PREMIÈRE PARTIE DIEU ET L'UNIVERS
Y a-t-ii un but, y a-t-il une loi clans l'univers ?
Ou bien cet univers n'est-il qu'un abîme où la pensée se perd, faute d'un point d'appui, où elle tourne sur tlle-mème comme la feuille morte sous le souffle du vent ?
Y a-t-il une force, une espérance, une certitude qui puisse nous élever au-dessus de nous-mêmes vers un but supérieur, vers un principe, un être en qui s'identifient le bien, la vérité, la sagesse; ou bien n'y aurait-il en nous et autour de nous que doute, incertitude et ténèbres ?
L'homme, le penseur, sonde du regard la vaste étendue. Il interroge les profondeurs du
ciel. Il y cherche la solution de deux grands problèmes : le problème du monde, le problème de la vie. 11 considère ce majestueux univers dans lequel il se sent comme noyé. Il suit des yeux la course des géants de l'espace^ soleils de la nuit, effrayants foyers dont la lumière parcourt les immensités mornes. Il interroge ces astres, ces mondes innombrables, mais ils passent, muets, poursuivant leur route vers un but que nul ne connaît. Un silence écrasant plane sur l'abîme, enveloppe rhomme, rend cet univers plus solennel encore (1).
Pourtant, deux choses nous apparaissent à première vue dans l'univers : la matière et le mouvement, la substance et la force. Les mondes sont formés de matière, et cette matière, inerte par elle-même, se meut. Qui donc la fait mouvoir ? Quelle est cette force qui l'anime ? Premier problème. Mais l'homme^ de l'infini, reporte sur lui-même son attention. Cette matière et cette force universelles, il les retrouve en lui et, avec elles, un troisième élément, à l'aide duquel il a connu, vu, mesuré les autres: l'Intelligence.
Cependant, l'intelligence humaine n'est pas, à elle-même, sa propre cause. Si l'homme était sa propre cause, il pourrait maintenir et conserver la puissance de vie qui est en
(1) Ce silence est relatif et résulte uniquement de l'imperfection de nos sens.
lui ; tandis que cette puissance, sujette à des variations, à des défaillances, échappe à sa volonté.
Si l'intelligence est en l'homme, elle doit se retrouver dans cet univers dont il fait partie intégrante. Ce qui existe dans la partie doit se retrouver dans le tout. La matière n'est que le vêtement, la forme sensible et changeante, revêtue par la vie : un cadavre ne pense ni ne se meut. La force est un simple agent appelé à entretenir les fonctions vitales. C'est donc l'intelligence qui gouverne les mondes.
Cette intelligence se manifeste par des lois, lois sages et profondes, ordonnatrices et conservatrices de l'univers.
Toules les recherches, tous les travaux de la science contemporaine concourent à démontrer l'action des lois naturelles, qu'une Loi suprême relie, embrasse, pour constituer l'universelle harmonie. Par cette loi, une Intelligence souveraine se révèle comme la raison consciente. Unité universelle où convergent, se relient et se fondent tous les rapports, où tous les êtres viennent puiser la force, la lumière et la vie ; Etre absolu et parfait, fondement immuable et source éternelle de toute science, de toute vérité, de toute sagesse, de tout amour.
Pourtant, certainesobjections sont à prévoir. On peut me dire, par exemple : les théories sur la matière, la force et l'intelligence, telles que les formulaient naguère les écoles scientifiques et philosophiques, ont fait leur temps. Des conceptions nouvelles les remplacent. La physique actuelle nous démontre que la matière se dissocie à l'analyse, se résout en centres de forces, et que la force se résorbe dans l'éther universel.
Oui, certes, les systèmes vieillissent et passent ; mais l'idée éternelle reparaît sous des formes toujours neuves et plus riches. Matérialisme et spiritualisme sont des aspects transitoires de la connaissance. Ni la matière ni l'esprit ne sont ce que pensaient les écoles d'autrefois, et peut-être la matière, la pensée et la vie sont-elles reliées par des liens étroits que nous commençons à entrevoir.
