DIEU ET L'UNIVERS
Y-a-t-il un but, y a-t-il une loi dans l’univers ?
Ou bien cet univers n’est-il qu’un abîme où la pensée se perd, faute d’un point d’appui, où elle tourne sur elle-même comme la feuille morte sous le souffle du vent ?
Y a-t-il une force, une espérance, une certitude qui puisse nous élever au-dessus de nous-mêmes vers un but supérieur, vers un principe, un être en qui s’identifient le bien, la vérité, la sagesse; ou bien n’y aurait-il en
nous et autour de nous que doute, incertitude et ténèbres ?
L'homme, le penseur, sonde du regard la vaste étendue. Il interroge les profondeurs du ciel. Il y cherche la solution de deux grands problèmes : le problème du monde, le problème de la vie. Il considère ce majestueux univers, dans lequel il se sent comme noyé. Il suit des yeux la course des géants de l’espace, soleils de la nuit, effrayants foyers dont la lumière parcourt les immensités mornes. Il interroge ces astres, ces mondes innombrables, mais ils passent, muets, poursuivant leur route vers un but que nul ne connaît. Un silence écrasantplane sur l'abîme, enveloppe l’homme, rend cet univers plus solennel encore (1). *
Pourtant deux choses nous apparaissent à première vue dans l’univers : la matière et le mouvement, la substance et la force. Les mondes sont formés de matière, et cette matière, inerte par elle-même, se meut. Qui donc la fait mouvoir? Quelle est cette force qui l’anime ? Premier problème. Mais Fhomme, de l'infini, reporte sur lui-même
(1) Ce silence est relatif et résulte uniquement de l’im-* perfection de nos sens.
son attention. Cette matière et cette force universelles, il les retrouve en lui et, avec elles,un troisième élément, à l’aide duquel il a connu, vu, mesuré les autres : l’Intelligence.
Cependant l’intelligence humaine n’est pas, à elle-même, sa propre cause. Si l’homme était sa propre cause, il pourrait maintenir et conserver la puissance de vie qui est en lui; tandis que cette puissance, sujette à des variations, à des défaillances, échappera sa volonté.
Si l’intelligence est en l’homme, elle doit se retrouver dans cet univers dont il fait partie intégrante. Ce qui existe dans la partie doit se retrouver dans le tout. La matière n’est que le vêtement, la forme sensible et changeante, revêtue parla vie; un cadavre ne pense ni ne se meut. La force est un simple agent appelé à entretenir les fonctions vitales. C’est donc l’intelligence qui gouverne les mondes et régit l’univers.
Cette intelligence se manifeste par des lois, lois sages et profondes, ordonnatrices et conservatrices de l’univers.
Toutes les recherches, tous les travaux de la science contemporaine concourent à démontrer Faction des lois naturelles, qu’une Loi suprême relie, embrasse, pour constituer Tuniverselle harmonie. Par cette Loi, une Intelligence souveraine se révèle comme la Raison même des choses, Raison consciente, Unité universelle où convergent, se relient et se fondent tous les rapports, où tous les êtres viennent puiser la force, la lumière et la vie; Être absolu et parfait, fondement immuable et source éternelle de toute science, de toute vérité, de toute sagesse, de tout amour.
Pourtant, certaines objections sont à prévoir. On peut me dire, par exemple : Les théories sur la matière, la force et l’intelligence, telles que les formulaient naguère les écoles scientifiques et philosophiques, ont fait leur temps. Des conceptions nouvelles les remplacent. La physique actuelle nous démontre que la matière se dissocie à l’analyse, se résout en centres de forces, et que la force se résorbe dans l’éther universel.
Oui, certes, les systèmes vieillissent et passent; les formules s'usent; mais l’idée éternelle reparaît sous des formes toujours neuves et plus riches. Matérialisme et spiritualisme sont des aspects transitoires de la connaissance. Ni la matière ni l'esprit ne sont ce que pensaient les écoles d’autrefois, et peut-être la matière, la pensée et la vie sontelles reliées par des liens étroits que nous commençons à entrevoir.
Néanmoins, certains faits subsistent et d’autres problèmes se posent. La matière et la force se résorbent dans l'éther; mais qu’est-ce que l’éther ? C’est, nous dit-on, la matière première, le substratum définitif de tous les mouvements. L'éther lui-même est traversé de mouvements innombrables :
radiations lumineuses et calorifiques, courants d'électricité et de magnétisme. Or, il faut bien que ces mouvements soient réglés de certaine façon.
La force engendre le mouvement, mais la force n’est pas la loi. Aveugle et sans guide, elle ne pourrait produire l’ordre et l’harmonie dans l’univers. Ceux-ci sont pourtant manifestes. Au sommet de l’échelle des forces, apparaît l’énergie mentale, la volonté, l’in-
telligence qui construit les formes et fixe les lois (1).
L’inertie, nous dira-t-on encore, n’est que relative, puisque la matière est de l’énergie concrétée. En réalité, toutes les particules constitutives d’un corps se meuvent. Cependant l’énergie emmagasinée dans ces corps ne peut entrer en puissance d’action que si la matière composante est dissociée. Ce n’est pas le cas pour les planètes, dont les éléments représentent la matière à son dernier degré de concrétion. Leurs mouvements ne peuvent s’expliquer par une force interne, mais seulement par l’intervention d’une énergie extérieure.
« L’inertie, dit G. Lebon (2), est la résistance, de cause inconnue, que les corps opposent au mouvement ou changement de
(t) G. Lebon, malgré ses réticences (/’Évolution de la matière , p. 275), est obligé de le reconnaître : « Toutes ces opérations si précises, si admirablement adaptées à un but, sont dirigées par des forces qui se conduisent exactement comme si elles possédaient une clairvoyance très supérieure à la raison. Ce qu’elles accomplissent à chaque instant est très au-dessus de tout ce que peut réaliser la science la plus avancée. »
(2) Revue scientifique, 17 octobre 1903.
mouvement. Elle est susceptible de mesure, et c’est cette mesure qu’on définit par le terme de masse. La masse est donc la mesure de l’inertie de la matière, son coefficient de résistance au mouvement. »
Depuis Pythagore jusqu’à Claude Bernard, tous les penseurs affirment que la matière est dépourvue de spontanéité. Toute tentative de prêter à la substance inerte une spontanéité capable d’organiser et d’expliquer la force, a échoué.
