SCÈNE IV PASCAL, GARVAJAN, FLEURY, TONDEUR
POURTOIS, au fond.
GARVAJAN, suivant Antoinette et Robert des yeux.
Ils me paieront cher leurs outrages! (a Pascal.) Tu verras tous ces gens-là à ta merci... Allons! Haut la tète ! L'avantnge nous reste, en somme... Viens retrouver nos amis...
PASCAL, avec amertume.
Pour leur montrer comment je supporte un affront?
CARVAJAX.
Il faudra toujours les revoir dernair
PASCAL
Non!
GARVAJAN, étonné.
Que Comptes-tu donc faire ?
PASCAL, avec éc'at.
M'éloigner à l'instant de celte fête qui m'est odieuse, et demain de cf* pays où je n'ai retrouvé que des soucis et des amertumes!... M'en aller loin des luttes, des débals, des embùclics et des perfidies... Oublier tout enfin, jusqu'au nom que vous m'avez rendu si lourd à porter !
GARVAJAN.
Pascal I
PASCAL
Mon père, vous avez semé la haine... 11 ne faut donc pas s'étonner si on nous insulte et si on nous menace... Moi, je ne pourrais pas vivre ainsi... Je préfère partir.
GARVAJAN.
Sans te venger?
PASCAL
Je le suis d'avance. Vous l'avez dit.
GARVAJAN.
On dira que tu as eu peur...
PASCAL, '
Que m'importe !
GARVAJAN.
'lu veux m'abandonner "?... Je n'ai plus que toll...
PASCAL
Vous n'avez besoin de personne !... Depuis dix ans vous l'avez bien prouvé.
CARVAJAN, sévèrement.
Ah! mon fils, je ne supporterai point de pareilles paroles.
Oui, vous avez raison... Excusez-moi, mais je souffre, je suis blessé dans tous mes sentiments. Voulez-vous que je reste?... Eh bien! apaisez les rancunes, calmez les discordes, faites trêve à cette lutte qui bouleverse tout un pays... La paix, mon père, je vous en conjure ?...
carvajax.
Ah! voilà ce que tu veux?... Tu demandes grâce pour nos ennemis, au moment même où ils te frappent... Tu t'apitoies sur eux, quand ils t'outragent? Esprit débile! Crois-tu me trouver aussi faible que toi? Parce que celte jeune fille s'est humiliée — et c'est si peu de chose pour une femme ! — te voilà tout éperdu. Penses-tu que ce soit la raison qui l'y ait décidée? Non! c'est la prudence... Elle ne blâme pas son frère, elle me redoute, voilà tout... Et elle agit sagement, du reste.
PASCAL
Inspirer de la crainte à des femmes, le beau triomphe !... Allons, mon père, c'est indigne de vous !... Mademoiselle de Glairefont n'a rien calculé : elle était sincère : ses yeux étaient pleins de larmes.
C A R V A J .\ N , soupçonneux.
Dis donc, tu l'as bien regardée I
PASCAL
Mon père...
CARVAJAN
Allons, assez d'enfantillages... Si tu es sensible au
46 LA GUANDE MAKNIÈRE
point de craindre le hruit que cette vieille masure de Glairefont fera en s'efïondrant, va passer quinze jours à Paris... Tu es jeune, tu t'amuseras... Moi, pendant ce temps, je terminerai mes affaires... Maintenant, un avis pour ta gouverne... Tu es mon fils, je t'aime bien, mais dans la partie que je joue ne t'avise pas de toucher aux quilles, car, aussi vrai que nous sommes là, tu recevrais la boule dans les jambes... Là dessus, rentrons dans le bal,... Notre absence doit déjà être commentée.
PASCAL, sombre.
Allez seul.