‹ La grande italienne Mathilde de ToscaneChapitre 35 sur 46 · DOMS · texte numérisé non relu

DOMS

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attaché à maintes fondations utiles, l u siècle pluts fard, on montrait encore ses ponts, ses canaux, ses ports, ses roules larges comme les voies romaines, aussi bien (pie ses édifices religieux. C'est ainsi que, dans les Gaules, survivait la uiémoiru d'une autre femme, do lïrunehaut, dans la longévité de ses monuments.

Ce génie, qui semblait n'être qu'activité, trouvait encore de grands loisirs à donner à l'élude. On nous dit que cette souveraine s'occupait nuit et jour d'annoter les saintes Ecritures, de copier les beaux livres qu'elle aimai! transcrits avec soin el enrichis de superbes peintures. Elle veillait pareillement aux chants et à la pompe des offices. A ses côtés travaillait une armée de savants clercs. Tas un évêque qui se connut mieux qu'elle en vases sacrés, en fine orfèvrerie, en beaux ornements.

Eu léguant ses peuples à l'Église, Matbilde voulait les donner à une mère. L'Église, c'était pour elle l'éternelle justice, l'humanité, l'amour, la maternité immense et tondre. Entre la tbéocralic chrétienne, l'Empire barbare, l'anarchie féodale, sa raison se mit du côté de sa foi. La force jouait partout un si grand rôle, elle avait vu tant de fois l'Église en péril, qu'elle crut sage de lui laisser des armées pour ta défendre, des citadelles pour l'abri-

MATH l LUE DU TOSCANE.

1er. Ses ancelres avaient été les hommes de l'Allemagne, avaient ouvert l'Italie à des maîtres étrangers. Mathilde devait des réparations à sa patrie; elle, lu dernière de sa race, mit toute sa vio à ce rachat. Ses ancêtres avaient spolié l'Église, elle devait ù l'Eglise des restitutions : une pensée d'expiation se mêlait dans sa conscience aux inspirations du patriotisme et de la foi. Elle agrandit donc do ses Ktats le patrimoine de saint Pierre. Elle crut pouvoir mêler l'Église à tous les intérêts, à toutes les passions d'ici-bas. Ainsi cette femme, dont l'idéal était si haut, lit descendre la cité de Dieu; elle, appesantit les liens de la terre sur la Jérusalem céleste.

Les historiens n'ont guère vu dans Mathilde qu'un faible esprit de femme dont le génie de Grégoire sut exploiter la dévotion. Son caractère, son rôle national, son attachement magnanime à, l'Église trente ans après Grégoire, sa force d'âme quand tout faiblissait, voilà ce que les historiens ont trop oublié

Mathilde, telle que nous la retrouvons aux sources mêmes de l'histoire, est le vrai pendant de saint Louis : elle joint, comme saint Louis, au courage

(I) On trouvera ii l'Appendice I les divers jugements portes >ni- M/ithildi' |ur U". |iriiuipauv historiens.

guerrier, à l'héroïsme, l;i grandeur morale cl la sainteté. Celle qui fut un demi-siècle l'appui et le salut de l'Église méritait d'être sanctifiée connue Louis IX ; mais Mathilde l'emporte sur le saint roi par l'activité prodigieuse, l'énergie et la durée de ses el't'orls. Ame aussi tendre, pénétrée comme lui de justice et d'amour, Mathilde n'a pas de défaillances : c'est du côté de la femme que se trouve la virilité; c'est en elle que le contraste est le plus frappant; c'est elle encore qui semble l'emporter par le savoir et l'universalité des lumières. Pour qui regarde à ce qu'elle a élé, au théâtre où elle a vécu, Mathilde l'ait songer, en même temps, à saint Louis et à Cliarlemagne.

Dante le Gibelin, ce terrible ennemi qui exerça sur Home et les siens toutes les représailles de sa haine, s'est pourtant arrêté devant la grande et chaste figure de Mathilde : il n'a point répélé les invectives des contemporains"; il n'a pas osé damner Mathilde, et, avec elle, tout ce qu'il y a de plus saint ici-bas : le dévouement à Dieu et à la patrie.

fis.