Il faut donc revenir à la nécessité d’un premier moteur transcendant pour expliquer le système du monde. La mécanique céleste ne s’explique pas par elle-même, et l’existence d’un moteur initial s’impose. La nébuleuse primitive, mère du soleil et des planètes, était animée d’un mouvement giratoire. Mais qui lui avait imprimé ce mouvement ? Nous répondons sans hésiter : Dieu ( 1 ) !
Est-ce seulement la science contemporaine qui n<Tus révèle Dieu, l’Etre universel ?
(1) Voir note complémentaire n° 1, à la fin de l’ouvrage.
L’homme interroge l’histoire de la terre. Il évoque le souvenir des multitudes mortes, des générations qui reposent sous la poussière des siècles. Il interroge la foi crédule des simples et la foi raisonnée des savants, et partout, au-dessus des opinions contradictoires et des disputes d’écoles, au-dessus des rivalités de castes, d’intérêts et de passions, partout il voit les élans, les aspirations de la pensée humaine vers la grande Cause qui veille, auguste et silencieuse, sous le voile mystérieux des choses.
En tous temps et en tous milieux, la plainte humaine monte vers cet Esprit divin, vers cette Ame du monde que Ton honore sous des noms divers, mais qui, sous tant d’appellations : Providence, grand Architecte, Etre suprême, Père céleste, est toujours le Centre, la Loi, la Raison universelle, en qui le monde se connaît, se possède, retrouve sa conscience et son moi.
Et c’est ainsi qu’au-dessus de cet incessant flux et reflux d’éléments passagers et changeants, au-dessus de cette variété, de cette diversité infinie des êtres et desr choses, qui constituent le domaine de la nature et de la vie, la pensée rencontre dans l’univers ce
principe fixe, immuable, cette Unité consciente, en qui s’unissent l’essence et la substance, source première de toutes les consciences et de toutes les formes. Car conscience et forme, essence et substance, ne peuvent exister l’une sans l’autre.Elles s’unissent pour constituer cette Unité vivante, cet Être absolu et nécessaire, source de tous les êtres, que nous appelons Dieu.
Mais le langage humain est impuissant à exprimer l’idée de l’Être infini. Dès que nous nous servons de noms et de termes, nous limitons ce qui est sans limites. Toutes les définitions sont insuffisantes et, dans une certaine mesure, induisent en erreur. Cependant la pensée, pour s’exprimer, a besoin de termes. Le moins éloigné de la réalité est celui par lequel les prêtres d’Égypte désignaient Dieu : Je su/s, c’est-à-dire je suis l’Être par excellence, absolu, éternel, de qui émanent tous les êtres.
Un malentendu séculaire divise sur ces questions les écoles philosophiques. Le matérialisme ne voyait dans l’univers que la
substance et la force. Il semblait ignorer les états quintessenciés, les transformations infinies de la matière. Le spiritualisme ne voit encore en Dieu que le principe spirituel. Il considère comme immatériel tout ce qui ne tombe pas sous nos sens. Tous deux se trompent. Le malentendu qui les sépare ne cessera que lorsque les matérialistes verront dans leur principe et les spiritualistes dans leur Dieu la source des trois éléments : substance, force, intelligence, dont l’union constitue la vie universelle.
Pour cela, il suffit de comprendre deux choses : si Ton admet que la substance est en dehors de Dieu, Dieu n’est pas infini, et, puisque la conscience existe dans le monde actuel, il faut évidemment qu’elle se retrouve dans ce qui a été le Principe de ce monde.
Mais la science, après s’être attardée pendant un demi-siècle dans les déserts du matérialisme et du positivisme, après en avoir reconnu la stérilité, la science actuelle a modifié son orientation. Dans tous les domaines : physique, chimie, biologie, psychologie, elle s’achemine aujourd’hui d’un pas décidé vers cette grande unité que l’on entrevoit au fond de tout. Partout elle recon-
naît l’unité de substance, l’unité de forces, l’unité de lois. Derrière toute substance mue, la force se retrouve, et la force n’est que la -projection de la pensée, de la volonté dans la substance. L’éternelle création, l’éternel renouvellement des êtres et des choses n’est que la projection constante de la pensée divine dans l’univers.
Peu à peu, le voile se soulève ; l’homme commence à entrevoir l’évolution grandiose de la vie à la surface des mondes. Il voit la corrélation des forces et l’adaptation des formes et des organes en tous milieux. Il sait que la vie se développe, se transforme et s’affine à mesure qu’elle parcourt sa spirale immense. Il comprend que tout est réglé en vue d’un but, qui est le perfectionnement continu de l’être et l’accroissement en lui de la somme du bien et du beau.
Même ici-bas, il peut suivre cette loi majestueuse du progrès à travers tout le lent travail de la nature, depuis les formes les plus inférieures de l’être, depuis la cellule verte flottant au sein des eaux, jusqu’à l’homme conscient en qui l’unité de la vie s’affirme, et au-dessus de lui, de degré en degré, jusqu’à l’infini. Et cette ascension ne se
comprend, ne s’explique que par l’existence d’un principe universel, d’une énergie incessante, éternelle, qui pénètre toute la nature; c’est elle qui règle et stimule cette évolution colossale des êtres et des mondes vers le mieux, vers le bien.
Dieu, tel que nous le concevons, n’est donc pas le Dieu du panthéisme oriental, qui se confond avec l’univers, ni le Dieu anthropomorphique, monarque du ciel, extérieur au monde, dont nous parlent les religions de l’Occident. Dieu est manifesté par l’univers qui en est la représentation sensible, mais ne se confond pas avec lui. De même qu’en nous l’unité consciente, l’âme, le moi, persiste au milieu des modifications incessantes de la matière corporelle, ainsi, au milieu des transformations de l’univers et de l’incessant renouvellement de ses parties, subsiste l’Etre immuable qui est l’âme, la conscience, le moi qui l’anime, lui communique le mouvement et la vie.
Et ce grand Être, absolu, éternel, qui connaît nos besoins, entend nos appels, nos prières, qui est sensible à nos douleurs, est comme l’immense foyer où tous les êtres, par la communion de la pensée et du senti-
ment, viennent puiser les forces, les secours, les inspirations nécessaires pour les guider dans les voies de la destinée, pour les soutenir dans leurs luttes, les consoler dans leurs misères, les relever dans leurs défaillances et leurs chutes.
Ne cherche pas Dieu dans les temples de pierre et de marbre, ô homme qui veux le connaître, mais dans le temple éternel de la nature, dans le spectacle des mondes parcourant l’infini, dans les splendeurs de la vie qui s’épanouit à leur surface, dans la vue des horizons variés : plaines, vallées, montagnes et mers, que t’offre ta demeure terrestre.
