ce fait. Dieu, père des âmes, doit être considéré comme l'Être conscient par excellence et non comme une abstraction. Mais ceux qui ont une conscience droite et sont éclairés par un rayon d'en haut, reconnaissent Dieu et le servent dans l'humanité qui est sa fille et son œuvre.

Quand l'homme est parvenu à la connaissance de sa véritable nature et de son unité

avec Dieu, lorsque cette notion est entrée dans sa raison et dans son cœur, il s'est élevé jusqu'à la vérité suprême ; il domine de haut les vicissitudes terrestres ; il a trouvé la force qui « soulève les montagnes », rend vainqueur dans la lutte contre les passions, fait mépriser les déceptions et la mort. 11 accomplit ce que le vulgaire appelle des prodiges. Par sa volonté, par sa foi, il soumet, il gouverne la substance; il brise les fatalités de la matière ; il devient presque un dieu pour les autres hommes. Plusieurs, dans leur passage ici-bas, sont parvenus à ces hauteurs de vues ; seul, le Christ s'en est pénétré au point d'oser dire à la face de tous : « Moi et mon Père, nous sommes un ; il est en moi et je suis en lui. »

Ces paroles ne s'appliquaient cependant pas à lui seul ; elles sont vraies pour l'humanité entière. Le Christ savait que tout homme doit arriver à la compréhension de sa nature intime, et c'est dans ce sens qu'il disait à ses disciples : « Vous êtes tous des dieux (1). » 11 aurait pu ajouter : des dieux en devenir !

C'est l'ignorance de notre propre nature et des forces divines qui dorment en nous, c'est l'idée insuffisante que nous nous faisons de notre rôle et des lois de la destinée, qui nous assujettissent aux influences inférieures, à ce que nous appelons le mal. En réalité, ce n'est

(1) .lEAN, X, V. 34.

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là qu'un manque de développement. L'état d'ignorance n'est pas un mal par lui-même ; c'est seulement une des formes, une des conditions nécessaires de la loi d'évolution. Notre intelligence n'est pas mûre ; notre raison enfant trébuche aux accidents du chemin ; de là l'erreur, les défaillances, les épreuves, la douleur. Mais toutes ces choses seront un bien, si on les considère comme autant de moyens d'éducation et d'élévation. L'àme doit les traverser pour arriver à la conception des vérités supérieures, à la possession de la part de gloire et de lumière qui fera d'elle une élue du ciel, une expression parfaite de la Puissance et de FAmour infinis. Chaque être possède les rudiments d'une intelligence qui atteindra au génie, et il a l'immensité des temps pour la développer. Chaque vie terrestre est une école, l'école primaire de l'éternité.

Dans la lente ascension qui porte l'être vers Dieu, ce que nous cherchons avant tout, c'est le bonheur, la félicité. Toutefois, dans son état d'ignorance, riiomme ne saurait atteindre ces biens, car il les recherche presque toujours où ils ne sont pas, dans la région des mirages et des chimères, et cela au moyen de procédés dont la fausseté ne lui apparaît qu'après bien des déceptions et des souffrances. Ce sont ces souffrances qui nous éclairent ; nos douleurs sont des leçons austères ; elles nous apprennent que le vrai bonheur n'est pas dans

les choses do la matière, passagères et changeantes, mais dans la perfection morale. Nos erreurs et nos fautes répétées, les fatales conséquences qu'elles entraînent, finissent par nous donner l'expérience, et celle-ci nous conduit à la sagesse, c'est-à-dire à la connaissance innée, à l'intuition de la vérité. Parvenu sur ce terrain solide, l'homme sentira le lien qui l'unit à Dieu et il avancera d'un pas plus sûr, d'étapes en étapes, vers la grande lumière qui ne s'éteint jamais.

Tous les êtres sont reliés les uns aux autres et s'influencent réciproquement. L'univers entier est soumis à la loi de solidarité.

Les mondes perdus dans les profondeurs de l'éther, les astres qui, à des milliards de lieues de distance, entre-croisent leurs rayons d'argent, se connaissent, s'appellent et se répondent. Une force que nous nommons attraction les réunit à travers les abîmes de l'espace.

De même, sur l'échelle de vie, toutes les âmes sont unies par de multiples rapports. La solidarité qui les lie est fondée sur l'identité de leur nature, sur l'égalité de leurs souffrances à travers les temps, sur la similitude de leurs destinées et de leurs fins.

Gomme les astres du ciel, toutes ces âmes s'attirent. La matière exerce sur l'esprit ses

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pouvoirs mystérieux. Ainsi que Prométhée sur son roc, elle Tenchaîne aux mondes obscurs. L'âme humaine ressent toutes les attractions de la vie inférieure ; en même temps, elle perçoit les appels d'en haut.

Dans cette laborieuse et pénible évolution qui entraine les êtres, il est un fait consolant sur lequel il est bon d^insister : c'est qu'à tous les degrés de son ascension, l'âme est attirée, aidée, secourue par les Entités supérieures. Tous les esprits en marche sont aidés par leurs frères plus avancés et doivent aider à leur tour ceux qui sont placés au-dessous d'eux.

Chaque individualité forme un anneau de la grande chaîne des êtres. La solidarité qui les unit peut bien restreindre quelque peu la liberté de chacun d'eux, mais si cette liberté est limitée en étendue, elle ne l'est pas en intensité. Si bornée que soit l'action de l'anneau, une seule de ses impulsions peut agiter toute la chaîne.

C'est une chose merveilleuse que cette fécondation constante du monde inférieur par le monde supérieur. De là viennent toutes les intuitions géniales, les inspirations profondes, les révélations grandioses. En tout temps, la pensée élevée a rayonné dans le cerveau humain. Dieu, dans son équité, n'a refusé son secours ni sa lumière à aucune race, à aucua peuple. A tous il a envoyé des guides, des missionnaires, des prophètes. La vérité est une et

éternelle ; elle pénètre dans riiuinanité par rayonnements successifs, à mesure que notre entendement devient plus apte à se l'assimiler.

Chaque révélation nouvelle est une continuation de Pancienne. C'est là le caractère du spiritualisme moderne, ([ui apporte un enseignement, une connaissance plus complète du rôle de l'être humain, une révélation des pouvoirs cachés en lui et aussi de ses relations intimes avec la pensée supérieure et divine.

L'homme, esprit incarné, avait oublié son véritable rôle. Enseveli dans la matière, il perdait de vue les grands horizons de sa destinée; il dédaignait les moyens de développer ses ressources latentes, de se rendre plus heureux en devenant meilleur. La révélation nouvelle vient lui rappeler toutes ces choses. Elle vient secouer les âmes endormies, stimuler leur marche, provoquer leur élévation. Elle éclaire les replis obscurs de notre être, nous* dit nos origines et nos fins, nous explique le passé par le présent et nous ouvre un avenir que nous sommes libres de faire grand ou misérable, suivant nos actes.

L'âme humaine ne peut réellement progresser que dans la vie collective, en travaillant au profit de tous. Une des conséquences de cette solidarité qui nous lie, c'est que la vue

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des souffrances des uns trouble et altère la sérénité des autres.

Aussi est-ce la préoccupation constante des esprits élevés, d'aller porter dans les régions obscures, aux âmes attardées dans les voies de la passion et de l'erreur, les radiations de leur pensée et les élans de leur amour. Aucune âme ne peut se perdre : si toutes ont souffert, toutes seront sauvées. Au milieu de leurs épreuves douloureuses, la pitié et l'affection de leurs sœurs les enlacent et les entraînent vers Dieu.

