L ARMEE BELGE JUSQU A LA RETRAITE SOUS ANVERS
fut appuyée par la i"* compagnie, postée au sud du village, et par la section de mitrailleuses appelée de Loxbetr-. gen.
Vers lo heures seulement, ce qui ne se comprend guère, l'artillerie allemande entra en action. Par un feu très vif, elle rendit intenables les lisières de Haelen. Les cyclistes firent 'sauter le pont de la Gette et se replièrent au sud-ouest, derrière la ligne ferrée qui se dirige vers Diest, après avoir longé la rivière. Ils y continuèrent le combat jusqu'à midi.
A ce moment, en arrière des i"* et 3* compagnies cyclistes, quatre escadrons (2 du k^ lanciers et 2 du 5*) étaient pied à terre près de la ferme de TYserbeek, à ï.5oo mètres environ au sud-ouest; à gauche, la i" batterie à cheval, soutenue par deux escadrons du 5^ lanciers^ les deux autres en échelon refusé au nord-est de Hôntzem. Les flancs étaient gardés au village de Zelck, entre Diest et Haelen, par un escadron du 4® lanciers et deux pelotons cyclistes; à Velpen, au sud de Haelen, par un escadron du- 2® guides. Trois escadrons du i®' guides étaient en repli à la lisière du bois de Blekkom, au sud-ouest de Haelen (i).
L'ennemi attaquait simultanément Zelck {2) et la sta
(i) L'action de V armée belge ^ p. 35. Le commandant Willy-Breton donne une autre répartition : 3 escadrons du 4* lanciers tienneait la ferme et le terram jusqu'à TYserbeek; le 4® est à Zelck avec la 2® comp,agni-e cycliste. Les 3® et 4® escadrons du 5* lanciers sont à la droite du 4*; le i®' escadron sert de soutien à la batterie placée à la cote 55, au nord-est de Loxbergen; le 2® escadron est eii rés-ervo. Les deux autres batteries sont en réserve au Bockenberg, nord-ouest du hameaude Liebroek. Le i®^ guides, moins un escadron resté ^ur la Gette, est en réserve près du bois entre Loxborgen et le château de Blekkom^ le 2* guides, moins un escadron soutien des batteries du Bockenberg, est également en réserve au début.
(2) II semble que Zelck ait été attaqué par des éléments venant de Ilaelen (Commandant Willy-Breton, p. 11).
La grande gnerr?., III. 2
l8 LA GRANDE GUERRE SUR LE FRONT OCCIDENTAL
tien de Haelen, sans aucun succès. A Zelck, il était dispersé par le feudes cyclistes; devant la station, il tombait sous le feu de l'artillerie et des quatre mitrailleuses belges. Mais des renforts lui survenaient, menaçant les cyclistes d'enveloppement. Us se repliaient lentement vers la ferme d'Yserbeek.
A i3 heures environ, nouvelle attaqué. Des lignes denses de tirailleurs sortaient de Haelen; les cyclistes esquis'saient un mouvement de recul que mettait aussitôt à profit un escadron de dragons allemands. Il chargeait; le feu le détruisait. Par deux fois, cette attaque était reproduite, avec le même résultat (i). La dernière charge était exécutée par deux escadrons contre la partie sud de la ligne belge, tenue par les lanciers. L'échec était aussi complets La plupart des cavaliers, défnontés, roulaient à terre; des chevaux isolés étaient seuls à traverser les lignes.
Les Allenlands faisaient alors intervenir leurs réserves, qui se déployaient à hauteur des tirailleun déjà engagés sur un front de quinze cents mètres, entre Velpen et Liebroek. Leur artillerie, portée sur la rive gauche de la Cette, contrebattait énergiquement la i" batterie à cheval, que les deux autres n'étaient pas appelées à soutenir, peut-être en vertu d'une conception erronée du rôle de l'artillerie (2). En même temps, des mitrailleuses appuyaient les tirailleurs ennemis.