Partout, sous l’éclat du jour ou sous le manteau constellé des nuits, au bord des océans tumultueux comme dans la solitude des forêts, si tu sais te recueillir, tu entendras les voix de la nature et les subtils enseignements qu’elle murmure à l’oreille de ceux qui fréquentent ses retraites et étudient ses mystères.
La terre vogue sans bruit dans l’étendue.
Cette masse de dix mille lieues de tour glisse
sur les flots de l’éther comme un oiseau dans l'espace, comme un moucheron dans la lumière. Rien ne trahit sa marche imposante.
Aucun grincement de roues, aucun murmure de vagues sous ses flancs. Silencieuse, elle passe, elle roule parmi ses sœursduciel.Toute la puissante machine de l’univers s’agite; les millions de soleils et de mondes qui la composent, mondes près desquels le nôtre n’est qu’un enfant, tous se déplacent, s’entre-croisent, poursuivent leurs révolutions avec des vitesses effrayantes, sans qu’aucun son, aucun heurt ne vienne trahir l’action de ce gigantesque appareil. L’univers reste calme. C’est l’équilibre absolu; c’est la majesté d’un pouvoir mystérieux, d’une intelligence qui ne s’impose pas, qui se cache au sein des choses, mais dont la présence se révèle à la pensée et au cœur, et qui attire le chercheur comme l’abîme.
Si la terre évoluait avec bruit; si le mécanisme du monde se remontait avec fracas, les hommes, effrayés, se courberaient et croiraient. Mais non ! L’œuvre formidable s’accomplit sans efforts. Globes et soleils flottent dans l’infini, aussi légers que des plumes sous la brise. En avant, toujours en
avant ! La ronde des sphères se déroule, guidée par une puissance invisible.
La volonté qui dirige l’univers se dissimule à tous les yeux. Les choses sont disposées de manière que personne ne soit obligé de croire en elle. Si l’ordre et l’harmonie du Cosmos ne suffisent pas à convaincre l’homme, il est libre. Rien ne contraint le sceptique d’aller à Dieu.
Il en est de même des choses morales. Nos existences se déroulent et les événements se succèdent sans liaison apparente. Mais l’immanente justice plane de haut sur nous et règle nos destins d’après un principe inéluctable, par lequel tout s’enchaîne en une série de causes et d’effets. Leur ensemble constitue une harmonie que l’esprit affranchi de préjugés, éclairé par un rayon de la sagesse, découvre et admire.
Que savons-nous de l’univers ? Notre œil ne perçoit qu’un domaine restreint de l’empire des choses. Seuls, les corps matériels, semblables à nous, l’affectent. La matière subtile et diffuse nous échappe (1). Nous ne voyons que ce qu’il y a de plus grossier dans
(1) Actuellement nous ne connaissons et ne pouvons connaître dans leur essence ni l'esprit ni la matière.
notre entourage. Tous les mondes fluidiques, tous les cercles où s’agite la vie supérieure, la vie radieuse, échappent aux regards humains. Nous ne distinguons que les mondes opaques et lourds qui se meuvent dans les cieux. L’espace qui les sépare nous paraît vide. Partout, de profonds abîmes semblent s’ouvrir. Erreur ! L’univers est plein. Entre ces demeures matérielles, dans l’intervalle de ces mondes planétaires, prisons ou bagnes flottant dans l’espace, d’autres domaines de la vie s’étendent, vie spirituelle, vie glorieuse que nos sens épais ne peuvent percevoir, car, sous ses radiations, ils se briseraient comme une vitre au choc d’une pierre.
La sage nature a limité nos perceptions et nos sensations. C’est degré à degré qu’elle nous conduit dans le chemin du savoir. C’est lentement, étapes par étapes, vies après vies, qu’elle nous mène à la connaissance de l’univers, soit visible, soit caché. L’être gravit une à une les marches de l'escalier gigantesque qui conduit à Dieu. Et chacun de ces degrés représente pour lui une longue série de siècles.
Si les mondes célestes nolis apparaissaient soudain, sans voiles, dans toute leur gloire,
nous en serions éblouis, aveuglés. Mais nos sens extérieurs ont été mesurés et limités.
Ils s’accroissent et s’affinent à mesure que l’être s’élève sur l’échelle des existences et des perfectionnements. Il en est de même de la connaissance, de la possession des lois morales. L’univers se dévoile à nos yeux à mesure que notre capacité d’en comprendre les lois se développe et grandit. Lente est l’incubation des âmes sous la lumière divine.
C’est vers toi, ô Puissance suprême ! quel que soit le nom qu’on te donne et si imparfaitement que tu sois comprise, c’est vers toi, source éternelle de la vie, de la beauté, de l’harmonie, que montent nos aspirations, notre confiance, notre amour!
Où es-tu? dans quels cieux profonds, mystérieux es-tu cachée ? Que d’âmes ont cru qu’il suffirait, pour te rencontrer, de quitter la terre ! Mais tu restes invisible dans le monde spirituel comme dans le monde terrestre, invisible pour ceux qui n’ont pas encore acquis la pureté suffisante pour refléter tes divins rayons.
Pourtant tout révèle et manifeste ta présence. Tout ce qui, dans la nature et dans l’humanité, chante et célèbre l’amour, la beauté, la perfection, tout ce qui vit et respire est un message de Dieu. Les forces grandioses qui animent l’univers proclament la réalité de l’Intelligence divine ; à côté d’elles, la majesté de Dieu se manifeste dans l’histoire par l’action des grandes âmes qui, semblablesà des vagues immenses, apportent aux rivages terrestres toutes les puissances de l’œuvre de sagesse et d’amour.
Et Dieu est aussi en chacun de nous, dans le temple vivant de la conscience. C’est là qu’est le lieu sacré, le sanctuaire où se cache la divine étincelle.