Gomment comprendre, en effet, que les esprits radieux puissent oublier ceux qu'ils ont aimés autrefois, ceux qui partagèrent leurs joies, leurs soucis et peinent encore dans les sentiers terrestres ? La plainte de ceux qui souffrent, de ceux que la destinée enchaîne encore aux mondes arriérés, arrive jusqu'à eux et suscite leur compassion généreuse. Lorsqu'un de ces appels traverse l'espace, ils quittent les demeures éthérées pour verser les trésors de leur charité dans les sillons des mondes matériels. Comme les vibrations de la lumière, les élans de leur amour se propagent dans l'étendue, portant la consolation aux cœurs attristés, versant sur les plaies des humains le baume de l'espérance.

Parfois aussi, pendant le sommeil, les âmes terrestres, attirées par leurs sœurs aînées, s'élancent avec force vers les hauteurs de l'es-

pace pour s'imprégner des fluides vivifiants de la patrie éternelle. Là, des esprits amis les entourent, les exhortent, les réconfortent, calment leurs angoisses; puis, éteignant peu à peu la lumière autour d'elles, afin q«e les regrets déchirants de la séparation ne les accablent pas, ils les reconduisent aux frontières des mondes inférieurs. Leur réveil est mélancolique, mais doux ; et, bien qu'oublieuses de leur séjour passager dans les hautes régions, elles se sentent réconfortées et reprennent plus allègrement les charges de leur existence ici-bas.

Chez les âmes évoluées, le sentiment de la solidarité devient assez intense pour se changer en communion perpétuelle avec tous les êtres et avec Dieu.

L'âme pure communie avec la nature entière; elle s'enivre des splendeurs de l'œuvre infinie. Tout : les astres du ciel, les fleurs delà prairie, la chanson du ruisseau, la variété des paysages terrestres, les horizons fuyants de la mer, la sérénité des espaces, tout lui parle un harmonieux langage. En toutes ces choses visibles, l'âme attentive découvre une manifestation de la pensée invisible qui anime le Cosmos. Celui-ci revêt pour elle un aspect saisissant. Il devient le théâtre de la vie et de la commu-

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nion universelles, communion des êtres les uns avec les autres et de tous les êtres avec Dieu, leur père.

Il n'est pas de distance pour les âmes qui s'aiment, car elles communiquent ensemble à travers l'étendue. L'univers est animé d'une vie puissante ; il vibre comme une harpe sous l'action divine. Les radiations de la pensée le parcourent en tous sens, elles transmettent les messages de l'esprit à l'esprit à travers Timmensité. Cet univers que Dieu a peuplé d'intelligences, afin qu'elles le connaissent, l'aiment et accomplissent sa loi, il le remplit de sa présence, il l'éclairé de sa lumière et le réchauffe de son amour.

La prière est l'expression la plus liante de cette communion des âmes. Considérée sous cet aspect, elle perd toute analogie avec les formules banales, les récitatifs monotones en usage, pour devenir un élan du cœur, un acte de la volonté par lequel l'esprit s'arrache aux servitudes de la matière, aux vulgarités terrestres, pour pénétrer les lois, les mystères de la puissance infinie et s'y soumettre en toutes choses : « Demandez et vous recevrez ! » Prise dans ce sens, la prière est l'acte le plus important de la vie ; c'est l'aspiration ardente de l'être humain qui sent sa petitesse et sa misère, et cherche, ne serait-ce qu'un instant, à mettre les vibrations de sa pensée en harmonie avec la symphonie éternelle. C'est l'œuvre de la

méditation qui, dans le recueillement et le silence élève Tâme jusqu'à ces hauteurs célestes où elle s'augmente des forces, où elle s'imprègne des radiations de la lumière et de Tamour divins. Mais combien peu savent prier ! Les religions ont dénaturé la prière et en ont fait souvent un exercice banal et sans portée.

Sous l'influence du nouveau spiritualisme, la prière deviendra plus noble et plus digne ; elle sera faite avec plus de respect de la Puissance suprême ; avec plus de foi, de confiance et de sincérité, dans un complet détachement des choses matérielles. Toutes nos anxiétés et nos incertitudes cesseront lorsque nous aurons compris que la vie est une communion universelle, et que Dieu et tous ses enfants vivent ensemble cette vie. Alors la prière deviendra le langage de tous^ la haute vibration de l'àme qui, dans ses élans, met en branle le dynamisme spirituel et divin. Ses bienfaits s'étendront sur tous les êtres et particulièrement sur ceux qui souffrent, sur les ignorés de la terre et de l'espace. Elle ira vers ceux à qui nul ne songe, et qui gisent dans l'ombre, la tristesse et l'oubli, en face d'un passé accusateur. Elle éveillera en eux des aspirations nouvelles; elle fortifiera leur cœur et leur pensée. Car l'action de la prière n'a pas de limites, pas plus que les forces et les pouvoirs qu'elle peut mettre en œuvre pour le bien des autres.

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La prière, il est vrai, ne peut rien changer aux lois immuables ; elle ne saurait en aucune façon modifier nos destinées ; son rôle est de nous procurer des secours et des lumières qui nous rendent plus facile l'accomplissement de notre tâche terrestre. La prière fervente ouvre toutes glandes les portes de l'àme et, par ces ouvertures, les rayons de force, les radiations du foyer éternel nous pénètrent et nous vivifient.

Travailler avec un sentiment élevé, en poursuivant un but utile et généreux, c'est encore prier. Le travail, c'est la prière active de ces millions d'hommes qui luttent et peinent sur la terre, au profit de l'humanité.

La vie de l'homme de bien est une prière continue, une communion perpétuelle avec ses semblables et avec Dieu. Il n'a plus besoin de paroles ni de formes extérieures pour exprimer sa foi : elle s'exprime par tous ses actes et toutes ses pensées. Il respire, il s'agite sans effort dans une pure atmosphère fluidique, plein de tendresse pour les malheureux, plein de bon vouloir pour toute l'humanité. Cette communion constante devient pour lui une nécessité, une seconde nature. C'est grâce à elle que tous les esprits d'élection se maintiennent aux hauteurs sublimes de l'inspiration et du génie.

Ceux qui vivent d'une vie égoïste et matérielle, dont la compréhension n'est pas ouverte aux influences d'en haut, ceux-là ne peuvent

savoir quelles impressions ineffables procure cette communion de l'âme avec le divin.

C'est elle, c'est cette union étroite de nos volontés avec la Volonté suprême, que doivent s'efforcer de réaliserions ceux qui, voyant l'espèce humaine glisser sur les pentes de la décadence morale, cherchent les moyens d'arrêter sa chule. Il n'y a pas d'ascension possible, pas d'entraînement vers le bien si, de temps à autre, l'homme ne se tourne vers son Créateur et son Père, pour lui exposer ses faiblesses, ses incertitudes, ses misères, pour lui demander les secours spirituels indispensables à son élévation. Et plus cette confession, plus cette communion intime avec Dieu est fréquente, sincère, profonde, plus l'âme se purifie et s'amende. Sous le regard de Dieu, elle examine, elle étale ses intentions, ses sentiments, ses désirs ; elle passe en revue tous ses actes et, avec cette intuition qui lui vient d'en haut, elle juge ce qui est bon ou mauvais, ce qu'il faut détruire ou cultiver. Elle comprend alors que tout ce qui vient du moi doit être abaissé pour faire place à l'abnégation, à l'altruisme ; que, dans le sacrifice de soi-même, l'être trouve le plus puissant moyen d'élévation, car plus il se donne, plus il s'agrandit. De ce sacrifice, il fait la loi de sa vie, loi qu'il imprime au plus profond de son être en traits de lumière, afin que toutes ses actions soient marquées de son empreinte.

