CHAPITRE IV
Ou Pizzo jusqu'à Monteleoae la route monte oonstamment ; la différence d'altitude entre les deux localités est de 400 mëti-es, leur distance à vol d'oiseau de huit kilomètres. Mais les détours de la route augmentent forlement cette distance pour le voyageur. D'une ville h l'autre le trajet garde le même caractère que depuis le passage de l'Angitola. Le chemin se déroule en corniche sur le ûanc des montagnes, suivant leurs rampes irrégulières, dominant le golfe, dont on a conslammentle spectaclet et passant à travers une succession ininterrompue de vergers et de plantations.
- Dans ces pays de soleil implacable, dans lesquels les ardeurs de Tété dessèchent et dévorent tout, où le sol n'est pas imprégné d'une humidité permanente, il faut jeter de l'omhre par-des-
i6 LA GRANDE-GRECE
is les céréales pour qu'elles ne soient pas brùes avant que le grain n'ait eu le temps de se forler. Ce n'est guères que dans le fond des vallées, rès des rivières, qu'on peut laisser les champs à 1 comme ceux de nos pays. Sur les pentes, en Ênéral, on plante des oliviers et des mûriers pour :otég,er le blé futur, et l'on obtient de cette maière une double récolte. La terre est assez vigoutuse, assez féconde pour porter en même temps Lns fatigue les moissons et les arbres. Telle chose le la fumure est pourtant inconnue ; on a recours, lur régénérer le sol après lui avoir tant demandé, 1 système primitif et barbare des fréquentes jalères. Tout est encore à faire en ces pays pour y 'éer une agriculture à la hauteur du siècle et faire )Bner au sol toute la richesse qu'on pourrait lui ^mander ; car il n'est pas possible d'assigner une mile à sa faculté de production sous un traiment intelligent.
Pour la vigne à son tour, si on la réduisait aux roportions qu'elle a dans nos vignobles français,
on la tenait courte, en la soutenant seulement ir un échalas, elle serait bien vite desséchée par
double action du soleil et du rayonnement teristre. On l'élève donc à deux mètres au moins 1 sol, en la faisant monter au sommet de Ion- ~~ les cannes groupées en faisceau, et c'est pour tla que l'on cultive partout ces gigantesque cemicc'ie, si chères aux paysagistes, ou bien au pied
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des arbres aux rameaux desquels ses pampres s'en- Lacent, cherchant à l'abri de leur feuillage l'air et la firalcbeur dont ils ont besoin, car ce n'est jamais la chaleur qui manquera à aucun végétal sur le littoral de la Calabre. Dans toute l'Italie, du reste, même dans celle du nord, la vigne se cultive dans les mêmes données, avec un grand développement du végétal eu dehors du sol. C'est \k ce qui, dans cette contrée, la rendra plus susceptible de résister au phylloxéra, si jamais elle en est attaquée malgré les précautions si multipliées dont le gouvernement italien hérisse sa frontière pour tenir à distance ce redoutable ennemi. Car plus la plante élève la tige de son cep au-dessus de la terre, plus elle développe ses sarments etses rameaux, plusd'autre part, en vertu d'une loi bien connue de la physiologie végétale, son système de racines s'enfonce en plongeant dans le sol. Ainsi, le phylloxéra ne descendant qu'à une certaine profondeur en terre, la vigne cultivée à l'italienne; enfonce les radicelles par oti elle puise sa nourriture assez bas pour qu'elles soient à l'abri du parasite dévastateur. Il est vrai que sous le climat de la plupart des régions vîticoles de la.France, la vigne traitée de cette manière ne donnerait qu'un raisin à la maturation impLirfaite, par suite qu'un vin âpre et plat, comme est celui des hautins ou butins dans nos départements du sud-est. Il en est autrement sous le climat de l'Italie. Et spécialement dans les Calabres
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on a l)e.au tenir la vig^ne à une élévation considérable au-dessus du sol, dans une terre en g;rande partie formée de granits décomposés, sous les rayons d'un soleil de feu, on obtient des vins qui semblent emprisonner en eus quelque chose des ardeurs de ce soleil, des vins tellement alcooliques qu'à la différence de la plupart de ceux de l'Italie ils sont de garde et gagnent à vieillir, malgré l'inconcevable imperfection des procédés avec lesquels on les fabrique.
La montée, d'abord presque insensible, s'accentue fortement à partir du village de Longobardi. Nous commençons à gravir la montagne même, baute de cinq cents mètres au-dessus de la mer, dont le sommet porte la ville de Monleleone. A peu de distance de l'entrée de cette ville nous rencontrons une grande fontaine, aux eaux abondantes et limpides comme le cristal. Des groupes de femmes sont occupées à y puiser de l'eau ou à rassembler à l'approche de la nuit le linge qu'elles ont lavé dans la journée. C'est une scène fort pittoresque et d'un aspect singulièrement oriental. Car les femmes de Monteleone ont le voile blanc placé sur leur tète beaucoup plus ample et plus long qu'on ne le voit nulle partailleurs en Calahre. Par derrière il les enveloppe complètement et descend jusqu'à mi-jambe; aussi leur donne-t-il, de dos, la tournure de femmes turques avec le yaschmak.
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Le soleil 'se couche tandis que dous montons la cdte. Son disque, d'apparencBénormeàce moment, a pris une teinte de sang et au moment de disparaître dans les eaux conserve un éclat que les regards ont peine à supporter. Tout l'occident du ciel baigne dans la pourpre d'un immense embrasement, sur lequel se découpe avec une étonnante . netteté ' et s'enlève en sombre la silhouette du volcan insulaire de Stromboli. On comprend devant ce spectacle comment s'est formé le mythe hellénique de l'Hèraclês soleil, qui termine sa carrière au milieu de l'incendie du bûcher qu'il s'est allumé volontairement et qui couronne son apothéose. En bas de la montagne, la mer semble rouler des Rots d'or. Sur les pentes que nous gravissons, les derniers rayons de l'astre prêt à s'éteindre, pareils k des flèches de feu, viennent frapper les objets qui nous entourent, revêtant d'un reflet rose les terrains, les rochers et les maisons en amphithéâtre de Montelcone , que nous commençons à apercevoir à quelque distance en avant et au-dessus de nous. Hais brusquement le soleil s'est enfoncé dans leseauXjderrièrel'extrèmelignede l'horizon visuel. En un instant la mer a perdu sa couleur dorée pour prendre une teinte d'un gris de plomb. A l'ouest, là où le soleil vient de se coucher, une bande d'un jaune orangé, d'une intensité singulière, se dessine à la partie inférieure du ciel et va en ^'atténuant par une échelle continue de dégradations
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de tons pour rejoindre le bleu p&le et transparent que pevèt le zénith pendant les courts instants du crépuscule, qui déjà sous cette latitude dure à peine quelques minutes. Les montagnes s'obscurcissent; lé ciel s'assombrit ; les dernières lueurs de l'Occident pâlissent, s'éteignent et ne laissent plus à leur place qu'une sorte de blancheur fugitive, qui bientôt disparaît à son tour. La nuit envahit rapidement tout le paysage ; des myriades d'étoiles s'allument au ciel et deviennent plus brillantes à mesure qu'il s'enténèbre; la voie lactée étend son fleuve d'argent au-dessus de nos têtes, et à l'occident Vénus, avec l'éclat limpide et serein qui en fait si bien à cette heure la reine des cieux, comme l'appelaient les peuples orientaux, fait tomber sur les flots la tr^née lumineuse de son reflet. La nuit est complète quand nous nous engageons dans les belles avenues de grands arbres, plantés par l'administration de Murât, qui précèdent Monteleone, et quand nous entrons dans la ville. Les lumières de ses maisons et les becs de gaz de ses rues s'étagent devant nous sur une pente -rapide que surmonte la masse d'un vieux ch&teau, confuse et presque ' invisible dans l'obscurité.
