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cle avant notre ère, la situation des villes grecques de eette zone maritime en présence des Bruttiens, aussi rudes que leurs montagnes, qui occupaient le massif des grands sommets de l'intérieur des terres et menaçaient à chaque instant d'en descendre pour porter chez leurs voisins plus civilisés le pillage et la dévastation.
Mais si l'on veut voir le panorama de Monteleone dans toute son étendue et dans toute sa splendetu*, il faut monter un peu avant l'heure du coucher du soleil à l'un des deux points culminants du plateau, à la tour de l'ancien télégraphe aérien o(i mieux encore au vieux château, qui sur son sommet domine le télégraphe de 57 mètres.
A l'ouest, c'est la mer dorée avec à l'horizon le Stromboli, telle que j'ai essayé de la décrire tout à l'heure en parlant de l'arrivée à Monteleone. Au sud, on 'Voit devant soi comme au travers d'une atmosphère remplie d'une poussière d'or qui peu à peu rougit et tend à devenir orange, la vaste plaine mouvementée du Poro, autrement dit La Piana, comprise entre la mer et la chaîne de l'Apennin, parsemée de cultures , de bourgs et de villages qui se termine par le massif somhre et fortement relevé de l'Aspromonte, avec ses flancs rayés de torrents. Plus loin, le profil sévère de l'Etna, dominant comme un géant toutes les hautes montagnes, ferme l'horizon etrevèt une teinte d'un bleu sombre. A ses pieds, du côté de l'ouest, lesdernières
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terres de la Galabre et la pointe de la Sicile entre le détroit de Messine et le cap de Milazzo forment une masse confuse dans une sorte de buée lumineuse.
Si l'on regarde du côté de l'est, le regard suit la chfûne continue de l'Apennin, qui se dresse comme une longue échine entre deux mers et dessine une courbe presque circulaire depuis l'Aspromonte jusqu'à Tiriolo, que l'on discerne k peine sur son sommet au nord-est. Frappée directement parles rayofts du soleil prêt à disparaître, la grande chaîne, aux flancs sillonnés de ravins et de gorges profondes par les rivières torrentielles qui en descendent, avec de nombreux villages accrochés à ses pentes, revêt de sa base à sa cime une couleur générale d'un orangé intense sur laquelle les forêts font des taches d'un vert rappelant celui de la malachite. Pendant ce temps, au pied des montagnes, la vallée du Mesima s'approfondit, déjà désertée du soleil et commençant à être plongée dans une ombre transparente. Le brouillard du soir l'envahit lentement et se mêle à la fumée qui, à l'approche du dernier repas de la journée, s'élève des hameaux bâtis sur ses pentes revêtues de jardins et de plantations d'oliviers.
Si l'on se tourne enfin dans la direction du nord, par delà le ruban d'accent de l'Angîtola s'ouvre la plaine en forme de cirque qui borde le golfe de Santa-Ëufemia, jaune dans ses parties les plushau-
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tes cultivées par la charrue, 'd'un vert d'émeraude dans les p&turages marécageux le long de la mer. Elle se termine à la muraille des contreforts du Reventino et du Monte-Cocuzzo, qui s'abaissent en s'avançant dans la mer au cap Suvero. Ce groupe de montagnes se teint d'un violet pareil à celui de la pourpre lyrîenne, avec des reflets d'or. Au pied de leurs escarpements, du côté 4" midi, Nicastro et San-Biase étalent leurs maisons blanches vivement colorées par les derniers reflets du soleil, et sur un rocher à pic, détaché du flanc du Monte- Cpcuzio au-dessus de la mer, on distingue Amantea, avec son enceinte fortifiée, qui, armée de trois canons seulement, tint, en 1807, plus de quarante jours en échec les Français du général Verdier, tant la position était forte etles défenseurs résolus. Plus loin, la côte fuit rapidement et de nouveaux groupes de montagnes, à la base lavée par les flots, succèdent aux premiers. Voici d'abord celles qui dominent Paola ; leur couleur aux derniers feux du jouF est celle de l'hyacinthe. D'autres viennent après, celles de Cetraro et de Belvédère, qui prennentleton de la pervenche. Enfin, àl'extrême horizon, entre l'azur argenté de la mer et l'azur doré du ciel, on distingue vaguement d'autres terres d'un bleu plus sombre. On dirait un cap et en avant une tie, au profil semblable à celui de Capri. Pourtant, à partir de Monteleone dans la direction du nord, il n'y a pas une seule ile le long de la côte jusqu'à
uqe distance de 260 kilomètres {c'est celle de Capri), distance où l'on ne pourrait apercevoir <jue le sommetd'une montagne s'élevant à plus de 3,000 mètres, comme l'Etna. Ce qui semble une ile est la Punta délia Licosa, entre le golfe de Policastro et celui de Salerne, rattachée à la terre par un isthme trop bas pour qu'on puisse le voir dans l'éloignement où se trouve ce promontoire. Géodésiquement même, comme la Punta délia Licosa est à plus de 130 kilomètres de Monteleooe, elle devrait être invisible, car la courbure de la terre la cache aux regards. Mais ici se produit un phénomène de réfraction de la lumière, bien connu des physiciens.qui relève au-dessus del'horizon l'image de l'objet et la rend visible quand lui-même devrai! échapper à la portée du regard. C'est ce phénomène qui fait voir la coupole de l'église de la Superga delà flèche du dôme de Milan, Les exeiïiples positifs en 'sont assez rares pour que j'aie tenu à signaîercelui-ci, mathématiquement étudié par M. l'ingénieurA. Santulli.
Moins heureux que M. Mommsen n'avait été.
neuf ans auparavant, je n'ai pu, quelques démarches que j'aie faites, obtenir accès au musée archéo- / logique formé par Yito Capialbi dans son palais. Un procès surgi entre les héritiei-s l'a fait placer
S0U8 scellés. Je regrette d'autant plus de n'avoir pas vu cette collection que l'illustre savant berlinois l'aura sans aucun doute épuisée au point de vue de l'épigi-aphie ; il voyageait alors pour la préparation du tome X du Corpus inscriptionum latinarum. Mais avec sa manière personnelle de travailler il ne l'aura exploitée à aucun autre point de vue. Pour se concentrer exclusivement dans l'étude qui l'occupe à un certain moment et ne pas s'en laisser distraire, M. Mommsen s'est imposé la loi de refuser de jeter les yeux sur ce qui y est étranger, quand bien même il s'agirait de choses du plus grand intérêt et de sujets dont il s'est d'autres fois occupé. Ainsi agit-il dans tous ses nombreux voyages, car il est de ceux qui ne croient pas qu'un érudit doive se confiner dans son cabinet ; ainsi a-t-il fait encore dans son passage à Monteleone. Admis h travailler dan s la collection Gapialbî, il n'a voulu y voir que les inscriptions latines et n'a pas donné un coup d'œil au reste. C'est ce reste que j'aurais voulu étudier.
La collection Gapialbi est, en effet, la plus ricbe et la plus importante qui ait jamais été rassemblée dans le pays, non seulement dos antiquités découvertes sur l'emplacement d'Hippônion et dans les environs, mais de celles de tout le Bruttium. Elle renferme de tout, des inscriptions, des. marbres, des terres-cuites, des vases, des bronzes, des médailles, et aussi des objets du moyen âge et de la
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renaissance à côté de ceux de l'antiquité. On n'en sait, du reste, que ce fait général. Car si les publications de Capialbî lui-même donnent une haute idée de la richesse épigraphique de sa collection, l'on manque de notice sur ce qui compose les autres ■ séries, sur ce qu'elles peuvent renfermer d'objets précieux et instructifs pour la science.
