RI LA G BANDE ITALIENNE
A cette nouvelle, Matbilde conduisit en hâte jusqu'au pied des montagnes le Pape, qui s'en allait en France prêcher la croisade au concile de Clermont; puis elle reprit en main vigoureusement la direction de ses affaires. On avait vu les émissaires de Henri du côté de Mantoue, dont la fidélité semblait douteuse.
La comtesse passe le l*ô et se jette, la nuit, dans Gubernula. « Mais sa marche dérobée, dit le poëte, son mouvement hardi n'ont point échappé à l'attention du roi ; il en pâlit de surprise et de rage. Il n'hésite point cependant; la même nuit, il donne l'ordre de la retraite, atteint de cette terreur dont Dieu frappa les Assyriens devant Samarie. il fuit sans regarder en arrière, laissant tout ce qu'il y avait dans son camp de plus prédeux, riche vaisselle, équipages, vivres et vêtements.
« Dès le matin, Madame .Matbilde pénètre dans .Nogara, où déjà la garnison était pressée par la famine. La nouvelle Judith n'a point tué le nouvel Uolopberne, mais elle le pousse chai] ne- jour vers sa ruine, lui prépare des échecs, des embûches quotidiennes, où il tombe par cela même qu'il veut les éviter. »
Ici le bon chapelain s'arrête tout à coup et laisse apparaître un certain embarras. Avant de renouer
le fil de son récit, il éprouve le besoin d'invoquer saint Pierre; il prie. l'apôtre de l'assister :
« Saint Pierre, mon père et mon maître, je t'en supplie, viens à mou aide, inspire mes vers. Enseigne-moi tout au juste ce qu'il faut dire, au moment de. raconter le dernier coup qui brisa l'orgueil du roi. 11 s'obstinait en l.ombardie; il ne pouvait se décider à reparaître en Allemagne sans y ramener la reine l'raxedis. Mais la Eortune l'avait condamné; déjà la couronne glissait do son front. On sait la dernière plaie qui frappa le roi d'Egypte. Un malin, la ville de Memphis retentit de ee cri lugubre : o Le premier-né, le fils du roi est mort! a Bien autre fut lu plaie dont Henri se trouva frappé : son fils aîné ne mourut pas , mais il devint son mortel ennemi.
a C'est aux seuls crimes du père qu'il faut attribuer cette défection d'un lils. Conrad était un véritable chrétien, il abhorrait le schisme du roi. II chérissait l'raxedis, et se prit à haïr son persécuteur; c'était un esprit ferme et droit, qui détestait les honteuses faiblesses et les ruses. Il rompit donc avec son père, et se réfugia sous les puissantes ailes de Madame Mathilde. La comtesse, qui l'aimait comme un digne et proche parent, n'hésita pas à le recevoir. Elle le loua de sa résolution et songea