La grande guerre sur le front occidental
La Grande Guerre sur le front occidental. — Tome I. Les Éléments du conflit, 1917. 1 vol. in-8° 5 fr. »
La Grande Guerre sur le front occidental. — Tome II. Liège, * Mulhouse, Sarrebourg, Morhange, 1917. 1 vol. in-8°avec 3 cartes. 5 fr. »
La Grande Guerre sur le front occidental. — Tome III. Batailles des Ardennes et de la Sambre, 1 vol. in-8° avec 8 cartes 7 fr. 50
L'alliance franco-allemande ou la guerre. — Réponse à M. Sembat. 19U. 1 vol. in-16 3 fr. »
Les probabilités d'une guerre franco-allemande. 1913. Brochure in-8» , fr. 60
Une grande question d'histoire et de psychologie. Bazaine et nos désastres en 1870. — Tome I. Le Mexique - Les batailles sous Met%. — Tome II. Le blocus de Met%. - La capitulation. 1913. Chaque volume in-8° . . 7 fr. 60
Le rôle du X e Corps au 16 août 1870. 1913. Brochure in-£° 2 fr. 50.
Étude de tactique appliquée. — La Cavalerie dans la bataille (15 et 16 août 1870). 1906. Brochure in-8» 3 fr. 50
Quelques enseignements de la guerre russo-japonaise. 1905. Brochure in-8° fr. 75
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Générai. PALATJi^:
(Pierre Lehautceurt)
les Batailles
de Lorraine
(23 Août-13 Septembre 1914)
avec 6 cartes
LIBRAIRIE CHAPELOT
Le présent volume est surtout consacré aux opérations qui se déroulèrent en Lorraine, du 23 août au ^milieu de septembre 1914. Nos i re et 2 e armées, ainsi que le groupement des Vosges, eurent en premier lieu à enrayer les attaques des VI e et VII e armées allemandes, renforcées d'éléments venus d'Alsace; puis elles reprirent l'offensive à leur tour et finirent par rejeter nos adversaires à peu près sur la frontière de 18*71. *
On a souvent cherché à grouper ces opérations en plusieurs actions distinctes : les batailles de la Trouée de Charmes, de la Mortagne, de la Meurthe, des Vosges, du Grand-Couronné. En réaliié, cette distinction n'existe pas. Il n'y a qu'une seule et même bataille, commencée vers le 23 août et finie vers le i3 septembre, sur l'immense front qui va de l'ouest de la Moselle à l'est des Vosges. Nos troupes, comme celles de l'ennemi, obéissent à plusieurs commandements, mais leur ligne est à peu près continue, de même que celle de leurs adversaires. Les distances sont telles que succès et revers sont presque toujours partiels. A tel mouvement en avant de nos troupes d'un secteur correspond une retraite dans une autre région. La confusion apparente est extrême. On saisit mal une idée directrice dans cette série d'attaques et de retraites fragmentaires . Le rôle essentiel des deux
adversaires est de fixer l'ennemi. Tous deux font, naturellement, de la défensive-offensive, avec une nuance d'offensive en plus pour les Allemands. Ceuxci paraissent d'ailleurs hésiter entre plusieurs thèmes stratégiques. Après avoir cherché à percer notre front au sud de Nancy, vers la Trouée de Charmes, ils portent leur effort plus au sud, vers Rambervillers; puis leur action s'éloigne peu à peu vers l'est et se localise enfin à l'^st de la Meurthe, entre cette rivière et les Vosges, en même temps qu'un gros effort est tenté directement sur Nancy. Finalement l'offensive* au pied des Vosges est abandonnée. Celle dirigée sur le Grand-Couronné glisse à l'ouest, dans la Woëvre, vers Saint-Mihiel, où elle sort de notre cadre actuel. Notre prochain volume sera consacré à la retraite générale, sur la Seine et sur l'Aube, qui suivit les batailles des Ardennes et de la Sambre, et qui se termina par la contre-offensive destinée à rendre impérissable le souvenir de la Victoire de la Marne.