En revanche, j'ai pu étudier avec soin la collection de M. Cordopatri, qui est aussi l'un des patri- 1 ciensdelaville, et aujourd'hui celui qui en recueille les antiquités ; et cet examen m'a fourni la matière de beaucoup d'utiles observations. Là encore il y a de tout, dans un fouillis complet, de quoi fournir amplement un magasin de ctiriosités. Des livres anciens, des manuscrits, des liasses de diplômes sur parchemin sont amoncelés en montagnes, entre lesquelles on a peine à circuler, dans certaines pièces de l'étage supérieur du palais de M. Cordopatri, lequel s'excuse de l'état de désordre de sa collection par des réparations au bâtiment, qui l'ont contraint atout déménager enl'entassant pêle-mêle, un accident à la toiture quiagftté beaucoup d'objets en les exposant pendant quelque temps à la plaie. Le propriétaire est, d'ailleurs, d'une obligeance par-7 faite pour vous aider à fouiller dans son chaos et vous fournir toutes les facilités de travail que vous pouvez désirer .
Des toiles enfumées, dont certaines paraissent avoir quelque mérite, sont accrochées au mur avec
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de vieilles gravures ou déposées dans des coins. Des armoires entières sont remplies de vêtements du siècle dernier, habits d'hommes et robes de femmes en soie brochée, de courtes-pointes et de rideaux de la même époque, de vieilles étoffes encore en pièces, d'anciennes dentelles, toute une garde-robe de famille, en un mot, qui suffirait à garnir une salle dans une exposition rétrospective. Il y a de pleins tiroirs de bijoux de toutos les dates, les uns antiques, les autres de la Renaissance ou du xvii' et du xvin* siècle. Voici maintenant des glaces de Venise, des meubles burgautés à l'espagnole, d'autres en marqueterie à l'italienne, d'autres enfin couverts de riches sculptures. Sur des tablettes est rangée une collection nombreuse de faïences, où malheureusement il y a beaucoup de pièces mutilées, éhréchées. Toutes les fabriques de l'extrémité méridionale de l'Italie, dont les noms mêmes, pour la plupart, sont encore ignorés de nos amateurs, Naples, Castelli d'Abruzze, Nard6, Grottaglie, Squillace, y sont représentées par des spécimens caractéristiques^ avec celles de Savone et de Gênes, qui ont abondamment répandu leurs produits dans la Calabre et la Terre d'Otrante. Dans cette série des faïences, ce que nous avons principalement remarqué, c'est une partie des vases des pharmacies des deux grands couvents vpisins de San-Bomenico Soriano et de San-Stefano de! Bosco, portant la signature de Carlo Antonio Grue, le plus habile
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' et le plus renommé des peintres de Castelli. A c6té sont des porcelaines anciennes de la Chine et du Japon, d' autres de Capo-di-Monte, des biscuits de cette dernière fabrique et de celle d'Esté, des groupes sortis des ateliers de Gîustiniani de Naples, enfin des verreries' vénitiennes. Ce fouillis, dont je n'indique qu'une partie, renferme une quantité de choses à, faire pâmer d'aise un curieux. Si quelque jour, comme cela finira par arriver fatalement, tout ceci tombe en proie aux marchands de Naples, qui le guettent, ils y fourniront leurs magasins ,de bibelots pour un certain temps.
L'archéologue érudit n'a pas moins à voir dans la collection Cordopatri que le simple curieux. Le mé- '- dailler est considérable et riche, surtout, comme on devait s'y attendre, en pièces de la suite romaine, républicaine et impériale, ainsi que de celle des villes
- de la Grande-Grèce et des Brutliens. Voici des marbres qui portent desinscriptions grecques etlatines, où j'en copie plusieurs inédites. La sculpture grec-
I que en marbre est représentée par plusieurs belles têtes. Une des séries les plus abondantes est celle des briques portant des estampilles de fabricants, les unes grecques, les autres latines. J'en relève jusqu'à vingt-deux différentes, presque toutes inconnues. La collection Capialbi n'est pas moins riche à cet égard. C'est donc une spécialité des ruines de Monteleone. Il est évident qu'il y a dû y avoir à Vibo Valentia même ou- dans les envi-
208 LA GRANDE-GRKCE
rons use industrie de fabrication de briques très développée. Encore aujourd'hui il y a des officines céramiques fort actives sur plusieurs points de la partie haute de l'Apennin la plus voisine de la ville. A Gerocarne, on fabrique des pots usuels eu faïence revêtue d'une couverte stannifère blanche, sur laquelle on dessine des ornements flambés en divers couleurs, rouge, bleu, verL, jaune, ASoriano, ce qu'on fait, ce sont d'énormes jarres de terre mate, non vernissée, pour contenir l'eau, l'huile ouïes grains, pareilles à. celles l'Imprunetaen Toscane, aux iinejas de l'Espagne, ans pitkot des anciens Grecs et aux doiia des Romains. Quelquesunes des briques de Monleleone proviennent, du reste, d'une certaine distance. J'en note chez M. Cordopatri plusieurs qui portent l'estampille de la ville d'Oppidum, déjà connue par celles de la collection Capialbi. C'est évidemment Oppido, encore aujourd'hui ville épiscopale, située k l'extrémité de la Piana, sur un des contre-forts de l'Apromonte. Son nom moderne est donc exactement son nom antique. Il en résulte que ce ne peut être, comme on l'a cru, le mystérieux Mamertium de la géographie de Strabon, et que la municipalité n'était pas dans son droit en décorant dernièrement la ville du nom d'Oppîdo Mamertino. Là encore, comme nous l'avons déjà relevé pour d'autres localités, la désignation o^cielle nouvelle sera à réviser et à modifier d'après une
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critique plus sévère de la géographie ancieilne. A Oppidum la manufacture de briques était municipale, exploitée pour le compte de la ville. Nous* constaterons l'existence d'une fabrique de métne nature à Rhégion et les timbres céramiques montrent qu'il y en avait aussi une à. Messine, en même temps qu'une autre, installée sans doute dans les dépendances d'un temple, qui marquait les briques du mot grec Mera, " sacrée ». J'ai déjà signalé ailleui's les indications d'une origine municipale dans , les estampilles desbriques grecques de Velia. A Vibo Valentia, comme le plus souvent ailleurs, les marques des fabriques désignent des ofllcines privées. Tantôt on y lit le nom du grand propriétaire sur les domaines de qui était située la fabrique, quelquefois un personnage fort considérable, par ex^emple les dilTérents enfants d' Agrippa ; Caius et Lucius Césars, qu'Auguste avait adoptés; Lépida, femme de M. Sitanus, consul en 19 après J.-C. ; Agrippine l'ancienne, femme de Germanicus; ou bien Q. Laronius, consul en 33 avant J.-C. et employé dans la guerre de Sicile contre Sextus Pompée. Ainsi que l'on a pu le voir dans les exemples qui viennent d'être cités, le propriétaire de la briqueterie, mentioiiné dans l'estam pille, estquelquefois une femme. Tantôt ce qui est inscrit sur les briques est le nom du fabricant même, un humilior dans la classitication hiérarchique de la société romaine, le plus souvent un alfranchi, quelquefois même un simple esclave.
