‹ La grande italienne Mathilde de ToscaneChapitre 13 sur 46 · BO LA G H AN DE ITALIENNE · texte numérisé non relu

BO LA G H AN DE ITALIENNE

deur de ses convictions, tout l'impérieux de son caractère ; ses coupa portaient de tous les côtés à la fois (1), et un orage d'inimitiés se forma contre lui. L'Empereur, le chef des Normands , les évëques d'Allemagne et d'Italie, l' aristocratie féodale, c'étaient là autant d'adversaires qu'il avait pris à partie sans ménagement, et qui se réunirent pour l'abattre. Avant d'en venir à le déposer, on tenta d'abord le moyen le plus expéditif, l'assassinat. L'archevêque de Havenne, (iuibert, jeta les jeux sur un jeune seigneur de Home appelé Cencius (2). Fils du préfet de la ville, abusant de son crédit et de ses richesses, Cencius avait épouvanté Itome de ses excès. Son audace était allée jusqu'à ériger une tour au sein de la ville, même, au bord du Tibre. Il s'était rendu maître du pont de Saint-Pierre, et y avait apposé une troupe de sicaires qui rançonnaient et dépouillaient voyageurs et passants Ç-S). Le Pape eut raison de cette tyrannie, et fit abattre

(I] Remarquons toutefois que Grégoire recom mandait à Maihilde d'aller doucement. « Personne, lui écrit-il. n'arrive d'emblée au sommet, et les grands édifices ne s'élèvent que peu à peu.» (>cmo repente fit sumnius et alla Ecdiiiein paulaltm irdilieantur.) {Epist. u, 43.)

(2) « Gnit-ris darilatc i'l "puni gloria eminens valde in

tota Italia - (Lnmli. Srhaiïn.)

(3) = Viros sicarins qui ab iiiimilnis iiitroenntibus et ewutili- Ijiis. e\ rébus qua: ferebantur pnedam râpèrent. - (Paul Berur).

mathii.dk de TOSCANE. Ul la tour; mais Cencius en conçut un vif ressentiment. Ce fut avec cet homme que l'archevêque fiuibert s'entendit ; i! le décida à tenter un coup de main sur lu personne du Pape , en lui faisant de {grandes promesses au nom de l'Empereur Cencius se mit à l'œuvre, s'aboucha avec le Normand Guiscard et tous les excommuniés d'Italie (1), puis disposa tout pour l'exécution de son projet. 11 s'agissait, ou de tuer le Pape, ou de s'emparer de lui et de le livrer à l'Empereur (2).

Ce fut la veille de Noël que l'on choisit (il). Le pontife devait officier lui-même dans l'église de Sain le -Marie-Majeure, et célébrer en grande pompe la messe de minuit. Le temps vint en aide aux conjurés : une pluie effroyable écarta de l'église l'afllueuce qu'altirait d'ordinaire cette solennité. Cen-

(1) Ipse (Cencius, ! nsl i-iivil Apuliam, Lin-anianl. (liil'eiii Guiscarduni etcwii'nis e\™iimiii[iic,itr>-,i isiliiiis: statuitque ciim ipsis < fin pus opportun ii m quo modo duminum Papain caperel rt oeeideret. * [Paul Bénir.)

(2) bien qu'il nV\isli' ;meime preuve positive que i'Kinpereur ait eu part à ce complot, la plupart dra historiens l'v assm-ienl, i'c que rendent assez i raiseuibliililr s^s iinteentciits et ses dispositions connues ii l'égard du Pape. Hertholdde Constance désigne comme un tics auteurs du complot If duc Godefroi , mari de Matluldc, qui aurait été blessé lors de l'exécution et en serait mort, (.//iek/ Voïgt, t. II, 75.)

(S) p Adest m>\ in uiin IcjH'lininmi filins lucis aiigredilur minittrum. « (Paul Bernr.)

LA GRANDE ITALIRNNE

cius, entouré de ses sicaires, pénétra sans obstacle dans la nef presque déserte , et se dirigea vers la. chapelle où le Pape officiait. A ce moment , Grégoire venait de communier, et était plongé dans la prière et le recueillement; les conjurés firent irruption dans la chapelle et brisèrent Iob portes; ils se firent jour de leurs épées, renversant et tuant les clercs qui entouraient le pontife ; puis ils se jetèrent sur lui, lo blessèrent grièvement, et le traînèrent par les cheveux jusqu'au milieu de la nef. Pourquoi donc ne lo tuèrent-ils pas? Virent-ils, au-dessus de la tête de ce pape étendu ù leurs pieds , l'archange .qiûiperait Alaric au-dessus de la lôte de Léon et devant lequel il recula? C'est ainsi qu'un siècle plus lard, un autre prêtre, un autre saint, tombait aussi sous le glaive, et ensanglantait l'autel où il venait de prier.