Ceux-ci enlevaient Velpen, Liebroek et, enfin, la ferme de l'Yserbeek; le succès leur paraissait définitivement acquis, lorsque, vers i5 heures, débouchait sur le champ
(i) Uaction de Varmée belge, p. 20; Campagne de Varmée belge, p.. 36.
fa) D'après le commandant Willy-Breton (p. 9 et suiv.), ces batteries auraient été tenues en position d*attente.
l'armée iélJGE jusqu'à la retraite sous ANVERS I9
de T^aflaîHe la ^^ brigade mixte. Elle ne comprenait que qaalrc petits bataillons (i) des 4* et 2 4* de ligne, partis de Haekendover à 9 h. 35 et qui venaient de parcourir vingt-cinq kilomètres environ par une chaleur torride. Quand elle atteignît Loxbergen, l'action était fortement engagée. Six compagnies (des 1/4 et 111/ 4) marchèrent par Blekkom et Velpen sur Haelen, un bataillon (II/24) couvrant leur mouvement vers la droite. Un bataillon (ï/24) se porta directement sur la ferme de TYserbeek; le reste (trois compagnies) demeura en réserve (i5 h. 4o). Malgré k fatigue de ces troupes, elles menèrent vivement leur attaque. La fernie de TYserbeek et Velpen, attaqués, furent le théâtre d'un combat acharné. Entrés dans ce village, les Belges y tombèrent sous le feu de mitrailleuses eachées dans les maisons, qui se démasquaient pour les prendre à revers. Il fallait mettre le feu à leurs abris pour les en déloger. Les trois batteries allemandes, bien dissimulées, appuyaient énergiquement les contre-attaques. Heureusement, les trois batteries de la 4* brigade prenaient position vers i5 h. 3o (2), ouvrant un feu très précis. Vers 16 heures, après la reprise de Velpen, le général de W^itte, commandant la division de
(i) Sur les 17 compagnies présentes, 10 comptaient deux officiers; le reste n'en avait qu'un seul {La campagne de Varmée belge ^ p. 36). D'après le commandant Willy- Breton, p. i3, le commandement de l'armée, avisé vers 7 heure» du mouvement de l'ennemi sur Haelen, prescrivait à la i" division de porter la 4* br^ade en soutien de ^a cavalerie. La brigade laissait le II/4 à la garde du cantonnement de Haekendover, une compagnie de grand'garde à Neerlinter et \in peloton à Haulem-Sainte-Marguerite. En route deux compagnies furent détachées à Budîngen et à Geet-Belz.
(a) Campagne de Varmée belge^ p. 87. Au contraire, d'après le commandant Willy-Breton, p. i4, les batteries de la 4* brigade mixte auraient pris les devants vers midi; après un temps de trot de sept kilomètres, elles auraient atteint Loxbergen et pris position, sans doute vers i3 heures, les 7* et 8® batteries au moulin, la 9® à la lisière nord du village.
cavalerie, portait les trois escadrons et demi restant disponibles à la i** brigade vers Te Bockcnberg et Liebroek, avec mission d'agir dans le flanc de Tadversaire. Vers 17 h. 3o, celui-ci donnait des signes manifestes de faiblesse. Il finissait par céder précipitamment sur Haelen, abandonnant ses morts et ses blessés. « L'épuisement des soldats et les obstacles du ten-iiin (?), tout autant que le feu d'enfer des mitrailleuses, empêchèrent la poursuite » (i). Il était 18 heures environ. Dans la nuit, les Allemands abandonnaient Haelen.
Us auraient laissé sur le champ de bataille un étendard (2), leur artillerie, 3. 000 cadavres d'hommes et de chevaux (3). Les Belges avaient subi de lourdes pertes : 22 officiers et i.ioo hommes tués, blessés ou disparus (4). Mais ce combat leur faisait honneur. Les compagnies cyclistes surtout avaient montré une grande activité et les bataillbns de la 4" brigade, en dépit de leur fatigue, avaient fait preuve d'entrain et d'énergie.
On ne saurait dire que, du côté ennemi, le commandement et les troupes aient déployé les mêmes qualités. Pendant une grande partie du jour, les Allemands bénéficiaient d'une très grande supériorité numérique, dont ils ne surent pas profiter. Leurs six régiments de cavalerie, leurs deux bataillons de chasseurs auraient dû déloger
(i) Campagne de Varmée belge ^ p. 37.
(2) Celui des hussards de la Mort {Illustration j loc. cit.). Du i a au i5 août inclus, aucun communiqué allemand ne mentionne le combat de Haelen.
(3) Campagne de Varmée belge, p. 37. Vlllustration porte plus de 3.000 hommes tués ou blessés. Le commandant Willy-Breton (p. i4 et suiv.) mentionne lui aussi plus de 3. 000 cadavres allemands.
(4) Les cyclistes perdirent 3 officiers^ 4 sous-officiers et 47 soldats lues ou blessés; le 4® lanciers, 4 officiers, 5 sous-officiers et i3 cavaliers; l'artillerie à cheval, 3 canonniers; la 4* brigpade, 12 officiera, 34 sousofficiers et 365 soldats (Campagne de Varmée belge, p. 37).
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Croquis N« 2.