A côté des briques marquées de leur estampille, la collection Cordopatri renferme quelques échantïl- 'lons originaux des timbres de bronze qu'on y imprimait, sorte d'objets bien connus dans les collections. La partie de la collection qui m'a offert les cboses les plus neuves est celle des statuettes de terre-cuite. On en trouve fréquemment dans les tombeaux de l'Hippônion grec, et j'ai pu en acquérir à Monteleone pour le Musée du Louvre un petit lot, provenant de fouilles toutes récentes, où il y a quelques fragments réellement exquis. M. Cordopatri en possède une pleine armoire. Ces terres-cuites d'Hippônion sont purement helléniques, d'un art fin et charmant, et se distinguent à des caractères parfai- [ tement accusés des terres-cuites des autres localités de la Grande-Grfece, de celles, par exemple, de Tarente, de Tiriolo et de Locres, qui apparaissent comme autant de centres de fabrication ayant leur manière propre, ou bien de celles de Reggio, lesquelles sont tout à fait siciliennes d'aspect. Il est évident qu'il y a eu là une industrie développée de coroplastes, qui commence dans la période de l'art archaïque, vers la fin du vi" siècle, et se continue jusqu'au moment où la ville perd complètement son caractère hellénique. L'époque culminante en a été celle qui a suivi le rétablissement de la ville au début du mjsiècle. C'est dans le cours de ce siècle que les modeleurs d'argile d'Hippôaioa ontproduit leurs œuvres les plus gracieuses et les plus parfai-
tes, parmi celles que nous conuaissons jusqu'ici. Elles ont plus de grandeur et un accent moins Fami- *. lier que les figurines de Tanagra, si justement pri- l sées de tous les connaisseurs. A ce point de vue, je puis citer comme type exquis et élevé à la fois une tête de Perséphoné, la tète voilée et surmontée du calathos, laquelle fait partie du lot que je suis parvenu k faire entrer dans nos collections nationales. Il s'agit, il est vrai, du débris d'une figure de déesse, qui dépassait les dimensions ordinaires des statuettes de terre-cuite, A Hippônion il y a en même temps, comme à Tanagra, des figurines de genre, représentant des femmes saisies sur le vif de leur existence journalière. Celles-ci sont d'un sentiment plus terre à terre et plus intime dans > leur élégance, et se rapprochent davantage de celles j de la cité béotienne. Ce qui m'intéresse d'une fa- ) çon toute particulière dans les terres-cuites hipponiates de la collection Cordopatri, c'est d'y trouver un certain nombre de figurines et de groupes reproduisant avec exactitude, mais traité par d'autres mains, avec un accent différent et dans les données d'une autre école d'art, le sujet le plus habituel des terres-cuites votives de Tarente, dont , on trouve un si énormeamas auprès du Mare Piccolo et dont un autre dépôt a été reconnu à Métaponte. C'est le même homme, tantôt dans la force de l'âge et barbu, tantôt éphèbe imberbe, le bas du corps enveloppé dans son manteau, le toi-se nu, tenant
I une coupe à la main, coucbé aur un lit de banquet^ 1 sur lequel it est seul ou bien accompagné d'une ' femme voilée, assise à l'extrémité du lit, auprès de ses pieds. Cette représentation offre une remarquable analogie avec celle des slèl6§de banquet funèbre si multipliées dans cerùines parlies~âe la Grèce et dont le Musée provincial de Calanzaro possède un exemple provenant des ruines de Locres. En même temps, à trouver ce sujet comme celui des terres-cuites votives à Tarente, à Mélaponte cl à Hippônion, il devient évident que c'est un type particulièrement consacré dans la religion des Hellènes italiotes. Par l'échange des deux modes de sa liguration, tantôt juvénile el imberbe, tantôt virile et barbue; par le type habituellement donné à sa tête, surtout quand elle a la barbe, par son attitude, par ses attributs, le personnage couché du sexe masculin éveille l'idée d'un Dionysos. C'est ainsi que l'on serait porté à le désigner, et la ligure de la femme voilée assise au pied de son lit convicadrait assez bien à une Dèméter, envisagée comme son épouse.
De même que les terres-cuites de Tarente étaient portées eu abondance à Mélaponte, celles d'Hippônion se répandaient dans les localités voisines. Les statuettes que l'on découvre à Nicotera, dans les ruines de Medma et à Rosarno, sont pour la plupart exactement pareilles à celles de Monteleone par la nature de la terre, par le côté technique delà
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fabrication, par ]e style d'art et par la richesse des sujets. Pas moyen de douter qu'elles ne sortent des mêmes ateliers.
Si les tombeaux grecs de Montelepne sont riches en terres-cuites, par contre ils sont d'une pauvreté ; singuiière en fait de vases. Sous ce rapport, dans ce que j'ai vu comme provenant d'excavations toutes récentes, je n'ai rencontré que despièces de trës petite dimension et tout à fait insignifiantes. Il en est de même dans la collection Cordopatri. 11 s'agit, du reste, d'un fait que l'on ne peut encore que constater, sans prétendre l'expliquer, mais qui est commun à tout le littoral calahrais de la mer Tyrrhénienne, je dirais même à toute la partie méridionale de la Grande-Grèce, à tout le Bruttium, si Locres ne faisait pas une exception à cette règle générale. Dans la contrée que je viens d'indiquer on ne voit nulle part rien d'analogue à l'aboûdaDCB de monuments céramographiques de premier ordre, que rendent au jour les nécropoles des villes grecques ou indigènes de la Campanie, de la Lucanie, del'ApuIie, de la lapygie et de la Sicile. Depuis Policastro jusqu'au détroit de Messine, sur une mer, qui depuis les embouchures du Crali jusqu'à Reggio, sur l'autre, en laissant Locres à part, on n'a pas jusqu'à présent découvert à ma connaissance un seul vase peint de quelque importance. Surtout on n'en a pas trouvé un seul de la belle époque. Ce n'est que dans la période de la
décadence de cette branche de l'art, que les sépultures du Bruttium commencent à fournir quelques vases exactement pareils comme style à ceux de l'Apulio et des environs de Tarente, qui ont du être apportés par mer de cette dernière ville; encore aucun de ceux qu'il m'a été donné de voir en plusieurs voyages, où j'ai attentivement scruté les collections particulières et les musées, ne sort-il de la vulgarité la plus complète sous le rapport des dimensions ou de la beauté du travail. A l'époque archaïque, au vu" et au yi* siècle, il y avait dans cette contrée une abondante importation des vases I peints de fabrique corinthien rie et chalcidienne, ' aux décors imités des broderies asiatiques avec personnages et animaux. Les échantillons s'en rencontrent fréquemment dans le pays ; j'en ai recueilli plusieurs à Monteleone. Mais pendant les grands siècles de l'art, non seulement il n'y a pas eu do fabrication locale de vases peints, soit à figures noires, soit à figures rouges, mais même, d'après les faits jusqu'ici connus, il ne semhle pas que l'on en ait importé, nide|a Grèce, ni de la Sicile, ni de la Campanie, où Gumes et Nola en faisaient sortir de si admirables des fours de leurs potiers.
