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davre de son père à tous les calculs de sli politique : il avait arrache eu corps du tombeau pour complaire à la justice de Home; plus tard, affranchi de ce coté, il força le Saint-Siège à donner à l'excommunié une absolution posthume.
L'impression que Ht naître celte mort de Henri IV chez ses adversaires trouve naturellement son écho ilans les vers du chapelain de Caunsse. L'oraison funèbre dont il gratifie l'Empereur fait le pendant
k Ce roi se. roula, comme un pourceau, dans le vice et dans le mal..., saoulé de chagrins et de dégoûts, battu y cassé, tordu comme un arbre jeté à terre, n'espérant plus même le repos clans la mort... la main de la mort l'étrcignit pourtant, et, miséricordieuse, enleva son âme à ce honteux corps. »
Les messagers de Henri Y chargés d'annoncer celle (in au pontife le trouvèrent près de Mathildc. Ils avaient à remplir en même temps une autre mission : c'était d'obtenir du Pape , par l'entremise df la princesse , le titre d'empereur pour le roi Henri. Il promettait d'tihéir ;'i l'Kglisf comme à une mère, au pontife comme à un père bien-aimo. La comtesse prit acte de ces promesses, « s'en réjouit, nous dit le poëto, et prit l'engagement d'agir auprès du l'apo. » Pascal assigna rendez-vous à Henri , à
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deux Tiiois Je là, au château Je (ïuaslalla, où it allail .convoquer un synode. (ï lias ta lia éluit à Malliilde ; le s; ninle s'y réunit en effet (I }. Les amhassadeurs Je Henri s'y rendirent et renouvelèrent ses serments; le Pape fil entendre de bonnes paroles, et engagea le roi à venir en Italie l'année d'après.
Au sortir du concile , Mathilde alla reconduire le Pape jusqu'à Home, el y séjourna quelque temps, puis cite retourna dans ses Etats. Elle n'était pas tranquille sur les serments du roi Henri, el roulai! se trouver prèle au moment nu il reparaîtrait , en Italie, à la tète de ses Allemands. Plus d'un indice lui faisait soupçonner que le fils pourrait hien continuer le père; elle arma donc.
l'es mesures de précautions n'étaient pas inuiiles. Ce roi de vingt ans, moins violent, était plus habile et plus- redoutable que son père. H avait l'ait parade de soumission envers l'Église, tant que la politique avait commandé la soumission ; celte lactique l'avait servi contre son père, ('ne fois assis sur le tronc, il ne connaissait plus de fidélité à. Dieu cl aux hommes que Jaris la mesure de ses intérêts.
Le chapelain de Matliilde va rnms dire ce qu'on pensait de Henri V dans l'entourage Je sa maî-
(I) Vers le milieu d'octobre 1 1(17.
tresse; voici comme il trace son périrait : « Ce jeune oiseau, gonflé d'orgueil, commença à voler (Je ses propres ailes et fit voir quelle était son envergure. Il u'aspirait à rien moins qua conquérir la terre et la soumettre toute à sou pouvoir. Ce Henri' était, d'ailleurs, un esprit très-lin, consommé dans la ruse, supérieur jusque dans ses fourberies. Il envoya par trois luis, en Italie, une ambassade d'évéques, de comtes et de barons, pour que le Pape le reçût solennellement à Home et lui mit sur la tète la couronne impériale. — « Je la lui donnerai, répondit Pascal, s'il est fermement résolu à demeurer le fils obéissant de Pierre.» Les envoyés avaient l'ordre de s'arrêter, au retour, chez Mathilde et de la complimenter. Ma maîtresse les reçut avec sa grande et habituelle hospitalité, puis les renvoya chargés de présents. «
Mais cette ambassade royale avait encore uu au tre but dont le poêle parle plus loin : c'était de réclamer du Saint-Siège qu'il rendît à l'Empire le droit des investitures. Le Pape avait refusé ouvertement; la comtesse, consultée, n'avait pas bésilé à répondre au pontife qu'il était de son devoir le pins impérieux de s'exposer à tout plutôt que d'accéder à une telle demande : « Ce serait perdre en un jour, dit-elle, le fruit de I rente ans de luttes et