O hommes ! apprenez à descendre en vousmêmes, à fouiller les replis les plus intimes de votre être, interrogez-vous dans le silence et dans la retraite. Et vous apprendrez à vous connaître, à connaître la puissance cachée en vous. C’est elle qui élève et fait resplendir au fond de nos consciences les saintes images du bien, de la vérité, de la justice, et c’est en honorant ces images divines, en leur rendant un culte de chaque jour, que cette conscience encore obscure se purifie et
s’éclaire. Peu à peu, la lumière grandit en nous. Comme l’aurore succède à la nuit, comme graduellement, d’une manière insensible, les ombres font place à l’éclat du jour, ainsi l’âme s’illumine des radiations de ce foyer qui est en elle, et qui fait éclore dans notre pensée et dans notre cœur des formes toujours nouvelles, toujours inépuisables de vérité et de beauté. Et cette lumière est aussi une harmonie pénétrante, une voix qui chante dans l’âme du poète, de l’écrivain, du prophète, qui les inspire et leur dicte les œuvres grandes et fortes par lesquelles ils travaillent à l’élévation de l’humanité. Mais ceux-là seuls ressentent ces choses qui, ayant maîtrisé la matière, se sont rendus dignes de cette communion sublime par de séculaires efforts, ceux dont le sens intime s'est ouvert aux impressions profondes et connaît le souffle puissant qui attise les feux du génie, le souffle qui passe sur les fronts pensifs et fait tressaillir les enveloppes humaines.
L’univers est un, quoique triple en apparence. Esprit, force et matière ne semblent être que les modes, les trois états d’une substance immuable en son principe, variable à l’infini dans ses manifestations.
L’univers vit et respire, animé par deux courants puissants : absorption et diffusion. Par cette expansion, par ce souffle immense, Dieu, l’Etre des êtres, l’Ame de l’univers, crée. Par son amour, il attire à lui. Les vibrations de sa pensée et de sa volonté, sources premières de toutes les forces cosmiques, meuvent l’univers et engendrent la vie.
La matière, disons-nous, n’est qu’un mode, une forme passagère de la substance universelle. Elle échappe à l’analyse et disparaît sous l’objectif des microscopes, pour se résoudre en radiations subtiles. Elle n’a pas
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d’existence propre ; les philosophies qui la prennent pour base reposent sur une apparence^sur une sorte d’illusion (1).
L’unité de l’univers, longtemps niée ou incomprise, commence à être entrevue par la science. Il y a une vingtaine d'années, W. Crookes, au cours de ses études sur les matérialisations d’Esprits, découvrait le quatrième état de la matière, l’état radiant, et cette découverte, par ses conséquences, allait bouleverser toutes les vieilles théories classiques. Celles-ci établissaientune distinction entre la matière et la force. Nous savons maintenant que toutes deux se confondent.
Sous l’action delà chaleur, la matière la plus grossière se transforme en fluides, puis les fluides se réduisent à leur tour en un élément plus subtil qui échappe à nos sens. Toute matière peut se réduire en force, et toute force se condense en matière, parcourant ainsi un cercle incessant (2).
Les expériences de sir W. Crookes ont été poursuivies, confirmées par une légion
(1) « La matière, a dit W. Crookes, n’est qu’un mode du mouvement. ►> (Proc. Roy . Soc., n°205,p. 472.)
(2) « Toute la matière, a dit Crookes, repassera par l’état éthéré d’où elle vient. » (Discours au Congrès de chimie de Berlin, 1903.)
d’investigateurs. Le plus célèbre, Rœntgen, a appelé rayons X les radiations émanées des ampoules de verre ; ils ont la propriété de traverser la plupart des corps opaques, et permettent de percevoir et de photographier l’invisible.
Peu après, M. Becquerel démontrait les propriétés de certains métaux d’émettre des radiations obscures qui pénètrent la matière la plus densef, comme les rayons Rœntgen, et impressionnent les plaques photographiques à travers des lames métalliques.
Le radium, découvert par M. Curie, produit de la chaleur et de la lumière, d’une façon continue, sans s’épuiser d'une manière sensible. Les corps soumis à son action deviennent eux-mêmes radiants. Quoique la quantité d’énergie rayonnée par ce métal soit considérable, la perte de substance matérielle qui y correspond est presque nulle.
W. Crookes a calculé qu’une centaine d’années étaient nécessaires pour la dissociation d’un gramme de radium (1).
Bien plus. Les ingénieuses découvertes
(1) Voir G. Lebon, Revue scientifique , 24 octobre 1903, p. 518.
de M. G. Lebon (1) ont prouvé que les radiations sont une propriété générale de tous les corps. La matière peut se dissocier indéfiniment ; elle n’est que de l’énergie concrétée. Ainsi la théorie de l’atome indivisible, qui depuis deux mille ans servait de base à la physique et à la chimie, s’écroule et, avec elle, les distinctions classiques entre le pondérable ef l’impondérable (2). La souveraineté de la matière, qu’on disait absolue, éternelle, prend fin.
11 faut donc le reconnaître, l’univers n’est point tel qu’il apparaissait à nos faibles sens. Le monde physique n’en constitue qu’une infime partie. En dehors du cercle de nos perceptions, il existe une infinité de forces et de formes subtiles que la science a ignorées jusqu’ici. Le domaine de l’invisible est bien plus vaste et plus riche que celui clu monde visible.
Dans son analyse des éléments qui cons-
(1) Voir Revue scientifique , 17, 24 et 31 octobre 1903.
(2) Depuis des siècles on affirmait et on défendait la théorie des atomes sans en rien savoir. Berthelot la qua-
^ lifie de « roman ingénieux et subtil ». (Berthelot, la Synthèse chimique, 1876, p. 164.) On voit par là, dit Lebon, que certains dogmes scientifiques n’ont pas plus de consistance que les divinités des anciens âges.
tituent l’univers, la science a erré pendant des siècles, et maintenant il lui faut détruire ce qu’elle a péniblement édifié. Le dogme scientifique de l’unité irréductible et indestructible de l’atome, en s’effondrant, entraîne avec lui toutes les théories matérialistes.
L’existence des fluides, affirmée par les spirites depuis cinquante ans — ce qui leur valut tant de railleries de la part des savants officiels — cette existence, l’expérimentation l’établit désormais d’une manière rigoureuse.
Les êtres vivants, eux aussi, émettent des radiations de natures différentes. Des effluves humains, variant déformé et d’intensité sous l’action de la volonté, imprègnent les plaques de leur mystérieuse lumière. Ces influx, soit nerveux, soit psychiques, connus depuis longtemps des magnétiseurs et des spirites, mais niés par la science, les physiologistes en constatent aujourd’hui, d’une manière irrécusable, la réalité. Par là, le principe de la télépathie est trouvé. Les voûtions de la pensée, les projections de la volonté se transmettent à travers l’espace, comme les vibrations du son et les ondulations de la lumière, et vont impressionner
des organismes en sympathie avec celui du manifestant. Les âmes en affinité de pensée et de sentiment peuvent échanger leurs effluves, à toutes distances, de la même façon que les astres échangent, à travers les abîmes de l’espace, leurs rayons tremblants. Nous découvrons là encore le secret des^ ardentes sympathies ou des invincibles répulsions qu’éprouvent certains hommes les uns pour les autres, à première entrevue.
