‹ La grande guerre sur le front occidental (volume 2)Chapitre 17 sur 32 · PRISE DU FORT DE MANON VILLER · texte numérisé non relu

PRISE DU FORT DE MANON VILLER

réfection récente. Mais les massifs de fyéton dont on l'avait pourvu n'étaient pas à même de résister aux énormes projectiles dont l'ennemi allait faire usage.

La garnison, environ 900 hommes, était celle prévue par le plan de mobilisation; les gpprovisionnements étaient au complet.

D'après les Allemands eux-mêmes, tous les détails de la fortification avaient été soigneusement repérés par ' leurs espion^; les moindres dispositions de l'attaque brusquée' étaient arrêtées à l'avance. On avait été jusqu'à préparer vers Avricourt, en territoire allemand, des plateformes pour deux mortiers de 4^o (1).

Après notre échec de Mbrhange et la retraite de nos troupes à l'ouest de la Mortagne, le fort de Manonviller fut investi par la 70° division de réserve, avec quatre bataillons de pionniers et le 18 e régiment d'artillerie à pied.

Les premiers coups de canon furent tirés par les assaillants dans la soirée du 25 août seulement. Ils provoquèrent une vigoureuse réponse. Mais quand les deux mortiers de 420, installés près de la gare de Deutsch-Avricourt, entrèrent en action, l'une des tourelles fut presque instantanément détruite et toute l'artillerie de la défense se tut successivement. Il ne resta d'intact que des mitrailleuses, au point que les Allemands purent, dit-on, entourer le fort d'un réseau de fil de fer, empêchant ainsi toute velléité de sortie ou de ravitaillement. La garnison vit s'effondrer les casemate^, la seconde tourelle, les murailles. A chaque explosion de ces monstrueux projectiles, il semblait qu'un volcan s'ouvrît sous ces malheureux ou à

(1) Hanotaux, V, p. 58.

leurs côtés (i). Les Allemands allèrent, dit-on, jusqu'à faire usage de gaz asphyxiants, pour la première fois sans doute depuis que les hommes s 'entretuent sur la terre et contrairement aux conventions internationales qu'euxmêrties avaient signées.

Le 27, entçe 16 et 17 heures, après une attaque dfe quarante-huit heures à peine, le commandant du fort faisait hisser le drapeau blanc. Il capitulait dans la soirée, avec les honneurs de 1# guerre. Sa crainte avait été, (fiton, que toute la garnison perdît la raison dans l'enfer quêtait devenu le fort de Manon viller (2). La chute si rapide de ce « fort d'arrêt » montrait le peu d'utilité de ce genre d'ouvrages quand l'ennemi peut facilement amener à portée de l'artillerie à grande puissance. Le voisinage de la frontière, à Deutsch-Avri court, facilitait un bombardement intensif auquel aucun bétonnage, aucune cuirassé ne pourrait résister. Dans J'avenir, l'énorme accroissement de l'action des projectiles et de la portée des canons rendra sans doute tout à fait inutile la construction ejes forts, beaucoup plus faciles à détruire qu'une ligne mince de tranchées et de batteries. Sur ce point encore, les (doctrines en faveur avaient été cruellement démenties par les faits. Le lieutenant-colonel Mordacq, le futur chef de Cabinet de M. Clemenceau, n'«crivait-il pas, dans Les places fortes et la stratégie : « La longue durée du siège de Port-Arthur, qui, cependant, en tant

(1) Ha no taux, V, p. 5ç.

(2) Les Allemands le firent sauter quelques jours après, lors de leur retraite.

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que fortification, ne disposait que d'ouvrages assez rudimentaires, a montré la capacité de résistance que présenterait une grande place moderne telle que Verdun ou Metz; il faut donc reléguer la réussite d'une attaque à la Sauer dans le domaine des rêveries allemandes ». Le général de Grandprey s'exprimait à peu près de même dans ses Remarques sur la défense de Port-Arthur (i.)

Sans doute, il n'y a aucune comparaison à établir entre un ouvrage isofé comme le fort de Manonviller et la forteresse de Port- Arthur, mais la chute si prompte de Liège, de Namur, de Maubeuge et d'Anvers a montré surabondamment la fragilité des grandes places, quand elles ne sont pas appuyées p3r une armée de manœuvre extérieure.-

.(i) Cité» par le colonel Bujac, De divers modes d'invasion à travers la Belgique (ante 1914), Revue d'avril 1918, p. 92.

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