Néanmoins, certains faits subsistent et d'autres problèmes se posent. La matière et la force se résorbent dans l'éther; mais qu'est-ce que l'éther ? C'est, nous dit-on, la matière première, le substratum définitif de tous les mouvements. L'éther lui-même est traversé de vibrations innombrables : radiations lumineuses et calorifiques, courants d'électricité et de magnétisme. Or, il faut bien que ces mouvements soient réglés de certaine façon.
La force engendre le mouvement, mais la force n'est pas la loi. xA.veugIe et sans guide, elle ne pourrait produire l'ordre et l'harmonie dans l'univers. Ceux-ci sont pourtant manifestes. x\u sommet de Péchelle des forces, apparaît l'énergie mentale, la volonté, l'intelligence qui construit les formes et fixe les lois (1).
L'inertie, nous dira-t-on encore, n'est que relative, puisque la matière est de l'énergie concrétée. En réalité, toutes les particules constitutives d'un corps se meuvent. Cependant l'énergie emmagasinée dans ces corps ne peut entrer en puissance d'action que si la matière composante est dissociée. Ce n'est pas le cas pour les planètes, dont les éléments représentent la matière à son dernier degré de concrétion. Leurs mouvements ne peuvent s'expliquer par une force interne, mais seulement par l'intervention d'une énergie extérieure.
« L'inertie, dit G. Lebon (2), est la résistance, de cause inconnue, que les corps opposent au mouvement ou changement de mouvement. Elle est susceptible de mesure, etc'est
(1) G. Lebon, malgré ses réticences {l'Évolulion de la matière, p. 27.Ô), est obligé de le reconnaître : « Toutes ces opérations si précises, si admirablemenr adaptées à un but, sont dirigées par des forces qui se conduisent exactement comme si elles possédaient une clairvoyance très supérieure à la raison. Ce qu'elles accomplissent à chaque instant est très au-dessus de tout ce que peut réaliser la science la plus avancée. »
(2) Revue scientifique, 17 octobre 1903.
cette mesure qu'on définit par le terme de masse. La masse est donc la mesure de l'inertie de la matière, son coefficient de résistance au mouvement. »
Depuis Pythagore jusqu'à Claude Bernard, tous les penseurs affirment que la matière est dépourvue de spontanéité. Toute tentative de prêter à la substance inerte une spontanéité capable d'organiser et d'expliquer la force, a échoué.
Il faut donc revenir à la nécessité d'un premier moteur transcendant pour expliquer le système du monde. La mécanique céleste ne s'explique pas par elle-même, et l'existence d'un moteur initial s'impose. La nébuleuse primitive, mère du soleil et des planètes, était animée d'un mouvement giratoire. Mais, qui lui avait imprimé ce mouvement ?Nous répondons sans hésiter : Dieu (1) !
Est-ce seulement la science contemporaine qui nous révèle Dieu, l'Etre universel ? L'homme interroge l'histoire de la terre. Il évoque le souvenir des multitudes mortes, des générations qui reposent sous la poussière des siècles. Il interroge la foi crédule des simples et la foi raisonnée des savants, et partout, au-dessus
(1) Voir note complémentaire n" 1, à la fin de l'ouvrage.
des opinions contradictoires et des disputes d'écoles, au-dessus des rivalités de castes, d'intérêts et de passions, partout il voit les élans, les aspirations de la pensée humaine vers la grande Cause qui veille, auguste et silencieuse, sous le voile mystérieux des choses.
En tous temps et en tous milieux, la plainte humaine monte vers cet Esprit divin, vers cette Ame du monde que l'on honore sous des noms divers, mais qui, sous tant d'appellations : Providence, grand Architecte, Etre suprême, Père céleste, est toujours le Centre, la Loi, la Raison universelle, en qui le monde se connaît, se possède, retrouve sa conscience et son moi.