Depuis l'apparition du i er volume des présentes études, nombre de documents ont été mis au jour qui confirment pleinement nos conclusions sur la préméditation allemande. Nous nous bornerons à mentionner le mémoire du prince Lichnowsky et les publications du docteur Muehlon, ancien membre clu Comité directeur des usines Krupp. De leur ensemble , il résulte que la Grande-Bretagne n'a nulle lient cherché* la guerre, comme tant d'Allemands ou même âï neutres germanisés s'obstinent encore à le répéter. C'est, au contraire, le gouvernement allemand qui a patiemment préparé et déclenché cette terrible conflagration, à l'instant précis qu'il croyait le plus
avantageux. Dès 19 13, le professeur Schiemann n'écrivait-il pas : « Pour avoir la guerre contre la France, il suffit d'autoriser l'Autriche à attaquer la Serbie »? (1). Quant aux causes profondes qui ont mis en mouvement les armées germaniques, il faut les chercher de plus en plus dans la mégalomanie soigneusement développée en Allemagne, par les efforts convergents des militaires, des universitaires, des grands industriels et aussi des grands propriétaires fonciers. C'est dans cette foule bigarrée que^e recrutent les pangermanistes, c'est-à-dire une minorité toute puissante sur l'opinion, dans un pays discipliné par essence, où la moindre indépendance en matière de politique extérieure est aisément considérée comme un crime. Quant au mot d'ordre des pangermanistes, c'est le Kaiser lui-même qui s'était chargé de le, donner. N'avait-il pas dit, le 20 juin 1902, à Aix-la-Chapelle : « C'est à l'empire du monde qu'aspire le génie allemand! » (2).
Comment le même Guillaume II (3) ose-t-il encore répéter, en toute occasion, qu'il n'a pas voulu lai guerre, non sans s'aventurer parfois dans des contradictions évidentes? Comment expliquer surtout que l'opinion contraire ait en Allemagne un très petit nombre d'adhérents? Cela tient au caractère même de l'Allemand, à sa docilité servile pour ses gouvernants tant qu'ils ont pour eux la force, le Faustrecht, le droit du poing, le droit du plus fort.
(1) M. R. Vestnitch, Origines ethniques et morales de la guerre mondiale, Revue hebdomadaire, 18 mai 1918, p. 3io.
(2) Discours de M. Deschanel, Débats du 25 mai 19 18.
(3) Dans l«a Revue hebdomadaire du 27 juillet 19 18, M. G. Ferrero a fait ressortir k responsabilité du Kaiser (L'énigme du 29 juillet et Guillaume II).
« L'opinion publique est considérée en Allemagne comme une affaire qui se règle en haut lieu. 'Et comme la presse et le public acceptent sans façon, consciemment ou inconsciemment, cet état de fait, on voit régner, dans toutes les questions de la politique étrangère, précisément les opinions que Ton souhaite faire prévaloir dans les régions compétentes.... Isolé de la vérité, de la conscience de ses propres fautes, de sa propre responsabilité — telle fut la situation du peuple allemand,, bien avant la guerre! » (i).
Les causes profondes et immédiates de la Grande Guerre, son immense développement à travers Le temps et l'espace, tout cela est inexplicable quand on ne se rend pas coippte du caractère allemand. Il faut, avec le poète suisse Paul Seippel, avoir vu surgir des brumes du passé la jeune Allemagne « orgueilleuse, égoïste et cupide ». Il faut, avec lui, savoir ce qu'est « le byzantinisme allemand, né des épousailles* de la brutalité et du mensonge, confondant le bien et le mal, le juste et l'injuste, le vrai et le faux, dans la liturgie du culte sacrilège qu'il rend à l'idole sanglante de son vieux Dieu, brisant les os des peuples qu'il tient déjà dans sa main gantée de fer, pour les rendre à jamais serviles, faisant de ces troupeaux humains des objets de trafic, tout en proclamant qu'il respecte leurs droits et accomplit leurs secrètes* volontés » (2).