Nous devons laisser notre voiture sur une place dans le bas de la ville. Conduits par quelques habitants qui ont eu l'amabilité de venir au-devant de nous, et suivis par des portefaix qui portent nos bagages, nous gravissons à pied des rues raides,
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obscures, au pavé glissant et plein de trous, par endroits en escaliers, et nous arrivons k VAlberg/o deW Indipendenza, où des chambres nous ont été ratenues. C'est, nous affirme-t-on, le meilleur hdtel de la ville, et il faut bien le croire, puisque c'est là t|ue les officiers de la garnison ont établi leur mess. Mais alors que peuvent être les autres ?
La maison dans laquelle cette auberge est établie n dû être, il y a deux siècles, le palais de quelque famille noble. Elle a de la tournure architecturale. M»is dès qu'on entre dans la cour l'odorat est saisi d'une puanleurqui repousse. Le fumier des écuries installées au rez-de-cbaussée barre le chemin aux arrivants, et des flaques de purin, échauffé par la brûlante température de la sai^n, répandent un parfum d'ammoniaque qui prend à' la gorge. L'escalier monumeatal en pierre sert de latrines publiques à toute la population du quartier; à chaque marche il faut regarder soigneusement où l'on posera le pied.
L'hdlel occupe le premier étage du palais. Les pièces sont immenses et d'une hauteur incroyable. Tout ceci a été bâti pour mener une vie princière ; la salle h manger ferait une galerie des fêtes, telle qu'un millionnaire ou un ministre aimerait k en avoir Une pour donner ses bals. Les chambres sont grandes comme des stdons. A cdté des affreux lits de fer dont chacune renferme au moins deux, quand ce n'est pas trois ou quatre, on y voit par ci par là
quelques beaux meubles de marqueterie, toul délabrés, tout démantibulés, mais qu'un marchand de bric-à-brac saurait bien restaurer, épaves de la splendeur des propriétaires d'autrelois. Mais nulle part le pavé n'a été balayé, les meubles essuyés et brossés depuis un temps immémorial. Les plafonds sont garnis d'innombrables toiles d'araignées. Pas une fenêtre ne joint, et il n'en est pas non plus une où il ne manque au moins un carreau. Les murs sont gluants d'une vieille crasse qui répand une fade et indéfinissable odeur. Il faut batailler pour obtenir des draps blancs ou à peu près; on vous répond avec un air étonné de vos exigences à cet égard : « Mais, monsieur, ceux qui sont au lit sont encore bien propfes; ils n'ont servi qu'à deux ou trois voyageurs: » Quant à faire brosser ses habits et à obtenir une nappe blanche suc la table où l'on va manger, ce sont des raffinements auxquels le touriste qui descend dans ces lieuxfera bien d'avoir renoncé à l'avance.
L'hôte et l'hôtesse méritent une description. Lui, est natif du Pizzo. Il a l'air d'un vieux Turc crasseux, avec sa longue barbe blanche, te fez dont sa tête est constamment couverte et la longue pipe qui ne quitte pas ses dents, même quand il vous sert à table. Elle, est une plantureuse maritorne, sale, huileuse, débraillée, traînant des savates éculées qui font flac-flac à chaque pas. Mari el femme, en ménage bien uni, sont tous deux en
même temps atteints d'une ophtalmie purulente qui leur fait porter un bandeau oblique au travers du visage. L'homme y a déjà perdu un œil; la femme est en train d'en faire autant. Et comme c'est elle qui fait la cuisine, pour ne pas quitter ses foumeaus en se soignant, de temps à autre elle bassine son œil malade au-dessus de ses casseroles. Pour comble d'horreur, el le m'avait pris en alTectioa, et quand nous étions occupés à manger, elle venait derrière ma chaise demander si nous avions besoin de quelque chose, et elle me serrait dans ses bras en m'appelant '<. Anima mta!» Il fallait avoir le cœur cuirassé d'un triple airain à l'endroit des impressions de dégoût d'un hommequiabeaucoup voyagé en Orient et dans le midi de l'Italie, pour empêcher son estomac de se soulever.
11 est nécessaire, du reste, d'être prêt à surmonter toute répugnance pour manger dans cet établissement. Par une tradition à laquelle son caractère antique devait faire trouver grâce devant un archéologue, car on retrouve la même disposition dans beaucoup des maisons de Pompéi, c'est dans la cuisine que s'ouvre le plus intime réduit de la maison, une chambre sans fenêtres où douze grands vases de faïence, rangés symétriquement le long des murs, attendent les clients. Au plafond sont suspendus les fruits de garde que l'on servira l'hiver sur la table, coings, poires, sorbes, etc. Quant à la chère, elle est abominable. Un certain
jour j'avais acheté pour quelques sous, à un paysan dans la rue, de magnilîques bartavelles; je tes doniie à préparer pour notre dîner. Un vrai gourmand eût certainement étranglé sur place l'hôte et l'hôtesse s'il avait vu l'infAme ratatouille qu'ils étaient parvenus à faire avec ce gibier. L'eau qu'on nous donne à boire, conservée dans des récipients qui ne sont jamais nettoyés, a pris un goût repoussant. Pour la rendre un peu supportable et moins malsaine, nous demandons de la neige; c'est ce qui remplace la glace dans tous ces pays. Celle qu'on nous apporte est rousse k force de saleté.
Je plains sincèrement les officiers qui sont contraints à prendre pension dans cette auberge pendant toute l'année. Us s'en consolent en se faisant absolument les maîtres de la maison. Les simples civils ne peuvent obtenir à dîner que quand ils ont iini leur repas, et doivent se contenter de leurs restes.
Tel est l'agréable gîte où l'amour de l'archéologie nous a donné le courage de passer ti'ois jours entiers, tant nous trouvions d'intéressants sujets d'étude à Montelebne. Cette ville est, en effet, de toute la Calabre, celle qui conserve le plus de vestiges de son passé antique ; et de tout temps on y a compté des amateurs érudits qui y ont formé d'importantes collections. Pour celui qui voyage dans un but scientifique il y a de quoi faire passer pardessus bien des petites misères matérielles.