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d'efforts, ruiner l'œuvre de Grégoire et relumljer (liius loua les désordres dit passé. »
Henri ne protesta pas, en apparence, contre ce refus peremptoire; mais, au printemps suivant, « il descendit eu Italie à la tète de son armée, dit le chroniqueur, écrasa les Lombards, brûlant, dévastant tout. Les villes les plus fortifiées, éperdues de terreur, lui ouvraient leurs portes. Une seule osa lui résister: ce fut Novarre; il la livra aux flammes, détruisit jusqu'à ses murs et ne laissa pas pierre sur- pierre. La noble ville de Milan, la grande cité populeuse, l'arrêta enfui; Milan refusa de se courber devant lui, et même de lui payer tribut. Quant aux châteaux des comtes, des dues, des barons, il n'y eu eut pas un dont le roi prit le moindre souci, sachant, du reste, qu'il les :mrait tous quand il le voudrait. 11 n'en était pas ainsi. de Mathilde : le monde entier savait la grande lutte qu'elle avait soutenue contre l'empereur Henri IV; les princes, les.é transe rs illustres voulaient lavoir, l'admirer: on venait de partout rendre hommage à la Grande comtesse. Le roi désirait donc faire sa paix avec elle; il s'avança jusqu'aux rives du Taro pour lui demander une entrevue. Mathilde descendit de ses tours de Canosse et se rendit à llibianello, où elle reçut les envoyés de Henri. La
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conférence fui longue : on lui parla de la paix, elle en parla aussi; on lui parla de l'honneur du roi, elle parla du sien. Elle déclara, enfui, qu'on ne la trouverait jamais avec le roi contre le Pape. Une trêve toutefois fut consentie. A peine Henri l'avait-il obtenue, qu'il en profila pour s'élancer a travers la Toscane , qu'il pilla au dam éternel de son honneur.
« Il arrive tout à coup devant Rome; il écrit an l'ape qu'il est plein de vénération pour ses ordres, qu'il ne veut plus vendre ni conférer évêclié ou ahhayc sans l'agrément du Saint-Siège. A cette déclaration inattendue, Home est dans la joie : le Pape, le clergé., le peuple en fêle vont au-devant du roi pour lui faire honneur. Ou l'amène en triomphe à l'église de Saint-Pierre. Édifiant d'humilité et de douceur, le roi gravit à genoux l'escalier consacré; parvenu au haut , il baise dévotement le saint pontife. Le Pape l'invite alors à confirmer par serinent ses promesses de la veille. A ces mots, Henri se relève et s'écrie {l'une voix résolue : « Je ne veux pas, Sainl-Père, que tu me donnes seulecrosse pour que je les confère à mon tour à Ions les évéques de mon royaume, ainsi que l'ont fait mes ancûlres. ■
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a Pascal refuse, il dédaigne exigences et menaces. Le roi commande alors qu'on le mène à son camp, et ajoute d'un air moqueur qu'il se charge de lui donner l'hospitalité,
« On arrête du même coup évêques, cardinaux, citoyens. Pendant ce temps, cette bande d'Allemands fait main-basse sur les croix et les vases sacrés; cette engeance d ivrognes n'observe aucun des préceptes du Christ. La nuit venue, les Romains s'entendent et s'organisent. Au matin, ils s'arment de leurs épées et de leurs boucliers, moulent à cheval, se précipitent sur les Allemands, les prennent corps à corps , les tuent , les égorgent ; mais les vaini|i;i ur~ s'utiiirdent autour des tentes, ils voudraient reprendre ce qu'on leur a volé, et pour un peu d'or et d'argent ils compromettent leur victoire. Bientôt le roi est au milieu de ses gardes, il s'clance à cheval, excite les siens, les rallie, et, à leur tête, il assomme, il éventre les Romains.