(1) Le mémoire dix prince Lichnowsky jugé par un Neutre (M. 0. Nippold, professeur de droit international à l'Université de Berne, la plus haute autorité juridique de la Suisse), Débats du 8 mai 1918.
(2) Journal de Genève reproduit par le Phare de la Loire, 5 mars
Ces appréciations ne sont certes pas exagérées. Voici, entre mille exemples, ce que Guillaume II déclarait à la II e armée, sous Verdun, le 21 décembre dernier :
« L'année 19 17 avec ses grandes batailles prouve au peuple allemand qu'il possède dans le Créateur un allié absolu sur lequel il peut entièrement compter. . . . Nous ignorons ce que l'avenir nous réserve; mais vous avez vu, pendant cette quatrième année de guerre, comment la main de Dieu s'est fait visiblement sentir, comment elle a puni la trahison et récompensé la persévérance héroïque. De cela nous pouvons déduire que, dans l'avenir, également, Dieu sera avec nous... » (1).
Le 10 février 1918, à Homburg, où était installé le grand quartier général, le même Guillaume II adressait aux membres de la municipalité, venus pour le féliciter de la paix avec l'Ukraine, Ae discours suivant :
« Notre Seigneur a certainement une idée à lui au sujet du peuple allemand. C'est pour cette raison qu'il nous a mis à l'école des présents événements.... Ceux qui ont étudié l'histoire savent que le Seigneur Dieu, en employant tantôt un peuple, tantôt un autre, a essayé dç mettre le monde dans le droit chemin. Ces peuples n'ont pas réussi. L'Empire romain s'est écroulé. L'Empire franc est tombé en morceaux. L'ancien Empire allemand a fait de même. C'est à nous maintenant que le Seigneur a confié la grande tâche. Nous, Allemands, qui avons encore un idéal, sommes appelés à ouvrir une ère meilleure . Il nous
(1) Débats du 26 décembre 1917.
faut combattre pour le Droit, la Bonne Foi, la Moralité (i). Notre Seigneur Dieu veut amener l^t paixT" mais une paix telle que le monde y doive faire effort * pour ce qui est juste et bon. Il nous appartient de donner la paix au monde et nous le ferons d'une façon ou d'autre... » (2).
Quand un souverain peut impunément donner cours, après quatre ans de guerre, devant un peuple durement éprouvé, à ses rêves de mégalomanie mystique, il ne faut pas s'étonner de voir des professeurs, des journalistes aller plus loin encore dans leurs déclarations pangermanistes. Ainsi, M. Julius Hart écrit dans le Tag, de Berlin : « Cette guerre est et doit être une guerre de Kultur. Si nous sommes remplis de la conscience que nous voulons et que nous devons faire la guerre de la Kultur allemande contre les autres cultures... nous consacrons et nous bénissons les armes sanglantes, car nous luttons avec elles pour le bien de l'humanité....
« Cette guerre déchira lav nappe qui recouvrait la table où nous étions commensaux des autres peuples. Ne la raccommodons pas. Laissez-nous étendre sur la table du monde un tissu tout neuf. Vous nous avez exclus de l'alliance de votre civilisation? Bien, très bien. Nous sommes les Barbares. Nous voulons l'être. Comme les Barbares, nous, voulons recommencer à tout ignorer, ne plus rien savoir de tous les trésors de votre esprit, de votre culture.... L'abîme s'est
(1) Guillaume II oublie l'invasion de la Belgique, le « chiffon de papier » de son chancelier, la destruction de Louvain, de Dinant et le viol de centaines de religieuses belges, sans parler d'une multitude d'autres faits comme le torpillage du vapeur Lyndiane, le 16 juillet fgi8 (Cf. Echo de Paris, 27 juillet).