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Je dois ajouter, d'ailleurs, que les habitants dé MonteUone faisaientlout pour nous rendre parleurs préveiiances et leurs attentions, le séjour de leur ville agréable, et nous faire oublier l'ennui de la déplorable instaliaLion qu'on était condamné à trouver à l'hôtel. Le syndic, le sous-préfet, le procureur du roi, les professeurs du lycée, les principaux citoyens de Monteleone rivalisaient d'amabilité à l'égard do leurs hôtes de passage. C'était à qui nous servirait de guides, préviendrait nos questions et nos désirs, nous fournirait les documents dont nous pouvions avoir besoin et se mettrait en chasso pour nous dénicher des objets antiques ou nous procurer les vieux livres, devenus presque introuvables, qui traitent de l'histoire du pays. Je dois ici exprimer une reconnaissance toute spéciale à M. le professeur Pignataro, dont la complaisance a été vraimentinfatigable et nous a rendu tous les services possibles. En Calabre, du reste, on est habitué à cet esprit d'hospitalité, à cette délicate philoxenia, pour employer l'heureuse expression des anciens Grecs. Mais ce que nous ne nous attendions certes pas à trouver à Monteleone, ce sont des soirées d'une conversation toute parisienne et de l'élégance la plus raffinée. Le salon de deux des femmes les plus charmantes de la haute société de Naples, les marquises F.,., et de I*...., venues pour soigner les intérêts électoraux de leurs maris, nous offrait chaque jour ce plaisir d'extrême civilisation, qui
faisait avec la sauvagerie calabraise à son maximum, où nous étions plongés eu rentrant à notre auberge, le contraste le plus piquant.
Monteleone a succédé, sur le même emplacement, I à une cité bellénique fort.importante, Hippônion. Celle-ci même devait avoir surgi là où s'élevait antérieurement une bourgade des pluS anciens habitants indigènes, Pélasges CEnotriens ou plus probablement Sicules ; car c'est dans la dernière péninsule où nous nous trouvons que ce peuple avait été refoulé quand il eut été chassé du reste de l'Italie. Même après que la masse principale de lenr nation eut franchi le détroit et se fut établie dans la grande île à laquelle ils valurent son nom, il resta des Sicules assez tard dans le massif de l'Aspromonte ; ils l'ocoupaient encore quand les premières villes grecques furent fondées sur le littoral.
Dès l'âge néolithique il y avait une station humaine sur le plateau de forme ovale, distant de la' mer de quatre kilomètres à vol d'oiseau, où Hippônion fut plus tard bâti. On y trouve fréquemment des haches fort petites en pierre polie ; j'en ai vu plusieurs dans les collections particulières de Monteleone, et j'ai pu en rapporter une au Musée de Saint- Germain. Les tessons de la poterie noirâtre préhellénique, telle qu'on l'observe aus époqu«s
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les plus anciennes dans toutes les parties de l'Italie, se rencontrent en abondance dans diverses parties du plateau. Tout ceci nous reporte à un temps antérieur à ta fondation d'Hippônion.
On ne sait rien, du reste, des origines de cette ville hellénique, ni de la date de sa fondation. Les écrivains anciens affirment seulement que c'était une colonie des Locriens, qui y avaient transporté avec eux le culte de Perséphonè-Corê, la grande déesse de leur cité. Medma, autre ville grecque située uu peu plus loin sur le même littoral, dont l'aurai à décrire le site et les ruines dans la suite de ce voyage, Medma était aussi une colonie de Locres. Bien que rencontrant, tous les témoignages antiques le constatent, plus de résistance de la part des Sieules que les colons Achéens de la part des Œnotriens, les Locriens avaient dû s'attacher de bonne heure à franchir les montagnes qui s'élevaient sourcilleuses en arrière de leur ville, à en soumettre les habitants et s'installer solidement sur les deux mers opposées, comme avaient fait plus au nord les Sybarites et les Crotoniates, en jalonnant d'établissements helléniques le littoral de la mer Tyrrhénienne.
La fondation d'Hippônion dut avoir lieu dès le vu" siècle avant notre fere, ou au plus tard dans le VI*. En effet, au commencement du v° siècle, à l'époque des guerres Médiques, la ville avait cessé de dépendre de Locres et était soumise, au moins
pour un temps à la suprématie de Syracuse, C'est ce qui résulte d'un renseig'nement emprunté par Athénée à l'hisLorien Duris de Samoa, historien renommé par sa diligence et son exactitude. Il y avait, dit-il, en bas d'Hippônion, un bois délicieux, arrosé par de nombreuses sources, véritable jardin enchanté^ au milieu duquel Gélon de Syracuse avait fait disposer et orner un endroit qu'on appelait K la Corne d'Âmalthée. » La date où écrivait Duris ne permet pas de rapporter ceci à un autre qu'au premier Gélon, le célèbre tyran de Gela et de Syracuse, vainqueur des Carthaginois à la bataille d'Himéra et le plus grand champion de l'hellénisme dans la partie occidentale de son domaine. Les environs d'Hippônionavaient, du reste, chez les Grecs la réputation d'être au nombre des lieux les plus charmants de l'univers. La variété et la beauté des fleurs qui revêtaient et revêtent encore chaque année au printemps les vallons bien irrigués du . voisinage, étaient telles que les Hellènes habitant la ville prétendaient que c'était là que Perséphonè cueillait des Qeurs avec ses compagnes, quand Hadès l'avait surprise et enlevée. »
Sur l'endroit dont leurs légendes faisaient le théâtre de cet événement mythologique ils avaient construit un temple magnifique à la jeune déesse. Une tradition qui n'en est peut-être pas une, mais simplement un roman imaginé par les humanistes du 'pays à ta Renaissance, raconte que les ruines
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de ce temple subsistèrent presque inlactes jusqu'au XI" siècle, époque où le grand comte Roger de 8icile en aurait fait enlever les colonnes et d'autres débris pour décorer la cathédrale de Milelo. On ignore oïl ce temple était situé et jusqu'à présent aucune recherche suivie et conduite scientifiquement n'a été faite pour en retrouver l'emplacement et les vestiges. Je noterai seulement une chose qui pourra peut-être servir h guider dans des recherches ultérieures. En allant dans la direclion de Mileto, un peu plus qu'à moitié chemin entre Monteleone et cette ville, on voit à gauche, sur une colline, un village qui a reçu dans le moyen âge le nom grec moderne d'Ionadi, « le lien des violettes. « Les habitants ont une légende pour expliquer l'extraordinaire abondance des Ûeurg sur leur territoire; ils ne la mettent plus en rapport avec Perséphonê, mais ils l'attribuent à un miracle de saint François de Paule, le grand thaumaturge de la Calabre. Ils disent qu'elle s'est développée depuis que le saint, se rendant en Sicile, eut dormi une nuit ignoré dans une grotte voisine du village. Au bas d'Ionadi, dans la vallée, un hameau porte le nom également "grec de Na6,,«le temple. >i C'est le nom qui auprès de Cotrone est resté attaché aux ruines du fameu.x temple de Hèra Lacinia.
