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L'ARMÉE BELGE JUSQU'A LA RETRAITE SOUS ANVERS

Situation générale à la droite français. — Mouvement des Âllemandi devant notre centre et notre gauche. — L'armée belge au 6 août 191 4. — La ligne de la Gette. — Cîombat Je Haelen (la août). — Combat de Hautem- Sainte-Marguerite (18 août). — Combat d'Aerschot (19 août). — Atrocités allemandes à Aerschol. — Retraite de l'armée belge eur la position d'Anvers. — Résultats généraux de «a résistance.

Aux premiers jours de ce tragique mois d'août igii, les Allemands s'étaient efforcés d'enlever Liège par une attaque brusquée d'infanterie et d'artillerie de campagne. Après un échec, ils avaient dû recourir à l'artillerie lourde pour faire tomber successivement les forts, tandis que l'armée belge s'établissait à l'ouest, couvrant Bruxelles et Anvers. De notre côté, après une pointe suivie d'insuccès en Haute-Alsace, nous avions repris l'offensive vers le milieu d'août, sur tout le front alsacien-lorrain. .Les débuts parurent heureux, mais après avoir cédé facilement le terrain en Alsace, sur la Sarre et sur la Seille,

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lO LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL ■

les Allemands prirent Toffensive en Lorraine, nous obligeant à éva€uer par €ontre-coup la plus grande partie du terrain conquis vers Mulhouse, vers Schlestadt et vers Colmar, nous rejetant à l'ouest des Vosges jusqu'à hauteur du Grand^ouronné de Nancy. Après un moment de dépiession, nous allions d^ailleurs contre-attaquer dans cette région, non sans succès.

Pendant que la gauche des armées allemandes fixait ainsi notre droite (armée d'Alsace, i" et 2® armées), une tâche beaucoup plus importante était réservée à leur centre et à leur droite. Il s'agissait, en effet, d'opérer contre notre centre et notre gauche un vaste mouve,ment tournant, de les déborder vers l'ouest et finalement de les écraser dans une bataille générale, nous obligeant ainsi à une paix aussi hâtive que désastreuse.

La P armée (von Klûck), c'est-à-dire quatre corps d'armée actifs (IP, IIP, IV®, IX®) et trois corps de réserve (IIP, IV", IX®), avec une forte proportion de cavalerie, avait comme direction générale Juliers, le sud de Maëstricht, Hasselt, Diest, Aerschjt, Louvain, Bruxelles, la cavalerie marchant par Tongres, Saint-Trond, Landen. Un groupement spécial portant le nom d'armée de la Meuse, général von Emmich, devait agir contre Liège et l'armée belge. Il était provisoirement prélevé sur les P et IP armées, semble-t-il.

La IP armée (von Biilow), troi« corps d'armée actifs (VIP, X®, garde) et trois corps de réserve (VIP, X*, garde), le corps de cavalerie Falkenhayn, venant d'Aix-la-Chapelle et d'Eupen, suivait la rive droite de la Meuse, qu'elle passait entre Liège et Namur, vers Hay, s'étendait de Namur à Jodoigne et se rabattait ensuite vers la Sambre, dans la direction générale de Charleroi.

La IIP armée (von Hausen), trois corps d'armée actifs

L*ARMÉH; belge JUSQU'W la retraite sous ANVERS II

(XIP, XIX^ XP) et deux corps de réserve (XP et XIP), ainsi que la IV* armée (duc de Wurtemberg), trois corps d'armée actifs (VP, VHP et XVIIP) (i) et deux corps de réserve (VHP et XVIIP), partie de la base Malmédy, Saint- With, se portait sur l'Ourthe, en direction de Dictant, Rochefort, Neufchâteau.

Enfin, la V® armée (Kronprinz de Prusse), la plus solidement constituée, trois (et ensuite quatre) corps d'armée actifs (V*, XIIP, XVP) et trois corps de réserve (V, VP, XVP), partant de Trêves, Metz, traversait le grand-duché de Luxembourg et entrait en France vers Longwy (2).

Nous avons vu comment notre concentration avait été orientée tout d'abord- vers le nord-est, sans qu'il eût été tenu compte de la violation éventuelle de la neutralité belge et luxembourgeoise. C'est seulement quand cette violation fut effectuée que le général en chef prit lentement et comme à regret des mesures pour y parer (3). Ainsi le mouvement au nord-ouest de la 5® armée ne commençait que le i3 août.

Ces dispositions avaient pour conséquence naturelle de retarder l'achèvement de notre concentration définitive. D'autre part, les Allemands ayant fait entrer en Belgique des troupes dont la mobilisation était inachevée et disposant en outre d'éléments mobilisés dans un très court rayon, il résultait de cet ensemble de circonstances que l'armée belge allait être tout d'abord à peu près seule en face de forces très supérieures. Comme nous le verrons,

(i) Le VP corps passait à la V® armée le 3o août (Hanotaux, IV, P- I99-)

(2) Joseph Reinach, La guerre sar le front occidental, p. 84; Général Malleterre, Etudes et impressions de guerre, I, p. 274-275.

(3) La grande guerre sur le front occidental. Liège, Mulhouse, Sarrebourg, Morhange, p. 90.

cet isolement se prolongea jusque vers le 20 août, alors qu'il eût été possible de le faire cesser plus tôt.

Le 6, Tarmée belge était concentrée dans le quadrilatère Tirlemont, Louvain, Wavre, Perwez, entre la Gctte et la Dyle, à cheval sur la route de Liège à Bruxelles, à doux étapes environ de Liège.