La plupart des problèmes psychologiques:
suggestion, communication à distance, actions et réactions occultes, vision à travers les obstacles, trouveront là leur explication.
Nous ne sommes encore qu’à l’aurore de la vraie connaissance. Mais le champ des recherches est largement ouvert, et la science va marcher de conquête en conquête dans une voie riche en surprises. Le monde invisible se révèle comme la base même de l’univers, comme la source éternelle des énergies physiques et vitales qui animent le Cosmos.
Ainsi tombe le principal argument de ceux qui niaient la possibilité de l’existence des Esprits. Ils ne pouvaient concevoir la vie invisible, faute d’un substratum , d’une substanceéchappantànos sens. Or, nous trouvons
à la fois, dans le monde des impondérables, les éléments constitutifs de la vie de ces êtres et les forces qui leur sont nécessaires pour manifester leur existence.
Les phénomènes spirites de tous ordres s’expliquent par le fait qu’une dépense considérable et constante d’énergie peut se produire sans déperdition apparente de matière.
Les apports, la désagrégation et la reconstitution spontanées d’objets en des chambres closes ; les cas de lévitation, le passage des Esprits à travers les corps solides, leurs apparitions et leurs matérialisations, qui provoquèrent tant d’étonnement, suscitèrent tant de railleries, tout cela devient facile à admettre et à comprendre, dès qu’on connaît le jeu des forces et des éléments en action dans ces phénomènes. Cette dissociation de la matière, dont parle M. G. Lebon, et que l’homme est encore impuissant à produire, les Esprits en possèdent depuis longtemps les règles et les lois.
L’application des rayons X à la photographie n’explique-t-elle pas aussi le phénomène de la double vue des médiums et celui de la photographie spirite ? En effet, si des plaques peuvent être influencées par des rayons
obscurs, par des radiations de la matière impondérable qui pénètrent les corps opaques, à plus forte raison les fluides quintessenciés dont se compose l’enveloppe des Esprits peuvent-ils, dans certaines conditions, impressionner la rétine des voyants, appareil plus délicat et plus complexe que n’est la plaque de verre.
C’est ainsi que le spiritisme se fortifie chaque jour par l’appoint d’arguments tirés des découvertes de la science, et qui finiront par ébranler les sceptiques les plus endurcis.
La grande querelle séculaire qui divisait les écoles philosophiques se réduit donc à une question de mots. Dans les expériences dont sir W. Crookes ja pris l’initiative, la matière se fond, l’atome s’évanouit; à leur place, l’énergie apparaît. La substance est un Protée qui revêt mille formes inattendues. Les gaz, que l’on considérait comme permanents, se liquéfient; fair se décompose en éléments bien plus nombreux que la science d’hier ne l’enseignait; la radioactivité, c’est-à-dire l’aptitude des corps à se
désagréger en émettant des effluves analogues aux rayons cathodiques, se révèlecomme un fait universel. Toute une révolution s'accomplit dans les domaines de la physique et de la chimie. Partout, autour de nous, nous voyons s'ouvrir des sources d'énergie, d’immenses réservoirs de forces, bien supérieurs en puissance à tout ce que l’on connaissait jusqu’ici (1). La science s’achemine peu à peu vers la grande synthèse unitaire, qui est la loi fondamentale de la nature. Ses plus récentes découvertes ont une portée incalculable, en ce sens qu’elles démontrent expérimentalement le grand principe constitutif de l’univers : unité des forces, unité des lois. L’enchaînement prodigieux des forces et des êtres se précise et se complète. On constate qu’il existe une continuité absolue, non seulement entre tous les états de la matière, mais encore entre ceux-ci et les différents états de la force (2).
(1) Voir note complémentaire n° 2,à latin de l’ouvrage.
(2) « Les produits de la dissociation des atomes, dit G. Lebon, constituent une substance intermédiaire par ses propriétés entre les corps pondérables et l’éther impondérable, c’est-à-dire entre deux mondes profondément séparés jusqu'ici. »
[Revue scientifique , 17 octobre 1903.)
« Les observations précédentes, dit encore cet émi-
L’énergie paraît être la substance unique, universelle. A l’état compact, elle revêt les apparences que nous nommons matière solide, liquide, gazeuse ; sous un mode plus subtil, elle constitue les phénomènes de lumière, chaleur, électricité, magnétisme, affinité chimique. En étudiant l’action de la volonté sur les effluves et les radiations, nous pourrions peut-être entrevoir le point, le sommet où la force s’intelligente, où la loi se manifeste, où la Pensée se change en vie.
Car tout se relie et s’enchaîne dans l’univers. Tout est réglé par les lois du nombre, de la mesure, de l’harmonie. Les manifestations les plus élevées de l’énergie confinent à l’intelligence. La force devient attraction; l’attraction devient amour. Tout se résume en un pouvoir unique et primordial, moteur éternel et universel, auquel on a donné des noms divers et qui n’est autre que la Pensée, la Volonté divine. Ses vibrations animent l’infini. Tous les êtres, tous les mondes sont
nent chimiste, semblent bien prouver que les divers corps simples dériveraient d’une matière unique. Cette matière primitive serait produite par une condensation de l’éther. »
(Revue scientifique , 24 octobre 1903.)
baignés dans l’océan des radiations qui émanent de l’inépuisable foyer.
Conscient de son ignorance et de sa faiblesse, l’homme reste confondu devant cette unité formidable qui embrasse toutes choses et porte en elle la vie des humanités. Mais, en même temps, l’étude de l’univers lui ouvre des sources profondes de jouissances et d’émotions. Malgré notre infirmité intellectuelle, le peu que nous entrevoyons des lois universelles nous ravit, car, dans la Puissanceordonnatricedeslois et desmondes, nous pressentons Dieu et, parlé, nous acquérons la certitude que le Bien, le Beau, l'Harmonie parfaite régnent au-dessus de tout.