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Debout sur la terre, mon soutien, ma nourrice et ma mère, j'élève mes regards vers Tinfini; je me sens enveloppé dans l'immense communion de la vie; les effluves de l'Ame universelle me pénètrent et font vibrer ma pensée et mon cœur ; des forces puissantes me soutiennent, avivent en moi l'existence. Partout ou ma vue s'étend, partout où mon intelligence se porte, je vois, je discerne, je contemple la grande harmonie qui régit les êtres et, par des voies diverses, les guide vers un but unique et sublime. Partout je vois rayonner la Bonté, l'x^mour, la Justice!

O mon Dieu ! ô mon Père ! source de toute sagesse et de tout amour, Esprit suprême dont le nom est Lumière, je t'ofire mes louanges et mes aspirations I Qu'elles montent à toi comme le parfum des fleurs, comme les senteurs enivrantes des bois montent vers le ciel. Aide-moi à avancer dans la voie sacrée de la connaissance, vers une compréhension plus haute de tes lois, afin qu'il se développe en moi plus de sympathie, plus d'amour pour la grande famille humaine. Car je sais que par mon perfectionnement moral, par la réalisation, par l'application active autour de moi et au profit de tous, de la charité et de la bonté, je me rapprocherai de toi et je mériterai de te mieux connaître, de communier plus intimement avec toi dans la grande harmonie des êtres et des

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choses. Aide-moi à me dégager de la vie matérielle, à comprendre, à sentir ce qu'est la vie supérieure, la vie infinie. Dissipe l'obscurité qui m'enveloppe ; dépose dans mon âme une étincelle de ce feu divin qui réchauffe et embrase les esprits des sphères célestes. Que ta douce lumière et, avec elle, les sentiments de concorde et de paix se répandent sur tous les êtres !

Une des impressions que nous cause, la nuit, l'observation des cieux, c'est celle d'un majestueux silence ; mais ce silence n'est qu'apparent ; il résulte de l'impuissance de nos organes. Pour des êtres mieux partagés, doués de sens ouverts aux bruits subtils de l'infini, tous les mondes vibrent, chantent, palpitent, et leurs vibrations mariées forment un immense concert.

Cette loi des grandes harmonies célestes, nous pouvons l'observer dans notre propre famille solaire.

On sait que l'ordre de succession des planètes dans l'espace est réglé par une loi de progression, dite loi de Bode. Les distances doublent, de planète en planète, à partir du soleil. Chaque groupe de satellites obéit à la même loi. Or, ce mode de progression a un

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principe et un sens. Ce principe se rattache à la fois aux lois du nombre et de la mesure, aux mathématiques et à l'harmonie (1).

Les distances planétaires sont réglées d'après l'ordre normal de la progression harmonique ; elles expriment Tordre même des vibrations de ces planètes, et l.'^s harmonies planétaires, calculées d'après ces règles, donnent un accord parfait. On pourrait comparer le système solaire à une harpe immense dont les planètes représentent les cordes. Il serait possible, dit Azbel, « en réduisant aux cordes sonores la progression des distances planétaires, de construire un instrument complet et absolument accordé (2) ».

Au fond — et c'est là la merveille — la loi qui régit les rapports du son, de la lumière, de la chaleur, est la même qui régit le mouvement, la formation et l'équilibre des sphères, en même temps qu'elle règle leurs distances. Cette loi est à la fois celle des nombres, des formes et des idées. C'est la loi d'harmonie par excellence : c'est la pensée, c'est l'action divine entrevue !

La parole humaine est bien |)auvre ; elle est insuffisante à exprimer les mystèies adorables de l'harmonie éternelle. L'écriture musicale, seule, peut en fournir la synthèse, en commu-

(1) Voir Azbel, Harmonie des Mondes, passim.

(2) Id., Ibid., p. 29.

niquer l'impression esthétique. La musique, langue divine, exprime le rythme des nombres, des lignes, des formes, des mouvements. C'est par elle que les profondeurs s'animent et vibrent. Elle emplit de ses ondes l'édifice colossal de l'univers, te m pie auguste où retentit l'hymne de la vie infinie.

Pythagore et Platon disaient entendre la (c musique des sphères ». Dans le songe de Scipion, que Gicéron relate en une des plus belles pages (}ue nous ait léguées l'antiquité, le dormeur s'entretient avec les âmes de sou père Paul-Émile et de son grand-père Scipion l'Africain ; il contemple avec eux les merveilles célestes et le dialogue suivant s'établit :

« Quelle est donc, demande C. Scipion, cette har monie si puissante et si douce qui me pénètre? « « — C'est, lui répond son aïeul, l'harmonie qui, formée d'intervalles inégaux mais combinés suivant une juste proportion, résulte de l'impulsion et du mouvement des sphères, et qui, fondant les tons graves et les tons aigus dans un commun accord, fait de toutes ces notes si variées un mélodieux concert. De si grands mouvements ne peuvent s'accomplir en silence. »

Presque tous les compositeurs de génie qui ont illustré l'art musical, tels que les Bach, les Beethoven, les Mozart, etc., ont déclaré qu'ils percevaient des harmonies bien supérieures à tout ce que Ton peut imaginer et qu'il leur

était impossible de transcrire. Beethoven, pendant qu'il composait, était hors de lui, ravi dans une sorte d'extase, et écrivait féijrilement, essayant en vain de reproduire cette musique céleste qui Tenlx rait.

Pour être réceptif à ce [)oint, il faut une faculté psychique reniar<|uable. Les rares humains qui la possèdent affirment que tous ceux qui ont saisi le sens musical de l'univers ont trouvé la forn^e supérieure, l'idéale expression de la beauté et de Tharmonie éternelles. Les plus hautes conceptions du genre humain ne sont qu'un écho lointain, une vibration affaiblie de la grande symphonie des mondes.

C'est la source des plus pures jouissances de Tesprit, le secret de la vie supérieure dont nos sens grossiers nous empêchent encore de comprendre, de sentir la puissance et l'intensité. Pour celui qui les goûte pleinement, le temps n'a plus de mesure, et la suite des jours innombrables ne semble ({u'un seul jour. Mais ces joies encore ignorées, l'évolution nous les procurera à mesure ([ue nous nous élèverons sur l'échelle des existences et des mondes.

Déjà nous connaissons des médiums qui perçoivent, dans l'état de trance, de suaves mélodies. Les larmes abondantes qu'ils versent alors sont le témoignage que leurs sensations ne soiit pas illusoires.

Revenons à l'étude du mouvement des sphères et remarquons qu'il n'est pas jusqu'aux exceptions à la règle universelle d'harmonie, ellesmêmes, aux déviations apparentes des planètes qui ne s'expliquent et ne soient des sujets d'admiration. Elles constituent des sortes de « dialogues de vibrations aussi rapprochées que possible de l'unisson » et présentent un charme esthétique de plus dans ce prodige de beauté qu'est l'univers.

Un exemple, des plus frappants, est celui des petites planètes, dites télescopiques, qui évoluent entre Mars et Jupiter, au nombre de plus de 520, occupant un espace d'octave entier, divisé en autant de degrés ; d'où la probabilité que cet ensemble de mondiculesne constitue })as, comme on Ta cru, un univers de débris, mais le laboratoire de plusieurs mondes en formation, mondes dont l'étude du ciel nous dira la genèse future.