COMBAT DE HAELEN D'après U Action de V Armée belge (Chapelot, Éditeur).
i/aRMÉE belge jusqu'à la retraite sous ANVERS 23
aisément de Haelen et des villages voisins les cyclistes belges, assez mollement soutenus par leur cavalerie et par les batteries à cheval. L'attaque allemande fut décousue, mal conduite. La cavalerie parut hésiter à combattre à pied; à plusieurs reprises elle risqua des attaques à cheval, dans les plus mauvaises conditions. Elle permit ainsi aux Belges de se renforcer. L'arrivée de la A* brigade aug- «lentait leurs forces, dit-on (i), de 3.qoo fusils, 12 canons et 12 mitrailleuses. La supériorité du nombre passait aux Belges, ainsi que le succès. Mais ce changement n'aurait pu survenir, sans le dévouement des cyclistes (2), aidé par les défaillances du commandement allemand.
Après le combat d'Haelen, plusieurs jours se passaient dans une tranquillité relative, troublée seulement par les escarmouches journalières. C'est ainsi que, le 16 août, un petit engagement avait lieu à Eghezée, à mi-distance entre Jodoigne et Namur. Les Allemands y étaient refoulés et poursuivis (3).
Pour le commandement belge, la situation paraissait encore obscure. Une cavalerie nombreuse, 10.000 chevaux au moins, inondait la partie orientale du pays. De l'infanterie, transportée en automobiles, la soutenait et les reconnaissances belges perçaient difficilement ce double voile. Des informations reçues jusqu'au 17, il résultait que, devant la gauche de l'armée, l'ennemi était
(i) Ciommamlanit Wdlly- Breton, p. 16.
(2) Les capitaines commandant les i** et 3® compagnies furent tués. Si les chiffres donnés par le commandant Wiilly-Breton et par la Campagne de Varmée belge sont exacts, il y aurait eu 3 officiers et 6ag hommes disparus pour Tensemble des troupes engagées.
(3) Commandant de Gerlache, La Belgique et les Belges pendant la giurre, p. ^7.
signalé vers Wilderen, Saint-Trond, Tongres, Hasselt, Herck-Saînt-Lambert, Lummen, Kempt, Stockroy, Genck, Asch, Beeringen, Tessenderloo, Bourg-Léopold, Moll. Des troupes très nombreuses avaient passé la Meuse aux ponts de Lixhe, près de la frontière hollandaise. Devant le centre, la plupart des localités autour d'Esemaël, Landen, Waremme, Hannut, étaient occupées par les Allemands. En face de la droite, des gros étaient signalés vers Huppaye, Jauchçlette, Piétrebais; des troupes passaient la Meuse à Ampsin; d'autres réparaient le pont de Huy et y traversaient le fleuve.
On pouvait prévoir <( une attaque en force de l'armée belge, encore livrée à ses seules ressources » (i), le i6* jour de notre mobilisation.
De fait, à ce moment, trois corps d'armée allemands (IP, W et IX**) étaient en marche sur Diest et Tirlemont, devant Textrême-gauche belge. La 2** division de cavalerie les flanquait à droite entre la Néthe et le Démer. Trois autres corps (IIP, VIP, X*) se dirigeaient sur le front Jodoigne, Namur, précédés par les 4* et f divisions de cavalerie. Chacun de ces corps actifs était suivi d'un corps de réserve (2), ce qui représentait une force totale de 12 corps d'armée avec trois divisions de cavalerie, soit environ 5oo.ooo hommes, auxquels il était absolument impossible que l'armée belge pût résister.
Le matin du 18 août, les, têtes de colonnes allemandes étaient à moins d'une étape du front de nos Alliés. La situation devenait tout à fait critique.
La ligne de la Cette était encore gardée de Jodoigne à
(i) Campagne de Varmée belge, p. 38.
(2) Campagne de Varm4e belge, p. 4o-4i. Les II«, III«, IV®, IX* corps faisaient partie de Tarmée Kluck; les yil« et X«, de Tarméc Bûlow. D'après Vaction de Varmée belge, p. 28, il n'y avait que cinq corps de réserve. Il aurait fallu ajouter la garde à l'armée Bûlow.
l'armée belge jusqu'à la retraite sous ANVERS 25
Diest. La division de cavalerie avait des postes à Driesiinter, Budingen, Geet-Betz, Haelen, Zelek, Diest; son gros était vers Loxbergén et Waenrode. La i" division tenait la gauche entre Overlaer et Neerlinter; la 5* division était à sa droite.
