DANS LES MANIFESTATIONS
Dans l'Écho du Merveilleux d’octobre 1910, M. Jules Bois émet la proposition suivante : « La nécessité constante d’un médium et cette loi que le fait métapsychique résulte de lui, s’accomplit en lui et par lui. »
M. Jules Bois n’exclut pas l’intervention possible de causes plus profondes, mais que ce soit
auto-suggestion, suggestion ou intervention de forces étrangères, toujours, à son avis, Je véhicule est l’être humain vivant.
Cette proposition, pour être exacte en bien des cas, ne doit pas être généralisée. Le professeur Lombroso, après une minutieuse enquête sur les phénomènes de hantise, a dit (voir Annales des Sciences psychiques, février 1908) :
« Dans les maisons hantées, oii Ton voit se mouvoir tout à coup, vertigineusement, des bouteilles, des tables, des chaises, etc., personne ne voudra parler d’influences de médium , puisqu’il s’agit souvent de maisons inhabitées, où ces phénomènes se produisent parfois pendant plusieurs générations. »
Comme MM. Jules Bois et G. Lebon, Lombrosa avait longtemps cherché la cause des phénomènes spirites dans le médium lui-même et attribuait ces manifestations à l’action des forces émanées du sujet.
Mais un grand nombre de faits observés par lui au cours de nouvelles expériences vinrent infirmer cette hypothèse et en démontrer l’insuffisance...
Ce fut d’abord la simultanéité de certains phénomènes au cours des séances : il 11’était pas possible d’admettre que la force psychique du médium puisse non seulement se transformer à la fois et au même instant en force motrice et en force
NOTES COMPLÉMENTAIRES
sensorielle, mais encore agir en même temps en plusieurs directions différentes et pour des buts distincts.
Il y a ensuite des faits qui se produisent contre la volonté du médium, contre la volonté des assistants et même contre celle de l’entité qui opère... Il peut donc intervenir dans les phénomènes spirites une volonté qui ne trouve son origine dans aucun des organismes humains réunis dans la salle...
Dans le phénomène de la trance, on voit se manifester des énergies motrices et intelligentes qui sont étrangères, supérieures et disproportionnées à celles du médium.
La lévitation complète du médium, par exemple, ne peut être expliquée par l’action d’une force provenant du sujet même qui s’élève au-dessus du sol. Le centre de gravité d’un corps, en effet, ne peut se déplacer dans l’espace, si une force externe n’agit pas sur ce corps.
Voici ce que dit à ce sujet le docteur Venzano (voir Annales des Sciences psychiques, i er février i 9 ° 8 ) :
« Dans une séance à Milan, lorsque Eusapia était au plus fort de sa trance, nous vîmes apparaître, à droite, moi et ceux qui m’avoisinaient, une forme de femme bien chère, qui me dit une parole confuse : «Trésor », me sembla-t-il. Au centre se trouvait Eusapia endormie près de moi,
et, au-dessus, le rideau se gonfla plusieurs fois; en môme temps, à gauche, une table s’agitait dans le cabinet et, de là, un petit objet était transporté sur la table du milieu.
« A Gênes, le docteur Imoda observa que, tandis qu’un fantôme ôtait de la main et redonnait une plume à M. Becker, un autre fantôme s’appuyait sur lui, Imoda. »
« Une autre fois, tandis que j’étais caressé par un fantôme, la princesse Ruspoli se sentait toucher la tête par une main, et Imoda sentait serrer avec force sa main par une autre main. »
On ne peut croire que la force psychique d’un médium puisse agir en même temps en trois directions différentes. Gomment concentrer une action assez forte pour obtenir des phénomènes plastiques sur trois points séparés ?
La même observation s’applique aux phénomènes d’écriture directe. Un jour, à Orange, en plein midi, au cœur de l’été, alors qu’au dehors toute vie semblait suspendue et qu’on n’entendait que le chant des cigales et les plaintes du vent, j’étais assis près d’une table, chez un de mes amis, marchand de nouveautés, avec deux autres personnes, occupées à écrire et penchées sur leur travail. Je vis descendre dans le vide, au-dessus de ma tête, un lambeau de papier qui semblait sortir du plafond et vint lentement s’abattre dans mon chapeau placé sur la table, près de moi.