Et c'est ainsi qu'au-dessus de cet incessant flux et reflux d'éléments passagers et changeants, au-dessus de cette variété, de cette diversité infinie des êtres et des choses, qui constituent le domaine de la nature et de la vie, la pensée rencontre dans l'univers ce principe fixe, immuahle, cette Unité consciente, en qui s'unissent l'essence et la substance, source première de toutes les consciences et de toutes les formes. Car conscience et forme, essence et substance, ne peuvent exister l'une sans l'autre. Elles s'unissent pour constituer cette Unité vivante, cet Être absolu et nécessaire, source de tous les êtres, que nous appelons Dieu.
Mais le langage humain est impuissant à
exprimer l'idée de l'Être infini. Dès que nous nous servons de noms et de termes, nous limitons ce qui est sans limites. Toutes les définitions sont insuffisantes et, dans une certaine mesure, induisent en erreur. Cependant, la pensée, pour s'exprimer, a besoin de termes. Le moins éloigné de la réalité est celui par lequel les prêtres d'Egypte désignaient Dieu : Je suis^ c'est-à-dire je suis l'Être par excellence, absolu, éternel, de qui émanent tous les êtres.
Un malentendu séculaire divise sur ces questions les écoles philosophiques. Le matérialisme ne voyait dans l'univers que la substance et la force. Il semblait ignorer les états quintessenciés, les transformations infinies de la matière. Le spiritualisme ne voit encore en Dieu que le principe spirituel. Il considère comme immatériel tout ce qui ne tombe pas sous nos sens. Tous deux se trompent. Le malentendu qui les sépare ne cessera (jue lorsque les matérialistes verront dans leur principe, et les spiritualistes dans leur Dieu, la source des trois éléments : substance, force, intelligence, dont l'union constitue la vie universelle.
Pour cela, il suffit de comprendre deux choses : si l'on admet que la substance est en dehors de Dieu, Dieu n'est pas infini, et.
puisque la conscience existe dans le monde actuel, il faut évidemment qu'elle se retrouve dans ce qui a été le Principe de ce monde.
Mais la science, après s'être attardée pendant un demi-siècle dans les déserts du matérialisme et du positivisme, après en avoir reconnu la stérilité, la science actuelle a modifié son orientation. Dans tous les domaines : physique, chimie, biologie, psychologie, elle s'achemine aujourd'hui d'un pas décidé vers cette grande unité que l'on entrevoit au fond de tout. Partout elle reconnaît l'unité de substance, l'unité de forces, l'unité de lois. Derrière toute substance mue, la force se retrouve, et la force n'est que la projection de la pensée, de la volonté dans la substance. L'éternelle création, l'éternel renouvellement des êtres et des choses n'est que la projection constante de la pensée divine dans l'univers.
Peu à peu, le voile se soulève; l'homme commence à entrevoir l'évolution grandiose de la vie à la surface des mondes, il voit la corrélation des forces et l'adaptation des formes et des organes en tous milieux. 11 sait que la vie se développe, se transforme et s'affine à mesure qu'elle parcourt sa spirale immense. 11 comprend que tout est réglé en vue d'un but, qui est le perfectionnement continu de l'être et l'accroissement en lui de la somme du bien et du beau.
Même ici-bas, il peut suivre cette loi majes-
tueuse du progrès à travers tout le lent travail de la nature, depuis les formes les plus inférieures de l'être, depuis la cellule verte flottant au sein des eaux, jusqu'à Thomme conscient en qui l'unité de la vie s'affirme, et au-dessus de lui, de degré en degré, jusqu'à l'infini. Et cette ascension ne se comprend, ne s'explique que par l'existence d'un principe universel, d'une énergie incessanle, éternelle, qui pénètre toute la nature ; c'est elle qui règle et stimule cette évolution colossale des êtres et des mondes vers le mieux, vers le bien.
Dieu, tel que nous le concevons, n'est donc pas le Dieu du panthéisme oriental, qui se confond avec l'univers, ni le Dieu anthropomorphique, monarque du ciel, extérieur au monde, dont nous parlent les religions de l'Occident. Dieu est manifesté par l'univers, qui est sa représentation sensible, mais ne se confond pas avec lui. De même qu'en nous l'unité consciente, l'âme, le moi, persiste au milieu des modifications incessantes de la matière corporelle, ainsi, au milieu des transformations de l'univers et de l'incessant renouvellement de ses parties, subsiste l'Être immuable qui est l'âme, la conscience, le moi qui l'anime^ lui communique le mouvement et la vie.