Dieu est l’esprit de sagesse, d’amour et de vie, la puissance infinie qui gouverne le monde. L’homme est fini, mais il a l’intuition de l’infini. Le principe spirituel qu’il porte en lui l’incite à scruter des problèmes qui dépassent les limites actuelles de son entendement. Son esprit, prisonnier dans la chair, s’en dégage parfois et s’élève vers les domaines supérieurs de la pensée, d’où lui viennent ces hautes aspirations, trop souvent suivies de rechutes dans la matière. De là tant de recherches, de tâtonnements et d’erreurs, à tel point qu’il serait impossible de distinguer la vérité dans l'amoncellement des systèmes et des superstitions que le travail des âges a accumulés, si les puissances invisibles ne venaient faire la lumière dans ce chaos.
Chaque âme est un rayonnement de la grande âme universelle, une étincelle émanée de l’éternel foyer. Mais nous nous ignorons nous-mêmes, et cette ignorance est la cause de notre faiblesse et de tous nos maux.
Nous sommes unis à Dieu dans le rapport étroit qui relie la cause à l’effet, et nous sommes aussi nécessaires à son existence qu’il est nécessaire à la nôtre. Dieu, esprit universel, se manifeste dans la nature, et l’homme est, sur terre, la plus haute expression de la nature. Nous sommes l’œuvre et l’expression de Dieu, qui est la source du bien. Mais ce bien, nous le possédons seulement à l’état de germe, et notre tâche est de le développer. Nos vies successives, notre ascension sur la spirale infinie des existences, n’ont pas d’autre but.
Tout est écrit au fond de l’âme en caractères mystérieux : le passé, d’où nous émergeons etque nous devons apprendre à sonder ; l’avenir, vers lequel nous évoluons, avenir que nous édifierons nous-mêmes comme un monument merveilleux, fait de pensées élevées, de nobles actions, de dévouements et de sacrifices.
L’œuvre à réaliser par chacun de nous se
résume en trois mots : savoir, croire, vouloir; c’est-à-dire : savoir que nous avons en nous des ressources incalculables; croire à l’efficacité de notre action sur les deux mondes de la matière et de l'esprit; vouloir le bien en dirigeant nos pensées vers ce qui est beau et grand, en conformant nos actions aux lois éternelles du travail, de la justice et de l'amour.
Issues de Dieu, toutes les âmes sont sœurs ; tous les enfants de la race humaine sont unis par des liens étroits de fraternité et de solidarité. Aussi, les progrès de l’un de nous sont ressentis par tous, de même que l’abaissement d’un seul affecte l’ensemble.
De la paternité de Dieu découle la fraternité humaine; tous les rapports qui nous unissent se rattachent à ce fait. Dieu, père des âmes, doit être considéré comme l’Être conscient par excellence et non comme une abstraction. Mais ceux qui ont une conscience droite et sont éclairés par un rayon d’en haut, reconnaissent Dieu et le servent dans l’humanité qui est sa fille et son œuvre.
Quand l’homme est parvenu à la connaissance de sa véritable nature et de son unité avec Dieu, lorsque cette notion est entrée
dans sa raison et dans son cœur, il s’est élevé jusqu’à la vérité suprême; il domine de haut les vicissitudes terrestres; il a trouvé la force qui « soulève les montagnes », rend vainqueur dans la lutte contre les passions, fait mépriser les déceptions et la mort. Il accomplit ce que le vulgaire appelle des prodiges. Par sa volonté, par sa foi, il soumet, il gouverne la substance ; il brise les fatalités de la matière; il devient presque un dieu pour les autres hommes. Plusieurs, dans leur passage ici-bas, sont parvenus à ces hauteurs de vues; seul, le Christ s’en est pénétré au point d’oser dire à la face de tous : « Moi et mon Père, nous sommes un; il est en moi et je suis en lui. »
Ces paroles ne s’appliquaient cependant pas à lui seul; elles sont vraies pour l'humanité entière. Le Christ savait que tout homme doit arriver à la compréhension de sa nature intime, et c’est dans ce sens qu’il disait à ses disciples : « Vous êtes tous des dieux (1). » Il aurait pu ajouter : des dieux en devenir !
C'est l’ignorance de notre propre nature et des forces divines qui dorment en nous, c’est
(1) Jean, X, v. 34.
l’idée insuffisante que nous nous faisons de notre rôle et des lois de la destinée, qui nous assujettissent aux influences inférieures, à ce que nous appelons le mal. En réalité, ce n'est là qu’un manque de développement.
L’état d’ignorance n’est pas un mal par luimême; c’est seulement une des formes, une des conditions nécessaires de la loi d’évolution. Notre intelligence n’est pas mûre; notre raison enfant trébuche aux accidents du chemin; de là l’erreur, les défaillances, les épreuves, la douleur. Mais toutes ces choses seront un bien, si on les considère comme autant de moyens d’éducation et d’élévation. L’âme doit les traverser pour arriver à la conception des vérités supérieures, à la possession de la part de gloire et de lumière qui fera d’elle une élue du ciel, une expression parfaite de la Puissance et de l’Amour infinis. Chaque être possède les rudiments d’une intelligence qui atteindra au génie, et il a l’immensité des temps pour la développer. Chaque vie terrestre est une école, l’école primaire de l’éternité.
Dans la lente ascension qui porte l’être vers Dieu, ce que nous cherchons avant tout, c’est le bonheur, la félicité. Toutefois^,dans
son étaCd’ignorance, l’homme ne saurait atteindre ces biens, car il les recherche presque toujours où ils ne sont pas, dans la région des mirages et des chimères, et cela au moyen de procédés dont la fausseté ne lui apparaît qu’après bien des déceptions et des souffrances. Ce sont ces souffrances qui nous éclairent; nos douleurs sont des leçons austère^; elles nous apprennent que le vrai bonheur n’est pas dans les choses de la matière, passagères et changeantes, mais dans la perfection morale. Nos erreurs et nos fautes répétées, les fatales conséquences qu'elles entraînent, finissent par nous donner l’expérience, et celle-ci nous conduit à la sagesse, c’est-à-dire à la connaissance innée, à l’intuition de la vérité. Parvenu sur ce terrain solide, l’homme sentira le lien qui l’unit à Dieu et il avancera d’un pas plus sûr, d’étapes en étapes, vers la grande lumière qui ne s’éteint jamais.
Tous les êtres sont reliés les uns aux autres et s’influencent réciproquement. L’univers entier est soumis à la loi de solidarité.
Les mondes perdus dans les profondeurs de l’éther, les astres qui, à des milliards de lieues de distance, entre-croisent leurs rayons d'argent, se connaissent, s’appellent et se répondent. Une force que nous nommons attraction les réunit à travers les abîmes de l’espace.
De même, sur l’échelle de vie, toutes les âmes sont unies par de multiples rapports.