« Henri, du droit île la force, retient le Pape son prisonnier. 11 retient aussi les évêques, parmi lesquels le cardinal Bernard et le docte évêque de Itcggio. A la nouvelle de ces événements, Mathilde dépêche vers Henri le noble Ardnin, un de ses conseillers les plus éloquents et les plus sages. Ar-
dnin aborde le roi ut lui rappelle ses engagements envers Mathilde. Le roi ne répond pas, niais fait rendre aussitôt la liberté uns évèqucs. Le i'ape, indignement traité par ces partis allemands, et redoutant de voir massacrer ses compagnons d'infortune, fil sa paix et se résigna à donner la couronne à son geôlier. «
Le nouvel empereur do voulut pas quitter l'Italie sans faire une visite à Malhilde. Il alla la trouver dans son château de. Itibianello. Henri lui parlait en allemand; Mutliilde comprenait et parlait cette langue, seulement elle affecla de ne répondre ipi'en italien.
L'Empereur, cet endurci qui avait vu son père suppliant à ses genoux , resta frappé de respect et tout émerveillé devant celte admirable femme; de ce moment-là il ne donna plus à Mathilde d'autre nom que : ma mère (I). Les grandes choses de la vie et de la pensée avaient répandu sur ses nobles traits une splendeur morale qui ne fit qu'augmenter avec l'âge. Partout ou restait saisi devant celte beauté idéale et auguste de sa vieillesse.
Malhilde avait alors soixante -neuf ans. Dès longtemps atteinte par tant de fatigues, sa santé défi) L'Empemir lui uonjiii le gniivcnirmait de ia Ligurie BVCO
In titre do vico-reine.
JUTHILDË DE TOSCANE.
elinait chaque jour. I, 'humble poète, ici, se recueille, et, tout entier à son émotion, résume eu larges traits cette prodigieuse vie qui va finir.
« Ta gloire, ô Christ, est restée debout, grâce à l'héroïque Mathildc! C'est pour toi qu'elle a combattu les princes impies, les villes rebelles; mais
terre, qui rend l'espoir aux méchants : Malhilde est malade! Ah! Seigneur Christ, exauce-nous! Mon Dieu, aie merci de notre détresse! rends la vie et la santé à notre, dame Malhilde! Elle partie, hélas! qui babillera ceux qui sont nus? Qui protégera le laboureur et sa charrue? Qui lui assurera sa moisson? Qui donnera au pauvre voyageur la sécurité? Qui défendra le matelot de riiridan contre le couteau des pirates? Qui empêchera qu'on ne pille les églises? Ces barons, si petits devant elle, se croiront tout permis. Le voleur prêtera assislance au voleur comme à son fils ; le loup au loup, le lion au lion. C'est fait de nous tous si Malhilde n'est pas là pour nous défendre (I). Aujourd'hui
yii* lurhat lorrain, pravorum ™rda relevai.
Ati|uc voluiitatcs rcseravil cl impicialcs.
Ilisjiee. Clirislc vins laies, ahrad? ruinas. Ëxaudi miseras Deus, aiidi noster egenos.
Atque ducatrii'i vilain concède Malliildi.
j'ai encore vu des fleurs sur la terre; que deviendront-elles demain?
■ Madame Matliilde cependant vit encore; seulement elle est si faible qu'elle ne peut plus descendre du mont Baruncio (1). Les méchants prétendent déjà qu'elle est morte. La cruelle Mantoue, sitôt lasse de sa courte fidélité, accueille cette nouvelle avec joie ; elle a hâte do rentrer dans sa rébellion. Elle clierclie à entraîner la valeureuse Ripalta, qui cède enfin, mais en convenant que si Matliilde vil encore, la citadelle lui sera rendue. Y peine les Mantouans sont-ils dans la forteresse qu'ils se hâtent de tout incendier, de tout détruire.
> Tout à coup paraît, au milieu d'eux, le vénéré Manfred, annonçant qu'il vient de laisser Matliilde en yie. A ce mot, la foule, égarée, semble prête à
Cum morieiur enfin, denndabuntur egeni.
Hoc profères crciluiil m- IjcIiiih--. Iimuilrs mine : Latro latrnni ihh'd aiixilmm quasi proli .
Prcrdi) pradoiiem ; luo rodet «1 orc leonem.
Visi mine dores: tpiid ii^ iii iju:iii(lnipie latroees?
Carpat iter tiitnni, vîwns hœe, ntquc viator. Eridani cesset piratam naula limere. .
Prffsenlem vit.nn donre IruiNir ronii lissa.
(i) Cliâtenii fort à quelques lieues de Manloue, oîi Matliilde résidait souvent.