Et ce gi*ànd Être, absolu, éternel, qui connaît nos besoins, entend nos appels, nos prières, qui est sensible à nos douleurs, est comme l'immense foyer où tous les êtres, par la com-
LA GRANDE ENKJME 17
munion de la pensée et du sentiment, viennent puiser les forces, les secours, les inspirations nécessaires pour les guider dans les voies de la destinée, pour les soutenir dans leurs luttes, les consoler dans leurs misères, les relever dans leurs défaillances et leurs chutes.
Ne cherche pas Dieu dans les temples (ie pierre et de marbre, ô homme qui veux le connaître, mais dans le temple éternel de la nature, dans le spectacle des mondes parcourant l'infini, dans les splendeurs de la vie qui s'épanouit à leur surface, dans la vue des horizons variés : plaines, vallées, montagnes et mers, que t'offre ta demeure terrestre. Partout, sous l'éclat du jour ou sous le manteau constellé des nuits, au bord des océans tumultueux comme dans la solitude des forêts, si tu sais te recueillir, tu entendras les voix de la nature et les subtils enseignements qu'elle murmure à l'oreille de ceux qui fréquentent ses retraites et étudient ses mystères.
La terre vogue sans bruit dans l'étendue. Cette masse de dix mille lieues de tour glisse sur les flots de l'éther comme un oiseau dans l'espace, comme un moucheron dans la lumière. Rien ne trahit sa marche imposante. Aucun grincement de roues, aucun murmure de values sous ses flancs. Silencieuse, elle passe.
elle roule parmi ses sœurs du ciel. Toute la puissante machine de l'univers s'agite ; les millions de soleils et de mondes qui la composent, mondes près desquels le nôtre n'est qu'un enfant, tous se déplacent, s'entre-croisent, poursuivent leurs révolutions avec des vitesses effrayantes, sans qu'aucun son, aucun heurt ne vienne trahir l'action de ce gigantesque appareil. L'univers reste calme. C'est l'équilibre absolu ; c'est la majesté d'un pouvoir mystérieux, d'une intelligence qui ne s'impose pas, qui se cache au sein des choses, mais dont la présence se révèle à la pensée et au cœur, et qui attire le chercheur comme l'abîme.
Si la terre évoluait avec bruit ; si le mécanisme du monde se remontait avec fracas, les hommes, effrayés, se courberaient et croiraient. Mais non ! L'œuvre formidable s'accomplit sans efforts. Globes et soleils flottent dans l'infini, aussi légers que des plumes sous la brise. En avant, toujours en avant ! La ronde des sphères se déroule, guidée par une puissance invisible.
La volonté qui dirige l'univers se dissimule à tous les yeux ; les choses sont disposées de manière que personne ne soit obligé de croire en elle. Si l'ordre et l'harmonie du Cosmos ne suffisent pas à convaincre l'homme, il est libre. Rien ne contraint le sceptique d'aller à Dieu.
Il en est de même des choses morales. Nos
existences se déroulent et les événements se succèdent sans liaison apparente. Mais l'immanente justice plane de haut sur nous et règle nos destins d'après un principe inéluctable, par lequel tout s'enchaîne en une série de causes et d'effets. Leur ensemble constitue une harmonie que l'esprit affranchi de préjugés, éclairé par un rayon de sagesse, découvre et admire.
Que savons-nous de l'univers? Notre œil ne perçoit qu'un domaine restreint de l'empire des choses. Seuls, les corps matériels, semblables à nous, l'affectent. La matière subtile et diffuse nous échappe (1). Nous ne voyons que ce qu'il y a de plus grossier dans notre entourage. Tous les mondesfluidiques, tous les cercles où s'agite ia vie supérieure, la vie radieuse, échappent aux regards humains. Nous ne distinguons que les mondes opaques et lourds qui se meuvent dans les cieux. L'espace qui les sépare nous paraît vide. Partout, de profonds abîmes semblent s'ouvrir. Erreur ! L'univers est plein. Entre ces demeures matérielles, dans l'intervalle de ces mondes planétaires, prisons ou bagnes flottant dans l'espace, d'autres domaines de la vie s'étendent, vie spirituelle, vie glorieuse que nos sens épais ne peuvent percevoir, car, sous ses radiations, ils se briseraient comme une vitre au choc d'une pierre.