Je comptais bien trouver à Monteleone, sur le site d'Hippônion et de Vibo Valentia, des antiquités intéressantes. Mais ce que je ne m'attendais pas à y rencontrer, ce qui fait défaut partout ailleurs en Calabre, ce sont des œuvres d'art importantes de la
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Renaissance. Monteleone en possède quelques-unes qui méritent l'attention duvoyageur. C'est d'abord, chez un particulier, un admirable buste de bronze, de grandeur un peu au-dessus de la nature, morceau vraiment de premier ordre de la sculpture florentine du premier quart du xvi° siècle. Il repré- t sente un homme jeune encore, aux cheveux coupés ras, à la barbe courte et en pointe, portant une cuirasse aux épaulières décorées de mufles de lion, du col de laquelle sortune fraise àrespagnole. La tète est remarquablement vivante et d'un type calabrais très caractérisé. Par-dessus sa cuirasse le personnage porte un riche manteau, attaché sur l'épaule par une agrafe en forme de l'aigle à deux têtes d'Autriche. C'est donc un général des armées impériales au temps de Charles-Quint. Le buste provient de Santa-Catarina d'Aspromonle, qui était un fief de la famille Pignatelli. Il est probable qu'il retrace les traits d'Ettore Pignatelli, le premier duc de Monteleone. Ce beau morceau de sculpture devra quelque jour entrer dans un grand musée, oîi il tiendra une place des plus honorables dans la galerie consacrée à la Renaissance. La manière rappelle de très près celle de Leone Leoni; elle a quelque chose de sa dureté. Je ne serais donc pas étonné si c'était à ce sculpteur que les connaisseurs spéciaux attribuaient le buste de Monteleone.
L'église principale de la ville est la collégiale de Sanla-Maria Maggiore, grand édifice des plus mé-
216 LA GRANDE-URÉCE
diocres du commencement du xviii* siècle, qui prévient défavorablement par son extérieur, et où le touriste ne serait pas porté à entrer sur l'aspect de sa façade. Elle mérite pourtant une visite, car elle renferme des œuvres d'arï d'une vraie valeur, apportées à diverses époques des églises de couvents supprimés. Au-dessus de l'autel du transept de gauche sont trois fort belles statue» de marbre du XVI* siècle, une Madeleine, un saint Jean l'Evan-' géliste et entre ces deux une Madonna deile Grazie, Ce sont des œuvres d'Antonio Gaginl, de Palermci élève de Michel- Ange. Il n'en a nulle part laissé de meilleures, où l'on puisse mieux juger des qualités de son style et surtout de cet art des draperies qu'il poussait très loin, et où le sublime maître fiorentin le jugeait supérieur à tous les autres sculpteurs sortis de son école. Les statues de l'autel dans le transept opposé sont dues au ciseau des trois fils de Gagini. Ils s'y montrent bien inférieure à leur père et n'ont su produire que des figures lourdes, mal tournées et sans grâce. En revanche, sur le maîtreautel on voit encore une statue des plus remarquables, une Madonna délia Neve, chef-d'œuvre de Girolamo Santa-Croce. Ce sculpteur napolitain du XVI' siècle a traité une autre fois le même sujet, dans une statue que l'on voit à l'église Sanl' Anna dei Lombardi à Mont' Oliveto, à Naples.
Entre les deux il n'y a que de très légères variantes ; mais la statue de Monteleone m'a laissé
l'impression d'être supérieure à celle de Naples..
La même église renferme deux tableaux assez importants de Marco da Sienna et du Napolitain Fabrizio Santafede, tous les deux ayant beaucoup souffert et déshonorés par les plus Tàdheuses restaurations. Dans la chapelle du couvent des Capucins est une Immaculée-Conception du peintre espagnol Pacheco de Rosa. On me dispensera de parler des œuvres des peintres montéléonais, au siècle dernier, Giulio Rubino, copiste encore affadi de Solimena; au commencement de celui-ci, Emmanuele Paparo, élève de Camuccini, aussi théâtral et aussi froid que son maître, sans en avoir le talent.
Une des églises de la partie haute de la ville, celle de Sanla-Maria del Soccorso, passe pour avoir été construite sur les dessins de Baldassare Perruzzi. Et en effet sa façade, bien qu'inachevée, est , d'une pureté classique qui rappelle le style de ce grand architecte.
Une des journées que nous avons passées àMonteleone a élé consacrée à visiter l'emplacement du port antique, situé au bas de la montagne et à en rechercher les ruines.
Nous reprenons jusqu'au village de Longobardi la route qui nous a amenés du Pizzo, Là, nous tournons sur la gauche et nous descendons un chemin
218 LA GHANDE-GRECE
en penle rapide, qui passe par le village de San- Pielro di Bivona, et revenant plusieurs fois sur luimême en lacets au travers des vignes et des vergers, conduit jusqu'à la plage. La descente se fait vite, avec la manière dont les cochers calabrais font courir leurs chevaux sur les pentes ; mais quand il s'agit de remonter on met plusieurs heures pour aller de la mer à la ville. Sur le trajet nous admirons une propriété nommée Riute, qui renferme un clos d'une vingtaine de dattiers magnifiques. L'exposition en est si favorable et si chaude que les dattes ymûrissent presque tous les ans, chose qui ne se produit ailleurs en Italie que dans quelques vergers des environs de Reggio.
Le point de la côte où se termine le chemin, le seul canossable qui conduise de Monteleone à la mer — les autres, plus directs, ne sont que des sentiers de piétons et de mulets — ce point est distant de quatre kilomètres de la Marina du Pizzo, jusqu'à laquelle la route se continue. On l'appelle Porto di Santa-Venere, d'après une statue antique de marbre, fort mutilée, qui est là de temps immémorial et qu'on a placée au-dessus d'une petite fontaine. Les paysans lui rendent un culte sous le nom de Santa-Venere.
C'est probablement sainte Paraskevi, lamartyre I de Locres sous la persécution de Dioclétien, vénérée surtout par l'Église grecque, quils ont en vue sous ce nom. Elle était ainsi appelée, dit-on, parce
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qu'elle était née le vendredi, comme sainte Cyriaque ou Kyriakî, la mattyre de Tropea dans la même persécution, parce qu'elle était née le dimanche. Dans quelques liturgies latines de la Calabre, le ■ /
nom de Para ske vî est traduit par Veugra ; dans un ^/- ^ ''< diplôme du grand comte Roger, le village de Paravati, à la porte de Mileto , est appelé Terra Paràsceves, id est Sanc te Venere. Mais, grâce à l'assonance du nom, qui y prêtait bien facilement, c'est l'antique Vénus, qui a été conservée par la superstition populaire sous le déguisement de Santa Venere dans le culte des paysans des environs de Monteleone. C'est, en effet, pour lès maladies des femmes que l'on invoque son intercession.
Ceci me rappelle que dans la campagne des alenlours d'Athènes, tout auprès de l'emplacement de l'ancienne Porte Dipyle, existe une petite chapelle dédiée à Haghia Paraskevi. Or, elle a succédé à l'édifice que Pausanias indique au même endroit comme servant à remiser le matériel des processions sacrées des Panathénées et des Eleusinies, et à eu préparer le cortège, irpo; T^apamtsurjV tûv TU3i.iitôv, dit le Périégèle. Là encore le culte de la martyre de Locres nest venu se greffer sur l'antique consécration du lieu dans le paganisme que par suite d'un véritable jeu de mots.
Quant à la statue à laquelle on .applique, dans le voisinage de Monteleone, le nom de Santa Venere, ( elle représente en réalité Ariadne endormie dans
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l'Ile de Naxos, un des sujets que la sculpture antique a traités avec le plus de complaisance.
