‹ La grande Marnière (volume 2)Chapitre 59 sur 71 · SCÈNE XI PASCAL, GARVAJAN · texte numérisé non relu

SCÈNE XI PASCAL, GARVAJAN

GARVAJAN.

Pascal, tu vois, c'est moi qui viens au devant de toi... Depuis que nous sommes brouillés, je ne vis plus... plus... L'idée que tu es si près de moi, et que je ne te vois pas, me bouleverse... Je me croyais plus fort, mais je vieillis, et la solitude m'effraie... Voyons, ne me garde pas rancune, reviens dans ma maison...

PASCAL

Vous m'en avez chassé, mon père.

GARVAJAN.

J'ai eu des torts, mais tu me les as fait durement expier... Veux-tu que tout soit oublié?

PASCAL

Il ne dépend pas de moi que l'oubli se fasse. Je ne suis pas seul en cause... Il y a...

GARVAJAN, sombre.

Les gens de Glairefont. Que rêvent-ils encore?... Tu as assuré leur triomphe; veulent-ils maintenant que j'aille leur faire ma soumission? Ah I s'ils ne t'avaient pas eul... Je pense qu'ils sauront être reconnaissants !...

PASCAL

Mon père, je n'attends rien de personne.

GARVAJAN, avec ua sourire.

Même de la belle Antoinette ? Après ce que tu as fait pour elle, elle serait bien ingrate si elle ne t'aimait pas.

PASCAL, rudement.

Je compte m'éloigner la semaine prochaine, et je serai longtemps sans revenir.

CAnVAJAX, amer.

Ah ! ah I Et tu penses qu'ils te laisseront partir ? Au fait pourquoi te retiendraient-ils? Ils n'ont plus besoin de toi. Tu as sauvé l'héritier du nom, tu as donné ton argent... Tu serais gênant, mon pauvre garçon : tu rappellerais les services rendus... On t'aimera toujours bien, mais de loiu. Ce sera plus commode I

PASCAL

Mon père !

CARVAJAN

Ecoute, veux-tu rester ? Je renoncerai pour toi à toutes mes ambitions. On sait ce que tu vaux, maintenant, et, aux élections prochaines, personne n'osera le tenir tète. Tu seras le maître du pays. Nous dominerons, Pascal !... Comprends-tu ce que je suis disposé à faire pour ton avenir? Situ veux... eh bien ! nous ferons comprendre à ces ingrats ce que pèse un homme tel que toi.

PASCAL

Ne me tentez pas, mon père, c'est inutile. Ma résolution est prise, et je ne la changerai pas.

CARVAJAN

Ainsi tu ne veux rien accepter de moi ?

PASCAL

M'accorderez-vous ce que je vous demanderai?

CARVAJAN

Demande.

PASCAL

Eh bien ! à mon œuvre il manque un couronnement... Robert de Clairefont est libre... Mais libre aussi est le véritable meurtrier... Si ie pouvais le désigner, mon

triomphe serait complet... Voulez-vous que je vous le doive? Aidez-moi à obtenir ce dernier avantage, et j'efface de ma pensée bien des mauvais souvenirs.

GARVAJAN, rêveur.

A quoi bon accumuler les obstacles? Il les renversera tous I

PASCAL, ans.ieu&.

Mon père... parlez...

CaRVAJAN, baissant la voix.

Je ne puis t'apprendre ce que tu veux savoir... Mais je vais te donner le moyen de le découvrir... La Grande Marnière contient le secret .. Cassegrain n'ose plus y poser des collets, le soleil couché, et Pourtois, qui y habite n'est plus que l'ombre de lui-même... C'est là, et la nuit qu'il faut chercher.

PASCAL

C'est bien. Je chercherai.

GARVAJAN.

Veux-tu me donner la main, maintenant?

PASCAL

Merci, mon père.

Dans la Grande Marnière. — Une lande traversée par un petit chemin Sinueux et aboutissant au mur du cimetière. — A gauche, au second plan, le chemin de Couvrechamps. — L'église de Couvrechamps dresse son clocher à jour au deuxième plan à droite» — Clair de lune.

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