Un siècle après l'époque de Gélon, Hipp6nion était une ville de première importance, riche, populeuse, puissante et absolument indépendante,
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aussi bien à l'égard de Locres qa'à l'égard de Syracuse, Quand ies Greca italiotes, menacés par l'ambilion de Denys l'Ancien, tyran de Syracuse, qui avaient fait alliance d'une part avecLocres, d'autre part avec les Lucaniens, pour écraser les villes ioniennes et achéennes, eurent formé une Ugue défensive sous l'hégi^monie de Crolone, Hippônion, malgré son origine locrienue, adhéra avec empressement à la ligue. Son contingent ligUrait dans l'armée des Âchéens que Denys détruisit, en 390, à la bataille de Caulonia. Après avoii' Forcé par celte victoire Crotone à implorer la paix et k lui livrer, pour en faire ce que bon lui semblerait, ceux des confédérés qui habitaient au sud de l'islhme Scy- I lacien, le tyran de Sicile rasa Hippônion avec Cau- ' lonia et Scyllêtion (c'étaient les trois villes de la ligue placées dans ces conditions géographiques), et en transplanta les habitants à Syracuse, dont il s'étudiait à grossir la population par lès procédés d'un despote d'Asie. Quant au territoire des trois villes, Denys l'attribua aux Locriens, ses alliés mi plutôt ses complices serviles.
Mais dix ans après, les Carthaginois, dont les confédérés achéens avaient refusé le concours dans* leur lutte contre Denys afin de ne pas trahir les intérêts de l'hellénisme, cherchant partout à susciter des ennemis au tyran syracusain et charmés de lui en trouver parmi les Grecs, envoyèrent une flotte sur la côte de l'Italie méridionale pour
relever Hippônion de ses ruines et, y rétablir les anciens habitants déportés. C'est de cette restauration de la ville, qui eu peu d'années reprit UBe grande prospérité, qu'il faut faire dater le commencement de son monnayage grec de cuivre, D'aprfes son style d'art il ne saurait être plus ancien, \ et l'on doit s'étonner de ce qu'une ville aussi importante n'ait commencé que si tard à avoir sa monnaie propre. Il y a là un petit problème historique et archéologique, qui n'est pasencoreéclairci.
La nouvelle ville ne garda pas longtemps, du reste, son indépendance et même sa nationalité purement grecque. Les Bruttiens s'en emparèrent de très bonne heure, aussitôt après Térina et Témésa.
Cinquante ans plus tard, Agathoclede Syracuse, quiavaitpris letitrederoiàl'exemple des généraux d'Alexandre, ayant mis fin à ses grandes guerres contre les Carlhaginois et solidement assis son pouvoir en Sicile, reprit les projets de Dcnys sur l'Italie. Sous couleur d'aller au secours des cités grecques, il entreprit la soumission des Bruttiens. Ceux-ci, ayant entendu parler des préparatifs d'Agathocle, en prirent peur et lui envoyèrent une ambassade chargée de propositions de paix. Avec sa mauvaise foi habituelle, le prince syracusaîn vit uns occasion de les surprendre après les avoir endormis dans une fausse confiance . Il 6t donc bon visage aux ambassadeurs et les invita à un grand
repas, pendant lequel il fit sortir sa flotte du port de Syracuse sans qu'ils en vissent rien; et, ayant remis' au lendemain de leur piirler affaires, il s'embarqua lui-même ia nuit et mit h la voile sans leur avoir donné audience. De ccUefaçon, il arriva sur les câtes d'Italie avec ses vaisseaux quftnd les Bnittiens croyaienl que l'on négociait encore. Pris à l' improviste, ceux-ci ne paraissent pas avoir fait une grande résistance. Leurs principales villes marilimes reconnurent presque sans coup férir l'autorité d'Agathocle (301). On manque, dureste, de détails précis sur les événements de celte campagne.
L'année suivante, Agalhocle fut détourné des affaires d'Italie par l'appel que lui adressèrent les Coreyréens, menacés par Cassandre. Il brûla la (lotte macédonienne, et après ce succès, au lieu de délivrer Corcyre, il s'en empara pour lui-même. Pendant ce temps-là il avait laissé son fils Archagathos à ia tête d'une flotte 4n station sur les côtes du Bruttium. Les mercenaires étrusques et ligures y étaient nombreux ; ils se mutinèrenten exigeantune augmentation de solde. A son retour de Corcyre, le roi, apprenant cet acte d'indiscipline, le châtia avec une extrême dureté et fit mettre à mort plus de deux mille mutins. En présence d'un tel massacre d'Italiotes, tes Bruttiens se soulevèrent. Voulant étouffer la révolte avant qu'elle n'eût pris de plus grands développements, Agathocle, avant
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de rentrer à Syracuse, mît le siège devant une ville brutienne que les extraits de Diodore de Sicile appellent Fi thas, et dont on n'est point parvenu jusqu'à présent k identifier la position géographique, faute d'indications assez nettes. Mais les barbares surprirent de nuit le camp des Grecs établi devant la ville, leur tuèrent quatre mille hommes et les forcèrent à se rembarquer. Après cet échec, Agathocle ramena ses troupes et sa flotte à Syracuse, où il passa l'hiver à préparer une nouvelle expédition d'Italie.
C'est alors qu'il conçut le plan de s'emparer de Crotoue, pour en faire sa base d'opérations et le siège principal de sa puissance dans la péninsule'. N'ayant pas réussi à enlever la ville par trahison, il en fit le siège par opérations rég^ulières, et après l'avoir prise la livra au pillage. Comme préface à sa guerre aux Bruttiens, il dévastait une ville grecque de la façon la plus sauvage et sans aucune provocation. Puis, sans aller- plus loin, content de sa conquête ,^ il retourna de sa personne à Syracuse, faisant du port de Grotone le repaire des pirates recrutés chez les Peucétiens et les lapygiens, auxquels il fournissait des b&timents pour faire la course à condition d'entrer en partage de leurs prises.
Agathocle ne vint reprendre les opérations contre les Bruttiens qu'au bout de deux ans. Il débarqua àCrotone avecSO.OOOfantassinset 3,000 cavaliers.
