‹ La grande et excellente cité de ParisChapitre 14 sur 42 · Quoique, bien que, vieux français · texte numérisé non relu

Quoique, bien que, vieux français

2. La fable se mêle à l'histoire en cet endroit, dans la Fleur des Antiquité^ de Paris (1532;, Gilles Corrozet a traduit ainsi ce passage :

Hercules en Gaulle passant Trbuua vne Isle dedens Seine, Et en ce lieu rafreschissaat Ses gens comme bon cappitainc, Dediffier print grosse peine Y laissant les Parrasiens, Qui depuis en gloire haultaine Furent nommez Parisiers.

De la fondation et cité de Paris, édit. de M. P. Lacroix. — Paris, L. Willem, 1874.

pagne, la France & Tlcalie : & ainfi ne feroic inconuénient, que ceux de fa fuyte, s'eftans arrêtez en ce lieu, n'ayent'peu donner ce nom à cefte ville, veu qu'on Pappelloit toufiours du depuis Lutèce des Parrifiens, changeant vn A en vn I. Ces Parrifiens* eftoient natifs de Grèce, de la Prouince d'Arcadie, gens vaillans, & adroids aux armes, & addonnez au pafturage : lefquels ayant perdu leur païs, ruiné defia par la guerre, il leur fut aifé de s'arrefter en cefte contrée fi propre. De dire (comme font quelques vns) qu'elle fut nommée de Paris, fils du Roy Priam, & que ç'ayt efté le dix-huitième Roy des Gaules, ce feroit par trop s'eflongner de la vérité : ioind que Lutèce eft longtemps deuant, & renommée des fufdits Parrafiens, pluftoft que Paris fuft en effence, voire & auant que Priam fuft né. Par ce moyen vous voyez l'antiquité de cefte ville deuancer Rome, & la plupart des autres de pardeça *. Je ne veux auflî pafTer foubz filence le peu d'aduis de ceux qui font des étymologies des mots moidié latins, moiftié étrangers, lorsqu'ils difent que Paris eft did de Par-Ifis^ égal à liis, à caufe que Melun eftoit iadis nommée de ce nom, du temple de ladite Déeffe, bafty en icelle, & que Paris et Melun fe reffembloient d'affiette,

I. La similitude du nom a frappé les historiens naïfs qui ont traité de nos origines : Knobelsdorf, contemporain de Thévet, dans unpoëme latin, Lutetiœ Parisiorum (1543), a développé ce thème d'après Corrozet.

a. La chronologie n'embarrasse jamais l'auteur de la CosmO' graphie, brouillé, comme on le sait, avec les dates.

eftant chacun pofé duns une Ifle de Seine, comme encores on le peult voir.

3, Celle dénominarioQ donc eft trop froide, vcu qu'il eft vray que Paris eft fondé long temps auant Melun », qui fut édifié par les Sénonois. Au relie, fi l'on vouloit adioucer foy à ces interpréiadons, ou fortes liaifotis de mots, qui me garderoii de dire que Paris defcetid du nom indien Âthapans*^ ou Ofnacke-

(d'aprii la Cosmographie da LevantJ.

paris, en langue lauienne, qui eil une certaine belle que i'ay veuë, de la grandeur d'ua barbet, que ces

I. 11 lerait difficile d'cUblir la. prîorilâ de Tane de ces villeiBar l'autre; elles etïilalenl toutes deux da tempi de Ctsar, te premier qal en parle dans aei Commentaires.

1. Cette dâ m oQst ration parl'absarde vaut mtenx qm loutea ki explicaiîan« forcées employées par l'auteur sans poaiolr rien démontrer de concluant. N'est-il pas carieui de conataler qne Ce moine si ignorant, si simple, Ta chercher des poiau de comparaison dans le sanscrit, — si le mot n'était pa* inventé encore, la chose exiitait, — dans la tangue des Fariis? L'animal nommi Alba-

fauuages appriuoifent? ou bien que la ville d*Angoulefme ne princ le nom dVne autre befte, nommée Goulifmum *, affez congneuë entre les Ethiopiens? Mais ces allulions font autant de refueries.

