‹ La grande guerre sur le front occidental (volume 2)Chapitre 18 sur 32 · CHAPITRE XIII LA 2* ARMÉE DU 31 AOUT AU 3 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII LA 2* ARMÉE DU 31 AOUT AU 3 SEPTEMBRE

Le 3i août. — Essai d'offensive du i er septembre. — Situation générale sur notre front. — Prélèvements sur la 2 e armée. — Le i5 e corps et la 18 e division. — Nouvelle répartition du front. — La pénurie de munitions. — Nouvelle ligne de défense préparée.

A la 2 e armée, la journée du 3i août est consacrée à l'organisation de nos positions, au repos des troupes, épuisées par leurs pertes et par la fatigue (i). On signale encore, au centre, une violente attaque des Allemands sur Rehainviller, sans résultat. Dans la forêt de Vitrimont, les « marmites » tombent par rafales. Les canons lourds de l'ennemi fouillent les taillis en tous sens pour anéantir nos réserves et nos batteries. Dans Vitrimont, dans Anthelupt, dans Hudiviller, des maisons flambent; le sol tremble sous l'explosion des pesants projectiles. Nous subissons des pertes, parmi lesquelles celle du capitaine

(i) « Le nombre des blessés est immense... Les médecins opèrent dans des granges, sur de la paille, les plusMnaladcs; et puis tout cela est emporté dans les autos... Un fouillis terrible parmi ces voitures... et pourtant, sans qu'on sache comment, tout cela s'organise et l'évacuation s'opère fort bien » {La Victoire de Lorraine, p* 3o). Il y a des réserves à faire au sujet de l'évacuation des blessés à cette époque et même à des dates toutes récentes : nous les formulerons quelque jour. Faute d'organisation et de direction, le Service de santé ne fut pas toujours à la hauteur des circonstances.

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Détanger, de l'infanterie coloniale, le romancier d'avenir, le peintre expressif de TAnnarti ef du Maroc (i).

Le I er septembre, le général de Castelnau reprenait son idée de manœuvre du 3o août et prescrivait de marcher . entre le Sanon et la Meurthe. On enlèverait les hauteurs au nord de Lunéville et on s'y installerait.

Cette offensive était gênée par une vive contre-attaque de l'ennemi, qu'il fallait repousser. Le 1 5 e v corps était retardé dans son mouvement; la liaison laissait à désirer entre lui et le 20 e . Ce dernier enlevait, perdait et reprenait d'importants points d'appui à l'ouest et au nord-ouest de Lunéville, sans obtenir un succès véritable, tout en subissant des pertes marquées. Le colonel de Cissey, du 69 e , qui commandait une brigade, était mortellement atteint.

A droite du i5 e corps, le 16 e et la 74 e division de réserve continuaient de combattre sur place, sans progresser sensiblement. A gauche du 20 e corps, la 18 e division, général Lefèvre, avait mission de flanquer son mouvement offensif, tout en restant en liaison avec lui. A cet effet, la i36 e brigade (68 e division de réserve) était sur la route de Nancy à Château-Salins et détachait des reconnaissantes à l'est, sans qu'il y eût engagement d'infanterie (2). '

A la fin de la journée, le 20 e corps et la 70 e division avaient réalisé quelques, progrès vers Maixe, le bois d'Einville et la ferme Sainte-Libaire, au nord du Sanon. .L'ennemi montrait peu d'infanterie et semblait enclin à la défensive. Toutefois il prenait encore l'offensive dans la la nuit du i er au 2, contre une fraction du i5 e corps, sans succès. Ordre était donné d'organiser nos positions, d'as-

(1) Christian-Frogé, p. u3.

(2) Colonel Bujac, loc. cit.

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sainir le champ de bataille, que le grand nombre de cadavres d'hommes et de chevaux rendait intenable par endroits. Le général de Castelnau comptait ensuite reprendre l'offensive, le 20 e corps ayant Einville pour direction générale; le i5 e , Frescati. Le 16 e corps appuierait cette attaque (1). Mais les circonstances changeaient brusment. , ■

Nos armées du Centre et de la gauche étaient alors en retraite vers la Seine et l'Aube, mais le* générai en chef/ projetait une contre-offensive destinée à changer en échec grave le succès momentané de l'ennemi. Pour la manœuvre qu'il prévoyait, il importait que les armées de droite restassent en position , tout en fixant leurs adversaires devant elles. Il comptait s'en servir comme pivot : « L'ensemble du dispositif pivote autour de la droite » (2).