La solidarité qui les lie est fondée sur l’identité de leur nature, sur l’égalité de leurs souffrances à travers les temps, sur la similitude de leurs destinées et de leurs fins.
Comme les astres du ciel, toutes ces âmes s’attirent. La matière exerce sur l’esprit ses pouvoirs mystérieux. Ainsi que Prométhée sur son roc, elle l’enchaîne aux mondes obscurs. L’âme humaine ressent toutes les attractions de la vie inférieure ; en même temps, elle perçoit les appels d’en haut.
Dans cette laborieuse et pénible évolution qui entraîne les êtres, il est un fait consolant sur lequel il est bon d’insister : c’est qu'à tous les degrés de son ascension, l’âme est attirée, aidée, secourue par les Entités supérieures. Tous les esprits en marche sont aidés par leurs frères plus avancés et doi-
vent aider à leur tour ceux qui sont placés au-dessous d’eux.
Chaque individualité forme comme un anneau de la grande chaîne des êtres. La solidarité qui les unit peut bien restreindre quelque peu la liberté de chacun d’eux, mais si cette liberté est limitée en étendue, elle ne l’est pas en intensité. Si bornée que soit l’action de l’anneau, une seule de ses impulsions peut agiter toute la chaîne.
C’est une chose merveilleuse que cette fécondation constante du monde inférieur par le monde supérieur. De là viennenttoutes les intuitions géniales, les inspirations profondes, les révélations grandioses. Dans tous les temps, la pensée élevée a rayonné dans le cerveau humain. Dieu, dans son équité, n’a refusé son secours ni sa lumière à aucune race, à aucun peuple. A tous il a envoyé des guides, des missionnaires, des prophètes.
La vérité est une et éternelle ; elle pénètre dans l’humanité par rayonnements successifs, à mesure que notre entendement devient plus apte à se l’assimiler.
Chaque révélation nouvelle est une continuation de l’ancienne. C’est là le caractère du spiritualisme moderne, qui apporte un ensei-
gnement, une connaissance plus complète de la rôle de l’être humain, une révélation des pouvoirs cachés en lui et aussi de ses relations intimes avec la pensée supérieure et divine.
L’homme, esprit incarné, avait oublié son véritable rôle. Enseveli dans la matière, il perdait de vue les grands horizons de sa destinée; il dédaignait les moyens de développer ses ressources latentes, de se rendre plus heureux en devenant meilleur. La révélation nouvelle vient lui rappeler toutes ces choses. Elle vient secouer les âmes endormies, stimuler leur marche, provoquer leur élévation. Elle éclaire les replis obscurs de notre être, nous dit nos origines et nos fins, nous explique le passé par le présent et nous ouvre un avenir que nous sommes libres de faire grand ou misérable suivant nos actes.
L’âme humaine ne peut réellement progresser que dans la vie collective, en travaillant au profit de tous. Une des conséquences de cette solidarité qui nous lie, c’est que la
vue des souffrances des uns trouble et altère la sérénité des autres.
Aussi est-ce la préoccupation constante des esprits élevés, d’aller porter dans les régions obscures, aux âmes attardées dans les voies de la passion et de l’erreur, les radiations de leur pensée et les élans de leur amour. Aucune âme ne peut se perdre ; si toutes ont souffert, toutes seront sauvées.
Au milieu de leurs épreuves douloureuses, la pitié et l’affection de leurs sœurs les enlacent et les entraînent vers Dieu.
Comment comprendre, en effet, que les esprits radieux puissent oublier ceux qu’ils ont aimés autrefois, ceux qui partagèrent leurs joies, leurs soucis et peinent encore dans les sentiers terrestres? La plainte de ceux qui souffrent, de ceux que la destinée enchaîne encore aux mondes arriérés, arrive jusqu’à eux et suscite leur compassion généreuse. Lorsqu’un de ces appels traverse l’espace, ils quittent les demeures éthérées pour verser les trésors de leur charité dans les sillons des mondes matériels. Comme les vibrations de la lumière, les élans de leur amour se propagent dans l’étendue, portant la consolation aux cœurs attristés, versant sur
les plaies des humains le baume de l’espérance.
Parfois aussi, pendant le sommeil, les âmes terrestres, attirées par leurs sœurs aînées, s’élancent avec force vers les hauteurs de l’espace pour s’imprégner des fluides vivifiants de la patrie éternelle. Là, des esprits amis les entourent, les exhortent, les réconfortent, calment leurs angoisses ; puis, éteignant peu à peu la lumière autour d’elles, afin que les regrets déchirants de la séparation ne les accablent pas, ils les reconduisent aux frontières des mondes inférieurs. Leur réveil est mélancolique, mais doux; et bien qu’oublieuses de leur séjour passager dans les hautes régions, elles se sentent réconfortées et reprennent plus allègrement les charges de leur existence ici-bas.
Chez les âmes évoluées, le sentiment de la solidarité devient assez intense pour se changer en communion perpétuelle avec tous les êtres et avec Dieu.
L’âme pure communie avec la nature entière ; elle s’enivre des splendeurs de l’œuvre infinie. Tout : les astres du ciel, les
fleurs de la prairie, la chanson du ruisseau, la variété des paysages terrestres, les horizons fuyants de la mer, la sérénité des espaces, tout lui parle un harmonieux langage. En toutes ces choses visibles, l’âme attentive découvre une manifestation de la pensée invisible qui anime le Cosmos. Celuici revêt pour elle un aspect saisissant. Il devient le théâtre de la vie et de la communion universelles, communion des êtres les uns avec les autres et de tous les êtres avec Dieu, leur père.
Il n’est pas de distance pour les âmes qui sympathisent. De même que les mondes échangent leurs radiations à travers les profondeurs étoilées, de même les âmes qui s’aiment communiquent ensemble par la pensée. L’univers est animé d’une vie puissante ; il vibre comme une harpe sous l’action divine. Les radiations de la pensée le parcourent en tous sens ; elles transmettent les messages de l’esprit à l’esprit à travers la vaste étendue. Cet uniyers que Dieu a peuplé d’intelligences, afin qu’elles le connaissent, l’aiment et accomplissent sa loi, il le remplit de sa présence, il l’éclaire de sa lumière et le réchauffe de son amour.