APPENDICE

puisé. C'est qu'eu réalité, le chapelain de Canosse fut le témoin quotidien, li' rapporteur scrupuleux d'une fouled'événements restés en dehors de l'histoire et (]tii remplirent, la vie de sa maîtresse. Il avait un eulle réel pour eelte femme extraordinaire, et lui aussi confondait dans un même amour et la femme et la cause, dont elle était le soutien. Il admire sans doute beaucoup pins qu'il ne juge; mais eelte admiration est tellement convaincue, honnête, et familière , qu'elle inspire confiance. C'est bien à tort, en vérité, que l'on a mis chez lui le poêle en suspicion, connue pour diminuer l'autorité de l'historien. Dominai n'obéit guère ii sa fantaisie; il suit, en gémirai, l'ordre chronnlugiquc des rails et les redit fidèlement comme il les a vus, comme il ies a appris on de Mathildc elle-même, ou de son entourage. A la différence de la plupart des chroniqueurs qui n'avaient pu recueillir, au fond de leur couvent, que de vagues récils, Domnîzo avait pu voir de prés ce qu'il rapporte. Sans le moindre scrupule de poète, il passe d'une lialaille à quelque querelle de chanoine:

In spontanéité des sentiments.

Sun poërae nu sa chronique sont donc l'un des plus sérieux documents de cette époque. Ceux qui ont toi! après lui sur Grégoire VII ou sur Malliildc lui uni emprunté grand nombre de fails, (ont en affectant de ne lui accorder qu'uni' médiocre importance. Les biographes italiens de Mathilde n'ont été que ses plagiaires; niais, élrangiTs aux >ciUiiucnl> qui faisiii'iil lintlre le futur île Domnizo, ces froids compilateurs n'ouï lire de lui qu'un

graphe de Mathilde, Fiorcnlini le suit servilement, le reproduit sans variantes quant au fond; mais, croyant le rajeunir et l'orner, il délaye ses vers barbares, souvent énergiques et heureux, dans une prose incolore, fastidieuse; c'est ainsi qui' quelques paroles prêtées par Domnizo a l'ermite Jean et à l'évoque de lleggin, dans un conseil le-nu par .Mathilde, fournissent au biographe l'iorentini la matière de longs discours a la Tite-Live. Il est vrai qu'à première lecture la poésie de Domnizo n'inspire . guère l'admiration. Le ban chapelain, malgré ses prétentions ii chanter sur plus d'un mètre, est loin d'être correct et pur; de la grammaire il se soucie peu, confond trèssouvent le régime direct avec le régime indirect (i|; quant îl la prosodie et i) ses règles, il en prend tout à son aise : le infime mot est scandé d'une" façon différente, selon qu'il lui faul un spondée nu un dactyle (2).

(I) otium fruitiir.

(î) tlû/ùs, llahië. Il milice fiirl [es t-èsnres. 1rs supprime a» premier, second et troisinnc picil, mais en met presque toujours après le quatrième. La conjonction qut et ittg*»? lui est d'un

APPENDICE

Ce ne sont là que bagatelle»; la langue dont se sert le chapelain de Cannsse n'est pas la langue de Virgile; e'csl

le li'ilïi] illl onzième siècle, et c'est loul dire. Cieéron, ijui à soi] retour (le, Sicile se plaignait déjà de lii décadence et de lu euriuplion de la langue romaine, aurait été fort embarrassé souvent de comprendre telle de Donmizn. Sidoine Apollinaire, [■'orlnnat, sont des puristes en comparaison du poêle de Malhilde. Malgré, sa haine pour les

Mlt-lii.iniJs, l' .i.irn;-. I . i I- I.. i . .

pnllils à ee qu'il appelle leur jariîiin; puis- il prend à lit

il la fois, au moment où les idinnies modernes vorll sorlil' de leur fusion. Le diantre de Garnisse n'est pleinement Italien que sur un point, il a deviné les cemeetii. Lw lacem Luccnsis, dit-il, en parlant d'Anselme, l'cveque de Lueques; quand l'empereur Henri perd son étendard devant Cauosse, le poêle triomphant s'écrie : Signum signati/ue ruinai». 11 va jusqu'à faire des acrostiches sur son nom.

homme presque toujours ému : il passe réellement de la

j. | il. Il Mil.. |l l I , I | I,. ..■ .| Il lll .lii •. . Il

L'extrême rareté du tcxlc de DinimiAo m'engage à en donner des extraits de quelque étendue, qui permettront d'apprécier le caractère de ee vieux document, et le parti que j'ai pu en tirer. On y trouvera fidèlement conservés l'orthographe et jusqu'aux, barbarismes du temps.

grand secours pour construire son vers, et, sans Bcrupulu, il In rcjetie quand it en n besoin au deuxième et même au Irai-

t,A GRANDE ITALIENNE

Alto fuît primns prinetps asLittis ul liidrus,

Nobiliter vero fuît ort ils Je Sigelredn

Principe prttrlnro Lurensi àr Comitatu,

nuiijin' iluii- iiniiis iilins jjr-iiiiil lieiir rltiros.

Ksi priions diwiis Sigcf redits, cl Atlo Sl-j-li iiiIiis. .

Filins et parvns 1 m-ihutur '|iiip|ie Gerardus,

Ampîificare voli'iis prupriiim Sii^lrrdos honorent,

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