La journée débuta par un engagement à la gauche belge. Le premier contact eut lieu, vers 7 heures, à Budingen, que gardaient deux escadrons du i*"" guides. De l'infanterie allemande, appuyée par du canon, tenta de passer la rivière et bientôt l'engagement s'étendit au reste du front de la division. Haelen, gardé par -deux pelotons de cyclistes et un escadron du 5* lanciers, était fcanonné, à 7 h. 3o, puis attaqué, vers 9 heures, par de Tinfanterie qui jetait des ponts sur la Cette. Le petit détachement belge dut se replier sur Loxbergén. Plus au nord, une brigade de toutes armes, appartenant au IP corps allemand, attaquait Diest que gardaient seulement deux pelotons cyclistes et la compagnie de pionniers-pontonniers, en tout 25o fusils avec deux mitrailleuses. Ils tinrent tête une heure et -demie (i).
La résistance de la cavalerie belge fut brisée à Budingen et à Geet-Betz, après un combat de deux heures environ. L'infanterie allemande, fortement soutenue par son artillerie, put passer la Cette à' gué. Vers 11 heures, la division de Witte dut se replier au nord de Winghe-Saint-Ceorges, où la 2* division avait été portée pour prolonger la gauche de l'armée.
Cependant la i" division était attaquée également. Vers Il heures, le feu commençait près d'Haeckendover entre les éclaireurs du IX* corps et les avant-postes (3* bataillon
(i) L'action de Varmée belge, p. 21 et suiv. La campagne de V armée belge porte deux heures. La retraite aurait eu lieu vers midi. Les Allemands avaient trois batteries.
du 3' de ligne). A la même heure, un parti de cavalerie, venant de Wommerson, s'approchait de la halte d'Oplinter pour y être aussitôt arrêté. Enfin, vers Dries, la grand'garde de Neerlinter (i"" compagnie du I/22) échangeait des coups de feu avec des fractions assez importantes apparues à Dr.ieslinter.
L'attaque ne tarda pas à s'accentuer surtout à Neerlinter et à Grimde, aux deux extrémités du front occupé par le 2 2* de ligne. Vers r3 h. 3o, le 3* bataillon du 3* de ligne était canonné à la station de Grimde et presque aussitôt attaqué par de l'infanterie. A l'aile opposée, une compagnie du 22* (4® du i" bataillon) était criblée de shrapnells, tandis que l'artillerie de la 2* brigade, en position près de Hautem-Sainte-Marguerite, se voyait prendre d'écharpe par un feu très précis que réglaient des avions. Malgré son efficacité, . les canonniers belges déplacèrent leurs canons à bras et, une fois sortis de la zone dangereuse, entamèrent une lutte opiniâtre contre un adversaire très supérieur en nombre.
L'infanterie imita cette ténacité. Le poste de Neerlinter, défendu par i5o hommes, arrêta plus de deux heures des forces décuples qui l'attaquaient de front et de flanc. Vers 17 heures, il ne restait plus qu'une trentaine d'hommes qui se replièrent en combattant sur Hautem-Sainte- Marguerite (i).
Vers Oplinter, une autre compagnie (4® du I/22), après avoir tenu quatre heures sous un violent bombardement, avait à peine reculé d'un kilomètre et demi. Enfin, à Grimde, le bataillon du 3* repoussait toutes les attaques depuis i/i heures jusqu'à 16 h. 3o, moment où il recevait l'ordre de se retirer. Il avait perdu près de la moitié de
(i) Campagne de V armée belge y p. 43.
l'armée belge jusqu'à la retraite sous ANVERS 27
son effectif el ks ÂlIe^saaiKis allaient le prendre à reveï».
Jusqu'à ce inpment, les quatre bataillons belges, enyiron 1.800 hommes, soutenus par 12 canons, avaient contenu les attaques allemandes sur un front de sept kilomètres. Vers 16 h. 4o, la i" division donna Tordre de rompre le combat. Le 22® était déployé en arc de cercle autour de Hautem-Sainte-Marguerite, à un kilomètre environ du clocher. Il entama une retraite méthodique, lés minces lignes de tirailleurs encore aptes à combattre s'arrêtant derrière tous les obstacles pour fusiller Tennemi.
Les Allemands les pressaient de front, tout en cherchant à les prendre de flanc. Vers 17 h. 3o, leur infanterie débouchait de Tirlemont, se dirigeant vers le nord; de rartillerie apparaissait à la lisière nord-ouest de la ville. A ce moment le 2® de ligne s'était déployé le long de la route de Diest, sa gauche au sud de Bunsbeck, son centre à la .borne 2, sa droite à la route de Louvain (borne 42). Son feu arrêta net la poursuite de l'ennemi.
