‹ La Grande-Grèce: paysages et histoireChapitre 9 sur 21 · août · texte numérisé non relu

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ont même considérablement souffert depuis que Capiaibi consacrait à ces murailles une de ses meilleures études. D'année en année, faute de mesures de conservation que devraient prendre la municipalité et les agents du gouvernement, les vestiges tendent à en disparaître ; on en arrache les pierres pour les employer à de nouvelles constructions. Malgré ces dégâts, on peut encore suivre le périmètre de l'enceinte par les lambeaux qui en subsistent de distance en distance, et qui en certains endroits présentent encore dis on douze assises en place les unes au-dessus des autres. Elle avait environ six kilomfetresde développement, avec un plan se rapprochant de l'ovale, etembrassEÙt la majeure partie du plateau à l'extrémité méridionale duquel se trouve Monteleone. La colline couronnée par le château du moyen âge à demi ruiné, sur ta pente de laquelle laville moderne s'élève en amphithéâtre, en regardant vers l'Occident, portait l'acropole. Les murailles ne sont ni construites en briques, ni d'appareil polygonal, comme ont dit quelques-uns de ceux qui eu ont parlé, évidemment sans lesavoii; regardées.Ëltes sont d'une construction hellénique de la belle époque, parfaitementréguliëre. Les pierres en sont d'un tuf sablonneux^ taillées en parallélogrammes de 75 cent, à 1 m. iO de longueur, de 45 à 50 cent, de hauteur et de 60 à 70 cent, d'épaisseur. Elles sont appareillées très exactement, sans emploi d'aucun ciment entre elles, et disposées sui-

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vantie mode que les Grecs appelaient emplecton, c'est-à-dire se présentant alternativement en parpaings et en boutisses, de manière k former une masse compacte dans son enchevêtrement, que l'emploi de la sape à sa base aurait eu de la peine à ' disjoindre. Le fruit, pour useï' du terme technique des constructeurs, c'est-à-dire la retraite des assises 'les unes sur les autres de la base au sommet, était assez sensible dans ces murailles, car on pçut constater qu'elles avaient 3 mètres d'épaisseur au sortir du sol et seulement 1 m. 90 dans leur partie supérieure.

Du côté du nord, en allant vers le village de Saint' Onofrio, c'est-à-dire sur le seul frpnt où des travaux d'approche fussent possibles de plain pied, le rempart était précédé, à une centaine de mëtres en avant, par une première muraille extérieure. L'intervalle entre les deux murs était entièrement ' occupé par des tombeaux. On observe la même donnée pour le chois du site de la nécropole à Manduria, non loin de Tarente, dans le pays des Sallentins. C'est comme un moyen terme entre l'usage Spartiate, introduit à Tarente et de là dans les villes indigènes qui subissaient son influence, comme Gnathia et celle au nom inconnu dont on voitles ruines à MuroLeccese, de mettre les sépnltu- \ res dans l'intérieur même de la ville, et l'usage ' ordinaire des Grecs de les reléguer soigneusement en dehors de l'enceinte. Je parlerai un peu plus loin

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des objets que l'on rencontre dans les tombes grecques d'Hippûnion lorsqu'on les fouille.

La Vibo Valenlia romaine, il est facile de le constater, fut toujours fort loin d'atteindre au développement et k l'étendue de l'HippAiiion hellénique. Elle n'occupait qu'une poi-tion de sa superficie, celle même où a été ensuite construit Monteleone. Le plan de cette dernière ville est trfes curieux k obser.t ver ; c'est, presque sans une seule dérogation, celui dont une antique tradition, remontant aux temps primitifs où les Italiotes proprement dits menaient encore la vie presque sauvage dont les terramare de l'Emilie ont conservé les reliques, avait fait un type invariable pour les villes italiques et romaines, et qui était consacré par la religion. Deux artères principales, auxquelles ou a donné tes noms, heureusement choisis, de Corso Ipponiale et Corso Vibonate, sont orientées exactement d'ouest en est et de nord en sud, et se coupent à angles droits comme te cardo et le decumanus constituant la base fondamentale du plan de ville romaine. Les rues moins importantes et plus étroites sont parallèles à l'une ou à l'autre de ces deux premières,' orientées avec une précision semblable, et se. coupent de même. Ce sont les ca?*rfmes et les decumani minores, La disposition que Yagrimensor dessinait sur le terrain, lorsque commençait la construction d'une colonie, est si exactement conservée dans le plan de Monteleone, x\ue je ne crois pas possible de douter