Les grands rapports harmoniques qui règlent la situation respective des planètes de notre système solaire sont au nombre de quatre. Ils trouvent leur application :

En premier lieu : du Soleil à Mercure ; sur ce point aussi les forces harmoniques sont en travail ; des planètes nouvelles s'ébauchent.

Puis, de Mercure à Mars. C'est la région des

petites planètes, où se meut notre Terre ; elle y joue le rôle de dominante locale, avec une tendance à s'éloigner du soleil pour se rapprocher des harmonies planétaires supérieures. Mars, composante de ce groupe, et dont nous pouvons distinguer au télescope le s continents, les mers, les canaux gigantesques, tout l'appareil d'une civilisation antérieure à la nôtre, Mars, quoique plus petit, est mieux équilibré que notre demeure.

Les 500 planètes télescopiques constituent ensuite un intervalle de transition ; elles forment comme un collier de perles célestes reliant le groupe des planètes inférieures à la chaîne imposante des grandes planètes, de Jupiter à Neptune et au delà. Cette chaîne forme le quatrième rapport harmonique, aux notes décroissantes comme le volume des sphères géantes qui la composent. Dans ce groupe, Jupiter a le rôle de dominante ; les deux modes, majeur et mineur, se combinent en lui.

« Gomme dans l'inversion harmonique du son, dit Azbel (1) c'est par une progression constante que le groupe ancien de Jupiter à Neptune affirme la formation de ses volumes. Le chaos de corpuscules télescopiques qui suit a arrêté brusquement cette progression. Jupiter est resté là, comme un second soleil, au seuil des deux systèmes. Des rôles d'octave et

(1) Azbel, Harmonie des Mondes, p. 13.

de seconde dominante, il a passé à celui de tonique secondaire et relative, pour exprimer le caractère du rôle spécial , évidemment mineur et relatif, par rapport à celui du soleil, qu'il allait remplir, pendant que de jeunes formations se disposaient en deçà, l'éloignant peu à peu, lui et les mondes qu'il a désormais en tutelle, de l'astre dont il est le plus robuste fils. »

11 est robuste, en effet, et bien imposant dans sa course, ce colossal Jupiter, que j'aime à contempler dans le calme des nuits d'été, douze centsfois plus gros que notre globe, escorté par ses cinq satellites, dont l'un, Ganymède, a le volume d'une planète. Droit sur le plan de son orbite, de façon à jouir d'une égalité perpétuelle de température sous toutes les latitudes, avec des jours et des nuits toujours uniformes dans leur durée, il est, en outre, composé d'éléments d'une densité quatre fois moindre que ceux de notre massive demeure, ce qui permet d'entrevoir, pour les êtres qui habitent ou habiteront Jupiter, des facilités de déplacement, des possibilités de vie aérienne qui doivent en faire un séjour de prédilection. Quel théâtre magnifique de la vie ! quelle scène d'enchantement et de rêve que cet astre géant !

Plus étrange, plus merveilleux encore est Saturne, dont l'aspect est si impressionnant au télescope, Saturne, égal à huit cents globes terrestres amoncelés, avec son immense dia-

dème en forme d'anneau et ses huit satellites, parmi lesquels Titan égale en dimension ]^Iars lui-même.

Saturne, avec le riche cortège qui l'accom- {?agne dans sa lente révolution à travers l'espace, constitue, à lui seul, un véritable univers, image réduite du système solaire. C'est un monde de travail et de pensée, de science et :['art, où les manifestations de l'intelligence et de la vie se développent sous des formes d'une variété et d'une richesse inimaginables. Son esthétique est savante et compliquée ; le sens du beau y est rendu plus subtil et plus profond par les mouvements alternants, les éclipses des satellites et des anneaux, tous les jeux d'ombre, de lumière, de couleurs, où les nuances se fondent en dégradations inconnues à l'œil des terriens, et aussi par des accords harmoniques, si émouvants en leurs conclusions analogiques avec ceux de l'univers solaire tout entier !

Viennent ensuite, aux frontières de l'empire du soleil, Uranus et Neptune, planètes mystérieuses et magnifiques, dont le volume égale près d'une centaine de globes terrestres réunis. La note harmonique de Neptune serait « la culminante d'accord général, le sommet de l'accord majeur de tout le système ». Puis, ce sont d'autres planètes lointaines, sentinelles perdues de notre groupement céleste, encore inaperçues, mais pressenties et môme calculées, d'après les influences qu'elles exercent sur les

confins de notre système, longue chaîne qui nous rattache à d'autres familles de mondes.

Plus loin se déroule l'immense océan stellaire, gouffre de lumière et d'harmonie, dont les vagues mélodieuses enveloppent de toutes parts et bercent notre univers solaire, cet univers si vaste pour nous, si chétif par rapport à l'au-delà. C'est la région de l'inconnu, du mystère, qui attire sans cesse notre pensée et que celle-ci est impuissante à mesurer, à définir, avec ses millions de soleils de toutes grandeurs, de toutes puissances, ses astres doubles, multiples, colorés, effrayants foyers qui illuminent les profondeurs, versant à flots la lumière, la chaleur, l'énergie, et que des vitesses formidables emportent dans l'immensité, avec leurs cortèges de mondes, terres du ciel invisibles mais soupçonnées, et les familles humaines qui les habitent, les peuples et les cités, les civilisations grandioses dont elles sont le théâtre.

Partout les merveilles succèdent aux merveilles ; groupes de soleils animés de colorations étranges, archipels d'astres, comètes échevelées, errant dans la nuit de leur aphélie, foyers mourants qui se rallument tout à coup et flamboient au fond de l'abîme, pâles nébuleuses aux formes fantastiques, fantômes lumineux dont les radiations, nous dit Herschel, mettent deux millions d'années à nous parvenir, formidables genèses d'univers, berceaux et tom-

bes de la vie universelle, voix du passé, promesses de l'avenir, splendeurs de l'infini î

Et tous ces mondes unissent leurs vibrations en une mélodie puissante. L'àme délivrée des liens terrestres et parvenue à ces hauteurs entend la voix profonde des cieux éternels î

Les rapports harmoniques qui règlent la situation des planètes dans l'espace représentent, avons-nous dit d'après Azbel (1), l'étendue de notre clavier sonore et se trouvent conformes à la loi des distances et des mouvements. Il en résulte que notre système solaire est comparable à une sorte d'édifice de huit étages, c'est-àdire huit octaves, avec un escalier formé de 320 degrés ou ondes harmoniques, sur lequel les planètes se trouvent placées, occupant des (( paliers indiqués par l'harmonie d'un accord parfait multiple ».

Les dissonances ne sont qu'apparentes ou passagères. L'accord se retrouve au fond de tout. Les règles de notre harmonie musicale ne semblent être qu'une conséquence, une application bien imparfaite de la loi d'harmonie souveraine qui préside à la marche des mondes. Nous pouvons donc croire logiquement que la mélodie des sphères serait intelligible pour

(1) Azbel, Harmonie des Mondes, p. 10.

notre esprit, si nos sens pouvaient percevoir les ondes sonores qui emplissent l'espace (1).

La règle générale, pour être absolue, n'est cependant pas étroite et rigide. Dans certains cas, comme dans celui de Neptune, l'harmonie relative paraît s'écarter du principe, jamais pourtant de façon à en sortir. L'étude des mouvements planétaires en fournit la démonstration évidente.

