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ils que le trépied était recouvert de la peau d'Argos Panoptès ou du serpent Python.
Sur les plus anciennes incuses de Grotone le trépied figure seul, en relief d'un côté et en creux de l'autre. Un peu plus tard, mais toujours, d'après les caractères les plus positifs de l'art et du style, au temps oîi le philosophe exerçait le pouvoir avec ses disciples, un second type se combine avec celui-ci. Le trépied, empreint en relief, continue à occuper une des faces de la monnaie : sur l'autre on voit en creux un aigle volant. C'est l'oiseau de Zeus, le dieu suprême et primordial dans le système de Pythagore, le père dont Apollon est le premier-né et la manifestation la plus éclatante. Mais c'est en même temps, comme l'a montré le duc de Luynes, l'aigle familier de Pythagore, l'oiseau que Zeus lui-même envoyait auprès du maître inspiré comme pour attester aux yeux des hommes le caractère divin de sa mission. Qu'il faille attribuer cette signification à l'aigle représenté dans la numismatique de Grotone, c'est ce dont on achève d'acquérir la conviction, lorsque l'on observe que ce type disparait brusquement au moment de la proscription des Pythagoriciens, pour ne reparaître qu'au milieu du V* siècle, à l'époque du développement le plus parfait de l'art, quand l'école pythagoricienne reprend la prépondérance dans les conseils de la cité. L'aigle est alors le plus souvent posé sur un chapiteau de colonne ionique ou sur l'entablement d'un temple, ou bien il tient entre ses serres la tète d'un animal, soit du bélier immolé dans le sacrifice, soit d'un cerf qui rappelle la légende locale du chasseur Aisaros.
Un peu avant la ré-ipparition du type de l'aigle, sur les monnaies frappées entre 47o et 4oO environ, le trépied est accompagné d'une grue — et non pas d'une cigogne comme on le dit souvent dans les descriptions numismatiques — laquelle, debout auprès de ce meuble sacre, semble le garder. Ici encore il est difficile de ne pas se souvenir d'un
traitdo l'histoire légendaire de Pythagore, qui reproduit, en la transportant à Grotone, la célèbre anecdote des grues d'Ibycos, placée d'ordinaire à Gorintlie. Des enfants, racontet-on, avaient été noyés en pleine mer, sans qu'aucun indicée ré vêlât les meurtriers. Mais une bande de grues traversait le ciel au-dessus du lieu du crime. A quelque temps de là, deux des assassins étaient assis ensemble sur les gradins du théâtre de Grotone, quand des grues vinrent à passer dans l'air. < Regarde les témoins ! «dit l'un d'eux à son complice. Pythagore entendit le mot, cita les deux hommes au Sénat des mille et leur arracha l'aveu de leur crime. Dans ce récit comme dans celui tout pareil que l'on faisait au sujet de la découverte des assassins du poète Ibycos, les grues ont le rôle de témoins suscités par une puissance surnaturelle pour décider la condamnation des coupables et révéler leur forfait; elles sont dans cet office les agents du dieu lumineux à l'œil de qui rien ne reste caché. Un vase peint à figures noires, de fabrique sicilienne, qui a été publié dans VElile des monuments céramographiques comme appartenant au grand orateur Berryer (j'ignore où il se trouve à présent), représentait dans ses peintures une grue auprès d'Apollon lyricine. G'est un second exemple de l'attribution de cet animal à Apollon dans les pays où s'étendit l'influence dupythagorisme. Le dieu trouvait d'ailleurs un attribut très bien approprié dans cet oiseau dont les migrations sont un des signes du changement des saisons et qui, à époques fixes, arrive du pays des Hyperboréens « en chantant ses lais, » suivant l'expression si heureuse de Dante :
E corne i gru van cantando lor lai, Faceado iu aère di se luuga riga.
Il est bon de s'arrêter encore aux monnaies d'argent du plus beau style, où sur une face on voit des deux côtés du trépied les figures d'Apollon et du serpent Python, que le dieu perce de ses flèches, tandis que l'autre face montre
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Héraclès expiaiU le meui-tre de Grolon eL faisant sur son tombeau les libations funèbres. « Ces monnaies, a dit le duc deLuynes, offrent une marque palpable de la religion pythagoricienne, éminemment expiatrice et qui rendait ses hommages aux sépulcres des héros ainsi qu'à ceux des dieux. » En vertu du même ordre d'idées, Pythagore voulait qu'on rendit un culte spécial aux personnages mythologiques, dieux ou héros, morts dans l'enfance, comme Archémore etMélicerte. Il y joignait Apollon, qui, disait-il, avant de vaincre le serpent Python, avait commencé par être étouffé par lui et enseveh par les trois filles de Triopas dans le trépied pythique. C'était la forme qu'il donnait au mythe mystique de passion et de résurrection d'un jeune dieu sauveur, que l'orphisme popularisa sous une forme différente, empruntée à la Crète, celle delà mort de Dionysos Zagreus, déchiré tout enfant par les Titans et enseveli par Apollon à Delphes, soit sous l'omphalos, soit sous le trépied prophétique, puis ressuscitant dans le Dionysos thébain. La réunion dans un même type monétaire du trépied et du combat d'Apollon et de Python, fait manifestement allusion à cette fable pythagoricienne, qui associait à l'emblème du trépied, et au mythe de la victoire d'Apollon à Delphes, la doctrine de résurrection et de palingénésie dans la mort, garantie par le sort du dieu lui-même, type du sort qui attend l'homme au delà de la tombe. El c'est encore au même cycle d'idées que l'on doit rattacher la combinaison de types d'autres monnaies de Crotone, de date un peu antérieure, où l'on voit d'un côté le trépied d'Apollon et de l'autre le canthare de Dyonysos, l'un et l'autre emblème accompagné de serpents. Pythagore, racontait-on, au moment de partir pour Crotone, s'était rendu à Delphes, et y avait demandé une dernière fois les inspirations célestes en priant auprès du tombeau divin, que les uns prétendaient être celui d'Apollon et les autres celui de Dionysos Zagreus.
r.ROTONE FT LE PYTIlAfiOniSMR 101
Jo ne fais pas ici une dissertation en règle sur la numismatique crotoniate ; je ne pousserai donc pas plus loin Tanalyse de ses types religieux, il me suffit d'avoir établi par quelques exemples bien caractérisés, et que je pourrais facilement multiplier encore, qu'à toutes les époques ces types portent l'empreinte manifeste des idées qui présidèrent à la réorganisation du culte officiel de la cité par Pythagore ; qu'ils montrent la religion publique de Crotone restant telle que l'avait constituée le fils de Mnésarque, même après la proscription des Pythagoriciens.