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et envoya sa ûoite, sous le commandant de Stilpon, ravager la côte occidentale du Bruttium, tandis que lui-même conduisait ses troupes à l'attaque d'Hippônioa. Des tempêtes détruisirent ses vaisseaux ; mais A^athocle réussit mieux sur terre. ■ Apres un siège vi§^oureustitnent conduit, ses machines finirent-par faire brèche aux murailles d'Hîppônion, ot il prit la ville de vive force. Les Bruttiens eflrayés implorèrent la paix et livrèrent 600 otages au roi de Syracuse en garantie de soumission. Agathocle, qui attachait une extrême importance à la possession d'Hippônion, ordonna d'en augmenter les fortifications, de mettre le port en état d'offrir à sa flotte une station permanente sur la mer Tyrrhénienne, enfin d'y cr^er un vaste arsenal avec des chantiers de construction et de radoub. Mais il commit l'imprudence de regagner Syracuse sans avoir vu ces. travaux terminés et sans avoir suflisaminent assuré sa conquête. A peine avait-il le dos tourné que les Bruttiens reprirent les armes. Ils reconquirent Hippônîon, anéantirent l'armée syracusaine abandonnée de son roi et remirent en liberté leurs otages que l'on n'avait pas encore eu la précaution d'embarquer pour ta Sicile. La puissance d'Agathocle en Italie sombra dans ce désastre de son armée, v Les Bruttiens se délivrèrent définitivement de son joug,» dit Diodore de Sicile. Il semble qu'ils aient alors fait payer à la population grecque d'Hippônion l'intervention du prince
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syracusain en sa faveur, et qu'ils l'aient remplacée, du moins en majorité, dans la ville par des colons proprement Bruttiens, de race sabellique. En effet, à dater de ce moment les monnaies locales, qui jusqu'alors portaient des légendes en langue i hellénique, présentent des inscriptions en langue l osque,Jracées avec des caractères grecs, inscriptions d'où résulte que lesBruttiens avaient arrangé à leur manière le nom de la ville en Veipiiniuin; i c'est de là qu'est sorti la forme latine Vibo, telle que les Romains l'ont adoptée. De toutes les villes du Bruttium, Hippônioa ou Veipunium est la seule , on se présente ce fait d'inscriptions monétaires en langue osque; toutes les autres monnaies de la contrée, même celles frappées au nom de la confédération même des Brutliens, sontàlégendes grecques. Il est curieux de voir une telle exception se produire dans une cité originairement hellénique; mais elle est un indice décisif d'un changement complet dans sa population.
Devenue ainsi définitivement une ville des Bruttîens, Veipunium ou Vibo, comme on l'appelait désormais, passa sous le joug de Rome avec le reste du pays après la guerre de Pyrrhos, quand les victoires successivesdeC.FabriciusetdeL. Paplrius eurent complété la soumission du peuple auquel elle appartenait. Les Bruttiens avaient été obligés, par le traité depaix qui leur avait été imposé, de céder à la République romaine la propriété de
la moitié de l'immense forêt de la Sila, si précieuse par sa production de résine et de bois pour les con3<ructions navales, le meilleur de l'Italie, qu'au temps de leur puissance les Athéniens y venaient chercher, comme ensuite les Syracusains. Car c'est de la Sila que la grande cité sicilienne tirait les matériaux avec lesquels elle construisait ses flottes. Ce nom, du reste, n'était pas alors restreint au massif de la montagne à laquelleseule il s'applique aujourd'hui. On étendait, et Strabon le fait encore, l'appellation dé Sila jusqu'aux montagnes audessus de Locres, y englobant ainsi la chaîne des monts Cappari et Aslore et n'en.excluant que l'Aspromonte proprement dît. Interrompue seulement pendant un court intervalle sur l'isthme Scylacien, une succession continue de forêts se rattachant à celles de la Sila propre, ou plutôt uije seule et même forêt , de sapins dans sa plus haute région, de chênes, de châtaigniers et de hêtres à un niveau inférieur, étendait sur tous ces sommets le manteau d'une sombre et forte verdure. Bien que ces forêts se soient conservées là mieux que dans aucune autre partie du hassin de la Méditerranée, que le déhoisementy ait exercé moins de ravages, elles y ont encore perdu bien du terrain d&puîs l'antiquité.
Nous manquons absolument de détails sur les campagnes par lesquelles l'es Romains parvinrent à réaliser la soumission des Brultiens. Mais Veipu-
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QÎum, l'ancien Hippônion, parait y avoir tout particulièrement souffert, probablement même y avoir été complètement ruiné. En effet, dans l'année 218 av . J.-C. , au début de la deuxième guerre Punique , il est question d'une flotte carthaginoise qui se porte sur les côtes de la Sicile et de l'Italie méridionale, et dans cette dernière cpnlrée dévaste l'ager Vibonemis, mais cela sans qu'il soit question de la ville d'après laquelle cette campagne avait été dénommée. Le nom de cette viHe n'apparatt pas non plus une seule fois dans les récits- de la lutte qu'Hannibal, acculé dans le Bruttium, y soutint encore pendant plusieurs années contre les Romains, récit où figurent toutes les villes voisines, même les plus obscures etlesmoîns importantes. Un pareil silence a quelque chose de bien significatif, et il ne s'expliquerait pas à rég:ard d'une cité à laquelle sa position donnait une valeur stratégique hors ligne, à moins que l'on n'admette ce que d'autres ont déjà soupçonné avant moi, qu'à ce moment elle devait avoir été détruite depuis un certain temps par quelque événement de guerre dont le souvenir n'a pas été conservé.
Les Bruttiens avaient été les derniers et les plus indomptables alliés d'Hannibal. On sait quel en fut leur ch&timent, de quelle manière Rome leur fit
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payer ce qu'ils lui avaient coûté de terreurs et d'efforts. Le peuple tout entier fut réduit en servage. Privés du -titre d'alliés, déclarés incapables de porter les armes, les Bruttiens furent placés enmasse dans la condition d'esclaves publics, et comme tels dtirent fournir les licteurs, appariteurs et messagers des magistrats. Les mesures législatives qui appelèrent plus tard à !a cité les peuples de l'Italie ne s'étendirent pas à eux. Aucun autre dans la péninsule n'avait été traité avec cette implacable dureté. Elle donne la mesure de la peine que les Romains avaient eu à les dompter, du.prix qu'ils attachaient à les réduire désormais à Timpuissance. Un tel traitement suffirait à la gloire de la nation bruttienne.
Pendant plusieurs années après la iin de la guerre, un des préteurs était envoyé dans le Bruttium avec une armée pour surveiller les mouvements qui pourraient s'y produire. Une chaîne de " colonies militaires fut établie tout autour du pays, h la fois pour le tenir en respect et pour remplacer la population des anciennes villes grecques, qui avaient presque entièrement péri dans les atrocités des six dernières années de la lutte. A Tempsa, aux Castra Hannibalis et k Crotone ce furent des colonies de citoyens ; à Thurioi et à Hippônion des colonies de droit latin. Celle qui venait occuper le site de Tliurioi reçut le nom de Copia ; celle qui succédait à Hippônion celui de Valentia. Ce fut
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son appellation officielle, la seule, par exemple, qu'elle ait inscrite sur ses monnaies. Mais l'ancien nom d'origine grecque, altéré déjà dans la bouche des Bruttiens, sm-vécut dans l'usage populaire sous la forme Vibo, et la nouvelle colonie est souvent appelée Vibo Valentia. Comme toutes celles de droit latin le possédaient encore à l'époque où elle fut fondée, elle jouissait du droit monétaire i restreint aux espèces d'appoint en cuivre. Valentia \ nous a légué une assez riche numismatiqut;, appartenant au système romain de l'as. Le type de la corne d'abondance y est fréquent, comme k Copia. Dans cette dernière ville, il contient une allusion à son nom; à Vibo Valentia, il faut le mettre en rapport avec l'existence de la localité du territoire de cette ville appelée la Corne d'Amalthée.
