‹ La grande Marnière (volume 2)Chapitre 7 sur 71 · LE MARQUIS, MALÉZEAU, MADEMOISELLE DE SAINT -MAURICE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, MALÉZEAU, MADEMOISELLE DE SAINT -MAURICE

MALÉZEAU

Je suis confus, monsieur le marquis, que vous ayez pris, ainsi que mademoiselle, la peine de me reconduire jusqu'ici...

MADEMOISELLE DE SAINT-MAURICE

Pour moi, ]\Ialézoau, vous savez que je suis toujours par voies et par chemins. Quant au marquis, c'est excellent pour lui de sortir un peu... Voilà près d'un an qu'il n'a pas franchi la grille du château... A force de vivre replié sur soi-même, on cesse de se rendre compte de ce qui se passe au dehors. Et c'est ainsi qu'on se laisse prendre au dépourvu.

Oh! ma sœur... voilà que vous allez encore...

MADEM0IS5ELLE DE SAINT-MAURICE

Rabâcher?... Ah! Honoré, il aurait fallu, depuis vingt

ans vous le répéter tous les matins, l'écrire sur tous lei murs du château. Vous auriez peut-être été raisonnablt et nous n'en serions pas où nous en sommes.

LE MARQUIS

Nous reverrons les temps prospères... Jusqu'ici jV été très malheureux dans mes recherches... Mais, cettf fois, j'ai trouvé une mine d'or.

MADEMOISELLE DE SAINT-MAURICE

Le Pérou? C'est la dixième fois que vous le découvrez.

LE MARQUIS

Cette fois, c'est la vraie! Laissez-moi faire construire mon modèle en grand et prendre mes ûrevets... J'aurai des traités avec toutes les grandes usines du monde... C'est un revenu immense assuré... Je suis tellement sûr du succès que je risquerais mon nom, s'il le fallait, dans cette entreprise,

MADEMOISELLE DE SAINT-MAURICE

Mon frère, un gentilhomme n'a pas le droit de disposer de son nom.

LE MARQUIS

Sera-t-il diminué si j'y attache l'honneur d'une belle conquête industrielle ?

MADEMOISELLE DE SAINT-MAURICE

Besogne d'ouvrier I Vous n'avez rien à y gagner et tout à y perdre,

LE MARQUIS

Voilà, Malézeau, comme on me traite... Mais qu'importe ! Je vois le triomphe certain... Ou'^rante mille francs seulement pour les premiers travaux et pour mes brevets, et c'est la fortune!

MALÉZEAU, gravemeat.

Non, monsieur le marquis, c'e^t la ruine définitive et irrémédiable!... Pardounez-moi, mais je dois détruire

PREMIER TADLEAU 13

vos illusions,.. La situation dans laquelle vous vous trouvez est terrible.

LE MARQUIS

Gagnez-moi du temps, voyez mes créanciers.

MALÉZEAU

Vous n'en avez plus qu'un : M. Garvajan.

LE MARQUIS

Il a donc désintéressé les autres ?

MALÉZEAU

Les autres n'étaient que ses hommes de paille, ses agents, ses associés... Véritable bande noire, dont il est le chef, et qu'il conduit avec l'ardeur d'une haine...

LE MARQUIS, assombri, l'iuterrompant.

Je sais... je sais...

En liquidant maintenant, vous pouvez sauver quelques épaves de votre fortune. Si ce n'est pour vous que ce soit pour vos enfants... Ahl si mademoiselle Antoinette était là, vous l'écouteriez...

LK MARQUIS, doucement.

Elle est allée voir les pauvres, Malézeau. (souriant.) Vous voyez que c'est comme si elle était ici... Mais c'est justement pour elle que je persiste dans mes tentatives. Ayez confiance. J'aurai raison de tout et de tous... Un peu d'argent, un peu de temps, et ce qu'on a tramé contre moi sera inutile. Regardez les toits et les tours de Glairefont... Eli bien! avant peu j'aurai de quoi les faire dorer, si la fantaisie m'en prend.

MADEMOISELLE DE S AINT-M AUR lUE, à Malézeau.

11 parle avec une telle assurance... S'il disait vrai pourtant?

MALÉZEAU

Il serait trop tard...

LE MARQUIS

Au revoir, Malézeau... Je vais travailler.

MALÉZEAU

Monsieur le marquis, mademoiselle, tous mes hommages... (Le marquis et mademoiselle de Saint-Maurice sortent.)

Incorrigible !

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