De croire auffi que Paris ayc efté nommé de ladite Déefle Ifis, le Temple de laquelle fut ou à préfent eft S. Germain des prez (qui donnoit argument au peuple de la nommer Tidole de Sainft Germain* : laquelle l'abbé Briflbnnec feit de noftre temps ofter

paris à Java, et Na (eau) en patagon, est la sarigue, d'après la Cosmographie. Quant à la représentation de ce marsupiau, elle laisse beaucoup à désirer ; comme plusieurs figures d'animaux qu'on y trouve, elle rappelle l'histoire naturelle observée ou plutôt imaginée par le moyen âge : tête fantastique, griffes de lion, queue d'écureuil; et, pour montrer que la mère ne quitte pas ses petits, on les a mis sur son dos ; dans leur abri naturel, la poche de la mère^ on ne les eût point, il est vrai, aperçus. C'est naïf, sinon exact.

1. N'ayant pas, comme pour l'âthaparis, la représentation du sujet, il est di£5cile d'en déterminer le nom moderne. On aurait pu croire que Thevet aurait eu recours au mot arabe gui, rose, d'où le terme du blason, gueule^ rouge. La conclusion est pratique ; mais ces allusions sont autant de resueries : pourquoi alors s'y arrêter?

2. « Aucuns dient que près d'icelle ou lieu qu'on dit Sainct Germain des Prez estoit ung temple dédié à une Idole de la déesse Isis, laquelle, selon Jehan le Maire fut royne d'Egypte, et femme du grant Osiris surnommé Jupiter le juste, et dit que la statue d'icelle est veue audit lieu de Sainct Germain des Prez, laquelle chose est vraie, car pluslieurs de nostre temps l'ont vcue, et estoit la statue fort grande, laquelle vulgairement estoit appelée l'idole Sainct Germain, et depuis peu de temps elle a esté ostée et mussée. » Corrozet, ibidem. L'abbé Guillaume Briçonnet la fit retirer parce qu'elle était l'occasion d'actes d'idolâtrie pour des personnes peu instruites, u Le Théâtre de Paris précise la date, i$i4. Voir La Rochemaillet dans notre Collection des anciennes Descriptions de Paris f vol, l'V,fii>[,:/<>

& tranfporter, tellement que l'on ne la voit point auiourd*huy). Ceux, dy-ie, qui m'ont voulu faire entendre que fon effigie eftoit toute nuë *, me font douter de leur dire & répondre que eftant en Egypte (où cefte Déeflè eftoit réuérée plus qu'en autre lieu, & d'où leurs voifins auoient apprins la forme de l'efligier & de luy facrifier), i'ay veu plufieurs de ces ftatués & médalles antiques, qui n'eftoient nues en forte aucune.

4. Mais pour reuenir à mon propos, Paris a eu le nom des Parrafiens & Lutèce de fa blancheur, & fut baftie bientoft après Thèbes, en Grèce*. D'autres Tout nommée Ville de Iule Céfar, non qu'il en fut le fondateur (comme on peult recueillir), ains pour ce qu il l'augmenta & aggrandit, après qu'il l'eut prinfe. Aufli fault-il noter que Paris eftoit feulement enclos en ce que contenoit Tlfle, & fa clofture la plus grandpart de bois, qui leur feruoit de forterefle, à la forme des grandes villes que Ton voit encore auiourdhuy aux Indes Orientales & haulte Afrique *. Quant

1. Thévet prend au sérieux l'appellation d'isis donnée à une statue qui pouvait être antique sans être égyptienne. Ce pouvait être aussi une statue mérovingienne déplacée de l'église et adossée contre un mur, que l'ignorance aura gratifiée du nom d'isis, que la tradition aura conservée ; en tout cas, à moins de représenter Adam ou Eve, elle devait être drapée; le passage de Corrozet : que cette statue était fort grande, fait penser aux effigies plus grandes que nature que l'on mettait sur les tombes levées.

Page 1