La prière est l’expression la plus haute de cette communion des âmes. Considérée sous cet aspect, elle perd toute analogie avec les formules banales, les récitatifs monotones en usage, pour devenir un élan du cœur, un acte de la volonté par lequel l’esprit s’arrache aux servitudes de la matière, aux vulgarités terrestres pour pénétrer les lois, les mystères de la puissance infinie et s’y soumettre en toutes choses : « Demandez et vous recevrez ! » Prise dans ce sens, la prière est l’acte le plus important de la vie ; c’est l’aspiration ardente de l’être humain qui sent sa petitesse et sa misère, et cherche, ne serait-ce qu’un instant, à mettre les vibrations de sa pensée en harmonie avec la symphonie éternelle. C’est l’œuvre de la méditation qui, dans le recueillement et le silence, élève l’âme jusqu’à ces hauteurs célestes où elle s’augmente des forces, où elle s’imprègne des radiations de la lumière et de l’amour divins. Mais combien peu savent prier ! Les religions nous ont désappris la prièie en la changeant en exercice oiseux, parfois ridicule.
Sous Pinfluence du Nouveau Spiritualisme, la prière deviendra plus noble et plus digne; elle sera faite avec plus de respect de la Puis-
sance suprême; avec plus de foi, de confiance et de sincérité, dans un complet détachement des choses matérielles. Toutes nos anxiétés et nos incertitudes cesseront lorsque nous aurons compris que la vie est une communion universelle, et que Dieu et tous ses enfants vivent ensemble cette vie. Alors la prière deviendra le langage de tous, l’irradiation de l’âme qui, dans ses élans, met en branle le dynamisme spirituel et divin. Ses bienfaits s’étendront sur tous les êtres et particulièrement sur ceux qui souffrent, sur les ignorés de la terre et de l’espace. Elle ira vers ceux à qui nul ne songe, et qui gisent dans l’ombre, la tristesse et l’oubli, en face d’un passé accusateur. Elle éveillera en eux des aspirations nouvelles ; elle fortifiera leur cœur et leur pensée. Car l’action de la prière n’a pas de limites, pas plus que les forces et les pouvoirs qu’elle peut mettre en œuvre pour le bien des autres.
La prière, il est vrai, ne peut rien changer aux lois immuables ; elle ne saurait en aucune façon modifier nos destinées ; son rôle est de nous procurer des secours et des lumières qui nous rendent plus facile l'accomplissement de notre tâche terrestre. La
prière fervente ouvre toutes grandes les portes de Famé et, par ces ouvertures, les rayons de force, les radiations du foyer éternel nous pénètrent et nous vivifient.
Travailler avec un sentiment élevé, en poursuivant un but utile et généreux, c’est encore prier. Le travail, c’est la prière active de ces millions d’hommes qui luttent et peinent sur la terre, au profit de l’humanité.
La vie de l’homme de bien est une prière continue, une communion perpétuelle avec ses semblables et avec Dieu. Il n’a plus besoin de paroles ni de formes extérieures pour exprimer sa foi : elle s’exprime par tous ses actes et toutes ses pensées. Il respire, il s’agite sans effort dans une pure atmosphère fluidique, plein de tendresse pour les malheureux, plein de bon vouloir pour toute l’humanité. Cette communion constante devient pour lui une nécessité, une seconde nature. C’est grâce à elle que tous les esprits d’élection se maintiennent aux hauteurs sublimes de l’inspiration et du génie.
Ceux qui vivent d’une vie égoïste et matérielle, dont la compréhension n’est pas ouverte aux influences d’en haut, ceux-là ne
peuvent savoir quelles impressions ineffables procure cette communion de Pâme avec le divin.
C’est elle, c’est cette union étroite de nos volontés avec la Volonté suprême, que doivent s’efforcer de réaliser tous ceux qui, voyant l’espèce humaine glisser sur les pentes de la décadence morale, cherchent les moyens d’arrêter sa chute. Il n’y a pas d’ascension possible, pas d’entraînement vers le bien si, de temps à autre, l’homme ne se tourne vers son Créateur et son Père, pour lui exposer ses faiblesses, ses incertitudes, ses misères, pour lui demander les secours spirituels indispensables à son élévation. Et plus cette confession, plus cette communion intime avec Dieu est fréquente, sincère, profonde,plus l’âme se purifie et s’amende. Sous le regard de Dieu, elle examine, elle étale ses intentions, ses sentiments, ses désirs ; elle passe en revue tous ses actes et, avec cette intuition qui lui vient d’en haut, elle juge ce qui est bon ou mauvais, ce qu’il faut détruire ou cultiver. Elle comprend alors que tout ce qui vient du moi doit être abaissé pour faire place à l’abnégation, à l’altruisme; que, dans le sacrifice de soi-même, l’être
trouve le plus puissant moyen d’élévation, car plus il se donne, plus il s’agrandit. De ce sacrifice, il fait la loi de sa vie, loi qu’il imprime au plus profond de son être en traits de lumière afin que toutes ses actions soient marquées de son empreinte.
Debout sur la terre, mon soutien, ma nourrice et ma mère, j’élève mes regards vers l’infini, je me sens enveloppé dans l’immense communion de la vie ; les effluves de l’Ame universelle me pénètrent et font vibrer ma pensée et mon cœur; des forces puissantes me soutiennent, avivent en moi l’existence.
Partout où ma vue s’étend, partout où mon intelligence se porte, je vois, je discerne, je contemple la grande harmonie qui régit les êtres et, par des voies diverses, les guide vers un but unique et sublime. Partout, je vois rayonner la Bonté, l’Amour, la Justice!
O mon Dieu ! ô mon Père ! source de toute sagesse et de tout amour, Esprit suprême dont le nom est Lumière, je t’offre mes louanges et mes aspirations ! Qu’elles montent à toi comme le parfum des fleurs, comme les senteurs enivrantes des bois montent vers le ciel. Aide-moi à avancer dans la voie
sacrée de la connaissance, vers une compréhension plus haute de tes lois, afin qu’il se développe en moi plus de sympathie, plus d’amour pour la grande famille humaine.
Car je sais que par mon perfectionnement moral, par la réalisation, par l’application active autour de moi et au profit de tous, de la charité et de la bonté, je me rapprocherai de toi et je mériterai de te mieux connaître, de communier plus intimement avec toi dans la grande harmonie des êtres et des choses. Aide-moi à me dégager de la vie matérielle, à comprendre, à sentir ce qu’est la vie supérieure, la vie infinie. Dissipe l’obscurité qui m’enveloppe ; dépose dans mon âme une étincelle de ce feu divin qui réchauffe et embrase les esprits des sphères célestes. Que ta douce lumière et, avec elle, les sentiments de concorde et de paix se répandent sur tous les êtres !