Dans cet ordre d'études, plus qu'en tout autre, nous voyons se manifester, dans son imposante grandeur, la loi du Beau et du Parfait qui régit l'univers. A peine notre attention se porte-t-elleversles immensités sidérales, qu'aussitôt la sensation d'esthétique devient intense. Cette sensation va grandir encore et s'accroître à mesure que se préciseront les règles de l'harmonie universelle, à mesure que se lèvera pour nous le voile qui nous dérobe les splendeurs célestes.

Partout nous retrouverons cette concordance qui charme et qui émeut. En ce domaine, aucune

(1) « M. Emile Chizat, dit Azbel (la Musique dans Cespace), constate que le jeu d'orgue dit « voix célestes » n'est pas autre chose que l'application musicale intuitive du rôle important M des idées d'étoile ». Il est probable que des manifestations symphoniques seront faites ultérieurement à ce sujet, qui pourraient réserver au public des impressions inattendues. Puissent-elles, seulement, aider à ramener nos musiques « terrestres » qui s'égarent, à des notions un peu plus hautes et réelles du sacerdoce d'harmonie qu'elles devraient remplir parmi nous. »

de ces discordances, de ces déceptions, si fréquentes au sein de l'humanité. Partout se déploie cette puissance de beauté qui porte à l'infini ses combinaisons, embrassant dans une même unité toutes les lois dans tous les sens : arithmétique, géométrie, esthétique.

L'univers est un poème sublime dont nous commençons à peine à épeler le premier chant. Nous en saisissons seulement quelques notes, quelques murmures lointains et affaiblis, et déjà ces premières lettres du merveilleux alphabet musical nous remplissent d'enthousiasme. Que sera-ce quand, devenus plus dignes d'interpiéter le divin langage, nous percevrons, nous comprendrons les grandes harmonies de l'espace, l'accord infini dans l'infinie variété, le cantique chanté par ces millions d'astres qui, dans la diversité prodigieuse de leurs volumes et de leurs mouvements, accordent leurs vibrations pour une symphonie éternelle ?

Mais, demandera-t-on, cette musique céleste, cette voix des cieux profonds, que dit-elle?

Ce langage rythmé, c'est le Verbe par excellence, celui par qui tous les mondes et les êtres supérieurs communiquent entre eux, s'appelant à travers les distances ; par lequel nous communiquerons un jour avec les autres familles humaines qui peuplent l'espace étoile.

C'est, dans le principe môme des vibrations qui servent à traduire la pensée, la télégraphie universelle, véhicule de l'idée dans toutes les

régions de l'univers, langage des âmes élevées s'entretenant d'un astre à l'autre de leurs œuvres communes, du but à atteindre, des progrès à réaliser.

C'est encore l'hymne que les mondes chantent à Dieu, tour à tour chant d'allégresse, adoration, plainte, prière ; c'est la grande voix des sphères, la suprême harmonie des êtres et des choses, le cri d'amour qui monte éternellement vers l'Intelligence ordonnatrice des univers.

Quand donc saurons-nous détacher nos pensées des banalités quotidiennes et les élever vers ces cimes ? quand saurons-nous pénétrer ces mystères du ciel et comprendre que chaque découverte réalisée, chaque conquête poursuivie dans cette voie de lumière et de beauté, contribue à ennoblir notre esprit, à agrandir notre vie morale, et nous procure des joies supérieures à toutes celles de la matière?

Quand donc comprendrons-nous que c'est là, dans ce splendide univers, que notre propre destinée se déroule? L'étudier, ce sera donc étudier le milieu même où nous sommes appelés à revivre, à évoluer sans cesse, en nous pénétrant de plus en plus des harmonies qui l'emplissent. Car partout la vie s'épanouit en des floraisons d'ames ; l'espace est peuplé de so-

ciétés sans nombre, auxquelles l'être humain est rattaché par les lois de sa nature et de son avenir.

Ils sont à plaindre ceux qui détournent leurs regards de ces spectacles et leur esprit de ces problèmes : 11 n'est pas d'étude plus impressionnante, pas de révélation plus haute de science et d'art, pas de plus émouvante leçon.

Non, le secret de notre bonheur, de notre puissance, de notre avenir n'est pas dans les choses passagères de ce monde ; il est dans les enseignements d'en haut et de l'au-delà. Et les éducateurs de l'humanité sont bien inconscients ou bien coupables, qui ne songent pas à élever les âmes vers les sommets où resplendit la vraie lumière.

Si le doute et l'incertitude nous assiègent, si la vie nous paraît lourde, si nous tâtonnons dans la nuit à la recherche du but, si le pessimisme et la tristesse nous envahissent, n'en accusons que nous-mêmes, car le grand livre infini est là, ouvert sous nos yeux, avec ses pages magnifiques dont chaque mot est un groupe d'astres, chaque lettre un soleil, le grand livre où nous devons apprendre à lire le sublime enseignement. La vérité est là, écrite en lettres d'or et de flamme; elle appelle, elle sollicite notre regard, vérité, réalité plus belle que toutes les légendes et toutes les fictions.

C'est elle qui nous dit la vie impérissable de l'âme, ses vies renaissantes sur la spirale des

mondes, les étapes innombrables sur la route radieuse, la poursuite de l'éternel bien, la conquête de la pleine conscience, la joie de toujours vivre pour toujours aimer, toujours monter, toujours acquérir de nouvelles puissances, des vertus plus hautes, des perceptions plus vastes. Et par-dessus tout, la vision, la compréhension, la possession de l'éternelle Beauté, la félicité d'en pénétrer les lois, de s'associer plus étroitement à l'œuvre divine et à l'évolution des humanités.

De ces magnifiques études, l'idée de Dieu se dégage plus majestueuse, plus sereine. La science des harmonies célestes est comme le piédestal grandiose sur lequel se dresse l'auguste figure. Beauté souveraine dont l'éclat, trop éblouissant pour nos faibles yeux, reste encore voilé, mais rayonne doucement à travers l'obscurité qui l'enveloppe.

Idée de Dieu, centre ineffable où convergent et se fondent, en une synthèse sans bornes, toutes les sciences, tous les arts, toutes les vérités supérieures, tu es le premier et le dernier mot des choses présentes ou passées, proches ou lointaines; tu es la Loi même, la cause unique de toutes les causes, l'union absolue, fondamentale, du Bien et du Beau, que réclame la pensée, qu'exige la conscience et en qui l'âme humaine trouve sa raison d'être et la source intarissable de ses forces, de ses lumières, de ses inspirations!

Dans les chapitres précédents, nous avons démontré la nécessité de Tidée de Dieu. Elle s'affirme et s'impose en dehors et au-dessus de tous les systèmes, de toutes les croyances, Aussi, est-ce libre de toute attache avec une religion quelconque que nous nous livrons à cette étude, dans l'indépendance absolue de notre pensée et de notre conscience. Car Dieu est plus grand que toutes les théories et tous les systèmes. Voilà pourquoi il ne saurait être atteint ni amoindri par les erreurs et les fautes que les hommes ont pu commettre en son nom; Dieu plane au-dessus de tout.

L'Etre divin échappe à toute dénomination comme à toute mesure, et si nous l'appelons Dieu, c'est faute d'un nom plus grand, comme l'a dit Victor Hugo.

La question de Dieu est le plus grave de tous les problèmes suspendus sur nos têtes et dont la solution se lie d'une manière étroite, impérieuse, au problème de l'être humain et de sa destinée, au problème de la vie individuelle et de la vie sociale.

