‹ La Grande-Grèce; paysages et histoire (volume 2)Chapitre 3 sur 32 · IT PREFACE · texte numérisé non relu

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des origines de la civilisation de l'Italie du moyen âge quireste àmettre en lumière^ et dont la connaissance modifiera bien des idées reçues. C'est cette double histoire que je me suis laissé aller h faire, autant du moins que j'en étais capable, en la mêlant à la description du pays et à l'exposé de mes observations archéologiques personnelles. Une m'a pas fallu, non plus, longtemps de lecture sur le terrain du texte des écrivains antiques qui ont parlé de la Grande-Grèce et de ses villes, pour arriver à la conviction que la géographie historique et comparative de ce pays devait être entièrement révisée, et qu'en se laissant trop souvent guider par les assertions suspectes et les fantaisies arbitraires des érudits calabrais de la Renaissance, tels que Barrio et Maratioti, la science a accepté une quantité d'erreurs tout à fait fâcheuses, dont il n'est que temps de faire sévère justice. J'ai donc été aussi conduit à reprendre ab ovo presque toutes les questions de topographie et de géographie antique de la Grande-Grèce, et à en proposer dans bien des cas des solutions nouvelles. Y ai-je réussi? Les maîtres compétents en jugeront, et vous êtes un des mieux à même de le faire.

Description des lieux et de l'aspect du pays, histoire, mythologie, archéologie monumentale, topographie et géographie, il y a un peu de tout pêle-mêle dans ce livre, comme l'amène naturellement la succession des localités que j'y passe en revue. C'est une sorte de bigarrure, qui ne comportait pas de sa nature même d'autre plan suivi que l'ordre géographique, mais que sa variété rendra, j^

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Tespëre, abordable sans fatigue à toutes les classes de lecteurs. Je m'y adresse au grand public et non pas seulement aux gens spéciaux. Je voudrais qu'il pût être emporté comme une sorte de guide par ceux qui feront à l'avenir le voyage de la Grande-Grèce. Ceci étant, j'ai cru devoir m'y interdire tout développement d'appareil extérieur d'érudition pour l'indication des sources historiques et archéologiques. A l'égard de la majorité des lecteurs simplement curieux et lettrés, un étalage d'indications de ce genre eût été pour beaucoup une soile d'épouvantail , pour d'autres un petit charlatanisme dont il m'a semblé que je pouvais me dispenser. Je m'imagine avoir donné assez souvent, dans d'autres travaux, la preuve de ce que je suis un érudit exact et consciencieux, qui n'avance pas les choses sans autorités et sans raisons décisives, pour avoir le droit d'agir ainsi dans un ouvrage qui n'est pas proprement et exclusivement scientifique. Mes sources, d'ailleurs, en dehors de l'exploration personnelle des lieux, ne sont pas inédites. Ce sont des écrivains qui se trouvent à la portée de tous, qu'un érudit doit sans cesse lire et relire, s'il veut se pénétrer de la connaissance de l'antiquité. Du reste, sans m'être attaché à donner des références minutieuses, en évitant même soigneusement tout appareil de notes, je crois avoir indiqué suffisamment mes sources, toutes les fois que cela était nécessaire, pour que ceux qui en autont le désir et qui y trouveront intérêt puissent encore les vérifier sans grand embarras.

Aussi suis-je persuadé que malgré la forme littéraire

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et populaire, bien plus qu'érudite de ce livre, tous les savants compétents s'apercevront vite en le lisant que c'est une œuvre de science sérieuse et consciencieuse, en laquelle ils peuvent avoir confiance, qui a réclamé des recherches approfondies et qui est bien le produit d'une étude originale. Eux seuls pourront même apprécier tout ce qu'il a demandé d'un travail dont je me suis étudié ensuite à y effacer la trace. Je m'en rapporte à eux pour reconnaître ce que cet ouvrage renferme de neuf et y rendre justice. Cependant je tiens à signaler ici, à leur attention, deux points auxquels j'attache une importance toute spéciale.

Le premier est l'usage considérable que j'ai fait des monuments monétaires comme moyens d'instruction historique. L'histoire néglige trop souvent l'admirable et singulièrement certaine source de renseignements qui esta sa portée dans la numismatique et qui, comme richesse, l'emporte de beaucoup sur l'épigraphie, bien plus exploitée aujourd'hui. C'est en marchant qu'on démontre mieux le mouvement ; et précisément le sujet que j'avais entrepris de traiter ici me fournissait Toccasion d'une démonstration de ce genre, de l'utilité de la numismatique pour Téclaircissement de Thistoire. En effet, sur les annales des cités grecques de l'Italie méridionale, les témoignages littéraires sont extêrmement maigres et incomplets ; les inscriptions font presque absolument défaut; on n'en a pour l'époqUe grecque ni de Tarente, ni d'Héraclée, ni de Sybaris et de Thurioi, ni de Crotone, ni de Caulonia. C'est l'étude seule des monnaies

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qui révèle près de la moitié des faits, et des plus importants, que rhistorien doit em^egistrer.

Le second point, sur Timportance et la nouveauté duquel je veux insister, et que, je crois, mon livre contribuera à mettre en lumière, est la nouvelle hellénisation de ritalie méridionale sous la domination des empereurs de Constantinople, du viii® au xi® siècle, après que toute trace de Tancienne grécité du pays avait disparu et qu'il était devenu pour plusieurs sièclesentièrementlatin,sous le régime des empereurs romains . De Tarente à Reggio il se reforma alors une nouvelle Grèce italienne, complètement hellénique de langue, de mœurs, de religion et de sentiment national, et elle persista même un certain temps sous les rois Normands. C'est là un fait absolument méconnu pendant très longtemps, que l'on n'a commencé que depuis bien peu à discerner. Je crois en avoir rassemblé des preuves nombreuses et décisives, et avoir peut-être réussi, mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'ici, à en déterminer les causes, ainsi que la date où il se produisit. Il a, du reste, à mon avis, pour Thistoire générale un intérêt majeur, car il révèle dans l'hellénisme byzantin, si injustement décrié, une puissance de vie, d'expansion extérieure et d'assimilation qui réfute mieux que toute autre chose les préjugés répandus à son égard. C'est pour cela que j'y appelle l'attention, comme sur un des résultats les plus saillants de mes études.

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