HATH1LDE DE TOSCANE. III
déchirer le noble évèque; puis elle se mit à transporter, comme par défi, les pierres île la forteresse, une à une, jusqu'à Mantone. Tout un mois durant on cacha ce triste événement à la comtesse dans la crainte d'aggraver son mat. Elle connut tout, à la fin; Madame Matbilde, tout aussitôt se lève et s'écrie : « Périsse donc Mantoue ! son heure est venue; la ville perverse va me payer d'un coup toutes ses offenses. »
Elle arme sur l'heure ses gens do guerre et ses vassaux, équipe ses navires. A la nouvelle de celle résurrection et de ces appi-êts formidables, la ville rebelle s'inquiète et se demande ce qu'il faut faire. Les uns conseillent l'offensive, veulent qu'on se porte hardiment sur les terres de Matbilde, les autres qu'on se borne à défendre les murs. Mais, enfin, de meilleurs conseils se font écouter; on ira trouver la comtesse, qui déjà s'avance, et on baissera la tète devant son juste courroux. Madame Matbilde reçut d'un visage sévère les envoyés de Manloue. Elle détournait les yeux, les tenait fixés vers la terre; elle avait peur de eéder : « Grâce, disaient les députés, grâce pour nos offenses, o généreuse comtesse! Tu le vois, nos portes s'ouvrent devant toi, et on l'attend pour te prêter serment. » Les députés pleuraient; Matbilde céda et pleura.
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Ce fut aa dernière prise d'armes. Malhilde avait dit, dans sa donation an Saint-Siège, qu'elle se considérerait , à l'avenir, comme absente de ses États; jusqu'à la (in pourtant on y sentit, bien sa présenee. Ni l'âge ni la maladie ne l'arrêtèrent, et la mort seule put désarmer le liras de celle Jeanne d'Arc septuagénaire. Elle avait pris l'épée à quinze ans, et elle eût pu dire comme Lusignan :
Mon Dieu . j'ai combattu soixante ans pour ta gloire.
Quelques jours après son retour de Mantoue, Malhilde s'arrêta plus souffrante dans le bourg de llundeno; elle voulut cependant assister aux cérémonies de Noël. Elle exigea qu'on !a levât pour la messe, de minuit et qu'on la portât à la chapelle. Elle y prit froid et voulut pourtant rester jusqu'à la fin de l'office, attentive à toutes les prières, et mêlant sa voix aux cliants des prêtres et des fidèles, lîentrée, elle se mit au Ht, y languit sept mois, tant la vie en elle était puissante. Prêle à s'éteindre, elle recul les sacrements de l'évèque de Iteggïo. « Elle baisa le crucifix, dit !c poète, en prononçant ces mois sublimes : « 0 toi que j'ai tant servi, sersmoi maintenant! n Elle rendit à Dieu sa grande âme le 8 juillet 1115.
A. la nouvelle de cette mort qm brise son cœur,
MAT1lll.DK DE TOSCANE, îïS le pauvre poêle jette ce digne et dernier cri : « L'honneur et la gloire de L'Italie descendent avec toi dans la tombe, ô Mathildel 6 la Grande comtesse! »
lïien longtemps les peuples tressaillirent au nom de cette Grande comtesse. Sa figure noble et attrayante parlait aux imaginations. Malbildc personnifiait la grâce immortelle de sa patrie. Elle i'nt la poésie de ces âges ternes et grossiers. On se la représentait toujours belle, d'un port majestueux et d'un aimable sourire. La tradition nous peint cette guerrière, cette âme vaillante, celle sainte, avec un visage ouvert et riant (I). Elle avait été auprès de Grégoire l'ange de la paix et des lions conseils, comme elle fut après lui l'Egérie armée de ses successeurs défaillants. Mais avant tout elle était femme : clic avait de la femme les compassions et les douceurs. Grégoire Vil trouva dans Malbildc ces trésors d'alTeition, de confiance (|ui réparent les fatigues du génie, une de ces belles amitiés de femme où l'âme de ces grands lutteurs aime à se reposer par instants.
Après des temps d'orages et de dévastations, elle laissa des pays florissants; le nom de Mathilde resta
(l) Uilaris vultus.