hadeductio de Valentia, décidée en 194 av. .-C, \ et opérée en 193, fut une des plus considérables entre celles qui suivirent la fin de la seconde guerre Punique. Elle ne comprit pasmoinsdei, 000 colons, dont 600 chevaliers, auxquels on distiibua 115,000 jugères de terre confisqués parle domaine public sur les Bruttiens. Tandis que tout le pays àl'entour continuaità décliner, cette colonie, importante dès 1 sa fondation, parvint rapidement à un degré do \ richesse et de prospérité comparable à celui de la ville grecque qu'elle avait remplacée. L'activité de son petit port était grande; c'est par là qu'on exportait les bois de la Sila, au sens étendu que l'on
continuait à donner à ce nom. Et la proximité des forêts qui donnaient dos arbres si recherchés pour la marine, y avait fait installer des cha ntiers de I construction, lesquels tenaient un des premiers I rangs parmi ceux de l'Italie. La voie principale *> conduisant à Rcgium, la Via Popilia, ainsi nommée d'après P. Popilius Laenaa, qui l'avait fait construire vers 130 ayant notre fere, passait par Vibo Yalentia, qui se trouvait située environ à moitié route entre Consentia et Regium, Cosenza et Reggio. C'était aussi l'un des points où touchaient naturellement ceux qui se rendaient par mer en Sicile; ainsi nous voyons Cicéron s'y arrêter quand il revient de l'enquête qu'il avait été faire en Sicile sur les exactions de Verres, et quand il se rend en Grèce, après qîie Clodius l'a fait condamner à l'exil. Dans un de ses discours, le grand orateur qualifie Vibo de « noble et illustre municipe. » Appien la I compte parmi les dix-huit plus florissantes villes de l'Italie, dont les seconds Triumvirs avaient promis de distribuer le territoire à leurs soldats.
Dans les guerres civiles Vibo Valentia joua un rôle considérable comme station navale. C'est là que Cassius, avec une portion des vaisseaux du parti de Pompée, vint attaquer une division de la flotte de César qui s'y trouvait au mouillage. Menacée de spoliation par les Triumvirs après la mort du dictateur, la ville se montra d'abord peu favorable à. leur cause, el beaucoup de ses citoyens se joi-
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g^nirent à la troupe, principalement composée de proscrits fuyants de Rome, avec laquelle Yitulinus essaya de soutenir contre eux une résistance armée dans les environs de Regium. Bientôt après, Octave vint dans le Bruttijim pour organiser les préparatifs de la guerre maritime contre Sestus Pompée, maître de la Sicile. Il reconnut qu'il ne pouvait rien faiçe sans être sûr de la fidélité de Vibo Valcnlia et de Regium, et pour se les attacher il leur promit, tant en son nom qu'en celui de ses collègues, qu'on ne donnerait aucune suite h l'engagement pris envers les soldats de leur distribuer les terres de ces deux villes. Vibo devint ensuite son quartier général et le principal lieu de rassembtementde sa flotte pendant toute la durée de la guerre contre le fils de Pompée. Octave y séjourna plusieurs fois de sa personne à cette époque.
A dater de ce moment le nom de Vibo Valentia ne se rencontre plus que chez les géographes et dans les Itinéraires ; l'histoire n!en fait plus mention. Mais les siècles de l'époque impériale ont laissé dans cette ville une riche série de monuments épîgraphiques qui nous font pénétrer dans tous les détails de son existence. Nous y voyons que c'était alors un municipe extrêmement vivant et prospère, doué de tout l'organisme civil et sacerdotal qui constituait une petite respublica de ce genre dans le régime d'autonomie intérieure organisé et réglementé par la lex JiUia munictpalis. On y singeait
Rome autant que l'on pouvait. L'orrfo, c'est-à-dire ie conseil municipal, prenait le titre pompeux de j'^ Sén^at et rendait des sénatus-consultes en la forme voulue. Le sacerdoce, comptant des prêtres, sacer^ dotes, des tlamines, des.augurcs, des magistri, avait
jL à sa tête un pontifex maximus, litre que nous ne voyons en usage que dans un très petit nombre de villes de province. Du reste, les inscriptions de Vibo Valentia mentionnent toutes les magistratures municipales habituelles. Avant tout nous y trouvons les chargés du pouvoir exécutif local, dont deux, les guaiiiorviri jtiri rfjcwHrfo, étaient les juges de la cité, et les deux autres, quatuoi-vtri sedilitia p^oleslate, remplissaient les fonctions propres aux édiles. Les quatuorvirs en charge à l'époque du recensement, qui revenait tous les cinq ans, rece- , vaient là, comme dans tous les municipes, le titre supérieur de quinquennales, et aussi celui de cen-
T sores. Les inscriptions mentionnent même des individus qui, n'ayant pas pu, par une cause ou par une autre, remplir effectivement les fonctions de quatuorvirs quinquennaux, avaient reçu par honneur
f- les insignes censoriaux, ornamenta çensoria. Les monuments épigraphiques de Viho Valentia mentionnent aussi les décurions ou membres de la curie municipale, et l'inévitable collège des prêtres Augustaux. Comme partout, les métiers étaient OT-ganisésen collegiaoa corporations. On ne saurait dire précisément dans quelle tribu étaient inscrits
les citoyens de cette ville; car on n'a que trois inscriptions qui fassent suivre le nom du personnag'e auquel elles sont consacrées de la mention de sa tribu, et deux sont de l'^milia, tandis que le troisième est de la Camilia.
Comme un très grand nombre d'églises de la Calabre, celle de Vibo, ou aujourd'hui celle de Monteleone, prétend faire remonter ses origines à saintPierre lui-même, d'où le nom de l'église et du hameau de San-Pietro di Bivona, dans le voisinage du site de l'ancien port. Cette tradition, pas plus ici qu'ailleurs, ne s'appuie sur rien qui puisse lui donner sur certain degré d'authenticité. Le site de Monteleone n'a, d'ailleurs, restitué aucun monument des premiers siècles du christianisme, rien d'analogue aux inscriptions chrétiennes qui ont été découvertes à Briatico et à Tropea. Onne sait qu'une chose de positif ; c'est qu'au \' siècle Viho Valentia avait déjà des évêques. Il en figura deux au Concile de Chalcédoine et au second Concile de Nicée.
La situation de la ville, sur la grande voie stratégique qui menait à Regium, la livra nécessairement, dans la période des invasions barbares, aux ravages de celles qui poussèrent jusqu'au détroit de Messine. C'est par là que passèrent Alaric, lorsqu'il alla menacer la Sicile de Regium et revintde là mourir à Consentia ; puis Autharis, roi des Lombards, quand il atteignit aussi l'extrémité du continent italien. En revanche, Vibo Vftlentia n'est pas
nommée dans les incidents de la guerre des Byzantins contre les Goths, même sous le règne de Totila, où le Brultium eut pourtant à supporter une grande partie du poids de lalutte. Les opérations militaires des deux armées' eurent alors plutôt pour théâtre lavoie qui longeait la mer Ionienne, entre Regium et Tarente, Au vu" siècle, lors de la grande révolte du duc de Naples Jean Compsinus contre l'empereur grec, l'armée napolitaine, en marchant sur Regium,dont elle s'empara momentanément, prit possession de Yibona ou Bibona, comme on commençait à dire alors. Les noms des villages
/ voisins de Longobardi, dont on trouve déjà mention dans le xi" siècle, et de Caslelmonardo attestent que le pays fut quelque temps compris dans les conquêtes des ducs longobards de Bénévent sur les Byzantins, aune époque où les renseignements historiques précis font presque absolument défaut.