Vers 18 h. 3o, ce dernier bombardait violemment les positions belges sur la route de Diêst, puis lançait de nouveau son infanterie -à l'attaque. Une fraction poussa jusqu'auprès de Cumptich, nord-ouest de Tirlemont, mais elle fut mise en fuite par le peloton de gendarmerie de la 3® brigade, qui laissa là une grande partie de son effectif.
Sur la routé, l'attaque échouait entièrement : à 20 heures, les Allemands sonnaient a Cessez le feu » (i). Une demi-heure après, la i" division se retirait sur Louvain.
Le combat de Hautem-Sainte-Marguerite témoignait en faveur du 22* de ligne, qui avait su résister pendant de longues heures à un ennemi très supérieur. Sur 3 7 officiers
(i) Campagne de Varmée belge, p. 45.
OU médecins présents au commencement de la journée, 23 étaient tués ou blessés, dont 12 mortellement atteints. Le régiment était réduit à 900 hommes environ, la moitié de son effectif du début (i). Malgré son héroïsme, il n'aurait pu résister aussi longuement à la poussée allemande, si celle-ci avait été conduite avec une énergie n'excluant pas la méthode (2).
Pendant que ces événements se déroulaient sur le front de la cavalerie et de la i" division, quelques escarmouches avaient lieu entre les avant-postes de la 5^ division et les éclaireurs allemands. A la chute du jour, quelques obus atteignirent les positions de rassemblement de la i" brigade à Hautem-Sainte-Marguerite et Aalst.
A l'extrême droite, le corps de cavalerie du général Sordet s'était enfin mis en liaison avec les troupes belges. Ses escadrons avancés chassèrent l'ennemi de Gembloux, village dont nous n'avions pas désappris le nom depuis ï8i5. Ils le dépassèrent peu, cçmme nous le verrons, en sorte que leur appui demeura platonique (3).
La vigoureuse résistance des divisions de première ligne ne pouvait faire illusion sur la situation. Elle était grave. La présence de masses d'infanterie ennemie sur le flanc gauche et sur le front, la violence de leurs attaques, les renseignements recueillis dans la journée, notamment au sujet du passage continuel de nouvelles troupes par
(i) Il fut «nsiiite fondu dans le 2® de ligne, le irégiment d'où il était sorti à la mobilisation (Ciommandant Willy-Breton, p. 17 et suiv.).
(2)Lc communiqué allemand du 20 août mentionne la prise à Tirlemont d'une batterie de campagne, une batterie lourde (?), un drapeau et 5oo prisonniers. v
(3) Le Communiqué allemand du 20 août porte que la cavalerie' repoussa a aujourd'hui { ?) » la 5® division de cavalerie française à Perwez, au nord de Namur, en^ lui infligeant de grosses pertes. Les escadrons allemands auraient pris deux canons et deux mitrailleuses.
L*ARMÉE BELGE JUSQU'a LA RETRAITE SOUS ANVERS 3l
les ponts d'Huy, d'Ampsin, de Flône, ne laissaient plus aucun doute sur l'approche de forces infiniment supérieures. Le mouvement vers Diest et Aerschot montrait en outre que l'ennemi avait l'intention de couper l'armée de sa base d'Anvers (i) et sans doute de l'envelopper sur place, si elle persistait dans sa résistance.
D'autre part, la liaison entre l'armée belge et notre 5® armée, sur la Sambre, n'était pas encore établie. L'-armée anglaise atteignait seulement Maubeuge.
Une bataille acceptée dans la journée du 19 ne pouvait être douteuse en présence de l'énorme supériorité des Allemands. La destruction de l'armée aurait gravement compromis la défense d'Anvers et anéanti tout espoir de coopération ultérieure avec les Alliés. Albert P' jugea donc nécessaire la retraite sur la rive gauche de la Dyle. L'ordre fut donné à 19 h. 3o. Le mouvement devait commencc'* dès l'aube du 19 août; on atteindrait le front Neeryssche-Louvain-Rotselaer. Une brigade de la 3' division» postée à Aerschot, servirait de flanc-garde vers la gauche. Elle allait être attaquée le lendemain (2).
Aerschot est une ville de 8.000 habitants située sur la rive sud du Démer, entre les confluents de la Cette et de la Dyle. Jusque dans la soirée du 18, elle avait été gardée par des éléments de la 2® division. Ils furent alors relevés par une brigade de la 3® (9® et i4* de ligne). Le 9® eut la garde des accès nord, un bataillon du i4® et un autre du 26** (3) furent placés à l'est.
(i) U action de V armée belge, p. 28.
(2) Campagne de Varmée belge, p. 46.