On dit que Grégoire ne poussa pas une plainte, ne demanda point grâce aux assassins, et conserva le calme et la mâle fierté de son caractère. Après lui avoir prodigué l'outrage, l'avoir dépouillé de ses ornements, les conjurés l'emmenèrent, tout sanglant, dans une des tours que Concilia possédait encore au milieu de Home. Des chevaux étaient tout prêts pour l'enlever et le livrer ii l'Empereur ; mais la nouvelle de l'attentat se répandit dans la nuit

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même , et bientôt Rome entière ae trouva debout. On s'empara des portée de la ville, et l'on mit obstacle à la sortie des conjurés. La foule se portait de côté et d'autre, demandant des nouvelles du Pape. Les uns affirmaient qu'il était mort; d'autres disaient qu'il n'était que blessé; enfin on découvrit sa retraite, et le peuple se porta fnrieux vers In tour où Grégoire était prisonnier. De toutes parts , on apporta des machines, des béliers, pour en faire le siège , menaçant de massacrer Cenoius et ses complices s'ils ne mettaient le Saint-Père en liberté. Oncius, épouvanté, changea de rôle : ce fut lui qui se jeta aux pieds de son prisonnier en demandant grâce. Le Pape , assure-t-on , lui pardonna, n'exigeant de lui, pour pénitence, qu'un pèlerinage a Jérusalem : on ne sait lequel est le plus grand , ou du prêtre qui pardonne, ou de l'homme ainsi résolu devant la mort.

Le peuple continuait de 1 mitre les murailles; il fallut que Grégoire), au risque de sa vie, se montrât du haut de la tour pour modérer l'ardeur des assiégeauts. La foule, en le voyant apparaître sanglant, blessé au front, redoubla de fureur, croyant qu'il demandait de presser l'assaut. Ce fut à grand 'peine que le pontife parvint à faire cwaer l'attaque. CencùiB réussit à s'enfuir et gagna l'Allemagne, où

il trouva , auprès de l'Empereur, honneurs ut récompenses. A Rome, ses châteaux furent mis h sac et rasés; une partie des conjurés, tombés aux mains du peuple , payèrent pour leur cher.

Ce fut pour les princesses de Toscane un événement deux fois cruel que cet attentat. Elles avaient pour Grégoire un amour tout filial, et ne s abusèrent pas sur l'intérêt qui avait poussé l'Empereur et te duc Godefroi, son vassal, à tremper dans ce gnet-apens sacrilège. C'était la guerre, la guerre à mort, qui allait éclater entre l'Empire et l'Église. Ainsi devenait chaque jour plus impossible leur rôle de conciliation et de paix. A la nouvelle de l'attentat, lîéatrix et sa lille accoururent à Rome, et prodiguèrent au pontife blessé leurs soins tendres et pieux.

Ce brusque expédient ayant échoué ainsi, les ennemis de Grégoire eu revinrent à l'idée d'une déposition. Les abus de pouvoir, les empiétements de l'Empereur au spirituel allaient croissant; Grégoire, poussé a bout, fit partir des légats pour sommer Henri de comparaître à Home devant un concile. Celui-ci , pour réponse , chassa les légats , et convoqua , à Worms , une assemblée d'évfques , pour la plupart interdits ou excommuniés : c'était pour lui autant d'auxiliaires. ' '- ■ ' ■

hathu.dk de toscane.

Dans celte assemblée, où l'Empereur et Ccnsius assistaient (1), flrégoire fut en bulte aux plus furieuses attaques : des crimes chimériques, le meurtre, la simonie, l'adultère, et tous les sacrilèges lui furent imputés. On l'accusa, lui qui venait d'échapper au fer des assassins, d'avoir tendu à l'Empereur un guet-apens semblable; il avait, disait-on, aposlc un meurtrier dans l'église de Sainte-Marie-du-Mont- Uentin. où Henri, dans ses séjours à Rome, avait l'habitude d'aller prier. De lourdes pierres, placées dans les voûtes de l'église, devaient être précipitées sur le prince lorsqu'il serait en prières; mais ou ajoutait que le ciel s'était prononcé manifestement pour l'Empereur contre le Pape, et que l'assassin

(Irégoire n'avait-il pas, disait-on encore, jeté dans le feu le corps du Sauveur devant un témoin non suspect (2)? Ne s'atlribuail-il pas le don de prophétie? 11 avait prédit la mort de l'Empereur ; il portait habituellement sur lui des livres de nécromancie. Un tel homme ne pouvait avoir que d'abominables

(1) AcKersus Panam mnln (inscris, lrctifiraliat l'Allia iiiiiligiim'iiin. régis siiiml cl sot-forum.