(1) Actuellement, nous ne connaissons et ne pouvons connaître dans leur essence ni l'esprit ni la matière.
La sage nature a limité nos perceptions et nos sensations. C'est degré à degré qu'elle nous conduit dans le chemin du savoir. C'est lentement, étapes par étapes, vies après vies, qu'elle nous mène à la connaissance de l'univers, soit visible, soit caché. L'être gravit une à une les marches de l'escalier gigantesque qui conduit à Dieu. Et chacun de ces degrés représente pour lui une longue série de siècles.
Si les mondes célestes nous apparaissaient soudain, sans voiles, dans toute leur gloire, nous en serions éblouis, aveuglée. Mais nos sens extérieurs ont été mesurés et limités. Ils s'accroissent et s'affinent à mesure que l'être s'élève sur l'échelle des existences et des perfectionnements. Il en est de même de la connaissance, de la possession des lois morales. L'univers se dévoile à nos yeux à mesure que notre capacité d'en comprendre les lois se développe et grandit. Lente est l'incubation des âmes sous la lumière divine.
C'est vers toi, ô Puissance suprême ! quel que soit le nom qu'on te donne et si imparfaitement que tu sois comprise, c'est vers toi, source éternelle de la vie, de la beauté, de l'harmonie, que montent nos aspirations, notre confiance, notre amour !
Où es-tu ? dans quels cieux profonds, mystérieux es-tu cachée ? Que d'âmes ont cru qu'il suffirait, pour te rencontrer, de quitter la terre ! Mais tu restes invisible dans le monde spirituel comme dans le monde terrestre, invisible pour ceux qui n'ont pas encore acquis la pureté suffisante pour refléter tes divins rayons.
Pourtant tout révèle et manifeste ta présence. Tout ce qui, dans la nature et dans l'humanité, chante et célèbre l'amour, la beauté, la perfection, tout ce qui vit et respire est un message de Dieu. Les forces grandioses qui animent l'univers proclament la réalité de l'Intelligence divine ; à côté d'elles, la majesté de Dieu se manifeste dans l'histoire par l'action des grandes âmes qui, semblables à des vagues immenses, apportent aux rivages terrestres toutes les puissances de l'œuvre de sagesse et d'amour.
Et Dieu est aussi en chacun de nous, dans le temple vivant de la conscience. C'est là qu'est le lieu sacré, le sanctuaire où se cache la divine étincelle.
0 hommes ! apprenez à descendre en vousmêmes, à fouiller les replis les plus intimes de votre être, interrogez-vous dans le silence et dans la retraite. Et vous apprendrez à vous connaître, à connaître la puissance cachée en vous. C'est elle qui élève et fait resplendir au fond de nos consciences les saintes images du bien, de la vérité, de la justice, et c'est en ho-
norant ces images divines, en leur rendant un culte de chaque jour, que cette conscience encore obscure se purifie et s'éclaire. Peu à peu> la lumière grandit en nous. Gomme l'aurore succède à la nuit, comme graduellement, d'une manière insensible, les ombres font place à l'éclat du jour, ainsi l'âme s'illumine des radiations de ce foyer qui est en elle, et qui fait éclore dans notre pensée et dans notre cœur des formes toujours nouvelles, toujours inépuisables de vérité et de beauté. Cette lumière est aussi une harmonie pénétrante, une voix qui chante dans l'âme du poète, de l'écrivain, du prophète, qui les inspire et leur dicte les œuvres grandes et fortes par lesquelles ils travaillent à l'élévation de l'humanité. Mais ceuxlà seuls ressentent ces choses qui, ayant maîtrisé la matière, se sont rendus dignes de cette communion sublime par de séculaires efforts, ceux dont le sens intime s'est ouvert aux impressions profondes et connaît le souffle puissant qui attise les feux du génie, le souffle qui passe sur les fronts pensifs et fait tressaillir les enveloppes humaines.