(3) Campagne de Varmée belge, p. 4?. La provenanoe de ce bataillon n'est pas indiquée.
Au cours de la huit, le contact fut pris par le 9' de ligne avec Tennemi qui, de Westerloo s'était rabattu sur Aerschot. Les Allemands mirent en action un projecteur et échangèrent quelques coups de feu avec les patrouilles belges.
A Taube du 19 août, le combat commença. Une reconnaissance dirigée sur Betecom rencontra en chemin de la cavalerie. Un escadron apparut, vers i4 h. 3o, sur la route de Westerloo, pour être aussitôt dispersé par le feu d'une mitrailleuse. Une fusillade intermittente s'étendit ensuite à tout le front.
Vers 5 h. 45, un aéroplane survola longuement les positions belges en décrivant des orbes. Presque aussitôt l'infanterie ennemie surgit à la lisière d'un bois et la canonnade commença au même instant, couvrant d'une pluie d'obus les lisières d'Aerschot, ainsi que les tranchées du 1®' bataillon du 9®. Celui-ci, la 4® compagnie en particulier, fît tête résolument. Jusqu'à 7 h. 45, elle conserva ses positions, puis se retira sur Aerschot. Deux mitrailleuses l'avaient efficacement soutenue jusqu'au dernier moment.
Vers 8 heures, la mission confiée à la brigade était considérée comme terminée. Elle se replia sur Louvain et les Allemands entrèrent peu après dans Aerschot. Ils appartenaient au IP corps (poméranien) .
Chez les habitants de cette petite ville, les dispositions étaient toutes pacifiques. La veuve du bourgmestre, Madame Tielemans, écrit que son mari, peu avant d'être arrêté, distribuait bénévolement des cigares aux sentinelles postées à sa porte (i). D'autre part, un neutre^
(i) Lettre au ministre d*Etat Gooreman, président de la Commission d'enquête (Ck>mmandant de Gerlache, op. cit., p. 820).
l'armée belge jusqu'à I^A retraite sous ANVERS 33
M. Grondijs, a trouvé dans Aerschot, après Jes événements que nous allons raconter, un gros paquet de proclamations imprimées, dans lesquelles M. Tielemans ordonnait à la population de s'abstenir de tout acte d'hostilité contre les troupes allemandes, de peur d'encourir les plus terribles représailles (i). Quand l'armée pénétra dans la ville, il ne s'y trouvait plus aucune unité belge. Tout au plus pouvait-il y avoir des blessés et des traînards. Les Allemands massacrèrent d'abord les blessés et les prisonniers. Vingt-huit de ces derniers furent conduits sur la rive du Démer, où deux compagnies « les chassèrent devant elles et les abattirent à coups de feu » (2). Deux blessés avaient survécu. Un officier les fît jeter dans la rivière.
Au même instant, on fusillait six habitants et on mettait le feu à plusieurs maisons, sous un prétexte inconnu.
Vers 16 heures, c'est-A-dire après plusieurs heures de tranquillité relative, des soldats ivres commencèrent à piller; on vit deux colonnes de fumée, des coups de feu retentirent. Il y avait alors dans Aerschot plus d'Allemands que d'habitants; la grand'place en était comble. La fusillade servit de prétexte (3). On eanonna l'église; on courut la ville en tirant des coups de feu sur les portes et les fenêtres. Un colonel avait été tué d'une
(i) L.-H. Grondijs, Les Allemands en Belgiquey p. 28. Voir dans le 2* Livre gris belge, p. ^o et suiv., plusieurs ^documents attestant, de la part de l'administra tion belge, l'idée arrêtée d'empêcher la population civile de prendre part à la lutte.
(2) Campagne de Varmée belge, p. 48.
(3) D'après les Alleimands, le motif de ce massacre fut la mort du colonel Senger, comm>aindant la 8® brigade, trouvé tout sanglant dans sa chambre. Cf. Hamotaux, IV, p. 157-176. En réalité, le colonel Senger fut tué sur «on balcon, très probablement par une balle allemande, les soldats tirant de tous côtés sans savoir pourquoi (Grondijs. op. cit,, p. 27).
La grande gaerre, III. ^ 3
balle, san» doute par aecident, et Ton en accusait le fils du bourgmestre, âgé de quinze ans, déjà blessé aux jambes par une balle allemande. Le bourgmestre, son frère et son fils furent saisis, en même temps qu'un grand nombre d'hommes. Une quarantaine furent fusillés le soir môme. Les autres, emprisonnés, furent réservés pour le lendemain, pendant que les Poméraniens fracturaient partout les portes, les meubles, les coffres-forts et allumaient de nouveaux incendies.