DOKIIUO. .

(2) Ce témoin -était Jean, évêque d'Ortie, qui affirmait que Grégoire, malgré 1rs rmiontniiiiTs dis ordinaux, avait mé-

liamnient jeté dans un urasirr une liostie consacrée.

mœurs; on l'accusa Je maint adultère, et chaque prélat excommunié vint lui jeter la pierre à son tour. Mais ce qu'on lui reprochait surtout, et là se

tnvi!uiie, ce lier champion île la théocratie, savait marquer la distinction de son double pouvoir; il ne concentrait pas tout aux mains des prêtres, et faisait comparaître devant des jugea laïques les évèques accusé* de dilapidations dans l'ordre temporel. C'est là ce que ces derniers ne voulaient pas admettre, prétendant qu'eu qualité dcv6qu.es, ils ne devaient avoir pour juges que leurs pairs ecclésiastiques (1). Toute cette assemblée de Wonns fut unanime à prononcer la déposition de Grégoire, et l'empereur signa l'acte le premier (2).

;i) * Entouré d'un essaim Je biques. Ovaire a fait comparaître les rvrqucs devant lui. ■ [Chron. Vtperff., Min. IOTU.)

lï) Voici la sentence de dcputitiuii li'llc que la donne l>» ['lésais- Mornay dans son Mijittre tCtHiquilés , p. 210. Il traduit principalement ; Aient., Innal. /futur-, tlï. v; Carolus Sigonins, Dr Itrg. Mal., liv. ix :.

■ HMdeliranil, qui se nuiiiiue Grégoire, est le premier qui. sans jiDstrenmsL'iiii'iHi'iii. contre . \iilimlc il i ■ IT.inpereur romain

élahli île [lieu, contre la cmiii <ti-s înrijcnrs. ciiiiire les luis.

par sa seule aniliitinu. *! i - Lingue iiiiim enutinnec , a cmaliv la papauté. Il veut faire tout ce qui lui vient en lit lesle, licite ou illicite qu'il soit. C'est un «mine npiisliir qui alastnrilil la sainte lliéolnKie par nouvelle iloetrine. accnmmoiie les saintes lettres

HJLTHILDB DE TOSCAN K.

Les êvèques lombards, dont les dispositions n'étaient pas moins hostiles an pontife, s'assemblèrent à Pavie, au signal de Henri, et souscrivirent aveu e ni porte m eut aux résolutions de Worms.

Le 27 avril 1076',- la basilique de Saint-Jean de Latran offrait un spectacle imposant. De bonne beure tout le peuple de Home s'agitait autour du l'antique église, beaucoup étaient venus du dehors attirés par l'événement. C'était le jour où devait se réunir le synode convoqué par le Pape pour juger l'Empereur. Les Pères du eoneile, cardinaux, évéques, théologiens, avaient traverse la foule émue et silencieuse; à leur suite étaient entrés dans la basilique le préfet, le sénateur, tes familles illustres

concorde du collège, peslo inesle choses siicrcos cl profanes, pollue également l'un et l'autre, ouvre ses nreillps aux diables, aux niesdisances di s méchants; lui iucsdu [etnoin. juRe, accusateur et partie. 11 sépare les maris (1rs femmes, préfère les filles publiques aux feninics de hini. les paillai dises, incestes, adultères aux chastes mari.'iiys; mutine tes peuples contre les prêtres. In populace contre les évèqucs. iciil faire croire i|uc uni n'est liîen consacré que qui a mendie ta prêtrise de lui ou l'a aelieptée de ses

mystères de ta rcli^iuu. ui-sr.inl la loi de Dieu, entreprend la

qui veut osier la vie et IVsiat .'i un saerc Empereur, n un très bon prince; pour ces causes, l'Kiu|iercm\ les évèqucs. le sénat et le peuple chrétien le déclarent dépose et ne ventent plus laisser 1rs brebis de < jirist eu la K.irdc d'un tel loup. *