Le gouvernement italien fait construire à Porto di Santa- Venere un môle en demi-cercle d'un assez grand développement; on a profité pour l'établir d'une chaîne de récifs sous-marins donnés par la nature. Monteleone se trouvera de cette façon muni d'un port spacieux, d'une excellente tenue, où lesbateaux k vapeur qui font le service de la côte pourront entrer et où les bâtiments caboteurs viendront à quai en parfaite sécurité, au lieu d'être contraints, comme aujourd'hui, de mouiller sur la' rade foraine du Pizzo, où ils sont exposés aux coups de vent. Un port sûr, dans le trajet de cette côte inhospitalière, serapour le commerce maritime une précieuse acquisition, et l'on a lieu d'être surpris que les gouvernements antérieurs n'aient pas cherché à en créer un. Monteleone y gagnera beaucoup et deviendra le centre d'uncommerce considérable de produits agricoles. Par contre, le Pizzo ne se relèvera pas de cette concurrence. Il serabientôt déserté pour le nouveau port, et tombera à n'être plus qu'une bourgade de pêcheurs. Dès que les travaux, du Porto di Santa- Venere seront achevés, et ils sont déjà tortavancés, une ville .se construira promptement sur la plage aujourd'hui presque déserte, où l'on ne voit encore quelesbaraquesen planches des ouvriers, la maison des ingénieurs et les premières murailles de grands magasins de dépôt, que l'on commence à édifier.
De Porto di Santa-Venere nous avons encore une lieue à faire pour gagner le vieux château fort abandonné de Bivona, que nous voyons devant nous au sud, dans une, petite plaine au pied de la montagne, séparé maintenant de la mer par àes champs en partie couverts de plantations et entrecoupés de fossés que garnissent de grands roseaux. Mais pour y ariiver il n'y a plus de chemin, 11 faudrait s'en aller à pied, en marchant dans un sable mouvant oii l'on enfonce au-dessus de la cheville, et en sautant à chaque pas des coupures pleines d'eau, là où le terrain se raffermit. Nous tentons l'entreprise, mais nous devons bientôt y renoncer. Nous serions absolument fourbus et hors d'état de continuer la route avant d'arriver à notre but. Heureusement les ingéaienrsdes travaux du port viennent à notre aide avec une obligeance infiniment gracieuse. Ils mettent leur canot à notre disposition ; c'est par mer que nous irons au château de Bivona.
Nous rangeons de très près la côte, ravis du spectacle que nous offrent les pentes rapides qui s'élèvent jusqu'à Monteleone, couvertes d'une végétation splendide, parsemées de haoïeaus et de maisons isolées qui apparaissent comme des taches d'un blanc éclatant au milieu de la verdure. De notre bai'que nous les voyons dans tout leur développement, depuis la base jusqu'au sommet. Il n'y a pas uusoufûede vent. La mer estunie comme une glace
et scintille sous les rayons du soleil, qui tombent d'aplomb en la pénétrant et en l'illuminant jusque dans ses profondeurs. Éclairée de cette manière, l'eau est ai transparente que lorsque nos regards se dirigent en bas nous perdons la sensation de la réalité tangible de cet élément. La barque nous semble suspendue en l'air, et notre vueplonge sans obstacle jusqu'au fond, distinguant les accidents de sa surface, les alternances de sable blanc et de tètes noires de rochers qui le percent, les algues de diverses espèces qui le garnissent, formant en certains endroits comme des prairies pélagiennes, et aussi tous les élres vivants qui l'habitent. C'est une impression que je n'ai eu que rarement au même degré, dans l'anse rocheuse de Mélhana, sur les côtes de i'Argolide, dans certaines parties du vaste port de Messine et snr le Mare Piccolo de Tarente par un jour exceptionnel de calme et d'intense lumière. Sur les rochers sous-marins on aperçoit les actinies s'épanouissant au milieu des algues comme des Ûeurs vivantes aux merveilleuses couleurs, tandis qu'à côté les astéries se déplacent par un mouvement de rotation sur elles-mêmes ; les oursins, semblables à de grosses châtaignes hérissées, se servent de leurs piquants qu'ils abaissent et redressent commeorganes de locomotion ;lesgastéropodes rampent à la façon des escargots, portant de même sur leur dos leurs coquilles aux foiTaes et aux teintes si variées; les huîtres, les moules; les clo-
visses, les tellinesj attachées k demeure aux roches ou à demi-enfouies dans le sable, enlr'ouvrent leurs valves en hàillant et les closeat hermétiquement k la première alerte; et la pieuvre se tient en embuscade pour enlacer de ses longs bras la proie qui passera à saportéc. Entre deux eaux on voit nager, avec le monde multiformedes poissons, les calmars, les nautiles qui font sortir leurs bras nombreux de l'embouchure de leur belle coquille arrondie, les squilles, les néréides [et les méduses, semblables à des clochettes d'opale que borde une frange de tentacules allongés en bas et nuancés de couleurs vives. A la surface de la mer, de temps à autre, un poisson s'élance pour un instant en sautant au-dessus de l'eau, brillant et fugitif comme un éclair d'argent. Des goélands à manteau ardoisé et des mouettes blanches effleurent les Dots de la pointe de leurs grandes ailes. Au large une bande de dauphins, courbant leur corps en arc, bondit autour d'un caboteur immobilisé par la bonace.
Il faut avoir vu ce spectacle, inconnu à nos mers / sauvages, sombres et brumeuses, pour avoir unel idée de la fête que peut donner aux yeux la popu- \l 'lation pullulante des petits animaux marins, pour comprendre comment les peuples primitifs I qui l'admiraient tous les jours durent être invînci- 1 blement amenés à y chercher les éléments de leur système d'oniementation. Car les découvertes si curieuses opérées k Mycènes, à lalysos de l'Ile de
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Rhodes, à Cnoasos de Crète el à Santorin, en révélant à k science l'industrie des populations grécopélasgiques du bassin de la mer Egée, dans les siècles auxquels reportent les traditions et les légendes plus qu'à demi fabuleuses de l'âge héroïque, y ont fait voir un remarquable effort dugénieindigëne de ces populations pour se créer, indépendamment des modèles d^iiii.auLi[e esprit qu'elles recevaient de l'Asie depuis longtemps civilisée, un art décoratif propre, puisant se^ éléments dans la nature du pays. Et cet art, ingénieux déjà dans son inexpérience, fait un choix qui nous semble au premier abord étrange parmi les types des règnes végétal et animal où il cherche ses motifs; c'est un choix qui ne répond àrien dece que nous voyonsaiUeurset qui n'a pu êti'c fait que par des gens habitant les rivages de la mer, passant sur les flots une partie de leur existence et demandant principalement leur nourriture , à. la pêche. Toutes les plantes reproduites appartiennent aux espèces aquatiques. Quant aux animaux ce sont des poissons, des mollusques et des rayonnes marins, auxquels se joignent aussi quelques annélides du sable humide des grèves. Et tous ces animaux n'ont pas été imités tels qu'on les ramasse sur la plage où la tempête les a jetés, car la plupart d'entre eux ne présentent plus alors que des masses informes et gluantes; ils ont été, pris sur le vif etobservés au milieu des eaux. Avec eux, les artistes de la même époque ont retracé dans
leurs travaux de métat etsur leurs poteries peintes quelques oiseaux, mais ce sont encore exclusivement des oiseaux aquatiques, des palmipèdes du genre des canards.
