‹ La grande Marnière (volume 2)Chapitre 8 sur 71 · SCENE VI MALEZEAU, CARVAJAN · texte numérisé non relu

SCENE VI MALEZEAU, CARVAJAN

CARVAJAN, qui est entré depuis un instant.

Il est fou, n'est-ce pas, Malézeau?...

MALÉZEAU

Monsieur Carvajan... Vous avez entendu?

CARVAJAN

Les derniers mots. (Sardonique.) La fortune!... De l'or à profusion!... Et tout cela avec sa fameuse machine?... Ah! ahl (sérieux.) Vous l'avez vue, vous, Malézeau?

MALÉZEAU

Il y a une heure.

CARVAJAN

Le modèle est-il important?

MALÉZEAU, à part.

Il a l'air inquiet!... Si je pouvais... (Haut.) Les résultats sont extraordinaires...

GARVAJANj avec impatience.

Est-ce sérieux enfin?

MALÉZEAU

Très sérieux ! J'entrevois, dans un avenir très prochain, M. de Glairefont remis à flot. Il y aura peut-être plus à gagner en se mettant avec lui que contre lui...

Ce qui veut dire?...

Qu'à votre place, je changerais mon fusil d'épaule : je donnerais du temps au marquis, et lui demanderais de me faire ma part... On pourrait peut-être s'arranger... Il n"a pas de rancune : c'est un homme admirable.

CARVAJAN, avec une colère concentrée.

Ah! vraiment! C'est un homme si admirable que cela? J'en suis charmé pour lui! Parmi ses découvertes, qu'il en fasse donc une qui me plaira plus que toutes les autres : celle de l'argent qu'il me doit! Un homme admirable!... Eh bien! c'est moi qui vous le dis, Malézeau, et vous savez que je ne menace jamais en vain, si cet homme admirable n'est pas en mesure de faire face à l'échéance qui tombe à la fin de ce mois, je le fais exproprier, lui et sa noble famille, de son noble château, aussi vrai que je me nomme Carvajan.

MALÉZEAU

Mais, monsieur...

CARVAJAN

Ça suffit ! Jusqu'à la fin du mois, ni plus ni moins. Quant à vous, mon cher, qui donnez de si bons conseils aux autres... recevez-en un pour vous... Ce pays est partagé en deux camps. Tout ce qui n'est pas pour Clairefont, est pour Carvajan... Jusqu ici vous avez été de l'un à l'autre; il faut vous décider. Je n'aime pas les hésitants... Pour qui serez-vous?

MALÉZEAU

Monsieur, je suis bien peu de chose, mais depuis trente ans la famille de Clairefont peut compter sur mon dévouement... A mon âge on ne change plus ses habitudes.

CARVAJAN', railleur.

Ah! Ah! vous aussi vous êtes un homme admirable!...

A merveille !... Vous vous souviendrez que je vous avais donné le choix.

MALÉZEAU

J'ai bonne mémoire.

GARVAJAN.

Bonjour !

MALÉZEAU

Votre serviteur, monsieur le maire... (a part.) Pauvre marquis!

Il sort par le fond.

F LEUR Y, venant à Garvajan.

Eh bien?

GARVAJAN.

J'avais deviné juste... Ils jouent leur dernière carte sur cette fameuse invention. Fut-ce une trouvaille de de génie, ils n'auront pas le temps d'en profiter.

Il s'éloigne par le fond en causant avec B'ieury et entre dans la cabaret.

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