‹ La grande Marnière (volume 2)Chapitre 39 sur 71 · JOUSSELIN, CARVAJAN, PASCAL, TONDEUR · texte numérisé non relu

JOUSSELIN, CARVAJAN, PASCAL, TONDEUR

FLEURY, CASSEGRAIN, Gendarmes à la porte.

Rumeurs sur la place. Cris.

Le juge.

Ne i)ourrait-on obtenir un peu de calme et de silence?...

Ce sont des gens du pays qui crient sous les fenôtres de lu mairie où a été enfermé M. de Clairefont.

FLEUUY.

Depuis plus de quatre heures ils attendent son passage.

CARVAJAN'

Vous voyez, monsieur le juge d'instruction, combien

82 LA GRANDE MAHNIÈRE

l'opinion publique est surexcitée contre ce malheureux jeune homme.

PASCAL, à mi-voix.

L'opinion?... Ce ramas de coquins ou d'imbéciles...

MALÉZEAU, amèremeot.

La voix populaire!

GASSEGRAIN.

Ah ! Et puis ils aimaient bien ma fille, mon bon monsieur le juge !... (Pleurnichant.) Une enfant si gaie, si gentille I... Mais on n'enlève pas comme ça à un homme la joie de ses vieux jours... On me la paiera... marchez!

TONDEUR, à Fleury.

Il ne pense qu'à ça, lui I

LE JUGE, à Gassegrain.

C'est bien.

GASSEGRAIN, humblement.

Oui, mon bon juge.

LE JUGE, à Jousselin.

A-t-on amené ici le berger de Clairefont?, .,

JOUSSELIN

Oui, monsieur le juge d'instruction, et non sans peine... Ce garçon aie cerveau dérangé : il poussait des cris, comme si on voulait le tuer, et il est tombé dans des convulsions suivies d'une sorte d'état cataleptique.

LE JUGE, au médecin.

Docteur, vous l'avez vu?... Pourrons-nous l'entendre?

LE MÉDEGIN.

Oui, monsieur le juge, il est remis; mais c'est un pauvre être souffreteux et misérable... Du reste, vous apprécierez...

LE JUGE

Veuillez, je vous prie, avant tout, nous donner con-

naissance du résultat de l'examen que vous avez fait de la victime.

LE MÉDECIN

Ma tâche a été fort simple... Les traces du meurtre sont très visibles... J'ai constaté une violente ecch3-mose qui semble avoir été causée par une pression faite avec une grosse corde ou un mouchoir.

LE JUGE, montrant le foulard.

Ceci, par exemple?...

LE MÉDECIN

Parfaitementl... Une très forte érosion au menton permet de supposer que le meurtrier avait d'abord l'intention d'étouffer seulement les cris de la victime. Mais, pendant qu'il courait, le bâillon a dû glisser du menton jusqu'au cou. ..Alors, la pression, faite par l'homme qui fuyait, a amené l'étranglement.

LE JUGE

Ceci concorde, en effet, avec ce que nous savons des circonstances du meurtre... (a. jonss«iin.) Faites amener le berger, et que tout le monde se retire... (A Cassesrain.) Restez, Cassegrain, nous pouvons avoir besoin de vous. (An docteur.) Restez au»si, docteur, pour le cas où vos soins seraient utiles à ce garçon.

Joussttlin sort.

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