La connaissance de la \érité sur Dieu, sur le monde et la vie est ce qu'il y a de plus essentiel, de plus nécessaire, car c'est elle qui nous soutient, nous inspire et nous dirige,

même à notre insu. Et cette vérité n'est pas inaccessible, comme nous le verrons ; elle est simple et claire ; elle est à la portée de tous. Il suffit de la rechercher sans préjugés, sans parti pris, à l'aide de la conscience et de la raison.

Nous ne rappellerons pas ici les théories, les systèmes innombrables que les religions et les écoles philosophiques ont élevés à travers les siècles. Peu nous importent aujourd'hui les disputes, les colères, les agitations vaines du passé.

Pour élucider un tel sujet, nous avons maintenant des ressources plus hautes que celles de la pensée humaine ; nous avons l'enseignement de ceux qui ont quitté la terre, l'appréciation des âmes qui, ayant franchi la tombe, nous font entendre, du sein du monde invisible, leurs avis, leurs appels, leurs exhortations.

Il est vrai que tous les esprits ne sont pas également aptes à traiter ces questions. Il en est d'eux comme des hommes ; tous ne sont pas également développés ; tous ne sont pas parvenus au même degré d'évolution. De là, les contradictions, les différences de vue. Mais au-dessus de la foule des âmes obscures, ignorantes, arriérées, il y a des Esprits éminents, descendus des hautes sphères pour éclairer et guider l'humanité.

Or, que disent ces Esprits sur la question de Dieu ?

L'existence de la Puissance suprême est affirmée par toutes les entités élevées. Ceux d'entre nous qui ont étudié le spiritisme philosophique savent que tous les giands Esprits, tous ceux dont les enseignements ont réconforté nos âmes, adouci nos misères, soutenu nos défaillances, sont unanimes à affirmer, à proclamer, à reconnaître la haute Intelligence qui gouverne les êtres et les mondes. Ils disent que cette Intelligence se révèle plus éclatante et plus sublime à mesure que l'on monte les degrés de la vie spirituelle.

Il en est de même des écrivains et des philosophes spirites, depuis Allan Kardec jusqu'à nos jours. Tous affirment l'existence d'une cause éternelle dans l'univers.

« Il 11 y a pas cV effet sans caiise^ a dit Kardec, et tout effet intelligent a forcément une cause intelligente. » Voilà le principe sur lequel repose le spiritisme tout entier. Ce principe, lorsque nous l'appliquons aux manifestations d'outre-tombe, démontre l'existence des esprits. Appliqué à l'étude du monde et des lois universelles, il démontre l'existence d'une cause intelligente dans l'univers. C'est pourquoi l'existence de Dieu constitue un des points essentiels de l'enseignement spirite. J'ajoute qu'il en est inséparable, parce que, dans cet enseignement, tout se lie, se coordonne et s'enchaîne. Que l'on ne nous parle pas de dogmes! Le spiritisme n'en comporte pas. Il

n'impose rien ; il enseigne. Tout enseignement a ses principes. L'idée de Dieu est un des principes fondamentaux du spiritisme.

On nous dit parfois : « A quoi bon s'occuper de cette question de Dieu ? L'existence de Dieu ne peut être prouvée ! « Ou bien encore : « l'existence de Dieu ou sa non-existence est sans influence sur la vie des masses, sur la vie de rhumanité. Occupons-nous de quelque chose de plus pratique ; ne perdons pas notre temps à des dissertations vaines, à des discussions métaphysiques. »

Eh bien ! n'en déplaise à ceux qui tiennent ce langage, je répéterai que la question de Dieu est la question suprême, la question vitale par excellence ; je répondrai que l'homme ne peut s'en désintéresser, parce que l'homme est un être. L'homme vit, et il lui importe de savoir quelle est la source, quelle est la cause, quelle est la loi de la vie. L'opinion qu'il se fait de la cause, de la loi de l'univers, cette opinion, qu'il le veuille ou non, qu'il le sache ou non, se reflète dans ses actes, dans toute sa vie publique ou privée.

Quelle que soit l'ignorance de l'homme au sujet des lois supérieures, en réalité c'est d'après l'idée qu'il se fait de ces lois, si vague et si confuse qu'elle puisse être, c'est d'après elle qu'il agit. Cette opinion sur Dieu, sur le monde, sur la vie — remarquez que ces trois sujets sont inséparables — cette opinion, les

sociétés humaines en vivent ou en meurent ! C'est elle qui divise l'humanité en deux camps. Et l'on voit partout des familles en désaccord, en désunion intellectuelle, parce qu'il y a plusieurs systèmes sur Dieu, le prêtre ayant inculqué l'un à la femme ; le professeur ayant enseigné l'autre à l'homme, quand il ne lui a pas suggéré l'idée du néant.

Ces disputes, ces contradictions s'expliquent, d'ailleurs. Elles ont leur raison d'être. Il faut se rappeler que toutes les intelligences ne sont pas arrivées au même point d'évolution ; que toutes ne peuvent voir et comprendre de la même manière et dans tous les sens. De là tant d'opinions, de croyances diverses. La possibilité que nous avons de comprendre, de juger, de discerner, ne se développe en nous que lentement, de siècles en siècles, d'existences en existences. Notre connaissance, notre compréhension des choses, se complète et s'éclaire à mesure que nous nous élevons sur l'échelle immense des renaissances. Tout le monde le sait : celui qui est placé au pied d'une montagne ne peut voir ce que contemple celui qui est parvenu au sommet. Mais, en poursuivant son ascension, l'un arrivera à voir les mêmes choses que Tautre. Il en est de même de l'esprit dans son ascension graduelle. L'univers ne se dévoile pour lui que peu à peu, à mesure que sa capacité d'en comprendre les lois se développe et grandit.

De là viennent les systèmes, les écoles philosophiques et religieuses qui répondent aux divers degrés d'avancement des esprits qui s'y classent et, souvent, s'y confinent.

Répétons-le, tous les travaux scientifiques accomplis depuis un demi-siècle nous démontrent l'existence et l'action des lois naturelles. Celles-ci sont reliées par une loi supérieure qui les embrasse toutes, les régularise et les ramène à Tunité, à l'ordre, à l'harmonie. C'est par ces lois, sages et profondes, ordonnatrices et organisatrices de l'univers, que l'Intelligence suprême se révèle.

Certains savants objectent, il est vrai, que les lois Universelles sont aveugles. Mais comment ces lois aveugles pourraient-elles diriger la marche des mondes dans l'espace, régler tous les phénomènes, toutes les manifestations de la vie, et cela avec une précision admirable ? Si les lois sont aveugles, dirons-nous, évidemment elles doivent agir au hasard. Mais Je hasard, c'est le manque de direction, l'absence de toute intelligence agissante. Il est inconciliable avec la notion d'ordre et d'harmonie.

L'idée de la loi nous paraît donc inséparable de l'idée d'intelligence. La loi est la manifestation d'une intelligence, parce qu'elle est

l'œuvre d'une pensée. Seule, celle-ci a pu disposer, agencer toutes choses dans l'univers, ht la pensée ne peut se produire sans l'existence d'un être qui en est le générateur.

Il n'y a pas de loi possible en dehors et sans le concours de l'intelligence, de la volonté qui la dirige. Sinon la loi serait aveugle, comme le disent les matérialistes, mais alors elle irait au hasard, à la dérive. Ce serait exactement comme un homme qui voudrait suivre une route sans le secours de la vue et qui tomberait dans un fossé au bout de quelques pas. iVussi nous est-il permis d'affirmer qu'une loi qui serait aveugle ne serait plus une loi.