Le g^ût de l'imitation ornementale des animaux " que l'on voit vivre dans les eaux transparentes de la mer, se maintint assez longtemps chez les Grecs après que le règne exclusif de la primitive décoration florale et pélagienne eut pris fin. Les objets découverts dans les sépultures de Spata en Attique ] nous montrent les principaux éléments de cette dé- 1 coration, se mêlant à ceux qui constituent le sys- I lème nouveau d'ornementation du style gréco-asia- ' tique. Un des personnage du Banquet d'Athénée, parlant de visu du fameux lébês d'argent porté sur un pied de fer, qu'Alyalte, roi de Lydie à la fin du vif siècle avant J.-C, avait dédié à Delphes et qu'avait ciselé le toreuticien Glaucos de Chios, dit qu'il était décoré » de petits animaux aquatiques, . d'insectes et de plantes herbacées. » On croirait lire une description du décor des ors estampés de Mycènes et d'une partie des objets de Spata. Parmi les types que les villes grecques adoptèrent au vu* siècle pour marquer leurs premières monnaies, les êtres de la faune maritime tiennent toujours une place considérable. On y trouve non seulement le dauphin, le phoque, plusieurs espèces de poissons, la tortue de mer, mais aussi le calmar, la seiche, lasquille, le crabe. Et l'on a justement remarqué
que sur les anciens monuments numismat^ues des Hellènes, c^s animaux sont traités d'une façon qui souvent rappelle les figures des mêmes espèces dans l'orfèvrerie et la peinture céramique de l'âge
. auquel appartiennent les antiquités d'Ialysos, de
\ Mycènes et de Spata.
Quand les Grecs, éclairés enfin par le progrès de leur propre goût et par les modèles asiatiques au sujet des conditions d'une ornementation d'art digne de ce nom, renoncèrent à imiter les formes étranges, flasques et mal Jiccusées du corps des mollusques et des rayonnes , ils continuèrent à chercher des modèles dans les lignes arrêtées et précises de leurs coquilles. Les joailliers et les orfèvres n'imitèrent plus, comme ils l'avaient fait d'abord , les poulpes, les méduses, les actinies , lesarénicole's. le nautile avec son animal nageant ; mais ils cherchèrent encore des types de granulations régulières et élégantes dans lés dispositions des protubérances qui restent sur le test des oursins après la chute de leurs piquants, et ils firent un fréquent usage ornemental de la coquille de la bucarde. C'est ainsi que des vestiges des habitudes d'une période antérieure persistèrent au travers des Ages, perfectionnés par un, sentiment d'art plus pur et par une plus grande habileté technique.
Portés dans notre barque, nous passons devant le hameau de Bivona, où nous remarquons une grotte laillée de main d'homme dans un rocher et
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s'ouvrant sur la mer ; c'élait sans doute dans l'antiquité un petit sanctuaire dédié à quelque divinité marine. Là sont les magasins où l'on conserve, à l'époque de l'année où elles ne sont pas tendues en mer, les diverses pièces de la madrague appartenant au marquis Gagliardi. Le thon péché à Bivona et au Pizzo passe dans toute l'Italie méridionale pour supérieur à celui des autres localités. Déjà chez les anciens le thon d'Hippônion était renommé jusqu'en Grèce; Athénée, d'après le poète comique Archeslratos, le cite comme 1^ plus recherché des gourmets.
Un peu plus loin, nous prenons terre au point le plus rapproché du vieux cliâteau de Bivona, qui se trouve maintenant à un kilomètre ide !a mer, tout le terrain intermédiairo étant de formation très récente, composé de sables poussés par les flots sur leurs rivages et d'alluvions des tdrrenis qui descendent de la montagne. Ces terrains nouveaux, que nous traversons et qui sont tout parsemés de. touiïes de grands roseaux et de tamariscs, pullulent de couleuvres ; nous en faisons fuir presque de chaque buisson. Le ch&teau est de l'époque angevine, remanié au début du xvi« siècle pour recevoir de l'artillerie en vue de la défense de la côte. Le terrain faiblement relevé sur lequel il a été bâti portait un temple dans l'antiquité. On voit encore quelques fragments de l'arcbitecture de cet édifice, employés comme matériaux dans la cons-
traction du moyen Age ou gisant sur le sol tout auprès, et nous ramassons plusieurs morceaux de ces énormes bassins en terre cuite pour l'eau lustrale , que l'on plaçait à l'entrée des temples et dont on a trouvé les spécimens les mieiïx conservés dans les fouilles récentes de Sélinonte. Certains prétendent que c'est là que le grand comte Roger fît prendre les magnifiques colonnes de brèche africaine qu'il fit placer dans la cathédrale de Milelo ; mais la tradition à cet égard est vague et contradictoire. En tous cas, le terrain alentour est jonché de débris de briques et de poteries anciennes, les unes grecques et les autres romaines.
C'est tout auprès de là, au fond de l'angle rentrant que dessine la côte, qui tourne vers l'ouest dans la direction de Briatico (situé à une lieue environ) et du cap Zambrone, que se trouvait le port d'Hippônion, puis de Vîbo Valentia, dans une position très favorable et parfaitement abrité de tous les vents. Ce port servait encore au temps de Frédéric II et même au milieu du xvi° siècle, quand on construisit le château pour le protéger. Il est aujourd'hui comblé par les alluvions et les cables, ou du moins une lagune marécageuse très peu profonde, communiquant avec la mer, ne représente plus qu'une partie de son étendue. £d avant de la plage actuelle on distingue encore sous l'eau des restes assez considérables des môles ex- , térieurs. Près du bord de la lagune dont je viens
de parler, de gros piliers carrés en maçonnerie romaine de briques, disposés en lignes régulières, ■ pointent hors du sable de distance en distance. Ils supportaient des arcades environnant tout le port, que les écrivains calabrais du xvi* et duxvipisiècle disent avoir subsisté jusqu'à la Renaissance et avoir été démolies alors, pour empêcher les pirates barbaresques de s'y loger. L'arcade du milieu, rapportent ces mêmes écrivains, était construite en marbre, beaucoup plus large et plus haute que les autres, et formait comme une sorte d'arc triomphal. Sur sa clef de voûte était sculptée une figure de Neptune. An commencement de ce siècle il y avait encore k Monleleone des vieillards qui racontaient avoir vu dans leur enfance cet arc de marbre avec sa statue. Ils disaient, etc'est devenu une tradition dans la ville, qu'il n'avait jamais été démoli, mais progressivement enfoui par l'exhaussement du niveau des alluvions. Si ce rapport est vrai, des fouilles ne manqueraient pas de faire retrouver le monument.
Une dernière excursion nous a conduits à Papaglionti pour voir d'autres ruines antiques.
On sort de la ville par la route qui conduit à Tropea, petit port voisin du Capo Vaticano. Il semble
que ce soit cette ville que Strabon désigne sous - le nom de Port d'Hêraclês,
Dans la première partie du présent ouvrage, en racontant l'histoire de Tarente, j'avais cru pouvoir conjecLurcr que Tropea correspondait au Triopion, absolument inconnu d'ailleurs, que, d'après les récits de Diodorede Sicile, le prince spartiale Cléonyme, au commencement du ni' siècle avant noire ère, enleva momentanémeUt aux Bruttiens, à la tèle d'une armée d'aventuriers, comme il l'était lui-même. Après un nouvel examen de la question, je crois maintenant la conjecture inexacte, car les circonstances de la campagne doivent induire à placer plutôt le Triopion de Cléonyme sur le littoral brultien de la mer Ionienne.