(2) Echo de Paris du 2 mars 1918.
ouvert entre vous et nous.... Il s'agit de faire prévaloir l'idéal allemand contré tous les vieux idéals latins. Nous sommes les créateurs d'un monde nouveau, plus beau et meilleur que ne le fut le monde latin, dont tout l'idéal ne fut jamais qu'en schémas, en mouches, en larves : des mots/des conceptions abstraites telles qu'« Egalité, Liberté, Fraternité »... (i).
De cet exposé nuageux des rêveries pangermaniques descendons à des réalités concrètes. Voici ce que réclame le professeur Haase, de Breslau, dans la Schlesische Zeitung : « Une énorme indemnité de guerre et un traité de commerce avantageux pour l'Allemagne » ne suffisent pas en ce qui concerne la France. « Les bassins de Longwy et de Briey doivent naturellement, devenir allemands, ainsi que .Verdun et le Sundgau avec Belfort.
« Les régions occupées en France seront restituées lorsque l'indemnité de guerre de 5o milliards aura été complètement payée.
« Enfin, l'Allemagne exige la partie ouest du Maroc avec Tanger et une partie du Congo français, pour arrondir le Congo enlevé aux Belges, et la côte est du Somaliland français » (2) .
Devant ce débordement de mégalomanie aiguë, devant ces menaces outrecuidantes, devant ce rêve d'une domination qui n'aurait que le monde pour limites, l'Entente ne montre pas l'unité de vues et l'énergie qui conviendraient. C'est ainsi que l'accord
(1) Reproduit par M. Barres, Echo de Paris, 18 mars 1918.
(2) Débats du 12 mars 1918. Gf. les buts de guerre du général von Liebert (ibid., 9 janvier 1918); la revendication des Flandres par l'amiral von Tirpitz, le 3o mai, à Cologne (Kôlnische Zeitung du 3o mai 1918).
12 LA GRANDE GUERRE SUR LE FïlONT OCCIDENTAL
est loin d'être établi en ce qui concerne l'attitude à garder vis-à-vis de la Russie, de l' Autriche-Hongrie; des populations slaves. L'interventioij japonaise en Sibérie est obstinément discutée (i). Chez nous, certains dirigeants du parti socialiste semblent avoir davantage à cœur la possibilité de se réconcilier le plus possible avec les « frères » allemands que celle d'assurer leur défaite. On dirait qu'ils redoutent surtout « la paix militaire par les armes qui n'est pas la paix des peuples », suivant l'un des plus influents. Pour eux, l'idée dé victoire est contradictoire de celle du droit et de la justice (2). De cette prétendue contradiction à la crainte de la victoire il n'y a qu'un pas et il est trop souvent franchi. On paraît la redouter plus encore que la défaite, comme si l'on pouvait attendre de l'Allemagne, cette adoratrice de la force, plus de modération et de justice, si elle était victorieuse, que de l'Entente dans la Pyiême hypothèse. L'exemple de l'Ukraine, de la Russie, de la Finlande et de la Roumanie n'a pas ouvert les yeux à certains de nos compatriotes.
- Saint-Lien, Nantés-Doulon, le 24 juillet 1918.
(1) Le 11 juin 19 18, lord Robert Cecil déclarait à la Chambre des Communes que le Gouvernement russe avait demandé l'interdiction d'enrôler des Russes résidant en Grande-Bretagne. La réponse n'était pas encore arrêtée : «v C'est là une question qui ne concerne que le Gouvernement -britannique et le Gouvernement russe; aucun des autres Gouvernements alliés n'a donc été consulté ». Or, s'il est une chose évidente, c'est que cette question concerne non un seul des Gouvernements alliés, mais leur ensemble..
(2) « Il ne s'agit plus, a dit M. Renaudel, de la paix de victoire ou de conciliation, mais de la paix du droit et de la justice »..