Nous venons de voir que les recherches de la science démontrent l'existence des lois universelles. Tous les jours, la science avance, souvent à son insu, il est vrai, mais enfin elle avance peu à peu vers cette grande unité que nous entrevoyons au fond des choses.

Il n'est pas jusqu'aux positivistes et aux matérialistes eux-mêmes qui ne soient entraînés par ce mouvement d'idées. Ils s'acheminent, sans s'en apercevoir, vers cette conception grandiose qui réunit toutes les forces, toutes les lois de l'univers. En effet, on pourrait établir qu'Auguste Comte, Littré, le docteur Robinet, toute l'école positiviste, se livrent sur ces questions aux contradictions les plus flagrantes. Ils rejettent l'idée d'absolu, celle d'une cause génératrice, et ils proclament, et

même ils démontrent que « la matière n'est que la manifestation sensible d'un principe universel ». D'après eux, « toutes les sciences se superposent et finissent par se réunir dans une o-énéralité suprême qui met le sceau à leur unité ». D'après Burnouf, « la science est près d'aboutir à une théorie, dont la formule générale constaterait l'unité de la substance, l'invariabilité de la vie et leur union indissoluble avec la pensée ».

Or, qu'est-ce donc que cette trilogie de la substance, de la vie et de la pensée, cette «généralité suprême, cette loi universelle, ce principe unique », qui président à tous les phénomènes de la nature, à tous les actes de la vie, à toutes les conceptions de l'esprit ? Qu'est donc ce centre en lequel se résume et se confond tout ce qui est, tout ce qui vit, tout ce qui pense ? Qu'est-ce, sinon l'absolu, sinon Dieu même!

Il est vrai qu'on s'obstine à refuser l'intelligence et la conscience à cet absolu, à cette cause suprême, mais il restera toujours à expliquer comment une cause inintelligente, aveugle, inconsciente a pu produire toutes les magnificences du Cosmos, toutes les splendeurs de l'intelligence, de la lumière et de la vie, sans savoir ce qu'elle faisait. Gomment, sans conscience ni volonté, sans réflexion ni jugement, a-t-elle pu produire des êtres qui réfléchissent, veulent, jugent, qui sont doués de conscience et de raison ?

Tout vient de Dieu et remonte à lui. Un fluide plus subtil que l'éther émane de la pensée créatrice. Ce fluide, trop quintessencié pour être saisi par notre compréhension, à la suite de combinaisons successives est devenu l'éther. De l'éther sont sorties toutes les formes graduées de la matière et de la vie. Parvenues au point ultime de descente, la substance et la vie remontent le cycle immense des évolutions.

Nous l'avons vu, l'ordre et la majesté de l'univers ne se révèlent pas seulement dans le mouvement des astres, dans la marche des mondes ; ils se révèlent aussi d'une manière imposante dans l'évolution et le développement de la vie à la surface de ces mondes. Aujourd'hui, on peut établir que la vie se développe, se transforme et s'affine suivant un plan préconçu ; elle se perfectionne à mesure qu'elle parcourt sa route immense. On commence à comprendre que tout est réglé en vue d'un but, et ce but, c'est la progression de l'être ; c'est l'accroissement continuel et la réalisation en lui de formes toujours plus parfaites de beauté, de sagesse, de moralité.

On peut observer autour de nous cette loi majestueuse du progrès à travers tout le lent travail de la nature : depuis les formes les plus inférieures, depuis les infiniment petits, les infusoires flottant dans les eaux, s'élevant de degré en degré sur l'échelle des espèces, jus-

qu'à l'homme. L'instinct devient sensibilité, intelligence, conscience, raison. Nous savons aussi que cette ascension ne s'arrête pas là. Grâce aux enseignements de l'au-delà, nous apprenons qu'elle se poursuit à travers les mondes invisibles, sous des formes de plus en plus subtiles ; elle se poursuit de puissances en puissances, de gloires en gloires jusqu'à l'infini, jusqu'à Dieu. Et cette ascension grandiose de la vie ne s'explique que par l'existence d'une volonté, d'une cause intelligente, d'une énergie incessante, qui pénètre, enveloppe toute la nature : c'est elle qui règle et stimule cette évolution colossale de la vie vers le Bien, le Beau, le Parfait !

Il en est de même dans le domaine moral. Nos existences se succèdent et se déroulent à travers les siècles. Les événements se suivent sans que nous voyions le lien qui les relie. Mais la justice immanente plane sur toutes choses. Elle fixe notre sort d'après une loi, d'après un principe infaillible. Pensées, paroles, actions, tout s'enchaîne, tout est relié par une série de causes et d'effets qni est comme la trame de nos destins (1).

Insistons sur un point : c'est grâce à la révélation des Esprits que la loi de justice nous est apparue avec ce caractère imposant, avec

(1) Voir L. Dems, le Problème de lÊtre et de la Destinée, pas-

ses vastes conséquences et l'enchaînement prodigieux des choses qu'elle domine et régit.

Lorsqu'on étudie le problème de la vie future, lorsqu'on examine la situation de l'esprit après la mort — et c'est là rol)jet capital des recherches psychiques — on se trouve en présence d'un fait considérable, gros de conséquences morales. On constate un état de choses qui est réglé par une loi d'équilibre et d'harmonie.

Aussitôt que l'âme franchit la mort, dès qu'elle se réveille dans le monde des esprits, le tableau de ses vies passées se déroule peu à peu à sa vue. Il y a en elle comme un miroir qui réfléchit fidèlement tous les actes accomplis, pour l'accuser ou la glorifier. Pas de distraction, pas de fuites possibles. L'esprit est obligé de se contempler lui-même, d'abord pour se reconnaître ou pour souffrir, et, plus taFd, pour se préparer à une autre vie de progrès ou de réparation. De là, pour le plus grand nombre, le remords, la honte et la souffrance !

Les enseignements d'outre-tombe nous apprennent que rien ne se perd, ni le bien ni le mal, mais que tout s'inscrit, se répare, se rachète au moyen d'autres existences terrestres, difficiles et douloureuses.

Nous apprenons également qu'aucun effort n'est perdu et que nulle souffrance n'est inutile. Le devoir n'est pas un vain mot, et le bien règne sans partage au-dessus de tout. Chacun de nous construit jour par jour, heure par heure, souvent sans le savoir, son propre avenir. Le sort que nous subissons dans la vie actuelle a été préparé par nos agissements antérieurs ; de même, nous édifions dans le présent les conditions de notre existence future. De là, pour le sage, la résignation à ce qu'il y a d'inévitable dans la vie actuelle ; de là aussi un stimulant puissant pour agir, se dévouer, se préparer une destinée meilleure.

Ceux qui savent cela ne seront-ils pas remplis de crainte en songeant à ce qui attend la société actuelle, dont les pensées, les tendances, les actes sont trop souvent inspirés par l'égoïsme ou par des passions mauvaises, la société actuelle qui accumule ainsi sur nos têtes de sombres nuées fluidiques portant l'orage dans leurs flancs ?

Comment ne serait-on pas effrayé en présence de tant de défaillances morales, devant tant de corruptions qui s'affichent, effrayé en constatant que le sentiment du bien tient si peu de place dans certaines consciences, effrayé enfin de retrouver au fond de tant d'âmes humaines l'amour effréné des jouissances, la cupidité ou la haine !

