‹ La grande guerre sur le front occidental (volume 2)Chapitre 15 sur 32 · II · texte numérisé non relu

II

Le 3o août, pendant que le 8 e corps menait une actibn difficile vers Magnières, le 16 e et la 74 e division attaquaient très vivement la clairière de Fraimbois. L'ennemi la tenait solidement. Il semble avoir créé un centre de résistance particulièrement fort au nord-ouest de ce village, autour des fermes dû Fréhaut et des Abouts. Malgré des pertes fort élevées, 1.200 hommes au 36 e colonial, là 147 e brigade (74 e division) enlevait la première ligne des tranchées allemandes. Violemment contre-attaquée, elle ne pouvait s'y maintenir et nous étions rejetés vers l'étang de la Reine et la ferme du Champ-de-la-Chèvre. La 147 6 brigade et un régiment de la i48 e étaient dans « un grand désordre », après avoir eu presque tous leurs officiers hors de combat (1). Le général Bigot les rassemblait péniblement à hauteur de la cote 285, pour couvrir Gerbéviller. Les éléments avancés se retranchaient sur place.

Il en était à peu près de même pour les 3i e et 32 e divisions; la brigade Dauvin, notamment, était fort éprouvée. Il fallut reconnaître que Ton ne pourrait faire tomber les défenses ennemies qu'à la condition de consolider par des tranchées tout gain de détail. On effectuait ces travaux tout en incitant l'ennemi par des démonstrations, notamment dans le sud de la clairière de Fraimbois, à faire des rassemblements que l'artillerie prenait aussitôt sous un feu violent et bien préparé.

(1) Hanotaux, VI, p. 32, 33, d'après le Carnet du lieutenant Morel- Journel. La i47 e brigade aurait renouvelé quatre fois son attaque sans y réussir.

l38 LA GRASBE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

A gauche du 16 e corps, le i5 e secondait son effort sur cette clairière. Lui aussi ét$it refoulé par la contre-offensive allemande. Quatre bataillons de chasseurs, poussés au bois Saint-Mansuy, se repliaient avec pertes jusque vers Lamath et il fallait jeter en soutien un régiment de la 57 e brigade.

Au 20' corps, il paraissait impossible de déclencher une attaque sur Einville, Hoéville, comme y avait songé le général de Castclnau. La lenteur des progrès de sa droite et de la i rt armée laissait une partie du 20* corps en flèche vers Frescati. Dans la nuit du 29 au 3o août, les deux compagnies qui occupaient le Signal en avaient même été rejetées. Elles le reprirent aussitôt à la baïonnette (1).

Le commandant de la 2 e armée avait l'impression que l'ennemi se ménageait, qu'il cherchait à se couvrir de fortifications passagères, de façon à durer avec un minimum de pertes. Il visait plutôt la riposte que l'attaque. Nous avions des raisons sérieuses de l'imiter dans les. circonstances présentes. Le général de Castelnau décida que nous ferions usage de procédés rappelant la guerre de siège, en traçant de véritables lignes d'investissement. Ordre fut donné d'approfondir les tranchées, de les munir d'abris, de prendre des dispositions pour faire reposer les troupes de première ligne en les relevant à propos (2). Mais ces moyens de défense étaient encore rudimentaires. Longtemps ils devaient rester imparfaits sur une grande partie du front, dans des secteurs d'une importance capitale comme aux abords de Verdun, en février 1916. En

(1) D'après Ghristian-Frogé, p. 109, la brigade coloniale de la 2 e armée paraît être restée Je 3o dans la forêt de Vitrimont, où elle était depuis plusieurs jours.

(a) Hanotaux, V-I, p. 34.

LA 2 e ARMÉE DU 2Q AU 3o AOUT 1 3c

outre, nos commandants de batterie étaient avisés d'avoir à ménager les munitions, le ravitaillement étant des plus difficiles (i). Il n'y avait pas un jnois que la guerre était déclarée et nous n'avions pas encore livré une grande bataille! On voit quelle funeste imprévoyance trahit ce menu fait.

(i) Extrait du carnet d'un commandant de brigade à la date du 3i août.

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