D'ailleurs la forme authentique la plus ancienne du nom de Tropea est Trapeia. C'est ce que nous apprenons par une inscription chrétienne du iv° siècle, qui contient l'épitaphe d'une femme qualifiée de conductrix massae Trapeianae, c'est-à-dire locataire et directrice d'une grande exploitation agricole établie à Trapein. Cette inscription fait partie de tout un groupe de monuments du même genre, datant du tv* et du v* siècle, qui a été decouvert il y a quelques années à Tropea et commenté par l'illustre commandeur J.-B. De Rossi. , Tropea possède , en effet, un cimetière chrétien des premiers siècles, avec superposition de tombes en forme de chambres souterraines, ou cubktila, ef
de tombes un peu postérieures, élablies à la surface du sol. On a également trouvé plusieurs inscriptions chrétiennes dans la localité peu éloignée de Briatico.
Tropea est, en effet, un trfes ancien foyer de christianisme. Elle se vante d'avoir donné à l'Église une illustre martyre de la persécution de Dioclétien. La ville est, d'ailleurs, depuis le vu* siècle, le siège d'un évéehé, qui passa sous les Byzantins au rite grec et que les Normands ramenèrent en 1094 au latin. Dans le ix° siècle, Tropea fui, comme Amsmtea un peu plus au nord, sur la même côte, Acropoli dans le Cilento et Santa-Severina dans la Calabre orientale, occupée pendant un certain temps par une colonie de Musulmans venus de Sicile et d'Afrique. Ils s'y étaient installés, en communication avec la mçr, par laquelle ils recevaient constamment des ravitaillements. C'était le réduit dans lequel ils se retiraient et metlaient en sûreté leur butin, après avoir promené dans le pays avoisinant leurs incursions dévastatrices. Nicéphore Phocas, le général de l'empereur Basile, reprit Tropea sur les Sarrasins en 886, au cours de la grande expédition dans laquelle il parvint à débarrasser toute la Calabre méridionale des Musulmans qui l'infestaient.
Pendant le moyen 4ge. Tropea était une des seigneuries féodalesles plus importantes de la contrée. Nous lui voyons jouer un rôle dans la résistance
des Guelfes à l'établissement du pouvoir de Manfred et dans la guerre qui suivit les Vêpres Siciliennes. C'est à Tropea que débarqua Gonsalve de Cordoue quand 11 vint détrôner Frédéric d'Aragon. Sur le territoire de Tropea on rencontre des gisements de kaolin, d'où la fabrique royale de Gapodimonte tirait au siècle dernier la matière de ses porcelaines ; actuellement ils ne sont pas exploités, et cependant pourraient l'être avec avantage. Quand, au lieu d'aller à Tropea même, on veut se rendre à Papagliontl, quelques kilomètres après avoir quitté Monteleone, on laisse la grande route pour prendre à droite une traverse fort mauvaise. On passe en vue de remplacement où s'élevait jadis la ville de Mesiano, fondée, comme son nom grec l'indique, pendant les siècles de la domination des empereurs de Constantinople. Pendant tout le moyen âge, jusqu'au xv" siècle, ce fut une ville du domaine royal, riche, florissante et peuplée. Vers le temps de Jeanne II elle eut à souiïrir considérablement dans les guerres civiles. A dater de ce moment commença pour elle la décadence, qui se précipita rapidement depuis qu'en 1301 Etlore Pignalelli l'eut achetée de la couronne et l'eut jointe à son duché de Monteleone. Le régime baronal fut ici d'une dureté vraiment extraordinaire, et pour avoir une idée de ce que pouvaient être les souffrances de ce régime qui ne fut aboli que par Murât, il n'y a rien de plus instructif que la lecture du mé-
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moire imprimé, que le petit nombre d'habilants restés à]Mesiano adressa, en 1759, à la Cour suprême de Naples pour obtenir protection contre les injustices de leur seigneur. Dès le xvii* siècle, après un peu plus de cent ans de cette condition, la ville d'autrefois était réduite à l'état d'un misérable village, qui ne comptait plus qu'une faible population. Un siècle encore après, cette population si restreinte elle-même avait été contrainte de l'abandonner, par l'effet réuni des fléaux de la nature et de l'oppression féodale. Aujourd'bul on y compte à peine trois ou quatre maisons avec une petite église, destinées à. disparaître quelque jour dans un éboulemenl du sol. Car bientôt on ne pourra plus même reconnaître le site où s'élevait Mesiano. La colline sur laquelle avait été bâtie cette ville était , formée d'un terrain qui n'avait pas ime consistance suffisante. Elle s'est écroulée morceau à morceau sous l'efTel des violents tremblements de terre des deux derniers siècles ; et maintenant les pluies de l'hiver, en ravinant ce sol disloqué, y provoquent de nouveaux éboulemenls et en emportent à chaque fois une nouvelle partie.
La dépopulation progressive de Mesiano a fourni anepartiedeshabitanlsdesbeauxetricbes villages, portant tous des noms grecs, qui forment comme une couronne autour de son emplacement et pour la plupart étaient à. l'origine des casaux dépendant de la ville. On les englobe sous la désignation gé-
nériqiie de Quartieri. Ce sont lonadi, dont j'ai eu l'occasion de parier plus haut; Filandari, qui a recueilli l'héritage ecclésiastique de Mesiano, et ddnt le nom était primitivement Khiliandari, altéré par la prononciation locale, qui a fait aussi pluni du grec khelônî, pour dire une « tortue ; » Scaliti, qui relevait au xiii' siècle du célèbre monastère basilien de Santa-Maria del Patîr auprès de Rossano ; Naô, Arzona et Presinace, originairement Prasinaki.
Le nom de Papaglionti est aussi d'origine grecque byzantine . C'est manifestement une corruption d'un Papas Léontios, personnage ecclésiastique qui , aura été le possesseur originaire du casai d'où sera sorti ce village pendant le premier moyen âge. Il y a dans l'Italie autrefois byzantine quelques noms de lieux de même formation et de même origine, par exemple cens de Papaniceforo , dans le voisinage de Cotrone, et de Papasidero, près de Scalea et de Laino. Papaglionti compte environ 200 habitants.; le caractère de tout le district dans lequel il se trouve situé est la multiplication des villages, des hameaux et des habitations isolées, chose fort rare dans les provinces méridionales du Napolitain, où d'ordinaire, par suite de la longue insécurité du pays et du petit nombre des positions complètement salubres, la population s'est groupée à l'orientale dans des villes assez éloignées les unes des autres, qu'habitent les paysans qui cultivent la campagne
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intermédiaire. Pas n'est besoin d'aller jusqu'au village pour trouver la ruine considérable que nous allions visiter. Elle est située avant, au milieu d'un superbe bois d'oliviers, sur le liane de l'étroit vallon allongé jusqu'à la mer, où il débouche auprès de Briatico, dans lequel descend le ruisseau de la Ceresia. Ce vallon est exquis de fraîcheur et de verdure. C'est probablement là qu'était située la Corne d'Almathée,que Gélonde Syracuse avait embellie. Sa forme conviendrait fort bien à un semblable nom, et il serait facile d'en faire, avec quelques travaux, un vrai jardin de voluptés, quelque chose comme la vaUée des Eaux-Douces auprès de Constanlinople.