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qu'on ait rebâti les rues et les pâtés de maisons (insulae) de cette ville sur l'emplacement même et pour ainsi dire sur les fondations de celles de Vibo Valentia, sous le comte Roger et sous Frédéric H. Sans doute, pour les villes neuves du xm° siècle on adopta volontiers la disposition en échiquier, et dans l'Italie méridionale Manfredonîa- en oiTre un frappant exemple. Mais quand on dressait leur plan l'on ne s'inquiétait plus alors de l'orientation consacrée du cardo et du decumanus, que nous retrouvons si bien à Monteleone. Ceci est de nature à faire penser qu'il n'y a pas eu' comme beaucoup l'ont cru, solution de continuité entre la ville romaine et celle du moyen âge; qu'au contraire it ya toujours eu là un centre de population, qui, tout diminué qu'il fât, gardait son ancienne disposition sur le terrain.

C'est dans l'intérieur de la ville que l'on observe ce que Monteleone possède de ruines romaines. lia plus considérable est celle que les archéologues du pays désignent comme les Thermes, appellation que rien ne contredit ni ne confirme. C'est une muraille en opiis reticutatum ou moellons smillés, de l'époque impériale qui s'étend en façade sur une des rues avec une longueur d'une quarantaine de mètres. En arrière règne une galerie voûtée, à l'extrémité de laquelle une seconde galerie semblable s'embranche à angle droit. Je n'ai pu en visiter davantage ; mais il semble que d'autres salles

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du même bâtiment sont engagées dansles maisons voisines. Çà et là, quand on parcourt les rues, on rencontre encore un fragment de maçonnerie romaine ou même d'appareil hellénique, un pilastre mouluré de travail antique demeuré debout au mi- , lieu de constructions modernes, un fragment d'arcbitecture employé comme pierre de taille. Mais rien de tout cela ne garde une forme bien appréciable qui permette de reconnaître un édifice.

En revanche, dans le terrain qui était autrefois le jardin des PP. Franciscains, la forme d'un théâtre antique se dessine de la manière la plus nette, et lacrète de ses murs, construits en grandes pierres decalcaire.affleurelasurface du sol. Autant que j'ai pu voir les dispositions de ce théâtre, le plan m'en a paru grec, et c'est aussi l'opinion de M. le général Bussolini, qui a eu l'occasion de l'étudier plus longuement. Des fouilles en cet endroit offriraient un grand intérêt. Il est â désirer que le gouvernement italien, qui, avec de faibles ressoiu'ces, fait tant depuis quelques années pour les antiquités, entreprenne le déblaiement du théâtre de Monteleone.

Au point de vue pittoresque il n'est pas de plus belle promenade à faire que celle du circuit des remparts de l'Hippônion grec. Rien de plus frappant que le contraste des deux vues dont on jouit en longeant les deux crêtes, ouest et est, du plateau. D'un côté c'est la mer que l'on voits'étendre k perte de vue devant soi et dont le regard suit le

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littoral gracieusement arrondi en hémicycle, pardelà les pentes couvertes de vergers et parsemées de maisons blanches, qui y conduisent. De l'autre, la falaise du plateau est presque à pic et Ton distingue pour ainsi dire sous ses pieds, à 300 mètres au-dessous de la hauteur où l'on se trouve, le village de Stefanaconi, à partir duquel commence la plaine fortement ondulée, entrecoupée de mille ravins, au milieu de laquelle la vallée du fleuve Mesima creuse son fossé profond. Cette plaine ou plutôt cette grande vallée entre les hautes montagnes, s'approfondissant encore en une autre vallée plus étroite et plus enfoncée, a son grand développement du nord au sud. Quand on la regarde du plateau de Monteleone c'est sa dimension la moindre qu'on a en face de soi ; le regard la prend par le travers et est hientôt arrêté par la muraille âpre et sauvage de la grande chaîne de l'Apennin, couronnée des vastes forêts de sapins dont les replis cachent les couvents fameux de San-Domenico Soriano et de San-Stefano del Bosco, la-Chartreuse où saint Bruno fut appelé par le grand comte Boger, où il mourut et où son corps est toujours conservé. Il y a quelque chose de saisissant dans l'opposition entre le caractère farouche , violent et triste de ces hautes montagnes, d'une part, et de l'autre la grâce enchanteresse, voluptueuse et amollissante de la région du bord de la mer. En le voyant on comprend ce que devait être, au iv" siè-

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