de Home, et, parmi les étrangers qui attiraient tous les regards , les princesses de Toscane , Béatris et Matliilde. Grégoire prit place sur le trône pontifical. 11 ne manquait à ce grand tribunal que l'accusé : Henri n'avait point encore paru. L'assemblée et la Foule étaient dans l'attente, lorsqu'on vit entrer un envoyé du roi de Germanie. Ce n'était point un prince de l'F.mpire, c'était un simple clerc de l'église de Parme, appelé Roland, que le monarque avait chargé de porter ses dépêches au concile et de parler en son nom. Il s'avança, ses lettres à la main, et s'adressa au souverain pontife en ces termes :

« Le roi mon maître et tous les évèques d'Allemagne et d'Italie te somment de descendre do la châtre de Saint-Pierre et de quitter le gouvernement de l'Église que tu as usurpé ; car tu ne peux occuper ce haut rang sans l'aveu des ëveques et la confirmation de l'Empereur. » Puis , s'adressant aux Pères du concile : ■ Mes frères, leur dit-il , j'ai à vous annoncer que vous aurez à vous rendre devant le roi aux fêtes prochaines de la Pentecôte et à recevoir un pape de sa main , car celui-ci n'est point un pape, mais bien un loup dévorant (1). ■

(1) Paul llcnir., rnp. vn.

MATH I L DE DE TOSCANE

Ce Tut ainsi que l'homme de l'Empereur s'acquitta de son message. Dès qu'il eut achevé, l'évÊque de Porto se leva brusquement en s'écriant : ■ Qu'on le saisisse ! ■ Lo préfet de Rome, les gardes, les seigneurs tirèrent leurs épées et se jetèrent sur le clerc. Mais Grégoire descendit du trône et le couvrit de son corps pour le soustraire à leurs coups ; il prononça des paroles de paix, et, après avoir calmé l'émotion de l'assistance, il prit aux mains du clerc les lettres de l'Empereur; il les ouvrit et en fît lecture à haute voix. L'une de ces lettres lui était ainsi adressée : ■ Henri, roi, nou par usurpation , mais par ordre de Dieu , à Hildebrand , faux moine, et non pape. — Ce salut, tu l'as mérité... tu as pris notre humilité pour de la peur, et, dès lors, tu n'as point craint de te dresser à ['encontre du pouvoir royal que nous tenons de Dieu , et tu as tenté de nous le ravir, comme s'il nous était venu de toi. Notre-Seigneur nous a appelé au trône et ne t'a pas appelé au sacerdoce... Tu es parvenu au pontificat par la ruse et par la fraude , par toutes les voies que la religion réprouve : par l'or, tu as gagné la faveur du peuple ; par celte faveur, lu as \ acquis une puissance de fer; par cette puissance, tj tu es monté sur le siège de paix, et tu as troublé la {l paix de ce siège en armant les sujets contre leur

roi, en f-fciUiul 1rs lit ii/iirs n usurprr itutloi'ilr sur les prêtres .. Comme lu n'honores pas Dieu, tu ne m'honores pas, moi qu'il a constitué roi. Puisque lu es frappé d'anathème et condamné par le jugement de Ions nos c\cques et par le nôtre, descends! ■

Il n'y avili! que lu vérité qui fut plus forte que ee langage.

(Irégoire répondit ru exposant sa conduite et ses desseins. Cent dix évfqueB qui Formaient le synode, toute rassemblée, jurèrent do lui rester fidèles, et demandèrent d'une voix unanime l'excommunication du tyran. Alors le pontife se leva, et, du haut de la chaire de saint Pierre, avec cette humilité toute-puissante si propre à subjuguer les âmes, il prononça ainsi l'anathème ;

o Saint Pierre, prince des apôtres, entends la voix de ton serviteur que tu as nourri dès l'enfance et soustrait jusqu'à ce jour à la -main des méchants, qui me haïssent parée que je te suis fidèle. Vous êtes témoins, toi, lu sainte mère de Dieu, Paul, (ou frère, et tous les saints, que l'Eglise romaine m'a contraint, malgré moi, de la gouverner, et que j'eusse mieux aimé finir ma vie dans l'exil que d'usurper ta place par des moyens humains (1) ; mais,

(1) u Quod Roman il sua samlj K<-ct<>si:i me iuvitum ai sua gubenwuula iraut, et eç,a non r;ij>jii:nii arhili-iilus smii ail sedem

