‹ La grande Marnière (volume 2)Chapitre 10 sur 71 · SCÈNE VIII ANTOINETTE, PASCAL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII ANTOINETTE, PASCAL

ANTOINETTE

Je vous demande pardon, monsieur, de cet intermède...

PASCAL

C'est à moi de m'excuser, mademoiselle, car je crains de vous avoir détournée de votre route.

ANTOINETTE

Non, monsieur... D'ailleurs, le mal n'eût pas été

grand : je me promenais, quand je vous ai rencontré perdu dans le dédale de nos chemins creux.

PASCAL

II y avait plus d'une heure que j'errais dans les herbages, pris entre les haies, ne trouvant pas d'issue, quand j'ai entendu le bruit de vos pas sur les cailloux du sentier... J'ai couru, et bien m'en a pris, puisque j'ai eu l'heureuse fortune de m'adresser à vous, qui avez eu tant de complaisance.

ANTOINETTE

Ici, monsieur, vous ne pouvez plus vous égarer : la ville est devant vous.

Je me reconnais... A gauche, dans les arbres, c'est le château de Clairefont; et, là-bas, ce tertre blanc surmonté de charpente, c'est la Grande Marnière

ANTOINETTE, hochant tristement la tête.

Oui, c'est la Grande Marnière. Vous avez donc habité le pays?

PASCAL

J'y suis né... Mais je l'ai quitté depuis dou2e ans, et pendant ce temps-là tout a bien changé...

ANTOINETTE

Oui, tout : hommes et choses.

PASCAL

Depuis hier soir seulement, je suis de retour; et ce matin, en voyant le ciel bleu, inondé de soleil, en respirant l'air pur et léger, j'ai été pris d'une sorte d'ivresse... Je me suis jeté dans la campagne, tout droit devant moi, j'ai marché le long des trèfles qui sentaient bon, au bord des chaumes, où chantaient les alouettes, il m'a semblé que je retrouvais mon enfance, et mon cœur s'est fondu dans une joie délicieuse. Encore une fois pardon, mademoiselle... Tout ce que je

vous dis là est fort ridicule. Je ne sais pourquoi je vous le dis... et cependant, il m'aurait été impossible de ne pas vous le dire.

ANTOINETTE. '

Ne regrettez rien. Et puisque vous êtes de ce pays, et que vous y rentrez...

Pour toujours, je l'espère.

ANTOINETTE

Je vous y souhaite la bienvenue. Et maintenant, adieu, monsieur.

PASCAL, la suivant.

Mademoiselle, avant que vous vous éloigniez, ne puis-je savoir à qui je dois être reconnaissant de tant de bonne grâce?

ANTOINETTE, s'arrêtant.

Je suis mademoiselle de Glairefont.

PASCAL

Et moi, je suis Pascal Carvajan.

ANTOINETTE, avec hauteur.

Ah !... Je viens de vous souhaiter la bienvenue, monsieur, je le regrette; prenez que je n'ai rien dit...

PASCAL, avec saisissement.

Mademoiselle... qu'y a-t il? Pourquoi ce changement si brusque ?

ANTOINETTE

Si vous voulez le savoir, demandez-le à votre pèrel

Ella sort.

Page 1