Dans ces conditions, il était naturel d'affaiblir, dans la mesure du possible, les i re et 2 e armées, pour renforcer le centre et la gauche qui allaient porter les coups 1 décisifs. Nous avons vu les dispositions prises par l'armée Dubail. Le i er septembre, ordre venait du grand quartier général à Neuves-Maisons (3) de porter vers l'ouest la 10 e division de cavalerie et une brigade de la i*. D'autres départs > allaient suivre, affaiblissant d'une façon très sensible la 2 e armée, comme nous le verrons. Ces déterminations étaient toutes naturelles et il ne semble pas qu'il y ait là prétexte aux élans d'admiration manifestés par certains.

- (1) D'après Hanotaux, VI, p. 36, cette offensive était prévue pour le 2.

(2) Instruction générale du i er septembre, Hanotaux, VI, p. 65.

(3) Quartier général de la 2 e armée.

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On a pu lire, en effet, à une date récente : « Le maréchal Joffre est le plus grand des hommes de guerre qui soient apparus depuis Napoléon.... Nous le savons; car nous l'avons vu à l'œuvre, nous Anglais! » (i).

Le 2 septembre, ordre survenait de diriger vers l'ouest le i5 ô corps, ainsi que les éléments du 9 e corps restant en Lorraine. Ces troupes allaient prendre une part importante à la bataille de la Marne.

Le i5 e corps çnarchait sur Bayon. Dans la soirée, il recevait Tordre de poursuivre son mouvement vers l'ouest, par Haroué. Le reste de ce déplacement allait s'opérer en grande partie par des marches de nuit, de façon à le dissimuler le plus possible aux observateurs ennemis (2). Peut-être le résultat ainsi obtenu rie valait-il pas le supplément de fatigues ainsi infligé à des troupes qu'il y aurait eu le plus grand intérêt à maintenir en bon état. En quittant la Lorraine, le i5 e corps laissait à la 74 e division deux bataillons de chasseurs, les 23 e et 27 e .

Quant aux éléments du 9 e corps, on se rappelle qu'ils constituaient la 18 e division provisoire. Ordre fut donné de les embarquer pour Arcis-sur-Aube (3) . Ils se replièrent sur Nancy, dans la nuit du 2 au 3, à partir de 1 heure.

(1) M. Hanotaux, VI, p. 66, qui paraît endosser cette appréciation-, écrit quelle émane d'un « des hommes les plus considérables de l'Angleterre ».

(2) Cf. Carnet de route d'un Officier d'alpins, I, p. 57.

(3) 34 e brigade, général Guignabaudet :

n4 e , colonel Briand; 125 e , colonel Deschamps; 268*, lieutenantcolonel Pichat.

35 e brigade, colonel Janin :

32 e (deux bataillons), colonel Mézières; 66 e , chef de bataillon de Villantroys; 290 e , colonel Hitzmann. Artillerie, colonel Le Breton : un groupe du 20 e ; deux groupes du 33 e ; deux groupes du 49 e ; cavalerie, chef d'escadrons Gelbert : deux escadrons actifs du 7 e hussards.

l48 LA GRANDS GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

On s'attendait pour la journée du 2 septembre, fête du Sedantag, à uneiorte offensive des Allemands. Rien d'insolite ne survint, sauf une attaque d'avant-postes, par surprise, à la lisière Est de la forêt de Champenoux (1).

L'affaiblissement de la 2 e armée obligeait à modifier la répartition de son front. Elle se reporta, dans la nuit du 2 au 3 septembre, sur des positions légèrement en retrait de celles occupées jusqu'alors. Le 16 e corps s'installait de Gerbéviller à Mont-sur-Meurthe, ses gros restant à l'ouest de la Mortagne. La 74 e division revenait dans la région d'Einvaux, d'où elle &e porterait fauit du 3 au 4) entre la Meurthe, à hauteur de Mont, et Xermaménil. Deux bataillons de chasseurs (23 e et 27 e ), dans la forêt de Vitrimont, où ils relevaient la brigade coloniale portée vers Rosières-aux-Salines, faisaient la liaison avec le 20 e corps (2).

Ce dernier s'étendait au nord jusqu'à une ligne marquée par le bois de Pulnoy, Velaine, la tuilerie de Réméréville. Ses gros étaient sur les hauteurs de FlainvaL et vers Haraucourt, ses avant-postes passant par Vitrimont, la ferme de Léomont, la crête à l'ouest de Deuxville, la cote 3i6 et Courbessaux.