IL — Unité substantielle de l'univers.
L'univers est un, quoique triple en apparence. Esprit, force et matière ne semblent être que les modes, les trois états d'une sub-
stance immuable en son principe, variable à Finfini dans ses manifestations.
L'univers vit et respire, animé par deux courants puissants : absorption et diffusion. Par cette expansion, par ce souffle immense. Dieu, l'Etre des êtres, l'Ame de l'univers, crée. Par son amoirr, il attire à lui. Les vibrations de sa pensée et de sa volonté, sources premières de toutes les forces cosmiques, meuvent l'univers et engendrent la vie.
La matière, disons-nous, n'est qu'un mode, une forme passagère de la substance universelle. Elle échappe à l'analyse et disparaît sous lobjectif des microscopes, pour se résoudre en radiations subtiles. Elis n'a pas d'existence propre ; les piiilosophies qui la prennent pour base reposent sur une apparence, sur une sorte d'illusion (1).
L'unité de l'univers, longtemps niée ou incomprise, commence à être entrevue par la science. 11 y a une vingtaine d'années, W. Crookes, au cours de ses études sur les matérialisations d'esprits, découvrait le quatrième état de la matière, l'état radiant, et cette découverte, par ses conséquences, allait bouleverser toutes les vieilles théories classiques. Celles-ci établissaient une distinction entre la matière et la force. Nous savons maintenant que toutes deux se confondent. Sous l'action
(1) « La matière, a dit W. Crookes, n'est quun mode du mouvement. » [Proc. Roy. Soc, n" 205, p. 472.)
de la chaleur, la matière la plus grossière se transforme en fluides, puis les fluides se réduisent à leur tour en un élément plus subtil qui échappe à nos sens. Toute matière peut se réduire en force, et toute force se condense en matière, parcourant ainsi un cercle incessant (1).
Les expériences de sir W. Grookes ont été poursuivies, confirmées par une légion d'investigateurs. Le plus célèbre. Rœntgen, a appelé rayons X les radiations émanées des ampoules de verre ; ils ont la propriété de traverser la plupart des corps opaques, et permettent de percevoir et de photographier l'invisible.
Peu après, M. Becquerel démontrait les propriétés qu'ont certains métaux d'émettre des radiations obscures qui pénètrent la matière la plus dense, comme les rayons Rœntgen, et impressionnent les plaques photographiques à travers des lames métalliques.
Le radium, découvert par M. Curie, produit de la chaleur et de la lumière, d'une façon continue, sans s'épuiser d'une manière sensible. Les corps soumis à son action deviennent eux-mêmes radiants. Quoique la quantité d'énergie rayonnée par ce métal soit considérable, la perte de substance matérielle qui y
(1) « Toute la matière, a dit Crookes, repassera par l'état éthéré d'où elle vient. « (Discours au Congrès de chimie de Berlin, 1903.)
correspond est presque nulle. W. Crookes a calculé qu'une centaine d'années étaient nécessaires pour la dissociation d'un gramme de radium (1).
Bien plus. Les ingénieuses découvertes de M. G. Lebon (2) ont prouvé que les radiations sont une propriété générale de tous les corps. La matière peut se dissocier indéfiniment ; elle n'est que de l'énergie concrétée. Ainsi la théorie de l'atome indivisible, qui depuis deux mille ans servait de base à la physique et à la chimie, s'écroule et, avec elle, les distinctions classiques entre le pondérable et l'impondérable (3). La souveraineté de la matière, qu'on disait absolue, éternelle, prend fin.
Il faut donc le reconnaître, l'univers n'est point tel qu'il apparaissait à nos faibles sens. Le monde physique n'en constitue qu'une infime partie. En dehors du cercle de nos perceptions, il existe une infinité de forces et de formes subtiles que la science a ignorées jusqu'ici. Le domaine de Tinvisible est bien plus vaste et plus riche que celui du monde visible.