Dans la matinée du 20, le bourgmiestre et ses compagnons furent conduits dans un champ et, là, un homme sur trois fut fusillé, après une sorte de tirage au sort. Le total des victimes atteignit i5o environ.
On mit ensuite méthodiquement le feu aux maisons de la grand'place et les femmes des notables durent assister pendant six heures à ce spectacle, en tenant les bras en Tair. Pendant ce temps, les hommes, encore épargnés, enfouissaient, dans des fosses hâtivement creusées, leurs malheureux concitoyens. On entassa la population dans Téglise, où elle resta, plusieurs jours, souffrant de la faim etHe la soif. Les hommes furent finalement déportés en Allemagne (i), « dans leur propre sécurité » (2). Ces atrocités voulues, organisées avec la méthode habituelle à la Kiiltur, continuèrent jusqu'en septembre (3). Evidemment, comme tant d'autres, elles faisaient partie d'un système de guerre que nous avons déjà
(i) Cominaiiidant de Gerlache, p. 69-70; Lettre de M^ Tielemans^ cit^c. D'après Grondijs, op. cit., p. 22, on aurait pendu à la façade de rhôtel de ville les cadavres du bourgmestre et d'un prêtre, ce dernier remplaçant le curé-doyen en fuite.
(2) Lettre du baron von der Goltz, gouverneur général en Belgique, 26 septembre 191 4, 2« Livre gris belge, annexe au n^ 81.
(3) Lettre du ministre Davignon à M. Brand Whitlock, ministre des Etats-Unis, 2 octobre igii, 2* Livre gris belge, n® 82.
l'armée belge jusqu'à la retraite sous ANVERS 35
qualifié et dont, chaque jour, on découvre des preuves nouvelles (i).
Si peu d'importance matérielle qu'il eût en lui-même, le combat d'Aerschot ne prouvait pas moins que l'ennemi continuait son mouvement débordant et qu'il n'était pas possible de garder plus longtemps la ligne de la Dyle. Le roi qui, dans la matinée du 19, avait transféré son quartier général de Louvain à Malines, décida que l'armée opérerait une nouvelle retraite sur la position fortifiée d'Anvers.
Le 20, dans la matinée, ce mouvement était exécuté. Les troupes s'arrêtaient dans le rayon des forts de première ligne. Les renseignements recueillis jusqu'à 17 heures montraient les Allemands atteignant un front compris entre Hombeck (sud-ouest de Malines) et Eghezée (nordest de Namur). On signalait le IP corps à Hombeck- Eppeghem, le IX* à Bueken et à Bruxelles, le X* à Jodoigne et le VIP à Eghezée. La cavalerie était aux ailes, la 2® division à Westerloo, fort en arrière de la droite, ce qui ne se comprend guère, et les 4® et 9* divisions à Wavre, à mi-chemin entre Bruxelles et Gembloux (2), oîi avait paru la cavalerie du général Sordet. A Wavre, ces deux
(i) La grande guerre sur le front occidental. Liège, Mulhouse, Sarrebourg, Morhange, p. 129 et fiuîv.
Dans le seul diocèse de Namur, vingt-cinq préires furent mis à mort par les Allemands {Débats du 3o mars 191 5, Les quatre bataîiles des 23'M août iOiU). Ces cruautés n'excluent pas Texploitation méthodique du pays par le vol organisé, témoin la lettre du sieur Schroeder, directeur du Verein Deutscher Eisenhuetteleute, au sujiH du matériel des usines des paye occupés dont il annonce la vente (2 janvier 1917). Cf. Débats du 3 lévrier 1917.
(2) Cajnpagne de V armée belge , p. 53.
divisions couvraient efficacement le centre et la gauche allemande.
.L'ensemble de la ligne d'invasion faisait face au sudouest, c'est-à-dire à la frontière française. Elle avait commencé le 19 août son mouvement de conversion autour de Namur comme pivot.
Les Allemands suivaient de près l'armée belge. Le ig août, ils entraient à Louvain, le 20 à Bruxelles (i). Ils devaient franchir la frontière franco-belge le '24 août seulement, c'est-à-dire le vingt-troisième jour de la mobilisation, en dépit de l'attaque brusquée qu'ils avaient déclenchée sur Liège dès le k août.