NOTES COMPLÉMENTAIRES
Deux lignes d’une fine écriture, deux vers y étaient tracés. Ils contenaient un avertissement, une prédiction me concernant et qui s’est réalisée depuis. Je suis convaincu que les deux personnes présentes n’étaient pour rien dans ce phénomène, qu’on ne saurait expliquer par la suggestion ni la subconscience.
Fidèle à la méthode expérimentale, je présenterai encore quelques faits établissant la réalité d’interventions étrangères et fournissant des indi cations sur leur nature et leur identité. Les faits, en effet, me semblent beaucoup plus éloquents que tous les commentaires.
Voici la reproduction d’un procès-verbal que j’ai entre les mains :
« Le i 3 janvier 1899, douze personnes s’étaient réunies chez M. David, place des Corps-Saints, 9, à Avignon, pour leur séance hebdomadaire de spiritisme.
« Après un moment de recueillement, on vit le médium, Mme Gallas, en état de trance, se tourner du côté de M. l’abbé Grimaud et lui parler dans le langage des signes employés par certains sourds-muets. Sa volubilité mimique était telle que l’esprit fut prié de se communiquer plus lentement, ce qu’il fit aussitôt. Par une précaution dont on appréciera l’importance, M. l’abbé Grimaud ne fit qu’énoncer les lettres à mesure de leur transmission par le médium. Comme chaque
lettre isolée ne signifie rien, il était impossible, alors même qu'on l’eût voulu, d’interpréter la pensée de l’esprit ; et c’est seulement à la fin de la communication qu’elle a été connue, la lecture en ayant été faite par l’un des deux membres du groupe chargé de transcrire les caractères.
« De plus, le médium a employé une double méthode : celle qui énonce toutes les lettres d’un mot, pour en indiquer l’orthographe, seule forme sensible pour les yeux, et celle qui énonce l’articulation, sans tenir compte de la forme graphique, méthode dont M. Fourcade est l'inventeur et qui est en usage seulement dans l’institution des * sourds-muets d’Avignon. Ces détails sont fournis par l’abbé Grimaud, directeur et fondateur de l’établissement.
« La communication, relative à l’œuvre de haute philanthropie à laquelle s’estvouél’abbé Grimaud, était signée: Frère Fourcade, décédé à Caen.
Aucun des assistants , à /’ exception du vénérable ecclésiastique , ri a connu, ni pu connaître /’ auteur decette communication , bien qriil eût passé quelque temps à Avignon , il y a trente ans,ni sa méthode. »
Ont signé : les membres du groupe ayant assisté à ceRe séance : Toursier, directeur de la Banque de France en retraite ; Roussel, chef de musique du 58 e ; Domenach, lieutenant au 58 e ; David, négociant ; Brémond, Canuel, Mmes Toursier, Roussel, David et Brémond.
NOTES COMPLÉMENTAIRES
Au procès-verbal est jointe l’attestation suivante : « Je soussigné, Grimaud,prêtre, directeurfondateur de l’institution des infirmes de la parole, sourds-muets, bègues et enfants anormaux, à Avignon, certifie l'exactitude absolue de tout ce qui est rapporté ci-dessus. Je dois à la vérité de dire que j’étais loin de m’attendre à une pareille manifestation, dont je comprends toute l’importance, au point de vue de la réalité du spiritisme, dont je suis un adepte fervent, je ne fais aucune difficulté de le déclarer publiquement. »
Avignon, le 17 avril 1899.
Signé: Grimaud, prêtre.
A citer, en outre, l’apparition photographiée d’un Boer relatée par W. Stead, le grand publiciste anglais. Ce Boer, nommé Piet "Botha, était absolument inconnu de lui et fut reconnu plus tard par plusieurs délégués du Sud-Africain, venus en Angleterre (voir Revue du i 5 janvier 1909).
Ajoutons les faits suivants : le cas de Blanche Abercrombie, cité par Myers dans Haman Perso nality et qui ne peut s’expliquer ni par la suggestion, ni par la subconscience ; il en est de même du cas relaté par le docteur Funch {Annales du 7 janvier 1907) et du cas Evangélidès, message obtenu d’un défunt dont personne dans l’assistance ne connaissait le décès, par Miss Laura, fille du grand juge Edmonds, en langue grecque
moderne, inconnue du médium (Annales des Sciences psychiques , juin 1907); le cas d’écriture directe du docteur Roman Uricz, médecin en chef de Phôpital de Bialy-Kamien, relaté avec détails dans mon livre Christianisme et Spiritisme , nouvelle édition, p. 269.