MATHII.DE DR TOSCANE. 7

m'y trouvant par ta grâce, et sans l'avoir mérité, je crois qu'il est de ta volonté que le peuple chrétien m'obéisse, suivant le pouvoir que Dieu m'a donné à ta place, de lier et de délier sur la terre. C'est en cette foi, et pour l'honneur et la défense de l'Église, de la part du Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint- Esprit, et par votre autorité, que je défends à Henri, lils de l'empereur Henri, qui, par un orgueil inouï, s'est élevé contre ton Eglise, de gouverner le royaume l.eutonique et l'Italie. Je délie tous les chrétiens du serment qu'ils lui ont fait ou feront, et je défends à qui que ce soit de le servir comme roi j car celui qui attente à l'autorité de ton Église mérite de per-' dre la dignité dont il est revêtu... Je le charge d'analhèmes en ton nom , pour que leB peuples sachent par expérience que tu es Pierre , et que sur cette pierre le Fils du Dieu vivant a édifié son Église, et que les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. »

L'appareil lugubre de l'excommunication suivit ces terribles paroles, et remplit la basilique d'une terreur sacrée. Mais que n'éprouvèrent pas, aux accents du pontife, lîéatrix la lante de l'Empereur,

tuam aseendere, pntius inlui vilain in peregrinationo iinirï, qiiam iociLin liai m pro elnrin îiumili. pro ïngenio smilnri ampère. - [Labbe, Concil.)

Mathilde sa cousine! La voix do Grégoire, d'ordi- . naire entendue arec tant d'amour, retentit en elles comme un tonnerre. Une tristesse toujours croissante remplissait déjà le cœur de Béatrix et minait par degrés sa vie. Sa frêle existence ne résista pas, nous l'avons vu, à ce dernier coup : elle languit à peine quelques mois , el la sombre vision la poursuivit jusqu'à sa dernière heure (1).

Ainsi l'Empereur, ce droit vivant du moyen âge, était frappé de déchéance et d'analhème ! Un pareil événement bouleversa toute la chrétienté et la sépara eu deux, comme un glaive. On avait vu des princes, des rois, excommuniés; mais le chef du saint Empire germanique était, dans la pensée du temps, une tête si élevée, si respeelée, que les foudres de Rome semblaient ne pas pouvoir monter si haut.

Grégoire osa l'atteindre et ne s'arrêta pas à ce coup; il alla jusqu'au bout de sa terrible tâche et se leva devant tous ses ennemis à la fois. H excommunia tour à tour les évèques rebelles d'Allemagne, de Lombardie, et somma tous les membres de l'assem-

(t] C'est ii partir seulement dp In mort de Béatrfc i|iie Matliilde, unique héritière de sa maison, e(, dès sa jeunesse préeoet, assoeiée au goiiierneiiieiil. devrai souveraine dp Toseane et des mitres États de ses aleiu. Bien qu'elle fin duchesse, prïn. cesse et margrave, les contemporains , et l'histoire après eu\. l'ont toujours désignée sous le nom de la comtesse Mathilde.

MATHiI.DE DE TOSCANE. 7.1

blée de Worms île se justifier au plus tôt ; déjà plusieurs l'avaient prévenu par des lettres de repentir et de soumission.

On peut contester, dans !e sens absolu, les prétentions et les doctrines de Grégoire VII; mais on lie peut méconnaître sa conviction et l'à-propos de ses efforts pour le salut de l'idée chrétienne et le redressement moral du monde. Il se croyait responsable devant Dieu des réformes qu'il ne ferait pas. n II ne nous est pas libre, s'écriait-il, de sacrifier la loi de Dieu à des affections personnelles et de déserter le sentier de. la justice pour les faveurs de la terre (1). ■ 11 disait encore à Matliilde : " I! est plus sûr pour nous de résister au roi pour son propre salut jusqu'à verser tout notre sang, que de nous perdre avec lui, que de consentir à l'iniquité pour lui plaire. »

Ce droit de juger les rois que Grégoire s'attribuait , cette suprématie spirituelle si inflexible, c'était comme la revanche de la pensée elle-même, le réveil de l'âme endormie dans cet air épais du moyen âge. La cause de Kome était, aux yeux de Grégoire, celle de l'humanité, de la justice sociale, comme celle de la foi. Toute époque a

(I) Epiai., lib, r, 8. — Labbc.X.

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