Dans les siècles suivants tl reçut, comme toute
/ la Calabre, de nombreuses colonies grecques, amenées d'Orient pour combler les vides de la population, cruellement décimée par les guerres et les invasions. Le pays alors s'h ellén isa denou-
' veau d'une façon complète. Le grec y devint l'idiome presque exclusivement en «sage, en même temps que l'Ëglise était rattachée par les empereurs au Patriarcat de Constantinople et que le rite grec s'y substituait au rite latin. L'usage de la langue
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hellénique s'est conservé dominant dans la plupart des villes et des villages de ce côté de la Calabre jusqu'au xiv" siècle; ce n'est qu'à dater de ce moment qu'il a commencé à décliner, et il a fallu encore plusieurs centaines d'anijées avant qu'il ne disparût entièrement. Une bonne moitié des noms de lieux de l'arrondissement de Monteleonc est grecque, et même d'un caractère accentué comme j romnïque on grec moderne. Quant au rite grec, l'usage s'en est maintenu jusqu'au siècle dernier dans la plupart des églises paroissiales de la ville et dans celles des campagnes alentour.
L'ordre de Saini-Basile, implanté dans l'Italie méridionale parle grand exode des moines orientaux devant la persécution des empereurs icono- \ clastes, et qui pendant plusieurs siècles y a pris un si prodigieux développement, produisît ici plusieurs saints h l'époque dont je parle, entre autres un saint Christophe et un saint Théodore. Mais le principal fut saint Léolucas, dont la ville de Monteleoneafaitun de ses patrons. Il était natif de Corleone en Sicile, et après diverses vicissitudes il vinten Calabre, au monastère de Vibona, dont saint Christophe était alors hégoumène. Des deux noms delà ville romaine de Vibo Valentia on commençait dès lors à prendre l'habitude d'appliquer exclusivement celui de Vibpna, qui s'altérait en Bibona et Bivona, au groupe d'habitations situé en bas de la montagne, sur la mer, autour du port, et de réser-
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136 LA GBANDE-GRÉCE
ver celui de Valenza à la cilé sise sur la hauteur, Léolucas succéda à Christophe dans la direction àa monastère de Vibona, aprijs y avoir passé un certain nombre d'années comme caloyer. Il s'y vit entouré d'une très nombreuse famille monastique, et la renommée de ses vertus et de ses miracles se répandit au loin. Il mourut plein de jours, après avoir eu, dit-on, la révélation du moment où aurait lieu sa mort. On ensevelit Son corps dans sa cellule même, à laquelle la piété des fîdëles substitua bientôt une église en son honneur, et le monastère lui-même finit par être placé sous le vocable de saint Léolucas.
Comme toutes les localités de la Calabre et en général de l'Italie méridionale, surtout dans le voisinage de la mer, l'ancienne Vibo eut beaucoup à souffrir des incursions des Sarrazins dans le IX» et le x" siècle. Deux fois, dit-on, ils la ruinèrent, en 830 et en 983. Dans sa bulle du 4 février 1073 ou 1081, rendue à la sollicitation du grand comte Roger, le Pape Grégoire "VII arguë de l'état de décadence et de dépopulation où était tombée Bibona pour en transférer le siège épiscopal à Mileto, oii le comte avait fisé sa résidence et la capitale de ses' Etats de terre ferme. L'évêque sous lequel s'opéra cette translation s'appelait Amulfe.
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Tout on privant la ville de sa qualité épiscopale, le comte Rog^er s'occupa de la relever et de la fortifier à nouveau. C'est lui qui construisit le château dont elle est encore dominée et qui changea son nom en celui de ÎJonteleone, auquel fait allusion le blason parlant de la cité, trois montagnes entre deux lions dressés. Le lion était l'emblème que s'était choisi la dynastie des Normands de la Pouilte. Mais le véritable fondateur de la nouvelle ville de Monteleone fut Frédéric IL Entre 1233 et 1237, il chargea son secrétaire Matteo Marcofaba d'y réunir la population de différents bourgs du voisinage et de laréédifier magnifiquement.
Un juif de Catano, nommé Giacomo Francigena, fut du nombre des plus notables habitants qui vinrent alors s'y fixer. Il acquit des terres dans le voisinage, se fit baptiser sous le nom de Pietro di Monteleone, embrassa la carrière des armes et fut fait chevalier, chose fort rare parmi les Israélites convertis. Lors de l'entreprise de Cohradin, Rainaldo di Cirô ayant soulevé Nicotera et Seminara en faveur du jeune héritier de la maison de Souabe, Pietro rassembla des soldats, maintint Monteleone dans l'obéissance de Charles d'Anjou et guerroya contre les Gibelins dans cette partie de la Calabre, jusqu'au moment où la nouvelle de la bataille de Sgurgola et de la capture de Conradin vint disperser les partisans des Hohenstaufen, en leur montrant l'inutilité de leurs efforts. Le 4 octobre
1270, Charles I" condamnait les communautés des habitanla de Nicotera et de Seminara à payer cent trente-six onces d'or à Piètre dî Monleleone, pour l'indemniser des dommages qu'il avait soufferts dans ses biens pendant la guerre.
Monleleone restait encore à cette époque une ville presque exelusivem ent jfrecqu e. Le premier couvent de moines latins qui s'y établit, celui des Franciscains, no fut fondé qu'en 1280, et près de deux siècles se passèrent avant qu'on n'en vît surgir deux autres, celui des Augustins en 1434 et celui des Dominicains en 1455. En 1507, Ferdinand le Catholique érigea Monteleone en duché pour Ettore Pignatelli, qui venait d'en taire l'acquisition. Ce ' tut au xvi° siècle et c'est resté depuis un centre intellectuel assez actif, qui a fourni particulièrement un grand nombre d'hommes distingués au clergé du royaume napolitain. Une académie y fut fondée alors sous un de ces noms bizarres auxquels se plaisait l'Italie de la Renaissance , VAccademia degli Incostanti. Le créateur en fut Giovanni Antonio Capialhi, d'une famille noble originaire de Stilo et fixée à Monteleone, laquelle a fourni plusieurs hommes qui se sont fait un certain nom dans les lettres : Giuseppe Capialbi , auteur d'une histoire de sa ville natale, imprimée à Naples en 1659 et surtout dans ce siècle, Vito Capialbi, archéologue distingué, qui a produit sur les antiquités de son pays un assez grand nombre de dissertations d'une
réelle v^eur. Celle première académie de Monteleone fut remplacée plus lard par une Accademia Florimontana, qui subsiste encore aujourd'hui mais ne fait pas beaucoup parler d'elle.
