‹ La Grande-Grèce; paysages et histoire (volume 2)Chapitre 2 sur 32 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

bien préparé les voies que j'ai pu ne pas perdre un seul moment sur toute laroute. En un petit nombre de jours, depuis Tarente jusqu'à Reggio, il m'a été possible de tout voir, de ne pas laisser inexploré un seul des points du littoral de la mer Ionienne intéressants par leur occupation dans l'antiquité ou dans le moyen âgé. J'ai été en mesure de m'y faire par moi-même et sur le terrain une opinion au sujet de toutes les questions de topographie et d'histoire qui se soulèvent à l'occasion des cités fameuses et florissantes dont cette contrée était autrefois jalonnée. Je ne connais rien de plus instructif que cette vue des lieux qui ont été le théâtre d'une grande histoire; aucune érudition de livre ne saurait la remplacer. Quelque rapide qu'ait été mon voyage dans la Grande-Grèce, je crois avoir pu y glaner un certain nombre de faits nouveaux, qui ne seront pas sans profit pour la science, et surtout j'en ai beaucoup tiré pour mon instruction personnelle ; car il m'a semblé que bien des problèmes de nos études y devenaient pour moi plus clairs, que je les comprenais mieux et que je pourrais aussi les rendre plus intelligibles aux autres.

C'était, du reste, une sorte de voyage de découvertes qu'une telle exploration ; car vous savez mieux que personne combien peu de savants ont jusqu'ici parcouru la Grande-Grèce, infiniment moins visitée et moins connue aujourd'hui que la Grèce propre ou que l'Asie-Mineure. Il n'y a pas longtemps, en effet, qu'une tournée dans cette portion de l'Italie était une sorte d'expédition aventureuse, qui pouvait offrir de sérieux dangers • La créa-

PAEFAGG III

tion des chemins de fer, d'une part, et de l'autre l'énergie du gouvernement italien dans la répression du brigandage, ont désormais complètement changé les conditions du voyage. C'est avec une entière sécurité, et sans autre inconvénient à braver que de bien mauvais gites dans certains endroits, que j'ai parcouru d'outre en outre, et cela non pas seul, mais en compagnie d'une femme et d'une jeune fille, cette Calabre dont le nom jouit encore d'une si redoutable réputation que les touristes n'osent guère s'y aventurer.

Je serais heureux si mon livre donnait à quelques-uns l'envie de faire comme moi, s'il pouvait contribuer à multiplier le nombre des voyageurs dans une des plus admirablement pittoresques et des plus intéressantes contrées del'Europe méridionale. J'aurais voulu le faire plus court, le borner à une sorte de journal de voyage, où j'aurais seulement noté mes impressions et mes observations. Mais peu à peu je me suis senti presque forcément entraîné à faire davantage. L'histoire des cités grecques de l'Italie méridionale n'a été jusqu'ici traitée nulle part à un point de vue d'ensemble et avec un développement suffisant. Et pourtant elle est un chapitre essentiel, quoique beaucoup trop négligé, de l'histoire générale de l'hellénisme. Quant à celle des mêmes contrées pendant les six siècles de la domination byzantine, c'est comme une terre inconnue ; personne ne s'en est sérieusement occupé, et il règne même à cet égard, chez les meilleurs esprits, des préjugés aussi faux qu'invétérés, qu'il importe de dissiper. Il y a là encore tout un côté

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