(1) Voir G. Lebo>-, Beviie scientifique, 24 octobre 1903, p. 518.
(2) Voir Revue scientifique, 17, 24 et 31 octobre 1903.
(3) Depuis des siècles on affirmait et on défendait la théorie des atomes sans en rien savoir. Berthelot la qualifie de « roman ingénieux et subtil ». (Berthelot, la Synthèse chimique, 187»'., p. 164.) On voit par là, dit Lebon, que certains dogmes scientifiques n'ont pas plus de consistance que les divinités des anciens âges.
Dans son analyse des éléments qui constituent l'univers, la science a erré pendant des siècles, et maintenant il lui faut détruire ce qu'elle a péniblement édifié. Le dogme scientifique de l'unité irréductible el indestructible de l'atome, en s'effondrant, entraîne avec lui toutes les théories matérialistes. L'existence des fluides, affirmée par les spirites depuis cinquante ans — ce qui leur valut tant de railleries de la part des savants officiels — cette existence, l'expérimentation l'établit désormais d'une manière rigoureuse.
Les êtres vivants, eux aussi, émettent des radiations de natures différentes. Des effluves humains, variant de forme et d'intensité sous l'action de la volonté, imprègnent les plaques de leur mystérieuse lumière. Ces influx, soit nerveux, soit psychiques, connus depuis longtemps des magnétiseurs et des spirites, mais niés par la science, les physiologistes en constatent aujourd'hui, d'une manière irrécusable, la réalité. Par là, le principe de la télépathie est trouvé. Les volitions de la pensée, les projections de la volonté se transmettent à travers l'espace, comme les vibrations du son et les ondulations de la lumière, et vont impressionner des organismes en sympathie avec celui du manifestant. Les âmes en affinité de pensée et de sentiment peuvent échanger leurs effluves, à toutes distances, de la même façon que les astres échangent, à travers les abîmes
de l'espace, leurs rayons tremblants. Nous découvrons là encore le secret des ardentes sympathies ou des invincibles répulsions qu'éprouvent certains hommes les uns pour les autres, à première entrevue.
La plupart des problèmes psychologiques : suggestion, communication à distance, actions et réaclions occultes, vision à travers les obstacles, trouveront là leur explication. Nous ne sommes encore qu'à l'aurore de la vraie connaissance, ^lais le champ des recherches est largement ouvert, et la science va marcher de conquête en conquête dans une voie riche en surprises. Le monde invisible se révèle comme la base même de l'univers, comme la source éternelle des énergies physiques et vitales qui animent le Cosmos.
Ainsi tombe le principal argument de ceux qui niaient la possibilité de l'existence des Esprits. Ils ne pouvaient concevoir la vie invisible, faute d'un substratum^ d'une substance échappant à nos sens. Or, nous trouvons à la fois, dans le monde des impondérables, les éléments constitutifs de la vie de ces êtres et les forces qui leur sont nécessaires pour manifester leur existence.
Les phénomènes spirites de tous ordres s'expliquent par le fait qu'une dépense considérable et constante d'énergie peut se produire sans déperdition apparente de matière. Les apports, la désagrégation et la reconstitution
Spontanées d'objets en des chambres closes ; les cas de lévitation, le passage des esprits à travers les corps solides, leurs apparitions et leurs matérialisations, qui provoquèrent tant d'étonnement, suscitèrent tant de railleries, tout cela devient facile à admettre et à comprendre, dès qu'on connaît le jeu des forces et des éléments en action dans ces phénomènes. Cette dissociation de la matière, dont parle M. G. Lebon, et que Thomme est encore impuissant à produire, les esprits en ont révélé depuis longtemps les règles et les lois.
L'application des rayons X à la photographie n'explique-t-elle pas aussi le phénomène de la double vue des médiums et celui de la photographie spirite ? En effet, si des plaques peuvent être influencées par des rayons obscurs, par des radiations de la matière impondérable qui pénètrent les corps opaques, à plus forte raison les fluides quintessenciés dont se compose l'enveloppe des esprits peuvent-ils, dans certaines conditions, impressionner la rétine des voyants, appareil plus délicat et plus complexe que n'est la plaque de verre.