Trois cours d'eau coupent normalement cette route à partir de la Meuse : la Gette, qui passe à Jodoigne et à Tirlemont; la Dyle, à Wavre et à Louvain; la Senne, à Bruxelles. La Gette présente cette particularité de prolonger à peu près la partie du cours de la Meuse située entre Givet et Namur. C'était la première ligne naturelle de défense que pussent utiliser les Belges pour couvrir leur capitale et Anvers. Sa gauche, appuyée au Démer, qui court de Test à l'ouest par Hasselt, Diest et Malines, était relativement forte. L'effectif dé l'armée étant insuffisant pour garnir l'ensemble de la ligne de la Meuse et de la Gette, elle allait se borner à tenir Namur et la Gette, espérant que les Alliés pourraient, si les Allemands leur en laissaient le temps, occuper l'intervalle entre cette rivière et Namur, ainsi que la rive ouest de la Meuse, en amont de cette place (i).

L'un des principaux avantages de la ligne choisie était de couvrir Anvers, la véritable base de l'armée belge, où avaient été réunies toutes ses réserves en vivres, en munitions, en matériel. C'était dans ce vaste ensemble, fortifié que le Gouvernement belge comptait se retirer en cas de besoin. Il y voyait, depuis des années, le suprême asile de l'indépendance nationale. De là cette idée qu'à aucun prix (2) l'armée ne pouvait s'en laisser couper.

(i) L'action de Varmée belgCy p. 17-18; La campagne de Varmée belgct d*après les documents officiels, p. 33 et «uîv. (2) VactUm de Varmée belge, loc. cit.

Croquis N» 1.

L'ARMÉE BELGE SUR LA GETTE D'après UAction de V Armée belge (Chapelot, Éditeur).

l'armée belge jusqu'à LA^RETRAITE sous ANVERS i5

On comptait donc tenir derrière la Gette, s'y fortifier et attendre ainsi l'intervention des forces franco-anglaises.

La droite de l'armée était à Jodoigne, la gauche au nord-ouest de Tirlemont. Elle avait en première ligne les i" et 5® divisions; en deuxième ligne, la 2^ division à Louvain et la 6* à Hamme-Mille, dans l'intervalle entre la Gette et la Dyle. A leur arrivée à Liège, la 3* division el la i5® brigade mixte (i) s'inlei calèrent en première ligne entre les^i" et 5* divisions.

L'ensemble était couvert par la division de cavalerie, d'abord à Waremme, entre Liège et Tirlemont, puis à Saint-Trond, au nord-ouest. La Ix^ division demeurait dans la position de Namur, non seulement pour aider à sa défense, mais pour tenir ce point d'appui du front Meuse, Gette.

Jusqu'au 18 août, l'armée belge conservait celte répartition générale. Devant elle, la cavalerie allemande battait l'estrade, soutenue par des bataillons de chasseurs. On assurait, dès le 9, que des éclaîreurs ennemis avaient paru dans la forêt de Soignies et l'on préparait hâtivement la défense de Bruxelles, sans que la vie extérieure de la population en fût sensiblement troublée (2). Les escarmouches étaient quotidiennes et la plupart se terminaient en faveur des Belges. Lorsque l'activité des Allemands parut s'accentuer surtout vers Hasselt et Diest, la division de cavalerie belge se porta de Saint-Trond vers Bundingen et Haelen^ où elle s'établit à la gauche de l'armée. Le 12 août, un premier engagement avait lieu dans cette région.

(i) La S* brigade mixte avait remplacé à liiiy la i5* brigade, toutes deux comptant à la 4* division (Namur).

(2) Fleury-Lamure, Charleroi^ Notes et impressions, p. 3.

Haelen est un bourg situé dans une plaine basse, au confluent de la Gette et de deux ruisseaux, la Velpc et TYserbeek, à un kilomètre en amont du confluent de la Gette et du Démer. La route de Hasselt à Diest y traverse la rivière, se reliant au chemin qui la longe. Le bour^ et la station sont situés sur la rive ouest.

La cavalerie allemande tenta d'y forcer le passage. Elle disposait de six régiments des 4* et 2* divisions de cavalerie, soutenus par les 7* et 9® bataillons de chasseurs et par trois batteries (i). L'ensemble représentait environ 4.000 sabres, 2.000 baïonnettes et 18 canons, auxquels les Belges ne pouvaient opposer que les 2,lioo cavaliers, les 4 10 cyclistes, les 12 canons et les 6 mitrailleuses de leur division de cavalerie. Encore avait-elle à garder la Gette sur tout l'espace compris entre Budingen et Haelen (2).

Vers 8 heures, des patrouilles vinrent tâter la lisière est de Haelen, défendue par la 3* compagnie du bataillon cycliste. Bientôt après, une centaine de cavaliers tentèrent de forcer les barricades. Le feu des cyclistes les mit en fuite; ils laissèrent sur place des morts, des blessés et dos prisonniers.

Une demi-heure après, l'attaque recommença plus violente. Gette fois, elle était exécutée par des cavaliers pied à terre et par des chasseurs. Pendant près de deux heure87 la 3* compagnie cycliste leur tint tête. Vers 9 h. 3o, elle ,

(i) On peut supposer que la concentration des a* et 4* divisions de cavalerie n'étant pas encore complète, il s'agissait là d'un groupement provisoire. Les cavaliers allemands marchaient sur Bruxelles ù en croire les prisonniers (Illustration du 22 août 1914, p. i5i).

(a) Commandant Willy-Breton. Les pages de gloire de Varmée belge. p. .

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