Et si nous sentons cela, comment hésite-

rions-nous à affirmer à la face de tous, à faire connaître à tous cette loi de justice que les enseignements de l'au-delà nous montrent si grande, si imposante, cette loi qui s'exécute d'elle-même, sans tribunal et sans jugement, mais à laquelle n'échappe pourtant aucun de nos actes, loi qui nous révèle une intelligence directrice du monde moral, loi vivante, raison consciente de l'univers, source de toute vie, de toute lumière, de toute perfection !

Voilà ce qu'est Dieu. Lorsque cette idée de Dieu aura pénétré dans l'enseignement et de là dans les esprits et les consciences, on comprendra que le principe de justice n'est autre chose que l'instrume^ admirable par lequel la Cause suprême ramène tout à l'ordre et à l'harmonie, et Ton sentira que l'idée de Dieu est indispensable aux sociétés modernes, qui s'affaissent et périssent moralement parce que, ne comprenant plus Dieu, elles ne peuvent se régénérer. Alors toutes les pensées, toutes les consciences se tourneront vers ce foyer moral, vers cette source d'éternelle justice qui est Dieu, et Ton verra changer la face du monde.

La justice n'est pas seulement d'origine sociale, comme la révolution de 89 a cherché à l'établir. Elle vient de plus haut : elle est d'origine divine. Si les hommes sont égaux devant la loi humaine, c'est parce qu'ils sont égaux devant la loi éternelle.

Et c'est aussi parce que nous soinmes tous

7é LA GRANDE ÉNIGME

issus d'une même source d'intelligence et de conscience, que nous sommes tous frères, solidaires les uns des autres, unis dans nos destinées immortelles. Car la solidarité et la fraternité des êtres ne sont possibles que s'ils se sentent reliés à un même centre commun.

Nous sommes les enfants d'un même Père, parce que l'âme humaine est une émanation de l'âme divine, une étincelle de la pensée éternelle.

Tout nous parle de Dieu, le visible et l'invisible. L'intelligence le discerne ; la raison et la conscience le proclament.

Mais rbomme n'est pas seulement raison et conscience ; il est aussi ajiiour. Ce qui caractérise l'être humain par-dessus tout, c'est le sentiment, c'est le cœur. Le sentiment est un privilège de l'âme ; c'est par ià qu'elle s'attache à ce qui est bon, beau et grand, à tout ce qui mérite sa confiance et peut être son soutien dans le doute, sa consolation dans le malheur. Or, tous ces modes de sentir et de concevoir nous révèlent également Dieu, car la bonté, la beauté,, la vérité ne se trouvent dans l'être humain qu'à l'état partiel, borné, incomplet. La bonté, la beauté, la vérité ne peuvent exister qu'à la condition de retrouver leur principe, leur plénitude, leur source dans un être

qui les possède à l'état supérieur, à l'état infini.

L'idée de Dieu s'impose à nous par toutes les facultés de notre esprit, en même temps qu'elle parle à nos yeux par toutes les splendeurs de l'univers. L'intelligence suprême se révèle comme la cause éternelle, où tous les êtres viennent puiser la force, la lumière et la vie. C'est là l'Esprit divin, l'Esprit puissant que l'on honore sous tant d'appellations différentes, mais qui, sous tous ces noms, est toujours le centre, la loi vivante, la raison par laquelle les êtres et les mondes se sentent vivre, par laquelle ils se connaissent, se renouvellent et s'élèvent.

Dieu nous parle par toutes les voix de l'infini. Il nous parle, non pas dans une bible écrite il y a des siècles, mais dans une bible qui s'écrit tous les jours, avec ces caractères majestueux qui s'appellent l'océan, les mers, les montagnes, les astres du ciel: par toutes les harmonies douces et graves qui montent du sein de la terre ou descendent des espaces éthérés. Il nous parle encore dans le sanctuaire de notre être, aux heures de silence et de méditation. Quand les bruits discordants de la vie matérielle se taisent, alors la voix intérieure, la grande voix s'éveille, se fait entendre. Cette voix sort des profondeurs de la conscience et nous parle de devoir, de progrès, d'ascension. Il y a en nous comme une retraite intime, comme une source profonde

d'où peuvent jaillir des flots de vie, d'amour, de vertu, de lumière. Là se manifeste ce reflet, ce sferme divin caché dans toute âme humaine.

C'est pour cela que l'âme humaine est le plus beau témoignage qui s'élève en faveur de l'existence de Dieu : elle est un rayonnement de l'âme divine. Elle en contient à l'état d'embryons toutes les puissances, et son rôle, sa destinée consiste à les mettre en valeur au cours de ses existences innombrables, dans ses transmigrations à travers les temps et les mondes.

L'être humain, doué de raison, est responsable ; il est susceptible de se connaître et a le devoir de se gouverner lui-même. Gomme l'a dit Jean l'évangéliste : « La raison humaine est cette véritable lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. » (Jean, I, 9.) La raison humaine, avons-nous dit, est une étincelle de la raison divine. C'est en remontant vers sa source, c'est en communiant avec la Raison absolue, éternelle, qu'elle découvre la vérité, comprend la loi et l'ordre universels. Aussi dirai-je à tous : 0 hommes ! fils de la Lumière, ô mes frères ! souvenons-nous de notre origine; souvenons-nous du but pendant le voyage de la vie ! Détachons-nous des choses qui passent; attachons-nous aux choses qui demeurent.

Il n'est pas deux principes dans le monde : le bien et le mal. Le mal n'est qu'un effet de constraste, ce que la nuit est au jour. Il n'a

pas d'existence propre. Le mal est l'état d'infériorité et d'ignorance de l'être en voie d'évolution. Les premiers degrés de l'échelle immense représentent ce qu'on appelle le mal ; mais à mesure que l'être s'élève, il réalise le bien en lui et autour de lui. Par contre, le mal s'atténue, puis s'évanouit. Le mal, on l'a dit, n'est que l'absence du bien. S'il semble dominer encore sur notre planète, c'est parce que celle-ci est un des premiers anneaux de la chaîne, un séjour d'âmes élémentaires qui débutent dans le rude sentier de la connaissance, ou bien d'âmes coupables, en voie de réparation. Sur les mondes plus avancés, le l)ien s'épanouit et, de degré en degré, finit par régner sans partage =

Le bien est indéfinissable par lui-même. Le définir serait l'amoindrir. 11 faut le considérer, non dans sa nature, mais dans ses manifestations.

Au-dessus des essences, des formes et des idées, j)lane le principe du Beau et du Bien, dernier terme que nous soyons capables d'atteindre par la pensée, sans l'embrasser toutefois. Il est dans notre infirmité de ne pouvoir saisir la réalité ultime des choses : mais la sensibilité, l'intelligence et la connaissance sont en nous autant de points d'appui, qui permettent à l'âme de se déofao-er de son état d'infériorité et d'incertitude, et de se convaincre que tout dans l'univers, les forces et les êtres, tout

7g LA GRANDE ENIGME

e&t régi par le Bien et le Beau. L'ordre et la majesté du inonde, ordre physique et ordre moral, justice, liberté, moralité, tout repose, nous l'avons vu, sur des lois éternelles, et il n'y a pas de lois éternelles sans un Principe supérieur, sans une Raison première, cause de toute loi. Aussi l'être humain, pas plus que ta société, ne peut-il grandir et progresser sans l'idée de Dieu, c'est-à-dire sans justice, sans liberté, sans respect de soi-même, sans amour, car Dieu, représentant la perfection, est le der^ nier mot, la suprême garantie de tout ce qui constitue la beauté, la grandeur de la vie, de tout ce qui fait la puissance et l'harmonie de l'univers !

VIL — L'idée de Dieu et l'expérimentation

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