‹ La grande énigmeChapitre 7 sur 66 · NÉCESSITÉ DE L’IDÉE DE DIEU · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE L’IDÉE DE DIEU

L’existence de Dieu ou sa non-existence est sans influence sur la vie des masses, sur la vie de l’humanité. Occupons-nous de quelque chose de plus pratique; ne perdons pas notre temps à des dissertations vaines, à des discussions métaphysiques.

Eh bien! n'en déplaise à ceux qui tiennent ce langage, je répéterai que la question de Dieu est la question suprême, la question vitale par excellence ; je répondrai que l'homme ne peut pas s'en désintéresser, parce que l’homme est un être. L’homme vit, et il lui importe de savoir quelle est la source, quelle est la cause, quelle est la loi de la vie. L’opinion qu’il se fait de la cause, de la loi de l'univers, cette opinion, qu'il le veuille ou non, qu’il le sache ou non, se reflète dans ses actes, dans toute sa vie publique ou privée.

Quelle que soit l'ignorance de l’homme au sujet des lois supérieures, en réalité c’est d’après l’idée qu'il se fait de ces lois, si vague et si confuse qu’elle puisse être, c’est d’après elle qu'il agit. Cette opinion sur Dieu, sur le monde, sur la vie —remarquez que ces trois sujets sont inséparables — cette opinion, les sociétés humaines en vivent ou en meurent !

C’est elle qui divise l’humanité en deux camps. Et l’on voit partout des familles en désaccord, en désunion intellectuelle, parce qu’il y a plusieurs systèmes sur Dieu : le prêtre ayant inculqué l’un à la femme ; le professeur ayant enseigné l’autre à l’homme, quand il ne lui a pas suggéré l’idée du néant.

Ces disputes, ces contradictions s’expliquent, d’ailleurs. Elles ont leur raison d’être. Il faut se rappeler que toutes les intelligences ne sont pas arrivées au même point d’évolution ; que toutes ne peuvent voir et comprendre de la même manière et dans tous les sens. De là, tant d’opinions, de croyances diverses. La possibilité que nous avons de comprendre, déjuger, de discerner ne se développe en nous que lentement, de siècles en siècles, d’existences en existences. Notre connaissance, notre compréhension des choses, se complète et s’éclaire à mesure que nous nous élevons sur l’échelle immense des renaissances. Tout le monde le sait : celui qui est placé au pied d’une montagne ne peut voir ce que contemple celui qui est parvenu au sommet. Mais, en poursuivant son ascension, l’un arrivera à voir les mêmes choses que l’autre.Il en est de mêmedel’esprit

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dans son ascension graduelle. L’univers ne se dévoile pour lui que peu à peu, à mesure que sa capacité d’en comprendre les lois se développe et grandit.

De là viennent les systèmes, les écoles philosophiques et religieuses qui répondent aux divers degrés d’avancement des esprits qui s’y classent et, souvent, s’y confinent.

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