AU LECTEUR
enquêtes et les témoignages de savants éminents ; par elle, une communication s'établit avec ce monde invisible qui nous entoure, et une révélation puissante découle sur Vhumanité comme une onde pure et régénératrice.
Jamais, peut-être, au cours de son histoire, la France n'a senti plus profondément l'opportunité d'une nouvelle orientation morale. Les religions, disons-nous, ont beaucoup perdu de leur prestige, et les fruits empoisonnés du matérialisme se montrent de toutes paris. A côté de l'égoïsme et de la sensualité des uns s'étalent la brutalité et les convoitises des autres. Les actes de violence, les meurtres, les suicides se multiplient. Les grèves revêtent un caractère de plus en plus tragique. C'est la lutte des classes , le déchaînement des appétits et des fureurs. La voix populaire monte et gronde ; la haine des petits envers ceux qui possèdent et jouissent tend à passer du domaine des théories dans celui des faits. Les pratiques barbares, destructrices de toute civilisation, pénètrent dans les mœurs ouvrières. On saccage les usines ; on brise les machines; on
« sabote » l'outillage industriel. Cet étal de choses, en s'aggravant, nous ramènerait tout droit à la guerre civile et à la sauvagerie.
Tels sont les résultats d'une fausse éducation nationale. Depuis des siècles, ni l'école ni l'Église n'ont enseigné au peuple ce quil a le plus besoin de connaître : le pourquoi de l'existence, la loi de la destinée avec le vrai sens des devoirs et des responsabilités qui s'y rattachent. De là, de toutes parts, en haut comme en bas, le désarroi des intelligences et des consciences , la confusion de toutes choses, la démoralisation, l'anarchie. Nous sommes menacés de la faillite sociale.
Faudra-t-il descendre jusqu'au fond du gouffre des misères publiques, pour voir l'erreur commise et comprendre qu'il faut rechercher par-dessus tout le rayon de lumière qui éclaire la grande marche humaine sur la route sinueuse, à travers les fondrières et les rocs éboulés ?
Novembre 1910 .