La résistance opposée par le roi Albert et parles Belges à une invasion traîtresse avait donc obtenu un résultat dont on ne saurait assez marquer la grandeur. Sans elle, les Allemands auraient beaucoup plus rapidement parcouru les 160 kilomètres, à vol d'oiseau, qui séparent Aix-la-Chapelle de Maubeuge. Ils devaient y consacrer vingt jours, du k au 24 août, ce qui implique une moyenne journalière, très faible, de huit kilomètres pour leur droite, l'aile marchante. On peut admettre que ce chiffre aurait été facilement «doublé, ce qui eût conduit cette droite en territoire français vers le 1 4 ou le 1 5 août. On voit les résultats : l'armée anglaise en plein débarquement, notre concentration inachevée, Paris dans un état de faiblesse que seuls peuvent apprécier ceux qui avaient le redoutable honneur d'en préparer la défense. Nos chances de succès auraient été réduites à rien.
Mênie en admettant que l'achèvement de la mobilisa-
(i) Grondijs, op. cit., p. 7, Bien qu'aucune résistance ne teur eût été opposée, ils frappaient Bruxelles d'une contribution de deux cents millions. A Liège, à Hasselt, ils avaient déjà mis les mains sur rencaisse de la Banque nationale de Belgique, contrairement aux comyentions de La Haye.
l'armée belge jusqu'à Ï,A retraite sous ANVERS 87
tion pour les premières troupes jetées en Belgique eût exigé plusieurs jours, on peut dire que, sans la résistance de Tarmée belge et de Liège, les Allemands pouvaient gagner cinq ou six jours pour Texéoution de leur grande conversion. Les résultats auraient été d'une portée incalculable. Quand on songe à l'effroyable mentalité que l'Allemagne a dévoilée au cours de ces quatre ans de guerre, à l'ambition démesurée que trahissent encore ses moindres actes, on est disposé à croire que l'héroïque défense des Belges et de leur roi rentre dans la catégorie de ces événements dont on dit qu'ils changent la face du monde. Leur portée future dépasse infiniment leur importance du moment.
Peut-être nous sera-t-il permis d'ajouter que l'intervention des troupes françaises au secours des Belges aurait dû être plus prompte et plus efficace. Nous verrons que, le 22 août seulement, trois de nos bataillons vinrent renforcer la garnison de Namur. Nous savons, d'autre part, que la cavalerie du général Sordet avait poussé, le i8, jusqu'au delà de Gembloux, sans y être du moindre secours à nos alliés. C'est à cette maigre participation que se bornèrent nos efforts avant la retraite de l'armée belge sur la position d'Anvers. Or. la concentration de nos éléments de combat était terminée le 12 août. Il s'écoula dix jours avant que des fractions de la 5^ armée, en nombre infime, fussent dirigées sur Namur. N'aurait-il pas été possible de renforcer auparavant, de deux corps d'armée au moins, la petite armée belge, la mettant ainsi à même d'arrêter plus longtemps le flot de l'invasion? Ce qu'elle put faire à Haelen, à Hautem-Sainte-Marguerite, montre les résultats que des renforts sérieux lui auraient permis d'obtenir.
Le 22 août, le bulletin français de 28 heures annonçait
l'entrée des Allemands à Bruxelles, épreuve douloureuse, cruellement ressentie, non seulement par les Belges, mais par tous les Français. Le Gouvernement de la République en prenait texte pour affirmer que les souffrances de la Belgique étaient aussi les nôtres, que les causes des deux pays était indissolublement unies. « La France, portait encore ce document, est résolue à tout faire pour libérer le territoire de son alliée. Elle considère que son devoir n'aura été entièrement accompli que lorsqu'il ne restera plus un soldat allemand en Belgique.
« Il n'a pas été possible, en raison de nécessités stratégiques, de participer plus tôt avec l'armée belge à la défense du pays; mais les engagements que nous avons pris n'en sont que plus solennels, notre coopération n*en sera que plus étroite; elle se poursuivra avec une extrême énergie.... »
A première vue, on ne se rend pas compte des « nécessités stratégiques » assez puissantes pour interdire d'appuyer, avant le 22 août, un allié attaqué par des forces infiniment supérieures, alors qu'elles permettaient, dès le 7 août, l'inutile et dangereuse incursion en Alsace (i).
(i) Il a été dit, san« que nous puissions le vérifier, que le coniniandement belge avait impatiemment supporté notre abandon «^pA-. Tvni. C'est sans doute à cette circonstance que fait allusion M. Hanotaux, quand il écrit (UEnigme de Charleroi, p. 35) : « ...Malgré des instances réitérées et des sollicitations émouvantes, le haut commandement français ne céda ni aux appels, ni aux conseils. Son plan était tout autre et il s*y tient fermement ». Le 17 août, le général Lanrezac faisait communiquer au général Sordet une note du grand quaitier général insistant sur l'intérêt urgent qu'il y avait à donner la main aux Belges. Nouvelle confirmation du bruit en question.