ROBERT, PASCAL, MALÉZEAU, LE PROCUREUR DE LA RÉPUBLIQUE
\a lever du rideau, une heureet demie sonne au clocher. MALÉZEAU.
On marche dans le chemin de Couvrechamps...
PASCAL
C'est le procureur delà République qui vient à notre rendez-vous... Restez là, je vais au devant de lui...
LE PROCUREUR
C'est VOUS, monsieur Carvajan?...
PASCAL
C'est moi.
LE PROCUREUR
Je ne suis pas en retard?
PASCAL
Non. Une heure et demie vient de sonner... Sortons de la zone éclairée. Voici M. Malézeau et M. Robert de Clair efont...
LE PROCUREUR, à Robert.
Croyez, monsieur, que j'accueillerai avec empressement toutes les preuves qui viendront confirmer votre innocence.
Ces preuves ne se feront pas longtemps attendre. Depuis une semaine, je suis, toutes les nuits, l'assassin à travers le vallon de la Grande Marnière, et je vous le ferai voir comme je l'ai vu.
LE PROCUREUR
Quel est-il ?
PASCAL
Le berger de Clairefont.
ROBERT
Le Roussot?
MALÉZEAU
Cet être chétif et pitoyable ?
PASCAL
En apparence. Car, en réalité, il a la souplesse et la vigueur d'une bête fauve. Du reste vous en jugerez... Que s'est-il passé dans la cervelle obscure de ce misérable? Quel amour bestial et jaloux y est né?... C'est ce que nul ne peut dire, même lui. Ce qui est certain, c'est qu'au moment où Robert sortait avec Rose du bal de la Saint-Firmin, le Roussot se glissait dans la nuit sur leurs traces, qu'il attendait que la fille se fût engagée dans le chemin de Couvrechamps e^ qu'alors, bondissant sur elle, il l'emportait dans le taillis...
LE PROCUREUR
Oui, cela est vraisemblable.
MALÉZEAU
Evident !
Certain I Surprise, Rose crie. Robert vient de la quitter, elle appelle Robert. C'est là c^ue Tondeur et Cassegrain l'entendent... Le cri, qu'ils nous ont donné pour un cri d'épouvante, est un cri d'espérance. Si Robert l'entend, il reviendra sur ses pas et arrachera Rose au monstre qui l'emporte, fou de désirs. Mais Robert est déjà loin... C'est Cassegrain et Tondeurqui accourent... Le berger bâillonne Rose et fuit, mais, dans la course, le bâillon glisse et étrangle la malheureuse... Elle ne crie plus, elle râle... Le Roussot, près d'être atteint, veut échapper... Son fardeau le retarde, il le jette dans un ravin et disparaît.
ROBERT
Oui ! oui! c'est cela!
PASCAL
"Voilà ce qui s'est passé, voilà ce que toutes les nuits, dans une sorte de somnambulisme, le meurtrier, poussé par une force inconnue, a refait sous mes yeux et va refaire sous les vôtres. Il marche d'un pas raide et automatique, les yeux ouverts, et cependant sans regards... Il gagne d'abord la place où il a saisi Rose, puis il traverse le vallon, s'arrête au ravin, et se dirige vers le cimetière, où sa victime dort son dernier sommeil. Là, il s'agenouille, se lamente, se laboure la poitrine, en appelant Rose, en la suppliant de lui pardonner, et, sur la pierre, il tombe dans d'horribles spasmes.
LE PROCUREUR
Et, chaque fois, il refait exactement cet effrayant pèlerinage ?
PASCAL
Chaque fois. Ce soir M. Jousselin suivra le berger, de
puis son entrée dans la Grande Marnière, jusqu'à son
arrivée ici... (Deux heures sonnent au clocher.) DbuX hcureS,
il ne tardera pas.
LE PROCUREUR
Quelles mesures sont prises pour s'emparer du meurtrier ?
Un agent est posté au bout du mur, prêt à lui couper la retraite. Deux sont dans le cimetière, un dans l'église.
On entend un signal éloigné.
malp:zeau.
Ecoutez...
PASCAL.'
On nous prévient... il approche... Rangeons-nous»., .juoique ce soit inutile, car dans son état, il ne voit ni n'entend...
Ils se rangent à gauche, à l'entrée du chemin de Couvrechamps, dans l'ombre.