A sa gauche, la i36* brigade (68 e division) gardait le Grand-Couronné, du bois de Pulnoy à la ligne ferrée de Nancy, Château-Salins; ses avant-postes étaient à Erbéviller, Champenoux.

Les autres divisions de réserve continuaient de tenir la

(1) Général Malleterre, Etudes et impressions de guerre, I, p. 101.

(2) Il n'y resta ensuite, semble-t-il, que le 27 e bataillon et une section d'artillerie.

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partie nord du Grand-Couronné. En outre, une brigade' de la 64 e , division gardait en permanence le Rambêtant, hauteur dont nous avons signalé l'importance au nord du confluent du Sanon et de la Meurthe; l'autre brigade était à Lenoncourt, au nord-ouest. Enfin, une brigade de la 73 e division, général Châtelain (défense mobile de Toul); débarquait à Jarville et à Ludres, au sud de Nancy, et venait cantonner, le 3, à Lupcourt et à Ville-en-Vermois, au sud-ouest de Saint-^Nicolas-du-Port (i). Avec la 64 e division, elle étayait le centre de la 2 e armée, que son affaiblissement très notable semblait vouer désormais à la défensive.

Les mouvements de la nuit du 2 au 3 septembre s'accomplissaient sans être gênés par l'ennemi. Ce dernier se bornait à une attaque sur les avant-postes de la 18 e division au bois de Sainte-Libaire. Il était repoussé.

La 2 e armée consacrait les journées des 3 et k septembre à la nouvelle installation des troupes. On abritait l'artillerie, on creusait des tranchées, on organisait des réseaux de fils de fer (2). Les fronts de combat étaient très étendus {10 kilomètres pour le 16 e corps et la 74 e division), ce qui obligeait à les renforcer le plus possible par des moyens défensifs. De plus, chose grave, les munitions d'artillerie étaient déjà en quantité si restreinte, qu'on fixait « à (\ coups par pièce et par jour » la consommation normale. Qu'était cette consommation pour un gros mangeur comme le 75?

(1) Hanotaux, VI, p. 4o.

(2) Nous. avons dit qu'un commandant de brigade en était réduit à faire ramasser dans les champs les fils de fer des clôtures pour organiser des réseaux. Le 2 septembre, on lui annonçait l'arrivée de deux / tonnes de fil. Mais ce fil, mesurant 4 millimètres de diamètre au moins, était très difficile à tordre. Il n'était ni galvanisé, ni barbelé.

l5o LA GRAUDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL

Bien que, depuis la fin d'août, l'ennemi montrât une activité moindre > le général de Castelnau jugeait nécessaire de préparer une deuxième ligne de résistance sur les hauteurs de Saffais, Belchamp, Borville, entre la Moselle et la Mortagne (i). On assure même qu'il envisa- • geait « l'abandon de Nancy et une retraite sur la ligne forêt de Haye, Saffais, Belchamp ». Le résultat eut été de découvrir la gauche de l'armée Dubail, alors engagée sur la Mortagne et la Meurthe (2). Heureusement, cette idée, si elle prit naissance, ne fut pas réalisée.

A la suite des mouvements opérés du 2 au \ septembre, le 16 e corps se fortifia de GerbéViller inclus à la lisière du bois de Bareth. 11 se reliait au 8 e corps par Moyen et Valois; son quartier général était à Haillan ville. La 74 e division tenait sa gauche jusqu'à Mont-sur-Meurthe, le quartier général à Damelevières.

Au 20 e corps, les avant-postes occupaient la ligne Signal de Frescati, lisière Est du bois d'Einville, ferme de Sainte- Libaire, nord de Courbessaux; la 70 6 division, la tuilerie de Réméréville, Velaine, le bois de Pulnoy. La i36 e brigade avait aux avant-postes deux bataillons, l'un du 212 e et l'autre du 3/|/| e , sur la ligne Erbéviller, Champenoux, Rond-des-Dames (3).

(0 Ha nota ux, VI, p. 4i.

(a) Commandant G. V,, La i re armée et la bataille de la Trouée d-e Charmes, Revue du i er -i5 janvier 191 7, p. 28.

Un témoin bien renseigné nous a confirmé c? lait, ajoutant quo les ordres nécessaires furent tirés.

(3) Hanotaux, VI, p. 4s; Colonel Bujac, loc. cit.

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