IM LA GRANDE ITALIENNE
tcsse : Ilenri, ainsi affaibli, ne se trouva plus en état de tenir la campagne Mathilde le Efirça partout à reculer et recouvra la plupart de ses places. Elle reprit la tour de Governola, où l'Empereur laissa derrière lui jusqu'à sa garde-robe; Ripai ta rentra de même sous son obéissance. Henri n'était pas beaucoup plus heureux dans sa lutte, en Allemagne, contre le vieux Guelfe. Un nouveau coup allait le frapper encore, c'était la révolte de son tils Conrad.
Cette levée de boucliers du fils contre le père a été, sans trop d'examen, reprochée à Mathilde, et pèse encore sur sa mémoire. On l'accusa d'avoir provoque cette rébellion; on l'accusa même d'avoir poussé le prince au parricide. Avant de juger ici Mathilde, tâchons de démêler ce qui amena la réregard sur l'intérieur troublé, orageux de celle maison souveraine ; voyons ce qu'on pourrait appeler le premier aclc de ce drame de famille.
L'Empereur était à peine rentré en Allemagne que sa femme, l'impératrice Praxodis (1), s'échappa
(I) Ottf priiuï'--.'. 1U1 r rt'AiIrlaiilr île Savoie . csl appelée ftert/ie par ilon-s Aiilnu , s: le <-h:i|n-l;uri Umimi'ii ne IVi [tpi'l il' i\w Prii.rfthi : c'était sans doute le nom qu'on lui donnait , : i ta cour do Mathilde, bon amie.
m aï il 1 1. [i i: de TOSCANE. mi
du palais et vint chercher un refuge près do la cotntesso île Toscane. Elle fuyait l'humeur de plus en plus farouche, et, faut-il le dire? les brntalilés et les sévices de son mari. Mais, en cette matière délicate, laissons la parole au chapelain de Canosso; lui-même nous avertit qu'il s'imposera de sages réserves ; a En ce temps-là, dit-il, le roi Henri ne fut pas plus chanceux dahs son intérieur que dans ses affaires de Umhardie Sa femme avait-elle honte de lui? c'est ce que mes vers ne sauraient dire, de peur île manquer de mesure. Mais ce que je peux garantir touchant la reine Pra\edis, c'est qu'elle tremblait devant son mari comme l'agneau devant la dent du loup. Elle en séchait , hélas ! de frayeur. Enfin elle s'adressa bien secrètement à Madame Malhilde, lui demanda protection, et la supplia de se mettre entre elle et son iniraiiable mari. La nouvelle Débora, jugeant que le temps était venu, (il partir pour Vérone, en secret, ses troupes les plus sûres. IVaxedis se trouvait alors à Vérone; dans le tumullc, dans l'effroi de la surprise, les serviteurs du roi perdirent de vue la reine qui parvint à s'échapper et suivit ses libérateurs. »
Cette fuite do Pra\odis eut, splon notre potile, tout l'effet d'une grande victoire pour Mathilde et
pour l'Église (1). Le pape Urbain n'avait point, sans doute, te génie créateur de Grégoire, mais il s'inspirait de ee génie même, et il poursuivait l'exécution de ses vastes desseins. A travers tous les embarras du schisme, il nourrissait toujours cette grande pensée ipii fit la gloire de son pontificat : il se disposait ù prêcher la croisade (2). 11 comprit de quel effet serait, ù défaut Se l'Empereur, lu vue de l'impératrice à ses côtés; quel parti, au besoin, il pourrait tirer de ses malheurs.
Dès que les courriers de la comtesse, avec qui il correspondait incessamment, lui eurent appris lu fuite de Praxedis et son arrivée près d'elle, Urbain jugea l'affaire si importante que, laissant Guibert et ses adhérente, il partit de Home aussitôt pour accourir en Lombard ie. (l'était là, dit le poêle chapelain, qu'il entendait triompher de l'Empereur.
En effet, à peine fut-il arrivé, qu'il ne quitta plus L'impératrice. Partout il l'entourait de soins, de consolations, de respects, en cela continuant encore la tradition de Grégoire; il semblait se complaire dans ce rôle de vigilante et tendre protection que
(i; Crcscît oh iufeliv Uirisii virtoriii plebi.
DOMKIZO.
(ï) La croisade de 1095, qui tut Pierre L'Kmiite pour chcl*; après viut la croisade de. liras, qui a fourni au lasse k sujet de son poeme. el dont Codcfroi de Bouillon fui le héros.
MATH1LUE Ut TOSCAN K. 19.1
Grégoire avait pris à l'égard de, la femme, (Je l'épouse faible et opprimée.
Urbain ac rendit à Plaisance, accompagné de l'impératrice et de la Grande comtesse, et il commença d'y prêcher la crmsailo : faisant, dans la véhémence de son discours, plus d'une sortie passionnée sur les différends du Saint-Siège et de l'Empire, sur l' endurcissement de l'Empereur, et utilisant, pour le plus grand bien de la cause orthodoxe, la touchante ligure de Praxedis.
Le Pape réussit dans sou double dessein : ce vivant et saisissant spectacle augmenta la haine cou- Ire l'Empereur et cnllamma les esprits pour la croisade. Coin promis aux yeux du monde chrétien (1), devinant la tactique de son adversaire, mais n'ayant ni assez de calme ni assez de palicut-e pour la déjouer, l'Empereur, comme tous les cœurs faibles, s'abandonna à de violentes colères : « Il ne sait que faire, ne trouve de repos ni le jour ni lu nuit; il courbe la tête; il n'a plus de front, dit énergiquemenl le poète (2.; puis il se relève soudain, et parle comme autrefois de tenter un grand coup.» En effet, il se rendit à Vérone, et courut assiéger la forteresse de Xogara.
(1) Vilior effectus.
(3) Frontt eaiviis...
Dommio.