‹ La grande et excellente cité de ParisChapitre 2 sur 42 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

il n'était le compatriote ni de Marco Polo, ni de Jean de Mandeville, ni d*Ango, ni d'aucun des hardis navigateurs dieppois, il faut reconnaître en lui une vocation naturelle qui le détermina à entrer dans un ordre mendiant où il pourrait satisfaire vSes goûts pour les voyages. Son séjour dans le cloître ne fit que développer ses aptitudes : il nourrit son esprit des traditions de son ordre ; la bibliothèque de son couvent lui fournit les relations de missions et de voyages des frères mineurs, d'Odric de Foro Julii, contemporain de Marco Polo, du franciscain Jean de Piano Carpini et du moine flamand Ruysbroeck, dit Rubruquis, chargé par saint Louis d'une ambassade auprès du kan de Tartarie.

Dans le silence du cloître, Thevet amassait des connaissances qui devaient lui servir dans ses voyages. Il a fait beaucoup pour la science et s'était formé lui-même. S'il avait eu une bonne direction, — alors les sciences naturelles n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui, — quels progrès ne leur eût-il pas fait faire ? En butte aux railleries de ses contemporains, qui ne lui ménagèrent pas les épigrammes comme s'il les eût écrasés de sa supériorité, il fut malheureux encore après sa mort : le silence se fit autour de son tombeau : l'envie s*acharna après sa mémoire, et il n'est pas rare de le voir traiter durement, sur la foi d'autrui, par des écrivains qui ne connaissent ses

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œuvres que de nom et qui ignorent complètement ses titres au respect de la postérité.

Sans nous faire illusion sur la valeur intrinsèque et sur le mérite littéraire et scientifique de Thevet, on peut reconnaître que, s'il ne fut pas homme illustre de son vivant, beaucoup de ses détracteurs ne rougirent pas de le dépouiller pendant sa vie et le décrièrent ensuite pour faire oublier leurs plagiats ; nous admettrons ses défauts, à condition que l'on reconnaîtra ses mérites, relatifs si Ton veut^ mais néanmoins réels. Le fond de son caractère était l'indécis sion ; il était crédule jusqu'à la naïveté. Il manquait, dira-t-on, des connaissances premières. Accordons-le, mais aussi il faut se placer à son époque, voir quel était l'état des sciences au xvi® siècle et lui tenir compte de ce qu'il a fait pour leur avancement. Combien de docteurs de son temps, mieux doués que lui, n*ont pas fait avancer la science d'un pas ?

Si nous n'avions à réhabiliter que dès génies ou des héros, la tâche serait trop facile ; nous devons accepter l'homme tel qu'il est, avec ses faiblesses et ses imperfections. Nous aimons à voir en lui le curieux, le voyageur infatigable, l'apôtre de la science qui prépare les voies aux savants qui utiliseront ses découvertes.

A nos yeux, il a un mérite de plus : il a contribué à faire connaître le Paris de son temps ; il Ta habité, il

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