Lors du grand tremblement de terre de 1783, tandis que tout le pays alentourétaiteiïroyablement dévasté, Monteleonc, assis sur un massif de granit qui ne participa que dans une faible mesure à l'ébranlement général, demeura presque indemne. En 1799 c'était une ville libérale et républicaine, comme Catanzaro, Cotrone, Cosenza, et presque toutes celles de la Càlabre. Elle fut la première attaquée par les hordes que le cardinal Ruffo avait réunies dans la voisine Milcto. Mais les jeunes gens de la noblesse de Monteleonc les plus compromis en faveur du nouveaiu régime avaient eu le temps de s'enfuir à Naples, où ils formèrent le noyau de cette Légion Calabraise qui combattait sous un drapeau noir avec l'inscription Vincere vendicarsie morire, et qui se dévoua si héroïquement à la mort pour la défense du Ponte délia Maddaleaa dans la suprême journée de la République Parthénopéenne. Bloquée par les premières levées de l'armée de la Sainte-Foi, la ville capitula et se racheta en livrant les fusils de sa gai'de nationale, les chevaux des riches particuliers et une grosse somme d'argent.
Le règnede Muratfutle moment de la prospérité culminante de Monteleone. Les deux provinces actuelles de la Calabre Ultérieure n'en faisaient
alors qu'une ^eule. Le chef-lieu ne pouvait pas en être maintenu ni à Rcggio, dont on ne fut définitivement en possession qu'à la fin de 1809, et qui restait toujours sous le canon de la flotte anglaise stationnée à Messine, ni à Catanzaro, qu'on trouvait trop exposé aux surprises des brigands de la Sila et dont la position n'était pas, d'ailleurs, assez centrale. On le fixa à Monteleone. Cette ville fut, de plus, le quartier général de l'armée que le roi Joachim rassembla dans les Calabres pour r^ousser en 1809 l'attaque des Anglo-Siciliens, puis en 1810 et 1 811 pour préparer la grande expédition de Sicile, qui semblait à la veille de réussir, quand Napoléon obligea son beau-frère à l'abandonner pour aller engloutir dans la fatale campagne de Russie les forces qu'il avait péniblement organisées. C'est alors que l'on construisit les grandes casefnesde Monteleone, avec les principaux édifices publics de la ville, et que l'on créa, pour permettre les évolutions des troupes, les belles avenues qui l'environnent dans toutes les directions. La résidence des administrations d'une grande province et le. quartier > général permanent d'une armée entraînent nécessairement aprèseux l'établissement d'ungi'and nombre de personnes étrangères, qui n'ont plus de raison de rester quand la situation des choses est changée. La population de Monteleone s'éleva jusqu'à près de 20,000 âmes pendant les années du règne de Murât, pour retomber aux 8, 000 habitants environ qu'ony trouve
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encore aujourd'hui, quand la restauration des Bourbons eut fait descendre la ville à l'état d'une simple 8ous-préfeclure sans commandement militaire.
Monteleone ne pouvait pas perdre le souvenir de ces jours exceptionnellement prospères. Elle vit dans la restauration la cause de sa décadence, et elle fut nécessairement hostile aux Bourbons. Le muratisme, bientôt confondu dans le gi'and parti du libéralisme constitutioanel , y s'arda longtemps un de ses foyers les plus ardents; et le gouvernement restauré paya ces dispositions par un véritable ostracisme, qui frappa les citoyens de la ville de 1815 à 1860 au point de vue de l'accès aux fonctions publiques.
Il est facile de comprendre avec quelle ardeur Monteleone salua la cbute des Bourbons et se prononça contre eux, quand l'armée révolutionnaire, partie de Sicile, marcha contre Naples. La ville était occupée par le général Ghio avec une brigade de l'armée royale napolitaine. A la nouvelle de la prise de Reggio et de la capitulation des généraux Melendez et Briganti à Punta-del-Pizzo, puis du ■massacre de Briganti par ses soldats mutinés à Mileto, Ghio, voyant que le désordre et la désertion commençaient k se mettre dans ses propres troupes, ne jugea pas possible de se maintenir dans une ville dont l'hostilité était flagrante. D décida de se replier sur les fortes positions de Tiriolo et de Soveria,' où il lui serait plus facile de faire face à
l'ennemi dans des conditions avantageuses. Il fit donc ses préparatifs de retraite ; mais avant de partir il imposa à la ville, pour la châtier de ses dispositions, une grosse contribution de guerre, déclarant qu'il la livrerait au pillage des soldats et y mettrait le feu si la somme n'était pas payée par la municipalité au bout d'un certain nombre d'heures. Dans l'après-midi du 27 août 1860, Garibaldi venait d'arriver à Mileto avec son avant-garde, exténuée d'une marche forcée par la grosse chaleur. On introduisit auprès de lui une députation des principaux habitants de Monteleone, qui venait lui ritconter ce qui se passait et lui demander de les secourir. « J'y vais, » fut sa seule réponse, etaussitôt, laissant là ses troupes qui le rejoindraient comme elles pourraient, il sauta dans une calèche avec un unique aide de camp, sans même prendre une escorte de ses gijidcs. Il arriva ainsi seul' de sa personne à Monteleone, en face des troupes royales, qui n'avaient qu'à étendre la main pour le faire prisonnier. Tant d'audace lui réussit. A l'arrivée de sa voiture, la population, le reconnaissant de loin à sa casaque rouge et à son manteau gris, se précipita dans les rues pour l'acclamer. Le toccin sonna à toutes les églises; les gens coururent aux armes. Les Napolitains prirent peur et décampèrent sans avoir tenté la moindre résistance, sans avoir brûlé une amorce, en abandonnant leur matériel.
Dans la dernière éditioD de l'excellent manuel de ' gréographie antique de Forbiger, publiée il y aquelques années seulement, à la suite de la mention du nom d'Hippônion on Ht : jetzt Monleleone, ohne Ruinen, u actuellement Monteleorie, sans ruines. » Cette donnée qu'il n'existe pas de ruines ancienoea àMonteleoae est une sorte de lieu commun, gui se reproduit partout, et dont je ne saurais comprendre l'origine, car sSns même aller sur les lieux — ce que n'ont fait que peu d'arcbéologues et encore uniquement pour copier des inscriplions à l'intention de l'Académie de Berlin, en ne prenant pas la peine de regarder autre chose — il suffirait de lire les dissertations de Vito Capialbi pour y voir le contraire.
Par le tait, il y a des ruines à Monteleone, des ruines importantes même, à commencer par celles de ses murailles grecques. Sans doute celles-ci ne sont plus dans l'état de conservation où elles 9e trouvaient en 1757, quand les docteurs Cesare Lombardi et Domenico Pignataro mesurèrent tout ce qui en restait encore debout et en fît une description qui a été dernièrement publiée dans le supplément littéraire du journal VAvvenire Vibonese{\.). Elles