C'est ainsi que le spiritisme se fortifie chaque jour par l'appoint d'arguments tirés des découvertes de la science, et qui finiront par ébranler les sceptiques les plus endurcis.
La grande querelle séculaire qui divisait les écoles philosophiques se réduit donc à une question de mots. Dans les expériences dont sir W. Crookes a pris l'initiative, la matière se fond, l'atome s'évanouit ; à leur place, l'énergie apparaît. La substance est un Protée qui revêt mille formes inattendues. Les gaz, que l'on considérait comme permanents, se liquéfient ; l'air se décompose en éléments bien plus nombreux que la science d'hier ne l'enseignait ; la radio-activité, c'est-à-dire l'aptitude des corps à se désagréger, en émettant des effluves analogues aux rayons cath odiques se révèle comme un fait universel. Toute une révolution s'accomplit dans les domaines de la physique et de la chimie. Partout, autour de nous, nous voyons s'ouvrir des sources d'énergie, d'immenses réservoirs de forces, bien supérieurs en puissance à tout ce que l'on connaissait jusqu'ici. La science s'achemine peu à peu vers la grande synthèse unitaire, qui est la loi fondamentale de la nature. Ses plus récentes découvertes ont une portée incalculable, en ce sens qu'elles démontrent expérimentalement le grand principe constitutif de l'univers : unité des forces, unité des lois. L'enchaînement prodigieux des forces et des êtres se précise et se complète. On constate qu'il
existe une continuité absolue, non seulement entre tous les états de la matière, mais encore entre ceux-ci et les différents états de la force (1).
L'énergie paraît être la substance unique, universelle. A l'état compact, elle revêt les apparences que nous nommons matière solide, liquide, gazeuse ; sous un mode plus subtil, elle constitue les phénomènes de lumière, chaleur, électricité, magnétisme, affinité chimique. En étudiant l'action de la volonté sur les effluves et les radiations, nous pourrions peut-être entrevoir le point, le sommet, où la force s'intelligente, où la loi se manifeste, où la Pensée se change en vie (2).
Car tout se relie et s'enchaîne dans l'univers. Tout est réglé par les lois du nombre, de la mesure, de l'harmonie. Les manifestations les plus élevées de l'énergie confinent à l'intelligence. La force devient attraction ; l'attraction devient amour. Tout se résume en un pouvoir
(1) « Les produits de la dissociation des atomes, dit G. Lebon, constituent une substance intermédiaire par ses propriétés entre les corps pondérables et l'éther impondérable, c'est-à-dire entre deux mondes profondément séparés jusqu'ici. »
[Revue scientifique, 17 octobre 1903.)
« Les observations précédentes, dit encore cet éminent chimiste, semblent bien prouver que les divers corps simples dériveraient d'une matière unique- Cette matière primitive serait produite par une condensation de l'éther. >» {Revue scientifique, 24 octobre 1903.)
(2) Voii' note complémentaire n* 2 à la fin de l'ouvrage.
SOLIDARITE j GOMMU.MOX UNIVERSELLE 31
unique et primordial, moteur éternel et universel, auquel on a donné des noms divers et qui n'est autre que la pensée, la volonté divine. Ses vibrations animent l'infini. Tous les êtres, tous les mondes sont baignés dans Tocéan des radiations qui émanent de l'inépuisable foyer.
Conscient de son ignorance et de sa faiblesse, l'homme reste confondu devant cette unité formidable qui embrasse toutes choses et porte en elle la vie des humanités. Mais, en même temps, Tétude de l'univers lui ouvre des sources profondes de jouissances et d'émotions. Malgré notre infirmité intellectuelle, le peu que nous entrevoyons des lois universelles nous ravit, car, dans la Puissance ordonnatrice des lois et des mondes, nous pressentons Dieu et, par là, nous acquérons la certitude que le Bien, le Beau, l'Harmonie parfaite régnent au-dessus de tout.