La ruine elle-même se compose d'nn massif en forme de parallélogramme, d'une maçonnerie romaine de briques de l'époque du haut Empire ou des dernières années de la République. Établi su'r le penchant du terrain, îl s'y enfonce sur un de ses grands côtés, tandis que de l'autre la muraille se dresse de toute sa hauteur, qui est considérable et surplombe au-dessus de la vallée. Delà terrasse qui couronne ce massif un escalier fait descendre dans une immense salle souterraine, voûtée et divisée en plusieurs nefs par de gros piliers carrés de briques, qui en occupe tout l'intérieur. Sur cette terrasse avait été construit, aux bas temps, un édifice dont il ne reste plus que les arasements des murs.Leurplansemble indiquer une habitation pri-
vée, que l'on aura voulu placer dans ce site d'où la vue est channaaie. Elle était décorée avec luxe. D y avait des revêtements de marbre sur les murailles et deux petites colonnes . de la même matière ont été enlevée» des ruines il y a vingi ou trente ans et portées à l'évêclié de'Mileto. Mais la construction est mauvaise, ludique une époque tardive et contraste avec le bel appareil de br ques du massif dont on avait profilé pour l'établir.
La plupart des érudtts calabrais ont vu dans cette ruine un temple muni de souterrains étendus.
Quelques-uns ont cru y reconnaître celui de Perséphonê. Mais le plus grand nombre s'accorde à y cbercher le temple de Cybèle, voisin d'Hippônion, dont il est question dans un très élrange passage rapporté en lalin par le P. Marafioti, à la fin du xvi" siècle, comme traduit d'un traité de Proclus Suf /es oracles. Ce traité, qui par une circonstance singulière aurait été rempli de particuiarîtés des plus curieuses sur les moindres localités du Brutlium, est cité à plusieurs reprises par Marafioti ; mais jamais il n'a été vu que par lui. Aucun autre écrivain de la Renaissance ne l'a connu, et dans aucune bibliothèque il ne s'en trouvede manuscrit. Sans doute il n'y aurait rien d'absolument impossible, ni par soi-même de suspect, à ce qu'il existai alors, dans )a bibliothèque de quelqu'un des couvents grecs encore nombreux dans la Calabre et d'où les cardinaux Sirleto et Bessarion avaient su.
peu de temps auparavant, faire venir tant de trésors littéraires, le manuscrit d'un traité de Proclus que certains érudits de la contrée auraient pu consulter et qui depuis se serait perdu. Mais si un philologue de la valeur de Goltfried Hermann a admis l'authenticité des extraits du traité des Oracles donnés par Marafîoti, d'autres critiques, plus soupçonneux, ont élevé des doutes fortement motivés à cet égard, doutes dont il faut faire le premier honneur au Napolitain Toppi, lequel écrivait en 1678. C'est l'avis de ceux-ci qui tend à prévaloir dans la science. En effet, il est absolument impossible de ne pas discerner une misérable falsification dans tout le morceau, allégué comme de Proclus, qui prétend décrire le mode de consultation de l'oracle de Perséphonê à Locres, De même, après avoir relu sur les lieux le fragment relatif au temple de Cyhèle et en avoir attentivement pesé tous les termes, je no doute plus qu'il ait été forgé en vue d'expliquer l'origine et la destination de la ruine de Papaglionti. Le nom singulier donné comme celui du simulacre placé à l'entrée du temple , Panta-leontos « tout est au lion, « a été manifestement imaginé pour fournir du nommèmedePa/jagliontiune étymologie, qui n'est qu'un déplorable calembourg par à. peu [n'es. Il en est de même de la mention de la ville voisine de Messe, dont Proclus aurait expliqué le nom par le latin messis{\), à cause des belles moissons du lieu. Il n'est là que
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pour fournir uuc origine à celui du bourg de Mesiano.
Maintenant doit-un croire Marafîoli personnellement l'auteur de la fraude ? Ou bien aura-t-il été simplemeut naïf et crédule, prêtant foi trop facilement aux prétendues découvertes que lui communiquait quelque savant de son pays, lequel aura forgé sans scrupule des titres de noblesse aux cités de la Calabre, quand il n'en trouvait pas d'authentiques ? J'aimerais à pouvoir adopter la seconde hypothèse, moins fâcheuse pour le caractère sacerdotal de Marafîotî, lequel appartenait à l'ordre des Mineurs Observants, et qui s'accorderait avec l'air d'honnêteté qu'a souvent sa narration. "Mais il y a une circonstance qui plaide contre lui d'une manière fâcheuse : c'est que les falsifications qui figurent dans son livre, et presque toutes sont données comme extraites du traîl*^ de Proclus, ont pour ainsi dire exclusivement en vue d'illustrer, les environs de Polistena, sa ville natale. Ainsi il y a un autre fragment qui place à Altano une ville antique d'Altanus ; à San-Giorgio, près de Polistena, une autre ville de Morgetîum, bâlie par Morgès, le roi fabuleux des Sicules, lequel y aurait été adoré plus tard comme dieu et aurait inspiré des visions prophétiques &ux femmes du pays; enfin à . Cinquefrondi un temple des Muses, fondation des Locriens.
Ce que n'ont pas, d'ailleurs, relevé les critiques
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modernes qui le condamnent le plus sévèrement à propos des citations de Proclus, comme M. Richslrd Fœrster, c'est qu'il allègue encore en un endroit un traité d'un certain Hermias commentant les Argonautiques du Pseudo-Orphée, traité dont personne, non plus, n'a jamais' vu de manuscrit. Il en extrait, prétend-il, une citation disant que l'Argonaute Siuarês fut surnommé Maraphocis, pour avoir observé le premier près de Cnide qne le phoque venait paître à terre. Ceci est destiné à prouver que la famille Marafioti descendait de Sinarês et que son nom n'était qu'une corruption de l'antique Maraphocis! Franchement, il est difficile de ne pas croire ici que c'est lui-même qui invente & sa famille des parchemins remontant jusqu'aux Argonautes.
Du reste, laconstruction du haut Empire qui subsiste presque intacte à Papagliontt n'a jam^ds été ni pu être le soubassement d'un temple. C'est une citerne rappelant dans des dimensions moindres la Piscina mirabilis de Bacoli. Les dispositions, qui reproduisent un type consacré chez les ingénieurs romains, ne laissent aucun doute à cet égard, et à l'intérieur les murs sont partout, Jusqu'en haut incrustés de ce dépôt calcaire que laisse comme témoignage le séjour prolongé des eaux. Cette citerne devait recueillir lessources, asseznombreuses dans le voisinage, et les eaux qui descendent des ravins d'alentour dans la saison des pluies.
Elle servait de réservoir pour l'approvisionnement de Vibo Valentia, dont les deux sources ne devaient pas suffire à alimenter sa population, surtout avec les habitudes des Romains, qui avaient la sag;esse d'assurer par tête dans leurs villes un nombre de litres d'eau bien supérieur à celui dont disposent les habitants des cités modernes les mieux dolées à -cet égard. Sur les hfiuteurs de Vena, précisément sur le trajet que devait suivre un aqueduc partant du réservoir de Papaglionti pour aboutir à Monteleonc, on a découvert en place de grands tuyaux de conduite d'eau en terre cuite, timbrés au nom du consul Q. Laronius, le personnage dont la mention se lit aussi sur les estampilles des tuyaux de l'aqueduc qui traversait le territoire de Nicastro et sur celles des tuyaux de l'aqueduc que nous aurons également à signaler dans les ruines de Médma La citerne d'approvisionnement de Vibo Valentia, que nous avons ainsi reconnue, là 011 sur des indications inexactes nous venions chercher un temple qui n'existe pas, mérite d'être soigneusement relevée par un architecte. En fait de constructions de cette nature, c'est une des plus considérables et des mieux conservées qui subsistent.
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